Chapitre 36:

Mak posa les yeux sur son père. Le vit complètement fou de rage. Et étrangement, Hans ne paraissait pas si différent dans l'instant. Deux bêtes féroces s'affrontaient dans une animosité de la folie humaine plus déplorable que jamais. Leurs yeux étaient exorbités, leurs mâchoires serrées, et leurs coeurs semblaient n'avoir que la haine pour seul carburant.

Soudain, une chaleur presque insupportable se fit sentir dans la pièce. Le sol, ainsi que tous les murs, devinrent brûlants, l'air irrespirable. La pauvre louve fut obligée de danser d'une patte sur l'autre, tant le carrelage devenait bouillant. Mak comprit bien vite que le château prenait seulement l'apparence de l'âme de Hans.

Elsa, il faudrait que tu arrives vite. J'ai besoin d'un coup de froid…

- Il suffit de demander.

Entendit la louve derrière elle. L'animal se retourna, et tomba face à sa reine. La blonde tapa du pieds, et le sol reprit instantanément sa température initiale. Le loup put respirer, enfin.

- Briak, libère l'armée, nous avons besoin d'aide.

Ordonna Elsa, en posant un regard rageur sur le Prince des Iles du Sud. Mak se surprit à frissonner. Jamais elle n'avait vu une colère si palpable dans les yeux de sa belle. Elsa d'Arendelle avait décidé de reprendre son trône.

D'un geste rapide et précis, la reine envoya un jet de glace dans la jambe du prince, le faisant trébucher. Enfin, il sembla remarquer sa présence, posa un regard furieux dans ses yeux bleus, et hurla:

- Voilà donc la Putain d'Arendelle! Tu te sens invincible maintenant que tu as trouvé une bande de chiens prêts à ramper à tes pieds?

Mak grogna en se postant devant Elsa, les crocs en évidence, une haine pénétrant son coeur telle une lame d'acier trempé.

Mordok tenta une approche, mais le prince n'était pas stupide, et lança un éclair brûlant dans sa direction, la flamme se rependit sur son torse, le paralysant totalement, le laissant à genoux, incapable de faire un geste, prisonnier de cette magie. Il hurla en se tordant de douleur. Mak aboya. Hans sourit.

- Oh, mais c'est que la chienne défendrait presque ce cher papa. Ça fait mal, hein? De voir souffrir sa famille. Ton ancêtre n'a pourtant pas hésité à déchiqueter le visage du mien. J'aurais du deviner que tu étais de la lignée du loup blanc. Vous avez le même éclat de folie dans le regard. Parce que c'est ce que vous êtes, n'est-ce-pas? Deux malades, deux ordures, deux putains de bêtes meurtrières! J'aurais mieux fait de fouetter ta salope sur ce lac! J'en ai tellement rêvé.

Hurla Hans en s'en briser la voix, faisant aboyer Mak frénétiquement dans une folie assassine.

Elsa leva la main, prête à attaquer à nouveau, mais Hans déclara:

- Si tu fais le moindre geste, il meurt, et nous savons tous, que dans le fond, le brave loup espère encore sauver son père.

La reine se figea. Hans éclata de rire sans desserrer l'étau de feu qui entourait maintenant la gorge de Mordok. Le prince se redressa, reprenant fierté et contrôle de la situation, sous le regard horrifié d'Elsa, qui sentait tout se faufiler entre ses doigts. Hans se tourna alors vers Mordok.

- Et toi...Mon grand-père parlait souvent de toi, tu sais. Je t'ai idéalisé toutes ces années, pour me rendre finalement compte que tu es bien décevant.

Mordok grogna. Hans continua:

- Le loup blanc, au service d'une Ficede, pathétique. Elle se sert de toi, pauvre bête stupide! Tu ne vois donc pas qu'elle ne cherche qu'à régner? Elle t'a déjà volé ton peuple, que te faut-il de plus?

Cria le prince, en montrant Elsa du doigt avant de cracher par terre.

Avec horreur, Mak put voir le regard de son père changer. Elle reconnut cette expression comme si elle ne l'avait jamais oubliée. Et ce regard fou se posa sur Elsa. Hans sourit, abandonna l'emprise qu'il avait sur le loup blanc, et déclara:

- Sur ce, je vous laisse en famille.

