Un délais enfin raisonnable, ça fait changement, et, surtout, ça fait du bien! Il reste encore quelques chapitres alors savourez bien. Ensuite, il y aura des décisions à prendre et au minimum un hiatus. Oui, je sais, on aime pas les hiatus, mais vous comprendrez en temps et en heure petits padawans!
Mais pour le moment, je vous souhaite à tous une bonne lecture de chapitre et, comme d'habitude, je tiens à remercier les reviewers, les follows et les favoris, la moindre petite marque d'appréciation et de soutien est toujours grandement appréciée :)


Between live and survive
Chapter 36 ;; Uprising

L'énergie de la salle à manger n'avait plus rien à voir avec les derniers repas sombres et peu engageants qu'avait partagé le groupe. Il n'y avait aucune nourriture sur la table, que des poings appuyés pour ceux qui tenaient cette position.
Daryl, à son habitude, était un poil plus en retrait et se tenait les bras croisés. En absent, on ne comptait que Rick —dans la salle de bain—, Merle —à son poste de vigile— et les enfants. Glenn avait semé la confusion et le coup de fouet avait donné naissance à un raz-de-marée.

« On a passé notre accord, on a la paix, ça devrait être suffisant comme ça » s'obstina Rebecca pour la dixième fois.
« Comment tu peux dire ça avec T' et Andrea tout seuls dehors? » s'épouvanta Glenn.
« Ils ont fait leur choix » rugit la rousse sans démordre.

Celle-là, elle ne ferait rien qui mettrait sa nièce en danger, c'était évident et compréhensible.

« On est arrivé jusqu'ici, on peut se trouver un endroit tranquille » continua Glenn, tout aussi entêté. « Un endroit rien qu'à nous. Ailleurs et ensemble. »
« Glenn » interrompit doucement Maggie, « on avait un endroit tranquille rien qu'à nous et ça n'a pas empêché des gens de le faire exploser. Beth est morte là-bas, tu te rappelles? »

Si elle avait autre chose à ajouter, ils ne le sauraient pas tout de suite, la brune s'arrêtant, la gorge pleine d'émotions. Hershel n'était pas à côté de sa fille, mais Milie si et elle posa une main dans le dos de son amie.

« On a aussi perdu Jackson là-bas » ajouta Ray. « Il y a eu des pertes à la prison, même avant ça. Et ensuite, il y a eu Anderson et Travis et Carol. Et ici? Ça nous a pas empêché de perdre Lori. Andrea et T-Dog ne sont peut-être pas morts, mais ils ne sont pas avec nous. Un endroit sûr? Un endroit à l'abri de tout? » Le militaire pouffa d'un rire forcé et ironique. « Ça n'existe pas, ça n'a jamais existé. Le cancer et les accidents de voitures, ça date pas d'hier. »

Ils s'étaient voilés la face, tous autant qu'ils étaient, de croire que ce camp était une réponse ou que la prison en avait été une. Daryl comprit en même temps que les autres. Il n'y avait aucun endroit où terminer, sinon un trou que des amis creuseraient à votre dernier souffle. Il n'y avait qu'une destination après l'autre. La seule réponse, c'était la vie… jusqu'à la mort.

« Tu veux vraiment y retourner? » s'indigna Rebecca, interdite. « Tu veux que Talie y retourne? Cette enfant te regarde comme un père et tu veux lui faire ça?! »
« J'avais une famille avant toi et ta nièce tu sais » lui balança le lieutenant sur le même ton. « Je suis conscient des risques. »
« Oh je t'en pris, Milie n'a plus cinq ans! »

Un point partout. Et la concernée préféra rester en dehors du débat en se fixant sur une tache invisible de la table plutôt que de rencontrer le regard de qui que ce soit. Dans la circonstance, Daryl comprenait son silence. Milie n'était non seulement plus une enfant qu'il fallait couver, mais elle était aussi une survivante à part.

