Chapitre 36 – Les héros se cachent pour mourir II

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Percy jeta un nouveau sort et une série de murs en briques se dressèrent entre la cour intérieure et les Mangemorts. Il savait que tôt ou tard, les Mangemorts réussiraient à entrer dans le château, mais il s'arrangerait pour que ce soit très tard.

- Mais où est-ce que tu as appris ça ? Quand tu faisais du saut d'obstacles avec le fils du Ministre ?

- Dans un manuel magicomoldu de paysagisme ! avoua Percy.

- Tu lis ça depuis quand, toi ? Tu aurais dit ça plus tôt à papa, il t'aurait accueilli comme le fils prodigue! rit Fred en bloquant des projectiles lancés par les géants, de l'autre côté des murs.

- C'est Ginny que je viens de voir passer ? dit alors Percy en montrant un groupe de combattants en contre-bas de la pente de Poudlard.

- Tu ne t'attendais quand même pas à ce qu'elle reste dans la Salle-sur-Demande à attendre papa et maman ? C'est notre sœur !

Les deux frères continuèrent à envelopper l'entrée principale de sorts de protection, tout en échangeant des plaisanteries comme des paroles de bienvenue.

Cinq Mangemorts avaient mis la main sur des balais et les rejoignirent en passant par-dessus les murailles improvisées. Percy en stupéfixa un en plein vol, s'attirant les exclamations admiratives de son frère. Fred lança un très fort Sort de Confusion au balai d'un autre Mangemort, qui s'écrasa sur la façade de l'école avec un craquement désagréable, et mit feu à celui d'un troisième. Les trois Mangemorts semblaient décidés à en découdre. Percy dut abandonner les protections magiques pour prêter main forte à son frère. Ils tenaient les trois Mangemorts à distance, mais ils reculaient aussi, petit à petit, vers les marches et la porte d'entrée. Les murs créés par Percy tombaient peu à peu et de nouveaux adversaires apparaissaient au fur et à mesure.

- Bonsoir monsieur le Ministre ! Vous ai-je informé de ma démission ? dit Percy en se rendant compte que la personne qu'il combattait n'était nul autre que Pius Thicknesse.

Ils étaient à présent tous dans le couloir principal du rez-de-chaussée.

- Ma parole, Percy, c'est de l'humour ! rit Fred.

Le Mangemort qu'il combattait tomba à terre, violemment percuté par les Stupéfix d'Harry, Ron et Hermione. Percy se débarrassa de son propre adversaire par un Sort de Limaçon informulé.

L'instant d'après, il se tournait pour sourire à Fred et à Ron.

L'instant d'après, le plafond et tout le mur extérieur céda.

L'instant d'après, Percy se retrouva accroupi à lancer involontairement un Sortilège du Bouclier autour de lui.

L'instant d'après, il vit que Fred n'avait pas eu le même réflexe.

La poussière n'était pas encore retombée qu'il savait déjà. Quand Fred souriait, son visage souriait. Ses yeux devenaient deux petites virgules. Alors que là, il avait le visage rieur mais figé d'une poupée de plastique. Ce n'était pas son frère tel qu'il le connaissait.

- Non ! Non !

Il ne se rendit pas compte tout de suite que c'était sa propre gorge qui poussait ce hurlement presqu'animal.

Les Weasley avaient toujours su que ça pouvait arriver. Quand on est 9… Mais à présent, c'était arrivé. Et les statistiques n'avaient aucune importance. Un des leurs était mort.

Percy ne vit pas Ron s'approcher et pleurer, ni Hermione, ni Ron. Il ne voyait que ce sourire étrangement penché qui n'avait plus rien de vivant.

Les combats continuaient autour de lui, mais il était trop abasourdi pour s'en occuper. Ce ne fut que quand les sorts plurent sur eux que Percy se jeta sur le corps de Fred, ignorant sa mollesse et sa tiédeur, pour le protéger. Comme un grand-frère devait le faire. Pourquoi ne l'avait-il pas protégé de l'éboulement ? Pourquoi n'avait-il pas lancé un sort de protection plus large pour englober Fred ? Pourquoi ?

- Percy ! Viens ! Il faut partir !

Percy secoua la tête. Il avait bien vu les araignées géantes. Pour être franc, il s'en fichait.

