Chapitre 37
Maria lança une nouvelle pierre contre le mur en face d'elle, qui ricocha sur les barreaux qui la retenaient en captivité. Se faire sauver d'une cellule pour être mise dans une autre cellule. Génial.
Le trou dans son T-Shirt laissait passer l'air et il faisait plutôt froid. La veste de Damon était par terre à côté d'elle : Il lui avait prêté, mais elle se refusait à la porter. Ses yeux étaient encore irrités, des pleurs de quelques heures auparavant et d'avoir frotté pour éteindre ceux qui menaçaient de poindre lorsqu'elle se réveilla de sa dix-septième mort. Normalement, elle se laissait aller à pleurer, parce que merde elle était morte et si personne ne pleurait pour sa propre mort, où allait le monde ? Mais lorsqu'elle se réveilla en criant, Damon était là, de l'autre côté des barreaux, assis et elle aurait juré que sa main était dans la sienne avant son réveil. Elle avait donc ravalé ses larmes et n'avait pas pipé mot, ni répondu à ses questions comme « ça va ? » ou « Toujours des envies de meurtre ? ».
Il était d'ailleurs toujours là, observant les allers et retours des cailloux de Maria sur le mur. Il finit par soupirer et attrapa les barreaux entre ses deux mains.
« Écoute, j'ai pas foutu d'acide sur cette veste, tu pourrais au moins la mettre et ne pas risquer une pneumonie ? »
Oh oui, une pneumonie c'est le premier de mes soucis, je viens juste de me faire tuer par mon ex amie et je suis enfermée comme une criminelle, mais oui la pneumonie, c'est très grave, pensa-t-elle, mais ne dit toujours rien. Elle relança une pierre et celle-ci se cassa au contact du mur. Ou plutôt du bloc de granit. Elle n'arrivait pas à croire qu'ils l'aient enfermé dans la cellule où Katherine ou Tyler avaient passé des nuits agitées.
Elle regarda autour d'elle et vit qu'elle n'avait plus de projectiles. Elle souleva alors la veste pour voir s'il y en avait, et ne manqua pas l'air plein d'espoir du vampire, avant qu'elle ne prenne trois pierres en la laissant tomber.
« Mais bordel Maria ! » Il tapa dans le barreau et le tordit légèrement. Elle ne bougea pas d'un pouce et continua de lancer. Le dernier caillou finit par toucher Damon dans le ventre lorsqu'il entra dans la cellule. Il attrapa la veste et entreprit de la mettre sur les épaules de la jeune femme, qui se dégagea tant qu'elle put de son emprise, considérant qu'il l'entourait de ses bras. Elle finit par le pousser et il tomba sur ses fesses, avec l'air d'avoir pris une claque. Elle reprit sa place sans un mot et baissa les yeux vers le sol. Elle ne voulait pas se l'avouer, mais le simple fait d'être près de lui la faisait souffrir. Le fait qu'il l'ait vue mourir et renaître comme un monstre n'arrangeait pas les choses, et ne parlons pas du fait que c'était la fille qui les avait séparés qui l'avait tuée.
Damon revint s'agenouiller devant elle et essaya une nouvelle fois de lui mettre la veste. Cette fois-ci, il réussit à la faire parler.
« Laisse-moi ! J'en veux pas de ta veste !
-Je fais ça pour ne pas que tu choppes un truc ! Rétorqua-t-il en lui agrippant les poignets.
-Qu'est ce que ça peux te foutre, je ne meurs pas ! »
Damon la leva et la colla contre le mur, son visage à vingt centimètres du sien.
« Et donc, parce que tu ne meurs pas, tu vas laisser toutes les merdes du monde s'effondrer sur toi ? » demanda-t-il avec un calme limité, « Tu te détestes tellement d'être comme ça, que tu préfères devenir un punching ball ? »
Elle ne répondit pas, mais ne lutta pas non plus, préférant baisser les yeux. Il serra les dents et retira ses mains de ses bras, pour les mettre de chaque côté de son corps sur le mur.
« Écoute, je comprends que tu me haïsses, que tu haïsses Elena, mais si tu te fais inutilement souffrir, je vais vraiment finir par perdre la boule, OK ? Ne me rends pas plus mal que je ne le suis déjà, s'il te plaît. »
Elle déglutit et hocha la tête, puis le regarda dans les yeux. Quelques secondes passèrent, puis elle gigota d'un pied sur l'autre.
« Arrête de faire ça... »
Cela rappela à Damon un nouveau moment qu'ils avaient passé tous les deux, et il se l'avouait, à l'instant comme à l'époque, il avait la même idée en tête.
