Hello tous !

J'espère que vous allez bien. Voici un chapitre auquel je songeais et dont j'avais certaines images en tête depuis fort longtemps. Ça fait plaisir d'avoir enfin eu l'occasion de l'écrire. Il ne va pas y avoir beaucoup d'action, mais il était indispensable pour l'histoire (à ce propos dites-moi si y a des trucs pas clairs ou incohérents, j'espère que non mais c'est pas évident de construire une intrigue à long terme en format feuilleton, je suis amenée à rectifier et à peaufiner certains détails au fur et à mesure et il se peut que parfois je m'emmêle les pinceaux !). Ah, et la fin est légèrement abrupte mais ça commençait à être long et j'étais pas bien sûre de l'endroit adéquat où couper.

Voilà pour les notes de service !

Enjoy !


CHAPITRE TRENTE-SIX : Amid the Falling Snow

A million feathers falling down,

A million stars that touch the ground,

So many secrets to be found

Amid the falling snow.

Maybe I am falling down.

Tell me should I touch the ground?

Maybe I won't make a sound

In the darkness all around.

Enya, Amid the Falling Snow

Trois mois plus tard

I

Noctis contempla le paysage étrangement féerique qui s'offrait derrière la vitre de la limousine. Sous la neige, Tenebrae était presque encore plus belle. Elle resplendissait sous le manteau blanc, sculpturale, intemporelle, à peine réelle.

Puis, il détacha son regard à regret pour écouter Ignis qui le briefait sur tout un tas de trucs. Coutumes à respecter, protocoles à intégrer, et tout et tout. Noctis regrettait amèrement que son père n'ait pas pu l'accompagner. Il était très fatigué cet hiver-là, et la triste nouvelle de la mort de la reine Sylva avait achevé de le drainer de ses forces. Alors, Noctis se rendait seul aux funérailles en tant que représentant du Lucis. Enfin, « seul », c'était un bien grand mot. La situation était plus que tendue avec l'Empire, et le Lucis craignait qu'il ne profite de la vacance de pouvoir sur le trône Tenebrae, sa province la plus puissante d'un point de vue militaire – et dont la loyauté n'était pas acquise – pour tenter une invasion. Alors, Noctis venait avec tout un détachement armé en plus de sa garde personnelle.

« Tu m'écoutes, Noct ?

— Ouais... Quand est-ce qu'on saura qui hérite du trône ?

— Je l'ignore, répondit Ignis. Traditionnellement, le testament n'est lu qu'après les funérailles, et le nom du nouveau souverain n'est révélé qu'à la fin de la période de deuil. »

De nouveau, Noctis tourna son regard vers les rues baroques de la vaste cité. Il n'osait pas imaginer ce que devait ressentir Luna. Elle venait de perdre sa mère et devait se préparer à l'éventualité de devenir reine. Et si c'était Ravus qui prenait le pouvoir... Que se passerait-il ? Le Lucis se retrouverait seul au monde face à l'Empire.

Ensuite, il jeta un coup d'œil à Prompto, qui faisait de son mieux pour ne pas laisser paraître son anxiété, et il n'y arrivait pas très bien. Mais cette fois, Noctis n'était pas d'humeur à lui raconter des blagues. Quant à Gladio, il gardait une expression fermée, bras croisés, ruminant apparemment de sombres pensées.

Il soupira.

J'espère que je vais pas me ridiculiser...

« Tout ira bien, Noct », dit Ignis avec un petit sourire, comme s'il avait entendu ses pensées.

Le prince hocha la tête avec reconnaissance.

Nyx était également de la partie, même s'il n'appartenait pas à sa garde personnelle. Le roi l'avait chargé de superviser la sécurité pour la totalité du déplacement. Il communiquait régulièrement avec ses hommes par radio et ne semblait pas du tout nerveux. En fait, lui qui était d'habitude plutôt exubérant arborait aujourd'hui un masque de professionnalisme et ne laissait absolument rien filtrer. Gladio n'avait pas semblé approuver qu'on confie à Nyx cette responsabilité, mais Noctis n'avait pas pu en découvrir la raison. Pour ce qui le concernait, Nyx avait toute sa confiance. Il avait retrouvé la plupart de ses agresseurs de cet automne et lui avait personnellement fait son rapport : « Tu risques pas de ravoir des problèmes avec ceux-là, Noctis. Et je me suis aussi assuré de faire courir les rumeurs adéquates pour que plus personne ne te cherche de noises. » Noctis lui avait demandé ce qu'il leur avait fait, mais Nyx avait seulement dit : « Demande à ton bouclier. » Il devait avouer que la nouvelle l'avait soulagé. Et même un peu réjoui. Cela dit, c'était une solution à court terme, et du genre pas très glorieuse : il valait mieux que les gens ne sachent pas que le futur roi réglait ses problèmes de cette manière-là. Non seulement en recourant à la violence, mais en laissant d'autres faire le travail à sa place. Il en avait parlé à Gladio, qui avait été surpris qu'il y réfléchisse comme ça, et qui lui avait avoué qu'il le savait aussi, mais qu'il n'avait « pas pu s'en empêcher ». Et Noctis ne lui en avait pas voulu, parce qu'il avait agi mû par un instinct de protection et par l'affection qu'il lui portait, et parce que Noctis n'était pas assez bien dans ses baskets pour s'en occuper lui-même. Il pouvait le comprendre. Ce qui le surprenait, c'est que Gladio et Nyx aient réussi à faire tout ça sans que ça revienne aux oreilles de son père... Mais de cela, il était plus que reconnaissant.

Ils étaient arrivés. La limousine s'arrêta dans la cour d'honneur, devant l'immense volée de marches conduisant au palais, posé comme un joyau couronnant la ville.

Eh bah, pensa amèrement Noctis, voilà autant de marches que d'occasions de se casser la figure... Pour ma première visite officielle, ça ferait désordre. Et si c'est pas moi, ça sera Prompto...

Nyx lui fit signe de ne pas bouger. Il attendit que les autres voitures du convoi se mettent en place. Quand il eut le feu vert de la part de ses hommes, il sortit en premier, jeta un coup d'œil circulaire, et hocha la tête pour l'inviter à descendre tout en murmurant quelque chose dans le micro fixé à son oreillette.

Noctis, donc, vêtu de son plus beau costume et d'un long manteau noir, émergea dans l'atmosphère glaciale de Tenebrae sous la neige, et leva les yeux pour contempler les formes élancées du palais se détachant sur le gris foncé du ciel. Il continuait à neiger, et il aurait pleinement apprécié la beauté de la scène s'il n'avait pas eu aussi mal au ventre.

Un mélange de soldats du Lucis et de Tenebrae formait une haie d'honneur jusqu'au sommet des escaliers, où il reconnut aussitôt l'homme qui l'attendait. Et apparemment, il était seul, au milieu d'un nombre assez inquiétant de soldats de l'armée impériale.

Génial, pensa-t-il en frissonnant.

Il se mit en devoir de monter les escaliers, suivi de près par Gladio, Ignis, Prompto et Nyx.

