Ce chapitre est assez nuancé, je dirais. Dean est très marqué, et ce qu'il veut bien dire à Cas… c'est vraiment le sommet de l'iceberg (ça se ressentira encore plus dans le chapitre suivant, il ne dit pas tout et garde trop pour lui)
Et puis là, John dans ce qu'il sait faire de mieux : manipuler. Ou essayer de manipuler, du moins, puisque Dean essaie de ne pas se laisser faire (il essaie)
Désolée pour les écarts de publications, mais l'inspiration se cache, en ce moment
Merci encore
Bisous
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Castiel pose le carton à pizza sur la table basse, puis se redresse pour retirer sa veste qu'il balance sur l'accoudoir du canapé. "Tu vois," en se laissant tomber dessus. "Dix minutes."
"Mmh," répond Dean. "Comment on peut préparer et faire cuire une pizza en dix minutes?"
"J'avais appelé un peu avant," avec un petit sourire.
"Alors tu savais déjà que tu ne prendrais pas une pizza avec des morceaux d'ananas dessus?"
"Évidemment," en ouvrant la boîte. "C'est du poulet."
A son tour, Dean sourit. "Merci," dit-il. "Tu sais, je voudrais vraiment te faire regarder Harry Potter, mais si Charlie apprend que je ne l'ai pas attendue, je vais me faire tuer."
"Elle y tient à ce point?"
"Absolument," l'air très sérieux. "C'est comme un dépucelage."
Castiel s'étouffe avec un rire, obligé de se mordre la lèvre pour retrouver son calme. "Tu veux me-"
"Oh, tais-toi," coupe Dean. "Tais-toi."
"Mais c'est toi, Dean, c'est toi qui parles de me dépuceler," amusé.
"Comme si t'avais besoin de ça," en roulant des yeux.
"Je n'ai rien contre, tu sais."
"Je garde ça quelque part dans un coin de ma tête," en lui glissant un très bref regard. "En attendant, on pourrait peut-être seulement manger cette pizza, Cas. Et pour le film, choisis au hasard sur Netflix."
"Mmh," en attrapant la télécommande.
Dean se contente d'un sourire, il se penche pour ramener le carton à pizza entre eux, puis avale un antidouleur. "Quoi?" en croisant la désapprobation dans le regard de Castiel. "Je vais manger, là."
"Mmh," encore une fois, plus sarcastique. "Tu ne sais pas faire les choses comme on te dit de les faire, c'est vraiment-"
"Ça, c'est faux, et tu le sais vraiment très bien," en croquant dans une première part de pizza. "Est-ce qu'on peut le regarder, ce film?"
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Patiemment, Dean attend que les médicaments fassent effet, mais bouge de moins en moins à mesure que la douleur s'estompe. Son téléphone sonne plusieurs fois, John à chaque fois, et Dean met de plus en plus de temps à se décider avant de rejeter chacun de ses appels.
A la fin de ce film qu'il n'a pas vraiment regardé, il se tourne doucement vers Castiel, le ton moins assuré :
"Tu te souviens… quand je t'ai demandé de me rappeler que tout était sa faute?" demande-t-il. "Il va vraiment falloir que tu le fasses, tu sais, un peu plus tard, quand je ne serai plus juste ici, juste avec toi. Et j'ai… l'impression de ne pas comprendre ce qui s'est passé, je ne comprends pas que mon père ait plu faire ça et je-" en cherchant son souffle. "Quand Charlie m'a dit qu'il était dans le hall, toute à l'heure, c'est horrible mais je voulais qu'il vienne. C'est plus fort que moi et c'est toujours mon père. Tu peux… est-ce que tu comprends?"
"J'essaie," sincèrement. "Pourquoi… Dean, pourquoi est-ce que tu ne veux pas porter plainte?"
"Je ne veux pas qu'il retourne en prison," en secouant la tête. "Pas à cause de moi."
"Ce n'est pas à cause de toi," répond Castiel.
"Et s'il retourne en prison, qu'est-ce que je vais faire?" en mordillant nerveusement sa lèvre. "Il y est resté pendant sept ans, et j'avais l'impression d'être seul au monde."