« Faire quoi ? »
À cet instant, le téléphone de Maria sonna et elle tourna le regard vers celui-ci, resté par terre là où Damon était assis auparavant. Elle le poussa ensuite d'elle.
« Donne-moi mon téléphone, Damon. » A son regard hésitant, elle insista « S'il te plaît ! ».
Il sortit sans lui tourner le dos et attrapa ensuite le téléphone, qu'il lui tendit. Elle répondit aussitôt.
« Allô ?
-Maria, tu es où ?! Bon Dieu, William, il a... »
Maria tomba par terre, les deux mains sur le téléphone à son oreille.
« Il est en vie ?! Dis moi qu'il est en vie, Sarah ! Cria-t-elle.
-Oui ! Oui il est en vie, mais on est à Mystic Falls avec ton frère à l'arrière du camion et on ne peut pas aller à l'hôpital ! Viens nous trouver !
-Qu'est ce que tu vois ?
-Une... Une allée et un bureau de poste, et une supérette. »
Maria respira deux fois profondément, sous le regard inquiet de Damon.
« Alors allez au bout de la rue avec le bureau de poste sur votre gauche, tournez à droite, et à la troisième à gauche, troisième maison. Je fais au plus vite. Défoncez la porte s'il le faut. »
Elle raccrocha et mit le téléphone dans sa poche de jean, puis passa la veste du vampire et s'arrêta devant les barreaux.
« Fais-moi sortir.
-Je ne peux pas, tu pourrais être encore sous contrôle, hésita-t-il.
-Damon, mon frère se vide de son sang chez moi à l'heure qu'il est, j'ai besoin de le rejoindre ! » Se mit-elle a crier.
Il la sonda de ses grands yeux bleus, toujours douteux. S'il la laissait sortir, elle pourrait se ruer sur Elena. Si ça se trouvait, il s'agissait d'un plan de secours de Klaus. Il décida d'aller voir lui-même si son frère était chez elle et se tourna.
« Damon, je t'en supplie, ne me fais pas ça... » murmura-t-elle et il s'arrêta net. C'était presque un gémissement. « C'est la seule personne qu'il me reste. Ne me laisse pas le perdre aussi. »
Et puis merde, pensa-t-il. Il se tourna et ouvrit la porte de la cellule.
« Je viens avec toi. Monte. »
Il lui tendit la main, et elle la serra.
Ils arrivèrent plus vite que jamais et Maria réussit à descendre du dos de Damon sans tomber. Elle vit que la porte avait effectivement été enfoncée, et ne prit pas le risque de regarder l'arrière du pick-up. Damon lui sentit l'odeur du sang de là où il était.
« Maria ! » Appela un grand bonhomme qu'il reconnut comme étant Roger, pour l'avoir vu lors de sa visite mémorielle chez Michael. « Où étais-tu ?
-En captivité. Il est sur le canapé ?
-Chambre d'ami. Il a réussi à parler tout à l'heure, il a dit que tu le tuerais s'il mettait du sang sur le sofa... »
Elle ne prit pas le temps de rire et monta les marches quatre à quatre, Damon derrière elle. Roger referma sa prise sur son couteau en le regardant. Pouvait-il discerner les vampires ? Il foutait un peu les jetons, en tout cas.
Il trouva Maria dans la chambre, à genoux devant son frère étendu et bien amoché. On aurait dit qu'un dinosaure l'avait griffé de haut en bas, et il était sûr que si les bandages autour de lui n'étaient pas là, on pourrait probablement voir l'intérieur de son corps à certains endroits. Cela ne le réjouit pas, même s'il ne l'avait jamais beaucoup aimé. Il posa une main sur l'épaule de Maria et s'accroupit. En face d'eux, une jeune femme d'origine africaine avait posé un cathéter au bras du frère et nettoyait les endroits de son corps qui n'était pas trop abîmés.
« Comment il va ? S'enquit Maria.
-Pas bien. Je ne veux pas te mentir, il est à deux doigts d'y passer. Il a perdu trop de sang et on n'a rien pour faire une transfusion. Il a peu de chances à l'heure qu'il est. »
Les yeux de la chasseuse voguèrent de droite à gauche, le long du corps de son frère, puis elle posa ses mains à plat sur le matelas.
« Tant pis pour les regards curieux, on l'amène à l'hôpital.
