Bon, en attendant le prochain chapitre, je vous propose un petit interlude avec le chapitre de Noël de cette année... à temps, celui-ci ! En espérant qu'il vous plaise ! ;)

Il n'a pas de place particulière dans la chronologie de la fic vu que c'est un retour en arrière, donc vous n'êtes ni obligés de le lire maintenant, ni obligés de le lire tout court :)

Joyeux Noël les poutoux !

P.S : je n'ai pas eu le temps de jeter un coup d'oeil à vos reviews, donc j'en évoquerai peut-être certaines à l'occasion de la publication du prochain "vrai" chapitre ! en attendant, amusez-vous bien... et ne mangez pas trop, car on sait tous que la période des fêtes est pire que tout quand on veut garder la ligne ;) (perso, j'ai abandonné depuis longtemps maaaais vous avez bien le droit d'essayer... l'important c'est de participer muahahaha !)

Playlist :

This Kind Of Like Keeps Breaking Your Heart - Hammock

Some Nights (Intro) - fun.

A Dustland Fairytale - The Killers

Disenchanted - My Chemical Romance

Slow and Steady - Of Monsters and Men

All I Want For Christmas Is You - My Chemical Romance

Christmas Lights - Coldplay


- 24 décembre 2011, Senior Year

...

...

''When you're still waiting for the snow to fall

Doesn't really feel like Christmas at all''

...

...

Le feu ronflait dans la cheminée, parant le salon d'un halo orangeâtre où se mêlaient des ombres sans cesse changeantes. Sur le montant de marbre, cinq chaussettes pendaient, vides. Les noms de leurs propriétaires étaient soigneusement tricotés sur le devant, dans un entrelacement rouge et vert.

''Charlotte''

''Quinn''

''Liz''

''Andy''

''Judy''

Il y avait de la place pour une sixième chaussette. Cependant, elle avait été laissée vacante. Quelqu'un avait cherché à combler l'espace inoccupé en plaçant une bougie en forme de sucre d'orge. Le piano reposait dans un coin, à moitié masqué par le sapin magnifique et imposant. Par les fenêtres, on apercevait le paysage nocturne, silencieux et froid. Le jardin se noyait dans un blanc inhospitalier et l'herbe soigneusement tondue ne bougeait pas, figée par le givre qui sévissait depuis deux semaines déjà. L'ombre des balançoires sur lesquelles s'étaient autrefois amusées les deux sœurs se faisait solitaire et quelque-chose comme une mélancolie poignante se dégageait du jardin abandonné.

Quinn tira le rideau avec douceur et se détourna de la fenêtre. Le feu se mit à siffler. Précipitamment, elle attrapa un tison pour remuer le bois ronflant. Les flammes se remirent à sautiller avec allégresse presque aussitôt. Dans le fond, les chorus envoûtants de O Holy Night résonnaient comme les échos de fantômes oubliés, et peinaient à masquer la conversation de moins en moins sereine qui avait lieu à l'étage. Machinalement, Quinn lissa les plis de sa robe. Elle réarrangea une guirlande qui s'était rebellée sur le côté gauche du sapin - le même sapin, toujours le même, malgré la réduction progressive des effectifs des Fabray -. L'arbre était beau. Il sentait bon et il trônait fièrement, au milieu de ce salon non moins fier. Quinn balaya les lieux du regard. Tout dans la pièce était en accord avec ce moment particulier de l'année. Des décorations, de la fausse neige sur les vitres, des chandelles allumées dont les flammes timides brillaient dans tous les coins... Quinn laissa son attention dériver une nouvelle fois sur les cinq chaussettes vides.

Tout faisait penser à Noël. Et pourtant, en ce jour de réveillon, l'atmosphère de la maison des Fabray ne renvoyait rien, si ce n'était un écho creux des Noëls passés. L'année dernière, il y avait eu Charlie, Liz et Andy pour tenir compagnie aux deux résidentes restantes. L'année d'avant encore, ça avait été comme il fallait : Quinn, sa mère, sa sœur, son père et Brittany et Santana. Tout avant n'avait été qu'une succession de Noëls bien comme il fallait, festifs, traditionnels, chaleureux, familiaux, ordonnés, soignés, organisés...

Noël chez les Fabray.

Quinn soupira, pinça les lèvres et d'une démarche peu empressée, sortit du salon. Lorsqu'elle se trouva dans le hall, la voix de sa mère lui parut d'un coup plus audible. Quinn secoua machinalement la tête et fit de son mieux pour ignorer les paroles qui étaient prononcées. Du coin de l'œil, elle vit qu'elle avait laissé son portable à l'abandon, au milieu des clés et des bibelots placés dans une coupelle près de l'entrée.

« Écoute, Elizabeth... Oui, c'est exact, Elizabeth ! Je ne te donnerai plus de Lizzie ou de Liz tant que tu ne m'auras pas écoutée... Non, je ne te force à rien ! Laisse-moi finir, je te prie, ou je finirai par croire que cette jeune femme à qui je parle à oublier toutes les bonnes manières qui lui ont été inculquées ici... Écoute-moi, Liz... Elizabeth. Tu sais très bien que je ne suis pas contente, arrête donc... Tu vas venir. J'ai encore les billets du retour dans mon tiroir. Je te rembourserai l'aller quand tu seras ici. Tu ne seras pas là pour le réveillon, bien entendu que non... Mais tu prends l'avion demain, et comme ça tu pourras passer Noël et le reste de la semaine avec nous... »

Quinn serra les dents. Elle ne voulait pas entendre ce que sa mère avait à dire. Bon sang, elle ne voulait rien entendre du tout. Cela ne servirait à rien de toute manière. Il y avait bien une demi-heure que sa mère était au téléphone.

Quinn attrapa son portable, vérifia rapidement si elle avait de quelconques messages non-lus et, presque avec précipitation, elle prit le chemin de la cuisine. Son regard remarqua les cakes, les biscuits, les légumes, les apéritifs divers et variés. Elle s'approcha du four pour vérifier que tout se passait bien avec la dinde, ajusta la température puis resta un instant là, debout au milieu de la cuisine, à observer le carrelage, les placards, le plan de travail, les ustensiles laissés éparpillés un peu partout. Il y avait de la farine sur la nappe de la table, les moules reposaient au milieu. Des biscuits attendaient d'être mis au four, posés de travers sur une chaise.

Il y en aurait de trop pour deux. Quinn se demanda ce qu'elles allaient faire de tout cela.

Elle croisa les bras, remit une mèche de cheveux en place derrière son oreille. Elle fronça le nez.

Brusquement, elle se demanda ce que faisaient Brittany et Santana en cet instant. Elle les avait vues s'embrasser sous le gui, peu de temps avant le début des vacances. Cela signifiait-il qu'elles étaient enfin ensembles ou bien... ?

Il aurait été faux de dire que Quinn suivait tout cela de loin. A la vérité, elle ne suivait rien du tout. Ces deux adolescentes avaient été pendant un temps ces deux meilleures amies et voilà qu'elle se trouvait incapable de dire ce qu'il advenait de leur relation. Pourtant, ce n'était pas comme si c'était un secret. Oui, bien entendu, dans le lycée, personne ne le savait. Il ne valait mieux pas. Il y avait des rumeurs, c'était inévitable. Mais puisqu'on disait que Brittany était une dévergondée et que l'ensemble des Cheerios aussi, cela passait bien. Les footballeurs et autres imbéciles aimaient bien à ricaner en s'imaginant les pompom-girls en train de s'amuser dans les vestiaires. Cela sauvait Brittany et Santana, en quelque-sorte...

Mais alors quoi ?

Étaient-elles enfin ensemble ?

Le regard de Quinn se perdit dans le vague. Ses yeux ambrés glissèrent sur les meubles de la cuisine sans les voir. Pourquoi ne ressentait-elle rien à l'idée de savoir les deux jeunes filles enfin au clair avec elles-mêmes ? Aucune joie, aucune satisfaction, pas même... pas même quoi ?

Il n'y avait rien à ressentir. Cela ne la concernait pas.

Elle libéra la chaise occupée par les biscuits, posa le plat sur la table, et s'assit machinalement.

Est-ce que c'était romantique ? De s'embrasser sous le gui, comme cela ? N'était-ce pas un peu trop... cliché ?

Quinn appuya son coude sur la table et, pensive, laissa son menton reposer dans sa paume ouverte. Elle resta là, à observer la cuisine et à réfléchir au sens que tout cela avait. Elle se demanda si c'était pathétique de ne pas savoir ainsi... Elle se demanda... ce qui n'allait pas chez elle. Elle ne ressentait pas d'inquiétude, pas de lassitude, pas d'agacement...

Elle se posait ces questions de la même façon qu'un scientifique se demande pourquoi cette souris meurt et pourquoi cette souris vit après l'administration de tel produit.

Alors quoi ?

Brittany et Santana étaient-elles enfin ensemble ? Passaient-elles leur Noël ensemble ?

Ah non, leurs parents n'étaient pas au courant.

Quinn fronça les sourcils. Qu'en savait-elle au juste ?

« Quinnie ! » cria brusquement sa mère.

Elle déboula dans la cuisine, essoufflée. Son air paniqué s'évanouit dès qu'elle posa les yeux sur le four.

« Ah, merci mon Dieu, tu as pensé à vérifier la dinde... soupira-t-elle avec un sourire un peu étourdi. J'avais complètement oublié avec... »

Elle hésita, puis, pour éviter d'avoir à finir sa phrase, elle agita la main d'un air vague. Il y eut un moment de flottement, durant lequel Judy détailla toute la cuisine. A son expression, Quinn comprit qu'elle se rendait finalement compte qu'elle avait beaucoup trop cuisiné.

« Bon... finit par dire sa mère. J'ai encore un coup de fil à passer... »

Elle s'arrêta afin de réarranger ses cheveux, légèrement décoiffés après sa course folle dans les escaliers.

« Je compte sur toi pour arrêter la dinde, d'accord ? » conclut-elle avec un sourire à l'intention de Quinn.

Celle-ci la regarda un instant sans mot dire, toujours appuyée contre la table. De nombreuses questions tourbillonnèrent dans son crâne. Des anodines, d'autres moins... Le sourire de Judy se crispa un peu, à attendre ainsi que sa fille réponde. Mais Quinn continua de l'observer avec attention, silencieuse.

Tu vas rappeler Liz ? Tu penses sincèrement que cela va aboutir ? Pourquoi fais-tu ça ? Tu n'as pas compris qu'elle ne voulait pas nous voir ? Qu'elle ne voulait pas me voir ? Connais-tu seulement Liz ? Sais-tu quelle genre de personne têtue c'est ?

Finalement, Quinn se borna à sourire, de son sourire de papier glacé qu'elle se plaquait sur le visage depuis qu'elle s'était débarrassée de sa teinture rose, faute de mieux.

« D'accord, maman... »

Judy acquiesça aussitôt et, lui adressant un dernier sourire, sortit de la cuisine. Ses talons résonnèrent mécaniquement dans la maison paisible, s'estompant progressivement, jusqu'à atteindre le premier étage, où là ils ne furent plus que tap-tap étouffés. Cependant, cette fois-ci, Judy Fabray omit de refermer la porte derrière elle. Quinn ne put plus rater un bribe de la conversation. En se postant au pied des escaliers pour espionner discrètement, elle aurait eu le même résultat.

« Bonsoir, Liz... Oui, c'est encore moi... Il n'est que dix-neuf heures, ma chère. Je sais très bien qu'Andy ne rentre du travail que dans une heure... Comment ça ? Si tu crois que je ne parle qu'à toi, tu te trompes... Oui, c'est bien parce-que je parle à ton mari que j'ai su que tu mentais quand tu disais que tu avais quelque-chose de prévu pour les fêtes... Ne sois pas idiote, tu as Charlie... Charlotte je veux dire. Tu ne sortirais jamais avec des amies alors que tu dois t'occuper d'elle. Tu n'as rien de prévu, Liz, arrête d'essayer d'esquiver. »

Un long silence. Bien malgré elle, Quinn tendit l'oreille. Elle voulut se fermer à tout cela, elle voulut s'y fermer de toutes ses forces. Mais la curiosité la dévorait et bien qu'elle ne pût entendre ce que sa sœur disait à l'autre bout du fil, elle mourait d'envie de savoir dans quel état d'esprit elle était. Pourquoi ne veux-tu pas me voir, Liz ?...

