La nuit est tombée depuis bien longtemps à l'est d'Amestris. J'observe tranquillement les roses rouges décorant désormais le salon de notre abri provisoire. Un coup d'œil à l'horloge me rappelle que dans à peine quelques heures, le soleil se lèvera et qu'il y a des chances que la journée soit courte.

- Tu ne vas pas te coucher ? Tu risques d'être fatiguée demain.

Je sursaute vaguement à la voix d'Alphonse, il ne bouge tellement pas pendant la nuit que j'avais presque fini par croire qu'il s'était endormi. Non, je n'ai pas trop envie de dormir, ou plutôt, je n'y arrive pas. Rien avoir avec une quelconque prise de conscience à propos de tel ou tel phénomène ou que je m'en veuille d'avoir dit à Alphonse que les fleurs étaient pour Edward. Non, je crois que mon corps n'a pas spécialement besoin de sommeil. Je hausse les épaules en guise de réponse, je suis tranquillement assise à la table du salon, les lumières sont éteintes mais je parviens à discerner l'armure dans les ombres.

- Dis-moi, tu penses à quoi ? Me demanda-t-il soudainement.

Je mets un moment à assimiler sa question, pourtant simple. Soutenant mes joues à l'aide de mes mains, je dévie mon regard sur la pièce où dort l'ainé.

- Pas grand-chose…pourquoi, ça t'intéresse ?

- Je ne sais pas, je t'ai presque raconté tout notre passé à Ed et moi mais j'ai toujours l'impression ne pas en savoir beaucoup sur toi.

Je manque de laisser un petit rire s'échapper. A vrai dire, je n'ai pas énormément de chose à lui raconter, je suis quelqu'un de banal, comparé à eux.

- Tu en sais assez comme ça je pense. Je ne suis pas quelqu'un dont le passé a été perturbé par de multiples drames, ça n'a changé qu'au début du mois de septembre.

Il marque un silence qui me déplait légèrement, j'ai tenté de dire ça sur le ton de la rigolade mais il est vrai qu'on ne pourra jamais oublier tout ce qui s'est passé.

- Tous les drames ont commencé quand tu nous as rencontrés…

Je relève brusquement la tête sous son ton triste inhabituel.

- Eh mais…Al, c'est pas à cause de vous tout ça. Il ne faut pas perdre de vue que depuis le début, si Laetitia ne m'avait pas foutu dans vos affaires, rien de tout ça ne se serait passé. S'il faut trouver un coupable, je la désigne sans problème.

Je crois que j'en ai finalement fini avec la rancœur que j'avais contre Edward, en ce qui concerne le fait qu'il ait activé le cercle de transmutation la première fois. Au final, j'ai fait la même chose avec la chimère, j'ai refusé de l'activer car Alphonse était impliqué dans le marché. Je vais finir par croire que ce type a de l'influence sur moi…

- Je sais bien mais…tous les gens qui ont déjà souffert par notre quête, les Hughes, Nina, Michèle et June, toi aussi évidemment…

J'étouffe un bruyant soupir, me souvenant qu'Edward dormait à quelques mètres et ne connaissant pas sa réaction quand on le réveille au beau milieu de la nuit, je préférai reprendre une respiration plus discrète.

- Mais au fond, n'est-ce pas ça, le prix à payer pour avancer ?

Je ne suis pas en train de justifier ma présence maintenant et le fait que je sois toujours en vie par la mort de mes amies mais au fond, même si ça me ferait chier de l'avouer, n'était-ce pas le seul moyen de survivre ?

- Je ne sais pas…finit-il par avouer.

Moi non plus, Al. Le sommeil ne se décide toujours pas à venir titiller mon corps mais le ciel dehors est toujours aussi noir, ce qui a le don de me rassurer. Je m'adosse à ma chaise en étirant les bras, l'image de mes amies défile un moment dans mon esprit avant que je ne la balaie automatiquement. J'y songerai une fois que ma nouvelle mission ici sera terminée, il faut que je me débarrasse et que je débarrasse ce monde de Laetitia. Je n'ai aucune idée de comment m'y prendre mais je trouverai bien.