Ravus l'observa approcher, droit et parfaitement immobile, les bras croisés sur la poitrine. Ça faisait bizarre de le voir entièrement vêtu de noir, sa haute silhouette offrant un contraste saisissant avec la blancheur environnante. Est-ce qu'il n'était pas encore plus grand qu'avant ? Non, c'était parce qu'il avait maigri depuis cet été. Son regard, en revanche, n'avait pas changé. Noctis put y lire tous les agréables sentiments qu'il lui portait. On aurait pu croire que partager des rêves les auraient rapprochés... Mais non. Ravus ne bougea pas, ce qui obligea Noctis à s'arrêter quelques marches plus bas et à lever la tête pour le regarder. Déjà qu'il n'était pas bien grand et que Ravus était immense, alors... Bien sûr, le prince de Tenebrae le faisait exprès, et Noctis s'était attendu à des bassesse de ce genre. Il fit contre mauvaise fortune bon cœur et s'inclina.

« Mes salutations, votre Altesse. Je vous présente mes plus sincères condoléances. »

Ravus ne bougea pas d'un cil et laissa le silence s'éterniser. Noctis l'endura tant bien que mal. Ignis l'avait prévenu que son estimé homologue risquait de chercher à le provoquer. La neige tournoyait autour de lui et parsemait lentement sa chevelure blanche de discrets cristaux, mais il ne semblait pas souffrir le moins du monde des températures rigoureuses.

Ravus détacha finalement son regard de Noctis, s'attarda une seconde sur Prompto, puis il adressa un bref hochement de tête à Ignis, ignora complètement Gladio, et Noctis se demanda s'il avait rêvé ou pas, mais il lui sembla qu'il esquissa un imperceptible sourire en voyant Nyx. Enfin, Ravus, s'adressa à lui.

« Prince Noctis. Le royaume vous sait gré de votre visite. »

Le royaume, mais pas toi, visiblement, se dit Noctis, qui luttait pour ne pas claquer des dents dans l'atmosphère glaciale.

« Veuillez excuser l'absence de dame Lunafreya. Elle se repose dans ses appartements. Si vous voulez bien me suivre. »

Ils pénétrèrent alors dans le vaste vestibule qui précédait la salle du trône et duquel rayonnaient d'innombrables couloirs et escaliers menant aux diverses ailes du palais.

« La garde personnelle de la reine et la suivante de ma sœur vous attendent avec une collation. Mes hommes vont vous y conduire et vous montrer vos quartiers. Si vous voulez bien m'excuser. »

Ravus avait dit tout ça sans même lui faire l'honneur de se retourner, et disparut dans l'un des couloirs sans un mot de plus.

Il s'est surpassé. L'accueil n'aurait pas pu être plus glacial même s'il avait neigé à l'intérieur.

Noctis emboîta le pas à la personne qui le pria de le suivre et jeta un coup d'œil à ses compagnons, qui affichaient tous une triste mine, à l'exception de Nyx, qui... souriait assez bêtement, en fait. Le garde s'en aperçut et se dépêcha de retrouver une expression neutre. Noctis n'eut pas le temps de s'y attarder, parce qu'ils étaient déjà arrivés.

Ils reçurent un accueil plus chaleureux de la part de ces dames. Noctis ne connaissait pas la garde rapprochée de la reine, mais il s'agissait de femmes agréables, qui, malgré leur deuil, firent de leur mieux pour les recevoir.

Au bout d'un moment, Gentiana le prit à part.

« Dame Lunafreya veut te voir en privé », l'informa-t-elle.

Il hocha la tête et s'excusa pour la suivre. Gladio n'était pas tranquille à l'idée de le laisser se balader seul dans le palais, mais Nyx avait déployé une surveillance discrète dans tout le palais. Nyx, d'ailleurs, qui s'était tout aussi discrètement éclipsé quelques minutes auparavant.

II

Nyx vérifia avec ses hommes que tout le monde était en position. Il y avait ici des soldats impériaux, des soldats de Tenebrae et des soldats du Lucis : beaucoup de trop de factions à son goût. Il avait placé parmi les plus discrètes des Lames à plusieurs points stratégiques du palais qu'il connaissait heureusement bien, mêlées au tout venant de l'armée du roi. Il ignorait s'ils couraient un réel danger ou non, mais il valait mieux se préparer à toute éventualité. Le séjour ne s'annonçait pas de tout repos...

Ayant fait le point, il prit une minute pour souffler, assis sur un banc au beau milieu d'un large couloir éclairé par une rangée de fenêtres aux ornements de fer forgé. Il aurait voulu revenir dans de meilleures circonstances. La mort de Sylva lui inspirait une profonde tristesse mêlée de regret et de nostalgie, et depuis qu'il l'avait apprise, il ne cessait de penser à Ravus et à Luna. Il aurait voulu pouvoir faire quelque chose pour apaiser leur peine.

Sans y penser, il se leva et se planta devant l'une des fenêtres pour regarder les jardins figés sous la neige.

Sa tristesse était étrangement adoucies par le bonheur de revoir Ravus, auquel s'ajoutait une pointe d'inquiétude et d'appréhension. Ils n'avaient pratiquement eu aucun contact en trois mois, excepté par l'intermédiaire de Luna. Les choses semblaient s'être améliorées, et en revoyant le prince tout à l'heure, il avait éprouvé un certain soulagement. Il n'aurait pas dû s'en réjouir, mais la façon froide et méprisante – dont il avait semblé tirer un discret plaisir – qu'il avait eu de subtilement humilier Noctis l'avait ravi. Parce que ça, ça ressemblait bien au Ravus qu'il connaissait et dont il était tombé amoureux.

Un bruit de pas sur sa droite l'arracha à sa rêverie. Il tourna la tête et reconnut Hadrien. Il tourna la tête de l'autre côté. Le couloir était vide.

« Vous n'êtes pas un homme facile à trouver », remarqua le garde.

Nyx sourit et haussa les épaules.

« C'est mon métier.

— Le prince vous attend dans ses appartements après minuit. »

Nyx hocha la tête en tentant de réprimer un grand sourire.

« Compris. Merci, Hadrien. »

Le garde acquiesça et s'en fut par où il était venu.

Tu es un idiot, Nyx, pensa la Lame royale en constatant à quel point son cœur battait fort.

III

Noctis ne savait pas trop dans quel état il allait trouver Luna. Est-ce qu'elle était mal au point de ne pas avoir pu se présenter pour les accueillir ? Ça ne l'aurait pas étonné : à sa place, il n'aurait certainement pas joué le rôle de Ravus et attendu les invités du royaume voisin pour leur servir les politesses attendues par le protocole.

Gentiana le précédait dans les couloirs de ce vaste palais qui lui semblait ressurgi de ses souvenirs d'enfance. Malgré sa visite récente, quand il marchait dans ces couloirs clairs et lumineux, et il avait toujours la sensation de mesurer à peine plus d'un mètre et se retrouvait à tout regarder autour de lui avec des yeux béats d'admiration.

Une porte s'ouvrit, Gentiana s'effaça avec un simple : « Entre, je t'en prie. »

Il pénétra dans la chambre de Luna. Elle se tenait tout au fond de la pièce, tout près de la baie vitrée qui projetait sur elle une lumière blanche, la faisait paraître encore plus pâle. Elle était vêtue d'une simple robe de chambre par-dessus sa chemise de nuit, les cheveux détachés, le regard perdu sur le paysage enneigé. Elle tourna la tête en l'entendant approcher.

« Noctis, c'est toi », constata-t-elle en lui adressant un sourire épuisé.

Il s'assit face à elle et lui prit la main.

« Je suis vraiment désolé », murmura-t-il.

Elle hocha la tête.

« Merci.

— Tu tiens le coup ?

— Je suppose que oui. Mon frère ne t'en a pas trop fait baver ? »

Noctis esquissa un sourire.