Puis le salaud se posta, fière derrière Mordok qui semblait avoir changé de maître. Sans demander son reste, le prince ricana, et s'empressa de remonter l'immense escalier, espérant trouver une sortie au plus vite, bien conscient de ce qu'il venait de provoquer.

Elsa sauve-toi.

Entendit la reine.

Elle baissa les yeux sur son loup, le trouva déterminé, et plus tout à fait lui-même.

Mon loup, il faut que tu te calmes.

Essaya-t-elle.

Il fallait qu'elle se calme, Mak le savait. Le loup, à l'intérieur se faisait de plus en plus insistant, mais elle savait aussi qu'elle avait besoin d'être un monstre pour être en mesure de tuer leur roi. La louve grogna, sachant très bien ce qu'elle était en train de faire, et connaissant parfaitement les conséquences de cette folie, mais elle le devait, et sa seule consolation, était qu'Elsa ne la voit comme ça.

Rattrape Hans, ne le laisses pas fuir.

Ordonna Mak, espérant que sa reine ne cherche pas à négocier, prenant conscience qu'elle deviendrait bientôt dangereuse.

Elsa ferma les yeux en soupirant douloureusement, sachant malgré elle aussi bien que son loup ce qui les attendait. Elle posa une main sur la tête de l'animal qui tressaillit sous le touché. Cela lui fendit le coeur. Jamais elle n'avait tressaillit sous sa main. À chaque instant, Mak s'éloignait un peu plus dans les méandres de sa colère.

Fais ce que je te dis!

Rugit la louve bien plus fort que jamais, faisant sursauter Elsa. Cette réaction accentua sa colère. Jamais sa reine n'avait eu peur d'elle. Le monstre venait de renaitre.

Sans discuter, et le coeur en miette, Elsa s'élança à la poursuite du fils du feu, bien décidée à lui faire payer.

L'esprit en ébullition, Elsa courait à travers les nombreux couloirs du château sans réellement savoir où aller. Son attention, son coeur, était resté dans le hall. Si je trouve Hans, tu me reviendras...Pensa-t-elle comme par mauvaise habitude, moyen ridicule de se rassurer dont elle ne pouvait se défaire depuis le début de cette guerre...

- Elsa!

La reine s'arrêta, et tomba face à celui qu'elle avait tant espéré.

Elle se jeta dans ses bras, il parut surprit par ce geste. Quelque chose était arrivé.

- Briak! Mak est en bas avec son père. Il est devenu fou. Il nous a trahit. Il va la tuer!

L'homme attrapa la blonde par les épaules.

- Calme toi. Où est le fils de feu?

- Il y a une deuxième sortie vers l'aile-Ouest. Il essaye de s'enfuir.

Briak fronça les sourcils. Mak lui avait demandé de protéger Elsa quoi qu'il lui en coûte. Il prit conscience que son amie savait pertinemment que tout ce bordel tournerait mal, que cette guerre était une mission suicide, et que son but n'avait toujours été que d'éloigner Elsa. La louve se servait donc de cette guerre pour régler ses comptes avec son père. L'homme se garda bien d'expliquer tout cela à la reine, et déclara:

- L'armée d'Arendelle est libre et s'est alliée avec les loups contre les Ficedes. Hans doit être arrêté maintenant.

Sans attendre de réponse, il empoigna Elsa par le bras, et s'élança avec elle à la poursuite du prince.

- Mais elle a besoin de toi!

Cria Elsa, sans pouvoir arrêter son pas.

- C'est son combat. Je n'interviendrais pas, elle ne me le permettrait pas. Fais lui confiance. Si Hans réussit à s'enfuir, cette guerre sera perdue, et Makdellana le sais mieux que personne.

Devant les dires d'une vérité effroyable de l'homme, Elsa abdiqua, et couru toujours plus vite.

La louve grognait toujours plus fort face à la bête immonde devant elle. La colère remplit sons âme, tua son coeur, le loup la dévora, elle attaqua. Mordant, griffant, aboyant comme un vulgaire chien qu'elle était devenue. La loup blanc se défendit, ne reconnaissant plus sa fille, ne reconnaissant plus rien.