- Au fait Al.

- Oui ?

- C'est qui que tu veux draguer ?

Je sens de là où je suis une soudaine panique qui le prend, je ne peux m'empêcher de rire. C'est vraiment un gosse malgré son apparence, le contraste est magique.

- Pourquoi tu veux savoir ? Me demanda-t-il un peu précipitamment.

- Bah, si je dois t'apprendre comment approcher une fille, ce serait bien de savoir quel genre.

Même si au fond, j'avoue poser la question juste pour savoir s'il s'agit de Rose ou bien d'une fille que je ne connais pas. Au bout de quelques minutes et ayant deviné qu'il était trop gêné pour me répondre, j'abandonne ma question et me saisit d'un bouquin transporté dans la valise d'Edward. Il porte des insignes que je ne comprends pas mais je l'ouvre quand même, le feuilletant par endroit. Encore un ouvrage sur l'alchimie, pourtant, je pensais qu'Edward était un alchimiste complet, capable de tout et n'importe quoi – excepté de la transmutation humaine cela va de soi. Je me souviens ensuite que dans mes précédentes recherches, les descriptions parlaient d'un certain niveau d'alchimie. J'imagine donc que pour pouvoir se servir d'un tel pouvoir, il faut avoir un sacré niveau de connaissance dans les matières premières. Quand Laetitia a-t-elle eu le temps d'apprendre tout ça ?

- Tu t'intéresses à l'alchimie maintenant ?

- Pas plus qu'avant…je comprends juste un peu plus d'éléments, je cherche surtout à comprendre ce dont Laetitia est capable pour pouvoir l'affronter.

- Tu comptes l'affronter ? Mais je pensais qu'elle était protégée par les homonculus.

- Moi je pense que les homonculus n'en ont rien à faire d'elle, il suffit de voir comment Envy la considère. Quand bien même j'arriverai à l'affronter sans eux, je ne sais même pas si je serai assez douée pour lui faire face. Il faut dire que je ne me suis presque jamais servie de l'alchimie.

- On pourrait t'apprendre, me proposa-t-il spontanément.

Je refuse d'une traite, sans réfléchir.

- Si je dois me battre, je le ferai avec les moyens de mon monde et non du vôtre.

Une idée m'effleure l'esprit mais je tâche ne la laisser dans un coin de ma tête, le seul moyen d'arrêter les desseins de cette fille serait de s'en débarrasser définitivement mais si même Edward était contre cette idée, serai-je capable de prendre l'initiative ? Il est bien trop tôt pour y penser.


Le soleil pointe son nez à l'horizon, je n'ai finalement pas dormi. Aux quelques rayons transperçant les fenêtres et inondant le salon de lumière, Alphonse se lève dans un grand bruit de ferraille.

- Les ouvriers vont bientôt se lever pour reprendre les constructions, il faut aller réveiller Edward.

- Tu veux que j'aille le réveiller pendant que tu les rejoins ? Proposai-je en me levant à mon tour.

L'armure accepte ma proposition et sort de l'habitation sans un mot. Je me dirige lentement vers la chambre dans laquelle je peux déjà percevoir la respiration d'Edward. Il se pelotonne à sa couverture comme un enfant qui a froid, c'est trop mignon. Je contourne le lit pour finalement m'asseoir à côté de lui, l'idée sadique de le réveiller par la force me titille mais je ne peux le faire devant son visage endormi.

- Alphonse…gémit-il dans un soupir.

Mes doigts glissent le long de son visage, effleurant ses joues bronzées. Soudain, sa main de chair vient s'emparer de la mienne en la serrant fort, tellement fort que ma peau devient blanche avant de virer au mauve. Il appelle une nouvelle fois son petit frère dans son sommeil, j'ai la gorge nouée et je commence sérieusement à avoir mal. Pourtant, je ne me résous pas à m'éloigner, s'il pouvait, l'espace d'un moment, avoir l'impression de pouvoir toucher son frangin, je ne vois pas de quel droit je lui retirerai ce moment. Je me mords donc la lèvre inférieure en contrepartie pour répartir la douleur.

