Dans le dernier épisode…les Harley Games ont eu lieu, et le champion de New York, Spider-Man, a échoué. Toute la ville a été engloutie dans les vapeurs du gaz Delirium, transformant neuf millions d'humains en monstres ricaneurs…les Chuckles !
À présent, un combat des titans se prépare. Et le destin de la Terre va basculer.
Chapitre Trente-Sept
Vengeance inefficace
Résidence Rogers, Washington DC
14 mars 2017, 16h12
Buck Rogers
Il y a quelque chose d'effrayant à voir papa dévasté. Le puissant soldat, un véritable symbole vivant pour les États-Unis, qui se prend la tête entre les mains avec une expression d'horreur mêlée de douleur. Comme s'il venait de se faire mal. Je ne l'ai vu qu'une seule fois dans cet état : quand il a vu pour la première fois les images du 11 septembre 2001. Voir les deux tours s'écrouler est impressionnant. Mais lui, il a compris quelque chose que moi, je n'ai pas vu. Et il a pleuré.
Mais cette fois, il n'arrive même pas à pleurer. Il est choqué, mais plus proche de la colère froide que du chagrin. Et il a peur. Je peux le voir sur son visage. Papa a peur, et cela suffit à me faire trembler.
Les images qui passent à la télévision sont filmées par un hélicoptère. La caméra survole un quartier de New York, et parmi quelques rares fragments de brume verte, il est possible de voir les rues encombrées de silhouettes humaines. Un zoom suffit cependant à montrer qu'il ne s'agit pas d'humains. C'est impossible. Ce sont des monstres au visage difforme qui se battent entre eux, se jettent dans les fenêtres et frappent les voitures jusqu'à défoncer les capots et les portières.
Le présentateur hurlant pour couvrir les bruits de rotors dit que l'armée n'est pas capable d'approcher. Qu'il n'y a peut-être pas de survivants. Que les monstres sont des «infectés»…ça veut dire qu'ils sont malades ? Mais alors, ils sont vraiment humains ? Qu'est-ce qui leur est arrivé ?
-Les soldats de la garde nationale leur ont donné le nom de «Chuckles», en raison des ricanements à faire froid dans le dos. Le secrétaire à la défense, John Connor, a ordonné une évacuation d'urgence des municipalités de…
Il dit une longue liste de villes et de villages. J'en reconnais quelques-uns, et je sais que ces endroits sont à proximité de New York. Je sursaute lorsque papa pousse un glapissement étranglé. Le reportage en direct vient de montrer des images de Brooklyn, le quartier natal de mon père. Un miracle étant impossible, la situation n'est pas mieux qu'ailleurs dans la métropole.
C'est alors que papa se retourne et me découvre planté là, à l'entrée du salon. Il comprend que j'ai tout vu, mais s'empresse néanmoins d'éteindre la télévision. Ensuite de quoi, il se lève et se dirige à grands pas vers sa chambre, m'ordonnant sèchement d'aller dans ma chambre.
-Pourquoi ? je proteste. Je n'ai rien fait.
-Ne discute pas, Buck ! Val, où est mon communicateur ?
Maman se laisse dépasser en coup de vent par papa, tenant ma petite sœur dans ses bras. Penny n'a pas encore un mois, elle parait minuscule dans les bras de ma mère. Malgré lui, l'agitation de mon père la fait pleurer, et je constate avec inquiétude que même maman est terrifiée.
-Bucky, obéis à ton père. Va dans ta chambre, maintenant.
Devant l'insistance de mes deux parents, je rends les armes et quitte tristement la pièce. Néanmoins, je ne referme pas complètement ma porte et tends l'oreille. Dans leur chambre, j'entends mon père s'agiter, ouvrir et refermer sa penderie et parler longuement à ma maman, d'une voix affolée et furieuse, combien il a sous-estimé une dénommée «Harley Quinn», lui permettant de commettre un massacre. Lorsqu'il annonce qu'il va rassembler les Avengers, mon cœur bat plus vite. Je suis peut-être petit, mais je sais que papa ne rassemblerait pas ses amis si la crise n'était pas majeure.
Finalement, je l'entends activer son communicateur Avenger. C'est moi qui l'ai aidé à comprendre comment il fonctionnait, d'après le manuel d'instruction qui l'accompagnait, alors je sais qu'il s'agit d'un téléphone portable qui permet aux Avengers d'avoir une ligne privée par satellite.