"Peut-être que pour l'instant, tu peux attendre d'être remis, tu peux… rester ici avec moi, et quand tu auras les idées plus claires, on-"
"On?" en tiquant.
"Oui."
"Alors tu ne vas pas partir?" les yeux dans les siens. "Tu ne veux pas partir?"
"Et toi?" le bout des doigts sur son poignet.
"Non," plus vivement. "Je veux rester. Je te veux, toi."
Les mots sonnent plus sincères, même s'ils ne sont pas exactement ceux que Castiel a besoin d'entendre, et Dean le sait. Il s'accroche à sa main, le geste presque violent. "On peut prendre un peu de temps?" un peu hésitant. "Je veux dire… je-"
"Dean," doucement. "Oui. On peut prendre du temps."
"D'accord," en soufflant. "Je vais aller… prendre une douche, et si tu… si tu veux venir, tu-" en détournant le regard. "Seulement si tu veux… enfin, c'est ta salle de bain. Tu peux faire ce que tu veux."
Il se lève trop rapidement pour son corps encore douloureux et n'attend pas la réponse avant de traverser le salon. Il laisse la porte de la salle de bain entrouverte derrière lui, sur une invitation qu'il voudrait vraiment que Castiel accepte. Il se déshabille et se glisse dans la douche, longtemps debout sous l'eau brûlante.
Les secondes filent, en suspens dans l'air, dans la chaleur bientôt étouffante. Il ferme les yeux et les garde fermés. Il se perd un peu dans ses pensées mais ne sursaute pas. Castiel rouvre la porte coulissante, entre et la referme, puis sa main trouve la sienne quand il se retourne. Dean lui fait face, il se décale d'un pas pour lui laisser plus de place. Son dos heurte le mur carrelé, un peu froid. Il inspire, le souffle haché. "Merci," dit-il.
"Merci?" en passant les doigts dans ses cheveux.
"Oui," simplement.
Castiel lui sourit, immobile sous son regard, et Dean relâche sa main pour la poser sur le haut de son torse. Il baisse les yeux jusqu'au tatouage, indélébile comme ses marques à lui. "Je l'adore," en traçant les contours de la tulipe du bout de l'index pour ne pas le faire du bout des lèvres.
"C'est comme une cicatrice," à voix plus basse.
"Je sais," en relevant la tête. "Est-ce que… tu as beaucoup de souvenirs de ta mère?"
"Pas beaucoup," répond Castiel. "Mais elle souriait tout le temps, elle était douce et tu sais… mes parents se disputaient souvent devant moi, et combien de fois… combien de fois j'ai entendu mon père dire qu'il regrettait d'avoir accepté de lui faire un enfant. Il répétait que c'était une erreur, que moi, j'étais vraiment l'erreur de sa vie, et ma mère, peut-être pour s'excuser à sa place, elle m'emmenait en ville avec elle. On mangeait des glaces, je crois. Et elle disait que j'étais un miracle, pas une erreur."
"Elle avait raison," le cœur comme au ralenti. "Tu es un miracle."
"Mon père ne pensait pas comme ça."
"Il ne te connaît même pas, Cas, il ne sait pas… à quel point tu es merveilleux," sans jamais cesser de le toucher. "Moi, je sais. Et crois-moi, crois-moi, je suis désolé pour tout ce temps que j'ai passé à gâcher ce qu'on avait. Je suis désolé."
"Je sais," une main à l'arrière de sa nuque.
Dean souffle de contentement quand il l'embrasse sur le front, puis se retourne doucement dans ses bras, dos à lui. Castiel laisse retomber son bras et sa main, cette fois, à plat sur son ventre comme pour l'avoir plus proche. "Est-ce que tu te sens bien, avec moi?" demande-t-il. "Tu sais que tu es toujours en sécurité?"
"Oui," en fermant les yeux.
Ils se taisent un moment, leur silence comblé par l'eau qui tape contre le carrelage.