Au bout d'un moment qui m'a paru des heures, la pression sur mes doigts diminue et Edward ouvre lentement ses yeux, dévoilant ses orbes dorés. Je récupère les sensations au bout de mes mains et plie mes membres pour évacuer la douleur.

- Mh…

- Edward, il va falloir te lever, il fait jour. Murmurai-je en brisant tout contact avec lui.

Ses yeux remontent vers les miens, il m'observe un instant, comme s'il devait se rappeler qui j'étais avant de se redresser.

- Ah…ouais, Alphonse est déjà parti ?

Je lui indique que oui d'un signe de la tête. Voyant qu'il est désormais bien réveillé, je me permets d'ouvrir les rideaux, plongeant la pièce dans une lumière aveuglante. La journée s'annonce chaude aujourd'hui, ça va faire du bien après le temps frai de Central. Contemplant le paysage par la fenêtre, j'entends chaque mouvement d'Edward dans mon dos, il faut dire que sa mécagreffe à la jambe ne lui permet pas d'être discret. Le cliquetis du métal résonne à chacun de ses pas sur le paquet, il s'arrête finalement au bout de quelques minutes.

- Ton lit n'a pas bougé, constata-t-il. Tu n'as pas dormi ici cette nuit ?

Je me retourne vers lui, haussant des épaules comme si c'était normal.

- Je n'avais pas très sommeil et puis, Alphonse est d'une bonne compagnie.

Je le laisse partir en direction de la salle de bain pour s'habiller, j'ai finalement pris l'habitude de le voir en tenue de nuit – bien contente qu'il ne dorme pas totalement nu. De retour dans le salon, je m'atèle à faire fonctionner la machine à café, ne comprenant pas tout de suite qu'il ne suffit pas de presser un simple bouton pour l'allumer. Décidément, je ne me ferai jamais à la technologie d'ici, tout est tellement plus simple dans l'autre monde.

- Toujours aussi peu douée, railla une voix dans mon dos.

- C'est ça, au fait, où va-t-on aller après Liore ?

- Techniquement, je devrai retourner à Central pour faire mon rapport à Mustang mais il parait qu'il y a un alchimiste dans la région que je devrai passer voir. Ce sont les ouvriers qui m'en ont parlé.

Une nouvelle piste donc, elle arrive à point nommé. De mon côté, j'aimerai bien savoir où se trouve Laetitia, histoire de garder mes distances avec elle avant de lui montrer de quel bois je me chauffe.

Après quelques jurons et une reprise de self-control, je parviens à servir une tasse de café à Edward installé à table. Il jette brièvement un coup d'œil aux fleurs placées au centre de celle-ci.

- C'est Rose qui me l'a offert c'est ça ? Demanda-t-il naturellement.

Dans une once de culpabilité, je voulais lui dire la vérité mais en fin de compte, je préfère qu'il l'apprenne de sa bouche que de la mienne.

- Ouep, enfin je crois, le mec qui l'a apporté avait l'air un peu perdu.

Edward n'a pas l'air si emballé que ça, j'imagine que quelqu'un comme le Fullmétal doit en recevoir des centaines comme ça. Il avale le contenu de sa tasse d'une traite avant d'enfiler sa veste et s'avancer vers la porte d'entrée. Je le suis jusque dehors où nous nous séparons, je ne serai d'aucune utilité sur un chantier et si on venait à croiser Rose, je me retrouverai dans une mauvaise situation. Autant prendre du temps pour repérer les lieux, je ne suis pas sûre de revenir ici un jour.

Plus je m'enfonce dans ce qu'il reste de rue, plus je m'aperçois que les dégâts de l'armée sont colossaux. Je ne comprends pas pourquoi ce sont aux habitants à reconstruire la ville et non à l'état, ce serait plus logique que tout le monde mette la main à la pâte. Ce que je vois ensuite ressemble plus à des ruines que ce qui fut jadis une église. La structure s'est complètement effondrée pour ne laisser que des tas de pierres par-ci par-là. Quelques enfants jouent au loin, je me décide à les rejoindre pour voir leurs petites têtes.