« Il ne m'a fait pas l'honneur de sa compagnie suffisamment longtemps pour que j'aie vraiment à me plaindre. »

Elle eut un petit rire ressemblant à un soupir.

« Pardon de n'être pas venue t'accueillir. Je n'avais pas envie de faire semblant, alors je préférais te voir ici, où on peut se parler normalement.

— Je comprends. »

Un silence s'installa, puis Luna murmura :

« Je n'étais pas au courant. Elle était malade depuis des années, et je ne savais rien. Ni elle ni Ravus ne m'ont rien dit... Et maintenant... je n'arrête pas de me demander si ça aurait changé quelque chose. J'aurais pu... Je ne sais pas. J'aurais peut-être été différente avec elle. J'aurais peut-être passé plus de temps avec elle. Si j'avais su que je... »

Sa voix s'étrangla.

« Que je ne la verrai plus jamais... »

Elle serra la main de Noctis, jusqu'à la broyer. Il ne bougea pas.

« Je ne pourrai plus jamais entendre sa voix, continua-t-elle d'une voix prête à se rompre. Ni sentir sa main dans la mienne. Je ne peux plus lui parler. Elle est partie pour toujours... Je n'arrive même pas à comprendre ce que ça signifie. Je n'arrive pas à réaliser. Je suis... Je suis perdue. »

Il déglutit.

« Je sais à quel point ça fait mal, dit-il doucement. Je... je voudrais que tu n'aies pas à souffrir comme ça.

— Mais on n'y peut rien, pas vrai ?

— Non... On n'y peut rien. »

Il regarda ses grands yeux bleus se remplir de larmes silencieuses, la gorge serrée.

« La cérémonie a lieu demain, reprit-elle. Je ne sais pas si je vais y arriver.

— Ne t'en fais pas pour ça. Personne n'attend de toi que tu restes de glace. Je serai là. Ravus sera là. Tu ne crains rien. »

Elle hocha la tête courageusement, mais le cœur n'y était pas.

« On peut... parler d'autre chose ? Raconte-moi comment vont les choses de ton côté. »

Il se mit alors en devoir de lui raconter quelques anecdotes amusantes, et notamment les merveilles qu'il faisait en cours d'arts plastiques.

« Izunia nous avait demandé de réaliser un autoportrait, commença-t-il.

— Oulà, ça a pas dû t'inspirer des masses.

— Je lui ai présenté une feuille peinte en noir.

— C'est malin... Comment il a réagi ?

— Il a dit que c'était 'on ne peut plus pertinent'.

— Outch. »

Ils continuèrent à parler de choses et d'autres, Noctis déployant des trésors d'ingéniosité pour arracher un sourire à Luna et à lui faire penser à autre chose qu'à la cérémonie du lendemain. Il y parvint plus ou moins, mais quand la lumière baissa, elle lui demanda gentiment de la laisser seule. Il s'exécuta un peu à regret, parce qu'il s'inquiétait pour elle, et rejoignit les quartiers qu'on lui avait assignés.

Prompto l'y attendait déjà, et ils passèrent une bonne partie de la nuit à discuter. Noctis sentait que la mort de la reine Sylva était un point de bascule, pas seulement dans la vie de Luna et de Ravus, mais dans celle du pays tout entier. La reine était respectée et aimée par son peuple, et malgré l'annexion de Tenebrae par l'Empire, nombreux étaient ceux qui, avec elle, soutenaient l'indépendance du Lucis et seraient prêts à saisir n'importe quelle occasion pour se rebeller contre l'Empire. Mais en avaient-ils réellement les moyens ? Si Sylva avait désigné Luna comme son héritière, l'Empire l'accepterait-il ? D'après Noctis, le plus probable était que Ravus s'empare du pouvoir, par la légalité ou par la force, scellant ainsi le lien entre Tenebrae et l'Empire. Quoi qu'il en soit... Les rêves semblaient dire que le destin de leurs deux pays étaient entre leurs mains. Vous aurez le choix, avait dit Luna. Mais qu'est-ce que ça signifiait réellement ? Est-ce que la guerre allait vraiment se précipiter à leurs portes ? Était-ce la fin pour le Lucis ? Ça le dépassait totalement. Il ne savait pas comment faire face. Il aurait tellement voulu que son père soit là. Regis ne perdait jamais son calme. Même face à un problème insoluble, il demeurait confiant et assuré. Il trouvait toujours des solutions. Alors que lui, il était incapable d'y voir clair dans ses pensées, de voir plus loin que l'inquiétude aiguë et permanente qui menaçait de dégénérer en panique. Cependant, il avait bien conscience que pour l'heure, il ne pouvait rien faire, sinon soutenir Luna de son mieux. Ses états d'âme attendraient. Il était venu certes en représentant du Lucis, en tant que prince héritier, mais avant tout en tant qu'ami. Et ce rôle-là, au moins, il se sentait capable de l'endosser. La journée du lendemain serait terrible pour son amie d'enfance. Elle allait devoir enterrer sa mère, sous les yeux du monde entier. Quand ça lui était arrivé à lui, il était trop jeune pour réellement prendre conscience de ce que ça signifiait. Il ne gardait pratiquement aucun souvenir de ce jour-là, sinon celui des larmes de son père et du caveau de marbre noir recouvert de fleurs. Mais Luna était l'héritière et l'Oracle, un poids immense reposait sur ses épaules. Il espéra qu'elle serait assez forte. Et qu'il saurait être l'ami dont elle avait besoin.

IV

Masks removed we hide here

While the spotlight's seeking me...

Forget the world for now, my Love,

And live these days with me

As if the world wasn't ending...

Take me where I cannot hear

The people calling me...

Pour whiskey, brandy, vodka...

Come and live this night with me...

As if the world wasn't ending...

Sonata Arctica, As If The World Wasn't Ending

Il était une heure du matin quand Nyx jugea que le palais était suffisamment calme pour qu'il puisse se faufiler discrètement jusqu'aux appartements de Ravus. Sans doute pour lui faciliter la tâche, celui-ci avait vidé l'aile où il résidait de ses gardes, à l'exception de Lucius et Hadrien qui surveillaient les alentours et le laissèrent passer sans un mot.

Il frappa doucement à la porte. Il n'eut à attendre qu'une ou deux secondes avant que le prince n'ouvre, presque comme s'il avait attendu derrière. Ils restèrent quelques secondes à se regarder en silence. Puis, Ravus esquissa un sourire et s'effaça pour le laisser passer. Ensuite, il referma la porte, regarda Nyx de haut en bas, et déclara :

« Je suis heureux que tu sois là.

— En dépit des circonstances... Ça a l'air d'aller, constata Nyx. Il faut croire que mon absence t'a fait le plus grand bien.

— Tu n'imagines pas à quel point, confirma Ravus en gardant son léger sourire.

— Ah, mon pauvre cœur ! » s'écria Nyx en portant une main à sa poitrine.

Ravus l'empêcha de dire d'autres bêtises en pressant ses lèvres sur les siennes. Leurs langues se mêlèrent, leurs mains se cherchèrent. Ravus le fit pivoter et le poussa vers son lit.

« Wow-wow, deux secondes, fit Nyx en tombant sur le matelas. Je crois qu'on devrait parler avant.

— Je ne crois pas, rétorqua Ravus en commençant à le déshabiller.

— Mais tu... mais je... balbutia Nyx en constatant que Ravus avait retrouvé une bonne partie de ses forces, à en juger par la façon dont il l'empêchait de bouger.

