I WILL FOLLOW YOU


Avec plus d'un mois d'attente, enfin le nouveau chapitre est là. (En plus il est prêt depuis au moins deux semaines, je m'en veux terriblement...)
Les explications seront à la fin. Bonne lecture !

Et bonne chance à tous ceux qui sont en train de passer le bac, ou qui passeront bientôt le brevet !


Chapitre 34 :
« Et c'est bien le pire. »

.

« Comment te sens-tu ? me demanda Legolas du ton inquiet qu'il prenait si souvent ces derniers temps.
- Fatiguée », répondis-je machinalement.

Et c'était vrai. Depuis plusieurs semaines, je me sentais lasse et faible. Je n'avais pourtant que quarante-cinq ans, et il me restait encore de nombreuses années à vivre – du moins je l'espérais. J'avais cru avoir contracté une maladie due à la saison froide, mais cela ne guérissait pas. Je n'avais pas souvent mal. Parfois, des maux de tête incontrôlés me prenaient, mais le plus dérangeant était cette extrême faiblesse. Le plus simple des gestes me fatiguait. Mon mari ne semblait de jour en jour plus désespéré, et je m'en voulais de le faire se sentir aussi mal rien que pour cela.

Mais je devais bien admettre que je n'allais pas bien. Mon teint était encore plus pâle que d'habitude, mes cheveux retombaient lourdement sur mes épaules, malgré tous mes efforts pour les coiffer, et de grandes cernes barraient mon visage sans que le sommeil ne les efface. J'avalais donc remède sur remède, j'appliquais onguent sur onguent, mais rien ne semblait faire effet.

Néanmoins, je ne voulais pas me laisser abattre. Aussi, je faisais de mon mieux pour que ma vie continue comme elle l'était depuis que nous étions arrivés en Ithilien. Douce, pleine de rire et de bien-être. Gimli nous avait rejoint il y avait à peine quelques mois, au plus grand bonheur de Legolas, qui retrouvait un de ses meilleurs amis. Le nain semblait s'être lassé de vivre et de diriger sa colonie dans les Cavernes Étincelantes, aussi magnifiques soient-elles. Nous lui manquions, répétait-il, et cette parole me faisait toujours sourire. De nombreuses années en arrière, je n'aurais jamais imaginé qu'il puisse être capable de nous montrer autant d'affection. Mais mes camarades étaient toujours pleins de surprises.

()()()()()()()()()()()()()

Je réprimai une quinte de toux et adressai un sourire rassurant à Faramir. Cela faisait plusieurs longues minutes que mon frère ne me quittait pas des yeux, un pli soucieux barrant son front. Nous étions allongés à même le sol, savourant les odeurs et l'atmosphère de ce début de printemps. Les bourgeons des fleurs s'ouvraient peu à peu, rendant tout plus beau, et couvrant les allées de dizaines de couleurs joyeuses. Les bras sous la tête, je fixais le ciel, où les nuages défilaient, portés par le vent. Legolas était parti avec Gimli, tôt le matin, pour une énième balade en forêt. Il était étonnant que le Nain se soit mis à autant apprécier les espaces verts.

« Tu es malade, Gadia. »

Je sursautai lorsque la voix de mon frère aîné brisa le silence, forte et accusatrice. Déglutissant, je tournai le visage vers lui, et fus surprise de lui trouver des yeux inquiets, contrastant avec son ton.

« Non, cela va passer, répondis-je doucement.
- Ne me dis pas une chose pareille alors que cela fait des mois que tu es dans cet état. Quelque chose te tracasse ?
- Non ! Et c'est bien le pire. Je suis comblée ici. Je t'ai toi, j'ai Legolas, Gimli, et beaucoup de personnes extraordinaires sur lesquelles je peux compter. J'aime cet endroit, je m'y sens pleinement à ma place. Rien n'entache mon bonheur. Rien. Et je t'assure que j'irai bientôt mieux. L'hiver m'a affaiblie, la chaleur me remettra sur pieds. »

La mine dubitative de Faramir m'agaça, mais je ne poussai pas plus loin la conversation, reconcentrant mon attention sur le ciel bleu qui s'étendait au-dessus de nous. Nous restâmes longtemps ainsi, dans un silence complet. J'espérais de tout mon cœur que ce que j'avais tant répété à Faramir ainsi qu'à tous mes proches soit vrai, et que je guérirai vraiment, et le plus vite possible.

()()()()()()()()()()()()()

J'étais alitée depuis maintenant plusieurs jours. J'avais l'impression que je ne faisais que dormir de toutes mes journées. Mon corps était lourd de rester immobile. Faramir me rendait visite le plus souvent possible, mais je voyais peu Legolas, et ce fait m'attristait. J'avais pensé, lorsque les guérisseuses m'avaient forcée au repos strict, qu'il resterait toujours avec moi, et mettrait en pause ses activités, m'empêchant ainsi de tomber dans un ennui total. Il venait tous les jours, certes, mais écourtait très souvent ses visites, me laissant le cœur brisé à chaque fois que la porte se refermait sur lui. Il était étrange.