Puis il vit Harry tenter de soulever Fred et ce fut le déclic. Oui. Si Fred était à l'abri, il pourrait continuer à se battre.

Dès que le corps fut installé dans l'alcôve, comme un jeune enfant qu'on allonge sur le lit de la chambre d'ami lors d'une fête bruyante, Percy retrouva sa fougue.

- ROOKWOOD !

Il ne laisserait plus jamais le Mangemort qui avait persécuté la famille de Dirk Cresswell s'approcher de quelqu'un. Et certainement pas des deux élèves qu'il poursuivait. Percy le Préfet n'était pas mort.

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- Excellentes idées Neville ! Cinquante points pour Gryffondor ! s'esclaffa le professeur Chourave qui vidait les serres de leurs habitants les plus dangereux avec des airs de femme d'affaire.

Après les Mandragores (vaincues par de puissants Silencio), Neville avait décidé de passer aux Plantes de Classe 3. Moins létales, mais tout aussi voraces que celles de Classe 5. Snargalouf –Peeves se porta volontaire pour les distribuer – Filets du Diable et Tentacula vénéneuse feraient des dégâts…

Ce fut ce moment-là que choisit Sir Patrick Delaney-Podmore, chef des Chasseurs sans tête pour leur annoncer ses observations. C'était le Moine Gras qui avait eu ce rôle, à l'origine, mais le cheval de Sir Patrick allait plus vite que son gros ventre.

- Greyback a été envoyé pour déloger les habitants de la salle de Divination – apparemment, il a pris un intérêt particulier pour le parfum des élèves retranchées là-bas…

- Où est Sibylle ? demanda le professeur Chourave en apportant un nouveau pot à Neville.

- Avec eux, mais je crains qu'elle n'arrive au bout de ses stocks de thé brûlant et de tasses à motifs anglais – quel gâchis, soit dit en passant…

- Continuez à le distraire… pour un chien assoiffé de sang, courir après un cheval devrait lui plaire, non ?

- Bien madame… dit le fantôme en s'inclinant – et perdant la tête.

Les comptes-rendus réguliers des fantômes et des peintures (et de Dean, qui survolait la bataille en balai, puisqu'il n'avait pas de baguette) leur permettaient de diriger les petites unités de combattants mises en place par Kinglsey et les professeurs au début de la soirée.

- Est-ce que Potter a réussi à faire ce qu'il devait faire ? cria Chourave pour couvrir le brouhaha.

- Pas vu, madame ! cria le fantôme avant de repartir à la charge et de faire peur à une série d'araignées.

Neville se redressa, donna un pot de Tentacula vénéneuse à Hannah, lança un sort de lévitation sur les autres et se mit en route.

Les Détraqueurs se rapprochent, cria un Hagrid couvert de sang et de boue.

Neville acquiesça. Qu'ils croisent le chemin de l'Armée de Dumbledore, et les Gardiens d'Azkaban s'en retournerait chez eux sans demander leur reste…

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Dean se releva péniblement sur un coude. La pelouse du stade de Quidditch avait amorti sa chute de balai, mais il avait des douleurs aux côtes qui laissaient présager des contusions graves.

Dolohov avait tué Remus. Dolohov avait tué le meilleur professeur de Défense qu'il ait jamais eu. Dolohov avait tué un jeune père avec qui Dean avait trinqué moins d'une semaine plus tôt. Dolohov devait payer.

Dean rampa jusqu'au corps du loup-garou, toujours recouvert des couleurs de Gryffondor. Il les méritait bien.

Dean attrapa la baguette de Reùus. Il n'avait pas le temps de s'entraîner avec : ici, un sorcier sans baguette était une sorcier mort. Ou un sorcier qui faisait une chute de vingt mètres de son balai.

Il se mit debout. Visiblement, Flitwick aussi avait décidé de venger Remus. Et Tonks…

Dean aperçut les cheveux tour à tour bleus, roses et violets, qui s'agitaient, contrastant avec les flammes orangées des tribunes incendiées. Tonks évita un sort, deux sorts, trois s…

Les yeux de Dean s'agrandirent en la voyant basculer, les bras en croix, sur la pelouse. Il voyait sa poitrine se soulever à toute vitesse. Bellatrix ne lui laissa même pas avoir une mort courte et sans douleur. La Mangemort éclata de son rire démoniaque avant de s'éloigner. Dean se précipita sur Tonks. Elle le regarda vaguement, essayant visiblement d'avaler de l'air, sans succès.