-Tony ? dit-il. Tu me reçois ?
La voix pâteuse d'un homme répond. Je ne suis pas sûr s'il est endormi ou essoufflé.
-Hé, Steve…quoi de neuf ?
-Tu te fiches de moi ? As-tu regardé les infos ?
-Donne-moi une chance…on n'est pas sur le même fuseau horaire, et je n'ai pratiquement pas dormi de la nuit…ah…
-Dites-moi que je rêve…Tony, dis à Pepper de te laisser tranquille. C'est sérieux, New York a été détruite !
Une exclamation féminine accompagne un juron grossier de la part du dénommé Tony –ce doit être Tony Stark, ou Iron Man-. Nous sommes censés aller lui rendre visite à Malibu l'été prochain.
-Oh mon Dieu…ce n'est pas…elle ?
-Qui d'autre ?
-Bordel de merde…bon, laisse-moi le temps de m'enfiler trois cafés et je saute dans mon armure.
-Tu peux contacter les autres ?
-Pourquoi ne le fais-tu pas ?
-Eh bien…marmonne mon père avec embarras. Je ne sais pas comment.
-…
Quelques minutes plus tard, papa vient me rejoindre dans ma chambre. Il est en uniforme de Captain America, avec la cagoule sur la tête et le bouclier dans son dos. Il s'agenouille devant mon lit pour se mettre à ma hauteur et se force à sourire. Je jette mes bras autour de son cou musculeux et le serre de toutes mes forces.
-Ouch…tout doux mon grand, tu commences à avoir un peu trop ma force…
-Fais attention, s'il te plait.
-Promis. Tout va bien se passer.
-Tu dis toujours ça…
-Et c'est vrai, non ?
-…Oui.
Il ébouriffe mes cheveux en riant. Dehors, le sifflement strident d'un aéronef signale que quelqu'un vient le chercher.
-Prends soin de ta mère et de ta sœur en mon absence, Bucky. Et sois sage.
Il m'embrasse sur le front, puis quitte ma chambre sans se retourner.
XXXXXXX
Aéronef du SHIELD
14 mars 2017, 17h20
Harley Quinn
Les Harley Games de New York ont été un vibrant succès, mieux que tout ce dont je pouvais espérer. Avec une ville entière livrée à ma magnifique, je viens de montrer à une nation entière que leurs stupides vies peuvent basculer en un instant. Où était leur puissante armée lorsque je prenais New York en otage ? Qui a daigné réagir lorsque j'ai appuyé sur la gâchette sous les yeux de leur champion, emportant ce dernier dans la tombe ? Il aurait été intéressant de constater les effets du Delirium sur Spidey, mais Wind a insisté sur le fait que ce n'était pas prudent. Et puis, j'étais impatiente de retrouver mes petits.
À présent, l'essentiel des Carrés d'As jugés «essentiels» est rassemblé dans cet aéronef de la tête d'un porte-avion. Plusieurs mutants, au moins le triple en chair à canon armée, et tout ce qui valait la peine d'être sauvé du Baxter Building. Une bombe qui devrait bientôt exploser devrait suffire à neutraliser le reste. Quant à mes fonds, ils ont tous été déplacés ailleurs, dans plusieurs banques et sous des faux noms.
Et il nous reste après tout ça des tonnes de Delirium, entreposées sagement dans la cale, assez pour créer des millions d'autres de…comment les militaires les ont appelés ? Les Chuckles ? Ça me plait. Ce n'est pas nécessairement le nom que j'aurais choisi, mais il décrit bien ce que sont mes petits monstres. Des ricaneurs.
-How doth little crocodile ? chantonne Jester en brossant les cheveux de Jack. Improve his shining tail, and pour the waters of the Nile, on every golden scale !
Nous nous sommes installés pour le moment dans une des cabines de l'appareil, mais l'endroit a clairement été conçu par des militaires, ce qui le rend triste et inconfortable.
Un léger tremblement au-dessus de ma tête attire mon attention. Je fronce les sourcils, mon instinct me soufflant que quelque chose n'est pas normal. Confirmant mes impressions, un Carré d'As du poste de pilotage me contacte pour m'annoncer que nous avons un passager clandestin.
-Et alors ? je soupire avec agacement. Jetez-le par-dessus bord.
-Euh…chef. Il s'agit d'Iron Man. Il vient de monter sur le pont extérieur.