-Maria, » fit Roger derrière eux, à la porte, « Même si c'est ton frère, tu connais la règle. La moindre exposition et les chasseurs seront traqués. On ne peut pas prendre de risques. »
Maria prit la main de son frère dans les siennes et expira longuement, le regard fixé sur son visage tuméfié. Elle s'autorisa à poser sa tête sur l'épaule de Damon, le poids des évènements de la journée sans doute trop exténuant. Le vampire passa son bras autour de ses épaules, sa main juste à l'endroit de sa gorge où il pouvait sentir son pouls le plus fort. À chaque fois, la sensation du sang de la jeune femme sous sa main lui faisait des frissons.
Le sang.
Damon mit sa bouche à l'oreille de la chasseuse et murmura, juste assez pour qu'elle seule puisse l'entendre.
« Je peux le sauver. »
Elle leva les yeux vers lui, la bouche légèrement entrouverte lorsqu'elle comprit où il voulait en venir.
« Mais,... Si il meurt...
-Si il meurt, il aura le choix pendant une journée, mais là, si on ne fait rien, il mourra de toute manière. Tu m'as dit que tu ne voulais pas le perdre ? Alors accepte mon aide. »
Elle se tourna vers les gens dans la pièce et quelques uns sortirent, tandis que l'infirmière et Roger restaient à côté de la fenêtre. Elle leva les yeux vers celui-ci et il le vit secouer la tête.
« Roger, c'est le seul moyen de le sauver pour l'instant.
-Si il y reste, on va devoir le tuer. Je ne laisserai pas un vampire nouveau-né comme ça dans la nature.
-Mes meilleurs amis sont des vampires. Je ne veux pas que mon frère en devienne un, mais s'il doit en être ainsi pour ne pas le perdre, je le ferai. Si vous ne voulez pas voir ça, vous pouvez sortir. »
Roger se leva, puis sortit de la pièce et les autres firent de même. Au bruit, elle sut qu'ils se réunissaient dans le salon pour passer le temps. L'infirmière quant à elle sortit sa trousse et s'approcha de Damon.
« On va éviter de faire ça salement, » dit-elle en sortant une seringue stérile, « Donnez votre bras. »
Il lui tendit et elle fit un nœud avec un lacet avant de piquer. Maria vit le sang jaillir dans le tube et remplir totalement le compartiment.
« Laissez-en moi un peu, ce serait dommage que je perde connaissance ! » Tenta-t-il et la jeune femme sourit.
Elle administra son sang à William dans le silence, et demanda à Damon de faire deux échantillons de plus, pour bonne mesure. Ils sortirent ensuite de la chambre et rejoignirent les autres en bas. Le vampire eut soudain l'impression d'être un cheval à l'abattoir.
Les chasseurs étaient nombreux, peut-être quinze ou seize, autant de femmes pratiquement que d'hommes, et si certains avaient véritablement l'air de tueurs comme Roger, d'autres lui faisaient plutôt pensé à des techniciens informatiques, d'autres à des parents au foyer. Ils étaient d'une telle diversité qu'on aurait pu les prendre pour des touristes, si les trois gros pickups boueux dans le jardin avaient été des camping-cars. Sa curiosité le mena à se demander à quoi ressemblait leur vie de tous les jours. Où vivaient-ils ? Est-ce qu'ils étaient constamment sur la route, créchant dans des motels nuit après nuit tandis qu'ils sillonnaient les routes à la recherche de monstres à tuer ? Une chose était sûre, il ne voudrait pas se trouver devant l'un d'eux au détour d'un trottoir. À vrai dire, il n'avait jamais envisagé l'existence de vrais groupes de chasseurs, d'ailleurs avant Alaric et Maria, il ne s'était jamais posé la question.
« On est juste venus pour ton frère, dès qu'il est sorti d'affaire on se tire. » fit un grand bonhomme assez mince, dégarni et mal rasé, avec une arbalète pendouillant à son bras droit. Il avait dit cela sur un ton dédaigneux et même Damon avait senti la répulsion qu'il avait d'être dans la même pièce qu'un vampire. Ils étaient probablement tous dans ce cas.
« Merci de l'avoir amené ici, j'ai conscience que ça sort de nos consignes de sécurité... », commença Maria, mais une femme au longs cheveux noirs, arborant une petite cicatrice sur le sourcil droit, la coupa.
« Non, que tu viennes le récupérer à trois pâtés de maison d'ici, ou dehors devant ta piaule, ça serait sorti de nos consignes de sécurité. Là, on est dans une maison avec deux vampires, des tas d'armes, et un cadavre en transition là haut. C'est un putain de guet-apens, v'là ce que j'en dis !
