Chapitre XXVII : Face à face, partie I :

La porte se referma et un silence lourd et pesant s'installa. Les pensées s'agitaient dans tous les sens dans la tête d'Harry. Il essaye de comprendre ce qui avait été dit dans cette pièce tout en essayant de trouver une solution pour qu'en sortant d'ici il n'oublie pas tout. Harry fit un rapide inventaire de ce qui se trouvait dans la pièce. Il y avait des tas de vieux livres mangés par les années. Il fouilla dans ses poches et trouva une petite bouteille d'encre. Un grand sourire naquit sur ses lèvres et Harry vit que la chance était de son côté quand en cherchant des les tiroirs d'une vieille armoire découvrit quelques plumes. Il arracha donc les pages de garde des livres poussiéreux et entreprit de recopier toute la conversation qu'il avait entendue : la mort de Narcissa tuée par sa sœur, l'accident des Dursley, la perte des défenses de Poudlard, les projets supposés ou non de Voldemort. Satisfait, il attendit que l'encre sèche. Il allait quitter la pièce, les feuilles à la main, quand un doute le saisit. Et si … et si …

Les informations qu'il avait obtenues étaient trop précieuses pour qu'il prenne le risque de les perdre. Il valait mieux être prudent. Il jeta un sort de dédoublage et se retrouva avec une autre liasse de papiers, recouvert de son écriture. Il alla la cacher entre deux livres déchirés, personne ne songerait à les trouver là.

Satisfait, il quitta donc la pièce. Par chance, son absence n'avait pas été remarquée : comme Anae n'était pas revenue avant la fin du cours. Les élèves s'étaient dispersés plus tôt et patientaient maintenant en attendant le prochain cours. Dans le couloir, Harry s'approcha d'Hermione. Elle l'interrogea sur ce qui s'était passé.

- J'ai oublié …

- Comment ça ? Tu as oublié ?

- Oui, Kallisté avait jeté un sort dans la pièce … Tout ce qui y a été dit et qui ne me concernait pas serait effacé aussitôt que je franchirai la porte de la salle de classe.

- Mais … Tout ça pour rien ?

- Non, répondit en souriant Harry. Qu'est-ce que tu crois ! Je suis certain que ce qui y a été dit est intéressant et plein de révélations ! Mais je m'en rappelle plus…

- Pourquoi sembles-tu content alors ?

- J'ai tout écrit !

- Regarde.

Il montra à Hermione un tas de feuilles froissées, elle s'en saisit et eut un regard étonné.

- Harry, commença-t-elle.

- Alors ?

- Ton idée n'a pas marché.

- Comment ça ?

- Regarde !

Les feuilles qu'Hermione lui montraient étaient effectivement recouverte d'une fine écriture, mais ce n'était pas celle d'Harry.

« Monsieur Potter,
Vous pensiez sérieusement contourner le sort ainsi ? Vous êtes bien naïf … Je vous rappelle simplement que vous devez venir en retenue tous les soirs de cette semaine et que la semaine prochaine, vous effectuerez votre punition avec le Professeur Rogue. »

- Qu'est-ce que cela veut dire, Harry ?

- Je me suis fait repéré …

- Mais tu avais ta cape.

- Je sais. Mais la prof de DCFM est vraiment très douée … Elle a réussi à savoir que j'étais là …

- Que vas-tu faire …

- Ne t'en fais pas, faudra quand même que je montre quelque chose, tout à l'heure !

- Quoi ?

Le cours suivant commençait et Harry ne pouvait pas continuer. Il donna simplement rendez-vous à Hermione en fin de journée devant la bibliothèque.

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Severus avait ramené Anae dans leur chambre. La jeune femme semblait avoir perdu toutes ses forces d'un seul coup. Il soutint et la conduisit jusqu'au lit où il l'allongea sans qu'elle ne proteste. Son visage avait pâli d'un coup et ses yeux avaient perdu de leur éclat. Elle les ferma simplement, sans dire un mot.

- Que t'arrive-t-il ? demanda Severus tout en caressant tendrement son front.

- Ne t'en fais pas, juste le contre coup.

