Disclaimer : The Host appartient à Stephenie Meyer.

Merci pour les follow, favorites et reviews. Désolée encore pour le manque de régularité, mais ça devrait changer pour les semaines qui viennent vu que mes partiels sont terminés.

J'essaierai de mettre un chapitre par semaine. Merci !


Chapitre 37


Il n'a pas fallu trop longtemps pour apercevoir les premiers signes du retour de Gaby parmi nous. Mel m'avait dit qu'elle avait eu du mal à se faire au changement de corps la première fois. Elle n'avait jamais fait ça, elle n'était jamais restée plus d'un cycle sur la même planète. Cette fois-ci cela a paru légèrement plus simple pour elle. Ses paupières se sont relevées doucement. Son premier regard a été pour Ian. Il l'a délicatement prise dans ses bras.

—Chérie ! Tu m'as tellement manquée ! Tout va bien ? Tu te sens bien ?

—Oui, je crois. C'est tellement étrange. Qu'est-ce qu'il s'est passé. Je ne me souviens plus très bien… Mes souvenirs se mélangent avec ceux de Rose.

—Tu te souviens qu'on était en mission à Phœnix ? (Elle a hoché la tête.) On sortait d'un magasin et des traqueurs nous ont arrêtés. Mel et Jared ont été obligés de descendre aussi. Ils commençaient à aller chercher Hayley mais… a commencé Ian.

—J'ai pu les mettre KO assez longtemps pour que l'on parte, ai-je coupé ne voulant pas qu'il révèle à Gaby que j'avais tué quatre de ses congénères.

Ils m'ont regardée quelques secondes, surpris, mais ils ont vite compris et elle ne s'est aperçue de rien.

—Tu t'es pris une balle perdue, a poursuivi Mel. On te croyait perdue mais Hayley est partie chercher un caisson et elle t'a extraite pendant qu'on s'enfuyait. Jared, elle et moi on est parti te chercher un nouveau corps et nous voilà tous ici ! Ça fait du bien de te savoir toujours parmi nous.

Elle l'a, à son tour, prise dans ses bras.

—Merci, Hayley, a-t-elle soufflée, de m'avoir sauvé la vie.

Je lui ai fait un petit signe de tête, je ne me voyais toujours pas comme un héros face à la situation, mais j'étais contente d'avoir pu faire une chose bien.

—Rose a beaucoup apprécié parler avec toi. Elle est partie avec de bons souvenirs. Vous l'envoyez où ?

—Sur la planète des Dauphins, ai-je murmuré.

Gaby a souri à cette réponse.

—Elle appréciera. Merci pour elle.

Si je pouvais me rattraper pour les quatre âmes que j'avais envoyées dans l'oubli grâce à Rose, j'en étais contente.

—Alors, on a bien choisi Gaby ? Ce corps te plait ? Sur les conseils de Hayley, on t'a choisi quelqu'un d'un peu moins… Dépendant des autres.

—Il est parfait, vraiment.

Elle a jeté un coup d'œil à Ian pour voir ce qu'il en pensait, s'il n'était pas trop perturbé par la situation. Elle a été rassurée de le voir heureux, c'est tout ce qui comptait pour elle.

On a entendu quelqu'un qui arrivait en courant dans le long couloir. On a regardé l'entrée de l'infirmerie avec curiosité et un peu d'appréhension. Ce n'était que Jamie.

—Gaby ! Tu es de retour ! Je suis tellement content de te revoir, tu nous as manqué ! a-t-il crié de joie en lui sautant dans les bras. Je crois qu'ils t'ont trouvé un hôte encore mieux que le précédent ! Tu aimes ?

—Oui. Il est très bien. Je m'étais habituée à Petty, mais ça fait du bien de retrouver un corps plus fort. Je me sens mieux comme ça, même s'il va me falloir du temps pour m'habituer une nouvelle fois au changement. J'aimerai que ce soit la dernière fois. C'est vraiment trop étrange, pour tout le monde. Je dois tout réapprendre parce que je ne connais pas bien le corps et pour vous, eh bien, vous n'êtes pas habitués à voir quelqu'un changer…

—Ne t'en fais pas pour nous. On s'y est fait, a répondu Ian. C'est toi qu'on veut, peu importe où tu te trouves.