-Ta gueule, Jeannie ! On s'en branle de tes théories de conspiration à deux balles, il s'agit de Maria là, c'est elle qui nous a réuni. Montre-lui un peu de respect, sans elle tu crècherais encore à l'asile d'où on t'a tiré ! » grogna un jeune homme roux vêtu d'une chemise bleue quelque peu trouée.
Damon serra les dents, espérant ne pas se prendre une balle ou une flèche. Il sentit Maria bouger à côté de lui et en la regardant, il crut voir la même jeune femme qui avait marché vers le vigile du No Man's Land, le trop plein d'assurance écrasant tout le monde autour d'elle. Comme s'ils l'avaient senti, quelques uns la fixèrent et tous finirent par se taire, attendant ce qu'elle allait dire.
« Je sais qu'on a des règles. Je sais que nous sommes des chasseurs, c'est notre nature de catégoriser pour tuer. Mais je suis ce que je suis grâce à cet homme, et j'aimerais assez que vous lui accordiez le respect. Il a beau être ce qu'il est... » Elle leva les yeux vers lui, un sourire fier aux lèvres. « C'est un chasseur. Et c'est mon partenaire. Si vous avez un problème avec ça, vous pouvez vous tirer, je ne vous en tiendrais pas rigueur. »
Le silence se fit dans le salon. La femme à la cicatrice n'avait pas l'air contente, mais elle baissa néanmoins les yeux, les bras croisés. Roger était impassible, monstre de muscle basané, sa main n'ayant jamais lâché son couteau. Le petit jeune sourit à Maria et leva le pouce vers elle.
Une petite voix derrière eux brisa le silence, demandant timidement : « Est-ce que quelqu'un veut manger quelque chose...? ». Ah, Caroline, pensa Damon, voilà la signification des « deux vampires ». Quelques personnes, ayant visiblement déjà rencontré la blonde, lui sourirent et vinrent l'aider à préparer quelque chose à manger. Il remarqua que certains étaient forcés, mais n'en dit rien.
« Je me sens carrément moins détesté, maintenant ! » fit le vampire pour détendre l'atmosphère, et Maria lui fit un demi-sourire, ayant perdu de sa volonté. Elle avait le visage du souci, aussi cela ne l'étonna pas qu'elle remonte rapidement au chevet de son frère. Il décida de donner des nouvelles à son propre frère et sortit sur le perron pour l'appeler.
« Hey, alors est-ce que tout va bien ? Demanda Stefan dès la deuxième sonnerie.
-On ne sait pas encore, j'ai donné de mon sang à William, mais rien ne dit qu'il ne fasse pas le grand plongeon pour rejoindre la compagnie de la nuit. Maria est à son chevet et Caroline et moi sommes entourés d'une quinzaine de chasseurs.
-Ouch. Pas trop de bleus ?
-Pour l'instant non, j'espère que ça restera comme ça. Elena, ça va ? »
Il se demanda l'espace d'un instant pourquoi il n'avait pas demandé cela plus tôt, mais se rappela bien vite la rage de la voir empaler quelqu'un avec un bout de bois.
« Elle est encore sous le choc. Maria n'est plus sous le contrôle de Klaus ?
-Sauf s'il lui a programmé une commande de sécurité kamikaze, je pense qu'on n'a plus rien à craindre. Attends, elle est sous le choc de quoi ?
-Eh bien elle ne s'attendait pas à tuer l'une de ses amies ce soir, je suppose ? » répondit Stefan avec sarcasme, comme si sa question avait été la plus bête du monde.
« Oh, je vois. C'est vrai qu'elle a longuement hésité après tout...
-Damon, on sait tous les deux que Maria l'aurait tué, même si ça me fait mal de penser comme ça aussi...
-Il n'empêche. Et puis s'il te plaît, elle n'est pas son amie.
-La faute à qui ? » répliqua Stefan et son grand frère ne put rien répondre à cela. Il raccrocha et respira un moment l'air frais. Il n'était pas loin de deux heures du matin et Maria devait travailler demain, sans doute. Il devrait peut-être le lui rappeler ? Quoiqu'en avait-elle quelque chose à faire de ses patrouilles, à présent ? À travailler pour un escroc comme le maire Springfield, il aurait vite fait de pioncer au bureau. Il retourna à l'intérieur et chercha Maria des yeux sans la trouver. Puis distinctement, il entendit la porte de la chambre d'ami s'ouvrir. Maria en sortit et il l'entendit fermer la porte de sa propre chambre. Il attrapa une bière et la descendit à moitié, tentant d'écouter les histoires de chasse des invités dans la cuisine et dans le salon, car il semblait qu'ils s'étaient réchauffés au contact de Caroline, et faisaient maintenant autant de boucan qu'un troupeau de buffles. Puis n'y tenant plus, car il avait envie de la voir, de savoir si elle allait bien, il monta à l'étage.