Castiel attrape le flacon de gel douche pour en verser dans le creux de sa paume, puis le repose. "Dis-moi si ça fait mal," en passant très délicatement sur les ecchymoses qu'il devine plus qu'il ne les voit, dans sa position.
"Les antidouleurs," sa main sur la sienne pour le guider.
Il savonne le bas de son ventre, sans descendre, secoué par un frisson alors que Castiel souffle sur sa nuque. "Dean…?"
Celui-ci se fige, à moitié surpris par l'érection qu'il sent dans son dos. Il ne retient pas son sourire. "Et maintenant?" fait-il. "Est-ce que tu en as besoin?"
Immobile, Castiel hoche vivement la tête et se mord la lèvre. Dean passe un bras derrière son dos, il enroule sa main autour de son sexe et masturbe rapidement. Il se retourne sans le lâcher, et pose sa tête sur son épaule, ses lèvres tout près de son oreille. "Parfois, toi aussi… il faut que tu laisses aller," murmure-t-il. "Laisse aller. Castiel."
La chaleur de son souffle caresse sa peau, il va et vient, quelque part perdu entre la tendresse et un rien de brutalité parce qu'il sait encore exactement comment le toucher. Il se souvient de ce que Castiel aime et de ce qu'il veut, il connaît son corps par cœur et sur le bout des doigts.
Castiel pose sa main sur la sienne, ils accélèrent en même temps, sans prolonger le plaisir. L'orgasme est rapide, presque doux, comme une délivrance.
Et Dean s'écarte. Il l'embrasse lentement, puis sème des baisers le long de sa mâchoire, des caresses sur sa peau brûlante, il mord plus fort sans prévenir, et Castiel lâche un gémissement. "Attends," en tirant doucement sur ses cheveux pour le faire reculer. "Ne laisse pas de marque ici, Dean."
"Oh," la mine boudeuse.
Castiel sourit, amusé. "Est-ce que tu…?" en laissant traîner sa main le long de son ventre en descendant.
"Non," en repoussant son bras.
Surpris, Castiel ouvre la bouche, les sourcils froncés à l'extrême. Dean secoue la tête. "Je suis juste fatigué, Cas," dit-il. "C'est rien. Embrasse-moi?"
Dean prend son visage en coupe pour l'attirer à lui plus brutalement, et Castiel répond au baiser sans hésiter, glissant sa langue dans sa bouche en le repoussant contre le mur.
Dean laisse retomber ses mains pour agripper ses hanches. Il griffe plus fort, aussi fort qu'il le peut et lui arrache un grondement sourd. Castiel s'écarte, les yeux plongés dans les siens. "Personne d'autre ne va me toucher," en l'attrapant par les poignets. "Personne d'autre que toi. C'est ça? C'est ce qui te fait peur?"
"Je n'ai pas peur."
"Tu sais ce que je veux, Dean?" le ton calme et ferme à la fois. "Que tu arrêtes de me mentir. Alors dis-moi. Est-ce que c'est ce qui te fait peur?"
"Oui," après un très long moment. "Je sais que je ne… que je n'ai pas le droit de-" cherchant ses mots. "Je sais que je ne peux rien exiger de toi. Surtout pas la fidélité. Et je comprendrais si jamais tu me disais d'aller me faire voir, là tout de suite, vraiment, je peux comprendre. C'est presque indécent de ma part de te dire que je ne veux pas que tu couches avec d'autres personnes, mais tu as dit de ne pas mentir, alors… je ne veux pas que tu le fasses, et ça me blesserait beaucoup. Si tu veux vraiment… fais-le sans que je puisse le savoir, fais-le dans mon dos et ne-"
"Dean," pour l'interrompre.
"Et si je m'en rends compte, tu n'auras qu'à me mentir. Tu peux me mentir si c'est-"
"Dean."
"Oui?" presque timide.
"Tu peux exiger la fidélité," en tendant le bras pour attraper le shampooing, posé sur le rebord de la douche. "Seulement si ça ne va pas que dans un sens, et si tu l'es aussi. Fidèle."