— On parlera plus tard, dit le prince en posant ses lèvres sur son cou en glissant une main sous sa chemise. Je n'accepterai aucune protestation. »

Le fait était que Nyx n'avait plus tellement envie de protester. Les baisers passionnés de Ravus lui faisaient oublier les semaines d'absence, et même la tristesse de leurs retrouvailles. Il avait besoin de sentir sa peau contre la sienne, de ses mains qui l'étreignaient, de ses lèvres et de son souffle chaud, comprimé par l'excitation. Il avait besoin d'être dans ses bras, de s'unir à lui, de se rapprocher par le corps pour se rapprocher de son cœur.

« Tu m'as tellement manqué », murmura-t-il en serrant les hanches de Ravus entre ses cuisses. Ravus ne répondit pas, mais la tendresse amoureuse de ses gestes parlait pour lui. Ils s'embrassèrent longuement, savourant la chaleur de l'autre dans le silence de la chambre que seul venait troubler le crépitement du feu de cheminée.

Une heure plus tard, ils buvaient un verre de cognac, le dos bien calé contre les nombreux oreillers, la peau nue réchauffée par les flammes dans l'âtre. Ravus alluma une cigarette et aspira longuement, les yeux clos.

« Je suis vraiment désolé pour ta mère, dit Nyx.

— Je sais. Moi aussi.

— Malgré ça... Tu as l'air... Tu as l'air d'aller mieux. »

Ravus hocha la tête.

« J'ai changé de traitement. Avec celui-là, je peux vivre à peu près normalement. Et la psy que je vois... Elle m'aide. Et j'ai... J'ai pu parler avec ma mère. Il semblerait... que tu avais raison. Elle ne m'a jamais détesté. »

Nyx ne dit rien, le cœur serré devant la tristesse qu'il lisait sur le visage de Ravus.

« Il me reste Luna à protéger, mais... En un sens, je suis soulagé que notre secret ait disparu avec elle. Elle est partie et... Une partie du cauchemar qu'on a traversé est parti avec elle.

— Je crois que je comprends. Et j'ai... enfin... On dirait que tu as arrêté les injections.

— Il est apparu évident que si je voulais conserver ce qui me restait de santé mentale, je n'avais d'autre choix que d'arrêter. »

Ravus l'observa du coin de l'œil, et reprit d'un ton plus léger :

« J'étais presque sûr que tu trouverais un moyen de t'incruster pour venir aux funérailles, et je suis content d'avoir eu raison.

— Eh, je me suis pas incrusté ! protesta Nyx. Je suis chargé de la sécurité, figure-toi !

— Tiens donc... fit Ravus en haussant un sourcil. C'est intéressant, pour le chef de la sécurité, de coucher avec la personne dont ton prince a le plus à redouter.

— C'est ça, fous-toi de moi ! Moi je dirais que c'est la meilleure chose à faire, comme ça, je peux te surveiller...

— Personne n'est au courant ? Enfin, à part Ignis, et j'imagine, son crétin de petit ami... »

L'animosité de Ravus à l'égard de Gladio fit sourire Nyx. Cela dit, il ne pouvait pas lui en vouloir, car le sentiment était de toute évidence réciproque.

« Ça fait déjà assez de monde comme ça, tu trouves pas ? »

Ravus hocha la tête.

« Je vois qu'ils doivent beaucoup t'apprécier, tes collègues. Cela aurait été facile de te dénoncer.

— Tu connais Ignis, il n'aurait pas fait ça. Quant à Gladio... Je crois qu'il fait ce qu'Ignis lui dit de faire, en l'occurrence. »

Ravus émit un petit « pff » dédaigneux qui montrait à quel point ça confirmait tout le bien qu'il pensait de Gladio.

« Mais sinon, reprit Nyx, tu as parfaitement raison : mes collègues m'apprécient beaucoup. Qui ne m'apprécie pas ? Même toi, tu m'apprécies.

— C'est beaucoup dire. Je te trouve divertissant, surtout dans mon lit.

— Tes mots doux m'avaient manqué.

— Tu m'en vois ravi. »

Nyx rigola, puis le silence se réinstalla. Nyx se demanda si Ravus allait lui en dire plus. Après tout ce qu'ils avaient traversé, ça lui faisait bizarre de le voir aussi calme. Mais il s'inquiétait pour lui : comment guérir en même temps que de gérer un deuil ? Il voulait lui poser des questions, mais il n'arrivait pas à les formuler.

Comme s'il avait perçu son agitation, Ravus tourna la tête dans sa direction :

« Je n'ai pas le temps de penser à ce que je ressens, Nyx. Pas encore. Tu imagines sans doute tout ce que je dois subir : Luna est dévastée, et je m'occupe de tout concernant les cérémonies, la succession... Je ne peux pas me permettre de m'effondrer.

— Oui, mais si tu refoules...

— Ça ira, le coupa Ravus. Cette fois, je sais ce que je fais. Mais je te remercie. Tout ce dont j'ai besoin, c'est de savoir que tu es là. Si tu veux bien... Reste avec moi cette nuit.

— Évidemment que je reste. »

Ils trinquèrent et Ravus alluma une autre cigarette, puis en passa une à Nyx.

« Alors la nuit risque d'être longue, remarqua-t-il, le feu jetant d'étranges lueurs dans ses yeux gris acier.

— J'espère bien », approuva Nyx.

Ils n'évoquèrent absolument pas la situation politique, ni l'avenir de Ravus. Ces sujets faisaient l'objet d'un tabou entre eux, par accord tacite. Ils n'étaient pas dans le même camp et ne pouvaient de ce fait partager la moindre information. C'était souvent difficile, mais ils devaient s'y faire s'ils voulaient rester ensemble, et ils avaient préféré le poids des secrets et de non-dits plutôt que de renoncer l'un à l'autre. Et même s'ils savaient tous les deux que leur relation était peut-être déjà condamnée, ils étaient devenus plutôt doués pour faire semblant d'ignorer ce fait. D'après Nyx, ça avait même un côté positif : ce sentiment de perte imminente donnait encore plus d'intensité à leurs brèves rencontres. Si cela devait finir, au moins il saurait qu'il avait vécu sa passion jusqu'au bout, sans retenue.

V

Par tradition, les souverains de Tenebrae choisissaient un dieu patron, et réalisaient toutes les cérémonies de leur vie sous son égide. Pour Sylva, c'était Shiva. Aussi, le lendemain, la foule commença à se rassembler aux abords du temple qui lui était dédié, un magnifique bâtiment de marbre veiné de bleu aux fines colonnades ornées de représentations de la déesse. Le temps s'était éclairci et de pâles rayons dorés faisaient étinceler les vitraux, qui déclinaient des nuances de bleu : azur, aigue-marine, nuit et turquoise. Dans cette lumière, devant les marches du temple, Ravus et Luna ressemblaient à deux fantômes vêtus de noir. Ils accueillaient les officiels du royaume ainsi que les visiteurs des contrées voisines, se prêtant à l'exercice difficile de la conversation mondaine dans des circonstances tragiques. Le prince discutait avec des officiers de l'armée impériale, livide, les yeux profondément cernés, mais il semblait parfaitement maîtriser la situation. Quant à Luna, elle quitta ses interlocuteurs et s'approcha de Noctis dès qu'elle le vit. Comme la veille, le prince était entouré de près par sa garde et suivi par Nyx, qui avait retrouvé son masque de professionnalisme même s'il semblait un brin plus nerveux.