« Personne ne boucle ses valises aujourd'hui Rebecca » voulut la rassurer Hershel.
« S'il veut tant y aller, je l'empêche pas » pesta la femme en pointant négligemment Glenn du doigt.
« Et c'est là que tu captes rien » rétorqua l'asiatique. « Le chacun pour soi, c'est voué à la ruine. »
« Je suis pas soldat, ni super rapide, ni furtive, ni ninja, ni toutes ces conneries. Je suis responsable d'une petite fille, j'ai pas le choix d'être égoïste. Cet endroit, c'est tout ce qu'on a. »
« Et qu'est-ce que tu fais de nous? » refusa de lâcher prise Glenn. « Tu nous a, nous. On sera là pour t'aider à protéger Talie. »
« Comme Travis et Carol tu veux dire? Vous êtes prêts à mourir pour elle? Tu vas mourir pour elle? Combien vont le faire avant que les autres jugent que la sacrifier, elle, est une bonne idée? Je vais pas laisser ça arriver. »
« Et ça n'arrivera pas. »

La voix de Rick plongea la pièce dans une sorte de torpeur. Le patron était de retour. Ses cheveux étaient humides et il était encore à ajuster le col de sa chemise par-dessus son t-shirt. Maintenant propre et changé, sa mine fatiguée était moins frappante. Manger une bouchée avant son bain lui avait redonné un peu de teint, achevant la métamorphose.

« Personne ne va partir d'ici et cette folie a assez duré. »
« Qu'est-ce que tu comptes faire? » questionna Hershel.
« Ce que j'aurais dû faire dès le début » répondit le shérif. « Daryl? »
« Ouais? » fit le chasseur un peu surpris de l'interpellation.
« Prends ton arbalète, Glenn et toi, vous sortez en douce et vous ramenez T-Dog et Andrea. Ils ont passé qu'une nuit dehors, ils peuvent pas être bien loin. »

Daryl n'eut pas à réfléchir. Il approuva seulement les ordres du chef, là où Glenn eut un large sourire.

« Je viens aussi » décréta Maggie en faisant un pas vers son mari.
« Moi aussi » ajouta Ray.
« Non, toi, tu viens avec moi et Milie » contredit Rick.
« Moi? » s'étrangla presque la jeune femme.
« Oui, toi » assura le décideur. « Nous trois, on s'en va à l'état major. Hershel, toi et les autres vous faites des bagages avec des provisions, tu connais la routine. »
« Je croyais qu'on ne partait pas » fit Rebecca, sarcastique.
« Non, mais je préfère qu'on soit préparé au pire. »
« Qu'est-ce que t'as en tête? » s'enquit l'hispanique avec curiosité.
« Un truc qui plaira pas à Clay et ses copains. »

La révolte. Ni plus, ni moins. Daryl n'était pas prêt à affirmer que c'était une bonne idée, mais à défaut d'en être une bonne, c'était une idée. La seule qui avait une chance de concilier tout le monde.

Moins de dix minutes plus tard, Glenn, Maggie et lui s'étaient armés. Le couple avait pris une minute avec Hershel et le chasseur s'était tourné vers Milie. Elle ne lui avait pas dit de faire attention. Ni ne lui avait fait promettre de revenir entier. Elle s'était juste approchée, lui avait souri, puis l'avait embrassé. C'était leur second baiser depuis sa fugue, leur premier devant les autres. Mais il n'y avait pas de temps à perdre.
Le trio s'éloigna et Daryl savait précisément où se diriger. Il les fit passer par le long des barricades, tapis dans les angles morts pour n'attirer l'attention de personne puisqu'ils orchestraient une sortie en plein jour. Les réfugiés se tenaient loin des frontières en règle générale. Les vigiles surveillaient l'extérieur et non l'intérieur.
Ce pourquoi ils atteignirent le poste tenu par Merle sans difficulté.
Le frère siffla son ainé, bruit qu'il n'eut pas à répéter. Merle, du haut de son camion citerne renversé se tourna vers la source du sifflement, même pas surpris de voir son frère flanqué des mariés.