Ah. Nos invités arrivent plus tôt que prévu. Tant mieux, autant régler ça. Je confis Jack à sa grande sœur et ordonne un rassemblement de tout le personnel sur le pont extérieur, et qu'on apporte toutes les armes possibles et imaginables. Je rejoins Wind, Jackie et Jubilee et nous dirigeons ensemble vers le niveau supérieur.
Dehors, le vent fait claquer nos vêtements, et la traversée d'une couche nuageuse soulève une sorte de brume donnant naissance à des silhouettes sombres et mystérieuses qui sont en réalité les avions du SHIELD fixés au pont. Un aéronef nous passe au-dessus de la tête, et je comprends aussitôt que ce n'est pas l'un des nôtres. J'arrache le lance-roquette des mains d'un Carré d'As et ouvre le feu, la visée automatique m'aidant beaucoup. C'est Wind qui m'empêche de m'écraser les quatre fers en l'air sous le recul puissant de l'arme.
La roquette file vers sa cible et l'atteint, pulvérisant le réacteur bâbord. L'aéronef tournoie plusieurs fois sur lui-même en dégageant de la fumée, puis s'écrase finalement sur le pont. Une silhouette roule sur elle-même pour éviter de se faire écraser, la lumière à sa poitrine prouvant son identité. Un sourire d'excitation étire mes traits.
Tandis que les Avengers descendent de leur appareil détruit, je fais signe à mes troupes de me suivre et je commence à chanter joyeusement une version remaniée d'une chanson que j'aime bien.
-Boys and girls of every ages, would you like to see something strange ? Come with us and meet your doom, this is the greatest Harley Quinn !
Nous sortons de l'épais nuage, permettant aux justiciers de voir la véritable petite armée s'étendant devant eux. Il y a parmi eux Iron Man, Captain America, Hawkeye, une femme rousse qui doit être Black Widow et un individu en tenue rouge qui, après réflexion, s'impose à mes yeux comme étant Giant-Man. Les plus grands héros de la Terre, enfin prêts à se faire botter le cul comme ils le méritent.
J'écarte les bras en brandissant mon marteau d'une main et mon chapeau d'une autre, affichant une expression féroce et moqueuse.
-This is Harley Quinn, This is Harley Quinn ! Idiots laugh until they all dies !
-Hé oh ! s'emporte Iron Man en me pointant du doigt. J'adore ce film, je ne te permets pas de le parodier !
-Tss tss. Quel dommage. Au fait Tony, comment va ta femme ?
Il serre les poings avec colère, mais est arrêté dans son ardeur par Captain America. Ce dernier n'a pas l'air plus heureux d'être là, mais le brave scout ne va pas s'empêcher de déblatérer un discours ennuyeux m'incitant à me rendre sans condition. Avant qu'il n'ouvre la bouche, je le prends de court :
-Ne gaspille pas ta salive, Star-boy. À mes yeux, vous n'êtes que des insectes. Et les insectes…je les ÉCRASE !
À ce moment, je frappe de toutes mes forces avec mon marteau, cueillant au vol la sournoise petite créature qui avait tenté d'utiliser sa taille réduite pour me prendre en traitre. La Guêpe pousse un hurlement d'horreur avant de disparaitre dans un craquement sec et un «splash» humide. Giant-Man pousse un cri d'animal blessé, et je me souviens d'avoir lu quelque part que lui et la Guêpe étaient ensemble. Bon, bah un veuf de plus dans le monde.
J'éclate de rire en faisant tournoyer mon marteau entre mes mains, ignorant complètement la flaque rouge et répugnante au sol. Mon attaque les a pris au dépourvu, et à l'inverse, voir mourir une Avenger a renforcé la confiance de mes propres larbins. Soudain, un bras s'enroule autour de mes épaules et je souris en reconnaissant l'impudent.
-Loki ? s'étonne Captain America avec méfiance.
-Cela faisait longtemps, capitaine.
Au même instant, il lève le poignet à une vitesse si grande que je vois à peine le membre bouger, interceptant au vol une flèche métallique dont la pointe s'est arrêtée à quelques centimètres de son œil. Après avoir brisé le projectile sous sa poigne, l'Asgardien ricane et salue effrontément le coupable –Hawkeye, évidemment-.
-Ça me fait également plaisir de vous revoir, agent Barton.
-Je vous dois une flèche dans l'œil, Loki. Et je tiens toujours mes promesses.
-J'imagine que je peux au moins respecter cette persistance, même si elle est futile.