Que lui avait-elle fait ? Pour que Bellatrix s'éloigne avec un sourire victorieux, elle devait avoir la conviction que Tonks ne survivrait pas à ses blessures.

- S'il… te plaît… dit la voix de Tonks calmement.

Elle avait un regard déterminé. Elle voulait l'Avada. Tout, plutôt que sentir son corps s'émietter de seconde en seconde. Tout plutôt que l'agonie.

Tonks ferma ses yeux suppliants, et Dean répondit à sa demande silencieuse.

- Avada Kedavra, prononça-t-il.

On n'avait pas le temps de sentir son cœur se briser. On n'avait pas le temps de revoir sa vie comme au ralenti. On n'avait le temps de rien. Un instant, on était vivant, l'autre, on était mort. Comme si une gigantesque main avait débranché le cordon d'alimentation de sa conscience.

Et c'était mieux ainsi.

Dean lui ferma les yeux et se redressa. Bellatrix Lestange allait payer. Dolohov allait payer.

La Mangemort n'était nulle part en vue, alors Dean se précipita vers Dolohov et protégea Flitwick d'un sort Cuisant particulièrement bien exécuté. Il força le Mangemort à reculer, encore et encore, sous le feu de ses sorts.

Puis, Voldemort fit son deuxième discours.

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La Grande salle ressemblait à un dispensaire de… guerre. Le décor était donc bien choisi, pensa Ginny lorsqu'elle franchit les portes de son ancien réfectoire. Elle fut surprise de voir la silhouette de Percy parmi les combattants… et puis, elle vit l'expression de ses frères et de ses parents. Et le corps.

Non… Ginny n'approcha pas tout de suite. Elle savait qui manquait à l'appel. Le duo inséparable avait été séparé…

Un sanglot gonfla dans sa gorge, mais Ginny l'ignora. Pas maintenant. La bataille n'était pas finie. Elle garderait ses larmes pour l'aube.

Et puis elle vit les deux autres corps. Ceux qui n'étaient pas entourés de leur famille… parce que leur famille, ils l'avaient surtout formée à deux.

Les cheveux turquoise paraissaient étrangement vifs au milieu de cette scène de mort. Mais ni Ginny ni personne ne s'en offusqua. Nymphadora Tonks mourrait en Nymphadora Tonks. Dean lui lança un regard triste. Elle comprit que c'était lui qui avait ramené leurs corps. Il fallait qu'elle le remercie. Mais les remerciements semblaient plus déplacés que les condoléances, ici.

Ginny resta à mi-distance entre sa famille écroulée et la famille Lupin.

Andromeda savait-elle déjà ? Comment Teddy réagirait-il en ne voyant plus revenir les visages les plus familiers de sa courte existence ? Perdrait-il ses pouvoirs comme Tonks quand Remus avait disparu de sa vie ? Peut-être s'en remettrait-il plus facilement que les grands, puisqu'il était trop jeune pour comprendre… Mais il aurait une vie entière pour comprendre ce qu'était l'absence.

Ginny sentit alors la main chaude d'Hermione sur son épaule et elle se laissa aller dans les bras de sa meilleure amie.

Ginny aurait voulu d'autres bras. Ceux de son frère… ou d'Harry. Mais il n'approcha pas.

Elle comprenait. Elle n'avait aucun moyen de comprendre la culpabilité qu'il ressentait, mais elle comprenait. Elle le vit quitter la Grande Salle du coin de l'œil et monter les escaliers à moitié écroulés de l'entrée. Elle ne le suivit pas.

Devait-elle l'arrêter ? Ginny savait bien qu'il allait aller dans la forêt, rejoindre Voldemort. Hermione le savait aussi et Ron arriverait bientôt à cette conclusion. Elle savait aussi que ni elle, ni personne ne ferait changer Harry d'avis. Et même si ça lui briserait le cœur d'apprendre qu'il lui était arrivé quelque chose, elle ne le respecterait pas autant s'il n'y allait pas.

- Il faut que je bouge, dit-elle gentiment à Hermione.