"Alors tu ne vas pas… je ne vais pas être obligé de te partager avec n'importe quel gars que tu-"
"Pourquoi tu crois que je pourrais vouloir quelqu'un d'autre puisque je t'ai, toi?"
"Est-ce que c'est censé vouloir dire que je suis ton jouet sexuel?" en penchant la tête, les sourcils froncés.
"Évidemment," en roulant des yeux.
Il fait mousser le shampooing dans les cheveux de Dean, qui reste immobile debout devant lui, fronçant toujours plus les sourcils, une moue à la fois boudeuse et adorable sur les lèvres. Castiel lui sourit, puis se penche vers lui pour frotter le bout de son nez contre le sien, le geste tendre et délicat.
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Plus tard dans la nuit, Dean ne trouve pas le sommeil, il somnole parfois quand il parvient à rester suffisamment calme pour écouter le rythme régulier des inspirations que Castiel prend. Calé dans son dos, une main posée près de sa hanche.
Le plus doucement possible, Dean se décale puis s'assoit sur le bord du lit. Il se retourne pour le regarder, devinant simplement les contours de son visage dans le noir. Distraitement, il tape du bout des doigts contre la table de nuit, il souffle et attrape finalement le téléphone en se levant.
Il laisse la porte entrouverte derrière lui, baisse les yeux vers l'écran tout en marchant vers le salon. 3 nouveaux appels manqués, 3 appels qu'il a ignorés quand il voulait répondre, sans savoir pourquoi mais Dean voulait. Il se laisse tomber dans le canapé, déverrouille le téléphone et inspire. Le message qu'il tape est clair, impersonnel pour cacher sa peur :
Est-ce que tu es sobre?
Il ne s'attend pas à obtenir une réponse à cette heure de la nuit, et pourtant. John rappelle dans les dix secondes qui suivent. Parce que c'est plus fort que lui, Dean décroche. Il ferme les yeux. "Est-ce que tu es sobre?" répète-t-il.
"Bien sûr que je suis sobre," simplement.
"Et… tu vas bien?"
"Et toi?"
"Ça ira," évasif.
"Rentre à la maison, Dean," le ton très doux. "Ça ira si tu rentres à la maison."
"Je suis très bien où je suis."
John lâche un léger rire, dédaigneux mais pas tout à fait. "Il est deux heures du matin mais tu ne dors pas," dit-il. "Parce que tu n'es pas si bien que ça. Tu n'arrives pas à dormir parce que tu ne te sens pas-"
"Toi non plus, tu ne dors pas," en le coupant.
"Parce que tu me manques," sans hésiter. "Je ne sais pas où tu es, tu ne réponds pas au téléphone et je suis inquiet pour toi."
Le cœur de Dean se réchauffe sans qu'il le veuille, sans qu'il le veuille parce qu'il sait qu'il ne devrait pas écouter, il devrait raccrocher et reste si loin de tous ces mensonges qui pourtant le rassurent. Dean est perdu et ne sait pas quoi croire, et John le sait, lui.
"Tu m'as frappé," si bas que c'est un peu plus pour se le rappeler à lui-même.
"Et si tu avais accepté de me parler ce matin, j'aurais pu te dire que je suis désolé," répond John. "Mais tu as choisi de rester loin de moi."
"Je n'ai pas choisi ça, je n'ai-"
"Alors tu les as laissés décider pour toi?"
"Tu décides toujours pour moi," en ravalant sa salive.
"Parce que je suis ton père, et je sais ce qui est bon pour toi," le son de sa voix plus convaincant. "La seule personne qui sait exactement ce qui est bon pour toi, c'est moi. Ça ne changera jamais, Dean."
"C'est la raison pour laquelle tu m'as frappé?" l'estomac noué. "Parce que ça ne changera jamais?"
"Je n'ai jamais voulu te blesser," en soupirant d'impatience. "Je n'étais pas dans mon état normal, et tu as abusé de ma patience. Tu as dépassé les limites."