« Monsieur Salvatore, » entendit-il et il passa la tête dans l'entrebâillement de la chambre d'ami, pour y voir l'infirmière qui le regardait. Il entra et jeta un œil à William. Il était lavé, et avait retrouvé un peu de couleurs.
« Est-ce qu'il est...? demanda-t-il et l'infirmière sourit de son sourire émaillé.
-Il est tiré d'affaire, et il n'est pas mort dans le processus. Il va aller très bien grâce à vous. Merci. »
Il hocha la tête et chercha une blague à faire ayant rapport avec la banque du sang, mais il ne put vraiment la sortir. Il se contenta de regarder à nouveau le frère de Maria et se décida à faire ce pourquoi il était monté.
Il toqua et n'eut pas de réponse, mais entendit la douche s'arrêter. Il entra donc et s'assit sur le bureau, les mains serrées sur le bord de la planche de bois.
Donc, il avait sauvé son frère. Comme ça, sans rien demander en retour. Sans se dire « elle me doit quelque chose à présent ». Les choses qu'il faisait pour elle l'étonnaient. Il était effrayé de l'autre lui, à l'intérieur, celui qui faisait que son cœur manquait un battement chaque fois qu'il entendait sa voix. Celui qui avait détesté Elena tellement fort qu'il lui aurait brisé le cou, dans la mairie. Celui qui avait faillit mourir de peur dans la caverne, comptant les minutes et se demandant pourquoi elle ne se réveillait pas encore. Il se voyait encore, tel un imbécile, lui crier « Pourquoi tu ne te réveilles pas ?! » pendant dix minutes. Puis elle avait ouvert les yeux, crié comme lui, et il eut l'impression qu'elle allait pleurer comme un nouveau-né, mais elle l'avait regardé et s'était renfermée sur elle même.
Il se rendit compte qu'il aurait aimé qu'elle pleure, pour pouvoir lui dire de ne pas pleurer. Il aurait aimé servir à autre chose qu'à porter son cadavre jusqu'à une grotte pour la séquestrer. Il envoya un message à Stefan pour lui dire de veiller sur Elena, au cas où, mais il avait vu dans ses yeux qu'elle ne représentait plus un danger. Si elle devait réellement tuer quelqu'un, ce serait lui. Quitte à aller en Enfer, car il avait compris que c'était ce dont elle avait peur, autant qu'elle l'emporte avec lui.
Il se sentit soudain nauséeux et tourna la tête vers le miroir sur la porte de l'armoire. L'expression qu'il arborait n'était pas celle qu'il sentait sur son visage. Le miroir le regardait avec haine alors que lui regardait le miroir avec un grimace d'incompréhension. Puis il cligna des yeux et c'était son visage incrédule qu'il voyait à nouveau. Il se frotta les yeux. Soit c'était la prise de sang, soit il devenait schizophrène. Il préférerait la première option.
Ses pensées furent vite balayées lorsque Maria sortit de la salle de bain. L'odeur de mangue et de cannelle arriva jusqu'à ses narines, et il fut heureux qu'elle se tourne et ferme la porte, pour ne pas le voir fermer les yeux.
Elle ne portait pas de pyjama, elle s'était rhabillée d'un T-Shirt gris et d'une paire de Jeggings, les pieds nus. Il s'étonna du fait qu'elle ait du vernis, il ne l'avait jamais vu en mettre. Elle avait probablement pleuré dans la douche, comme elle le faisait chaque fois qu'elle était triste.
Il sauta du bureau et fit un pas vers elle, mais resta à bonne distance. Il ne dit rien non plus. Elle avait les bras ballants et le regardait avec un air indescriptible. De la tristesse, sans doute, mais peut-être un peu de soulagement et beaucoup de fatigue morale. Elle sembla hésiter sur quelque chose, faisant un pas vers lui puis reculant, puis d'un souffle elle lui dit « Merci. ». Damon sourit à cela.
Elle lui redit merci, se rapprocha, et lui redit merci une dernière fois avant que sa bouche ne recouvre celle du vampire. Surpris, il ne bougea pas, et la laissa mettre ses mains de part et d'autre de son visage. Ce n'est que lorsqu'elle lui dit « Merci, Damon », qu'il l'entoura de ses bras et la serra contre lui, la soulevant du sol pour l'embrasser passionnément.