Il ne répondit rien mais la regarda pendant de longues minutes. Ses yeux noirs flamboyaient de colère. Voyant l'air inquiet d'Anae qui le dévisageait de nouveau, il se radoucit.

- Tu veux un peu d'eau ?

- Non, ça va aller. Ça va passer, ajouta-t-elle, ne t'en fais …

Severus se leva quand même et alla chercher un verre d'eau qu'il posa sur le chevet. Puis, il se rassit sur le lit à côté d'Anae et lui caressa lentement les cheveux.

- Je … je croyais que … ce genre de choses ne … pouvaient plus t'atteindre, commença-t-il.

- Je le croyais aussi …

- Mais que t'arrive-t-il alors ?

- Je l'ignore … enfin …

- Quoi ?

- Il … il m'arrive de … faire d'étranges rêves … dans lesquels Marcus m'apparaît … il est là, à chaque fois, pour me rappeler que j'ai une Prophétie à accomplir … et parfois … je crois qu'il me dit aussi que … plus la fin de toute cette histoire … plus je vais retrouver ce qui m'a été enlevé … Je pensais que ce n'était … que des rêves … mais maintenant … je ne suis plus sûre de rien …

Severus ne dit rien et Anae ferma à nouveau ses yeux.
Elle les rouvrit soudain et contempla Severus.

- Tu crois que c'est ça ?

- Je ne sais pas, Anae, lui murmura-t-il impuissant à la soulager. Peut-être …

La jeune femme se redressa et s'appuya contre Severus.

- Ce n'était pas vraiment des rêves, j'en suis certaine ! Je ressens de nouveau certaines choses, Severus … J'en suis sûre !

Il ne répondit rien, il restait perdu dans ses pensées.

- À quoi penses-tu ?

- À rien ?

- Ne me mens pas, Severus.

Il baissa les yeux, comme un enfant pris sur le fait.

- Je … Je … me disais que si Potter …

Il ne continua pas.

- Quoi, Potter ?

- Si … si on s'en débarrassait maintenant … tout reviendrait dans l'ordre !

- On ne peut pas, Severus, lui répondit tristement Anae. On ne peut pas …

- Mais pourquoi ?

- La prophétie de mon père et de Potter est très claire là-dessus … L'un des deux doit
mourir de la main de l'autre. Ni toi, ni moi, ni personne ne peut intervenir … sinon … je … je resterai ainsi pour toujours…

- Mais et Narcissa ?

- Elle devait juste ramener Potter à Azkaban. Le Seigneur des Ténèbres voulait qu'il y soit gardé par les Détraqueurs.

- On ne peut donc rien faire ?

- Rien … juste attendre …

- Combien de temps encore, s'écria Severus.

- La fin est maintenant proche …

- Comment peux-tu en être sûre ?

- Pourquoi crois-tu que mon père, depuis son retour, n'a jamais vraiment tenté de tuer
Potter ? ou n'en a donné l'ordre ?

- À cause de la prophétie, tu viens de le dire.

- Oui, mais pas seulement. Il aurait plusieurs fois l'occasion de le faire, mais il n'a rien tenté
… Je me suis posée la question … Je crois qu'il attend fin juillet pour agir. Potter sera alors majeur, la protection du sang de sa mère ne sera alors plus efficace, il sera, pour ainsi dire, sans défense …

- Tu en es sûre ?

- Non … Mais je ne vois pas d'autres explications …

Severus se leva et se dirigea vers une petite étagère remplie de fioles. Il en prit une et retourna auprès d'Anae.

- Tu devrais boire ça, Anae. Ça te fera du bien …

La jeune femme, résignée car elle savait que Severus avait raison, acquiesça en silence. Le sorcier fit tomber quelques gouttes dans le verre d'eau et le tendit Anae. Elle le but d'un trait. Elle se coucha et bientôt un sommeil réparateur la saisit.

