Chapitre 35
La boutique était fermée quand ils arrivèrent sur les lieux, le patron avait certainement préféré fuir l'endroit pour s'éviter des ennuis. Ghalanéa respira les odeurs qui traînaient encore dans la rue et qui pourraient peut-être lui apprendre quelque chose. Ses yeux, fureteurs, étaient partout à la fois. Les parfums de la nuit et les relents puants de la journée étaient toujours présents. Ghanos avait raison, c'était bien des vampires qui avaient enlevé Draco.
-Juste une dernière chose à vérifier, chuchota-t-elle sans regarder son frère et Lucius.
-Que fait-elle ? demanda Lucius, impatient de se mettre à la poursuite des agresseurs de son fils.
-Chut ! s'agaça-t-elle. Ne faites pas de bruit.
La vampire se baissa puis laissa ses doigts traîner sur le sol, elle ressentit aussitôt l'aura de Draco, il avait peur. Et là, plus loin, il y avait un reste fugace de transplanage. Ghalanéa informa les deux hommes de ses trouvailles et les avertit qu'ils devaient se rendre assez loin.
-Tu es formidable Ghala….
Tout à coup Ghanos hurla de douleur, il rejeta la tête en arrière et ses crocs sortirent de colère. Sa sœur se précipita vers lui et tenta de le calmer mais rien n'y fit. L'homme devenait dangereux et il fallait l'apaiser au plus vite.
Lucius s'approcha de lui et lui envoya une gifle monumentale qui apaisa le prince sur le champ.
-Ils…Ils le torturent, ils torturent Draco, gronda-t-il en revenant à lui, il faut le retrouver et le plus vite sera le mieux.
Le vampire aurait pu en ce moment tuer tellement il était dans une rage pas possible. Il se reprocha de ne pas avoir su préserver son ange blond et il s'en voulait terriblement.
-Ghanos, on ne sait pas encore ce qu'ils lui ont fait, tenta de le raisonner sa sœur.
-Moi je sais, gronda Ghanos. Où sont-ils ?
-Leurs empreintes sont encore fraîches, ils les ont brouillées mais on devrait pouvoir les retrouver, est-ce que cela va aller, toi ?
-On te suit, montre-nous le chemin.
Ghanos posa sa main sur le bras de Lucius et suivit la pisteuse dans ses nombreux transplanages. Ils se retrouvèrent ensuite dans une vaste plaine enneigée, au loin ils aperçurent une immense forêt dont les arbres gelés faisaient penser à des fantômes immobiles et inquiétants.
-Pourquoi des vampires voudraient s'en prendre à Draco ? Il n'y a aucune raison pour ça, fit l'homme blond quand il vit qu'ils étaient parvenus à destination.
-Il y a une raison sinon ils ne l'auraient pas enlevé, et avant que vous ne posiez la question, monsieur Malfoy, nous sommes dans les Carpathes.
-Vous croyez qu'ils sont d'ici ?
-J'en suis certaine, mais à partir d'ici la piste est brouillée. Ils sont partis chacun d'un côté, l'un avait Draco et les deux autres un vêtement de ton amant, Ghanos, pour que le pisteur à leur poursuite ne les localise pas de suite. Ce qui veut dire qu'ils savent qui tu es, et que Draco n'a pas été enlevé par hasard. Cependant ils ne se doutent pas encore qu'il est ton calice.
-Depuis quand êtes-vous lié de vampire à calice ? demanda Lucius qui n'était pas au courant de ce fait important.
-Depuis peu, nous en parlerons plus tard !
-Quand vous aurez fini de jacasser on pourra y aller !
-On ne jacasse pas, Ghalanéa, rétorqua son frère légèrement énervé. Que fait-on maintenant ?
-Trouver une auberge et attendre le matin pour agir, et puis j'ai faim moi, je n'ai pas eu le temps de souper ni de me reposer. Quand tu m'as appelé je rentrais juste de mission.
-Très bien, on fait comme tu dis, mais à la première heure on se mettra en route !
Tous trois se dirigèrent vers le village en marchant, ils n'en étaient pas très loin. Lucius tapa à la porte de l'auberge, c'était le milieu de la nuit, est-ce qu'on allait les laisser entrer au moins ?
Au bout d'un long moment la porte s'ouvrit enfin sur un homme qui maugréait en secouant la tête de droite à gauche.
-On n'a pas idée de réveiller les honnêtes gens au milieu de la nuit ! dit-il en les toisant.
Ghalanéa agita une bourse pleine d'argent devant l'aubergiste qui les fit entrer avec un grand sourire. Une bourse pouvait faire beaucoup de choses du moment que les espèces sonnantes et trébuchantes y étaient nombreuses. L'hôtelier leur désigna à l'étage leur chambre et repartit se coucher sans plus se préoccuper d'eux.