« Tu sais que c'est illégal de sortir » s'amusa celui qui s'était fait condamner pour cette faute.
« Ça t'as pas empêché de le faire. On sort pour ramener T' et Andrea. »

Merle sembla réfléchir un instant. Il devait peser le pour et le contre de faire son chieur olympique avec ce sourire particulier qui lui trainait sur les lèvres.

« Et tu veux que je t'accompagnes pour sauver une blonde idiote et un nègre? »
« Non. Juste que tu nous laisses passer sans sonner l'alarme. »

Après un peu plus de réflexion, Dixon Sénior sauta en bas de la citerne sans se départir de sa tête mi amusée mi intriguée.

« Tu sais quoi frérot? J'peux pas t'aider. J'ai les tripes à l'envers d'un coup. Sûrement ces cochonneries de p'tits pois qui me foutent les boyaux n'importe comment. »
« C'est embêtant. »
« Ouais. J'vais aller chier un coup, ça devrait aider! »

Daryl échangea un sourire tout à fait à l'image de son frère qui s'éloigna tranquillement en jouant de son arme comme s'il était un gentleman qui faisait tournoyer sa canne avec style. Le cadet n'attendit pas plus longtemps pour faire signe aux autres d'escalader la citerne d'un simple signe de tête et ferma la marche en jetant son arbalète dans son dos pour les imiter.


« Tu sais ce que tu vas dire? »

Quoi que résolu, Rick ne répondit pas à la question de Ray tandis que les deux hommes et Milie marchaient en direction de l'hôtel de ville qui abritait sûrement Clay et ses codirigeants.
Le shérif n'avait pas de plan précis visiblement. Ce n'était pas grave. Milie ne savait pas si Ray doutait, mais il y avait longtemps qu'elle avait appris à faire confiance à Rick et aujourd'hui ne lui faisait pas défaut. Après ce qu'ils leur avaient fait, après ce qu'ils lui avaient fait, Rick ne sortirait pas de ce bâtiment sans l'accord complet qu'il venait y chercher. Devraient-ils aller jusqu'au sang pour l'obtenir?
Si Rick y était prêt, alors elle aussi.

Lorsqu'ils pénétrèrent dans la place, la jeune femme eut le sentiment qu'ils étaient attendus. Il y avait deux hommes armés qui bloquaient l'accès au bureau où s'enfermait d'ordinaire leur commandeur.

« Vous ne passerez pas, pas avec ça » fit l'un d'eux en guise d'introduction.

Il faisait bien sûr référence aux armes qu'ils portaient. Milie avait un pistolet et son couteau. Ray avait une petite machette dormant dans un étui arrimé à sa cuisse et deux pistolets contre ses côtes. Rick avait son fidèle six coups à la hanche.
Il hocha uniquement la tête à l'intention de ses deux acolytes et Milie porta le premier geste en retirant son couteau de sa ceinture. Elle le donna à l'un des deux matons et l'autre entreprit de la fouiller pendant qu'elle se désarmait également de son pistolet.
Vint le tour de Ray. L'un occupé à le fouiller, l'autre à ramasser ses armes, ils ne portèrent pas vraiment attention à Rick qui avança d'un pas, dans le dos de Milie. Elle ne dit rien, ne pipa pas une expression, lorsqu'elle sentit le shérif glisser quelque chose dans sa ceinture. Un poignard dentelé dans son fourreau, elle le reconnaissait à la sensation du manche fait en poing américain. Puis, il s'écarta aussi discrètement et rapidement qu'il s'était approché et elle fit mine de rajuster ses vêtements après sa fouille.
Rick se départit finalement de son six coups, eut droit aux mêmes précautions que les deux autres, et, seulement ensuite, ils purent entrer dans le bureau de Clay. C'était sans surprise qu'il se trouvait en compagnie de Victor, des jumeaux et de Billy, qui devait sûrement être en plein compte-rendu de l'expédition de ravitaillement.