Quinn connaissait déjà la réponse à cette question. Cependant, c'étaient comme toutes les comptines obsédantes et malsaines : elle ne pouvait s'empêcher de se la répéter, encore et encore. Pourquoi, Liz, pourquoi ?

« Elizabeth Fabray ! gronda soudainement sa mère, dans un regain d'énergie. Sais-tu seulement à quoi sert Noël ? A partager un moment avec sa famille. Et nous sommes ta famille, Liz... Les parents d'Andy ne peuvent vous recevoir... alors pourquoi pas nous ? Je sais très bien que tu as quelques problèmes à venir ici dans les périodes spéciales mais... S'il-te-plaît, Liz. Tu manques à ta sœur... et tu me manques à moi. »

Quinn leva les yeux au ciel. Cela n'avait pas pris longtemps avant que sa mère ne se traîne aux pieds de son aînée. La voix de Judy Fabray était devenue suppliante. Elle n'était plus très loin de la plainte.

« Lizzie... dit Judy à mi-voix. Je ne sais pas... Je ne sais pas ce qu'il s'est passée entre Quinnie et toi... Elle refuse de m'en parler et toi aussi. Mais vous êtes sœurs, et peu importe vos désaccords, tu ne peux pas agir comme si tu ne la connaissais plus... Je ne sais rien, ce qui est un comble puisque je suis votre mère tout de même, mais je voudrais que tu mettes tes différends avec elle de côté pour venir passer Noël ici. Amène Charlotte et si Andy ne peut venir tout de suite, il nous rejoindra dans la semaine. Cela vous a plu à tous les trois l'année dernière, n'est-ce pas ?... Comment ça ''les circonstances ont changé'' ?... Écoute, Liz, il est facile de me dire cela quand je n'ai pas la moindre idée de ce qu'il se trame entre Quinn et toi... »

De nouveau, une certaine irritation était réapparue dans le ton de Judy Fabray. Quinn en aurait presque souri ; l'ombre de ce que sa mère avait été se manifestait dans ce genre de moments. Et Quinn se rappelait alors à quel point elles se ressemblaient.

Elle finit par se lever de table. La conversation se poursuivait avec elle-même comme sujet principal et cela la mettait mal à l'aise. Elle s'approcha de la porte vitrée, qui, dans un coin, permettait d'accéder au jardin. Quinn l'ouvrit et la referma à demi derrière elle. Elle se retrouva alors dans le froid de l'hiver. Fouillant dans la poche de sa robe, elle en sortit son paquet de cigarettes.

Elle avisa soudain les balançoires debout au milieu du jardin, abandonnées depuis tant et tant d'années. Se retournant, Quinn regarda la maison. Les guirlandes lumineuses avaient été accrochées, comme chaque année. La fenêtre de sa chambre ne laissait voir qu'une obscurité insondable. Elle refit face au jardin et traînant des pieds, se dirigea vers les balançoires. L'une d'elle était cassée et pendait de travers, inutile. L'autre était simplement couverte de poussière. C'était celle que Quinn préférait étant petite, et cela parce-qu'elle pouvait voir la rue de cet endroit-là, même quand elle se balançait à toute vitesse, faisant trembler les pieds de la structure.

Quinn s'assit dessus. Un gémissement accueillit son poids. Oui, bien entendu, elle n'était plus aussi légère que dix ans plus tôt... Elle soupira. Son briquet émit un claquement sec et le bout de sa cigarette flamboya faiblement, tel une luciole au milieu du paysage recouvert d'un blanc mort. Quinn n'avait pas conscience du froid qui gelait les buissons et figeait les quelques arbres que comptaient le jardin. Elle croisa les jambes, examina la laine rouge vif de ses collants d'un air absent, puis leva les yeux au ciel. Celui-ci était dépourvu d'étoiles. Ce n'était qu'une large surface bleu foncé, parfois perturbée par des nuages grisâtres. Il n'avait pas neigé. Il ne neigerait peut-être pas, même si on passait rarement un hiver sans neige à Lima. Mais peu importe...

Quinn commença à se balancer légèrement. A chaque mouvement, tout grinçait et se plaignait, emplissant le jardin silencieux d'échos solitaires. De part et d'autre de la maison des Fabray, les autres habitations baignaient dans des halos jaunâtres, provenant des fenêtres, toutes illuminées. Quinn pouvait voir des ombres se mouvoir avec énergie. On entendait des rires lointains. Tout était décoré de façon beaucoup moins somptueuse, mais là où il n'y avait pas l'apparence, il y avait au moins le fond.

Le cœur de Quinn se serra. Elle savait que la voisine de gauche recevait ses dix petits-fils et petites-filles. Elle savait qu'elle était aussi arrière-grand-mère. Le voisin de droite était tout jeune marié et c'était le premier Noël qu'il passait avec sa femme. Le voisin d'en face venait de perdre son vieux chien de quinze ans, alors il avait acheté toute une portée à quelqu'un qui habitait à plusieurs rues de là. On n'entendait pas les jappements de la joyeuse compagnie d'ici. Quinn n'en avait pas besoin. Elle savait, c'était suffisant.

Pourquoi d'ailleurs ? A quoi cela lui servait-il de savoir ?

Pourquoi en savait-elle autant sur la vie des autres et si peu sur la sienne ?

Qu'y avait-il à savoir de toute manière ?

Elle observa la fumée de sa cigarette qui s'évaporait au milieu de l'air glacé. Elle aperçut soudain son reflet dans une des fenêtres de sa maison. C'était une forme sombre, une forme inconnue, une forme étrangère. Elle avait des cheveux blonds. Quinn effleura machinalement le sommet de son crâne. Elle n'était pas encore tout à fait habituée à cette couleur. Elle ne l'avait reprise que depuis le début des vacances de Noël. Ses tee-shirts déchirés et ses collants troués étaient allés rejoindre la chaussette de Russell Fabray dans la poubelle. Quinn avait repris ses cardigans et ses jupes de petite fille sage. Elle ne voyait plus l'intérêt de se vêtir de façon extravagante. A vrai dire... l'avait-elle vu à un quelconque moment ?

Pourquoi avait-elle fait cela ?

Elle leva sa cigarette devant elle et la regarda d'un air morne.

Elle n'avait rien gagné, si ce n'était cette mauvaise habitude...

Tu l'as fait pour attirer les regards, hein ? ricana une petite voix. Quinn frissonna, croisa un bras sur sa poitrine frémissante et porta de nouveau la cigarette à sa bouche.

Attirer les regards de qui ? répliqua-t-elle avec âpreté.

De tous. C'est évident.

J'avais déjà tous les regards que je voulais avec mon poste de capitaine. Les gens m'admiraient, ils voulaient être comme moi...

Au début, oui... Mais ensuite ? Tu t'es faite engrossée, tu es devenue folle, tu es devenue méconnaissable... Tu aurais pu être reine de promo, mais la volonté que tout le monde avait de tourner Kurt en ridicule a dépassé le semblant de respect que tu inspirais encore... N'en as-tu pas assez de cette image de papier glacé ? Tu es bien triste, Quinn Fabray.

Je ne suis pas triste.

Alors pourquoi t'es-tu subitement teint les cheveux en rose ? Pourquoi mentir sur cet homme de quarante ans que tu n'as jamais vu ? Pourquoi te prendre pour une rebelle, quelqu'un que tu n'es pas ? Tu aimes bien rentrer dans une case, tu ne supportes pas de sortir des rangs... Et qu'étaient-ce que ces cheveux roses si ce n'est une énième case ? Après la jeune première, la Cheerio impitoyable, l'ado enceinte et désespérée, la tranquille fille en rédemption... la rebelle désinvolte.

Alors ce n'était pas pour attirer les regards.

Bien sûr que si... Les regards, toujours les regards... Depuis que tu es née, tu as cette obsession maladive. Tu as été élevée ainsi, qu'y peux-tu ? Tu voulais toujours impressionner, interpeller, faire réagir... Oh papa, regarde regarde, je suis la première de la classe. Oh, Liz, regarde regarde, je suis la plus jeune capitaine des Cheerios que McKinley ait connue. Oh, maman, regarde regarde, j'ai été enceinte, abandonnée, virée de chez moi, mais je me relève et je continue. Tu ne fais rien pour toi. Tout est pour les autres, toujours.

C'est un mensonge.

Alors admets-le.

Admettre quoi ?

Que tu étais si paumée en ce début d'année que tu n'as pas trouvé d'autres moyens pour t'exprimer que celui de te lancer dans la provocation la plus simplette et la plus abrutissante. Oh, lycéens, regardez regardez, je suis devenue Quinn Fabray, celle qui n'en a plus rien à fiche de ce que vous pensez ou de ce que vous aimez. Je n'ai plus mes cheveux blonds de poupée, je n'ai plus mes tenues de jeune première, je n'ai plus mon sourire plein de fausseté. C'est moi et je ne reviendrai jamais en arrière.

Ce n'était pas moi.

Exactement. Alors cette fille seule au fond de son jardin, sur cette balançoire abandonnée elle aussi... c'est toi ?

...

Tu voulais attirer les regards. Avec toute ta bande de Skanks et toutes tes bêtises débiles... Bon sang, tu étais pire qu'un garçon qui fait les quatre cents coups pour montrer à quel point il est ô combien cool et ô combien au-dessus de tout le reste. Oh, regarde regarde, Rachel, je suis cool et je m'en fiche.

Cela n'a rien à voir avec Rachel.

Vraiment ? Tu en es bien sûre ?

Cela. N'a. Rien. A. Voir. Avec. Rachel.

Pas la peine de gronder comme une louve qui protège ses enfants. Depuis quand tout ce que tu fais n'a rien à voir avec Rachel ? Depuis quand, Quinn Fabray ?

Cela n'a rien à voir avec elle. C'est vrai.

C'est faux. Tu te mens encore à toi-même après tout ce temps ? Pourtant, tu as fini par admettre que tu l'aimais, n'est-ce pas ?

Je suis amoureuse de Rachel Berry, c'est vrai. Mais cette fois-ci, je ne l'ai pas fait pour attirer son attention.

Alors quoi ? Qui ? Tu fais tout pour elle. Ah, qu'est-ce que tu peux être bornée. Pire que Liz même. Depuis quand d'ailleurs reconnais-tu enfin aimer Rachel ? Tu as l'impression que tu l'as toujours admis, n'est-ce pas ? Mais quand précisément ? Quand arrête-t-on de se mentir et se borne-t-on simplement à faire semblant ? N'était-ce pas devant ce piano, avant les Régionales ? Quand tu vois ses yeux implorants et son regard égaré au moment où tu réponds par l'affirmatif à sa question à propos de Finn et toi... Quand tu vois qu'elle recule alors que tu avances, effrayée et incrédule, étourdie et déstabilisée... Pourtant, la plus étourdie des deux à cet instant, c'était toi, n'est-ce pas ? Tu avais tellement envie de l'embrasser, si fort, avec tant de passion... Ce feu qui te brûlait de l'intérieur... Il te picotait et te dévorait toute crue. Es-tu avec Finn, Quinn ? Oui. Mais c'est toi que j'ai envie d'embrasser. Ah. Je crois bien que tu es la reine des ironies, Quinn Fabray.

Oui, c'est à ce moment-là que je l'ai admis.

Pourquoi ?

Je... Je ne pouvais plus le faire. Je me suis rendue compte que je ne pouvais plus.