Captain America fait un pas en avant, provoquant une réaction nerveuse de la part des Carrés d'As, qui pointent tous leur arme dans sa direction. Star-boy pointe Loki d'un doigt accusateur, une expression de colère déformant ses traits.
-J'aurais dû me douter que c'était toi qui tirais les ficelles !
-Moi ? se défend le demi-dieu, faussement outré. Pour une fois, vous vous trompez, capitaine. Tout le mérite de cette opération revient à ma charmante partenaire ici présente.
En disant cela, il pose les mains sur mes épaules, ce qui me fait rayonner de plaisir et de fierté.
-Où étiez-vous, protecteurs de Midgar, tandis qu'elle semait le chaos sur ce monde que vous avez juré de protéger ? Pendant qu'elle massacrait vos alliés et rassemblait ses forces ? Tout ce que j'ai eu à faire, c'est m'asseoir et profiter du spectacle. Comme maintenant.
Il disparait soudain, réapparaissant sur le sommet de la passerelle, loin derrière mes hommes. Après s'être installé confortablement, il me sourit et lève une coupe sortie de nulle part à ma santé.
-Très bien, je lance en reportant mon attention sur les Avengers. Lequel d'entre vous désire démarrer le bal ?
La tension suscitée par la mort de la Guêpe et l'apparition de Loki maintint un Statu Quo hésitant entre nous et les Avengers. Finalement, la rage d'avoir perdu sa bien-aimée pousse Giant-Man à réagir le premier. Frappant rageusement un appareil à son poignet, il se mit à gagner en taille jusqu'à être aussi haut qu'un immeuble de trois étages. L'aéronef gita légèrement sur le côté, avant que les techniciens de la passerelle ne parviennent à stabiliser les propulseurs. Il fléchit les genoux pour charger, mais se prend soudainement un avion de chasse en plein visage.
-C'est parti ! hurle Jackie avec un rire surexcité. Butez-moi ces fumiers !
Iron Man décolle et charge la ligne de front. J'esquive d'une pirouette sur le côté, laissant deux autres Carrés d'As encaisser le boulet humain. Stark doit rapidement lutter contre une quinzaine d'individus armés, les balles ricochant sur son armure en laissant plusieurs éraflures.
Black Widow et Hawkeye se rapprochent pour former un binôme et se placent à l'abri derrière une pile de caisses bâchées pour ouvrir le feu de leurs armes respectives sur mes sous-fifres. Je remarque tout de suite que ceux-là, même s'ils essayent d'éviter, ont moins de scrupule à tuer pour gagner. Je n'en attendais pas moins de la part de deux assassins.
C'est la dernière observation que je peux faire avant de me faire intercepter par le bouclier de Captain America. Le justicier serre les dents lorsque je bloque l'attaque avec mon marteau, lui souriant largement tandis que nous luttons l'un contre l'autre.
-Ça faisait un bail, Star-boy. Dis-moi, c'est vrai que tu as grandis à Brooklyn ?
Ma pique le fait pousser un cri de rage et il me repousse. Je bondis vers l'arrière en tournoyant, puis frappe en faisant décrire un arc de cercle à mon arme. Un violent choc métallique résonne à l'impact, suivit par un grincement terrible lorsque Captain America écarte le bras pour éloigner ma masse et se rapprocher. Il me décoche un coup de poing que j'esquive de justesse, puis j'enroule ma jambe autour de son avant-bras. Avec un ricanement, je tourne sur moi-même, le forçant à mettre un genou au sol pour ne pas se faire briser le bras.
-Enfin, c'était il y a quoi…quatre-vingts ans ? On ne peut plus vraiment appeler cela le Brooklyn que tu as connu. Aujourd'hui, plus que jamais. Par ta faute.
-Ma faute ?! répète-t-il en balayant mes jambes de son pied. C'est toi qui as tué tous ces gens !
Pour éviter de trébucher, je lâche mon arme et me réceptionne sur mes mains. Mon adversaire tente de me frapper avec son bouclier, mais rate son coup, me permettant de contre-attaquer d'un coup de pied dans ses côtes. Il grogne de douleur, mais ne semble pas plus ébranlé que ça. Il se saisit de ma jambe et me jette au sol un peu plus loin.