- Regardez y a une madame ! S'exclama un des enfants en me pointant du doigt.

- Madame ? Je ne suis même pas encore majeur ! Protestai-je en lui lançant un regard noir.

Il y a quatre enfants, trois garçons et une petite fille, tous ont la peau bronzée, me rappelant cet Ishval. Il faut dire que sous ce soleil de plomb, difficile de garder une peau totalement blanche. Ils ont tous les cheveux foncés et les yeux bruns, j'imagine qu'ils font partie de la même famille.

- Bah t'es quand même vieille. En plus, tu ressembles à l'autre madame pas belle qui fait peur.

Je me prépare à l'injurier de tous les noms quand je réfléchis à ce qu'il me dit, une madame pas belle qui me ressemble ? Donc, je ne suis pas belle, merci la vérité sort de la bouche des enfants.

- Qui c'est ? Demandai-je en m'asseyant sur un des gros rochers.

La petite fille s'approche lentement de moi et monte pour s'installer à côté de moi, m'observant de ses grands yeux.

- Elle est venue pour nous faire peur, elle a frappé dans ses mains et a fait des éclairs. Madame Rose nous a dit qu'elle était une bonne personne mais elle fait vraiment peur.

- Tu veux dire que c'est une alchimiste ?

Elle hoche la tête et ses présumés frères surenchérissent sur le sentiment de peur qu'elle leur incombe. Pourtant, on dirait qu'ils n'ont pas peur de moi, malgré ma dite ressemblance avec elle.

- Vous savez où elle habite cette madame ?

- Tu veux qu'on te montre ?

J'accepte avec joie, un peu d'action me fera le plus grand bien. Les deux plus grands s'avancent comme chef de rang et nous demandent de les suivre, nous traversons tous les débris de l'église, nous enfonçant dans une nouvelle rue déserte.

- Il n'y a personne dans cette partie de la ville ?

- Non ! Me répondit vivement l'un des aînés, c'est là où sont venus les méchants la dernière fois alors les grands nous ont dit de toujours rester dans la partie en construction.

J'imagine que le nombre de personnes mortes dans ce conflit a laisser un grand manque dans Liore, ce qui expliquerait qu'ils n'ont plus besoin de s'étendre aussi loin. Combien de perte ont-ils subi ? J'ai à peine le temps de me poser la question que les chefs nous interdisent d'aller plus loin, ils m'indiquent un abri plus loin.

- C'est là-bas ! Mais si tu t'approches trop, elle risque de te voir et tu pourrais être prise dans ses éclairs !

Est-ce…une mise en garde ? Soit, je n'ai pas peur de l'alchimie, j'arbore un sourire hautain en leur assurant que je n'ai pas aussi peur qu'eux et que je vais y aller. Ils me regardent comme si j'étais folle mais ne m'empêchent pas de continuer.

- Si tu ne reviens pas d'ici vingt minutes on appelle madame rose ! Cria la petite brune.

Je lui fais un signe de la main en retour. Vingt minutes ? C'est largement suffisant pour voir ce qui se trame par là. Malgré mon assurance, une légère boule me tient au ventre, la peur de l'inconnu probablement. Au bout de quelques mètres, je ne perçois plus leurs appels mais je sais qu'ils n'ont pas bougé, attendant probablement mon retour. L'abri qu'ils redoutent tant est une maison à moitié détruite, il en reste quelques fondations mais l'avant s'est effondré. Je le contourne avant d'entrer plus franchement à l'intérieur, éclairé par les trous dans les murs. La poussière m'empêche de savoir dans quelle pièce je me situe, je devine que les bois barrant le passage devaient être les restes d'une table, peut-être un salon. Je n'ai pas l'impression qu'elle soit habitée par qui que ce soit, notamment par le manque de trace dans les parages mais quelques détails me troublent.

- Y a quelqu'un ? Tentai-je légèrement tendue.