—Maintenant que tout est rentré dans l'ordre, je vais aller me coucher, ai-je annoncé. Ça ne fait pas loin de soixante-douze heures que je n'ai pas eu une vraie nuit de sommeil. A demain, bonne nuit.

Kyle a pris ma main dans le sienne avant que je ne parte et il m'a accompagnée jusqu'à ma chambre.

—Tu ne veux rien manger d'abord ? Tu es restée à l'infirmerie depuis votre retour et tu n'as rien avalé.

—Non, merci c'est gentil Kyle. Je n'ai pas faim, j'ai juste envie de dormir pour le moment.

—D'accord. Je vais dire à Jamie de rester avec moi cette nuit pour que tu puisses te reposer. Bonne nuit, m'a-t-il soufflé avant de m'embrasser.

Il a commencé à partir mais je l'ai retenu par la main.

—En fait… Si tu veux bien rester avec moi cette nuit. On n'a pas eu vraiment l'occasion d'être ensemble ces dernières semaines.

Il m'a regardée un long moment, pour être sûr qu'il avait bien entendu ou que je ne voulais pas changer d'avis au dernier moment. Mais je ne comptais pas retirer ma proposition. Je ne voulais pas être seule et il m'avait vraiment manqué.

—Avant, tu devrais aller prévenir Jamie pour moi. Lui dire de rester dans ta chambre encore cette nuit, ai-je conseillé. Je t'attends.

Il a hésité encore quelques secondes.

—Tu peux dire non, Kyle. Si tu n'as pas envie, ce n'est pas grave, je survivrais !

Ça a eu l'air de le décider. Il m'a lâché un petit sourire idiot et s'est retourné pour trouver Jamie. J'ai laissé un soupir m'échapper puis je suis entrée dans ma chambre. Je me suis déshabillée pour enfiler un long t-shirt et je me suis allongée, attendant qu'il revienne. Quelques minutes plus tard j'entendais ses pas dans le couloir mais il s'est arrêté devant ma chambre sans entrer. J'ai attendu, mais il ne bougeait toujours pas. Je me suis redressée sur un coude, tête tournée vers le rideau noir qui faisait office de porte.

—Tu comptes rester devant l'entrée toute la nuit ou bien tu vas finir par venir ?

Il a lentement ouvert le rideau et m'a observée un moment. C'était trop. Ça ne ressemblait pas à Kyle d'hésiter autant. Je me suis assise face à lui.

—Qu'est-ce qu'il y a ? ai-je demandé. Tu préfères dormir dans ta chambre. Je t'ai déjà dit que je comprendrais. Ça ne me dérange pas que tu dises non si tu n'as pas envie de venir ici.

—Non, tout va bien, a-t-il répondu en entrant finalement dans la chambre.

—Ne me prend pas pour une idiote, je vois bien tes réactions.

—C'est juste que… ça m'a surpris. Je ne m'attendais pas à ce que tu me demandes ça. Ton comportement ces derniers temps n'était pas très… a-t-il commencé sans poursuivre.

—Je sais, je suis désolée. C'est juste que tout s'est enchainé et j'avais l'impression de perdre le contrôle. Mais j'ai eu un peu de temps pour réfléchir et j'ai compris certaines choses.

—Quels étaient ces problèmes ? a-t-il interrogé, en s'asseyant à mes côtés.

—Rien de très grave. Je sais qu'il ne faut pas s'attendre à beaucoup d'intimité dans les grottes mais je les trouvais un peu trop envahissants. Ils me mettaient tous des idées en tête et j'avais l'impression d'être obligée d'aller dans leur sens. Je n'aime pas qu'on m'oblige à aller sur un chemin que je n'ai pas choisi. J'ai pris peur, j'étais à deux doigts de te dire que je ne voulais plus être avec toi. Je n'étais plus sûre d'avoir choisi cette situation. Ça m'embête toujours qu'on s'occupe de ma vie avec une telle insistance mais je me suis aussi rendue compte que je me servais de ça comme excuse pour fuir une situation inconnue qui peut me faire perdre mes moyens.

