- Je déclare les ramen d'Ichiraku patrimoine mondial de l'Humanité ! s'exclama Naruto en reposant son dixième bol sous le regard éberlué du patron du restaurant.
C'était la première fois qu'il rencontrait quelqu'un avec un appétit pareil ! Il échangea un regard de connivence avec le Hokage quatrième du nom, une même question leur taraudant l'esprit : mais où met-il tout ça ?
Naruto capta leur regard et renonça à un onzième bol. Il avait déjà l'étiquette « exhibitionniste » collé au front, il ne voulait pas qu'on puisse y rajouter « goinfre ». Il tenait à garder l'estime de son père, merci bien. Minato se leva, poussa ses quatre bols loin de lui et posa une main sur l'épaule de son fils.
Il avait avancé le repas chez Ichiraku du soir au midi pour être certain que Naruto n'irait pas à la recherche de sa sœur. L'entrainement au fûinjutsu et la présence de Sakura devrait le distraire efficacement jusqu'au soir. Restait à trouver une excuse pour envoyer Naruto sur le lieu de la fête sans qu'il ne se doute de rien.
- On y va ? demanda-t-il à son fils.
Celui-ci s'essuya le visage avec une serviette en papier et hocha la tête pour répondre. Les deux hommes déambulèrent dans les rues de Konoha et se dirigèrent vers la maison familiale.
- On rentre ? s'étonna Naruto. Tu ne m'apprends pas le fûinjutsu ?
- Le fûinjutsu ne s'apprend pas comme les autres techniques. J'ai besoin d'un peu de matériel. Nous nous installerons ensuite dans le jardin. Vas-y et médites pendant que je vais chercher ce qu'il faut.
Naruto grogna un peu au mot méditer mais obéit sans faire de vagues. Depuis son entrainement avec Jiraya mais surtout sa formation d'ermite, la méditation lui était devenue naturelle, et, s'il n'était pas un fanatique de la chose, il appréciait cependant la sérénité et la quiétude qui l'envahissaient lorsqu'il méditait. Enfin, quand un certain canidé à neuf queues n'en profitait pas pour l'assommer de doléances.
- Mais, putain Kyubi, ta gueule ! Tu ne vois pas que j'essaye de méditer ! tempêta-t-il à voix haute.
- Je constate que tu as utilisé le terme adéquat : « essayer ».
- Comment veux-tu que je me concentre si tu n'arrêtes pas de brailler. « J'ai faim, j'ai soif, quand est-ce qu'on arrive ? » On dirait un gosse sur la route des vacances !
- C'est fait pour, gloussa Kurama. Sérieusement, Naruto, j'ai envie de sortir !
- Sortir ? Tu veux faire avoir une crise cardiaque à tout le village ?
- Mais je pourrais sortir avec juste un minimum de chakra.
- C'est possible, ça ?
- Je suis le grand Kyubi, rien ne m'est impossible !
- Mouais, je suis pas convaincu. Si j'ouvre ta cage, c'est toi tout entier qui sortira, et là, bonjour les dégâts et adieu Naruto.
- Sauf que tu as signé le contrat d'invocation avec les renards et que tu peux me convoquer.
- Je ne vois pas en quoi ça influera sur ta taille, objecta son réceptacle.
- Je suis Kyubi, le fabu….
- Le fabuleux démon renard à neuf queues, on sait, le coupa Naruto. Si tu en venais au fait.
- Je peux prendre l'apparence d'un renard tout ce qu'il y a de plus banal et me promener tranquillement sans terrifier qui que ce soit. En plus tu pourras m'appeler par mon vrai nom sans que quiconque fasse le rapprochement puisque tu t'entêtes à m'appeler Kyubi.
- Je ne sais pas.
- Allez ! S'il te plait ! S'te plait, s'te plait, s'te plait ! Juste une heure !
- Kurama, tu me fatigues, soupira Naruto d'un ton las en pinçant l'arrête de son nez entre le pouce et l'index de la main gauche. Pas question que tu sortes sans l'accord de mon père.
- Tu peux toujours lui en parler, tu verras bien ce qu'il te dira. Allez, Naruto, dis oui, j'ai besoin de me dégourdir les pattes !
- Te dégourdir les pattes ? V'là autre chose !
- Allez ne sois pas chien !
- Le seul canidé dans les parages, c'est toi.
Naruto fut tiré de son dialogue intérieur par son père qui revenait, plusieurs accessoires entre les mains.
- Je t'avais dit de méditer, reprocha Minato à son fils, mécontent. L'apprentissage du fûinjutsu nécessite d'être parfaitement calme et serein. La moindre erreur peut causer une véritable catastrophe.
- C'est pas ma faute, protesta Naruto. Y'a Kyubi qui fait rien que m'embêter !