…Aucune réponse, visiblement, je m'approche d'un coin plus sombre où une forme se détache, celle d'un bouquin enseveli sous les débris. Je m'en saisis doucement, m'accroupissant dans le coin pour y retirer toute la poussière. La personne vivant ici l'a probablement oublié. Je balaie les derniers gravas d'un coup de manche et lis les inscriptions de la première couverture. C'est un livre sur l'alchimie et plus précisément sur les chimères, je le sais, je l'ai lu i peine quelques jours.

- Il est plutôt intéressant tu ne trouves pas ?

Je me relève brusquement, me tournant en direction de mon interlocuteur. J'aurai largement préféré voir Rose.

- Quoi ? Tu n'es pas heureuse de me voir ?

Des cheveux blonds, des yeux bleus, un corps fin et élancé mais un air qui me donne envie de lui vomir dessus.

- Qu'est-ce que tu fous ici, tu devrais être en train de jouer les supers héros à Central, répliquai-je essayant de cacher ma surprise.

- Bah…ça devenait cruellement ennuyeux et les gens ici avaient besoin de mon aide pour reconstruire la ville vois-tu.

Quelle bonté sur patte cette fille. Loin d'avoir l'envie d'être dans la même pièce qu'elle, j'entreprends de sortir, rapidement coincée par Laetitia, barrant mon chemin.

- Tu veux déjà me quitter ? Mais nous n'avons pas eu le temps de discuter la dernière fois. D'ailleurs, où est la chimère, je n'ai pas eu l'occasion de la voir la dernière fois, elle a fait des progrès ?

Sur le coup, je ne sais pas ce qui est le pire : qu'elle a vraiment l'air de s'intéresser à l'état de feu cette chimère ou qu'elle me parle comme si j'étais sa pote.

- Brûle en enfer, catin. Grognai-je en la poussant d'un bref geste.

- Que de vilaines paroles sorties de ta bouche. Malheureusement, je ne sais pas pourquoi tant de violence, tu m'expliques ? Y a-t-il quelque chose que j'ignore ?

- Je pensais que ton cher et tendre Envy t'aurait raconté avec quelle joie il avait détruit ton « œuvre ».

- Elles sont mortes ?! S'écria-t-elle presque choquée.

Je serre les poings, réprimant la forte envie de lancer le bouquin que j'ai entre les mains. Je ne suis pas capable de l'affronter maintenant.

- Quelle pourriture celui-là, il ne m'a rien dit ! Moi qui avais passé tellement de temps à préparer ce plan…quel dommage. M'enfin, celui d'origine est toujours d'attaque, je pense pouvoir me trouver un bon petit comité d'alchimiste capable de m'aider !

…elle est sérieuse là ? Je n'ai pas envie de l'écouter, j'enjambe le tas de bois pour parvenir à l'entrée de la maison.

- Une minute papillon.

Un claquement retentit. Soudain, un mur épais recouvre l'entrée, ne me laissant aucune sortie utilisable, plongeant une partie de la pièce dans l'obscurité. Alors j'avais raison, elle est capable de se servir de l'alchimie.

- Pourquoi tu ne veux pas t'associer à moi ? Tu n'as plus aucune raison de rester dans ce monde maintenant que Michèle et June sont mortes.

- Laisse-moi réfléchir…tu m'as foutue dans cette galère, tu as tué mes deux amies et forcée à venir dans un monde que je ne connais pas. Tu te demandes encore pourquoi je ne veux pas être assimilée à une merde comme toi ?

Laetitia fait mine d'être vexée par mes paroles, je cherche du regard un moyen de sortir d'ici. De toute façon, si je n'arrive pas à partir, les gamins iront bien chercher Rose pour interrompre notre conversation.

- Tu es blessante…alors tu préfères errer le temps qu'Edward et sa boite de conserve trouve un moyen de récupérer leurs corps ?

- Traite une fois de plus Alphonse de boite de conserve et tu vas voir à qui tu as affaire.

Son visage s'illumine d'un petit sourire.

- Justement, j'aimerai bien voir ça, un combat d'alchimie, ça ne se refuse pas.