"J'ai dépassé les limites?" une main sur ses côtes pour appuyer et provoquer la douleur, ignorant le tumulte des émotions qui l'envahissent. "C'est toi, papa, c'est toi… je suis rentré et j'ai même pas ouvert la bouche. J'ai rien dit, j'ai rien fait pour que tu me tombes dessus. J'ai rien fait."
"Vraiment, Dean?"
Et John n'ajoute rien. Il laisse Dean l'écouter et ses mots faire leur chemin dans sa tête. Infiltrer le cours de ses pensées.
Dean se mord l'intérieur de la joue jusqu'à sentir le goût du sang. "Je-"
"Tu n'as rien fait?" insiste John.
"Non, je n'ai pas… je-" en s'étouffant avec l'inspiration qu'il n'arrive pas à prendre. "Je n'ai pas mérité que tu-"
"Je suis vraiment très patient avec toi," en le coupant. "J'essaie de t'aider et de te comprendre, mais tu ne m'aides pas. Je t'ai appelé des dizaines de fois, aujourd'hui. Tu ne crois pas que je voudrais au moins savoir où est mon fils?"
"Je suis chez Cas," après une très longue hésitation.
"Et où est-ce qu'il habite?"
"Je ne vais pas te le dire," cette fois plus sûr de lui. "Non."
"Je peux te demander pourquoi?" presque surpris.
"Je ne veux pas, c'est tout."
John se tait un moment, un silence qui fait battre le cœur de Dean plus vite et plus fort, et la panique l'envahit. "Papa?" fait-il.
"Je suis toujours là," un peu sèchement. "Tu ne me fais plus confiance, Dean?"
"Je ne… je ne sais pas," effrayé à l'idée même de répondre.
"Mmh. En revanche, je suis absolument sûr que tu sais que rien de tout ça ne serait arrivé si Castiel n'était pas-"
"Arrête," en ramenant ses genoux contre sa poitrine. "Castiel m'aime et il prend soin de moi. Il ne me ferait jamais de mal. Il m'aime. Ne dis pas qu'il y est pour quelque chose… c'est faux. C'est toujours faux, et ce dont je suis sûr, c'est que Cas, lui, il est toujours là."
"Qu'est-ce qu'il a de si spécial, dis-moi?" demande-t-il.
"Est-ce que tu vas encore une fois me traiter de salope?" sans retenir les larmes qu'il sent poindre sur le bord de ses cils, alors qu'il appuie sur les ecchymoses de toutes ses forces pour contenir la brûlure qui lui remonte dans la gorge. "Tu peux te souvenir de ça? C'est ce que tu as dit, ça et tellement, tellement d'autres choses. Tu crois que c'est le genre de choses que tu es censé me dire, à moi?"
"J'étais ivre."
"Mais les mots viennent de quelque part, papa."
"Alors tu penses que je-"
"Je ne pense rien," l'interrompt Dean. "Qu'est-ce que je suis supposé penser?"
"Tu es supposé comprendre que je suis ton père et que c'est mon rôle de te remettre à ta place quand tu dérapes," exaspéré. "Ne joue pas les imbéciles. Tu l'as cherché. Tu as provoqué ce qui s'est passé. Tu m'as provoqué, moi. Je suis prêt à reconnaître que je suis allé trop loin et que l'alcool m'a fait perdre le contrôle, mais tu me dois le respect, Dean."
"Je sais," d'une toute petite voix.
"Tu le sais?"
"Toi, tu es censé me protéger."
"Et ce n'est pas ce que j'ai toujours fait?"
"Ce n'est pas ce que tu as fait hier soir," et Dean déteste, il hait les mots qui sortent de sa bouche. "Et puis, et… quoi, si j'ai besoin qu'on me protège de toi?"
Oser le dire, et Dean a envie de vomir.
"Rentre à la maison," encore une fois. "On pourrait en parler calmement, juste toi et moi."
"Je veux rester ici. Je veux rester avec Cas."
"Dean…"
"Je veux rester," obstiné.
"Tu n'as pas besoin que quelqu'un te protège de moi."
Il ne hausse pas le ton, mais Dean sait qu'il s'en empêche, qu'il résiste à l'envie de le faire, peu habitué à ne pas être écouté. Peu habitué à ce que Dean n'obéisse pas sans discuter.
