Disclaimer : évidemment, tous les personnages et lieux qui vous sont familiers appartiennent à J. K. Rowling.

Rouge, est la magie

OS rédigé pour un jeu du FoF, en 1 heure.

Thème 4 : rouge

Pour moi, la magie est rouge. C'est idiot, je sais : franchement, donner une couleur à la magie ! Pourquoi pas une odeur, aussi ? Hum, ça, je ne sais pas, mais je sais que pour moi la magie est rouge.

Elle est rouge comme le gros cachet de cire de Poudlard qui fermait l'enveloppe de ma lettre d'admission, apparue dans la boîte aux lettres le jour de mes onze ans. Si je ferme les yeux, je peux encore voir le parchemin, pas trop blanc ni vraiment beige, un peu irrégulier, si doux au toucher. Je peux encore entendre le bruit crissant de la feuille un peu rigide que l'on déplie. Et je sens encore l'odeur de la cire du gros cachet rouge dans laquelle avait été appuyé avec fermeté le sceau de l'école. Mes parents n'avaient pas osé ouvrir la lettre au début. Pensez-vous ! Qui envoyait encore des lettres sur parchemin scellées, de nos jours ? Nous nous étions passé la lettre mystérieuse de main en main. Melle Lily Evans, 3bis allée des ormes, Manchester. Et l'écriture était si élégante avec ses pleins et ses déliés ! Nous avons enfin ouvert la lettre et je me souviens encore de l'expression médusée de Pétunia :

« Dis, j'en aurais une comme ça, moi aussi, quand j'aurais onze ans ? »

Ce n'est que quelques heures après, quand le contenu de la missive et ses implications avaient été discutées, pondérées par mes parents, que je repris possession de la lettre. J'observais le sceau à la lumière du lampadaire et j'essayais de le décrypter. Il y avait le nom de l'école, bien sûr, Poudlard, école de magie et de sorcellerie, porté sur le pourtour. Le centre était plus difficile à interpréter : on voyait un cercle divisé en quatre quartiers abritant chacun un animal. Le serpent, c'était le plus facile à reconnaître. Il y avait aussi un oiseau. Et puis deux autres animaux dont un, avec ce qui ressemblait vaguement à une crinière, pouvait être, pourquoi pas, un lion. En revanche, je n'arrivais pas du tout à identifier le quatrième. Severus m'assura que c'était un blaireau et que l'oiseau était un aigle. Hum, oui, peut-être. Il savait toujours beaucoup plus de choses que moi, Severus, mais je n'avais encore jamais vu de blaireau ressembler à la petite créature imprimée dans la cire.

ooooo

La magie est rouge comme le mur de brique ouvrant sur le Chemin de Traverse. Mes parents étant des Moldus, un fonctionnaire du Ministère de la Magie était venu leur parler de ma future éducation et avait pris rendez-vous pour leur ouvrir l'accès au quartier magique. Pour tout dire, je crois que si cet homme ne nous avait pas accompagnés, mes parents n'auraient jamais poussé la porte du Chaudron baveur et, si par aventure ils l'avaient fait, ne se seraient pas attardés plus d'une demi-minute dans le pub décrépit. Pétunia et moi étions choquées, nous aussi. Evidemment, nous ne vivions pas dans un palais et ne mangions pas avec des couverts en argent, mais quand même. Nous marchions presque sur la pointe des pieds, tellement nous avions peur, ma sœur et moi, de salir nos jolies chaussures vernies toutes neuves. Et les clients ! Mon père et ma mère nous avaient rassemblées entre eux et tenaient fermement nos bras. Il y avait une espère de vieille sorcière édentée qu'on aurait dit échappée de Blanche-Neige. Et puis un homme avec des yeux qui paraissaient rouler dans leurs orbites et réapparaitre à chaque fois avec une couleur différente.

« Arrête ton cirque, Wolfram ! Tu fais peur aux petites », l'admonesta notre accompagnateur qui nous poussa vers le fond de l'établissement.