Giant-Man est comme un titan enragé, frappant aveuglément devant lui et causant beaucoup de dégâts. Mais chaque débris qu'il créer se joint au véritable ouragan invoqué par la mutante télékinésiste, les morceaux de métal, caisses et avions frappant à répétition l'Avenger en deuil. Il pousse un hurlement de douleur lorsqu'une poutrelle déchiquetée traverse sa défense et lui transperce l'œil gauche, faisant gicler d'immenses gouttes de sang.
Étendue sur le dos avec plusieurs futures ecchymoses, je dégaine deux pistolets et tire abondamment sur Captain America, qui se protège derrière son écu circulaire. La peinture est à peine écaillée par mes balles. Mon adversaire parvient à ma hauteur dans l'instant et m'arrache des mains l'une de mes armes. Je lâche la seconde et m'agrippe à son bouclier, le laissant me lever dans les airs. Arquant mon torse avec souplesse, je parviens à enjamber sa défense afin d'enrouler mes jambes autour de sa nuque. Étranglé, il s'efforce de se libérer, mais j'accroche mes doigts sous son menton, riant comme si je participais à un rodéo.
-Tu avais juré de protéger cette ville et ses habitants, n'est-ce pas ? je lui susurre à l'oreille. Que s'est-il passé, Star-boy ? Pourquoi as-tu échoué ?
Les deux meurtriers des Avengers battent en retraite lorsque Jubilee bombarde leur position d'explosifs colorés. Giant-Man est prisonnier d'une étreinte télékinétique qui lui enserre la tête, si puissante que l'air miroite autour de son visage. Iron Man fait un vrai carnage dans mes troupes, mais décide de s'occuper de Jackie pour aider son coéquipier titanesque. Il est alors intercepté par un mutant surnommé TB –pour Thunderbolt-, qui lui lance un éclair dans le dos. Le propulseur situé entre ses omoplates crachote, obligeant le pilote d'armure de dériver la puissance vers les générateurs à ses paumes et ses pieds. TB passe à un cheveu de se faire arracher la tête par un rayon ardent.
Il est encore tôt pour savoir vers quel côté l'avantage va tourner. Puis, une sixième personne s'extrait maladroitement de l'aéronef des Avengers. Mon sourire se crispe, car malgré l'allure médiocre de ce type maigre et maladif, je crois deviner de qui il s'agit.
-Tant de morts…tant de souffrance…soupire Banner en se tenant la tempe. Pour une fois, je vais être heureux de laisser l'autre gars prendre le contrôle.
Un spasme violent l'agite. Je bondis au sol et repousse Captain America d'un coup de pied, récupérant mes revolvers au passage. Je les pointe vers le sixième Avenger, mais il est déjà trop tard.
Tremblant de manière de plus en plus incontrôlée, Banner pousse un grondement animal en gagnant de la masse. Ses muscles roulent sous sa peau, tendue de telle manière qu'elle semble sur le point d'éclater. Il frappe l'avion écrasé de son poing deux fois plus massif qu'un instant auparavant, repoussant l'appareil de quelques centimètres. Les traits tordus du docteur verdissent, et sa chemise se fait réduire en lambeaux par une poitrine musculeuse et massive. Les chaussures subissent le même sort deux secondes plus tard.
En moins d'une minute, Hyde a remplacé Jekyll. Hulk pousse un mugissement de colère et me dévisage de ses iris verts.
-Hulk écraser clowns. Hulk va prendre plaisir à le faire.
Il se craque les jointures, et je recule involontairement. J'espérais presque, lors du débarquement initial des Avengers, qu'ils n'avaient pas eu le temps de récupérer ce puissant membre de l'équipe. Je ne sais pas pourquoi il n'est pas sorti plus tôt ; cela n'a plus d'importance à présent.
Hulk s'élance et frappe un Carré d'As très malchanceux du plat de la main. Le type fait un vol plané et va s'écraser hors de mon champ de vision. Jackie lance un avion dans sa direction, mais le monstre vert l'attrape au vol et le déchire en deux à mains nues. Il frappe les débris ainsi formés au sol, faisant gondoler la piste d'atterrissage sous nos pieds. Puis, il bondit à plusieurs mètres de hauteur avant d'atterrir au milieu du groupe qui s'en prenait à Iron Man.
-Hulk écrase !
Une seconde plus tard, plusieurs Carrés d'As volent dans les airs en hurlant.