Le silence s'est installé.

—Tu veux dire que tu n'es pas sûre de m'aimer ?

—Non ! Enfin si… Attends, ce n'est pas ce que j'ai voulu dire.

Est-ce que je venais juste de dire quelque chose qu'il ne fallait pas ? Décidemment je n'étais vraiment pas douée pour parler de ce genre de chose. J'aurais mieux fait de me taire, mais maintenant il fallait bien que je m'explique pour éviter de tout gâcher. J'ai inspiré profondément.

—Ce n'est pas ça. C'est juste que j'ai été perturbée par les autres. Je n'ai jamais eu de relation avec un homme et je ne sais pas ce que je suis censée faire ou ne pas faire. Le problème c'est qu'il fallait que je le trouve moi-même mais tout le monde n'arrêtait pas de me montrer des voies possibles. Et j'avais l'impression que c'était ce qu'il fallait que je fasse, mais ce n'était pas mes idées. Je me suis laissée embrouiller par tout ça, j'avais peur de perdre ma liberté, mon libre arbitre et je me suis persuadée que mes sentiments n'étaient en fait pas les miens mais ceux des autres… Mais j'ai réfléchi ces derniers jours et les évènements qui se sont passés m'ont aussi permis d'y voir plus clair. Et j'en suis sûre maintenant, je sais que je t'aime et que je veux être avec toi. Et tant pis pour les autres si je fais le contraire de ce qu'ils attendent. Tant pis si je les blesse en leur disant ce que je pense. Je ferai les choses à mon rythme et comme je l'entendrai. Du moment que je suis avec toi et que tu arrives à me supporter, tout ira bien.

Je n'étais pas habituée à me livrer comme ça, alors pour faire passer l'angoisse et la gêne qui commençait à s'emparer de moi, j'ai pris Kyle dans mes bras et je l'ai embrassé.

—Evite de piquer des crises comme la semaine dernière et je devrais pouvoir te supporter, a-t-il raillé.

Je l'ai poussé en arrière, le faisant tomber sur le lit.

—Tu devrais faire attention à ce que tu dis, ça pourrait se retourner contre toi, ai-je plaisanté.

Je me suis allongée à côté de lui et il m'a serrée contre lui. Je lui ai souhaité une bonne nuit et je me suis vite endormie, la tête contre sa poitrine, juste au niveau de son cœur.

Je n'avais plus passé une aussi bonne nuit depuis longtemps. Je me suis malgré tout réveillée la première, je n'avais toujours pas besoin de beaucoup d'heures de sommeil. J'étais en pleine forme. Je me suis légèrement étirée puis j'ai observé Kyle. Il dormait encore, je pouvais entendre sa respiration régulière et son léger ronflement. J'ai décidé de l'attendre pour aller petit-déjeuner. Je me suis levée, j'ai enlevé mon pyjama et j'ai enfilé un jean et un top. En me retournant, j'ai pu voir que Kyle s'était réveillé et m'observait.

—Le spectacle t'a plu ? Ai-je demandé, ironiquement.

—Bien dormi ?

—Très bien et toi ?

Il a affirmé de la tête et il s'est levé pour enfiler à son tour son jean. Il a contourné le matelas, m'a pris la main et on est parti à la cuisine. Mel, Gaby, Ian et Jared était déjà là. Comme Jamie n'avait pas l'air d'être encore levé, Kyle a pris sa place, en face de moi.

—Alors, Gaby, tu as passé une bonne première nuit dans ce corps ? ai-je demandé.

—Oui, ça va. Enfin je n'ai pas beaucoup dormi vu que ce corps est longtemps resté sous l'effet du Sommeil.

—Par contre elle a englouti deux petits déjeuners ! Je ne crois pas que Petty aurait pu faire ça, a plaisanté Mel.

—Et toi ? a demandé Gaby en retour.

—Très bien, merci.

—Jamie dort encore ? a interrogé Mel avant de prendre une gorgée de chocolat.

—Je ne sais pas… Probablement s'il n'est pas ici.

—Comment ça ? Il n'a pas dormi avec toi ? Tu as encore dormi toute seule Hayley ? s'est enquis Ian.