« Rick » commença Clayton avec un sourire engageant. « Ça m'a l'air d'aller mieux. »
« Pas grâce à toi » commenta uniquement le shérif avant d'appuyer ses mains sur ses hanches. « On peut discuter? »
« Bien sûr. De quoi? »
« Du fait que t'as jeté deux des membres de mon groupe dehors hier. »
« C'était leur décision » argumenta directement Stewart.
« Personne ne les y a obligé » renchérit son frère comme s'ils partageaient la même phrase.
« Moi, j'ai plutôt l'impression qu'ils n'avaient pas vraiment le choix. »
« Comment le saurais-tu? » continua de sourire Clay, peut-être pour détendre l'atmosphère. « Tu n'étais pas là. »
« Moi non, mais eux, si. »

Sur ces mots, Milie et Ray se déployèrent dans la pièce. Malgré leur infériorité, bien positionnés, ils pouvaient prendre le dessus au besoin. Le principal danger de cette pièce pour eux, c'était Victor et peut-être Billy. Il devait forcément savoir se défendre un peu pour être en charge des sorties de ravitaillement.

« Et pendant qu'on y est, j'aimerais bien qu'on discute de la façon dont j'ai été traité. Ce n'est pas comme ça qu'on gère un homme qui perd sa femme et son enfant. »
« Nous avons peut-être fait une erreur de ce côté, je le concède » admit le dirigeant adverse avec une humilité en laquelle Milie crut. « Et je m'en excuse. »
« Bien. Je veux que T-Dog et Andrea réintègrent le camp. »
« Ils ont choisi, Rick. »
« Ils n'auront plus à le faire, parce que cette bêtise, il est temps que quelqu'un y mette fin. »
« Et tu comptes faire quoi? » se moqua presque Stewart. « Nous tuer? »
« Pas si je peux l'éviter » répondit le shérif de but en blanc.

À cet instant, la tension, déjà à son comble, augmenta de plusieurs degrés.

« Vous n'êtes pas assez nombreux » chercha à calmer Victor, ses yeux se baladant parmi les trois opposants pour les jauger.
« J'ai un militaire de métier avec moi » contredit Rick avec aplomb et confiance « et une fille qui a su survivre complètement seule et sans arme pendant tout un mois. Vous, vous avez quoi? »
« Deux gars armés derrière cette porte et ça. »

Victor extirpa son propre pistolet qu'il pointa nonchalamment sur Rick.

« Mais on est pas obligé d'en arriver là » continua ce dernier. « Il suffit que vous laissiez T-Dog et Andrea revenir et que vous acceptiez de nous laisser tranquille. »
« Vous ne voulez pas vous plier à nos règles, vous partez, c'est pourtant simple » s'entêta Clay. « Vous n'avez pas construit cet endroit, vous ne pouvez pas juste y entrer pour faire la pluie et le beau temps. »
« Mais on peut le rendre meilleur. La procréation obligatoire, ce n'est pas la solution, juste une impasse de plus. L'admettre, c'est dire que t'auras été humain. »


Daryl, Glenn et Maggie couraient d'un petit pas rythmé. Suffisant pour se déplacer rapidement sans se fatiguer outre-mesure. L'endroit n'était pas trop peuplé de morts-vivants ce qui facilitait leurs recherches. À moins que l'un de ces sacs d'os et de chair pourrie ne s'approche de trop près, ils ne prenaient même pas la peine de les tuer afin de gagner du temps. La priorité, c'était de trouver T-Dog et Andrea.
Le chasseur ne savait pas comment les choses étaient en train de se dérouler au camp. Il aurait préféré y être, en vérité, mais Rick l'avait demandé parce qu'il était le plus qualifié pour retrouver les deux manquants avec efficacité. Il suivait une piste, mais ça ne voulait pas dire qu'il s'agissait de la leur. Peut-être qu'il suivait des rôdeurs, peut-être qu'il avait mêlé plusieurs piste aussi. Il n'avait pas pris le temps de bien observer et suivait les traces qui lui semblaient possible sans s'arrêter. Il fallait rester en mouvement constant.
Glenn et Maggie demeuraient aussi silencieux que lui. Eux aussi, ils devaient avoir en tête ce qui se passait au camp. Ça pouvait être en train de bien se passer, mais Daryl avait un mauvais pressentiment. À la place de Clay, il n'aurait pas plié devant quelques rebelles qui voulaient réécrire la façon de fonctionner. Alors pourquoi le ferait-il?
Inconsciemment, dès qu'il avait mis le pied en dehors des barricades, le chasseur avait su qu'il n'y retournerait pas. Et ne pas être là-bas, ne pas pouvoir apporter ses carreaux à la protection des siens était ce qui le distrayait de son jeu de piste.
Clay était un pacifiste. Il les laisserait peut-être sortir avec autant de diplomatie qu'il en avait eu pour Andrea et T-Dog. Mais il n'était pas le seul à décider et Daryl ne pouvait prédire la réaction de ses copains.