Oui, c'est compréhensible. Pratiquement deux ans passés à jouer l'ennemie méprisante et haineuse... Il y a un moment où l'on ne peut qu'arrêter. Même toi, Quinn Fabray, tu n'aurais pas pu continuer jusqu'au bout... Mais tu as eu du mal à t'y faire, hein ? Cette gifle, pendant le bal de promo...

Je m'en suis tellement voulue...

Pourquoi ?

Je ne sais pas.

Pourtant, cela paraît bien simple. Qu'est-ce qui est pire : gifler une personne quelconque par dépit ? ou gifler une personne qu'on aime par dépit ? Pourquoi l'as-tu giflée ?

Je voulais être reine du bal.

Était-ce plus important que Rachel ?

Oui.

Non. As-tu donc tout oublié ? Ce moment de flou où tu ne sais plus si tu en veux à Rachel parce-qu'elle vogue entre Finn et Jesse pendant que toi tu perds tout... ou parce-qu'elle continue sa vie pendant que toi tu t'es arrêtée au bord de ce gouffre ?

C'est la même chose.

C'est vrai. Ta vie se réduit à cela, Quinn Fabray. Constater qu'à un échec, succède un autre. Te teindre les cheveux en rose, devenir cette fille désinvolte... Te rappelles-tu quand Rachel est venue te chercher sous les gradins ?

J'ai cru en mourir...

Elle est venue pour toi... pour te ramener au Glee Club. Avais-tu compris à ce moment qu'elle venait justement parce-que c'était toi ? Pas pour le Glee Club, car un membre manquant se remplacerait, peu importe la façon... Mais pour toi.

Je l'avais compris.

Cela t'a rendue furieuse hein ? De voir à quoi aurait pu ressembler votre amitié ?

Non.

Non ?

Cela m'a rendue triste. J'avais l'impression d'avoir tout gâché.

On ne sait plus où est la frontière entre succès et gâchis avec toi, Quinn Fabray. Si tout était à refaire, pourrais-tu améliorer ton comportement, tes actions, tes sentiments, tes émotions ? Car tu es celle que tu es, tu es cette fille qui a grandi ainsi, avec ci, avec ça. Dans un autre monde, tu trouverais peut-être le moyen de tout gâcher aussi. Tu es peut-être faite pour cela, échouer encore et encore. Et même quand tu essayes de façon explicite, quand tu veux montrer que tu existes, cela ne marche pas. Rachel est venue te revoir et... après ? Elle a continué d'être avec Finn et tu as continué d'être avec ces stupides émotions qui te collent à la peau depuis plus de deux ans maintenant.

Je crois que... Je crois que je voulais attirer son attention.

Ah, tu l'admets.

Je ne sais pas. Je n'en sais rien. Pourquoi donc est-ce que je fais ce que je fais ?

Je crois que personne ne pourrait répondre à cela. Tu es si perturbante. Si même toi, tu te perds, personne ne pourra te retrouver. Te rends-tu compte que tu ne sais même pas ce qu'il advient de Brittany et Santana ? C'est pathétique.

Non. Je n'y peux rien.

Pourquoi ?

Je...

Tu es une lâche. Tu te caches sous des déguisements, tu te caches si bien qu'après tu as cette impression que tu as fait de ton mieux alors que ce n'est pas vrai. Le mieux que tu pourrais faire, ce serait d'être franche. Mais c'est un niveau que tu n'atteindras jamais. En tout cas, pas maintenant.

A quoi pourrait bien me servir la franchise ? A quoi m'a-t-elle servie avec Liz ? Elle ne veut même plus venir maintenant...

Tu ne pensais tout de même pas que cela serait gratuit ? Cela a un prix, bien entendu. Toujours.

Je ne veux pas payer. Je ne veux pas avoir à...

A quoi ? A prendre des risques ? A essayer d'enjamber le gouffre ? A te jeter dedans sans te poser plus de questions ?

Tout cela à la fois.

C'est dommage. Teins-toi les cheveux en bleu la prochaine fois, cela marchera peut-être mieux.

La petite voix se tut. Les pensées noires de Quinn se volatilisèrent d'un coup. Ressasser était fatiguant et à la fois une de ses activités préférés.

« Joyeux Noël... » murmura-t-elle avec un sourire cynique.

Elle leva de nouveau le nez vers le ciel. Il était toujours aussi vide. Et il ne neigeait toujours pas.

Quinn avait arrêté de se balancer. Elle se leva. La bise commençait à devenir mordante. Elle était à deux pas de la porte vitrée lorsque sa mère surgit, l'ouvrant en grand.

« Maman... » balbutia Quinn.

Elle laissa tomber sa cigarette dans l'herbe. C'était trop tard cependant. Sa mère se contenta de sourire.

« Ma chérie, dit-elle avec douceur, si tu crois que je n'avais pas deviné depuis le temps, tu te fourvoies complètement. J'espère simplement que tu ne comptes pas t'accrocher à cette mauvaise habitude. Tu sais bien comment ça a fini pour ton grand-père. »

Quinn acquiesça, un peu sonnée.

« Oh mais tu es complètement gelée ma parole, reprit Judy, et elle lui frotta vigoureusement les épaules. Quelle idée aussi de rester là... Il ne neige peut-être pas mais nous sommes quand même en hiver... Viens. »

Quinn la suivit, pareille à une somnambule. Le téléphone était posé sur le sommet du frigo. La dinde avait été sortie du four et fumait sur la table, dégageant une délicieuse odeur.

« Est-ce que Liz va venir ? » demanda abruptement Quinn.

Sa mère se retourna et la contempla, déstabilisée. De toute évidence, elle croyait avoir bien cacher l'identité de son interlocuteur tout ce temps.

« Je sais que tu parlais avec elle. » dit Quinn d'une voix égale.

Judy hocha la tête et fébrilement, attrapa les biscuits laissés sur la table pour les enfourner.

« Oh, tu sais, avec Charlie et Andy, tout ça, c'est compliqué pour elle... » répondit-elle d'un air affairé.

Quinn recula précipitamment pour la laisser passer. Sa mère ouvrit le frigo et en sortit une carafe.

« Le lait de poule est prêt... déclara-t-elle, et se tournant vers Quinn, elle lui demanda avec un sourire affable : Tu veux bien le mettre sur la table ? Ah, et ajouter les serviettes ? Il doit y en avoir dans le tiroir près de la fenêtre de la salle à manger. »

Quinn la contempla un instant.

Puis, décidant qu'il était inutile d'insister, elle acquiesça et docilement, se saisit de la carafe.

...

...

...

Non, décidément, il était difficile de se rendre compte qu'il s'agissait bien là du soir du réveillon. Judy s'attabla avec un enthousiasme forcé, plus forcé encore que ce qu'elle produisait d'habitude. Quinn la suivit, impassible, et ne fit rien pour la contrarier. Elles disposèrent tous les mets sur la table, arrangèrent les couverts, remplacèrent les chants un peu somnolents par quelque-chose de plus joyeux et se souhaitèrent bon appétit. Il n'y avait pas grand-chose à dire. Il n'y avait pas de silences pesants, mais si Quinn et Judy parlaient, elles ne disaient rien.

C'étaient des sujets de conversation anodins, presque futiles. Les voisins, l'agenda de la semaine, la réussite de la dinde, les courses à faire, les derniers ragots...

Quinn n'avait pas repensé à son Noël avec Brittany et Santana l'année dernière parce-qu'elle avait eu la présence de Charlie et compagnie pour la distraire, pour la rendre heureuse même. Cependant, elle ne pouvait s'empêcher d'y repenser à présent. Il y avait de cela deux ans, elle n'avait pas été dans les meilleures conditions. Enceinte et s'efforçant de le cacher, oppressée par son père qui lui en voulait beaucoup d'avoir quitté les Cheerios et qui ne comprenait pas très bien son changement de comportement, observée par une soeur alerte et attentive, ignorée par une mère qui n'avait en tête qu'un objectif, celui de faire un Noël parfait et propre, comme d'habitude...

Non, on ne pouvait pas dire que Quinn avait été à son meilleur à ce moment-là. Cependant, il y avait eu Brittany et Santana, et ce n'était que maintenant que Quinn se rendait compte à quel point leur amitié lui avait été quelque-chose d'indispensable. Elles n'avaient pas été des amies parfaites, qui la soutenaient tout le temps et la comprenaient à chaque fois... Elles s'étaient même moquées d'elle et de sa grossesse... Comme tout le monde. Mais ça avait été les seules personnes qui avaient donné à Quinn l'impression d'être autre chose qu'une vitrine. Avec Brittany et Santana, elle avait pris conscience qu'elle était une âme en peine coincée dans une vitrine. Aurait-elle préféré ne jamais s'en rendre compte ?

Oh, peu importe... Avec la grossesse, tout avait de toute manière commencé à se fissurer...

Et maintenant, que restait-il de tout cela ? Quinn n'aurait même pas pu dire si ce baiser sous le gui était quelque-chose de sérieux. Qu'est-ce qui l'était avec ces deux imbéciles ? Quinn pouvait encore se rappeler clairement ce lendemain matin, au camp d'été de cheerleading, quand Brittany et Santana avaient échangé des regards étranges et un peu... quoi ? Quinn avait en tout cas supposé que quelque-chose s'était passé. Rien de grave, rien de léger non plus... En bonne vierge ignorante, elle n'avait bien sûr pas compris. Ce n'était que plus tard qu'elle avait percuté.

En tout cas, à ce moment-là, elle avait deviné que la nature de la relation de Brittany et Santana venait de profondément changer, qu'elles voulussent l'admettre ou non.

Et maintenant quoi ?

Tout le reste du Glee Club était sûrement au courant. Et elle non. Elle ne s'y intéressait pas. Elle en payait le prix.

« Quinnie ? »

Elle releva la tête, tirée de ses pensées avec brutalité. Judy répondit à son air déstabilisé par un de ses doux sourires.

« Tu veux bien me passer les haricots, s'il-te-plaît ? »

Quinn acquiesça, muette.

« Je te trouve bien silencieuse depuis quelques minutes, reprit Judy. Quelque-chose ne va pas ? »

Elle ne la regarda pas pendant plusieurs secondes, se servant consciencieusement des haricots. Quinn en profita pour contempler un instant la rue à travers la fenêtre.

« Quinnie ? » répéta Judy.

Elle posa le plat sur la table, releva les yeux et Quinn plaqua aussitôt un sourire indolent sur sa figure pâle.

« Non, tout va bien, maman... »

Judy la regarda un instant, puis soupira. Elle ne dit rien cependant et baissa les yeux sur son assiette, entamant ses haricots. Quinn la contempla, intriguée. Elle se demanda ce que ce soupir signifiait, mais elle se contenta de garder cette pensée pour elle seule.

Le bruit des couverts remplit pendant quelques minutes le vide de la salle à manger. Quinn relevait parfois les yeux pour lorgner sa mère. Souvent, celle-ci croisait son regard et un certain malaise transparaissait alors au fond de ses pupilles. Quinn fit mine de ne pas le remarquer et mangea consciencieusement les morceaux de dinde qui se battaient encore en duel sur son assiette.

Cependant, si elle put faire semblant de ne pas remarquer la gêne certaine dans laquelle se trouvait sa mère, elle se trouva incapable d'ignorer la question qui se faisait de plus en plus pressante dans un coin de son esprit. Celle-ci lui brûla bientôt la langue, sournoise, et, sans préambule, Quinn finit par demander :

« Liz peut venir finalement ? »

La main de Judy dérapa et sa fourchette s'écrasa avec un bruit sonore dans son assiette.

« Je te l'ai dit, répondit-elle aussitôt à mi-voix. Avec Andy et-...

- Je me fiche pas mal de ce qui peut la tenir occupée, l'interrompit Quinn d'une voix cassante. Je me fiche pas mal qu'elle puisse venir ou non. Tout ce que je veux, c'est voir Charlotte. »

Elle se tut, le souffle court. Judy la contemplait, les yeux écarquillés, prise au dépourvu par son éclat de voix. Quinn elle-même était surprise par sa soudaine colère. Elle ne sentait pas comme cela à l'intérieur.

