Arc 3 : Tandis que le sang coulait à Marineford.

Chapitre 36 : Il faut sauver Ace !

Emiliae se retrouvait devant un cas de conscience. Que devait-elle faire de ces informations ? Devait-elle ménager Choii et lui cacher à tout prix la vérité jusqu'à ce que toute cette histoire se termine ou devait elle tout lui dire, au risque de la perdre elle aussi ?

- Fufufu, enfin les choses comment à devenir amusantes.

Elle lança un regard noir à Joker avant de lui demander :

- En tant que grand corsaire, cette situation te touche de près. Tu comptes y aller ?

Il sourit malicieusement. Il sentait une légère pression se tasser, que voulait-elle l'entendre dire ?

- Et toi ? Tu comptes participer à une guerre qui ne te concerne pas et qui ne te rapportera rien ?

Elle fronça les sourcils tandis que Franz fit :

- Barbe Blanche est notre allié. Certain des membres de son équipage sont de nos amis. Ace aux poings ardents est très proche de Choii. Si cette dernière va au combat, nous devons l'épauler.

- Fufufu… Quelle touchante loyauté…

- Joker !

Alors que les mots se jetaient les uns contre les autres, se renvoyant comme lors d'un match effréné de tennis, dans sa tête, Emiliae trancha. Pour ou Contre ? Pour. Contre. Pour. Contre. Contre.

Ca y est, elle avait décidé.

- Tais-toi Franz.

- Mais…

- Choii a 21 ans, ce n'est plus une enfant. Si elle choisit d'écouter son cœur, alors laissons la faire.

- Et nous ? On s'est donné tout ce mal pour la tirer des griffes des esclavagistes et tout ça pour rien ?

- On ignore tout de son destin. Mais si tu étais à sa place, préférais tu mourir en esclave ou lors d'une lutte pour la liberté ? Personnellement, si c'était moi, ce serait ni l'un ni l'autre. Jamais on ne fera de moi une esclave et qui suis-je pour me mêler d'une guerre qui n'est pas la mienne ?

- Mais…

- Ce que tu es insistant Franz ! Carl Snow ! Depuis le temps il doit déjà le savoir. Et il aurait donné ses ordres. A-t-on reçu un message de lui ? Non. Donc, on ne bouge pas. On poursuit tranquillement notre routine et on laisse mourir tous ces imbéciles.

- Tu es monstrueuse !

Tous se retournèrent. Ils ne l'avaient pas vu venir. Emiliae ouvrit la bouche pour dire quelque chose, mais au final fut incapable d'en sortir un mot. Là, elle se sentait plutôt mal, incapable de choisir si elle devait encore la couver ou non, consciente que sa priorité était d'abord et avant tout de se protéger elle-même.

- Choii… On ne voulait pas te… Commença alors Franz.

- Bien sûr que si ! Vous l'avez toujours voulu ! Parce que vous êtes différents de tous les autres commandants ! Vous n'êtes que des égoïstes ! Mais ça, je le savais déjà et depuis longtemps. On ne peut pas vous faire confiance, vous n'êtes que des hypocrites. Je suis certaine que derrière mon dos vous auriez tout fait pour que je ne le découvre pas, et alors que mon meilleur ami serait mort, haï et raillé par le monde, moi j'aurais souffert sans savoir pourquoi !

Emiliae la regardait hurler, furieuse et choquée presque à l'agonie. Elle s'agitait dans son kimono de soie, elle souffrait comme si c'était elle qui était à sa place. Choii était sa cadette de neuf ans dans l'équipage, elle était de cinq ans plus jeune que le plus jeune de ses frères. Elle essayait en vain de se souvenir comment elle était à son âge, à 21 ans tout juste. Que faisait-elle, qui aimait-elle ? Et puis elle se souvint. A 21 ans, elle venait juste de passer commandante de Carl Snow, comme elle. L'empereur venait d'être couronné et ils comptaient leurs morts. Cette année-là, point de joie, de réjouissances ou d'amour. Elle avait pleuré, pleuré et encore à tel point que son corps s'était vidé et qu'elle ne ressemblait plus qu'à ces coquilles vides informes qui peuplaient à s'en réjouir l'entre deux monde. En se repassant le déroulement de cet assassinat en live, peut-être aurait-elle pu l'empêcher ? Non. Ou elle serait morte. Ce cauchemar peuplait inlassablement ses rêves, à tel point qu'elle était forcée de prendre des somnifères si elle voulait profiter de nuits paisibles. Ce deuil qu'elle ne parviendrait jamais à faire, elle ne voulait pas que Choii puisse vivre la même chose.