Briak et toute sa puissance se jeta sur le fils de feu quand il fut à portée de main. Le prince s'étala sur le sol, une gueule à seulement quelques centimètres de son visage. L'haleine chaude du loup effleura sa joue, des pattes lui écrasèrent le torse, bloquant ses gestes, plaquant ses mains au sol. Il était pourtant si proche de cette maudite sortie.

Il tenta de se débattre encore, ne perdant jamais espoir, mais une vague de froid immobilisa ses jambes. Fais comme un rat, il tourna un regard horrifié vers ce qui ne ressemblait plus tellement à Elsa d'Arendelle.

La reine approcha d'un pas lent, arrêta sa chaussure près du visage du prince, imposant sa supériorité, dominant par son excellence. Briak aboya furieusement, faisant saigner l'oreille de Hans.

- Elsa, rappelle-le.

La blonde haussa un sourcil, sourit en coin, se délectant malgré elle de la situation.

- Je suis désolée cher prince, mais comme vous le dites si bien, ils ne sont que des animaux, ils ne comprennent rien, n'est-ce-pas Briak?

Le loup aboya encore, faisant gémir le prince.

Elsa s'accroupit, et murmura:

- Alors, tu as peur?

Les yeux de Hans s'écarquillèrent. Oui il avait peur, il crevait de peur.

- Votre Altesse…

Elsa rit.

- À ce n'est plus...comment m'as-tu si délicatement appelée déjà? La Putain d'Arendelle, c'est bien ça?

- Pardonnez-moi.

S'empressa de supplier le prince, en essayant désespéramment d'éloigner son visage des crocs de Briak.

Les yeux de la reine se rétrécirent, elle déclara:

- Refusé.

D'un geste lent, elle leva la main. Le prince hurla, en sentant chaque goutte de son sang se figer, devenant de millions de cristaux ensanglantés au creux de ses artères. Jamais il n'avait ressentit une douleur pareille à celle-ci. Il voulu mourir.

- Ton coeur est déjà de glace.

La reine serra le poing. Un nouveau cri déchiré s'échappa de Hans.

- Pour Anna.

- Arrêtez, je vous en pris! Tuez-moi! Laissez-moi mourir!

Elsa ne prêta pas attention aux supplications du prince, et serra davantage le poing. Hans se contorsionna, crachant un filet de liquide écarlate.

- Pour les loups.

Briak peinait à retenir le prince, tant il gesticulait, tant il se débattait, cherchant encore et toujours à fuir cette sensation que jamais personne ne devrait connaître.

Enfin, la reine ferma les yeux, et relâcha totalement sa main. Hans hurla une dernière fois, plongeant un dernier regard suppliant dans les yeux de la reine qui se rouvrirent pour apprécier le pique de douleur qu'il trouvèrent dans l'âme du prince.

- Pour Mak.

Murmura Elsa. Le prince tomba à terre, exsangue, toute vie ayant quitté son corps.

Briak grogna une ultime fois, et reprit lentement sa forme humaine. Elsa se redressa en soupirant. Un instant, elle se détesta pour ce qu'elle venait de faire, et jeta un dernier regard au corps maintenant bien insignifiant, figé dans la douleur qu'il avait ressentit avant de mourir. La reine avait tant de fois rêvé de lui glacer le sang, finalement, elle y était parvenue. La vengeance d'Elsa d'Arendelle venait de s'abattre. La reine était de retour.

Briak sourit tristement, et passa un bras autour des épaules de la blonde. Sonnée, Elsa posa sa tête sur l'épaule réconfortante. L'homme posa un regard admirateur sur sa reine, et embrassa le haut de sa tête. Le réconfort ne fut que de courte durée. Un rugissement fit sursauter les deux amis. Une douleur s'imposa dans le coeur de la blonde, un vide envahit son âme.

Elsa ferma les yeux.

Mon loup, tout va bien?

La respiration de la blonde s'accéléra.

- Briak, elle ne répond pas.

La panique se lut clairement dans les yeux de l'homme. Sans un mot de plus, il se précipitèrent vers le hall.