« Je voudrais... reprit-elle d'un ton un peu plus calme. Je voudrais voir Charlotte... et Andy aussi. J'aime bien Andy. Il est gentil. »

Son timbre vaguement enfantin contrastait avec la dureté qu'avait prise sa voix quelques secondes plus tôt. Judy hocha plusieurs fois la tête et attrapa une serviette pour essuyer sa fourchette d'une main consciencieuse. Quinn la regarda faire, la fixant avec insistance, attendant une réponse. L'air s'était fait soudain plus lourd entre d'elles. Les cantiques joyeuses qui résonnaient dans la pièce n'étaient plus qu'un bruit de fond.

« Que s'est-il passé, Quinnie ? demanda finalement Judy. Entre Lizzie et toi ? »

Elle releva les yeux de sa fourchette. Son regard était perçant. Quinn s'en trouva aussitôt désarçonnée. Elle déglutit péniblement et ne trouva pas quoi répondre.

« Je ne comprends rien, reprit Judy. Pourquoi ne voulez-vous rien me dire ? Suis-je trop bête pour comprendre ?

- Ce n'est pas-... s'empressa de dire Quinn.

- Je sais que j'ai été loin d'être la mère parfaite pour toi ces derniers temps, dit Judy. Mais j'essaye de m'améliorer, Quinn. Tu ne me fais plus confiance, j'en ai conscience. C'est ton droit. La confiance est quelque-chose qui se mérite. Pour l'instant, je ne la mérite pas. Mais si tu ne me parles pas, si tu te bornes à me sourire et à me dire que tout va bien, je ne vais pas pouvoir t'aider. »

Je n'ai pas besoin que l'on m'aide. Je ne mens pas quand je dis que tout va bien. Je ne me force pas à sourire. Toutes ces objections se bousculèrent dans le crâne de Quinn.

« Je ne veux pas, » laissa-t-elle échapper.

Judy haussa un sourcil, reposa sa fourchette.

« Tu ne veux pas quoi ? »

Quinn lissa machinalement les plis de sa robe. Elle jeta un regard par la fenêtre.

« Quinn... J'aimerais que tu me regardes quand je te parle. »

Le ton impérieux de sa mère força Quinn à obéir.

« Je ne veux pas parler de ça maintenant... dit-elle finalement.

- Et pourquoi donc, jeune fille ?

- C'est le réveillon, maman. Je ne veux pas gâcher ça avec des... discussions qui ne mèneront nulle-part.

- Et donc tu vas me faire croire que tu m'en parleras un autre jour ? Que ce n'est pas juste une façon d'éviter le sujet une énième fois ? »

Se rendant compte que sa mère ne semblait pas décidée à lâcher, Quinn retint un soupir.

« C'est peut-être le réveillon, reprit Judy plus calmement, mais si tu ne me dis pas ce qu'il se passe maintenant, ta sœur ne viendra peut-être pas de toutes les fêtes. Et dans ce cas, tu ne verras ni Andy, ni Charlotte. C'est ça que tu recherches ? »

Quinn resta silencieuse.

« Bien, je vois que tu préférerais encore cela plutôt que d'avoir à me parler avec franchise. A propos de quoi est-ce donc que toutes vos disputes ? Vous êtes des sœurs, pour l'amour de Dieu, cela ne devrait pas être si compliqué que cela...

- Pourtant ça l'est, » lâcha Quinn avec frustration.

Un moment de flottement suivit sa réponse abrupte. Quinn soutint tant bien que mal le regard intrigué de sa mère. Elle ne voulait pas... Pourquoi ? Les discussions à cœur ouvert n'étaient pas quelque-chose qui se faisait souvent chez les Fabray. Pourquoi commencer maintenant ? Pourquoi ici ? Et surtout... pourquoi donc à propos de ça ?

Sa mère avait décidé de devenir une mère à l'écoute le soir du réveillon. Voilà qui lui faisait une belle jambe. Pour canaliser son irritation de plus en plus brûlante, Quinn se resservit de la dinde. Son agacement transparut cependant dans la brusquerie de ses gestes.

« Quinnie... s'il-te-plaît... finit par murmurer Judy.

- S'il-te-plaît quoi ? gronda Quinn, et elle lui jeta un regard noir. Je peux me taire et faire comme si ce n'étaient que des disputes de sœurs si cela te fait plaisir. Je t'ai dit que je ne voulais pas en parler.

- Vous êtes des sœurs et vous vous disputez, si je ne m'abuse, répliqua sèchement sa mère. Donc, ce sont des disputes de sœurs.

- Tu ne comprends pas à quel point c'est difficile d'être la sœur de Liz.

- Qu'y a-t-il d'autre à comprendre ? Je sais que vous avez toutes les deux de fort caractère et je sais que ce n'est pas facile tous les jours. Mais vous devez arrêter d'exagérer, et maintenant. Il serait idiot de gâcher nos fêtes de fin d'année parce-que vous êtes incapables de vous mettre d'accord sur quelque-chose dont je ne suis même pas au courant.

- Jamais nous ne pourrons nous mettre d'accord là-dessus, grommela Quinn.

- Ne marmonne pas, je te prie, c'est impoli. »

Quinn secoua la tête, rongée par la colère, et se fit violence pour se taire.

« Depuis que tu es revenue, reprit Judy d'une voix frémissante, j'ai tout toléré. De tes lubies à tes sautes d'humeur incompréhensibles. Je ne t'ai forcée à rien. Tu as pu intégrer et quitter les pompom-girls comme il te plaisait, voir qui tu voulais, faire ce que bon te semblait. Je n'ai rien dit pour tes cheveux roses insupportables, je n'ai rien dit quand tu t'es mise à fumer, je n'ai rien dit, jamais... Mais il est hors de question que je te laisse t'entre-déchirer avec ta sœur sans même savoir de quoi il retourne...

- Tu as toléré tout ce que je faisais par culpabilité, rétorqua Quinn. Tu as toléré tout ce que j'ai pu faire parce-que tu sentais au fond de toi que c'était la moindre des choses à faire pour rattraper tous ces mois où j'ai erré de maison en maison alors que j'avais à peine seize ans et que j'étais enceinte. »

Judy la dévisagea, choquée. Quinn lui lança un regard effronté. Elle était ivre de rage. Elle ne pouvait pas s'en vouloir pour ce qu'elle venait de dire.

« Liz, au contraire, n'en a pas grand-chose à faire, reprit-elle après un moment. C'était ma sœur et elle m'a laissée à votre merci, à la merci de papa et à la tienne, tout en sachant comment je pouvais me sentir... Elle ne m'a pas soutenue, elle m'a tout juste appelée... Pendant ces quelques mois, je n'ai plus rien été pour elle. Et ce n'est qu'après que j'ai recommencé à être Quinn, sa petite sœur... Liz est comme ça, maman. Elle ne ressent pas la culpabilité comme toi, elle ne doute de rien et elle fait ce qu'elle estime juste, tout en sachant que sa définition de ce qui est juste est discutable... Tu ne peux pas imaginer à quel point c'est anxiogène de l'avoir pour sœur. Tu ne peux pas t'imaginer à quel point ce serait plus facile pour moi si c'était une personne comme une autre. Mais puisque c'est ma sœur, je n'ai d'autre choix que de l'aimer et de croire que c'est moi qui suis la responsable de tous nos différends alors que je n'ai pas grand pouvoir sur ce que je suis. En tous les cas, ce ne sont pas juste des ''disputes de sœurs'' dans lesquelles tu as le droit de t'immiscer quand tu as envie d'être une bonne mère. Nous n'avons plus six ans et ce n'est pas à celle qui aura le plus de cadeaux de Noël. Ça fait longtemps que ça a cessé d'être comme ça... »

Sa voix mourut et elle se tut. Elle avait du mal à se rendre compte de ce qu'elle venait de dire. Les trois quarts des mots lui échappaient. Ne restait que son ton, plein de ressentiment et d'amertume. A chaque fois que sa mère avait essayé de discuter franchement avec elle, elles s'y étaient toutes les deux cassées les dents. On ne changeait pas les bonnes habitudes, même un soir de réveillon.

Le silence se prolongea, pesant et bourdonnant. Le CD de cantiques avait arrêté de tourner dans le lecteur, la dernière chanson venant tout juste de prendre fin. La neige ne tombait toujours pas, il y avait trop à manger, Quinn avait l'impression de crever de solitude et voilà à présent qu'elle avait le regard mi-stupéfait mi-heurté de sa mère sur elle.

C'est de ma faute, c'est de ma faute, c'est de ma faute, c'est de ma faute, c'est de ma faute... Les mots tournaient déjà en boucle dans son crâne échauffé. Elle se passa une main dans les cheveux, remit sa fourchette et son couteau bien parallèles l'un à l'autre et saisie d'une impulsion, se leva. Se retournant vivement, elle rattrapa sa chaise avant que celle-ci ne se renverse.

« Je vais fum-... prendre l'air... » dit-elle d'une voix frémissante.

Et, incapable de regarder sa mère dans les yeux plus longtemps, elle s'éclipsa de la salle à manger avec hâte.

L'air était toujours aussi glacé au-dehors. Mais elle ne pouvait se résoudre à retourner en arrière pour chercher une veste ou quelque-chose qui pût la couvrir. Elle étouffait, elle ne pouvait rester là... Elle sortit dans le froid de l'hiver et d'une démarche mécanique, regagna la balançoire. Plutôt que de s'asseoir, elle se laissa tomber dessus. Un gémissement résonna en signe de protestation. Quinn l'ignora. Elle regarda le jardin, elle regarda les arbres, elle se demanda ce qu'elle faisait là, pourquoi, comment.

Bon sang, elle détestait ces moments-là. Elle ferma les yeux, essaya de contrôler sa respiration erratique. Elle détestait ces moments où sa condition d'imbécile se faisait évidente et oppressante. Ces instants où elle avait une conscience si aiguë de sa petitesse et de tout le pathétique qu'elle inspirait... La seule solution aurait été de se rouler en boule dans son lit et de dormir... le problème étant bien sûr que dans un tel état, le sommeil ne venait jamais, et l'on se retrouvait alors à fixer le plafond de ses yeux ronds, remuant toutes ces idées noires et ces souvenirs insupportables.

Quinn avait du mal à se rappeler ce qu'elle était avant. Avant tout ça. Avant la grossesse, avant Rachel, avant tout, avant ce désastre qu'était devenu sa vie... Avant ce Noël où elle se retrouvait seule avec une mère qui ne pouvait lui adresser la parole pour parler d'autres choses que de futilités sans que cela ne dégénère presque aussitôt entre elles.

Est-ce que c'était normal ? Est-ce que cela arrivait dans les familles normales ? Est-ce que Rachel se disputait souvent ainsi avec ses papas ?

« Ne pense pas à elle... » gronda-t-elle, et elle plaqua les mains sur sa figure, les pressant contre ses paupières fermées jusqu'à ne plus voir que des étoiles.

Et après, elle se demandait encore pourquoi elle était tombée amoureuse de quelqu'un comme Rachel. Pourquoi ? Pourquoi elle ? C'était évident.

« Jingle bells, jingle bells... » chantonna-t-elle doucement.

Elle ne voulait pas penser à Rachel. Elle y pensait déjà trop souvent. Cela ne l'aidait pas, d'autant plus que là où il y avait eu de la haine et de la douleur, il n'y avait à présent plus que de la résignation. Après la vie incontrôlable mais bouillonnante, l'immobilisme insupportable mais irrésistible... Que t'a-t-elle donc fait, Quinn Fabray ?

« N'y pense pas, n'y pense pas, n'y pense pas... » murmura-t-elle avec désespoir.

La balançoire grinça sous elle. Plus elle se souhaitait de ne pas y penser, plus le visage si expressif de Rachel s'imposait à son esprit. Elle connaissait chaque fossette, chaque froncement de sourcils, chaque grain de beauté, et ce sans jamais avoir possédé Rachel... Posséder, posséder, posséder... Quel mot insupportable... Il donnait la nausée à Quinn.