—Non, il n'a pas dormi avec moi. Mais non, je n'ai pas dormi seule non plus, Kyle était avec moi.

—Alors tu vas mieux ? Parce que Mel et Ian m'ont dit que tu dormais seule, tu te sentais coupable pour ce qu'il s'était passé avec les traqueurs…

J'ai tout de suite relevé la tête, jetant des regards affolés aux deux personnes citées. J'avais pourtant été assez claire la veille en montrant que je ne voulais pas que Gaby sache que j'avais tué les traqueurs. Mais Gaby a poursuivi sans me laisser le temps de répondre quoi que ce soit.

—Tu n'y étais pour rien, ce n'est pas toi qui a pu les attirer tu sais, tu étais dans le camion tout le temps. Et d'ailleurs, je voulais te remercier, tu m'as sauvé la vie. Et d'avoir surmonté tes angoisses après, pour aller me chercher un nouvel hôte. Et celui-là est vraiment parfait. Alors, merci beaucoup Hayley. J'espère qu'on ne recroisera jamais l'un de ces traqueurs, a-t-elle fini en tremblant légèrement.

—Je… Euh… ai-je bafouillé ne comprenant pas tout. De rien Gaby.

J'ai regardé Mel de l'autre côté de Kyle. Elle m'a fait un non de la tête, donc ils ne lui avaient rien dit. Gaby ne savait pas que je les avais abattus. J'étais soulagée.

—Dis-moi Hayley, j'aurai voulu te demander si tu étais toujours d'accord pour nous apprendre quelques trucs de défense… Enfin, tu vois de quoi je parle ? a demandé Mel.

—Je ne sais pas… ai-je hésité.

—Pourquoi ? Je pensais que les derniers évènements te conforteraient dans cette idée de nous enseigner tes talents. Si on avait su se battre comme toi, peut-être que tout cela ne se serait pas passé de cette façon… a-t-elle poursuivi.

—Bien au contraire Mel. Ça me pousse à éviter ça le plus possible.

—Je ne comprends pas…

En regardant autour de moi j'ai vu qu'elle n'était pas la seule à me regarder avec incompréhension.

—-Je ne peux pas être sûre de ce que je vais avancer mais vous pouvez comprendre que je ne veux pas prendre le risque. Ecoutez, j'ai appris ça quand j'étais très jeune et je me suis beaucoup entraînée. C'est presque devenu un automatisme dans des conditions de danger pareil. Je ne suis pas sûre, déjà, de pouvoir vous l'apprendre comme il se doit. Et puis ce n'est pas le plus important. Si je commence à vous l'enseigner et que l'un de vous tombe sur des traqueurs à sa prochaine sortie… Vous serrez forcement tenté de vous défendre, d'utiliser ce que je vous aurais montré. Mais ce qui peut paraitre une bonne chance de s'en sortir à la base, peut finir à l'opposé et devenir la pire chose que vous auriez pu faire. Si vous n'êtes pas sûr de ce que vous voulez faire, de comment vous y prendre, vous courrez à la catastrophe. La plus petite erreur, inattention ou hésitation peut être fatale. Il n'y a pas de place pour l'incertitude, le manque de confiance en ses capacités ou les erreurs de débutant. Quand tu te retrouves en face d'une arme, les chances pour que tu t'en sortes sans une égratignure sont infimes. La seule chose qui fait la différence c'est tout ça, la confiance, l'entrainement, ne jamais hésiter ou défaillir. Et ce n'est pas une chose facile à acquérir surtout quand on l'apprend tard. Parce qu'il faut arriver à agir tout en surveillant la situation et son évolution. Chaque mouvement entraine une conséquence qu'il faut avoir prévu avant de se lancer dans l'action. Je ne veux pas être responsable de la mort d'une des personnes ici. Ne vous méprenez pas, je ne suis pas en train de me vanter ou de me défiler. Si j'étais sûre des conséquences que ça engendreraient et qu'elles n'étaient pas mauvaises pour l'un d'entre vous, je le ferai… Mel, tu as vu l'attaque à Phœnix, je sais que tu peux me comprendre, que tu peux voir que je ne vous mens pas en disant ça.