- Kyubi ? Qu'est-ce qu'il veut ?s'étonna le kage.
- Sortir.
- So…sortir, s'étrangla Minato, les yeux exorbités. Ça ne va pas la tête ?
- Il dit que je peux l'invoquer sous la forme d'un mignon petit renard tout banal.
- Hé, j'ai jamais dit mignon !s'insurgea le démon à neuf queues.
- La question est : peut-on lui faire confiance ?s'interrogea l'Éclair Jaune de Konoha.
- C'est la question, en effet.
- Dis donc, toi, rouspéta Kyubi. Je ne t'ai jamais joué de coup tordu, que je sache?
- Qu'est-ce que j'entends, s'étouffa Naruto. Aurais-tu déjà oublié le coup des fausses chaleurs ? Ce n'était pas un coup tordu, ça ?
Kurama balaya l'argument d'un revers de patte :
- C'était pour ton bien, ça ne compte pas. Sans moi, le grandiose Kurama, tu serais toujours à soupirer après ta Dulcinée !
- Et toutes les fois où tu as essayé de t'emparer de mon corps ? C'était pas un coup tordu ça aussi ?
- Ça date de Mathusalem, ça ! Y'a prescription !
Naruto soupira, découragé :
- Tu me fatigue, Kurama. Vraiment tu me fatigue.
Minato avait attendu tranquillement que Naruto ait terminé son débat intérieur avec son squatteur démoniaque. Il lança un regard interrogateur à son fils, lui demandant implicitement son avis.
- Alors ? peut-on vraiment lâcher sans risque le démon à neuf queues ?
- C'est plutôt le démon à la grosse tête en ce moment, maugréa Naruto. En tout cas, il ne nous foutra pas la paix tant qu'il n'aura pas été faire son petit tour. T'as pas idée comme il peut être têtu ! Il m'a fallu dix-sept ans pour le faire renoncer à ses projets de vengeance. Je n'ai pas envie de passer encore dix-sept ans à le dissuader d'aller faire un tour.
Minato pesa le pour et le contre et pris une décision :
- Laissons-le sortir. Je vais créer un champ de force au cas où il lui prendrait l'envie de tout ravager.
Kyubi passa outre la suspicion du Yondaime et esquissa un sourire content dans sa geôle, dévoilant ses impressionnants crocs. Absolument terrifiant.
Naruto le rejoignit dans sa cellule et s'enquit de la marche à suivre :
- Comment je fais ?
- Tout d'abord, tu vas invoquer Kitsushiro. Ensuite tu lui transmettras mon chakra. Plus tu lui en donneras et plus longtemps je pourrais me balader. Ensuite, je transférerais mon esprit en lui, un peu comme Orochimaru l'a fait avec Salina. Quand le chakra instillé dans Kitsushiro sera épuisé, mon esprit reviendra automatiquement en toi. Il s'agit d'un jutsu interdit appelé Tamashī no jotō, le transfert des âmes1.
Naruto suivit les consignes de Kurama et peu après un renard blanc batifolait gaiement dans le jardin, achevant de saccager les fleurs miraculeusement épargnées par Gamakichi. Minato haussa les épaules avec fatalisme et posa une barrière autour de la propriété. Le quatrième hokage s'assit par terre en tailleur et regarda son fils méditer. Il profita de ces quelques instants de calme, bien trop rare chez les Namikaze, pour faire le point sur l'Akatsuki et sur les moyens d'anéantir cette organisation. Après avoir passé en revue tous ses moyens d'action, il estima qu'un village seul ne pourrait pas en venir à bout. Le Raikage devait être parvenu à la même conclusion puisqu'il sollicitait une réunion au sommet de tous les kages. Il écouterait donc ce que ses homologues avaient à dire sur le sujet et prendrait une décision ensuite.
Estimant que Naruto avait eu le temps de faire le vide dans son esprit, il ferma les yeux quelques secondes pour en faire autant. Il avait une telle habitude du fûinjutsu qu'il ne lui était depuis longtemps plus nécessaire de méditer avant d'utiliser de telles techniques. Cependant, utiliser le fûinjutsu et l'enseigner étaient deux choses différentes et il pressentait qu'il allait avoir besoin de toute sa sérénité pour former Naruto. Au cours des précédents entrainements, il s'était rendu compte que Naruto était réfractaire à tout ce qui était théorique et que toute explication compliquée était à bannir.
Sauf qu'enseigner le fûinjutsu sans théorie était tout bonnement impossible. Il espérait donc que la méditation permettrait à Naruto d'être suffisamment concentré pour écouter la leçon.
- Bien. Nous pouvons commencer.
Naruto ouvrit les yeux et pris une pose un peu plus détendue.