Elle rejoignit Neville dans l'entrée. Il avait l'air effaré de quelqu'un qui pousse son corps à ses limites et qui vient d'être profondément secoué. Ginny avait aperçu Augusta Londubat dans la bataille – elle devait être fière de son petit-fils.

- Je vais aller ramener les autres corps et les blessés, dit-il après s'être éclairci la gorge.

- Je vais faire ça aussi.

- Harry va y aller, n'est-ce pas ?

- Bien sûr, dit-elle, les yeux secs.

Neville acquiesça et avança dans le parc plongé dans la pénombre.

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Narcissa tira violemment sa robe, agrippée par les branches basses de la Forêt, et regarda le tissu noir se déchirer. Lucius marchait à côté d'elle, l'air abattu. Il n'avait pas trouvé Drago. Ou plutôt, on ne l'avait pas autorisé à le chercher.

La clairière choisie par Voldemort était déjà remplie de Mangemort. Les fidèles, pas ceux soumis à l'Imperium. Il y avait Macnair, Yaxley, Bellatrix et les familiers du Manoir Malofy. Leurs amis les plus anciens, et les premiers à avoir ri et profité de leur disgrâce.

Narcissa regarda calmement les derniers arrivants approcher.

C'était l'heure. Et Harry Potter n'était pas là.

Elle était pourtant certaine que le garçon se montrerait. Il avait un sens de l'honneur et du sacrifice trop développé pour s'enfuir. Et il était assez intelligent pour savoir que s'il restait au château, ce serait un bain de sang.

Et puis, il apparut. Lucius serra brièvement la manche de sa robe. Son regard à elle ne quitta pas le jeune homme au visage couvert de sang et de poussière.

Il était si jeune. Le même âge que Drago. Et si résigné, déjà. Peut-être était-ce mieux ainsi.

L'idée de sa mort ne la réjouissait pas. Mais elle savait que maintenant était le moment qu'ils avaient tous attendus. L'apogée de dix-sept ans d'attente.

Hagrid brisa la solennité du moment en implorant Harry de fuir. Comme s'il le pouvait encore…

Narcissa sentit son cœur s'arrêter quand le Avada Kedavra retentit dans la clairière. Quelques oiseaux s'envolèrent d'un arbre proche. Et Harry Potter tomba face contre terre.

Plus étonnant, Voldemort tomba en arrière, comme frappé par une onde de choc. Narcissa comprit que ces deux-là étaient liés par davantage que les mots d'une prophétie.

Voldemort repoussa Bellatrix quand elle tenta de se relever.

- Assez…

- Mais Maître…

- Je n'ai pas besoin d'aide, répliqua la voix glaciale. Le garçon est-il mort ?

Personne ne répondit.

- Toi.

Narcissa poussa un cri de douleur. Même improvisé, un Doloris du Seigneur des Ténèbres était violent. Elle en admira d'autant plus le silence d'Harry lorsque son corps apparemment mort y fut soumis, moins d'une minute plus tard.

Narcissa s'approcha du garçon. Il ne bougeait pas, mais elle perçut un frémissement dans sa main. Comme s'il se plantait les ongles dans la paume de la main pour s'interdire de bouger. Elle souleva une paupière sur un œil vert, puis approcha ses mains froides de sa poitrine. Un corps tout juste tué restait chaud, mais son cœur n'aurait certainement pas dû battre.

Elle sentit l'espoir renaître dans sa propre cage thoracique.

Si Drago était au château, elle pourrait accompagner un cortège victorieux et le retrouver. Visiblement, Potter ne comptait pas réaffronter le Seigneur des Ténèbres tout de suite. Elle aurait le temps.

- Est-ce que Drago est vivant ? murmura-t-elle.

Oui, vint la réponse.

Narcissa Malfoy se redressa, rassemblant toute ses forces pour fermer son esprit à Lord Voldemort.

- Il est mort !

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Ginny comprit qu'Harry ne reviendrait pas de la Forêt interdite, quand le délai accordé par Voldemort arriva à son terme… et se prolongea. Ce furent les minutes d'attente les plus longues de sa vie. Elle se tordait les mains. Ron lui serra l'épaule, mais elle ignora son geste, toute son attention tournée vers la lisière de la forêt.