- Hors de question que j'utilise l'alchimie, ce serait contre nature aux règles de notre monde.

Mes paroles ont l'air de la réjouir, elle frappe de nouveau dans ses mains et en dépose une sur le mur derrière elle. Une lumière bleue jailli et projette des gravas que j'esquive approximativement en me décalant par réflexe.

- Allez, ce serait amusant.

Toujours bornée à refuser de céder à sa provocation, je me glisse doucement en direction de la fenêtre. Laetitia ne me lâche pas d'une semelle et referme la dernière issue à l'aide d'une transmutation. L'abri est désormais totalement envahi par les ténèbres, je ne la discerne même plus dans le noir.

- Bats-toi.

Je tâche de ne pas bouger pour ne pas lui donner ma position, pensant qu'elle ne peut pas non plus me voir. Je l'entends frapper une nouvelle fois dans ses mains quand une lourde masse atteint mon ventre, me forçant à tomber au sol sous la douleur. Je réprime des grognements en me plaquant une main sur la bouche. Je prie pour que les enfants soient déjà partis depuis un moment.

- Je ne savais pas que tu avais peur du noir.

Un claquement de plus, je m'empresse de courir à l'autre bout de la pièce, trébuchant sur le tas de bois et finissant lâchement sur le sol. Des bruits de pas arrivent à ma hauteur, elle m'assène quelques coups de pieds à l'aveugle, touchant mes bras, mes jambes et une fois mon visage. Je me redresse difficilement, si je ne bouge pas, je crains ne finir mes jours dans cet endroit glauque.

- Toujours pas décidée ? Murmura-t-elle apparemment accroupie à la hauteur, je pourrai rester comme ça toute la journée.

D'une main, elle agrippe mes cheveux et les tire vers elle avant de s'amuser à me faire valser dans une direction inconnue. Un léger goût de fer s'empare de ma bouche, mes membres souffrent mais je n'ai aucun moyen de me repérer dans cette pénombre. Cette fois-ci, je crains que personne ne vienne à mon secours. Soudain, quelque chose m'attrape violement le cou et me force à me remettre sur mes genoux, je sens un souffle me chatouiller le visage, une respiration rapide trahissant son état d'essoufflement. L'alchimie l'a vidée de ses forces.

- Je t'ai laissée une chance, je te propose une dernière fois, tu m'aides ou pas ?

Une grande chaleur se propage dans tout mon corps, je sais que ma réponse va avoir un impact sur mon avenir proche. Serrant les dents sous la pression exercée sur mon coup, je joins une fois mes mains ensembles. Je peux percevoir malgré l'obscurité un léger mouvement de recul de sa part.

- Madame ? S'éleva une voix de l'autre côté de ces murs.

Je tourne la tête en direction du bruit, je pense que Laetitia aussi. C'est la petite fille qui est venue s'assurer que tout allait bien, j'aimerai bien lui crier de partir au plus vite mais ma gorge est nouée par cette odeur de sang permanente.

- Tu as ramené tes petits amis à ce que je vois.

Laetitia me lâche finalement le cou, ses pas se dirigent vers les appels. Elle frappe une fois dans ses mains et détruit le pan du mur dans une brève transmutation. Eblouie dans un premier temps par la lumière, je remarque ensuite qu'elle est accompagnée du plus petit de ses frères. Ils se mettent à trembler en regardant la grande blonde.

- C'est la madame méchante…

- « Madame méchante » ? Après ce que j'ai fait pour votre village ?

Ils s'en foutent que tu aies réparé telle ou telle maison, les enfants ressentent toujours les choses plus intensément que les adultes. Elle s'abaisse à leur hauteur tandis qu'ils ne bougent pas, visiblement trop impressionnés.

- Dîtes-moi les petits, vous savez ce que c'est une chimère ?

Je tressaillie à sa question, elle ne va pas oser…Je tente de me redresser mais la douleur des derniers coups me cloue au sol, je ne peux qu'être spectatrice de la terreur qu'elle inflige à ses pauvres gosses.

- C'est quoi ?

- Attendez, je vais vous montrer.