- Tout d'abord, tu dois être bien conscient que le fûinjutsu est tout à fait spécial. Contrairement au ninjutsu et au taijutsu, il ne permet ni de blesser ni de tuer ton adversaire et elles sont toutes potentiellement dangereuses pour l'utilisateur. Certaines techniques de fûinjutsu sont extrêmement gourmandes en chakra, ne les utilise jamais si tu n'es pas sûr de posséder assez de chakra. Tu as compris ? L'emprisonnement des âmes est une technique de fûinjutsu qui cause automatiquement la mort de l'utilisateur mais certaines autres sont tout aussi dangereuses à utiliser. C'est pourquoi il y a si peu de maîtres en fûinjutsu dans le monde ninja : ils doivent posséder un chakra important.
- Tu m'as dit que Maman en était une, non ?
- Ta mère était une Uzumaki, le fûinjutsu était la spécialité de ce clan. Leur sang coule dans tes veines. Le fûinjutsu ne devrait pas te poser trop de problèmes si tu arrives à suivre mes explications.
- Hé, je ne suis pas idiot quand même ! protesta Naruto.
- Je n'ai jamais mis en doute ton intelligence, le rassura Minato. Mais tu dois bien reconnaitre que tu te déconcentre très vite quand les explications deviennent trop techniques. Mais là, il est important que tu suives très attentivement toutes mes explications. Une technique de scellement ratée peut te tuer, tu dois en être conscient.
- J'ai compris, répondit calmement Naruto, son excitation douchée par la mise en garde.
- Il existe différentes catégories du fûinjutsu. L'art des invocations en fait partie.2 C'est la plus facile.
- La plus facile ? s'exclama Naruto, dépité, en se remémorant les difficultés qu'il avait eu à maîtriser cet art « facile ». C'est pas gagné d'avance, se dit-il, morose.
- Tu en fais une tête ! remarqua Minato.
- C'est juste que j'ai passé des heures et des heures sans réussir cette technique que tu qualifie de facile. Alors je commence à me poser des questions sur ma capacité à apprendre le reste.
- Tu avais quel âge ?
- Douze ans.
- C'est jeune pour une telle technique. À cet âge, il est rare que l'on maitrise suffisamment bien son chakra pour utiliser les invocations. De plus, le chakra de Kyubi devait te rendre la tâche bien plus ardue. Mais tu n'as plus ces problèmes. Tu maîtrise parfaitement ton chakra et tu sais le séparer de celui de Kyubi. Attention, je ne dis pas que ce sera facile ni sans danger. Mais je suis confiant : tu y arriveras.
- Merci papa.
- Bon, je continue. Je disais donc qu'il existe plusieurs catégories de fûinjutsu. Certaines ont été interdites à cause du danger pour l'utilisateur, d'autres à cause de leur immoralité car elles permettent de contrôler les actes d'une tierce personne. Ce sont les sceaux maudits, appelé aussi juinjutsu. La technique de possession d'Orochimaru et l'Edo tensei en font partie. Je ne te les enseignerais pas, je me contenterais de t'en parler et de t'apprendre comment les reconnaitre et les contrer. Des objections ?
- Non, je n'ai aucune envie de devenir un nouvel Orochimaru.
- J'en suis heureux.
- Hé ! Tu as dit que tu m'apprendrais comment les contrer…Tu savais quoi faire pour libérer Salina ?
- Je n'étais sûr de rien. Cette technique a été mise au point par Orochimaru. Je n'y avais jamais été confronté et ma solution était imparfaite. Il faudra peaufiner cela. Qui sait à qui cette ordure a pu transmettre cette technique ? Bien, revenons à nos moutons. Je t'enseignerais donc la troisième catégorie : celle qui consiste à enfermer des personnes, des techniques, ou des objets à l'intérieur d'un réceptacle. Les jinchurikis sont encore un cas à part. J'y reviendrais plus tard.
- Pourquoi plus tard ?
- Parce qu'il existe autant de technique de scellement d'un démon qu'il y a de villages ninjas et qu'elles sont toutes extrêmement complexes. Nous allons commencer par le plus simple, si tu n'y vois pas d'inconvénient, déclara Minato, clairement sarcastique.
Naruto fit la moue mais ne protesta pas.
- Je sais que tu connais déjà l'art de sceller des objets dans un parchemin.
- Pas vraiment en fait. Les parchemins que j'utilise ont été créés pour moi par Jiraya. Tout ce que j'ai à faire est d'insuffler un peu de chakra dedans pour déliter le sceau.
- Je vois, il a donc créé un sceau permanent pour toi. Pourquoi ?
- En fait, il a fait cela quand j'apprenais la technique de l'invocation. À cause de Kyubi, j'avais du mal à canaliser mon chakra alors tout ce que j'arrivais à invoquer c'était des têtards. Jiraya avait beau me hurler dessus, il n'y avait rien à faire.
- Des têtards ? s'exclama Minato en tentant de garder son sérieux.