Celui-ci serre ses jambes contre sa poitrine, plus fort pour contenir les tremblements de son corps. "Dans ce cas, explique-moi pourquoi… j'ai peur de toi," et il regrette, avant même de l'avoir dit. "Je ne suis pas censé avoir peur de toi, papa, je suis censé te faire confiance. Mais je n'ai pas confiance, j'ai peur. Quand tu t'énerves et quand tu-"
"Je ne m'énerve pas si tu ne me donnes pas de raison de-"
"Non, non, non. Non. Ne dis pas que c'est ma faute."
"Tu es très difficile à aimer," répond John. "Tu le sais?"
"Oui," à peine audible, parce qu'il est convaincu d'entendre la vérité. "Je suis désolé."
"Tu es très difficile à aimer, et je ne peux pas être plus patient que ça, Dean, je ne peux pas," toujours trop calme. "Tout va bien si tu arrêtes de faire l'enfant et de me tenir tête. Tu n'as pas de raison d'avoir peur de moi."
"Tu retournes toujours la situation," en essuyant ses joues. "Je sais que je suis difficile, je sais, mais ce n'est pas moi… je ne fais pas l'enfant. Tu me traites comme un enfant."
"Qu'est-ce qui t'est arrivé, Dean? Qu'est-ce qui t'est arrivé pour que tu te retournes contre moi comme ça?"
"Je n'ai pas le droit de grandir?"
"Tu appelles ça grandir?" sensiblement moins doux. "Tu ne grandis pas, tu es complètement perdu. Avec Castiel, tu es perdu."
"Je ne suis pas perdu avec lui," sans hésiter. "Je suis bien. Je suis en sécurité, et il m'aime."
"Tu sais qui t'aime aussi? Amélia. Elle t'aime encore."
"Tu ne la connais même pas."
"Non, c'est vrai," en soufflant. "Mais à la manière dont elle a pris ta défense, ce matin, je peux dire qu'elle t'aime encore, et-"
"Tu ne peux pas changer ce que j'ai pour Castiel," coupe Dean. "Tu ne peux pas changer mes sentiments. Je suis amoureux, et ce n'est pas… ça n'a rien à voir avec Amy, et tu ne peux pas changer ça. Si tu ne comprends pas, alors je ne sais pas… je ne sais pas quoi te dire."
"Tu ne sais pas quoi me dire?"
"Pourquoi est-ce que c'est si dur pour toi de simplement accepter que je-"
"Parce que ce n'est pas normal, Dean," finalement. "C'est ce que toi, tu n'arrives pas à comprendre. Ta relation avec Castiel n'est pas normale, et tu sais pourquoi. Amélia est une femme, et dis-moi… à toi de me dire pourquoi tu ne peux pas accepter que tu as besoin de ça."
"Tu vois," incapable de respirer. "C'était pas si difficile de le dire."
"Ce n'est pas difficile de te dire la vérité."
"La vérité, c'est pas ça," en serrant le poing. "Non… non. La vérité, c'est que tu détestes ce que je suis et que tu-"
"Ce n'est pas ce que tu es," un ton plus haut. "Il faut juste que tu retrouves le droit chemin, et tout ira bien. Tu ne veux pas que tout aille bien?"
"Arrête… d'essayer de me manipuler," réplique celui-ci. "Arrête. Tu ne veux pas mon bien, tu veux le tien, tu veux… que je fasse ce que tu veux pour que je sois exactement la personne que tu veux que je sois. Tu ne veux pas mon bien."
"Oh, Dean," très doucement. "Je voudrais que tu comprennes. Tout ce que j'ai toujours fait, c'est prendre soin de toi. C'est tout ce que je veux, et si tu es perdu, c'est à moi de te guider."
"Je n'aime pas ta façon de me guider. Je ne l'aime pas du tout."
"Peut-être parce que tu ne veux pas me laisser faire."