« Jingle bells, jingle bells, » répéta-t-elle plus faiblement.

Elle savait pourquoi elle aimait Rachel. Elle le savait et cette certitude la brûlait avec plus de douleur que n'importe-quel doute. Rachel était la lumière au bout du tunnel, le phare au milieu de la nuit, l'éclat qui attire le papillon de nuit, le remède à trop de blessures... Rachel était tout ce que Quinn n'était pas, autrement dit l'optimisme et le bonheur, enfin... Elle était tout ce que Quinn n'était pas et pire encore, elle était tout ce que Quinn n'aurait jamais...

Quinn serra les dents. Par pitié, par pitié, pas maintenant...

Quelle genre de personne était-elle ? Elle se disputait le jour du réveillon avec sa mère alors même que celle-ci avait passé tout l'après-midi à cuisiner pour elles. Elle pensait à une fille qui ne pensait sûrement pas à elle en cet instant. Elle se préoccupait de gens dont elle n'avait habituellement jamais rien à faire. Et tout cela, pourquoi ? Parce-qu'elle souffrait...

Quinn Fabray souffrait.

Ah, le scoop.

Le mal-être ne s'auto-régule pas en fonction des événements pour faire plaisir à celui qu'il possède... Tout aurait été tellement plus facile sinon...

Brittany, Santana, Rachel... Toutes ces personnes, toutes ces âmes... Il y avait Puck, il y avait Sam, il y avait tout le Glee Club... Qu'était-elle en train de faire ? Ils s'amusaient, ils s'amusaient sans doute comme tout le monde pendant la période des fêtes. Et elle ? Quoi ?

Elle était si profondément ratée qu'elle était capable de broyer du noir même à Noël. Elle s'était promis pourtant de ne pas le faire. Elle se l'était promis. L'indifférence, la lassitude tout au plus. C'est ce qu'elle s'était autorisée. Pas plus, pas moins...

Elle rouvrit les yeux. Le même paysage blafard, les mêmes guirlandes qui clignotaient inlassablement, la même chambre plongée dans le noir... Pas de vie, pas d'animation, rien, rien, rien que le vide et ce gouffre tourbillonnant qui la happait dès qu'elle avait le malheur d'ouvrir son cœur. Elle ne pouvait même pas à être franche avec elle-même sans se brûler les ailes.

Elle avait cru que le fait d'admettre qu'elle aimait Rachel et qu'elle ne pourrait rien y faire, jamais, l'aiderait à supporter tout cela. Cela avait marché, c'était vrai. Mais parfois, elle se retrouvait à brûler, à s'effriter, à se consumer de l'intérieur, et alors elle se demandait à quoi tout cela pouvait bien servir. Qu'était-elle censée faire quand le bien qu'elle s'efforçait de faire n'était pas suffisamment bien justement ?

Le problème venait-il d'elle directement ? Oui. Non. Les deux réponses se valaient, les deux réponses se heurtaient.

Les autres aussi... Les autres... Ils n'étaient plus que des silhouettes informes, des ombres dans son monde solitaire. Elle aurait aimé sortir de cette bulle qu'elle avait créé autour d'elle. Mais elle n'y arrivait pas. Elle avait perdu son amitié avec Mercedes, elle avait laissé le semblant de relation qu'il lui restait avec Sam après leur rupture se désintégrer, elle avait repoussé Brittany et Santana aussitôt après New-York, elle avait continué d'ignorer Puck, elle avait tout juste parlé avec Tina et Artie, elle avait oublié Mike, elle avait adressé des sourires creux à Finn, elle avait cessé d'adresser la parole à Kurt lorsqu'elle n'y était pas obligée... Et elle ne savait même plus ce qu'elle faisait avec Rachel. Incapable d'être son amie, incapable d'être son ennemie, elle faisait régner cette incertitude malsaine qui la happait. Tant mieux, c'était mieux ainsi... N'est-ce pas, n'est-ce pas ?

Elle soupira. Les battements affolés de son cœur avaient ralenti. Le feu qui lui était monté aux joues refluait progressivement. Elle sentait de nouveau le froid autour d'elle et sur sa peau de porcelaine. Il ne neigeait toujours pas. Elle avait toujours aussi peu conscience du fait qu'il s'agissait du réveillon de Noël.

Elle s'imagina sa mère à table, seule et encore hébétée par ses propos violents. Et inutiles. C'était inutile quand cela ne faisait de toute évidence rien avancer. Elle se leva. Elle s'excuserait. Elle ne pouvait pas laisser sa mère comme cela. Même si elle avait pensé tout ce qu'elle disait, elle ne pouvait pas faire prendre conscience à Judy de tout ce qui se heurtait dans le cerveau perturbé de sa fille. Il y avait bien longtemps qu'elle n'était plus la parfaite Quinn Fabray, mais pour autant nul besoin de devenir la dérangée Quinn Fabray...

L'odeur alléchante de la dinde persistait dans la cuisine. Quinn resta un instant là, hésitant à revenir dans la salle à manger. Aurait-il été exagéré de dire qu'elle se sentait de nouveau comme cette petite fille de sept ans que ses parents intimidaient tant ? Non, sans doute pas... Elle admirait alors son père parce-qu'il était autoritaire et fort et imposant et persévérant... Elle admirait alors sa mère parce-qu'elle était jolie et gracieuse et gentille et souriante.

Puis, elle avait grandi. Elle s'était alors rendue compte qu'ils n'étaient rien d'autre que des êtres humains.

Quinn s'arrêta sur le pas de la porte de la salle à manger, déstabilisée. Elle était vide. Sa mère avait quitté la table, prenant cependant soin de remettre le CD de cantiques en route au passage. Quinn fit volte-face, contempla le hall d'un œil égaré, le souffle court. Sa mère ne quittait jamais la table.

Soudain paniquée, elle se dirigea vers la chambre de sa mère. Elle entrouvrit la porte, constata qu'il n'y avait personne, la referma avec brusquerie. Elle alla dans le salon, détailla un instant le sapin scintillant, puis faisant demi-tour, prit la direction des escaliers. Elle grimpa les marches quatre à quatre puis, tout à coup, des bruits de voix étouffés lui parvinrent à travers ce qui avait jadis été la chambre que partageaient ses parents.

Quinn hésita un instant à l'entrée du premier étage, se demandant si vraiment elle voulait écouter cette conversation qui en toute logique ne la regardait pas. Mais déjà, ses pas la portaient vers la porte fermée. Elle passa devant sa chambre ouverte, la remarquant à peine. Les paroles prononcées se précisèrent. Quinn retint son souffle alors qu'elle s'arrêtait juste devant la porte de la chambre.

« Oh, je sais, pardonne-moi, je vous dérange en plein réveillon ? Oui, ah, j'avais presque oublié... »

Une ironie inhabituelle suintait du ton pourtant toujours si poli et correct de sa mère. Quinn fronça les sourcils.

« Elizabeth, écoute-moi, reprit Judy avec sécheresse. Tu ne peux pas protester. Je te paye le billet et je sais que tu n'as rien de prévu. Tu n'es plus une enfant alors cesse de te comporter comme tel. Voilà bien un an que je n'ai pas vu Andy et Charlotte a sans doute bien grandi. Je veux les voir pour les fêtes... Non, laisse-moi finir. Je suis ta mère et je ne comprends rien à ce qui est en train de se passer. Bon, très bien, ce n'est pas grave... Mais je ne tolèrerai pas que tu n'en fasses qu'à ta tête alors qu'il n'y a rien de sorcier là-dedans. Je m'efforce de faire de mon mieux avec Quinn et puisqu'elle n'est pas très coopérative, je vais faire un passage en force : viens, c'est tout. J'ai cuisiné trois fois trop et la maison n'a pas rétréci, alors il y a toujours de la place pour vous accueillir. »

Un silence.

« Je ne la comprends plus, reprit Judy avec plus de calme. Non, pas à cause des cheveux roses. Pourquoi fais-tu une fixette là-dessus ? Ils sont redevenus blonds de toute manière... Mon Dieu, Liz, pourquoi es-tu si bornée ? Pourquoi êtes-vous toutes les deux si bornées ? Je vais finir par vous enfermer ensemble dans un placard, cela vous forcera au moins à vous réconcilier... Je suis très sérieuse. »

Quinn se demanda si elle devait s'en aller maintenant.

« Ce n'est pas parce-que je ne la comprends plus que je dois la laisser livrée à elle-même... Merci Liz, merci beaucoup, dit Judy avec irritation. Je n'ai pas besoin de... Est-ce que j'ai seulement fini de parler ? Non, alors arrête de m'interrompre ! Tu vas venir, Charlotte va venir avec toi, Andy viendra s'il le peut... Voilà, c'est réglé. Oui, c'est réglé, tu m'as bien entendue. Elizabeth Fabray, je ne veux plus entendre de protestations ou d'excuses... Je n'ai peut-être pas fait tout ce qu'il fallait ces dernières années mais je vais faire ce qu'il faut maintenant. »

Un nouveau silence. Un coup sourd et quelque-chose se brisa avec un bruit cristallin au sol.

« Comment ça je ne peux pas te forcer à venir ? s'énerva Judy. En quoi est-ce que je te force à venir ? Bon, peut-être un peu... Mais tu ne vas pas me faire croire que c'est le purgatoire ici. Je ne suis pas un monstre, Quinn non plus et la maison est toujours aussi confortable... Je n'ai pas de moyen de pression ? Pourquoi emploierais-je de tels procédés ? Tu es ma fille, Liz, et je suis ta mère. Il n'y a pas de telles choses entre nous. »

Il y avait toujours eu ce genre de choses dans la famille, bien que cela restât implicite. Judy Fabray disait seulement cela parce-que c'était vrai en cet instant : elle ne pouvait pas forcer Liz à venir parce-qu'elle n'avait aucun moyen de pression. Liz était indépendante, loin d'ici, engagée dans un mariage heureux et pouvait bien ne jamais revenir à Lima si elle le voulait. C'était la malédiction des Fabray.

Quinn s'éloigna discrètement de la porte et redescendit les escaliers. Les échos de la voix de sa mère s'évanouirent. Les cantiques joyeuses continuaient de résonner jusque dans le hall, manifestations fantomatiques d'un enthousiasme qui n'avait pas gagné la résidence. L'odeur de la dinde s'était légèrement estompée. Celle-ci devait être froide à présent. D'une démarche traînante, Quinn entra dans le salon. Elle se laissa tomber sur le canapé et se mit à observer le feu qui crépitait dans la cheminée d'un œil absent.

Elle se demanda comment Hanukkah se passait pour Rachel. Cette fois-ci, elle ne se l'interdit pas. C'était plus une pensée qui la réconfortait qu'une pensée qui la torturait.

Elle s'imagina les lumières et les rires dans la maison Berry. Elle ne savait pas... Mais elle se l'imaginait... Plus jeune, elle avait eu un dédain certain pour les Berry parce-qu'ils étaient deux hommes. Comment pouvait-on être heureux là-dedans ? Il y avait sûrement des flammes dans la cave et des rires démoniaques dans les placards. L'enfer sur terre où les damnés se déplacent en ayant parfaitement conscience qu'ils sont dans le pêché... Et puis comment passer des fêtes heureuses sans avoir son papa et sa maman ? Et voilà que Quinn se retrouvait sans papa, sans sœur, sans rien, avec juste une mère qui peinait à la comprendre... Elle n'était pas si malheureuse que cela. Juste un peu... égarée.

Bon sang, elle avait été si stupide à une époque...

Elle enfouit la tête dans les mains, se frotta les yeux et lorsqu'elle rouvrit les paupières, son regard tomba sur le piano. Elle l'observa un instant, interdite, puis elle se leva. Avec lenteur, elle s'en approcha. Elles avaient fait la poussière la veille alors l'instrument brillait doucement, reflétant les éclats orangés et sautillants du feu. Quinn attrapa le piano et avec précaution, le tira hors de son coin. Les roulettes gémirent légèrement mais ce fut tout. Le piano glissa avec aisance sur le parquet lustré et Quinn l'arrêta presque aussitôt, pour éviter qu'il ne bloque le passage. Elle revint dans le coin pour attraper le tabouret, le disposa devant l'instrument et rabattant les pans de sa robe sous elle, s'y installa.