Un bruit de moteur les tira tous de leurs réflexions et Daryl leva le bras pour les faire arrêter. Ils s'aplatirent contre le mur de briques d'une maison pour être plus à couvert et attendirent. Peut-être que leurs amis avaient trouvé une voiture qui fonctionnait encore. Mais ce n'était pas qu'une voiture. Il y en avait cinq et deux pickups emplis de types armés à l'arrière.
Le chasseur fonça sur le côté en se penchant, vers les bosquets plus taillés depuis longtemps, suivi par les mariés qui emboitaient ses pas aussi bien que son ombre depuis le début.
Ces gens, il ne fallait pas être un génie pour sentir qu'ils étaient d'une trempe violente. Et Daryl n'eut pas besoin de ses yeux de lynx pour reconnaitre T-Dog et Andrea, attachés et bâillonnés dans le lit du dernier 4x4.
Glenn se leva sans réfléchir et le chasseur l'empoigna solidement par le t-shirt pour l'obliger à se replanquer à couvert. Ces types armés jusqu'aux dents, jamais eux trois ne feraient le poids contre ça. Et son sens de l'orientation lui soufflait exactement vers où cette bande se dirigeait.
Ils pouvaient vraiment dire adieu à un départ pacifiste cette fois.


La détermination de Clay sembla vouloir flancher. Il avait ce même regard que lorsqu'il s'était adressé à Milie pour lui dire qu'il ne savait pas. Il était en train de nager dans l'inconnu et se rattachait à ses règles dont il ne fallait pas déroger parce que c'était tout ce qu'il connaissait. Peut-être qu'ils allaient pouvoir s'en sortir sans verser une goutte de sang. Peut-être que Clay allait se résigner à écouter quelqu'un d'autre que lui-même finalement.

« Foutaise! » s'emporta alors Stewart. « Clay, on ne peut pas revenir en arrière. Ça va faire un précédent et déclencher l'anarchie. »
« On a travaillé trop dur et sacrifié beaucoup trop pour laisser ce qu'on a dans les mains des premiers venus qui ne sont pas contents » renchérit Victor. « On arrivera pas à s'entendre, aussi bien les faire tous partir tout de suite. »

Il fit un pas menaçant en direction de Rick.

« Et si tu veux pas, je t'envoie rejoindre ta femme. »