Un jour, profitant de sa présence, je décidai d'évoquer le sujet. Je ne pouvais plus laisser toutes ces questions me tourmenter.

« Si je ne te connaissais pas aussi bien, déclarai-je de but en blanc, je penserais que tu te lasses de moi. »

Un petit pincement naquit dans mon ventre lorsque son visage changea à ma remarque, passant de la surprise à la tristesse. Il pâlit légèrement, et s'approcha encore plus de moi qu'il ne l'était déjà, afin de me regarder dans les yeux tandis qu'il répondit, de sa voix la plus mesurée.

« Ne pense jamais une telle chose, murmura-t-il.
- Alors pourquoi ne restes-tu jamais à mes côtés ? »

Il se redressa sur son siège et détourna le regard, ses doigts serrant nerveusement ses genoux.

« Je ne peux te le dire.
- Je veux connaître la vérité, Legolas. Qu'elle soit bonne à entendre ou non.
- Tu l'auras voulu, soupira-t-il. Je ne peux rien te cacher. Gimli et moi construisons... un bateau. »

Je posai sur lui un regard étonné. Un bateau ? J'espérais que cela ne présageait pas ce que je pensais.

« Pourquoi un bateau ? demandai-je alors d'une voix blanche.
- Il y a maintenant des années que j'ai entendu l'appel de la Mer, répondit-il. L'Ouest m'appelle, et il est de plus en plus difficile d'y résister. Et je veux que tu puisses voir Valinor. Parcourir ce monde aura permis à notre amour de s'épanouir, je veux maintenant que tu puisses voir les merveilles qu'il y a tout autour. Ce sera notre dernier voyage.
- Mais... Legolas, je n'ai pas ma place dans les Terres Immortelles.
- Je ne compte pas rester là à te voir mourir jeune, Gadia ! s'écria-t-il soudain. Et si les Valar refusent ta présence, alors soit. Nous trouverons un autre moyen. »

Je restai immobile et muette à cette soudaine déclaration. Legolas n'acceptait pas la réalité, l'horrible réalité : j'allais mourir, voyage vers les Terres Immortelles ou non. Et certainement plus vite que je ne le pensais moi-même. Jamais les Valar ne laisseraient une mortelle aussi insignifiante que moi vivre une vie éternelle dans leurs terres si protégées. Je ne me faisais pas d'illusion. Notre destin était tracé depuis notre toute première rencontre, et il ne prenait certainement pas en compte un voyage de ce genre.

Alors pourquoi l'excitation et l'espoir faisaient soudain leur apparition dans chaque fibre de mon être ?

()()()()()()()()()()()()()

Le bateau était porté par les flots de la Grande Mer, la Belegaer. Le ciel était bleu, sans aucun nuage, et les cris des mouettes résonnaient tout autour de nous. Legolas, se tenant à côté du grand siège dans lequel j'étais affalée sans savoir me redresser, ne cessait de fixer l'horizon, guettant les rivages blancs d'Aman. J'avais moi-même hâte de les apercevoir, malgré tous les refus que j'avais opposés à cette décision de prendre le large. Je n'avais été embarquée qu'à contrecœur, mon mari ne m'ayant pas vraiment laissé le choix. J'avais alors fait des adieux mouillés à Faramir. Notre séparation me fit l'effet d'un coup d'épée à travers l'estomac. Ces années de félicité en Ithilien, où nous partagions les mêmes journées, où nous ririons ensemble sans interruption, étaient passées bien trop rapidement à mon goût. J'approchais maintenant de mes cinquante ans, et ne m'étais jamais sentie aussi faible de toute mon existence. A côté de mon elfe, j'avais l'impression d'être une vieille femme. Il était toujours aussi beau et aussi jeune d'apparence, alors que mes cheveux étaient teintés de gris et que des rides barraient mon visage. Je me trouvais repoussante, et évitais les miroirs depuis déjà plusieurs années, malgré ses sermons sans fin.

A bord de notre navire, étaient présents Gimli, qui faisait le voyage avec nous, ayant pour ultime souhait de revoir la Dame Galadriel, ainsi que quelques elfes qui avaient exprimé le désir de rejoindre les Terres Immortelles suite à l'appel de la Mer, porté par la musique d'Ulmo, le Vala des Eaux.

Je ne tardai pas à m'endormir, en proie à de terribles maux de tête, et le reste du voyage ne me parut qu'une brume sombre et épaisse. Je me perdais dans des cauchemars, me réveillant pantelante, et seule la présence de Legolas à mes côtés savait calmer ces crises de panique. Je me sentais misérable. Et fatiguée, si fatiguée. J'étais percluse de douleur.

()()()()()()()()()()()()()

« Gadia... Gadia... »

J'ouvris les yeux, gémissant de douleur. Le visage de Legolas m'apparut, bien que ses contours soient flous, comme tout ce que je voyais ces derniers temps. Il posa délicatement une main dans mon dos et l'autre sous mes genoux, et me souleva du lit dans lequel j'étais jusque là allongée. Je n'avais même plus la force de me tenir moi-même sur mes jambes.

« J'ai quelque chose à te montrer, meleth-nin » dit-il.