Dean ferme les yeux, les mots de John se mêlent doucement à ses pensées, les remplacent ou les effacent. Il retient longtemps son souffle, puis :
"Il faut que je raccroche," dit-il. "Je suis fatigué et je… je-"
"Et tu n'as plus envie de me parler."
"Je ne sais pas."
"Ce n'est pas moi qui te manipule," ajoute John. "Si je sais à quel point tu peux être influençable quand tu ne vas pas bien, lui aussi."
Dean raccroche sans répondre. Il pose le téléphone sur la table basse, puis, le geste mécanique, il attrape sa veste balancée négligemment sur l'accoudoir, il fouille dans la poche intérieure pour en sortir le paquet de cigarettes à peine entamé qu'il garde sur lui.
Il se lève, et ses pas font craquer le parquet quand il traverse le salon. Il ouvre la fenêtre qui donne sur la rue, tout doucement, et se rassoit sur le rebord en glissant une cigarette entre ses lèvres.
La fumée brûle, à la fois ses poumons et ses yeux quand il la recrache. Il laisse sa tête aller contre le bout de mur derrière lui, il souffle, trop familier de la douleur qui l'envahit et consume le reste.
A la moitié de la deuxième cigarette, Dean arrête de pleurer. Il cale son bras sur la barrière métallique de la fenêtre et pose son menton dessus. Le parquet grince derrière lui. "Désolé," fait-il, en fermant les yeux. "Je ne voulais pas te réveiller."
"Je suis réveillé depuis longtemps," en s'asseyant près de lui.
"Longtemps?"
"Assez longtemps."
Castiel pose son coude sur la barrière, le regard braqué sur la ligne de son profil. "Comment est-ce que tu te sens?" demande-t-il.
"Quoi?" en tournant la tête vers lui, sans se redresser. "Tu ne veux pas me faire de reproches?"
"S'il te plaît," avec un doux sourire. "Tu me connais mieux que ça."
"Mais-"
"Je veux juste savoir si tu vas bien. Je veux juste que tu ailles bien."
Dean tire longuement sur la cigarette, silencieux pendant un très ou trop long moment. "Est-ce que tu trouves que je suis difficile à aimer?" finit-il par reprendre.
"C'est ce qu'il a dit?" en fronçant légèrement les sourcils.
"Réponds-moi."
"Tu es difficile à comprendre, pas à aimer," sincèrement. "A ton tour de me répondre."
"Je n'aurais pas dû décrocher," un peu amer. "Il a dit qu'il voulait que je rentre parce que je lui manquais. Qu'il était désolé. Il veut que je rentre à la maison."
"Et toi? Est-ce que c'est ce que tu veux?"
"Je veux rester avec toi," en lui tendant sa cigarette. "Tu sais faire des ronds avec la fumée?"
Castiel rit, à moitié surpris. Il tire et recrache la fumée, le menton relevé pour que les petits cercles blancs s'échappent dans l'air un peu froid. Dean sourit. Il se penche pour attraper doucement son poignet et, à son tour, il tire sur la cigarette et l'imite.
"Pourquoi… pourquoi est-ce que tu ne peux pas dormir?" demande Castiel.
"Si je le savais, je pourrais dormir."
"C'est très douteux, comme théorie, tu ne trouves pas?" avec un léger rire. "Tu ne te sens pas bien?"
"Pas vraiment," en haussant les épaules. "Je n'ai pas tellement envie d'en parler, Cas. Ça ne vient pas de toi, c'est juste… c'est comme ça."
"Ça ne vient pas de moi?"
"Tu ne peux pas croire ça," en secouant la tête. "Ne crois pas ça."
"Tu sais, je… est-ce qu'on pourrait en parler? De ce qui s'est passé l'autre soir?"
"Non," en se détournant. "Tu as déjà dit que tu étais désolé. Je n'ai pas besoin de plus."
"Tu mens, Dean."
"Je ne suis pas en colère contre toi," murmure celui-ci.
"Alors pourquoi tu ne veux pas en parler?" en le regardant écraser le reste de sa cigarette pour la laisser sur le rebord extérieur de la fenêtre. "On aurait dû en parler, Dean. Je t'ai utilisé, et je-"
"C'est pas ça," en le coupant. "C'est pas… à propos de ça."