L'auberge n'était pas pleine puisqu'ils avaient eu droit à une chambre chacun. Ce n'était pas le grand luxe mais ils s'en accommoderaient pour le peu qu'ils allaient rester là.
Ghanos se jeta sur son lit qui grinça désagréablement puis il posa sa tête entre ses mains. Il resta ainsi un long moment jusqu'à ce qu'il ressente une autre douleur violente. Draco subissait une autre séance de torture. Le vampire ne pouvait supporter cela, il se mit à trembler et tenta d'étouffer les sons qui passaient entre ses lèvres serrées.
Son ange avait froid, très froid, et il avait mal. Ghanos se jura de détruire le nuisible qui le faisait souffrir, il n'allait pas s'en sortir comme ça !
La princesse, quant à elle, ouvrit la fenêtre de sa chambre et se faufila au dehors en sautant du premier étage, trois mètres cinquante pour elle c'était un jeu d'enfant. Elle disparut dans la nuit et partit à la chasse.
Lucius qui regardait au dehors, se demandant où pouvait bien se trouver son fils, la vit partir au loin. Il n'aurait pas voulu être la proie de Ghalanéa ce soir, ou plutôt si, un autre genre de proie, de celle qui vous envoûte et qui vous fait crier de plaisir. Fatigué, et voulant être en forme pour le matin, il se coucha sur son lit puis ferma les yeux en pensant à Draco. Son fils lui manquait, il espérait qu'il ne lui était rien arrivé, ils allaient le retrouver c'était certain, se rassura-t-il.
Le matin, très tôt, le vampire alla chercher le blond qui était déjà réveillé, pour prendre un petit déjeuner avant de partir. L'homme prit sa cape puis se hâta de descendre dans la salle où l'amant de son fils l'attendait. Celui-ci était attablé devant un bol de thé brûlant. Quand Lucius prit place face à lui l'aubergiste lui apporta la même chose en déposant en plus, au milieu de la table, un plat rempli de brioches fraîches.
-Où est ta sœur ? s'enquit Lucius en se beurrant un petit pain.
-Elle va revenir, elle est partie aux nouvelles.
-Tu crois qu'elle va trouver quelque chose ?
-On verra bien !
Les hommes burent leur thé en silence et tournèrent la tête ensemble quand la porte s'ouvrit et que la jeune femme entra, de la neige plein les chaussures.
-Il a encore neigé, dit-elle inutilement en secouant ses bottes, mais je crois que j'ai trouvé une piste.
-Vous croyez, ou vous êtes sûre ? attaqua l'homme blond.
-Ce n'est pas le moment d'ergoter sur les mots, inutile de perdre du temps ! La piste ne restera pas fraîche longtemps, monsieur Malfoy.
Le blond sortit de l'auberge, un peu agacé il fallait le dire, par l'attitude de la vampire. Ghanos lança un regard curieux à sa sœur puis ils suivirent Lucius avant de l'empoigner par un bras et de transplaner ensemble. Deux secondes plus tard ils se retrouvèrent aux abords d'un vieux château isolé et en ruine.
-Trop tard, s'exclama-t-elle dépitée, ils sont partis.
-Quoi ! Où sont-ils allés ? Ghalanéa répond s'il te plaît ! je veux savoir où se trouve Draco !
-Ils l'ont changé de place, ces hommes doivent se douter qu'on suit leur piste. C'est des malins !
-Malin ou pas quand je vais mettre la main sur eux…..
Lucius entra malgré tout dans la cour aux nombreuses ornières. Sur la porte principale était épinglé un parchemin que le Serpentard arracha, il était adressé à Ghanos. L'homme le lui tendit d'un geste sec et attendit qu'il leur fasse part de son contenu.
- « Je savais que tu allais me faire pister, Ghanos, tu dois y tenir à ton petit blondinet ! Mais ne crains rien je m'occupe de lui. Je le fais hurler mais pas de plaisir, tu peux me croire, quoique ! »
Le prince, de rage, jeta le papier que Ghalanéa ramassa, lut à haute voix, et mit dans sa poche.
-Allons-y, dit-elle simplement.
Lucius ne dit rien, il avait mal pour Draco et Ghanos. L'agresseur torturait son fils, pourquoi ? Vieille rancune ? Jalousie ? L'amant de son fils souffrait, c'était évident, il tenait beaucoup à lui. Le vampire restait droit et fier mais à l'intérieur c était le cahot complet. Lucius laissa Ghanos lui tenir le bras et retransplaner, une fois de plus.
Les ravisseurs les promenèrent ainsi jusqu'au soir. Et leur colère devint plus forte.
Draco, seul dans sa cellule, pestait de voir qu'il ne pouvait se détacher de ces menottes bien trop solides. Le jeune homme avait de plus en plus froid, là c'est sûr il allait être malade. Quand il verra Ghanos il allait lui passer un de ses savons ! On n'avait pas idée de laisser un amoureux jaloux en liberté aussi !