Le loup peinait à tenir debout. Sa gueule saignait, et une plaie béante entaillait tout son flanc, le rendant faible. Un coup de griffe bien vicieux avait été porté sur son œil droit, troublant sa vue. Malgré tout, il était debout et ne cessait de rugir, emprisonné dans une colère indomptable.

Le loup blanc attaquait sans reprendre son souffle, enchainant morsure, griffure, et coup dans le dos. Il était fort et inépuisable.

Il se jeta sur Mak, la plaquant contre un mur, ne lui laissant que de maigres espoirs de fuite. La louve encaissait en hurlant, sentant chaque griffes se planter dans sa peau. Elle allait mourir ici, face à son pire cauchemar.

Voyant la haine de son père, elle voulu abandonner, se laisser aller et ne plus ressentir. Elle n'était pas assez forte, c'était une évidence. Son père l'avait toujours dominée, avait toujours eu ce pouvoir inconscient sur le corps qu'il avait prit joie à détruire. Dans un hurlement aigu, Mak cracha son excès de douleur. Quand le moment du dernier souffle arriva, elle perçut pourtant un léger, presque imperceptible son entrer dans son esprit.

Cette voix...à qui était cette voix qui lui parut familière, et pourtant, elle ne réussit pas à y mettre un visage. Elle ne se souvenait plus. Le seul sentiment qu'elle ressentit très clairement, fut une nouvelle vague de haine. Une haine du monde, des hommes, de son père, d'elle-même, de tout. Une haine dont elle voulu goûter la morsure. Un éclair passa dans ses yeux, qui n'étaient plus jaunes mais d'un noir profond. Elle montra les crocs, et attrapa dans sa gueule le visage qui se présentait devant elle, en jurant que quoi qu'il arrive, elle ne le lâcherait pas.

Le loup blanc rugit sous la contact bien trop puissant, et chercha à s'en défaire. Mais la louve n'en avait pas décidé ainsi.

Elsa arriva essoufflée en haut de l'escalier. Sa mâchoire tomba quand elle vit le loup blanc étendu sur le sol. Son loup avait donc réussit. Elle était vivante. Tout était finit, enfin. Ils étaient seins et saufs. Cette guerre touchait à sa fin. La vie allait être plus douce. Un sourire éclatant s'afficha sur son visage quand elle se précipita pour descendre.

- J'ai cru que je t'avais perdue!

S'écria-t-elle en s'approchant rapidement de son loup, qui lui tournait le dos, fixant le corps mort du loup blanc.

La reine voulu poser une main douce sur le pelage si attirant de l'animal, mais celui-ci se retourna rapidement en rugissant, le regard mauvais, la gueule ouvert, couverte de sang.

- Elsa, ne t'approche pas.

Tonna Briak en posant une main sur l'épaule de la reine, qui se figea en voyant une expression qu'elle n'avait jamais vu dans les yeux de Mak.

L'animal aboya en adoptant un air menaçant.

- Mak...?

Essaya Elsa, tremblante.

L'animal aboya encore une fois en avançant d'un pas. Briak passa un bras devant Elsa en grognant.

- Briak arrête. Elle ne nous attaquera pas.

L'homme fixa l'animal en fronçant les sourcils.

- Je n'en suis pas sur. Elle est transformée depuis beaucoup trop longtemps.

Déclara-t-il, la mâchoire serrée. Les yeux de la reine s'écarquillèrent. Elle observa les yeux de son loup, et n'y trouva que haine et rancoeur. Mak semblait en effet définitivement partie, toute trace d'humanité ayant quitté son âme. Pour la première fois, Elsa eut peur d'elle.

- Non, ça ne peut se finir comme ça…

Murmura la reine sans perdre la bête du regard, espérant qu'il se passe quelque chose, n'importe quoi, désirant que sa louve revienne, refusant l'idée qu'elle puisse l'avoir perdue. Ce n'était pas possible. Elle ne voulait pas de cette fin. Mak était quelqu'un de bien. Mak était un brave loup. Un être hors du commun. Elle y croyait au plus profond d'elle-même. Elle lui avait toujours fait confiance. Elle n'était pas un monstre. Tout cette histoire ne pouvait pas se terminer ainsi. Elle en avait décidé.