McGonagall poussa le premier cri. Celui de Ginny s'étrangla dans sa gorge. Tout le monde accourait sur les marches devant les lourdes portes de chêne. La rumeur augmenta, de fureur autant que de désarroi.

Le premier Silencio de Voldemort fut vaincu par leur volonté, leur rage, et la foule des passions, des sentiments intenses et violents qui les animaient, et qu'ils dirigeaient, qu'ils concentraient, sur Voldemort et ses ouailles.

- Il vous a battu ! cria bravement Ron.

- ll a tenté de fuir ! répliqua la voix froide du serpent.

Ginny ne réussit pas à rattraper Neville, qui chargea bille-en-tête vers le Chef Mangemort. Etait-ce le fait que Voldemort tentât de salir la mémoire de son ami qui l'avait fait se jeter sur lui ? C'avait été idiot : personne n'était dupe. La calomnie par la Gazette ou par tout autre média avait cessé d'être efficace.

Elle tressaillit quand Neville fut précipité à terre, loin de sa baguette.

- « Neville Londubat » ? Nous avons besoin de gens comme toi…

- Jamais ! cria son ami. L'Armée de Dumbledore !

Ginny sourit devant l'enthousiasme qu'il déchaîna. Tout n'était pas perdu.

Le Silencio de Voldemort ne marchait plus.

Et pour la première fois de la soirée, Il commença à ressentir de l'angoisse. La même angoisse que ressent un jeune professeur incapable de faire taire sa classe, de la « contrôler », même par la violence… Comble de la comparaison, il coiffa le jeune Neville Londubat du Choixpeau, comme on coiffait autrefois les élèves contrevenants avec un bonnet d'âne.

Grossière erreur.

Neville sentit une voix le repousser dès le moment où il eut l'épée en main. Une voix qui émanait du serpent. Comme si le familier de Voldemort savait ce qui l'attendait et voulait le dissuader de le tuer… Neville se mit à revoir des tas d'images. De serpents, de Rogue, de sa grand-mère… C'était comme si le serpent lisait ses pensées et était à la recherche de ses peurs les plus profondes… Son esprit revenait toujours sur son premier cours de Défense avec le professeur Lupin et sur l'Epouvantard… Dommage que le serpent n'ait pas compris plus tôt. La plus grande peur de Neville était de perdre les êtres qui lui étaient chers… Et tuer le serpent, affaiblir Voldemort de quelque façon que ce soit, amenuisait cette peur.

Son regard tomba sur l'épée, une fois que la tête du serpent fut tombée mollement dans l'herbe à côté de lui, et Neville lut l'inscription qui y était écrite.

Après ce matin, personne ne douterait plus jamais qu'il avait l'étoffe d'un vrai Gryffondor.

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Ronan et Bane avait passé les sept dernières années à s'inquiéter en regardant le ciel. Depuis la venue d'Harry Potter à Poudlard (mais quelques mois avant, déjà), Mars avait brillé de mille feux, sans interruption. Ce matin-là était donc écrit dans les cieux depuis des années, mais ce n'était que ce jour-là qu'ils comprirent.

Cela faisait dix ans que les étoiles leur disaient que si Harry Potter devait mourir, les centaures ne devaient pas essayer de l'empêcher (un différend qui avait opposé Bane et Firenze déjà la première fois que le petit d'homme s'était aventuré dans leur forêt).

Quand Voldemort avait choisi de faire son duel final avec le jeune Potter sur leur territoire, ç'avait été un test pour toute leur espèce.

Dur de s'y retrouver entre les constellations du Phénix, du Lion, du Loup, du Paon, du Lièvre,… qui s'étaient affrontés dans la voie lactée comme dans le parc de Poudlard. Les étoiles n'avaient pourtant pas été si claires depuis longtemps.

Il semblait que Firenze avait raison. C'était maintenant le temps d'agir. Magorian, de toute façon, ne supporterait pas une minute de plus de laisser vivre les sorciers qui les avaient insultés, en traversant leur territoire pour annoncer la nouvelle de leur victoire.

Alors les centaures chargèrent.

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Ginny poussa un rugissement féroce en voyant Bellatrix entrer dans la Grande Salle, acculée, comme eux tous, par la charge des centaures.