Dray n'eut pas fini de penser qu'il vit encore une fois l'autre fou apparaître devant lui avec une tête de mauvais jours.
-Alors, blondinet, tu as froid ?
-Non, vous voyez bien que je prends le soleil ! ironisa Draco.
-Ne soit pas insolent ! Tu pourrais le regretter, Malfoy ! Cela ne sert à rien de te cacher derrière des sarcasmes, je sais que tu as peur.
-Moi je ne me cache pas derrière une capuche, tu n'as pas le courage de me regarder en face seulement, es-tu si laid que ça ?
-S'il n'y a que ça pour te faire plaisir alors regarde, gamin.
L'homme leva les mains, ôta la capuche de sa tête et exhiba un sourire rusé.
Par Salazar, pensa Draco déstabilisé, il était à tomber, ce con !
-Eh bien maintenant je sais pourquoi Ghanos vous a côtoyé, avoua-t-il du bout des lèvres.
-Tu me l'as volé, Malfoy ! Il était à moi, à moi, tu entends ? et je vais te le reprendre.
L'homme se rapprocha du prisonnier et le détacha.
-Nous changeons de cellule et d'endroit, je ne veux pas que tes petits copains nous rattrapent.
-Ils se rapprochent, hein ! Vous avez peur de Ghanos ?
L'homme ne répondit pas, il l'attrapa par la gorge et serra férocement.
-Tais-toi ou je te tue de suite, vermine.
Les deux hommes se retrouvèrent dehors dans la neige, puis le vampire laissa sur la porte un parchemin pour Ghanos puis poussa Draco. Il était temps de partir, il savait que le vampire le suivait de près. Dans un crac l'homme et sa victime parvinrent près d'une maison au bord de la mer. Le ravisseur tira le Serpentard par la chaîne qui le retenait toujours aux poignets, et entra dans la demeure.
Il conduisit aussitôt Draco dans une pièce complètement fermée, il n'y avait aucune ouverture mais au moins il y faisait moins froid. Le vampire l'attacha face contre le mur en ricanant avec méchanceté. Draco tremblait toujours, il ne pouvait pas s'en empêcher surtout avec la fièvre qui commençait à le ronger. La sueur coulait sur son front et dans son cou. L'homme sortit sa baguette et la lui passa sur le corps en énumérant quels sortilèges il allait bien pourvoir faire pour commencer.
-Je crois que Ghanos n'aura plus envie de toi après ça, rigola-t-il.
Le jeune homme ne répondit pas, il n'en avait plus la force. Draco pensa même que si ça devait continuer ainsi il n'avait qu'à le tuer, et vite. Ses blessures à vifs le faisaient atrocement souffrir et il en avait plus que marre d'être entre les mains de son tortionnaire qui s'amusait comme un petit fou.
Pourtant quand l'homme sortit encore une fois son poignard, Draco eut envie de hurler. Ca allait recommencer. Qu'est-ce qu'il voulait faire de lui ? du steak haché ou quoi ?
Soudain la porte explosa littéralement sous les coups de Ghanos qui avait senti son calice en grande détresse, au point de vouloir mourir. Ghalanéa avait trouvé une autre piste et ils n'avaient pas perdu de temps pour la suivre.
Ce qu'il vit, en entrant dans la demeure, le remplit d'une colère telle que l'inconnu vola à l'autre bout de la pièce comme s'il ne pesait pas plus lourd qu'un fétu de paille. Lucius se précipita vers son fils et le détacha puis il retira sa propre cape et en recouvrit le blessé qui perdait beaucoup de sang. Pendant ce temps Ghalanéa jeta un sort et se posta devant la porte pour que l'autre ne cherche pas à s'enfuir.
-Pourquoi, Christopher ? demanda Ghanos qui avait reconnu immédiatement l'autre homme.
-Je t'aime, Ghanos. Tu m'as laissé pour ce jouvenceau, je suis sûr qu'il ne te procure pas autant de plaisir que moi j'ai pu t'en donner. Tu es à moi et à moi seul ! Reviens-moi, laisse-le partir, il s'en remettra il est jeune.
-Je ne quitterais pas Draco, c'est lui que j'aime, Christopher, et si tu ne peux pas te faire à cette idée c'est tant pis pour toi.
-Alors je vais le tuer ! hurla le ravisseur en se relevant pour se précipiter vers Draco.
-Tu n'en auras pas l'occasion, tu vas mourir avant.