Elle planta ses doigts dans ses cheveux et se cambra pour être plus près de lui encore, si c'était possible. Il recula jusqu'au bureau où il l'assit, et passa sa langue sur ses lèvres avant de descendre le long de sa mâchoire, lui arrachant un petit gémissement. Elle caressa son torse sous sa chemise blanche un peu sale, et sentit des frissons parcourir le dos du vampire autant qu'il lui en causait avec ce qu'il faisait à cet endroit particulier entre son cou et son épaule.
Elle entendit les coutures de son T-Shirt craquer légèrement lorsqu'il poussa le tissu loin de son épaule pour y déposer des baisers, et trouva qu'il était juste qu'elle déboutonne sa chemise en retour. Elle dut se détacher de lui pour ce faire et elle ne s'était jamais sentit aussi incomplète qu'à cet instant. Sentant sa chemise tomber de ses épaules, Damon s'en débarrassa définitivement sur le sol et attrapa ensuite les mains de Maria, la faisant lever les yeux vers lui. Il captura ses lèvres à nouveau, puis tira sur son T-Shirt et l'en extirpa également.
Ses mains n'étaient pas froides quand elles se posèrent sur sa poitrine, pendant qu'elle laissait des trainées sur la base de sa mâchoire avec sa langue. Elle mordilla la peau et la main de Damon vint comme par réflexe dans les cheveux de la jeune femme pour accompagner le petit bruit qui s'échappa de sa gorge. Il entendit sa ceinture tomber et son pantalon suivit.
Elle sentit les mains de Damon sur ses hanches, tirant sur l'élastique de son propre pantalon. Elle s'appuya d'une main sur le bureau et se souleva pour qu'il puisse le retirer, et il la porta ensuite jusqu'au lit ou il la déposa en douceur, la rejoignant immédiatement. Elle l'attira à lui entre ses jambes et les croisa ensuite autour de lui, tandis qu'il se laissait aller à un coup de hanche lascif qui les firent tous deux convulser légèrement. Maria haletait déjà, déposait des baisers sur les lèvres de Damon comme des petits papillons, jusqu'à ce qu'il s'amuse à faire de même sur le corps de la jeune femme. Elle ferma les yeux et plongea ses mains dans les cheveux du vampire une fois de plus, son nom sur le bout de ses lèvres.
Lorsque le bruit de sa ceinture retentit dans la chambre, Damon ouvrit les yeux et vit Maria enfiler son pantalon, presque dos à lui. Il s'étira et s'assit sur le lit, ne cessant de la regarder. Elle devait sentir un trou se former dans son dos tellement son regard était intense sur elle. Il chercha son boxer des yeux et le trouva au pied du lit. Dans leur hâte, ils n'avaient même pas défait les couvertures. Il enfila ses sous vêtements et Maria se tourna pour retrouver son soutien-gorge. Leurs regards se croisèrent et il eut envie de lui arracher son pantalon à nouveau, mais il n'était pas sûr qu'elle soit d'accord, cette fois-ci. Elle finit de s'habiller et s'apprêtait à sortir, mais il posa sa main sur la sienne pour l'empêcher de tourner la poignée.
« Sérieusement ? Tu vas partir comme ça ?
-Qu'est-ce que tu veux que je te dise, Damon ? »
Elle avait dit son nom si normalement, alors que quelques minutes plus tôt elle l'avait soupiré à l'infini, et presque crié. À ce souvenir il n'eut envie que de la plaquer contre la porte.
« Dis moi pourquoi.
-Pourquoi ? J'ai besoin de me justifier ? » fit-elle d'une voix qui se voulait froide, mais il pouvait en discerner les tremblements.
You want a revelation,
You wanna get it right
But, it's a conversation,
I just can't have tonight
You want a revelation
Some kind of resolution
You want a revelation
« Non, mais moi j'en ai besoin. » dit-il de sa voix grave dans le creux de son oreille, et malgré elle, elle recula pour être contre lui. Il passa machinalement un bras autour de sa taille. « Il faut que je sache si ça vaut la peine de compliquer la situation. »
No light, no light in your bright blue eyes
I never knew daylight could be so violent
A revelation in the light of day,
You can't choose what stays and what fades away
Elle retint son souffle, sans doute réfléchissant à grande vitesse, et finalement lâcha « Non, ça n'en vaut pas la peine. »
Damon fut surpris de sa propre réaction, lorsqu'il la retourna et prit son visage entre ses deux mains.
« Alors dis moi que tu ne m'aimes pas, comme la dernière fois. Fais en sorte que ce soit clair, Maria. Tu arriverais à le dire ? »
Elle attrapa les mains de Damon et les ôta de son visage, puis fronça les sourcils.