Sans grande surprise – du moins pour Noctis – Luna ignora le protocole en posant une bise sur sa joue.

« Contente que tu sois là », dit-elle.

Elle semblait essoufflée, nerveuse, épuisée. Il lui adressa un sourire rassurant. La princesse regarda les autres et leur sourit courageusement.

« Contente de vous voir aussi. Gladio, tu es toujours aussi beau, ajouta-t-elle avec l'ombre de sa malice habituelle.

— Tu me connais : je prends soin de moi, se vanta le bouclier du roi avec un petit sourire entendu.

— Je n'en doute pas, acquiesça Luna. Ignis, j'imagine que c'est toi que je dois remercier pour le fait qu'aucune rumeur ne me soit encore revenue aux oreilles concernant la conduite de ton petit protégé !

— Hé ! » protesta Noctis, superbement ignoré par Ignis, qui répondit calmement :

« J'ai fait de mon mieux pour prévenir tout incident diplomatique.

— Je vois », fit Luna avec un petit rire. Elle se tourna vers Prompto : « Tu as bonne mine. Et au fait, je n'ai pas eu l'occasion de te le dire en personne, mais félicitations pour ton intégration à la garde royale. »

Le photographe rougit légèrement.

« Merci, Luna... »

Enfin, la princesse regarda Nyx, qui se tenait un peu à l'écart, guettant le moindre mouvement suspect à proximité.

« Nyx, approche », demanda-t-elle.

Il s'exécuta, et la princesse se hissa sur la pointe de pieds pour l'embrasser sur la joue, ce qui laissa Noctis interdit : il ignorait qu'ils étaient aussi proches ! Pire encore, elle posa la main sur sa nuque pour l'inviter à se pencher vers elle, et chuchota quelque chose dans le ceux de son oreille. Il acquiesça, la mine inhabituellement grave, et répondit simplement : « T'inquiète, Luna. »

Au même moment, Ravus s'approcha.

« Prince Noctis, votre ponctualité m'impressionne, déclara-t-il avec une pointe d'ironie presque indécelable. Vous n'avez donc pas hérité de ce petit défaut de votre père : arriver trop tard, ou partir trop tôt. »

Noctis savait très bien à quoi il faisait allusion, et c'était vraiment salaud de lui balancer ça comme ça. Regis avait fui quand l'Empire avait attaqué Tenebrae, et quoiqu'il travaille maintenant pour les envahisseurs, Ravus semblait ne jamais lui avoir pardonné. Noctis ne le comprenait pas : s'il détestait tellement l'Empire, pourquoi s'alliait-il à eux ? Pour la première fois, il réalisa que de nombreuses données lui échappaient. Il ignorait presque tout des relations entre son père et Sylva, presque tout de la façon dont Ravus avait intégré l'armée impériale. Noctis était le futur roi et la géopolitique et les relations diplomatiques ne faisaient aucun sens pour lui. Il déglutit, son orgueil lui interdisait de perdre la face ainsi, mais il ne savait pas quoi faire face au regard de glace du prince de Tenebrae, dans lequel il devinait une expérience et des connaissances très au-delà du périmètre étriqué de sa petite vie d'adolescent déprimé et rebelle. Il était clairement en position d'infériorité. Il n'avait pas les bonnes cartes en main pour jouer à ce petit jeu avec Ravus. Et celui-ci le savait. Il s'amusa de son silence confus encore quelques secondes, puis se tourna vers Luna :

« Il est temps d'y aller... »

Elle acquiesça, et il passa un bras protecteur autour de ses épaules avant de la guider vers les hautes portes du temple. Dans leur sillage, le reste de la famille, les amis, les officiels, pénétrèrent dans le vaste édifice et se répartirent sur les bancs qui faisaient face à l'autel où reposait le cercueil de la reine. Les nombreux bouquets de roses blanches et de fleurs de Scylle prenaient des reflets bleutés dans la lumière des vitraux, et le temple tout entier étincelait, si bien qu'on aurait plutôt cru à une cérémonie de mariage qu'à un hommage funèbre.

La cérémonie fut longue et ennuyeuse. À son terme, quelques membres de la garde royale s'approchèrent pour soulever le cercueil. Tout le monde se leva. Luna et Ravus suivirent le cercueil, et l'édifice se vida lentement, des premiers rangs aux derniers, en fonction du degré d'intimité des invités avec la défunte, et de leur rang.

Le trajet vers le cimetière, qu'ils effectuèrent à pied, sembla interminable à Noctis. Il régnait un étrange silence. Même la foule venue assister au convoi ne prononçait pas un mot.

Sylva était vraiment très aimée, pensa-t-il en desserrant un peu son nœud de cravate – malgré le froid, il étouffait. Et moi, je la connaissais à peine. Je ne me suis jamais intéressé à elle. Pourtant, c'était une amie de papa. Il n'a pas pu venir, et c'est moi qui suis là, à honorer son amie, la mère de l'une de mes meilleures amies, et une alliée de mon royaume. Papa aurait eu sa place ici. Je ne suis qu'un imposteur.

Il avait recommencé à neiger. Le ciel était d'un gris de plomb, luisant de reflets d'argent, tandis que les flocons dansaient en silence autour des silhouettes vêtues de noir. Ils franchirent les grilles du cimetière, une vaste nécropole dotée de caveaux tous plus impressionnants les uns que les autres, sur lesquels veillaient de nombreux chênes plusieurs fois centaines qui ployaient sous le poids de la neige.

Étrangement, le tombeau de la reine ne se situait pas dans un caveau grandiose. Sa tombe avait été creusée à côté de celle de son mari, une simple stèle de marbre blanc sous l'un des plus vieux chêne du cimetière. Le lieu était simple, mais beau. Noctis devina que l'emplacement avait dû être choisi par le roi, qui devait réprouver le faste des caveaux. C'est ce que lui, il aurait choisi, en tout cas.

Les gens commencèrent à se succéder pour jeter des roses sur le cercueil, mais personne ne présenta ses condoléances aux héritiers. En effet, ils se tenaient un peu en retrait, Luna dans les bras de son frère, la tête dissimulée contre sa poitrine. Il la tenait comme s'il voulait la protéger de tous ces gens, et il regardait ailleurs, le visage fermé, dissuadant quiconque de venir les déranger. Il fallut un temps infini pour que tout le monde dépose sa rose et quitte le cimetière. Et pendant tout ce temps, Ravus et Luna ne bougèrent pas, attendant sans doute de retrouver leur intimité pour rendre les derniers hommages à leur mère. Noctis voulut s'attarder, il n'avait pas envie de laisser Luna, mais Ignis posa une main sur son épaule.

« Viens, dit-il à voix basse. Ils ont besoin d'un peu de temps. »

Il acquiesça et s'en alla à contrecœur, en se disant que la journée était encore malheureusement très loin de se terminer.

VI

Les invités retournèrent au palais, où un somptueux banquet les attendait dans un vaste hall de réception. De petits groupes se formèrent ici et là. On discutait à voix basse, on attendait le retour du prince et de la princesse, qui ne refirent leur apparition que deux heures plus tard. Luna semblait complètement à bout et Ravus paraissait avoir encore pâli depuis ce matin, quoiqu'il conserve une expression impénétrable.