—J'ai bien entendu tout ce que tu as dit. Mais tu ne crois pas que ça nous offrirait malgré tout plus de chances de survivre dans une telle situation que si on ne savait rien ?

—Bien sûr que si, dans une situation comme celle de Phœnix, j'en suis sûre. Mais dans une autre situation Mel ? Si tu te retrouves en face d'un seul traqueur, avec une arme directement sur ta tête ? Un traqueur un peu moins effrayé que ceux qu'on a rencontré, un qui n'hésiterait pas à appuyer sur la détente au moindre mouvement ? Les risques que j'ai pris en continuant à avancer alors qu'il m'avait ordonné de m'arrêter où j'étais, étaient calculés Mel. Je savais à cent pour cent qu'il ne ferait pas feu si je continuais un peu. Le moment où je me suis arrêté n'était pas non plus dû au hasard. D'une j'étais proche depuis assez longtemps pour arriver à le désarmer, de deux, j'ai vu que si je n'esquissais ne serait-ce que le mouvement d'un pas il n'aurait plus hésité et il aurait tiré. Est-ce que tu aurais été capable de parier ta vie et celle des autres là-dessus ? Est-ce que tu aurais été capable de ne rien faire au risque de vous faire prendre plutôt que de vous faire tous tuer ? Je n'ai engagé le combat que parce que je savais, j'étais sûre que je réussirais. Si je ne l'avais pas été, alors je n'aurai pas fait ça. Je me serais mise à genou et j'aurai obéi. J'aurai attendu une autre occasion…

—Attends Hayley ! a coupé Jared. Est-ce que tu es en train de dire que tu te serais laissée prendre ? Que tu n'aurais jamais pris le poison ?

—C'est bien ce que je dis Jared oui.

Il s'est levé brutalement, il était énervé, je le voyais. Mon premier réflexe, sous le coup de l'énervement de le voir ainsi, aurait été de me lever aussi, mais ça n'aurait fait qu'empirer les choses.

—Avant que je te laisse partir en expédition tu nous as promis que tu n'hésiterais jamais à prendre la pilule en cas de danger ! Et tu oses nous dire maintenant que tu préférerais te faire prendre que de l'avaler ?!

—Quelle est la différence entre mourir en prenant ton cyanure ou mourir en se faisant remiser par les traqueurs Jared ?

—Il n'y a aucun risque que tu parles avec le poison. Les traqueurs t'insèreront l'un des leurs avant de te remiser. Et tu pourrais révéler des informations importantes sur les grottes !

—Tu crois vraiment qu'ils arriveraient à nous faire plier ? Après autant d'années dehors, tant d'années à lutter contre eux ? Ils auraient beau insérer un traqueur, ça ne change rien Jared. Un traqueur reste une âme. Et je reste un humain rebelle, depuis bien trop longtemps pour me laisser me faire taire par une insertion ! Et puis, si je me fais prendre et que je vois qu'il n'y a aucun moyen que je m'en sorte, que je suis piégée, il restera toujours quelque chose à faire pour se faire tuer avant de se faire insérer. Dans tous les cas on en arrive au même point… Notre mort. Mais tu ne crois pas qu'il faut se battre jusqu'au bout ? Tu ne crois pas qu'avec ce que l'on sait maintenant, grâce à Mel et Gaby ou même Lacey, c'est presque de la lâcheté que d'avaler cette connerie de pilule ?

Son regard était étincelant de rage. Mais lorsqu'il a enfin pris la parole, sa voix est restée neutre.

—Tu te trompes sur un point Hayley. C'est vrai, on reste en vie à l'intérieur de nos corps. Les humains rebelles ne se font pas effacer. Mais Gaby et la traqueuse avaient quand même accès à la mémoire de leur hôte. Que tu sois encore présente ou non ne change rien, ta mémoire leur reste disponible ! Ce qui veut dire que tout ce que tu sais sur les grottes et ses habitants, ils pourront y avoir accès.

J'ai eu un moment d'hésitation pendant lequel mes convictions ont légèrement été ébranlées. Mais je me suis vite reprise.