Les cantiques continuaient de résonner dans la salle à manger. Le feu ronronnait, sa mère déambulait à l'étage, produisant des claquements sourds. Quinn contempla un instant le piano, puis, releva le couvercle d'une main précautionneuse. Les touches d'ivoire s'offrirent à elles, comme neuves. Le piano avait finalement été réparé. Mais personne ne s'en servait plus.

Quinn se mordit l'intérieur de la joue et leva le bras. Elle appuya sur une touche, lentement, craintivement. Une note claire et cristalline retentit dans l'atmosphère paisible du salon. Le cœur de Quinn eut un raté.

Elle laissa ses deux mains en suspension au-dessus du clavier, puis elle se mit à jouer le premier air qui lui venait à l'esprit. C'était un vieux chant de Noël que son père avait pris l'habitude d'exécuter les années précédentes. Il n'avait plus résonné entre les murs des Fabray depuis son départ. La main de Quinn dérapa et une note suraiguë et discordante la fit sursauter.

Elle essaya de retrouver son souffle et se décrispant, se remit à jouer. Elle se rendit à peine compte que la mélodie qu'elle improvisait prenait des airs de Get It Right. Elle avait souvent eu cette chanson dans la tête ces derniers mois. Elle n'y pouvait rien.

« Quinnie ? »

Sa main dérapa de nouveau et elle s'en rendit à peine compte. Elle se retourna vivement. Sa mère se tenait dans l'encadrement de la porte, quelque-chose comme de l'incertitude peint sur son visage doux. Elle resserra son veston autour d'elle et croisa les bras, s'avançant de quelques pas hésitants dans le salon.

La mère et la fille se regardèrent un instant, silencieuses. Quinn voulait s'excuser mais sa bouche refusait de s'ouvrir. Elle ne pouvait que fixer sa mère de ses yeux ambrés qui ne disaient rien.

« Est-ce que ce Noël est si décevant que ça ? » demanda tout à coup sa mère.

Quinn haussa les sourcils, désemparée. Judy s'avança encore et après un moment de flottement, s'assit sur le canapé.

« Tu aurais peut-être préféré le passer avec tes amis, non ? »

Judy se força à sourire. Quinn pouvait voir que la réponse qu'elle pourrait lui donner la terrifiait. Malgré tout, elle avait posé la question. Soudain, sa mère lui parut vieille et fatiguée. Et, confusément, Quinn pensa qu'elle l'était à sa façon. Elles étaient égarées et épuisées. Les deux. Toutes les deux.

« Qu'advient-il de Brittany et Santana ? » demanda encore Judy.

Quinn ouvrit la bouche pour répondre. Lorsqu'elle parla, sa voix lui parut faible et fragile.

« Je ne... Je ne sais pas. »

Qu'aurait-elle pu dire d'autre ? Elle ne le savait pas. C'était pathétique, mais c'était la vérité. Judy acquiesça machinalement, un instant pensive.

« Et le Glee Club ? Par exemple... Mercedes ?

- Je... je ne sais pas non plus, admit Quinn. Mais elle doit sans doute passer Noël avec sa famille. »

Elle en savait si peu. Voilà Quinn Fabray, voilà le prix à payer pour n'être touchée par personne. Un moment de flottement fit place à sa réponse piteuse. Quinn détourna les yeux et riva son regard au sol. Elle avait toujours une main posée sur les touches, légère et immobile.

« Je ne... » reprit-elle péniblement.

Sa voix dérailla, elle se tut et soupira doucement.

« Ce n'est pas un Noël décevant, » parvint-elle à dire à mi-voix.

Occupée à fixer la cheminée d'un air absent, Judy releva aussitôt les yeux vers elle. Elle sourit avec tristesse.

« Tu n'es pas obligée de me mentir, Quinnie. Des bons plats et de belles décorations ne font pas tout. Je comprendrais que tu sois déçue. J'aurais dû m'y prendre plus tôt pour essayer de ramener Liz. »

Quinn tourna la tête vers elle et, d'une petite voix qu'elle aurait voulu indifférente, elle demanda :

« Elle ne viendra pas ? »

Judy sourit encore.

« Non. Elle dit que c'est trop compliqué. »

Quinn se mordit la lèvre.

« Je ne la laisserai pas nous échapper comme ça cet été, reprit Judy avec un enthousiasme forcé. Elle ne peut pas nous tenir éloignées de Charlie indéfiniment. »

Mais Quinn n'écouta qu'à demi. Son attention dériva sur le sapin.

« Quinnie ? l'appela encore Judy.

- Oui ? murmura-t-elle d'une voix éteinte.

- Je suis désolée. Je fais de mon mieux et pourtant... ce n'est pas assez. Je vais persévérer.

- Je ne pensais pas ce que j'ai dit, mentit aussitôt Quinn.

- Je ne sais pas, Quinnie... Tu ne t'énerves jamais, tu es toujours si calme et effacée... Ce n'est pas grave si tu étais sincère, d'accord ? Il faut qu'on essaye d'arranger ça. »

Quinn ne répondit rien.

« Tu es sûre que... tu ne veux pas aller consulter... quelqu'un ? demanda Judy d'une voix hésitante. Je n'étais pas très d'accord avec cette idée au départ, mais si tu en as vraiment besoin...

- Je vais très bien, dit machinalement Quinn. Je me suis teint les cheveux parce-que je m'ennuyais. C'est tout. »

Elle mentait, bon sang, qu'est-ce qu'elle mentait. Comme une arracheuse de dents. Comme celle qu'elle avait été deux ans plus tôt. A vouloir faire passer un bébé pour un burrito de trop.

Elle se leva et vacilla un instant sur ses jambes, étourdie.

« La dinde est très bonne, maman, reprit-elle comme si de rien n'était. Est-ce qu'on ne pourrait pas la réchauffer ? »

Son ton lointain la trahit et Judy la contempla pendant quelques secondes d'un air soucieux, toujours assise sur son bout de canapé. Puis, elle soupira et sourit.

« Bien sûr, ma chérie. Il faudrait aussi qu'on pense à décongeler la bûche. »

Elle avait compris. Elle avait compris que Quinn ne voulait plus parler. Celle-ci s'était fermée de nouveau, c'était trop tard. La benjamine des Fabray hocha la tête et prit la direction du hall. Ses yeux la piquaient. Un petit tour dehors ne lui ferait pas de mal.

« Attends, Quinn... » balbutia Judy, et elle la retint par la manche de son cardigan.

Quinn s'arrêta net et tourna la tête à demi pour la contempler à la dérobée, intriguée.

« Tu veux toujours aller à la messe de Noël, demain ? »

Elle fit oui de la tête, silencieuse.

« Tu... Tu en es certaine ?

- Oui, bien sûr... murmura Quinn, et fronçant les sourcils, elle demanda : Pourquoi ? »

Judy parut hésiter une fraction de seconde.

« Je sais que je ne suis pas censée rentrer dans ta chambre mais... en passant devant, je n'ai pas pu m'empêcher de remarquer que ta Bible n'était visible nulle-part dans les étagères. »

Quinn resta un instant interdite, puis, se dégageant doucement, elle gratifia sa mère d'un sourire morne.

« Je l'ai rangée dans un placard. Elle n'était pas en très bon état... »

Judy n'eut pas l'air très convaincue, mais elle acquiesça malgré tout.

« Tu me le dirais... s'il y avait un problème, n'est-ce pas ? demanda-t-elle avec un sourire encourageant.

- Oui, mentit Quinn, et avec une indifférence qu'elle aurait voulu rendre moins rude, elle reprit : Je peux y aller ? »

Judy battit des paupières et hocha vivement la tête. Quinn lui adressa un dernier sourire creux et elle quitta la pièce de cette démarche mesurée qui trahissait toujours son manque de sincérité.

Elle traversa le hall. Les décorations qui l'ornaient lui parurent encore plus piteuses qu'auparavant. Les cantiques joyeuses lui parvinrent, et elle les trouva démoralisantes. Le vide qui lui mangeait le cœur avait fait place à un désespoir qui la poursuivrait jusqu'à ce qu'elle parvienne à trouver le sommeil. En attendant, il lui fallait faire bonne figure et ne rien laisser voir à sa mère. C'était tout. C'était simple. C'était ce qu'elle avait toujours fait.

Tout à coup, la sonnerie de la porte d'entrée retentit.

« Quinnie, tu peux ouvrir ? Je vais m'occuper de la dinde et de la bûche ! »

Sa mère lui passa devant d'un air affairé et Quinn ne la vit pas. Elle fit volte-face, désemparée, et lentement, s'approcha de la porte. Elle ne pensa pas à écarter les rideaux fins pour voir quelle silhouette s'esquissait. Elle retira le verrou et ouvrit, tout cela avec des gestes mécaniques et inconscients.

« Quiiiiiiiiiinn ! »

Une forme se jeta sur elle et elle tomba à la renverse dans le hall, le souffle coupé.

« Quoi... ? » balbutia-t-elle.

Son assaillant se redressa et la contempla de ses yeux animés.

« Joyeux Noël ! » chantonna-t-elle.

Étourdie, Quinn fronça les sourcils.

« Brittany ?...

- C'est moi ! » claironna la pétillante blonde.

Elle l'aida à se relever. Sa main était chaude et réconfortante. Quinn la retint quelques secondes avant de se décider à la lâcher.

« Mais viens sur le perron, dit Brittany. Si ta maman sait qu'on est là, elle va vouloir qu'on reste, alors qu'on ne peut pas.

- ''On'' ? » balbutia Quinn.

Elle avisa le sourire flamboyant de Brittany et machinalement, referma la porte derrière elles. Elle se retrouva sur le perron et aussitôt une bise glacée souleva légèrement sa robe. Elle croisa les bras sans pouvoir retenir un frisson.

« San ? » s'exclama Brittany.

Désemparée, Quinn vit Santana quitter le bord du trottoir et s'approcher avec une réticence manifeste. Tout comme Brittany, elle portait un bonnet de Noël aux couleurs vives.

« Bonsoir, Q, dit-elle en s'arrêtant au pied du perron. Joyeuses Pâques. »

Les deux se contemplèrent un instant. Quinn battit des paupières et reporta son attention sur la pétillante blonde. Celle-ci souriait toujours et ses grands yeux bleus la fixaient avec un enthousiasme dont elle seule était capable.

« Qu'est-ce que... » bredouilla Quinn.

Elle se tut un instant, puis reprit difficilement :

« Qu'est-ce que vous faites là ? »

Brittany tapa dans ses mains avec énergie. Santana leva les yeux au ciel et grimpa les quelques marches du perron.

« Quelle question, grommela-t-elle. C'est Noël.

- On voulait te faire la surprise ! s'exclama Brittany. Tu es contente ? »

Quinn continua de la lorgner avec désarroi.

« Nan, tu vois, je te l'avais dit, bougonna Santana. Repartons. »

Elle fit mine de descendre le perron mais Brittany la retint par la main.

« Je.. Je ne m'attendais pas à avoir de la visite, bredouilla Quinn.

- C'est pour ça que c'est une surprise ! dit Brittany. Oh et tiens... »

Elle farfouilla dans les poches de son manteau vert pomme, et d'un air contrit, dit :

« J'espère qu'il n'est pas trop écrasé. »

Puis, elle esquissa un sourire et extirpa un paquet un peu froissé.

« Voilà !

- Qu'est-ce que c'est ? murmura Quinn.

- Vraiment ? » demanda Santana en haussant un sourcil sceptique à son intention.

Brittany ne dit rien et se contenta de lui tendre le paquet. Quinn l'accepta et elle le contempla pendant un instant, le tournant et le retournant, muette.

