Qui ne s'est jamais levé un matin, totalement décontenancé, se demandant un instant ce qu'il avait fait la veille, se demandant surtout, pourquoi il l'avait fait.
C'est cette réaction que je ressens en sentant cette odeur féminine venir chatouiller mes narines alors que ses cheveux viennent chatouiller mon visage. J'avais oublié comme il était bon de se réveiller à côté d'une personne de la gente féminine. Oublié ou jamais réellement vécu. Bien sûr, j'ai envie de hurler contre ce hasard qui avait fait de moi un garçon plutôt fier de l'activité nocturne qu'il venait d'avoir, envie de hurler contre ce même hasard qui avait fait de moi un Malefoy, honteux de s'être mêlé à la chair d'une sang de bourbe.
Honteux… ce qu'il était en fait, c'est que je ne l'étais finalement pas de ce que j'avais pu faire cette nuit. Bizarrement, je ne le ressentais pas ainsi.
Soupirant de ce non ressentiment, je m'amuse à jouer avec les lourdes boucles que forment ses cheveux. Je n'avais jamais vu Hermione Granger de la sorte, je ne la reverrais sans doute plus jamais de la même façon.
Mes doigts parcourent son visage et je la vois s'éveiller. Cessant un instant de respirer, je me surprends à avoir peur de sa réaction. Serait-elle du genre à regretter ?
- Bonjour…
Loin des habitudes que nous entretenions quelques heures auparavant, pour la première fois, ce mot sort de ma bouche dans un chuchotement venant frôler son oreille. Elle frissonne. Elle sourit.
Puis la voilà qui vient nicher sa tête contre mon cou. Je me surprends une nouvelle fois à oublier d'être un Malefoy. Jamais habitué à tant de douceur, je la rechignais plutôt. Pourtant cette fois, je trouve cela plutôt agréable et fais l'effort de poser mes mains sur elle. Peu m'importe qui elle est, elle l'est.
Pour la première fois de cette vie pourrie, j'ai cette sensation trop de fois décrite par ces couples pathétiques : l'impression d'être dans une bulle tout à fait étanche. Deviendrais-je comme eux ?
Une bulle qui pourtant vient se rompre lorsque nous entendons tous les deux un « clac » typique d'un transplanage. Et je sais qu'elle l'a également reconnu. Mon premier réflexe fut de soupirer. Mon second, de la retenir alors qu'elle se levait. J'ai l'avantage de savoir qui vient d'interrompre mon réveil.
- C'est mon elfe de maison…
- Ton quoi ?
- Ca va Hermione, ne fais pas cette tête là… J'ai toujours eu des elfes pour me servir, et ce n'est pas près de changer…
- Voilà ce qui parfois me fait demander ce que je peux bien te trouver d'attirant.
- Tu veux que je te montre ?
La voilà qui soupire à son tour et se détourne de moi, rabattant au passage les draps sur ses épaules dénudées. Nous sommes à peine un couple qu'elle me mène déjà la vie dure. Seulement voilà, je sais que je n'ai pas le temps de m'occuper de ça… pas temps qu'à l'étage inférieure…
Merlin merci, elle n'est pas restée assez longtemps en contact avec les elfes pour remarquer que leur transplanage ne faisait pas exactement le même bruit que celui d'un humain.
- Ca va… Je suppose que si c'est eux qui t'amènent ton petit déjeuner ici, tu n'y toucheras pas ?
Je savais qu'elle n'allait pas me répondre alors j'enfile un bas de pantalon et un t-shirt à la hâte et entreprend de sortir avant qu'elle ne me rappelle dans un :
- Je peux savoir pourquoi tu te rhabilles pour aller voir tes elfes ?
- Parce que ce que je fais dans ma chambre doit rester dans ma chambre.
Pourquoi faut-il qu'elle cherche toujours les broutilles dans les gestes les plus élémentaires ? Je referme la porte, passe une main dans mes cheveux et descends les marches deux à deux jusqu'au salon.
Sans l'avoir vu, je l'aurais reconnu parmi mille.
- Alphus…
- Malefoy !
Je sers sa main par habitude, et observe son visage d'où le dégoût se dégage sans chercher à se cacher.
- Tu sais pourquoi je suis là, n'est-ce pas ?
- Rien qui ne te donne l'autorisation de rentrer chez moi sans en y être invité.
- Nous avons décidé de te laisser une dernière chance… tu rejoins nos rangs et ni toi ni ta fille ne serez inquiété.
- Ce que vous faîtes n'est qu'une pâle copie de ce que faisais le Lord. Je ne le cautionne pas.
- Tu ne disais pas ça il y a quelques années…
- Ne me cherche pas. J'ai été clair.
- Nous l'avons été aussi… C'est une chance que nous te donnons car tu es de bonne famille. Accepte si tu tiens à ta vie ou au moins à celle de ta fille.
- Justement, c'est parce que j'y tiens que je refuse. Les choses ont changé Alphus.
- Bonjour…
Mon sang ne fait qu'un tour et je n'ai pas besoin de me retourner pour savoir qu'elle est là, emmitoufler dans un peignoir. Je n'ai pas besoin de la voir car le visage d'Alphus vient de changer d'expression. Il me nargue d'un sourire rempli de cruauté et je ne peux que dire :
- Hermione, je te présente un ancien ami. Il allait s'en aller…
Le voilà qui retire son chapeau pour la saluer comme un gentleman qu'il n'est pas. Puis, s'approchant de moi, une main sur mon épaule, il me murmure :
- Granger… tu as changé de bord… alors nous ne pouvons rien pour toi.