D'un geste autoritaire, elle rejeta le bras de Briak, et avança d'un pas ferme. Le loup aboya encore en avançant toujours plus.

- Elsa, arrête. Ça ne sert à rien. Elle est partit.

- Non. Je sais qu'elle est là, quelque part…

Chuchota la reine, en observa davantage les yeux qui semblaient vouloir la dévorer.

La bête observait ce visage qu'il savait habituel mais n'arrivait pas à se souvenir. Cette sensation l'énerva plus encore. Il aboya de frustration. Il lui sembla que c'était une femme. Et ces cheveux, il voulu se rappeler leur odeur, mais en fut incapable. Frustré, il aboya encore. Et la voix, il connaissait cette voix. Mais quelque chose de plus fort, l'obligeait à oublier. Il se sentait fort, et indestructible. Il ne voulait pas que ça s'arrête. Il voulait mordre, tuer, détruire. La femme semblait paniquée, et l'homme à coté d'elle, paraissait vouloir lui sauter dessus.

Soudain, la femme avança d'un pas. Surpris, il aboya, montrant qu'il n'était pas d'accord avec cette idée. Elle était une menace, il en était persuadé. Il devait la tuer.

- Mon loup, c'est moi.

Essaya doucement Elsa en avançant encore. Mais Mak ne semblait pas décidée à se calmer, du moins si Mak existait encore…

La reine cru mourir d'effroi en voyant le pelage de son loup devenir aussi blanc que la neige au sommet de la montagne où elle l'avait rencontrée.

- Elsa, arrête. Son père est mort, elle devient le loup blanc. Elle est dangereuse. Rends toi à l'évidence, nous l'avons perdue.

Déclara Briak, en essayant de retenir sa reine. Mais fixée dans son idée, refusant de démordre, Elsa le fit taire d'un geste clair de la main.

- Non, je sais qu'elle est là.

Déclara la reine sans arrêter son pas.

L'animal grogna toujours plus fort. Qui était-elle? Que disait-elle? Il ne comprenait pas. Et il n'en avait même plus envie.

- Tu n'es pas un monstre, mon amour. Tu n'es pas comme lui. Souviens-toi. Reviens-moi. Tu t'es retournée, j'ai tué Hans, il faut que tu me reviennes. Je sais que tu es là.

L'animal secoua frénétiquement la tête en gémissant. Briak fronça les sourcils, prêts à bondir si jamais la bête attaquait.

Soudain, des mots pénétrèrent le coeur de la louve. Mais au moment où tu penseras t'être perdue, tu te retrouveras…

Elsa put très clairement voir le regard se battre contre quelque chose de grand, contre le monstre qu'il avait toujours cherché à fuir. La reine savait qu'une guerre intérieure éclatait à l'intérieur de sa louve, et son esprit pria encore et encore pour que son humanité l'emporte, jurant qu'elle ne pourrait pas vivre sans elle.

Reviens, ne m'abandonne pas…

Mak chercha un chemin à travers la folie de sa colère, et très lentement, les yeux noirs reprirent cette teinte qu'Elsa connaissait par coeur.

La reine serra les poings, et effaça la distance qui les séparait en posant une main tremblante sur le museau de l'animal, qui resta figé en gémissant. Devait-il la dévorer? Devait-il se défendre? Il n'en savait plus rien. Pourquoi sentait-elle si bon? Une effluve qu'il sembla reconnaître, quelque chose de Décembre, qu'on ne perçoit qu'à l'approche de Noël. Noël? Un souvenir le frappa tout à coup. Une vague histoire de sapin et de cheminée. Il se souvint d'un bonhomme de neige, d'un jeune rouquine, mais tout cela restait flou.

Effaçant ses peurs, Elsa caressa la tête de l'animal, et sourit simplement alors qu'une larme s'échappait clandestinement d'un de ses yeux.

L'animal écarquilla les yeux. Elle pleurait? Il n'était pas sur de grand-chose, se souvenant à peine de son prénom, mais savait une chose, il n'aimait pas la voir pleurer.

Soudain, une multitude de souvenir percutèrent l'esprit de la bête, et ce fut un raz-de-marée d'émotion qui la submergea. Elsa...elle s'appelait Elsa. Et elle...elle était Mak. Mak qui aimait Elsa. Et ce fut cette vérité inébranlable qu'elle prit en pleine gueule.