Elle ne laisserait pas la meurtrière de Tonks faire du mal à d'autres personnes qu'elle aimait. Elle fut reconnaissante que les corps des morts aient été protégés par des enchantements, car dans le chaos général, trébucher sur un cadavre aurait pu leur coûter des minutes précieuses, voire la vie.

- Sectum… commença Bellatrix, mais son sort fut dévié vers le plafond par un puissant Bouclier.

Hermione et Luna étaient à ses côtés. Elles aussi avaient une Tonks à venger. Tonks. Celle qui les avait sauvées par tant de fois et qui avaient été pour elles tantôt une grande sœur, tantôt une amie, toujours un modèle.

- Imperio ! Tarantallegra ! disait Luna avec enthousiasme.

Ginny s'embarrassait moins de manière. Ses sorts étaient violents, brutaux, cruels et potentiellement létaux. Et informulés.

Harry était vivant, et la rage de vivre l'animait de nouveau. La rage de vaincre, en bonus.

Quand Molly s'interposa, tout le monde recula.

Tous les hommes de la salle savaient qu'il ne fallait jamais se mêler des histoires des filles.

Ginny ne quitta pas un instant Bellatrix des yeux.

Les Boucliers lancés par une fille pour protéger sa mère étaient invisibles, mais puissants. Peut-être que chacun des Weasleys présents dans la Grande Salle avait eu la même idée, peut-être pas.

Toujours est-il que Bellatrix était seule. Et qu'elle fut celle qui tomba.

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Le duel entre Harry et Voldemort fut court. Mais Ginny en écouta chaque instant. Elle écouta les secrets que les deux adversaires révélaient au fur et à mesure qu'ils parlaient au lieu d'attaquer. Elle écouta et comprit enfin tous les secrets, et les arcanes de la magie, qui avaient mené les pas du Trio pendant une année entière…

A la fin de la nuit, les vitraux brisés et le plafond magique les baignaient tous dans la douce lumière du jour - bleu clair et rose et vert et or. La Grande Salle ne resplendissait plus des couleurs des quatre Maisons, mais de celles des matins sans soucis.

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- Kingsley vient d'être nommé ministre, dit timidement Ginny en s'approchant du Trio, quand ils furent descendus du bureau de Dumbledore (elle les attendait au niveau de la gargouille de pierre – Nick-Quasi-sans-Tête, élu membre honoraire du Club des Chasseurs sans tête pour sa bravoure dans la bataille, lui avait indiqué où les trouver). Vu qu'il a mené les opérations à Poudlard, que c'est un ancien Auror et que la plupart des gens qui sont ici l'ont écouté sur les ondes pendant des mois… Ca aide.

- C'est bien que ce soit Kingsley, dit raisonnablement Hermione, en se rappelant ses discours sur Potterveille - lucides, façonnés par l'expérience de deux guerres et de par le bon sens qui avait manqué à beaucoup.

Ginny acquiesça. Ron se racla la gorge.

- Hermione et moi, on sera dans la Grande Salle si vous avez besoin de quelque chose.

Mais Harry n'attendit pas qu'ils aient disparu au coin du couloir pour l'embrasser comme un dément. Ginny aussi avait besoin de le toucher pour s'assurer que oui, il était bien vivant, que oui, elle était bien vivante, que oui, ils étaient ensemble, et que oui, le cauchemar dans lequel ils avaient déambulé pendant les trois dernières années s'en était allé.

Ginny éclata alors de rire. D'un rire qui lui fit inspirer l'air avec bonheur, qui rebondit sur les pierres abîmées de l'école, d'un rire qui lui donnait envie de rire encore et encore, de ne plus avoir peur du lendemain, de vivrede vivre.

- Alors comme ça, il paraît que Teddy est aussi ton filleul… on va être obligés de se revoir…

- Zut alors, plaisanta Harry. Ça va en faire des années

Ginny sourit malicieusement. Harry l'avait fait poireauter un an : ce serait à son tour de l'attendre.

Encore un an, et elle aurait fini Poudlard. Mais bien entendu, le destin (bien aidé par les suggestions du portrait de Dumbledore) en décida autrement.

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Tintiiiiiiin ! La prochaine fois ce sera l'épilogue, les amis ! A très bientôôôôt ! ^^