Peine perdue. Deux secondes plus tard, il éclatait de rire. Naruto, vexé, regarda son père s'esclaffer à ses dépens, les larmes aux yeux et les bras croisés sur l'abdomen. Après une dizaine de minutes, il sembla se calmer.
- Des têtards ! oh, Dieu, j'ai mal aux côtes ! souffla-t-il avec un sourire jusqu'aux oreilles.
On sentait bien qu'il ne se maîtrisait qu'à grand-peine et qu'à la moindre occasion, son fou-rire reprendrait de plus belle. Naruto croisa les bras et lança un regard noir à son père :
- Ça t'apprendra à te payer ma bobine, père indigne ! Bref, au vu de mes performances, il a estimé que si je devais créer moi-même un jutsu de scellement, on y serait encore à la Saint Glinglin alors il a créé ce sceau permanent en utilisant mon empreinte chakra.
- Il aurait pu te l'apprendre plus tard, non. Pourquoi faire cela ?
- En fait, j'avais apporté tant de choses pour le voyage que c'est à peine si je pouvais soulever mon sac. Il a donc crée ce parchemin de stockage pour que je puisse tout emmener.
- Je vois, on va commencer par là.
Il fouilla dans les objets qu'il avait apporté et brandit un rouleau neuf. Il le déroula et commença son explication :
- Ces rouleaux sont fabriqués à partir du même papier que celui utilisé pour définir les affinités. Les sceaux utilisés pour le fermer sont multiples. Le plus facile permet de sceller des objets ou des personnes et peut être ouvert par n'importe quel ninja. Les rouleaux que l'on vous donne à l'examen chunin sont de ce type. Ils réagissent à n'importe quel chakra. C'est le premier que je vais t'apprendre. Un sceau plus compliqué permet de déterminer qui pourra l'ouvrir. Il est possible aussi de piéger le rouleau s'il est ouvert par quelqu'un d'autre. Ils sont généralement utilisés pour sceller les rouleaux confidentiels.
Naruto bailla et fut récompensé par une claque sur la tête.
- Concentre-toi ! Si tu n'en es pas capable, la leçon s'arrête ici. Définitivement ! Le fûinjutsu n'est pas à prendre à la légère !
Naruto s'excusa et tenta de se reprendre. Minato soupira et tenta de motiver son cancre de fils :
- N'oublies pas que le hiraishin no jutsu est partiellement tiré du fûinjutsu. Si tu réussi à sceller un rouleau avec la technique dont je viens de te parler, je t'offre autant de bols de ramen d'Ichiraku que tu pourras en avaler en un seul repas.
Minato sourit, égayé par les étoiles visibles dans les yeux de Naruto. Les ramen, récompense suprême, songea-t-il, amusé.
Naruto se frappa le torse du poing et hurla qu'il allait épater son père par sa concentration.
Minato sourit et reprit ses explications.
- Si tu te trompes au moment de sceller un objet dans un parchemin, c'est toi qui pourrais bien te retrouver scellé dans ledit document. Assures-toi d'être toujours parfaitement calme quand tu utilises le fûinjutsu.
Le hokage traça des signes dans le sable de l'allée et les montra à Naruto.
- Mémorise bien ceci : c'est le sceau que tu utiliseras pour sceller tes rouleaux. Prends tout le temps qui te sera nécessaire pour en avoir une image précise. Ensuite j'effacerai le modèle et tu le reproduiras dans le sable. Attention, n'utilise pas ton chakra à ce moment-là, tu risquerais de te trouver prisonnier du sable.
Naruto hocha la tête et grava le symbole dans son esprit, puis indiqua à son père qu'il pouvait continuer. Minato effaça son chef-d'œuvre et attendit que Naruto esquisse le sceau qu'il venait de lui montrer. Après deux heures passées à corriger les erreurs de son fils, Minato se déclara satisfait et passa à la suite de la leçon :
- À présent, tu vas visualiser le sceau dans ton esprit et insuffler ton chakra dans le rouleau.
Naruto ferma les yeux un bref instant pour se concentrer, conscient que la moindre erreur pourrait lui être fatale et se lança. Des volutes noires sortirent de ses doigts posés sur le document et formèrent un sceau parfait.
Minato soupira d'aise. Seulement deux heures pour apprendre ce sceau quand il lui en avait fallu plus du double ! Ou bien le sang Uzumaki avait parlé ou bien lui, Minato, était un professeur de hors pair !
Les heures passèrent à enseigner des techniques de scellement des documents de plus en plus complexes. Le groupe Itachi arriva vers les quinze heures, harassé mais heureux d'être enfin arrivé.
1 Jutsu totalement inventé…Enfin, je crois. Kishimoto a une telle imagination !
2 Explication totalement fantaisiste de ma part.