« Tu peux l'ouvrir, tu sais... finit par dire Santana.

- Donne-lui d'abord le tien ! » lança Brittany en la secouant allègrement par l'épaule.

Santana lui jeta un regard assassin et elle y répondit par un sourire simple. La brune haussa les épaules, marmotta quelque-chose et sortit un petit paquet tout aussi précairement emballé de la poche de sa veste molletonnée.

« Joyeux Noël, Q, murmura-t-elle sans la regarder.

- Merci... bredouilla la blonde, et elle accepta le cadeau, le saisissant d'une main tremblante.

- Ne les ouvre pas tout de suite, dit aussitôt Brittany. On a laissé l'autre dans la boîte aux lettres et tu dois tous les ouvrir en même temps !

- La quoi... ? » bégaya Quinn.

Brittany sautilla sur place de plus bel, Santana haussa encore les épaules.

« Je sais que... dit Quinn. Je sais que vous venez de me le dire mais je n'ai toujours pas compris... Pourquoi êtes-vous là ? »

Santana haussa les sourcils.

« Elle a le cerveau gelé, » commenta-t-elle, et Brittany et elle échangèrent un regard.

Le sourire joyeux de la pétillante blonde se fana et elle détailla Quinn d'un air triste.

« Pourquoi est-ce que tu ne comprends pas ? demanda-t-elle d'un ton piteux.

- Je veux dire... balbutia Quinn, et elle fronça les sourcils, essayant de retrouver ses esprits. Je ne comprends pas.

- Mais on est là pour te voir enfin ! s'écria Brittany. C'est toi Quinn, non ?

- Oui. Je crois...

- Eh ben ! On ne peut pas rester mais on voulait quand même te voir ! En plus, tu ne pouvais pas avoir notre cadeau en retard. »

Quinn jeta un regard à Santana.

« Et toi ? demanda-t-elle à mi-voix. Tu voulais venir ? »

Santana la jaugea d'un air vigilant, puis, enfouit les mains dans les poches de sa veste.

« Oui, soupira-t-elle à contre-cœur. Je voulais te voir, Q.

- Mais... pourquoi ?

- Arrête de te répéter, gronda Santana. C'est évident pourquoi. Je voulais voir si tout se passait bien pour toi... »

Elle leva les yeux vers la maison enluminée de guirlandes.

« C'est pas trop nul comme Noël d'être juste à deux comme ça ? » demanda-t-elle en reportant son attention sur Quinn.

Celle-ci haussa les épaules et se força à sourire.

« Non... ça va... »

Un moment de flottement fit place à sa réponse éteinte. Elle continua de dévisager Brittany et Santana comme si elles étaient des apparitions. Les deux autres continuèrent de la fixer comme si elle allait s'évanouir d'un instant à l'autre. Elle serrait les deux petits paquets entre ses mains tremblantes et pâles, et la bise glaciale la faisait frissonner, agitant ses cheveux blonds broussailleux.

« Mais... pourquoi ? » demanda-t-elle encore, incrédule.

Brittany tapa du pied par terre.

« Ah non !

- Arrête, Q, grogna Santana. On est là pour te voir, voilà. C'est simple, non ?

- Joyeux Noël, claironna Brittany. Tu te rappelles quand on est venues il y a deux ans ? C'était drôle ! »

Cette fois-ci, un sourire vint de lui-même flotter sur les lèvres de Quinn.

« Oui, c'est vrai... murmura-t-elle d'une voix douce.

- Tu en es sûre ? » intervint Santana.

Les deux blondes tournèrent la tête vers elle, désemparées. Elle eut un geste vague.

« T'étais enceinte, ton salaud de père était grognon et ton imbécile de sœur faisait comme si de rien n'était, dit-elle simplement. Je ne vois pas ce qu'il y a de drôle là-dedans. »

Son regard s'était fait perçant. Quinn le soutint, le même sourire plein de tendresse peint sur le visage.

« Vous étiez là... souffla-t-elle. C'était le plus important. »

Santana ne se départit pas de son air revêche. Cependant, la façon dont elle se mit à taper du bout de sa bottine par-terre trahit sa gêne.

« Tu es magnifique, Quinn, » dit brusquement Brittany.

La concernée la regarda, désemparée.

« Je suis contente que tes cheveux soient de nouveau blonds, expliqua celle-ci avec bonheur. Tu es toujours belle mais c'est mieux comme ça. »

Quinn n'eut pas à se forcer pour lui sourire. Ah, Brittany, Brittany...

« Merci... murmura-t-elle.

- Oui, c'est vrai que c'est mieux, » ajouta Santana d'un air détaché.

Mais au fond de ses yeux bruns brillait toute la sincérité qui ne s'exprimait pas dans son attitude.

« Donc... tu vas redevenir notre amie ? » demanda-t-elle abruptement.

Brittany lui jeta aussitôt un regard sévère qui n'échappa pas à Quinn. C'était comme si elles avaient discuté de cela plus tôt et que la pétillante blonde avait interdit d'en parler. Mais Santana, fidèle à son habitude, avait fait fi de tout cela.

« Tu vois bien ce que je veux dire, répliqua-t-elle avec irritation. Avec tous tes Skanks là... c'est fini, hein ?

- Oui... dit Quinn.

- Alors tu vas revenir ? reprit Santana, la fixant de son regard scrutateur.

- Je suis déjà revenue, répondit Quinn.

- Pas au Glee Club, s'empressa de préciser la brune d'un ton impatient. Parmi nous. Ça n'a pas été parfait ces deux dernières années, Q. On t'a pas toujours soutenue quand t'en aurais eu besoin. Mais maintenant, on est là, d'accord ? Comme avant. »

S'il n'y avait pas eu tant de rudesse, son ton aurait sans doute été attentif et doux. Mais c'était Santana. Et celle à qui elle parlait, eh bien c'était Quinn.

« Je ne suis jamais partie, répliqua simplement celle-ci.

- Tu sais de quoi je veux parler, insista Santana. L'Impie Trinité... tout ça... Tu fais comme si ça n'existait plus. Nous aussi, on a fait comme si ça n'existait plus pendant un moment. Mais à New-York... tu te souviens ? C'était bien, non ? »

Elle se tut, laissant son regard se perdre en direction de la boîte aux lettres, puis, reprit d'une voix presque menaçante :

« Tu t'es sentie bien avec nous, non ? »

Brittany l'avait écoutée avec attention et à présent elle braquait son regard bleuâtre sur Quinn. Celle-ci resserra sa prise autour des deux paquets et hocha la tête.

« Oui.

- ''Oui'' ? C'est tout ? s'agaça Santana.

- San...

- Ça m'a fait du bien que vous soyez là pour moi, admit Quinn. Pendant que tout le monde se dispersait entre les... Nationales et... et le reste... »

Elle s'arrêta, le temps de s'effacer l'image d'une Rachel se baladant au bras de Finn avec insouciance de la tête.

« Pendant tout ça, conclut-elle, vous étiez là. Je ne sais pas ce qu'il se serait passé autrement.

- Ah... dit Brittany avec un sourire attendri.

- Tu serais devenue folle à lier, voilà ce qu'il se serait passé, » rétorqua Santana avec brutalité.

Quinn ne dit rien mais au fond d'elle-même, elle pensa « Sans doute. ».

« Avec toutes tes histoires de rebelle-attitude et machin-chouette, poursuivit Santana, je t'avoue que tu nous as faites peur. Mais tu as l'air d'être revenue alors... parle-nous, d'accord ? On est là si tu as besoin de quoi que ce soit... aussi agaçante et frigide tu puisses être... »

Sa tentative pour injecter un peu d'agressivité dans son discours arracha un sourire à Brittany, qu'elle ignora tant bien que mal. Quinn continua de la regarder, muette.

« Tu as compris ce que je viens de dire ou tu as fait semblant d'écouter en chantonnant Vive le vent dans ta tête ? s'agaça Santana.

- J'ai compris, murmura Quinn.

- Alors quoi ? »

Quinn baissa les yeux sur les paquets, puis, reportant son attention sur Santana, lui adressa un sourire un peu faible.

« Alors... merci. »

L'expression de Santana ne changea pas. Elles restèrent là, à se fixer, pendant que Brittany essayait de tenir en place et de ne pas intervenir.

« Tu ne feras rien, finit par dire Santana avec âpreté, et ses yeux brûlèrent d'un ressentiment qui vrilla Quinn jusqu'à la moelle. Tu vas faire comme tu as toujours fait : oui merci et au revoir. Tu vas revenir en cours à la rentrée et tu ne nous adresseras la parole que quand ce sera nécessaire. »

Ses lèvres s'étirèrent en un sourire sans chaleur.

« Tu es tellement prévisible, Q, siffla-t-elle. A hocher la tête et à faire le contraire de ce que tu as dit par derrière. Tu te souviens de l'année dernière, hein ? »

Quinn se crispa mais elle s'efforça de ne rien laisser paraître.

« On croyait que tu allais tellement mieux... Et finalement, qu'as-tu fait ? Tu es allée droit dans le mur avec tes histoires de Sam, de Finn et de reine du bal de promo... Bon sang... Ce n'est même plus drôle... »

Elle se tut, incapable de poursuivre. La mâchoire crispée, elle tremblait de rage. A côté d'elle, Brittany lui jeta un regard soucieux, puis elle soupira.

« San, tu n'as pas besoin d'être aussi méchante... dit-elle.

- Je suis réaliste, rectifia l'autre avec agacement.

- Quinn fera ce qu'elle voudra, répondit calmement Brittany. Tu ne peux pas la forcer à nous parler. »

Santana secoua la tête, pas convaincue le moins du monde. La pétillante blonde regarda Quinn et pendant un instant, elles restèrent toutes les trois silencieuses.

« Tu veux venir manger avec nous ? demanda-t-elle brusquement.

- Quoi ? » laissa échapper Santana.

Brittany l'ignora ostensiblement et reprit d'un ton affable :

« San passe le réveillon chez moi. Tu peux venir si tu veux. Je suis sûre que ça ne gênera pas mes parents.

- Oh... euh... » bredouilla Quinn.

Machinalement, elle se tourna vers la porte fermée de sa maison. Elle entendit Santana qui grommelait quelque-chose à l'intention de Brittany. La voix de la pétillante blonde s'éleva, royale d'indifférence, superbe d'insouciance.

« Elle peut venir si elle veut... Et arrête de protester sinon je te fais dormir dans le grenier ! »

Cela réduisit Santana au silence et à part un dernier regard noir, elle ne dit plus rien.

« C'est gentil mais... répondit Quinn, leur faisant finalement de nouveau face. Ça va aller. »

Elle sourit faiblement.

« Merci quand même...

- D'accord, dit Brittany. Je me doutais que tu ne voudrais pas.

- Alors pourquoi lui demander ? bougonna Santana.

- Le grenier, répliqua la blonde en lui jetant un regard bleu électrique.

- C'est ça...

- Par contre Quinn, tu dois me promettre que si tu as besoin de quelqu'un, tu penseras à nous. Je ne veux pas que tu redeviennes folle. »

L'autre battit des paupières, muette.

« Promis, Quinn ? » insista Brittany, et son ton se fit vaguement suppliant.

Son amie ne dit rien et se borna à hocher la tête. Elle ne voulait pas faire de promesse qu'elle savait par avance qu'elle briserait. Brittany s'en contenta cependant et elle lui sourit avec joie. A côté d'elle, Santana fronça le nez, incommodée par quelque-chose qui la chatouillait. D'un même mouvement, les trois adolescentes levèrent les yeux au ciel. De gros flocons avaient commencé à tomber en tourbillonnant.

Quinn entrouvrit la bouche, surprise.

Il neigeait. Enfin.

« Ah ! s'exclama Brittany. On pourra faire des bonshommes de neige comme ça !

- Tu pourras faire des bonshommes de neige... rétorqua Santana.

- On verra... » murmura Brittany en lui adressant un sourire charmeur.