Elsa se recula en voyant l'animal se tordre de douleur, se pliant en quatre sur le carrelage froid du château. Briak resta mâchoire tombante. Peu à peu, ils put voir le corps de Mak réapparaitre. Elle était revenue.

La jeune femme s'écrasa sur le sol.

Elsa se précipita près d'elle, et posa sa tête sur ses genoux, appréciant la douceur de ses cheveux. Une cascade de larmes coula sur les joues de la reine. Elle pencha sa tête contre la poitrine de son loup, attendit, et enfin, inspira fortement en plaçant une main sur sa bouche. Un son cognait au fond de la poitrine.

- Elle est vivante.

Murmura-t-elle à l'intention de Briak.

L'homme passa une main tremblante sur son visage, frottant ses yeux rougis, conscient qu'il s'en était fallut de peu.

Enfin, il put respirer. Il s'approcha lentement des deux jeunes femme qu'il serra dans ses bras. La reine qui n'en était plus une dans l'instant, éclata en sanglot contre le torse de l'homme en serrant le corps inconscient toujours plus fort, cherchant à le sentir, à le graver dans sa mémoire, à ne jamais le quitter. Mak respirait, Mak était vivante, Mak avait réussit. Enfin, tout était finit. Toutes leurs promesses avaient été honorées.

Personne n'y prêta attention, mais sur les toits d'Arendelle, la neige fondit.

La louve grimaça et ouvrit péniblement un œil, qu'elle referma aussitôt quand la lumière vint lui brûler la rétine. Elle poussa un gémissement de mécontentement. Ce que son corps pouvait lui faire mal. Une migraine martelait ses temps, ses muscles étaient engourdis et douloureux. Sa vision n'était pas très claire, et avait bien du mal à faire la mise au point. Ses doigts la faisait souffrir, et sa gorge semblait en feu.

Elle essaya de parler, aucun son ne sortit. Déterminée, elle se racla la gorge, et eut le plaisir d'entendre un semblant de voix cassée. Elle essaya de se redresser, peine perdue. Où était-elle? Elle n'en avait aucune idée. Son regard s'égara sur le lieu. Il lui sembla que c'était une chambre. Sa nuque était raide, elle avait du mal à tourner la tête, mais elle put deviner de part la lumière qui éclairait l'endroit qu'il faisait jour, et même qu'il faisait beau. Elle écouta, mais n'entendit rien. Était-elle seule? Elle ne sentit aucune présence dans la pièce.

Frustrée de rester allongée, elle grogna en repoussant la douleur, bien décidée à se lever. Elle serra les dents en s'asseyant au bord du grand lit où on l'avait installée. Elle se rendit compte qu'on lui avait également enlevé ses vêtements pour l'habiller d'une chemise et d'un pantalon en soie blanche. Elle releva le tissu de son haut, et remarqua qu'un pansement entourait religieusement ses cottes. Elle posa un regard sur ses mains, et les trouva abîmées, entaillées par endroits, parsemées de quelques crevasses. Elle s'étira lentement, faisant craquer ses os.

L'un de ses yeux piquait, et un goût métallique se rependait dans sa bouche. Elle eut envie de vomir, mais ravala ses nausées, et se leva non sans peine, s'aidant maladroitement de la table de nuit, déposée non loin d'elle.

D'un pas chancelant, elle approcha de la fenêtre, se tenant le ventre par moment. Elle posa un regard sur l'extérieur en grimaçant, assaillit par la lumière, et vit un soleil briller. Celui-ci l'éblouit, elle grogna. Il faisait trop chaud ici, elle en avait perdu l'habitude, elle qui détestait le froid. Le froid...Elsa!

Un bruit la fit sursauter. Elle se retourna, et tomba face à une femme d'un âge déjà avancé qui se figea en la voyant. Puis elle sourit, et déclara d'une voix tranquille:

- Bonjour, brave loup. Vous avez finalement décidez de revenir parmi nous on dirait.

Mak fronça les sourcils, et fit appel au peu de voix qu'il lui restait.

- Où suis-je?

La femme sourit davantage, et approcha lentement.