Quelque chose dans le regard du shérif tiqua. Milie saisit cette seconde pour agir. Ils ne pouvaient déjà plus revenir en arrière de toute façon. Elle s'empara du couteau qu'elle avait discrètement dépêtré de ses vêtements amples auparavant et le lança en prenant à peine le temps de viser. La lame alla se planter dans la main de Victor, lui faisant lâcher son pistolet en hurlant.
En même temps, Ray prit une chaise pour bloquer la porte et empêcher les deux matons d'entrer. Rick se jeta sur Victor pour l'envoyer contre le sol, put prendre le pistolet et arracha ensuite le couteau de sa main.
Tout de suite après son lancé, Milie avait cueilli Billy qui fonçait droit sur elle, puisqu'elle était la plus proche. Elle ne pouvait pas retenir ses poignets indéfiniment par la force brute, la sienne ne faisant pas le poids, alors elle usa de ses pieds pour le faire trébucher. Elle lui prit ensuite la tête par les cheveux pour lui taper le crâne par trois fois contre un classeur et l'envoyer dans l'inconscience.
L'un des jumeaux se précipita dans son dos pour l'immobiliser, mais Ray le souleva aussitôt par les aisselles pour l'envoyer valser contre un mur.
À l'extérieur, les deux hommes cherchaient à défoncer la porte à coups de pied.
Rick, redressé, pointait le canon du flingue en direction du jumeau restant, Terry, et Clayton. Milie se releva, le shérif lui tendit le couteau qu'elle prit en glissant ses doigts dans les trous du poing américain. De son côté, Ray avait maitrisé Stewart assez facilement —sa maigre carrure ne faisait pas le poids devant un soldat entrainé— et le maintenait contre le plancher, un genou sur la mâchoire, en lui tenant les mains dans le dos de façon à ce qu'il soit inconfortable.
Victor était resté par terre depuis qu'il y avait été projeté, tenant sa main blessée de sa valide.

« Un arrangement n'est plus possible Rick » décréta inutilement Clay par-dessus les bruits qui émanaient de l'autre côté de la porte.
« Je sais. »

D'un simple mouvement des yeux, il pointa Terry à Milie qui renversa sa poigne sur le couteau et le lança à nouveau. De cette façon, ce ne fut pas la lame, mais le manche qui entra en contact avec la tempe de Terry. Elle avait lancé suffisamment fort pour le blesser et l'assommer, mais il survivrait au sang qui commençait à couler de sa tempe.
Ray usa d'un coup de poing suivit du coude pour envoyer l'autre avec son jumeau. Rick se pencha vers Victor et utilisa la crosse du pistolet pour le même résultat.

« Tu vas nous faire sortir d'ici sans plus de violence, compris? » dit le shérif au dernier homme debout. « Et prends en compte dans ce que tu vas décider de faire, là tout de suite, qu'on aurait pu les tuer tous les quatre. »

Les dents serrées, Clay leva les mains en hochant frénétiquement de la tête. Il n'était pas d'un naturel violent. Pour l'heure, il voulait uniquement que ces gens quittent son camp.


En prenant soin de demeurer à couvert, Daryl suivait la flotte de véhicules qui roulaient lentement sur la route bourrée d'obstacles. Ils se dirigeaient droit sur le camp, ils arriveraient très bientôt, et il n'était pas le seul à l'avoir compris. Chaque fois que son regard croisait celui de Glenn ou de Maggie, leurs yeux implorants voulaient une solution.
De solution, le chasseur n'en avait aucune. Cette force de frappe allait surprendre le camp tout entier. Il avait dans l'idée de peut-être pouvoir faire diversion au moment opportun, mais les chances étaient faibles et le taux de risques suicidaires élevé.
Tout ce qu'il espérait, c'était arriver à récupérer T-Dog et Andrea et que Milie et les autres trouveraient le moyen de sortir de là. Mais chaque pas qu'il faisait amenuisait cet espoir. Ils avaient déjà trop connu de situations comme celle-là. Quand tout part en couille d'un coup et qu'il ne reste plus qu'à se sauver en courant en laissant derrière ceux qui ne peuvent pas suivre.


Lorsque les vigiles s'écroulèrent, à leur tour inconscients, au sol, Milie remercia leur bonne étoile qu'ils aient été assez stupides pour oublier de donner l'alarme. Le reste du camp planait encore dans le calme et, si tout se passait bien, dans dix minutes, voire moins, ils étaient dehors.
Bizarrement, la jeune femme avait hâte de quitter cet endroit irrévocablement malsain. Dès lors qu'ils avaient atteint le point de non retour, elle s'était sentie envahie d'une bouffée d'air frais. Sa véritable nature était revenue en la frappant de plein fouet de ce vent de légèreté. Plus jamais elle ne ferait le choix de baisser les bras et de se retirer en arrière-plan. C'était la leçon à tirer de ce qu'ils avaient récemment vécu.