Un claquement. Sans réfléchir, je joins mes mains en une seconde et les écarte dans la longueur de mes épaules. Un cercle de transmutation se trace sous mon corps et une lumière rougeâtre en jaillit. Je prends légèrement peur à la vue des éclairs rouges mais je tiens bon, le regard fixant Laetitia. Une masse de terre sort du sol et la projette en arrière, sous l'œil surpris des enfants. Les éclairs ne s'arrêtent pas, sûrement parce que je garde la même position que lors de mes dernières transmutations. Des bras de sable surgissent de nulle part et lui agrippent les chevilles, ils la trainent sur plusieurs mètres. Laetitia crie, hurle, supplie presque que je cesse de la torturer mais je vais la sourde oreille à ses complaintes.

Prise d'une bonne dose d'adrénaline, je me relève et traine jusqu'à elle, les bras toujours écartés. Le cercle de transmutation suit mes pieds et de plus grands éclairs rouges en ressortent.

- Arrête ça ! S'époumona-t-elle les larmes perlant au bout de ses yeux.

Je suis prise d'un sentiment de fierté inégalable, la voir s'agiter dans tous les sens à la recherche de la moindre aide est si jouissif…Les bras de sable lui ont entravé les poignets, l'empêchant de se pratiquer la moindre alchimie.

- Qui a le dessus sur qui, maintenant ?

Je m'avance une nouvelle fois, son corps entre en contact avec mon cercle de transmutation, ce qui a pour effet de l'intensifier encore plus. Je me sens perdre son contrôle mais je tâche de rester concentrée, j'ai la chance de me débarrasser d'elle une fois et il ne faut pas que je la loupe.

- Ne me tue pas, tu le regretterais ! Cria-t-elle désespérée.

Ses yeux bleus écarquillés d'horreur fixent les miens, heureux du résultat.

- Je peux savoir ce que je regretterai ?

Les débris autour de nous se mettent à bouger, à s'effondrer sur eux-mêmes, les enfants courent en criant pour trouver de l'aide.

- Tu ne sauras jamais ce qui est vraiment arrivé à Michèle et June !

Hein ? Elle est en train de se foutre de moi là ? Je baisse à sa hauteur, un mince filet de sang coulant de ma bouche, j'arrive au bout de mes forces. Par crainte de ne pas avoir assez de temps pour lui tirer les vers du nez, je ramène mes bras en face de moi et les dépose sur le visage de Laetitia. Cela semble agir comme une simple transmutation et je plonge davantage mes yeux dans les siens. Un mince voile brouille ma vue, comme les autres fois où la vérité tentait de me faire passer des messages. J'entends toujours les gravas tomber et s'écrouler aux alentours mais ce que je vois n'a rien avoir avec ce qui se passe derrière nous. Je revois brièvement le visage de Michèle et June, les téléphones, ceux déposés au coin de cette table. Elles sortent de la pièce, ignorant Laetitia, elle s'énerve, frappe les murs où sont inscrits les différents symboles de la transmutation de chimère.

La communication s'arrête là car des hurlements provenant de l'extérieur m'empêchent de me concentrer. Mes bras retombent le long de mon corps mais le cercle de disparait pas, je suis épuisée par l'alchimie et incapable de reprendre le contrôle de ce que je venais de faire. J'ai à peine le temps de regarder au dessus de nos têtes pour apercevoir le toit sur le point de s'effondrer. Par réflexe, je place mes dernières forces à mettre mes mains pour protéger ma tête mais ce sera inutile.

Soudain, une lumière bleue jailli de dehors et envahissent la pièce, se mélangeant au cercle rouge. La fondation s'écroule à quelques mètres, déviant la trajectoire des pierres pour éviter qu'elles ne s'écrasent sur nos crânes. Mes membres sont toujours traversés par cette énergie incontrôlable et continuent de se vider de leur vitalité. Une force surhumaine enserre tout mon corps et me tire en arrière, me séparant de Laetitia. Le cercle disparait, les éclairs aussi, progressivement, la douleur du précédent combat refait surface et les bras qui m'entourent appuient vivement sur les zones sensibles.