La bataille vient brutalement de changer davantage. Malgré l'apparente inconscience de Giant-Man, qui a repris sa taille normale et qui ne bouge plus, l'apparition de l'incroyable Hulk a semé la terreur parmi mes troupes, qui passent plus de temps à l'esquiver qu'à lui tirer dessus. Non pas que cela importe d'une quelconque manière ; les balles ricochent sur sa peau épaisse, et les explosions de grenade ne paraissent que l'énerver davantage.
Soudain, tout le monde se tait. Les regards convergent vers une silhouette menue arborant de grands yeux bleus, disparaissant en partie derrière de longues mèches vertes. Je suis horrifiée de voir mon petit poussin au milieu d'un champ de bataille, d'autant qu'il n'y a plus rien ni personne qui se dresse entre lui et Hulk. Étrangement calmé, le colosse dévisage le minuscule mutant devant lui. Les pupilles de Jack se dilatent, et un sourire se dessine sur ses lèvres. Ce sourire me rappelle tellement celui de son père que j'en suis soufflée.
Il se passe alors quelque chose que personne n'avait prévu. Hulk hurle plus fort que jamais en se pressant les tempes, comme s'il voulait se faire exploser le crâne. Sans cesser de beugler comme un fauve enragé, il se met à frapper dans le vide au hasard, percutant les rares Carrés d'As assez inconscients pour s'être trouvé encore à sa portée. Et pendant tout ce temps, Jack ne le quitte pas des yeux, gloussant doucement d'un air absent. Je vois ses lèvres remuer, comme s'il parlait tout seul, mais il est trop loin pour que je sache ce qu'il dit.
-Banner, du calme ! s'écrit Iron Man en se dressant devant Hulk.
-Il n'y…a pas…de Banner !
La large main de Hulk se referme sur la taille de Stark et ce dernier est malgré lui frappé à plusieurs reprises contre le sol. Étourdi et l'armure enfoncée par endroits, il ne se défend pas lorsque son allié se saisit de sa jambe afin de se servir de son corps comme une massue sur tout ce qui bouge et ne bouge pas. Finalement, le pire arrive : ne supportant plus la pression, le membre se détache du reste du corps dans un grincement métallique et une gerbe de sang, de même qu'un hurlement si fort que le filtre électronique de l'armure saute. Laissant Hulk avec une jambe dans la main, Iron Man rebondit une fois au sol, puis deux, avant de rebondir sur l'avion des Avengers. Il retombe face contre terre au sol, et les lueurs de son armure salement endommagée s'éteignent.
Un nouveau changement s'opère chez Hulk tandis que Jack poursuit son attaque télépathique. Quelques Carrés d'As s'effondrent, l'écume à la bouche, victimes collatérales d'un pouvoir trop grand pour eux. Sous nos yeux, la silhouette de Hulk se réduit de plus en plus tandis qu'il continue d'agiter furieusement ses bras, reprenant peu à peu la forme faible du Bruce Banner. Une fois redevenu humain, l'Avenger chancèle en gémissant pitoyablement.
Je pointe mon revolver dans sa direction et ouvre le feu, encore et encore. Il recule d'un pas à chaque balle qu'il encaisse, jusqu'à ce que son pied ne rencontre que du vide. Se tenant la poitrine ensanglantée, Banner bascule comme au ralenti dans le vide.
-Non ! s'écrit Captain America.
Le charme est rompu, et mes derniers larbins réalisent enfin que sans Hulk et Iron Man, nous avons de nouveau la haute main. Je ramasse mon marteau et charge Captain America, riant d'un air victorieux. Mes assauts se font si violents que je l'oblige à se mettre sur la défensive, dressant le bouclier au-dessus de lui. Tout en le rouant de coups, j'articule chaque mot d'un ton haché.
-Vas. Tu. Finalement. Cesser. De. Te. Défendre ?
Je laisse tomber un dentier explosif à ses pieds. La détonation le fait perdre pied, et un coup de mon arme fait voler son bouclier un peu plus loin. Un coup de ma botte vient le cueillir sous le menton, le faisant voler dans les airs. Malheureusement, il atterrit juste à côté de son écu, et malgré sa lèvre éclatée et sanglante, et il se relève pour me faire face.
-Natasha ! Clint ! Prenez Stark et sortez-le de là !
-Quoi ? s'exclame Black Widow.
-On se replie. C'est un ordre !
Cette exigence de leur chef les prend complètement au dépourvu. Pour ce que j'en sais, jamais les Avengers ne se sont repliés face à une menace surpuissante. Après quelques hésitations, ils finissent par obéir et soulèvent ensemble la lourde carcasse d'Iron Man. La rouquine garde une arme à la main, tirant consciencieusement sur les Carrés d'As pour couvrir leur retraite.