Ils reprirent tous les trois leur attirail qu'ils avaient dû laisser derrière eux en entrant dans le bureau, en plus de Milie et Ray qui s'armèrent des fusils des deux hommes tout juste neutralisés.
Après ça, ils sortirent. Rick se tenait tout près de Clay, le pistolet planté dans son côté pour lui rappeler de ne rien faire de stupide. Milie et Ray adoptèrent un maintient d'arme inoffensif pour ne pas attirer inutilement l'attention sur eux. Le plus vite ils seraient dehors, le mieux ce serait.

« Vous comptez nous détrousser en plus du reste? » demanda calmement l'otage.
« Juste des vivres pour tenir quelques jours et quelques munitions » assura Rick, bon joueur. « Ce sera suffisant pour nous permettre de nous réorganiser. »

Clay allait dire quelque chose. Une dernière tentative, peut-être, mais il n'en eut pas l'occasion. Un coup de feu détonna en écho dans ce milieu de journée, un coup de feu qui ne pouvait pas avoir été tiré contre un rôdeur puisqu'à trois cents mètres de là, l'un des matons du portail d'entrée tombait à la renverse, raide mort.
Rick en oublia instantanément la situation dans laquelle ils étaient plongés et se mit à courir. Les trois autres lui emboitèrent le pas et plusieurs personnes présentes à l'extérieur les imitèrent également.
Ils arrivaient tout juste aux barricades qu'ils pouvaient entendre une voix forte couvrir tout le reste.

« Maintenant que j'ai votre attention, je voudrais m'entretenir avec le patron. »

Si Clay avait déjà des raisons d'être nerveux, tout se décupla en un quart de seconde. Il lança un regard alarmé et impuissant à Rick.

« C'est Victor qui— » balbutia-t-il sans même pouvoir finir sa phrase.

Elle était néanmoins évidente. C'était Victor qui jouait d'ordinaire au dur. Clay n'avait pas cette étoffe, lui, c'était la cohésion des secteurs et amadouer les esprits forts en proférant de belles paroles manipulatrices.

« Si je fais ça, je vais avoir besoin d'assurances » marchanda le shérif.
« Vous pourrez rester, on vous laissera tranquille » assura l'autre en proie au soulagement.

Il n'avait pas besoin de plus pour passer un accord et Rick prit le temps d'une œillade pour ses compagnons. Milie redressa son canon et Ray pompa le sien. Rien n'était garanti, mais ça valait le coup d'essayer.
Ils grimpèrent sur la barricade et son souffle se coupa. Les voitures, les hommes armés, leur air résolu. Ils voulaient entrer et ils allaient entrer. Que ce soit de la manière douce ou non.

« C'est toi qui commandes? » questionna la même voix qui appartenait à un homme aux cheveux blancs coiffés d'un foulard de gang.
« Ça dépend » répondit Rick de son ton le plus intransigeant. « Vous voulez quoi? »
« Entrer, ça me parait évident. On dit qu'y a un bon camp de réfugiés dans le coin et les clôtures me poussent à croire qu'on l'a trouvé. »
« Si vous voulez de la nourriture, on peut vous en donner un peu et vous pourrez repartir. »

Milie déglutit et vit Ray jeter un œil incertain en direction de leur chef. C'était louable de vouloir éviter l'affrontement, mais la seule manière de le faire était de les laisser entrer sans se battre. Et pourquoi? Qu'ils volent toute la nourriture et les armes? Ou pire, qu'ils décident de s'installer pour devenir les maitres de gens qui n'avaient pas appris à défendre leur peau et leurs droits.