Nyx, qui se tenait en observation juste à côté de la porte d'entrée, détesta son métier pour la première fois de sa vie. Il n'avait envie que d'une chose : embarquer Ravus et sa sœur et les emmener faire un tour très loin d'ici, loin de tous ces gens, de leur servir à boire et de parler de tout et de rien jusqu'à ce que leurs cœurs s'allègent un peu. Mais il ne pouvait rien faire, rien dire, il ne pouvait même pas leur exprimer ce qu'il ressentait. Et en plus de ça, il avait peur pour Ravus : il ignorait comment il faisait pour gérer, mais il craignait que toute cette pression ne lui retombe dessus et qu'il doive faire face à une résurgence brutale des symptômes psychotiques. Quant à lui, il avait furieusement envie de boire un coup. Au bout d'un moment, il eut la surprise de voir Ravus marcher droit vers lui. Il se redressa, mains dans le dos, se composant une attitude neutre.

Ce fut avec tout autant de neutralité que Ravus lui parla, trop bas pour qu'il puisse être entendu par quelqu'un d'autre.

« C'est bientôt terminé. Luna ne va pas tenir toute la journée comme ça. D'ici deux heures, on s'en va. Rejoins-moi dès que tu le pourras.

— Est-ce que tu tiens le coup ? Sérieusement. Je m'inquiète.

— Je sais. J'ai doublé la dose d'anti-dépresseurs, ce matin. Ça m'aide à tenir.

— Doublé ?!

— C'est bon. J'ai l'aval de la psy.

— Parce que tu l'écoutes, maintenant ?!

— Dans la mesure où mon image et celle de Luna en dépend... Oui.

— Je vois...

— Et, Nyx... Je ne devrais pas te dire ça, mais tu peux lâcher un peu la pression : il ne va rien se passer. Ni aujourd'hui, ni demain. Noctis ne risque rien. Je te le promets. »

Nyx hocha la tête. Il n'avait pas besoin que Ravus lui dise pourquoi il en était certain : ça signifiait que l'Empire avait bien prévu quelque chose, que Ravus était au courant, et que ce quelque chose ne se produirait pas aujourd'hui, mais plus tard. Il se força à sourire :

« Eh bien dans ce cas, je vais juste faire semblant de travailler. Ça sera pas la première fois.

— Je n'en doute pas. »

Ravus lui adressa un très léger sourire, et s'éloigna en se recomposant un visage dur et fermé. Nyx respira. Ç'avait été peu de mots, mais ça avait suffi à le soulager. Même s'il avait toujours sacrément envie de boire un coup.

De son côté, Noctis émergeait tout juste d'une délicate conversation avec la première ministre d'Accordo, qu'il n'avait jamais rencontrée et qui s'était employée à le tester en s'exprimant presque trop subtilement pour qu'il la comprenne. À ce stade, il espérait juste ne pas être passé pour un crétin. Il se sentait de plus en plus perdu et désemparé : au-delà de la tristesse imprégnant cette journée, c'était la première fois qu'il se confrontait réellement à ses devoirs officiels, et il se demandait si c'était à ça qu'allait ressembler sa vie, désormais. Des conversations jonchées de chausses-trappes, un masque à porter, des mots à prononcer avec prudence, des rencontres avec des inconnus pleins d'intentions cachées devant qui il ne devrait jamais baisser sa garde. Comment son père faisait-il pour gérer toute cette comédie ? Le sentiment d'imposture qu'il avait eu plus tôt revint en force : il n'était pas prêt pour tout ça, il était jeune, il était stupide, il ne connaissait rien à rien, et il avait peur.

« Tu t'en es bien sorti, Noct. »

La voix d'Ignis l'arracha à ses ruminations.

« Tu as écouté ?! »

Ignis sourit.

« De loin. Vraiment, tu t'en es bien sorti.

— Tu dis ça pour me faire plaisir ?

— Non. Ce n'est un exercice facile pour personne, et c'est nouveau pour toi. En plus, Camelia Claustra a la réputation d'être une femme politique redoutable. Ton père serait fier de toi. »

Noctis rougit un peu.

« Je sais que tout ça est un peu compliqué pour toi, reprit Ignis. N'oublie pas que je suis là pour te guider et te conseiller. Tu n'as pas à porter ce fardeau seul. »

Noctis déglutit et hocha la tête.

« Je comprends. Merci. »

Il balaya la pièce du regard, à la recherche de Prompto. Celui-ci squattait le bout d'une table chargée de nourriture et discutait, tous sourires, avec des soldats de Tenebrae. Sa sociabilité lui avait permis de dépasser son malaise initial, et malgré sa timidité et sa maladresse, il se montrait aimable et charmant comme à son habitude. Noctis était toujours un peu fasciné de voir comment le photographe surmontait ses angoisses en les confrontant directement, toujours le sourire aux lèvres et le mot pour rire. Il l'admirait. Et en le regardant s'empiffrer tout en croyant le faire discrètement, il eut pour lui un soudain élan de tendresse qui lui serra le cœur. Il salua Ignis d'un hochement de tête et s'approcha de son petit ami.

Les soldats qui l'entouraient s'écartèrent en le saluant respectueusement, puis s'éloignèrent.

« Ça va, Noct ? demanda Prompto.

— Ça peut aller. Je m'inquiète pour Luna. »

Les deux amis se tournèrent vers la princesse, qui déambulait, un peu perdue, à travers la foule.

« Allons la voir », proposa le blond.

Gladio, tout aussi sociable mais moins timide que Prompto, s'était lui aussi fait des amis. Il échangeait des anecdotes de bataille avec la garde rapprochée de la reine. Les trois femmes semblaient apprécier le bouclier du roi, que ce soit pour le charme de sa conversation ou celui de ses biceps, ou bien peut-être des deux. Gladio, en tout cas, s'en donnait à cœur joie, se rappelant l'époque où il enchaînait les conquêtes avec une facilité qui rendaient la plupart de ses collègues fous de jalousie. Aujourd'hui, les circonstances n'avaient rien de plaisant, mais Gladio était du genre à tirer le meilleur parti de toute situation. Du coin de l'œil, il surveillait Noctis, qui semblait plutôt bien supporter le cirque ambiant, ce dont il était heureux – et fier. Noctis avait fait beaucoup de chemin cette année, plus que lui dans toute une vie. Et il continuait à évoluer, jour après jour. Il était devenu plus fort. Plus résistant. Et il apprenait tout doucement à compter sur les autres et à s'en servir comme d'une force. Il sourit en remarquant la façon discrète dont Ignis restait près de lui, à espionner ses conversations tout en se rendant disponible en cas de besoin. Cet idiot est encore plus protecteur que moi, pensa Gladio. Mais son compagnon aussi avait fait beaucoup de chemin. Il avait appris à s'ouvrir, et s'il l'irritait encore considérablement avec sa manie de culpabiliser à tout propos et sa tendance à se refermer sur lui-même, à l'instar de Noctis, il allait mieux. Et Gladio se flattait d'avoir joué un rôle là-dedans. Ils étaient plus intimes, maintenant. Ignis lui parlait davantage. Il songea, comme souvent, que l'arrivée de Prompto dans leur petit groupe avait d'une certaine façon rééquilibré les choses. Il leur avait apporté sa légèreté, son innocence, et c'était lui, plus que n'importe qui, qui avait tiré Noctis du bourbier et l'avait salutairement éloigné d'Ignis. Il se rappela soudain du jour où il l'avait rencontré dans l'appartement du prince, à sa joie en pensant que Noctis s'était enfin fait un ami. Et en fait d'ami, ce crétin de prince en était tombé amoureux, finalement. Et apparemment, c'était fait pour durer. C'étaient pour ces raisons, que, malgré la tristesse de ce jour, malgré les menaces qui pesaient sur le Lucis, malgré la peine qu'il éprouvait pour Luna, Gladio conservait une joie réconfortante au fond du cœur. Sans compter la présence de ces dames charmantes dont il égaillait la triste journée avec semblait-il un certain succès.