- Allons, vous ne reconnaissez pas le château? Son Altesse va être si heureuse d'apprendre que vous avez reprit conscience. Elle vous a veillée des nuits entières, vous savez. La pauvre enfant...j'ai bien cru qu'elle allait faire venir tous les guérisseur du royaume.

- Elsa? Où est-elle?

Demanda subitement la louve, un vent de panique passant dans ses yeux.

- Rassurez-vous, brave loup. Son Altesse va bien. Elle est en réunion pour le moment. Le royaume a malheureusement besoin d'elle. Cette guerre a fait beaucoup de dégâts, mais aucun mort de notre coté, ce n'est déjà pas si mal.

Mak grimaça, les souvenirs revenant doucement. Elle se rappelait de Hans, de la colère de son père, puis plus rien, un vide total.

- La reine m'a fait jurer de vous empêcher de vous lever si jamais vous en veniez à vous réveiller durant son absence. Elle a également ajouté que vous ne seriez sans doute pas très coopérative, avant de préciser que ce n'était pas négociable.

Mak leva les yeux au ciel. Elsa dans toute sa splendeur…

La femme rit devant la mine de la louve et s'approcha pour lui offrir son bras.

- Allons, soyez raisonnable. Vous avez bien méritez un peu de repos. Cette guerre a été éprouvante, et votre corps est votre meilleure arme, préservez-le.

- Je ne suis pas fatiguée.

Mentit Mak en faisant bien voir qu'elle n'avait aucune envie de rester dans cette chambre même si elle devait s'aider du bras amical pour se rallonger. Elle avait besoin de voir Elsa, de juger par elle-même qu'elle était seine et sauve.

- Ne faites pas l'enfant. Sa majesté m'a fait promettre de la prévenir dès votre réveil. J'y vais de ce pas. Et vous, vous restez là. Je vous ai apporté de quoi manger. Est-ce-que ça vous ferait patienter?

Mak grimaça en se rallongeant, sachant très bien qu'elle avait faim, et qu'elle allait se faire avoir comme une gamine à qui on tend une friandise. Elle accepta malgré elle d'un hochement de tête.

La femme posa une assiette et une tasse fumante devant la louve puis déclara, en tendant la tasse:

- Buvez, cela va vous faire du bien.

Mak observa le liquide, loin d'être convaincue. Cette odeur...elle ne la connaissait pas.

La femme sourit encore, et expliqua:

- C'est du chocolat. La reine en raffolait étant petite, et c'est toujours le cas d'ailleurs!

Mak posa un regard suspicieux sur la femme, et essaya:

- Gerda...?

Un sourire illumina le visage de la servante.

- Je vois qu'elle vous a parlé de moi.

La louve ne répondit pas, mais un sourire en coin étira ses lèvres. C'était donc elle...la femme qui avait supporté les sautes d'humeur de sa reine pendant toutes ses années. Qu'elle femme courageuse...Ne put s'empêcher de penser la louve en riant presque.

Gerda sourit de ce même air tranquille qu'empruntait Elsa par moment, et déclara:

- Allé, remplumez-vous un peu. Je m'en vais prévenir la reine. Depuis le temps qu'elle attend votre réveil, je vais enfin la revoir sourire. Elle me paraissait si mélancolique ces derniers jours.

- Ces derniers jours? Mais combien de temps suis-je restée inconsciente?

- Un peu plus d'une semaine, brave loup.

Mak soupira en passant une main sur son visage.

- Je ne pensais pas avoir accumulé autant de fatigue…

- Raison de plus pour vous reposer.

Renchérit la servante en ouvrant la fenêtre de la chambre. Un air chaud pénétra la pièce. Sans un mot de plus, toujours souriante, Gerda sortit, refermant discrètement la porte derrière elle.

Mak jeta un œil dehors en soupirant, elle n'en pouvait déjà plus d'être enfermée ici. À l'extérieur, une douceur de vire semblait s'être propagée. Les oiseaux chantaient, et un parfum de fleur de printemps flottait dans l'air. Le soleil inonda la chambre de ses rayons, réchauffant l'être entier de ce pauvre loup meurtrit tel un baume apaisant. Enfin, l'été était de retour.