Je me laissai amener jusqu'au pont, et malgré toute la douleur qui m'emplissait à ce moment-là, ainsi que toute la lassitude qui étreignait mon cœur, je fus éblouie.

Les rivages. Aussi blancs que dans mon imagination, aussi magnifiques. De grandes plages de sable blanc, bordées par des forêts vertes et denses, et des montagnes s'étendant à l'horizon. Cette vision était la plus belle chose qui m'ait été donnée de voir de toute ma vie.

« C'est merveilleux », réussis-je à articuler au prix de lourds efforts.

Legolas ne répondit pas, mais hocha la tête, émerveillé. Ses yeux brillaient d'une lueur vibrante, et je fus heureuse d'avoir effectué ce voyage avec lui, rien que pour cette vision. Je ne voulais que son bonheur, et ces terres promises avaient tout pour le combler. Je le connaissais, la nature l'éblouissait et le fascinait toujours.

Un frisson me prit soudain, et mon corps se crispa dans les bras de mon mari. Il posa immédiatement un regard inquiet sur moi, et me demanda d'une voix blanche ce qui m'arrivait. Je fus incapable de répondre. La douleur irradiait chacun de mes membres, encerclait ma tête, ma gorge et mon cœur dans un étau. Je fus prise d'une bouffée de chaleur qui me fit monter le rouge aux joues. Legolas se hâta donc de redescendre dans notre cabine, et me déposa sur le lit. Il fit mander un elfe qui s'y connaissait en soins. Tout cela m'apparaissait comme de derrière un voile. J'étais étrangement déconnectée de la réalité. Seuls comptait l'horrible douleur et les yeux emplis de larmes de Legolas. Bientôt, je me mis à délirer, en proie à une trop forte chaleur. Mes yeux se fermaient tout seuls, et seule la voix lointaine de mon elfe me maintenait un tant soit peu à la réalité.

« Gadia ! »

Ce cri me brisa le cœur. Je n'arrivais plus à revenir à la surface. Les doigts du guérisseur arrêtèrent bien vite de se poser sur mes joues et mon front, et je l'entendis prononcer le verdict, comme une confirmation de ce que j'avais déjà compris.

« Il n'y a plus rien à faire, murmura-t-il. Je suis désolé.
- Sortez ! » hurla Legolas, perdant tous ses moyens.

Il se mit à genoux à côté de mon lit, saisissant ma main brûlante entre les siennes. Les larmes coulaient sur ses joues, tout comme sur les miennes. Alors c'était terminé. Nous étions pourtant si prêts du but.

« Ne t'inquiète pas, murmura-t-il. Tu resteras toujours la personne la plus importante à mes yeux. Toujours, tu m'entends ? Il ne s'agira toujours que de toi. Car je t'aime chaque jour un peu plus, et mon amour perdurera et se développera pour l'éternité. »

Je laissai les larmes couler librement sur mes joues, trop faible pour les retenir. Les yeux bleus de Legolas étaient fixés dans les miens, et je pouvais y lire toute cette tendresse si évidente. Je ne quittai pas son regard du mien, souhaitant que cette image soit la dernière belle chose que je vois de ma vie. Sa beauté, sa gentillesse. Lui en intégralité. Les instants à ces côtés avaient malheureusement été trop courts, mais j'en étais largement comblée. Il m'avait offert plus que je ne pouvais l'espérer, il avait presque tout renié pour une simple mortelle. Mon cœur se serra. Utilisant mes toutes dernières forces, je posai une main sur l'arrière de son crâne, et doucement, joignit ses lèvres aux miennes en un dernier baiser. J'aurais aimé pouvoir lui donner plus que cela.

Ma vision se brouilla complètement et mon souffle se bloqua dans ma gorge, tandis que la douleur s'étendait et se renforçait comme un poison dans mon organisme. Doucement, je sentis la vie me quitter. Mes forces me désertaient, et tous mes sens s'altéraient. Mais je fus heureuse que Legolas soit ma dernière vision de ce monde.

« Je t'aime », pensais-je avec toute la force de ma conviction, tandis que mes paupières se fermaient inexorablement.

La dernière chose que j'entendis fut une longue plainte déchirante, puis ce fut le noir complet.


Vous pouvez me lancer tout ce que vous voulez, je suis cachée derrière un rempart.

Bon, sérieusement. Si j'ai été aussi longue à poster, c'est aussi pour ça. Je n'arrivais pas à me résoudre moi-même à le publier. Mais quel autre choix y a-t-il, honnêtement ? J'ai reçu beaucoup de commentaires me demandant de ne pas faire mourir Gadia, mais c'est impossible, car elle est humaine. Et non, un elfe quelconque ne peut pas lui offrir son immortalité.

MAIS cette fic n'est pas terminée. Il reste encore un chapitre, que j'ai presque terminé, plus l'épilogue. Donc deux, en fait. Il peut se passer beaucoup de choses, en deux chapitres, non ?

Je vous offre les kleenex en remerciement pour tous vos gentils petits messages qui me donnent toujours de l'inspiration.

Gros bisous !