Passée une porte qui ne payait pas de mine, comme tout le reste d'ailleurs, nous nous trouvâmes devant un mur de brique. Un de ces murs banals qu'on voit partout dans Londres, dans des états de noircissement divers. Celui là était ocre, un peu rouille. Rien de remarquable. Pourtant, quand le fonctionnaire tapota plusieurs fois sur la paroi, dans un ordre spécial, le mur se mit à rougeoyer et les briques s'écartèrent pour nous laisser entrer dans le Chemin de Traverse et ses merveilles.

ooooo

La magie est rouge comme le Poudlard express que je découvris la veille de la rentrée des classes, sur le quai 9 ¾ de la gare de King's cross. Le passage à travers le mur placé entre les quais 9 et 10 avait tellement fait rire Pétunia qu'il avait fallu batailler pour l'empêcher de recommencer. Ce sont mes parents qui se sont presque fâchés, parce que moi, j'aurais bien refait un tour avec elle.

Il y avait un monde fou, mais ce n'était pas les bagages des autres, les hiboux, les chats ou les autres créatures qui peuplaient les charriots des autres élèves qui nous intéressaient, Pétunia et moi. Non, c'était le train. Un train pareil, c'est un rêve de gosse. Je n'avais pas joué au petit train quand j'étais petite (mes parents étaient plutôt traditionalistes sur le chapitre des jouets : les poupées pour les filles et les trains et les voitures pour les garçons, or, nous étions deux sœurs) mais je suis sûre que je suis bien restée deux minutes pétrifiée, la bouche ouverte à gober les mouches quand j'ai vu la locomotive rouge vif. Une locomotive à vapeur avec une immense cheminée, rutilante, sifflante. Demandez à n'importe quel élève issu d'une famille moldue, je suis persuadée qu'il vous dira que le Poudlard express a été pour lui l'un des points de non-retour entre le monde magique et le monde Moldu. Et je n'étais pas la seule à rester plantée là, stupéfaite : on nous bouscula et je découvris soudain non loin de là Severus, Severus-le-blasé, Severus-qui-sait-tout-mieux-que-tout-le-monde, déjà vêtu de ses habits de sorcier, figé sur place, les yeux ronds d'étonnement et la bouche entrouverte. Je regrette de n'avoir pas eu d'appareil photo à ce moment là, car je ne l'avais encore jamais vu si innocent.

ooooo

Si ces premières expériences avec le monde magique, avaient suggéré à mon inconscient un lien entre la magie et la couleur rouge, la corrélation fut confirmée le soir même, car la magie est rouge, rouge comme la maison de Godric Gryffondor à laquelle j'appartiens.

Nous partageons l'or avec les Serdaigles, mais le rouge nous appartient en propre. Les fauteuils de notre salle commune sont capitonnés de rouge, les rideaux de nos lits sont de la même nuance, nos manteaux, nos écharpes et nos cravates sont rayés d'or et rouge. Le rouge est une couleur puissante et celle qui se présente de la manière la plus vive à nos yeux. On corrige en rouge, on souligne ce qui est important à l'aide de cette couleur. Peut-être ceci influence-t-il notre comportement, je l'ignore, mais je pose la question. Le rouge nous appartient et nous ne pouvons pas rester en arrière, nous devons obligatoirement nous distinguer. Cela n'a rien à voir avec les capacités ou l'intelligence, c'est juste un besoin de se montrer, d'exister, et aussi, il faut bien l'avouer, de prendre le pas sur les autres.

Notre volontarisme, notre côté arrogant en indisposent beaucoup, et pas seulement chez les Slytherins. Peut-être faudrait-il, en cas de débordement, punir les Gryffondors en les forçant à abandonner leurs couleurs et à se contenter de gris ou de noir pour une semaine ? Je suis persuadée que cela rabattrait le caquet de pas mal de gens, Sirius Black et James Potter en tête, et ça nous ferait des vacances, même à nous, les Gryffondors, je vous l'assure…

La magie sera toujours rouge à mes yeux : rouge comme les sortilèges complexes qui laissent des résidus quelques micro-secondes après avoir été lancés. Rouge comme le petit poisson que j'avais brièvement transformé en lys pour Slughorn. Rouge comme mes joues quand James m'a demandé de sortir avec lui. Ce n'est pas de la magie ? Alors, c'est que vous n'avez rien compris…