-Tu ne vas pas fuir, Star-boy ?
-Je m'en voudrais de poser un lapin à une dame.
-Oh, comme c'est touchant. Allez, vient te prendre une raclée.
-Pas aujourd'hui.
Il charge en tenant son bouclier devant lui, et je fais la même chose en brandissant mon marteau en hurlant. Il s'attend à un choc violent, c'est pourquoi je le prends au dépourvu en laissant tomber mon arme à la dernière seconde et me jette à terre, glissant sur le dos entre les jambes de Captain America. Je lui fais un clin d'œil en laissant tomber derrière moi une tarte à la crème passablement abimée, dont une mèche inquiétante achevant de se consumer en dépasse.
-C'est de la bombe ! je m'écris au moment où le dessert piégé explose.
Ce n'est pas réellement une bombe à fragmentation. Je suis folle, mais pas complètement inconsciente, tant que j'ai un fils ayant besoin d'une mère. Néanmoins, la détonation, en plus de projeter des gouttelettes de glaçage un peu partout, soulève une onde de choc qui envoie valdinguer Captain America un peu plus loin. Qui plus est, j'ai intégré au mélange de la poussière de plâtre, ce qui rend l'Avenger suffocant et livide.
-Non !
Le hurlement me fait tourner la tête vers les trois autres Avengers. C'est Black Widow qui a hurlé. Après avoir réussi à traîner Tony Stark l'unijambiste dans un avion miraculeusement intact, ils ont été surpris par Loki. Jaillissant de nulle part derrière Hawkeye, l'Asgardien s'est emparé d'une flèche de ce dernier et l'a utilisé pour lui crever l'œil. Exactement celui que l'Avenger avait visé plus tôt.
-Comment on dit, sur Midgar ? Œil pour œil, dent pour dent ?
Il enfonce la pointe plus loin, transperçant le cerveau et tuant l'homme sur le coup. Black Widow vide son chargeur dans le vide, Loki ayant déjà disparu. Le cadavre ensanglanté s'écroule sur le corps inerte et possiblement aussi cadavérique d'Iron Man. S'étranglant sur un sanglot, la femme observe le désastre qui a servi de dernier champ de bataille à ses camarades avant de battre en retraite vers le cockpit. Quelques minutes plus tard, l'appareil s'anime et décolle, et c'est sous un déluge de balles de petit calibre que les derniers Avengers prennent la fuite.
Un étrange silence tombe sur la plate-forme d'atterrissage. Mon cœur bat à tout rompre, propulsant encore de l'adrénaline dans mes veines. J'ai du mal à y croire ; nous avons bel et bien gagné. Nous avons vaincu les Avengers. C'est…j'ai du mal à y croire.
-Voilà un petit souvenir que j'aimerais conserver, lance Jackie en levant bien haut la tête décapitée de Giant-Man. Vous croyez que l'on peut apprendre sur Internet comment faire des têtes réduites ?
Quelques Carrés d'As grimacent de dégoût. Moi, j'éclate de rire, me souvenant qu'à une époque, il se faisait appeler Ant-Man parce qu'il réduisait sa taille. C'est bien vrai que la vie fait des cercles sur elle-même.
Loki n'est en vue nulle part. Sans doute voudra-t-il me retrouver en privé plus tard, pour célébrer notre victoire. Je me réjouis d'avance à ce rendez-vous. Mais en attendant…
Captain America tousse et crachote encore au sol, s'efforçant d'expulser de ses poumons de ce plâtre. Je m'avance vers lui en fouillant dans mon sac à surprises et lui décoche un coup de pied dans les côtes, le faisant s'affaler sur le ventre. Plaquant mon genou entre ses omoplates, l'immobilisant pour le compte, je lui saisis le front et lui expose le visage. Avec un sourire moqueur, je lui plaque une bombonne de gaz hilarant doté d'un embout comparable aux masques médicaux et libère la toxine. Malgré les rires douloureux prouvant qu'il est déjà trop tard pour lui, je le maintiens dans cette position jusqu'à ce qu'il cesse pour de bon de bouger. Enfin, je laisse retomber mon ennemi vaincu, ayant pratiquement vidé ma bombonne pour le tuer. Son visage arbore le glorieux sourire mortel saluant ma victoire.