Christopher ouvrit la bouche et laissa ses canines grandir, Ghanos fit de même. Leurs yeux devinrent rouges et leur aura prit une couleur cramoisi. Les deux hommes allaient s'affronter dans la petite cellule et Lucius dut tirer Draco un peu plus vers le mur pour éviter de se retrouver entre eux. Le ravisseur se jeta sur Ghanos et essaya de le mordre profondément à l'épaule, dans le même temps le prince, plus malin, sortit une dague de sa botte et la pointa vers son ennemi.
Le dénommé Christopher avait perdu la sienne et il n'avait pas le temps de la chercher. Il recula avec adresse et rapidité pour éviter la lame, les vampires avaient des réflexes déconcertants quand il s'agissait de sauver leur vie, comme les humains, sans doute.
Sans crier gare ils se jetèrent l'un sur l'autre en poussant un cri pour intimider l'autre. Il ne resta plus qu'un amalgame de jambes et de bras qui roula par terre et qui se battait pour la victoire. Lucius grogna quand il vit, entre une accalmie, apparaître des tâches de sang sur la chemise de Ghanos. Le combat dura ainsi un très long moment puis tout se termina sans qu'il ne sache qui était le vainqueur.
Les deux hommes restaient à terre et aucun ne respirait, mais cela n'était pas significatif, surtout pour des vampires, pensa le blond, très inquiet qui gardait sa baguette prête à servir si le vainqueur n'était pas le bon. Draco se retourna avec peine et se détacha maladroitement des bras de son père pour aller vers son vampire. Il se jeta dessus tandis que Ghalanéa surveillait Christopher qui n'avait pas encore ouvert les yeux.
Ghanos avait perdu du sang, beaucoup trop. Draco, malgré sa faiblesse, lui tendit son cou sans s'occuper de ses propres blessures, il savait que son prince avait besoin de lui. Celui-ci lui caressa les cheveux puis l'attrapa par la nuque et planta doucement ses crocs dans la gorge de son calice. Les deux hommes gémirent de concert, le plaisir était tellement soutenu qu'ils arboraient tous deux un début d'érection. La morsure provoquait toujours ça et l'état de Draco ne changea rien au fait.
Quand il eut assez bu Ghanos quémanda la bouche de son amant pour un baiser des plus prometteurs. Lucius détourna le regard pour ne pas les gêner et ses yeux tombèrent dans ceux de Ghalanéa qui le regarda narquoisement en souriant. l'homme blond se releva et la déshabilla de son regard gris, salace. Là pour le coup c'est elle qui rougit et qui détourna les yeux.
Tien ! prend ça, pensa le Serpentard. Non mais, qui était-elle pour se moquer ainsi de lui !
-Allez, Ghanos, se reprit la jeune femme en interrompant les deux amants, il faut que vous repartiez à Poudlard, aide Draco à se lever, moi je m'occupe de Christopher.
-Mais il n'est pas mort ! remarqua Draco d'une voix affaibli.
-Non, Draco, pour tuer un vampire il faut lui couper la tête.
-Ne faite pas ça ! s'affola le jeune homme.
-Pourquoi ? Il a voulu te tuer quand même !
-Je…je me mets à sa place, et si un jour tu ne veux plus de moi, Ghanos, moi non plus je ne supporterai pas de te perdre. S'il t'aime alors peut-être y a-t-il quelque chose de bon en lui ! Laisse-le vivre s'il te plaît ! Pour moi.
Le vampire hésita, que devait-il faire ? Il ne voulait pas faire de peine à son calice pourtant…..
Les autres attendaient sa décision et Draco le regardait avec des yeux fatigués, sur son visage coulaient encore des traînées de sang. Il tremblait, son ange, et il avait mal, pourtant il s'inquiétait de ce qu'il pouvait advenir de son ravisseur, alors Ghanos capitula malgré lui.
-D'accord, mon amour, je lui laisse la vie sauve, mais s'il s'approche à moins d'un mètre de toi je le tue…..
Le prince ne finit pas sa phrase, le jeune calice s'était évanoui dans ses bras. Doucement il se releva avec son fardeau puis il sortit de la cellule avec Lucius sur ses traces.
Ghalanéa ne partait pas avec eux, elle s'assit bien sagement dans un coin de la cellule et attendit patiemment que Christopher se réveille. Ils devaient discuter tous les deux avant qu'elle ne le relâche dans la nature. La princesse était contente que Draco le laisse en vie malgré ce qu'il avait subi, elle avait l'impression de savoir pourquoi le vampire souffrait autant.
Apparemment Christopher avait du mal à se faire à sa rupture d'avec son frère, et étrangement elle comprenait. Il suffisait pourtant à Christopher de se trouver quelqu'un d'autre pour oublier, pensa-t-elle naïvement.
-D'accord, chuchota-t-elle presque pour elle, c'était peut-être plus facile à dire qu'à faire. Mais après tout qui ne tentait rien n'avait rien, non ? Enfin ça c'était bon pour les autres mais pas pour elle.