Prompto et Noctis s'approchèrent de Luna, qui leur jeta un regard absent comme si elle ne les reconnaissait pas. Prompto et Noctis échangèrent un regard, puis se placèrent de chaque côté de la princesse et l'entraînèrent jusqu'à une porte au fond de la pièce qui donnait sur un jardin dans lequel plusieurs personnes discutaient en fumant et en buvant un verre. Ils les dépassèrent rapidement et remontèrent l'une des nombreuses allées tortueuses qui sillonnaient la végétation dénudée et les points d'eau gelés. Ils trouvèrent un coin tranquille et s'assirent sur un banc. Le silence était presque total.

« Désolée, murmura Luna. Merci de m'avoir fait sortir. Je crois que j'étais sur le point de craquer.

— C'est pour ça qu'on est là ! s'exclama Prompto.

— On n'est pas seulement là pour le côté officiel du truc, renchérit Noctis. Qui me fait d'ailleurs royalement chier. J'imagine que toi aussi t'aurais bien aimé te passer de toutes ces cérémonies.

— J'aurais préféré quelque chose de plus intime. Même si... Je sais que beaucoup de gens sont venus parce qu'ils l'aimaient. Et ça, ça me fait chaud au cœur.

— Ta mère devait être quelqu'un de génial », dit le blond.

Luna sourit.

« Elle l'était, murmura-t-elle, des larmes plein les yeux.

— Mais toi aussi, tu sais, s'empressa d'ajouter Prompto. Tu n'es pas qu'une princesse. T'es une chouette nana. »

La formulation fit rire Luna. Ça lui faisait du bien de discuter à nouveau avec ce petit blond tout pimpant.

« C'est sympa de vous voir. Je me sens... Je me sens tellement vide. Et en même temps... Comme si j'étais écrasée par un poids énorme.

— Respire doucement, et profondément. On est là. »

Luna prit la main de Noctis à sa droite, celle de Prompto à sa gauche, et les serra.

« Je vais y arriver, dit-elle dans un souffle. Avec vous, je vais y arriver.

— Luna, je te l'ai dit un jour et j'y crois toujours : il n'y a rien dont tu ne sois capable. Et ce qui a changé, c'est que je te laisserai plus tomber, maintenant. Quoi qu'il arrive. »

Elle comprit à la gravité de son ton et à la façon dont il insista sur les derniers mots l'ampleur de la promesse qu'il lui faisait. Il ne parlait pas seulement de son deuil, mais de son avenir de princesse. Elle avait beau l'adorer, ce genre de paroles lui avait toujours manqué.

« Merci, Noctis. Tu sais que c'est pareil pour moi.

— Je le sais, et c'est aussi grâce à ça que je suis là aujourd'hui pour te le dire. »

Elle hocha la tête, acceptant sa gratitude. Ça lui faisait du bien. Ensuite, Prompto la fit rire en lui racontant ses bourdes de la journée, notamment le fait qu'il avait confondu la conseillère de la reine avec l'une des serveuses et avait dû se répandre en excuses après lui avoir familièrement demandé si « il y avait d'autres trucs à boire que du foutu champagne, parce que les trucs aussi sophistiqués, ça me reste sur l'estomac ». Puis, il lui raconta qu'il avait dû demander l'aide de Nyx parce qu'il avait mis en rogne un noble de Tenebrae en le prenant malencontreusement en photo au moment où le noble en question avait arrosé son costume de champagne en commençant à boire avant que le verre ne touche ses lèvres. L'homme l'avait gratifié d'un regard noir et commencé à marcher vers lui, si bien que Prompto avait tenté la fuite ou l'esquive, mais rien n'arrêtait le noble qui fendait la foule à sa suite, si bien qu'il s'était littéralement caché derrière Nyx pour laisser celui-ci gérer la situation.

« Qu'est-ce qu'il a dit ? demanda Luna.

— Il a dit : 'Je suis navré, Votre Excellence, mais ce jeune homme réalise un reportage-photos sur les ordres de Dame Lunafreya. J'admets que la photo est compromettante, mais voudriez-vous vraiment priver votre princesse et probablement future reine d'un minuscule moment de joie en ces jours funestes ?'

— Un reportage-photo ?! Sur mes ordres ?

— Et ouais. Le noble a pas su quoi répondre, il s'est mis à balbutier et a fini par se casser.

— C'est bien Nyx, de sortir des excuses aussi pourries, sourit Luna. Il compte toujours sur son charme pour faire passer ses bêtises, et le pire, c'est que ça marche. »

Même sur mon frère, faillit-elle ajouter en se reprenant juste à temps.

« Je ne savais pas que tu le connaissais aussi bien », remarqua Noctis.

La princesse haussa les épaules.

« Il vient souvent à Tenebrae, en mission. C'est devenu un ami proche. »

Prompto montra la fameuse photo à Luna, qui éclata de rire, puis ils changèrent de sujet et passèrent encore un moment au jardin. Tout doucement, Luna reprit des couleurs.

Ignis sortit sur une terrasse, pris par une soudaine et vive envie de fumer une cigarette. Il eut la surprise d'y trouver Ravus, accoudé à la balustrade, le regard perdu sur la ville en contrebas, qui fumait lui aussi. Ignis le rejoignit et alluma sa cigarette sans un mot.

« C'est enfin terminé, souffla Ravus sans le regarder.

— Je suis désolé », dit le conseiller du roi.

Le prince hocha la tête.

Ignis se demanda s'il se souvenait de sa dernière visite, et au même moment, Ravus fit quelque chose de tellement inattendu qu'il en resta bouche bée : il fouilla dans sa veste, en sortit un téléphone qu'il lui tendit, toujours sans le regarder.

« Je sais bien que tu as dû remplacer l'autre, mais j'ai horreur d'avoir des dettes. »

Ignis regarda un moment le téléphone, puis finit par se décider à le prendre.

« Merci, murmura-t-il.

— Je sais que je t'ai bien laissé ces messages. Je n'aurais pas dû, mais je l'ai fait. Je sais que tu aimerais des précisions. Je ne peux rien dire, tu t'en doutes. Je ne peux même pas en parler à Nyx. Il ne sait rien. »

Encore plus étrange. On aurait dit que Ravus cherchait à protéger Nyx, à prouver sa bonne foi, ce qui était inattendu de sa part.

« ...Mais ? interrogea finalement Ignis, qui se demandait où le prince voulait en venir.

— Mais j'aimerais pouvoir le faire. »

Et sur cette déclaration ambiguë, il jeta son mégot et s'éloigna, laissant Ignis plus que perplexe, et inquiet, aussi.

VII

Le soir venu, Noctis, Ignis, Gladio et Prompto se retrouvèrent dans les quartiers du prince. La journée avait été longue et difficile pour tout le monde, et ils en profitèrent pour souffler un peu. Ils devaient rester encore quelques jours. C'est tout ce que Noctis avait pu négocier : il était hors de question qu'il se débarrasse de son escorte armée, mais il ne pouvait pas s'éterniser avec un tel déploiement militaire. Aussi, même s'il restait en tant qu'ami et non en tant que prince du Lucis, il devrait écourter sa visite.

Au bout d'un moment, Nyx fit son apparition pour faire son rapport à Noctis.