« Et toi alors ? »
Il ne sut comment répondre, alors elle le poussa légèrement et sortit. Il soupira et tourna la tête, vers son reflet dans le miroir.
« Probablement pas », marmonna-t-il alors qu'il faisait de nouveau face à un visage haineux.
Le visage de sa sœur fut la première chose que William vit à son réveil. Ce n'était pas désagréable, considérant le fait qu'il était convaincu de se réveiller soit dans la poussière d'une vieille maison hantée, soit auprès de son père dans l'au-delà. Il aurait préféré qu'elle sourit, mais pour sa défense, elle n'avait jamais vraiment beaucoup souri, depuis qu'il la connaissait. Il tenta d'avaler le goût pâteux dans sa bouche, et se redressa prudemment ; Il se rappelait encore le coup de griffe de la gargouille, le déchirant de part en part. Mais rien d'autre qu'une légère raideur ne le gêna, aussi leva-t-il la couverture et son T-Shirt pour n'y voir que de fines cicatrices. Et bien que très content de ne pas souffrir, il ne put s'empêcher de regarder sa sœur avec questionnement. Là, il vit le sourire qu'il espérait poindre sur ses lèvres rouges et elle se leva de la chaise pour s'asseoir sur le côté du lit, lui saisissant la main.
« Damon t'a donné son sang pour que tu guérisses. Tu n'es pas mort dans le processus, donc je ne vais pas avoir à te transpercer le cœur avec un pieu. » Elle eut un petit rire et son pouce traça une ligne invisible le long du dos de sa main.
« Et en échange, que lui as-tu promis ? » ne put-il s'empêcher de demander. Il se doutait bien que le bonhomme n'était pas le genre à faire la charité, surtout quand il s'agissait de sa sœur. Mais lorsqu'elle secoua la tête avec un petit rire, il s'aperçut qu'il avait peut-être parlé trop vite.
« Il est encore là ? » demanda-t-il alors et lorsqu'elle lui répondit que oui, il l'envoya le chercher pour le remercier dignement, comme le lui avait appris le Père Ambrose. Il la vit ciller, puis hésiter, et elle tapota sa main avant de sortir.
Il ne lui avait peut-être rien demandé en échange, mais elle se sentait redevable de quelque manière, il le sentait.
Elle descendit les escaliers et tomba dans le salon désert : Les chasseurs avaient décidé de trouver un hôtel pour la nuit, au vu de leur trop grand nombre et de leur besoin de repos. Caroline avait élu domicile chez les Salvatore pour la soirée, car apparemment Bonnie avait repointé le bout de son nez ; Elle avait disparu de la circulation pendant tant de temps, ne donnant que peu de nouvelles, qu'Elena avait décidé de les réunir toutes les trois là où elles pourraient mettre les choses au clair. Elle ne les blâmait pas : La situation était incompréhensible, entre les démêlés de ses amis avec le conseil, les évènements inopportuns sous la forme de convois de chasseurs, l'arrivée de Klaus et ses magouilles destructrices...
Elle vit une ombre à travers la fenêtre et sortit, les bras autour de son corps pour se protéger du froid. Damon était dos à elle, les paumes appuyées sur la rambarde du perron, la tête baissée. Il se tourna lorsque la porte claqua, et elle put voir la réflexion sur son visage qui s'estompa peu à peu, remplacée par un air entre la tension et l'hésitation. Elle ne voulait pas le laisser s'empêtrer dans trop de cérémonies, alors elle lui demanda rapidement de monter voir son frère qui voudrait le remercier. Il la regarda sans parler, puis retomba dos à la rambarde, tête vers le haut en soupirant.
« Maria, je ne veux pas de ça. »
Elle fronça les sourcils, convaincue qu'il ne parlait pas de son frère. Pas de quoi ? D'elle ? Si c'était ce qu'il voulait dire, elle n'avait pas très envie de l'entendre Déjà, parce qu'elle le savait pertinemment, et ensuite parce que malgré tout, se faire rejeter encore et encore par l'homme qu'elle aimait l'approchait lentement mais sûrement vers la folie. Elle frictionna ses avant-bras frénétiquement.
« C'est ma faute, OK ? Je t'ai sauté dessus, tu n'auras qu'à dire ça pour te justifier...
-Non, arrête. Tu me prends pour un môme ou quoi ? Je n'ai pas besoin de me justifier à qui que ce soit pour des conneries pareilles. »
Sur le moment, le choix de ses mots lui fit prendre la mouche, mais elle s'imagina Elena entendre cette même phrase, et la pensée de son visage décomposé la remit sur pieds, ce dont elle avait un peu honte.