« Repartir? » répéta l'autre avec un rire faussement dissimulé. « Mais pour aller où au juste? »
« C'est pas notre problème. On prend plus de survivants, on peut plus. »
« C'est pas très chrétien tout ça. On pourrait s'aider. T'as de la bouffe et un endroit sécurisé, j'ai des muscles pour défendre la forteresse. Y'a moyen de s'arranger, tu penses pas? »

Sur la palissade, ça commençait à murmurer. Derrière, la peur montait dans la foule qui allait en augmentant.

« Vous avez tué un de nos gars » fit remarquer Rick tandis que Clay apparaissait sur le haut de la palissade.

Qu'avait-il besoin de voir? Était-il assez fou pour accepter cette offre bidon? Si tel était le cas, nul doute que leur groupe serait mieux dehors.

« L'idée, c'était de le blesser pour attirer l'attention, mais Chip' sait pas viser. »

Il y eut quelques rires chez les hommes qui l'accompagnaient et Milie se retint de peu de montrer à ce connard qu'elle, elle savait viser correctement.

« Et c'est pas toi qui commandes, je me trompe? »

Un peu tremblant, Clay fit un pas en avant. Rick ne pouvait pas ordonner une défense, personne ne suivrait son exemple à l'exception de Ray et Milie. C'était rassurant de voir que le véritable chef n'avait pas particulièrement envie de les laisser entrer.

« Qu'est-ce que je fais? » murmura Clayton, pâle.
« C'est le moment d'avoir des couilles et de se battre » assura Rick, tout aussi bas.
« C'est toi le boss? » enchaina l'inconnu. « Parce que j'ai des gens ici qui racontent que tu laisses entrer tous les vivants. »

Il claqua des doigts et T-Dog et Andrea se firent trainer devant eux. Tout en bas des barricades, ils avaient l'air plus petits. Entourés comme ils l'étaient, poussés dans le dos à se mettre à genoux, ils étaient plus chétifs même s'ils s'efforçaient de demeurer droits par fierté.

À leur vue, Milie resserra ses doigts autour de son arme.

« Rick, je peux buter cet enfoiré? » demanda-t-elle entre ses dents.

À ses côtés, Rick avait fait un pas, comme s'il avait été prêt à se jeter dans le vide pour rejoindre ses amis, avant de se raviser avec seulement une plus grande résolution de ne pas plier.

« Gardes-le bien en joue. Ray? »
« Je les ai. »

Il devait parler de la femme pleine de tatouages et son comparse du même genre qui avaient chacun un fusil contre les têtes de T-Dog et Andrea.
Tous les deux avaient reçu des coups avant de révéler l'emplacement du camp. Milie pouvait les voir trembler en plus d'avoir la respiration rapide, mais elle n'avait pas le loisir de s'attarder davantage. Elle garda toute sa concentration sur le porte-parole de ceux qui avaient un goût d'invasion à la bouche. Ou plutôt, sur un point minuscule et précis entre ses deux yeux. À cette distance, avec l'arme qu'elle avait, sa tête exploserait à ne plus faire que de la bouillie pour les chats. Et elle attendait, impatiente, que Rick lui donne le signal.

« Je leur ai dit que je les tuerais s'ils me mentaient » continua le persécuteur de son côté. « Tu veux les faire mentir? »

Clay ouvrit la bouche, mais aucun son n'en sortit. Il était bien trop dépassé par les évènements. Milie se sentait submergée malgré son excellente capacité d'adaptation et Rick et Ray ne devaient pas être dans un meilleur état d'esprit. D'une seconde à l'autre, ce serait l'hécatombe.
Le sourire du type, qui avait dû être criminel dans une autre vie, s'élargit. Ce putain de sourire, elle n'avait jamais voulu quelque chose plus fortement que de le lui faire exploser.

Et puis, sorti de nulle part, venant de derrière, un carreau d'arbalète se planta dans la cuisse droite de ce chef au nom inconnu. Milie ne réfléchit pas, elle tira, son coup de feu détonnant avec plusieurs autres issus des deux côtés. La tête explosa comme une pastèque trop mûre et l'hécatombe débuta.