- Eh réponds !

Mh ? Le voile s'efface entièrement, j'aperçois un long tissu rouge sur le sol, je devine donc la présence d'Edward dans mon dos.

- Ca va…gémis-je en mordant la lèvre inférieure.

- On peut savoir ce qui se passe ici ?! S'énerva Rose en marchant au beau milieu des gravas.

Je relève la tête pour entrapercevoir Laetitia, toujours assise, dos au dernier mur restant. Elle me regarde, choquée, le souffle coupé et j'imagine aussi vidée que moi.

- Laetitia qu'est-ce que tu fous ici ?! S'écria Edward d'une voix hargneuse et froide.

Elle ne réplique pas, elle semble avoir perdu toute notion de répartie. Elle se relève difficilement en s'accrochant aux pierres, prête à prendre la fuite.

- Hey mais c'est toi qui es venue nous aider l'autre jour ! S'exclama Rose en la regardant de plus près. Lorène on peut savoir pourquoi tu l'as attaqué et détruit cette maison ?

Je ne suis pas d'attaque pour lui répondre, je ne saurai que lui cracher à la figure à cette fille naïve.

- Rose, cette fille est une dangereuse alchimiste capable de faire n'importe quoi.

La jeune brune place ses mains au niveau de ses hanches, apparemment peu enclin à fermer sa gueule.

- En attendant, y en a une qui a détruit la ville et l'autre qui nous a aidée !

- Arrête de parler d'elle comme une ennemie, c'est notre amie ! Intervint finalement Alphonse que je n'avais pas vu jusqu'à présent.

Sa remarque fait taire Rose mais je n'ai pas les forces nécessaires pour m'en réjouir. Pendant cette brève altercation, Laetitia a profité du chahut pour se faire la malle. Bah, elle n'a pas pu aller bien loin vu son état. Fatiguée par tout ce qui venait de se produire, je finis par m'endormir dans les bras d'Edward, rassurée d'avoir finalement survécu.


Doucement, les sensations me reviennent, un fin drap recouvre mon corps des pieds jusqu'aux épaules. Je ne porte qu'un débardeur et un short de nuit – et j'ai mes sous-vêtements si je dois vraiment le préciser. Quelques bandages et autres pansements cachent mes récentes blessures, beaucoup plus supportables que précédemment. J'ouvre lentement les paupières, m'habituant difficilement à la lumière du spot au plafond. Je comprends que le soir est sur le point de tomber, il m'a fallu pas mal de temps pour récupérer du matin.

Réprimant un juron en me redressant, je remarque que la pièce est vide, je dois me trouver dans la chambre de la petite habitation. La porte s'ouvre, je sursaute légèrement, trouillarde que je suis.

- Ah c'est bon t'es réveillée.

Je reconnais sans mal la voix d'Edward et le bruit des pas de l'armure, ils doivent sûrement avoir terminé leur boulot.

- La prochaine fois, attends-nous pour t'amuser.

Un petit sourire se dresse sur mes lèvres, c'était dangereux et très con de ma part, j'aurai simplement pu les prévenir avant de suivre ces enfants. Cependant, si je n'y avais pas été seule, je n'aurai peut-être pas su ce que je voulais. Une sensation de joie immense m'envahit, je me remémore tout ce que j'ai vu dans l'esprit de Laetitia. J'ai gagné.

- On repart dès demain, annonçai-je.

- Et tes blessures ? S'inquiéta Alphonse.

- Ce ne sera pas un souci et puis, tu seras là pour me protéger, non ?

D'abord surpris, il opine du casque. J'apprends par la suite qu'ils ont une nouvelle piste dans une ville à l'autre bout du désert – me rassurant que cette fois, on n'aurait pas l'obligation de le traverser à pied. Il parait qu'une pierre philosophale fait l'œuvre d'une exposition dans un musée et qu'ils veulent absolument voir ce qu'il en est. Demain se voudra sûrement tout aussi mouvementé qu'aujourd'hui mais désormais, je sais que je suis plus puissante que cette fille.