« Alors, quoi ? Je n'ai pas vraiment le décodeur Damonien sur moi, là, fit-elle avec un haussement d'épaules.
-Ce que je veux dire, expliqua-t-il, c'est qu'à partir de maintenant tu vas m'éviter, et on s'apprête à se relancer sur la même boucle qu'avant. Regarde-nous, on n'arrive même pas à se regarder dans les yeux !
-Je t'ai dit tout à l'heure que ça ne voulait rien dire, t'as pas besoin de te prendre la tête, marmonna-t-elle.
-J'en ai besoin quand tu mens, Mary. »
Elle le regarda durement, lui interdisant silencieusement d'utiliser ce surnom. Cela lui rappelait trop bien leurs nombreux matins partagés, lovés l'un contre l'autre.
« Me regarde pas comme ça, tu n'aurais pas fait ce que tu as fait là haut tout à l'heure, si tu ne voulais pas te prendre la tête.
-Bon, et alors ? Je n'ai pas à me justifier non plus ! Et si ça peut te rassurer, je ne t'éviterai pas, parce que rien n'a changé ! »
Damon laissa l'écho de la voix de Maria disparaître dans la nuit, puis se hissa de la rambarde, résigné. Il ôta sa veste en cuir et la passa sur les épaules de la jeune femme, qui ne dit rien. Mieux valait ne faire aucun commentaire, selon elle. Les mains refermées sur les rails de la fermeture éclair, elle crut qu'il allait coller son front au sien, mais il se contenta de fermer les yeux pour mieux trouver ses mots.
« Je veux te protéger, d'accord ? Et je ne veux pas te donner de faux espoirs, mais, soit ça me revient petit à petit, soit je suis vraiment faible face aux filles qui savent manier une arme. » Il rit à la fin de sa phrase, mais ne loupa pas pour autant le trémolo des battements de cœur de Maria. Seulement, il ne savait pas s'il s'agissait d'espoir, de surprise, ou de panique. Il lâcha la veste et rentra, la laissant seule sur le pas de la porte. Sans penser à rien, elle enfila les manches et s'assit sur l'un des fauteuils, soulevant ses pieds nus du sol. Elle essaya de calmer son corps et son esprit, écoutant les bruits feints de la ville à cinq heures du matin.
Cela avait été un peu étrange pour le vampire d'être remercié pour avoir donner son sang, un sang monstrueux, à un homme qui vivait selon des principes religieux de pureté. Pendant que William lui disait, avec peine, à quel point il lui était reconnaissant, Damon ne pouvait s'empêcher de lui rappeler qu'il aurait pu l'engendrer, le « contaminer ». Mais visiblement, William Ambrose était moins intéressé par ce qui aurait pu se passé que par les faits. Quand il eut fini de le remercier, il n'hésita pas à amener Maria sur le tapis, mais le vampire détourna la conversation habilement : Il avait marmonné des choses incompréhensibles tout en sortant de la pièce à reculons. Essayer d'éclaircir les choses avec elle ou avec son frère étaient des dangers totalement différents.
Il descendit et chercha sa veste des yeux, pensant qu'elle l'aurait remis dans l'entrée, mais elle n'y était pas. Bah, ce n'est pas comme si j'en avais réellement besoin, pensa-t-il. Il sortit et regarda à deux fois le perron. Maria était roulée en boule sur le fauteuil, emmitouflée dans son cuir. Tout en la regardant, un sentiment de confort prit racine en lui. Il se sentait « à la maison », rien qu'à la regarder.
Damon la souleva gentiment et la conduit jusqu'à sa chambre, où il la coucha dans les couvertures aux odeurs de mangue et de cannelle. Puis sans vraiment y réfléchir à deux fois, il ôta ses chaussures et se glissa à côté d'elle, pour qu'elle vienne se nicher dans ses bras. Il parvint à cet instant à mettre un nom sur ce sentiment qui avait prit racine.
La sécurité.
Merci d'avoir lu ce chapitre, qui comme vous l'avez vu se déroule sur une période très courte, à savoir à peine quelques heures.
A partir de ce chapitre, on peut considérer qu'il ne reste qu'une petite semaine et demi d'histoire à nos chers vampires et à Maria pour finir leur épopée. J'envisage un épilogue, selon la manière avec laquelle je censurerai ou non mes idées folles de dernière minute.
J'espère en tout cas que l'histoire ne vous a pas retourné le cerveau et que vous arriverez tant bien que mal à la fin de Dans la Lumière, tout comme moi, en un seul morceau !