Severus resta là, lui caressant toujours le front, veillant sur ses rêves …
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La journée se passa comme dans un rêve. Les cours avaient à peine commencé qu'ils se terminaient déjà. Le soir tombait et dans les couloirs de milliers de bougies éclairaient les ténèbres qui envahissaient les couloirs du collège. Les cours venaient juste de s'achever, cinq heures sonnaient à peine et on aurait dit qu'il faisait nuit depuis une éternité.
Harry soupira, il ne lui restait plus que peu de temps avant d'entamer sa première soirée de punition. Pour le moment, il attendait avec impatience Hermione. Beaucoup d'élèves sortaient et entraient dans la bibliothèque et regardaient étrangement Harry qui restait près de la porte sans bouger. Une tornade apparut enfin en courant. Hermione, les bras chargés de livres, s'excusa pour le retard. Elle avait été retenue après son cours d'arithmancie car elle n'était pas certaine d'avoir rendue assez de centimètres de parchemin pour son devoir.

- Il fallait rendre un long devoir, Harry. J'ai écrit cent trente huit centimètres … Je n'étais pas sûre que cela suffise.

- Cent trente huit ? s'exclama Harry. Hermione, Hermione … Tu ne changeras jamais …

- Tu voulais me montrer quoi ? demanda Hermione pour changer de sujet.

- Suis moi !

Harry entraîna Hermione à suite à travers les couloirs.

- Où m'emmènes-tu ?

Harry ne répondit rien et continua sa course dans les couloirs. Ils durent cependant s'arrêter brusquement, au détour d'un couloir en entendant les ricanements de Peeves qui préparait sans doute un mauvais coup. Ils durent donc faire un détour. Finalement Harry se retrouva dans la salle de classe abandonnée du matin. Avec précaution, il referma la porte, espérant que personne ne les trouverait là. Il colla un instant son oreille contre le bois vermoulu du la porte pour écouter si quelqu'un les avait suivi. Hermione secoua sa tête, faisant danser ses cheveux.

- Si tu crains que quelqu'un nous espionne, je peux y remédier, Harry. Pousse-toi de là.

Harry s'écarta. Hermione avait sorti sa baguette et jeta un sort d'Imperméabilité contre la porte.

- Te voilà rassuré ?

- Oui.

- Pourquoi toutes ces précautions ?

- Je ne sais plus trop, mais il y a une chose dont je suis sûr : ce que j'ai entendu ce matin devait être de la plus grande importance !

- À cause du sort ?

- Oui … et puis … ce n'est pas tout … j'ai … un pressentiment, voilà tout !

- Vas-tu enfin me dire pourquoi nous sommes ici ?

- C'est simple, avant de quitter cette pièce, j'ai laissé un double de ce que j'avais écrit pour me rappeler … ce que j'ai entendu. Peut-être que …

- Tu penses que ça peut marcher ? Que le fait d'avoir laissé les feuilles ici va plus ou moins contrecarrer le sortilège ?

- Je ne sais pas … On va bien voir. Mais après tout, les feuilles n'auront pas bougé d'ici … ce qui est dessus doit toujours y être non ? Ce serait logique ?

- Je ne sais pas, Harry.

Le jeune sorcier s'était approché des livres moisis qui cachaient les pages griffonnées à la hâte. Il les récupéra et un grand sourire éclaira son visage.

- Hermione ! Ça a marché ! Regarde ! Tout est encore là.

Harry brandissait une liasse de vieux papiers recouverts de son écriture.

- Harry …

- Quoi ?

- Rien ne nous dit que le sort ait été annulé.

- Que veux-tu dire ?

- Si on quitte la pièce après avoir lu ce que tu as écrit, il se peut qu'on l'oublie aussitôt …

- Mais pourquoi ?

- Si je t'ai bien compris, les personnes non concernées par la conversation oublient tout,
n'est-ce pas ?

- Oui.

- Or ce qui est écrit ne nous concerne toujours pas …

- Tu as une idée ?

- Peut-être. Il faut simplement qu'on soit concerné par ça, expliqua-t-elle en montrant les pages arrachées que tenait toujours Harry.

- Comment faire ?

- Je sais pas trop … Si on pourrait faire comme si on se parlait, mais en fait, lire ce qui est écrit … Faire de ce que tu as écrit une conversation entre nous, ainsi on serait concerné et en partant, on se souviendrait de tout …

- En tout cas, ça vaut le coup d'essayer, approuva Harry.