Dean refuse obstinément de lui rendre son regard, il garde les yeux braqués vers la rue, concentré sur l'air trop frais qui caresse sa peau pour ne pas ressentir ce qu'il refoule.
Très délicatement, Castiel passe le bout de son pouce sur l'intérieur de son poignet, à la fois pour l'aider à revenir vers lui, à la fois pour calmer le trop-plein d'émotions. "Je n'ai pas été ce que tu attendais de moi, ce soir-là," devine-t-il. "Tu m'as laissé le contrôle, et je n'ai pas été à la hauteur."
Le silence s'éternise un très long moment, jusqu'à devenir trop lourd. Dean inspire profondément, puis secoue la tête. "Tu n'as pas été à la hauteur," pour reprendre ses mots. "Ce n'est pas à propos du fait que tu croies m'avoir utilisé, non, c'est… tu es censé rester avec moi, après. Tu contrôles parce que je veux que tu le fasses, et c'est… un cadeau. La soumission, dans ces moments-là, c'est un cadeau. Je ne donnerais pas ça à quelqu'un d'autre, parce que personne… personne d'autre n'est toi. Je peux tout te donner, Cas, je peux… je te donnerais n'importe quoi, mais tu n'es pas censé me virer de chez toi, peu importe à quel point tu es en colère. Je veux que tu restes avec moi, que tu sois là, tu as toujours fait ça… quand on était à la fac," en relevant enfin les yeux dans les siens. "Et je ne suis pas… je ne suis pas supposé avoir peur que tu m'abandonnes."
Castiel caresse l'intérieur de son poignet, ne le lâche pas, sa peau contre sa peau. "Je sais, Dean," dans un souffle. "Je sais que c'est un cadeau. Est-ce que… est-ce que c'est pour ça que tu ne voulais pas que je te touche, toute à l'heure?"
"Je-" hésitant. "C'est vrai que je ne voulais pas."
"Tu n'as plus confiance en moi?"
"Si," en se redressant brusquement. "Bien sûr que si, Castiel. C'est juste que je suis… j'ai peur. J'ai peur de perdre ce qu'on a et ce que tu me fais ressentir. J'ai peur que tu ne veuilles plus de moi, parce que tu as claqué la porte et j'étais tout seul."
"Je ne t'ai pas laissé le temps de reprendre pied, après le sexe, et tu t'es senti vulnérable, tout seul et… vulnérable."
"Oui," en ravalant les sanglots qui le prennent à la gorge.
"Dean-"
"Je sais que j'ai pas le droit de te dire ce que tu es censé faire ou ce que je voudrais que tu fasses, j'ai pas le droit mais-"
"Oh si, tu as le droit," coupe Castiel. "Tu as peur que je ne veuille plus de toi mais Dean… Dean, j'ai passé les sept dernières années de ma vie à rêver de toi, je ne suis pas passé à autre chose parce que je ne veux pas quelqu'un d'autre, c'est toi. Je ne veux pas passer à autre chose. Je suis juste… je suis désolé, crois-moi, je suis vraiment désolé de ce qui s'est passé et si tu ne veux pas que je te touche, si tu ne-"
Dean pose les doigts sur ses lèvres, les yeux dans les siens. "Arrête," légèrement penché vers lui. "Je veux juste qu'on prenne le temps de tout recommencer. Je veux qu'on recommence, Cas, je veux… il faut seulement que tu puisses me promettre que ce qui s'est passé l'autre soir n'arrivera plus jamais."
"Ça n'arrivera plus jamais," en agrippant son poignet plus fort. "Je te le promets."
Sans se défaire de l'étreinte, Dean se décale sur le rebord de la fenêtre, il glisse vers lui et cale sa tête dans le creux de son cou. Il inspire profondément pour retrouver le calme. "D'accord," finit-il par dire.
Castiel passe sa main dans ses cheveux, il ferme les yeux et l'embrasse doucement sur la tempe.
