Les Amours d'Antan (George Brassens) :

« Winry, il doit exister une photo de vous, quelque part dans mes vieux papiers, où l'on vous voit porter ces hideux treillis que vous aimiez tant – ou plutôt l'un de ces vêtements désespérément noirs qui encombraient vos armoires et qui exprimaient votre "révolte contre la société capitaliste."

Sur ce cliché, vous me considérez probablement avec un regard de défi, grave, les sourcils froncés ; ou bien luttant contre un fou-rire inexpliqué.

Peut-être qu'un jour, je la retrouverai – je la tirerai d'un vieux dossier en carton craquant, jauni, effrangé, dont les coutures à demi arrachées tiendront à peine ensemble ; je la prendrai précautionneusement, du bout des doigts, pour ne pas abîmer le papier glacé devenu cassant au fil des ans ; je le porterai en pleine lumière, pour la voir à mon aise ; j'aurai probablement un sourire amusé – ironique, même, mais amical, semblable à celui que j'adressais à la vraie adolescente que vous étiez ; oui, celui-là même qui vous vexait tant, qui vous faisait dire que je me prenais au sérieux.

Puis, avec lenteur, nostalgique, le sourire s'effaçant peu à peu sur mon visage, je la remettrai dans son dossier, le fermerai tout aussi précautionneusement que je l'avais ouvert et le rangerai sur une étagère ; alors viendra la seconde fraction du souvenir.

Je fermerai les yeux et vos contours de papier s'animeront dans mon esprit, le sang enflammera vos veines jaunies, marbrera à nouveau vos mains ; la vie remplira et saturera votre corps, versera en vous ses couleurs, ce dégradé de chairs pâles auxquelles elle donnera un nouveau relief ; sous mes paupières closes, vous vous débattrez pour vivre un instant de plus. Puis, vous vous estomperez ; au moment ou je croirai pouvoir saisir votre image, vous deviendrez floue, incertaine, perdue dans un épais brouillard ; enfin, lorsqu'un bâillement me secouera, je vous verrai, toute petite, partir gaiement vers mon oubli.

Alors je me frotterai les yeux, et j'y trouverai avec surprise une larme ténue, à peine perceptible, qui me fera sourire encore.

Winry, je vous aime. »


Drabble atrocement niaiseux qui ne respecte pas la limite de mots, mais que j'aime bien pour des raisons mystérieuses. :-)