« Assieds-toi et détends-toi, dit le prince en le voyant. T'as une sale tête.

— C'est dingue, on n'arrête pas de me dire ça ces temps-ci, ça devient presque vexant ! » se plaignit-il en les rejoignant près du feu, où étaient disposé un sofa et des fauteuils confortables.

« Bon, je t'écoute, dit Noctis.

— En gros : tout va bien. Y a quelques tensions avec les officiers de l'armée impériale et nos hommes sont sur les dents à cause de la présence des soldats magitechs, mais aucun incident à déplorer. Les rapports avec l'armée de Tenebrae sont cordiaux. Tout est calme.

— Ok, parfait, alors.

— Alors tu crois pas que nos copains de l'Empire vont tenter quelque chose ? demanda Gladio.

— Non.

— Et quand on sera rentrés ? » Gladio avait demandé ça avec un ton provocateur, qui laissa Noctis perplexe, mais Nyx resta de marbre.

« Je pense comme tout le monde que l'Empire risque d'attaquer au cours des deux prochains mois. Cela dit, d'après mes informations, des réseaux de résistance sont en train de s'organiser à Tenebrae. En fait, il se pourrait bien que l'attaque coïncide avec une rébellion. L'Empire le sait, alors il va chercher à accélérer le processus de succession. L'empereur va probablement forcer la main à Ravus et à Luna, voire désigner lui-même le prochain souverain.

— Je ne crois pas qu'il aura besoin de forcer la main de Ravus, remarqua Gladio en croisant les bras sur sa poitrine, fixant Nyx intensément.

— Et moi, je ne crois pas que l'empereur ait intérêt à ce que le prince prenne le trône.

— Tiens donc ? Et pourquoi pas ?

— Parce qu'il dirige son armée.

— Il pourrait être remplacé.

— Certes, mais pas si facilement. Il est expérimenté, c'est un bon stratège, et... il n'a pas peur de mourir. De plus, ils se méfient de Luna. Elle est comme sa mère : très aimée du peuple, et influente. En plus, c'est l'Oracle, et elle en sait peut-être davantage qu'ils ne le voudraient. Ils ne veulent pas qu'elle s'enfuie ou qu'elle orchestre en secret la rébellion, alors ils vont la mettre là où ils pourront le mieux la surveiller : sur le trône.

— Une analyse intéressante, commenta Ignis.

— Et si l'Empire nous attaque, à ton avis, comment ils vont s'y prendre ? questionna ensuite Gladio.

— Aucune idée. Le mur autour d'Insomnia est infranchissable pour leurs soldats et leurs... créatures. Le seul moyen de nous atteindre, c'est à travers le roi, et ou à travers toi, Noctis. Ils pourraient envoyer des assassins... Mais ça me paraît difficilement jouable. La sécurité du palais et bonne, et on s'attend à ce genre de tentatives. Ils pourraient en revanche mettre le pays à feu et à sang pour forcer Regis à négocier.

— Je vois. J'aurais pensé que tu serais mieux renseigné », fit Gladio d'un ton cassant.

Noctis observa les deux hommes, sans comprendre. Nyx oublia ses manières et si son visage resta neutre, il sortit une flasque de l'intérieur de son manteau et but quelques gorgées avant de répondre :

« Je ne le suis pas, Gladio. Crois-moi, je préférerais l'être.

— Et qu'est-ce que tu feras si le haut-commandant débarque à la tête de son armée pour mettre le royaume à genoux ? »

Cette fois, le regard de Nyx se durcit.

« Ce que j'ai toujours fait : le défendre au péril de ma vie. J'ai prêté un serment, Gladio. Tu me crois vraiment du genre à manquer d'honneur ? » Gladio continua de le dévisager. Nyx secoua la tête et lâcha : « Et puis merde, même mon serment peut bien aller se faire foutre ! C'est pour mon frère que je me suis engagé, tu te rappelles ? Tu penses que j'irais jusqu'à cracher sur sa mémoire ?! »

Ils se défièrent du regard un moment, puis Gladio acquiesça.

« Ok, j'ai compris. »

La tension redescendit imperceptiblement. Noctis et Prompto se regardèrent : c'était quoi, ça ?! Puis, le prince inspira doucement, et puisque la conversation portait sur le sujet... Il se lança :

« Si l'Empire nous attaque... Qu'est-ce qu'on va faire ?

— Les effectifs de l'armée ne sont plus ce qu'ils étaient depuis le précédente guerre, répondit Nyx, alors le principal problème c'est qu'on manque de soldats. Du coup, on s'est spécialisés dans la surveillance et l'espionnage. S'ils nous attaquent, on va le voir venir. Sauf si l'Empire lance une opération extrêmement coordonnée. Bref, on ne peut être sûrs de rien. Quoi qu'il arrive, toute la sécurité sera concentrée sur ton père et toi. Parce que pour le moment, pour ce qu'on en sait, vous êtes les seuls à pouvoir repousser l'armée impériale grâce au pouvoir du cristal. »

Noctis hocha la tête. Les explications de Nyx étaient plus directes que celles d'Ignis. Ce qu'il racontait le terrifiait, mais c'était la réalité et il fallait bien qu'il s'y fasse.

« Mais... intervint Prompto d'une petite voix. Peut-être aussi qu'il ne va rien se passer, non ? »

Nyx haussa les épaules.

« Possible, mais peu probable. J'ai déjà rencontré l'empereur : il veut le cristal, ça ne fait aucun doute. Il a trouvé un moyen pour dominer le monde grâce à ses recherches sur les daemons et la création de super-soldats et de créatures monstrueuses, et nous sommes les seuls représenter une véritable menace pour lui, parce que le pouvoir des Lucii est conçu pour faire face à ce genre d'armée. Je pense que depuis toutes ces années, il cherche surtout le bon moyen pour nous le dérober. J'ai aussi quelques informateurs dans l'armée impériale, et tous m'ont dit que quelque chose se préparait, mais apparemment dans le plus grand des secrets. Je pense qu'il n'existe que quelques personnes au courant du plan de l'empereur.

— Dont Ravus doit faire partie, remarqua Ignis.

— Ça ne fait aucun doute », répondit simplement Nyx.

Le silence retomba, chacun réfléchissant aux implications de ce qui avait été dit. Leur avenir proche était pour le moins effrayant, et plus qu'incertain.

Noctis repensa à ses rêves et se demanda ce que Luna savait de son côté. Quel fardeau supplémentaire devait-elle porter en ce moment même ? Il frissonna. Pendant des mois, des années, il avait vécu isolé des affaires du royaume, même quand son père ou Ignis le poussaient à s'y intéresser. Il avait tout fait pour ne rien en savoir. Mais maintenant, il ne pouvait plus les ignorer, ne serait-ce que parce que sa propre vie était en danger. Ça le concernait, qu'il le veuille ou non.

Au bout d'un moment, Nyx s'excusa et les quitta. Noctis en profita pour demander à Gladio de quoi il retournait :

« C'était quoi, cet interrogatoire ?!

— C'est bon, c'est rien, Noct. C'est réglé.

— Comment ça, réglé ?!

— Réglé, c'est tout. Oublie ça. »

Noctis vit qu'il ne tirerait rien de plus de son borné de garde du corps, et renonça. Ils oublièrent un moment leurs soucis quand Prompto proposa une partie de cartes, et ils y restèrent jusque tard dans la nuit, réticents à retrouver le silence et les pénibles interrogations qui y ressurgiraient.