Quinn fit mine de n'avoir rien remarqué et Santana se contenta de détourner les yeux, déstabilisée.

« Bon, on doit y aller ! s'exclama Brittany. Sinon, on va être en retard... »

Elle adressa un sourire désolé à Quinn.

« Fais bien attention en ouvrant les cadeaux, d'accord ? » dit-elle.

Quinn acquiesça, mutique. Soudain, Brittany parut se souvenir de quelque-chose. Regardant tout autour d'elle, elle descendit du perron. La neige continuait de tomber. Dans quelques heures, elle aurait masqué le blanc morne qui avait jusque-là figé les alentours. Une joie étrange saisit Quinn. Il neigeait. Enfin. Ce n'était que de la neige... mais cela la rendait heureuse.

« Ah ! » s'exclama Brittany.

Santana et Quinn la regardèrent cueillir quelque-chose sur un rebord de fenêtre, interloquées. Brittany revint en sautillant jusqu'au perron.

« Quinn, j'ai un autre cadeau pour toi ! » claironna-t-elle.

Le regard de la blonde s'arrêta sur la branche qu'elle tenait dans les mains. Comprenant ce dont il s'agissait, elle eut un mouvement de recul.

« Je crois que ce que vous m'avez donnée me suffit, dit-elle, perplexe.

- Allons, ne sois pas si coincée ! »

Quinn lui jeta un regard vexé et Brittany se mit face à elle.

« Britt... intervint Santana. Ne me dis pas que tu es en train de faire ce que tu es en train de faire. Je pensais que tu rigolais tout à l'heure !

- Non, je suis très sérieuse, répliqua Brittany. Tout le monde devrait être embrassé sous le gui à Noël.

- Je me sens très bien en étant en dehors de ce ''tout le monde'', dit Quinn.

- Tu l'as entendue ? répliqua Santana. Arrête ça tout de suite. »

Brittany se contenta de rire.

« Quinn... Tu n'as plus de Sam ou de Finn pour le faire... A mon tour !

- Est-ce que tu as consommé, balbutia Quinn, ou bien est-ce que tu... Je ne sais pas. »

Elle recula machinalement, échangeant un regard désemparé avec Santana.

« Joyeux Noël, Quinn ! » chantonna Brittany.

Quinn secoua vivement la tête, mais la pétillante blonde lança le gui au-dessus d'elles et se jeta en avant. Quinn n'eut pas le temps de se défendre. Les lèvres de Brittany furent sur les siennes l'instant d'après et elle leva les bras en signe d'abandon alors que la pétillante blonde enroulait les bras autour de sa taille.

Confusément, Quinn remarqua que les lèvres roses de Brittany avaient un goût de sucre d'orge. Elle ne put s'empêcher de penser qu'elle n'avait jamais embrassé quelqu'un qui le faisait avec tant de douceur. C'était... agréable.

« Bon, ça suffit, ça suffit, ça suffit ! » s'exclama Santana, et elle attrapa Brittany pour la forcer à reculer.

Enfin libérée, Quinn cligna des yeux, hébétée. Brittany tituba en arrière et rigola de nouveau, de ce rire doux et agréable qui empêchait toujours tout malaise de s'installer, peu importe la situation.

« Qu'est-ce qu'il vient de... se passer ? » murmura Quinn.

Elle baissa les yeux sur la branche de gui, qui était retombée à ses pieds.

« Tu embrasses très bien ! déclara Brittany avec un large sourire.

- Tu n'es pas mal... non plus... bredouilla Quinn, en lui jetant un regard déboussolé.

- Pincez-moi, je rêve... » commenta Santana en levant les yeux au ciel.

Brittany rigola de nouveau, Quinn battit encore des paupières et aussitôt, tout cria ''Noël'' autour de la benjamine des Fabray. Elle lâcha un soupir sonore, se décrispant enfin.

« Je suis contente d'avoir pu vous voir... dit-elle d'une voix hésitante.

- Tu m'étonnes... grogna Santana en la regardant d'un air méfiant.

- On est très contentes aussi ! J'espère que notre cadeau te plaira ! » s'exclama Brittany avec un grand sourire.

Et elle se jeta de nouveau en avant.

« Ah non ! » protesta Santana.

Mais cette fois-ci, il ne s'agissait que d'un câlin d'adieu. Quinn se laissa aller contre Brittany, refermant ses bras autour d'elle, et quelque-chose comme un sourire soulagé se peignit sur son visage. Santana secoua la tête, l'air passablement irrité, mais une lueur dans son regard trahit la satisfaction qu'elle ressentait à voir Quinn ainsi.

Brittany la lâcha enfin et lui souriant avec douceur, lui glissa :

« Tu diras bonjour à ta maman de notre part, d'accord ? »

Quinn acquiesça, incapable de parler. Elle avait la gorge serrée. Brittany descendit les marches du perron d'une démarche guillerette.

« On se voit en 2012, Q. » lui dit sobrement Santana, et elle lui tapota l'épaule.

Quinn lui sourit. Elle se sentait un peu plus légère.

« Au revoir, Santana. »

La brune hocha la tête et lui adressant un dernier regard perçant, rejoignit Brittany. La pétillante blonde fit un dernier signe à Quinn, puis attrapa Santana par la main. Debout sur le perron, ses deux paquets dans les mains, Quinn les regarda s'éloigner, silencieuse et attentive. Après quelques secondes, un sourire naquit sur ses lèvres et si elle ne parvint pas à mettre de mot sur la chaleur qui naissait dans sa poitrine à la vue du couple, elle sut en tout cas que cela lui faisait du bien.

Lorsque Brittany et Santana eurent disparu, englouties par l'obscurité, Quinn rentra à l'intérieur, refermant machinalement la porte derrière elle. Une forte odeur de dinde flottait de nouveau dans la maison.

« Alors, Quinnie, qui était-ce ? »

Quinn tourna les yeux vers sa mère, qui venait de surgir de la cuisine, une bûche d'allure succulente dans les mains.

« Brittany et Santana, répondit-elle.

- Et tu ne les as pas invitées à entrer ? demanda Judy, jetant un regard interloqué à la porte fermée.

- Elles n'avaient pas le temps. Elles étaient attendues ailleurs.

- Ah. »

Judy esquissa un sourire à la vue des paquets que Quinn tenait entre ses mains.

« Elles t'ont fait des cadeaux ? C'est gentil. »

Et sur ces mots, elle s'éloigna en direction de la salle à manger. Quinn resta debout dans le hall et baissa les yeux sur les paquets. Elle s'assit précipitamment sur la première marche de l'escalier et entreprit de déballer celui que Brittany lui avait donné.

C'était un tout petit renard en terre cuite, au pelage doré et dont les yeux brillaient d'un bleu pur. Il était en posture assise et le nez levé, regardait au loin avec curiosité. Quinn le posa sur sa paume ouverte et l'examina, interloquée. Disposé ainsi, on aurait dit qu'il la regardait. Un bruissement retentit et baissant les yeux, elle vit qu'un petit morceau de papier était tombé de l'intérieur du paquet.

Elle se baissa pour le ramasser et le déroulant, avisa l'écriture appliquée et verte qui s'étalait dessus :

''Ça, c'est moi. Pas seulement parce-qu'il a les yeux bleus, mais aussi parce-qu'il a l'air curieux et prêt à s'en aller en courant pour explorer le monde.''

D'une main précautionneuse, Quinn déposa le petit renard à côté d'elle, sur la marche d'escalier. Elle s'astreignit à défaire le deuxième paquet. Il contenait un autre renard. Le pelage de celui-ci était brun foncé, presque bordeaux, et ses yeux étaient incrustés de petites perles qui se teintaient de noir ou de bleu selon qu'on les exposait à la lumière ou non. Il avait été façonné de telle manière qu'il donnait l'impression d'être sur le point de bondir, sa queue touffue dressée, son petit museau retroussé sous l'effet de la méfiance. Un autre papier l'accompagnait. L'écriture de celui-ci était plus brouillonne et volontairement moins soignée.

''Me demande pas pourquoi, ok ? Pourquoi des renards, pourquoi des figurines en terre cuite, pourquoi ça alors qu'on est sur le point de quitter le lycée ? Aucune idée. Enfin bon, tiens, ça c'est moi (je l'écris sous la menace de Britt). On sait bien toutes les deux que je suis juste agressive et toujours sur mes gardes... et que je te boufferai si tu m'embêtes trop. Voilà.''

Quinn déposa le renard foncé à côté du renard doré. Elle les contempla, pensive. Puis, soudain, elle se souvint de quelque-chose. Se levant vivement, elle attrapa les clés qui gisaient dans la coupelle près de l'entrée, ouvrit la porte à la volée et sans se soucier de la fermer, se précipita vers la boîte aux lettres. D'une main tremblante, elle essaya de repérer la clé qui l'ouvrait. Lorsque ce fut enfin fait, elle déverrouilla la boîte en métal avec empressement.

Quinn en sortit le troisième paquet. Elle ne pensa même pas à rentrer à l'intérieur et le déballa tout de suite, au milieu du trottoir.

Le troisième renard était blanc et, debout, paraissait attendre quelque-chose. Il se dressait fièrement et pourtant ses yeux noisette trahissaient une mélancolie et une tristesse certaines. Quinn déroula le papier qui avait été attaché à sa queue immaculée. Sur celui-ci, les deux écritures se mêlaient.

''Joyeux Noël, Quinn ! Tu es le renard blanc parce-que tu n'es pas comme les autres renards, même si tu veux le faire croire !

- Et tu ressembles à ça parce-que tu te la joues souvent alors qu'au fond t'es juste une petite fille complètement effrayée...

- San...

- Quoi ? On est en train d'écrire, tu pourras bien l'effacer plus tard. Bref, Q, je parie que tu as oublié de chercher ce troisième renard avant d'ouvrir les deux autres. Honte à toi.

- Ce n'est pas grave, ne l'écoute pas. J'espère que ce cadeau te plaît. C'est nous ! Ça nous a pris du temps de les faire, San voulait que ce soit parfait.

- Tu as tout fait toute seule, ignoble menteuse.

- Quinn, tu sauras qui ment. Moi je sais.

- Je ne mens pas. Joyeux Noël, Q, essaye de pas t'étouffer avec ta dinde.

- On est là si tu as besoin. A chaque fois que tu regarderas les renards, tu t'en rappelleras. Joyeux Noël, Quinn, on t'aime fort !

- Ou pas.''

Quinn relut plusieurs fois le papier tout en regagnant la maison d'une démarche mécanique. Elle s'aperçut à peine qu'elle refermait la porte derrière elle et qu'elle se rasseyait sur la première marche de l'escalier.

Un long moment passa. Puis, relevant les yeux du papier, elle déposa le renard blanc à côté d'elle et lorgna les trois petites figurines ainsi réunies, muette. Elles avaient l'air si dissemblables...

Après une longue minute d'immobilisme, elle se leva et s'approcha de la porte d'entrée. Écartant les rideaux, elle observa le paysage au-dehors. La neige tombait allègrement à présent, constellant le ciel d'éclats blancs et fugaces.

« Quinnie ? Qu'est-ce que tu fais ? La dinde va être froide ! »

Quinn se retourna vivement. Elle se racla la gorge et lança :

« J'arrive ! »

D'une main tremblante, elle essuya les larmes qui avaient roulé sur ses joues empourprées. Elle fourra le papier dans la poche de sa robe et se fit violence pour se diriger vers la salle à manger. Les cantiques continuaient de résonner dans la maison, enthousiastes et répétitives.

La benjamine des Fabray rejoignit sa mère à table, oubliant les renards sur la première marche de l'escalier.

Elle avait posé le renard blanc au milieu des deux autres. On avait l'impression que le renard foncé et le renard doré le protégeaient, l'un regardant en l'air, l'autre se préparant à bondir sur un adversaire invisible. Et le renard blanc toujours gardait son attention fixée devant lui, attendant quelque-chose qui ne venait pas, ne voyant pas les deux compagnons qui surveillaient ses arrières.