—Pour Lacey et la traqueuse, je ne sais pas. Mais en ce qui concerne Mel, Gaby n'a pas eu accès à sa mémoire et ses souvenirs tout de suite. Et je ne pense pas que les traqueurs seraient prêts à attendre des jours ou des semaines avant d'avoir des réponses. Surtout quand le risque que l'âme se fasse lobotomiser par l'humain à l'intérieur est si grand.

—Ce qu'elle dit à un sens Jared, a dit Kyle, prenant ma défense.

—Peut-être ! Mais ce n'est pas une science exacte et il est hors de question de mettre la vie des grottes en jeu sur ces suppositions ! Si vous n'êtes plus prêt à prendre le poison, alors vous ne sortirez plus… Je n'ai pas le choix.

Je me suis levée. Kyle a tenté de me retenir en me regardant fixement et en me donnant un coup de pied, mais je l'ai ignoré.

—Alors tu n'es pas prêt à te battre jusqu'au bout ? A tout faire pour sauver ceux qui t'accompagnent et revenir ?

—Bien sûr que si. Je ne cherche pas la facilité en faisant ça. Ce n'est pas une décision facile que d'avaler la pilule. Mais je vois d'abord la survie des grottes. Je comprends les risques quand je sors et ce qu'ils impliquent.

—D'accord. Alors pourquoi tu ne l'as pas prise à Phœnix ?

—Je n'ai pas eu le temps Hayley, tu le sais très bien !

—Tu n'as peut-être pas eu le temps quand ils t'ont sorti du camion, oui. Mais après ? Quand ils sont venus pour moi ? Tu aurais eu tout le temps de la prendre !

—Tu sais très bien que le traqueur avec l'arme m'aurait tiré dessus avant que je le fasse !

—Et alors Jared ? Dans le pire des cas qu'est-ce qu'il se serait passé ? La balle t'aurait tué, c'est ça ? Et alors ? Que ce soit le poison ou la balle, ça ne changeait rien !

—Et Ian, Mel et Gaby ? Qu'est-ce qu'il leur serait arrivé après ?

—C'est pareil pour eux ! Aucun de vous n'a respecté cette soi-disant promesse de mourir sous cyanure ! Personne n'a fait ce qu'il fallait pour mourir et ne pas être emmener dans un centre de soin ! Personne ce jour-là n'a tenté de protéger les grottes par la mort ! Et ce n'était pas les moyens qui manquaient Jared. Mais personne ne l'a fait.

Personne n'a parlé, personne n'a même bougé. Je venais de remettre l'une de leurs convictions en cause. Plus que ça, en me confrontant à Jared ainsi, je venais de le remettre en cause directement. Cela n'avait pas été mon intention. Je respectais Jared pour ses capacités en raid, je le respectais en tant qu'Homme tout simplement. Mais j'avais marqué mes points. Je ne m'étais pas opposée à leur avis sans me rendre compte de ce que je faisais ou sans être sûre de ce que je pensais.

J'ai brisé le silence la première, parce que c'était moi qui avais semé le trouble.

—Ecoutez, personne n'est obligé de voir les choses de mon point de vue. Vous pouvez continuer à sortir avec vos pilules. Jared, tu peux m'interdire de sortir puisque tu sais que je ne la prendrais pas. Vous m'avez demandé, je vous ai expliqué, c'est tout. Je suis désolée si je vous ai blessé ou choqué.

J'étais toujours debout, Jared aussi, il me faisait face. Il ne me lâchait pas des yeux. Personne ne parlait, comme s'ils attendaient que Jared me réponde. Je le regardais, cherchant à comprendre ce qu'il se passait dans sa tête. Mais son visage était un masque, il ne laissait rien paraître. J'ai fermé les yeux quelques secondes. Je me retrouvais encore dans une position délicate, mais pour une fois, ça ne concernait pas ma sœur. Il fallait que je sorte de la pièce, que je les laisse entre eux. Ils ne pourraient pas en parler tant que celle qui venait de semer la discorde serait présente.

J'ai rouvert les yeux, regardant une dernière fois Jared, qui ne laissait toujours rien échapper. J'ai lancé un regard à Kyle, l'empêchant de me suivre et je suis partie.

J'avais raison. J'ai vite entendu les murmures des conversations qui reprenaient.