- Quoi qu'il en soit, poursuivit-elle, je dois aller l'aider ! Cet idiot s'est fait capturer par les marines et se fera surement tuer. Je ne vais pas laisser un autre de mes amis disparaitre ! Ace doit vivre !

- Et que comptes-tu donc faire? Demanda alors froidement Emiliae qui venait de se remettre de ses pensées. Aller à Marineford afin de le sauver ? Toute seule ?

- Exactement ! répondit celle-ci sans la moindre once d'hésitation.

- Quelle ineptie! En y allant tu risques gros ! Tu t'en rends compte j'espère ?! Tu es en sécurité avec nous. Et franchement on s'est donné du mal pour assurer ta protection ! Rappelles toi un peu de ce qu'on a fait pour toi espèce d'ingrate ! On t'a sauvé alors que tu étais sur le point de te faire vendre à on ne sait qui en tant qu'esclave ! Et en plus il y avait des tonnes de marines qui ont essayés de nous arrêter nous et les supernovas qui tentaient de fuir ! C'était la panique. On a eu énormément de chance de croiser Raylegh qui nous a sauvé la mise !

- Et alors ?! Ne me fais pas croire à une quelconque générosité de ta part. Tu ne fais jamais rien sans contrepartie ! Si tu m'as sauvée, c'est que tu devais espérer quelque chose en retour ! Ou que tu craignais que je parle de sujets sensibles ! Comme le projet Casablanca !

Outrée, Emiliae n'arrivait même pas à lui répondre ou à s'imaginer lui répondre quelque chose de convainquant. Bien sûr qu'elle lui en voulait ! Mais pour une fois, et juste une, ne pouvait-on pas simplement l'imaginer dispenser de sa générosité sans idées cachées dernière ? Ne pouvait-elle pas la sauver juste parce que, comme elle, elles avaient un jour vogués sur le même navire, mangé à la même marmite, portés les mêmes fringues et vécus les mêmes aventures ? Bordel ! Autrefois, elles avaient étés NAKAMAS ! Et puis, c'est quoi ce foutu projet Casablanca ? Pourquoi ça portait précisément le nom de sa capitale ?

- Choii ... Fit Franz. On s'inquiète pour toi ... C'est tout à fait ...

- Moi je m'inquiète pour Ace ! Et j'irais le libérer avec ou sans votre aide ! Fit-elle catégorique

Et qui était la plus égoïste ? Que représentait-il à ses yeux ? D'un coup, Emiliae plissa les yeux, haïssant celui qui foutait le bordel dans son univers bien rangé. Elle ne pouvait pas l'atteindre mais lui aurait volontiers demandé si il serait allé sauver Choii si le destin s'était renversé, après quoi, elle lui aurait serré le cou jusqu'à ce qu'il se calme définitivement.

Soudain, ils virent Sione et Boregard Lensk sortir du bâtiment avec des valises et suivirent leur maitresse lorsque celle-ci se mit à courir loin, très loin de ces gens qui voulaient l'empêcher d'agir.

- Emiliae… Je suis si désolée pour toi… Fit alors Isabella. Elle semblait être une si charmante jeune fille…

- NE L'ENTERRE PAS. Elle est encore vivante. Fit-elle passablement énervée.

- Fufufu… Tu veux que je la surveille ? Susurra Joker à son oreille

Elle pouvait déjà sentir ses plumes la frôler. Elle ferma les yeux avant de soupirer. Elle le sentait planer au-dessus d'elle, tel une ombre qui la savait à deux pas d'être prise au piège.

- Laisses tomber, tes services sont trop onéreux.

Ce dernier se mit à rire sous sa cape, avant de lâcher un :

- Comme tu veux, mais taches de ne pas le regretter…

Ils les observèrent donc partir dans les tréfonds des abysses, s'enfouir dans les ténèbres ...

Franz et Emiliae les regardèrent disparaitre jusqu'à ce qu'ils ne soient plus que de petits points dans l'immensité. Après ça, tout le monde se retira, la joie d'être libre, gâchée par les nouvelles. Franz se grilla une cloque tandis qu'Emiliae fit mine de partir vers son bureau. Franz lui demanda ce qu'elle comptait faire et celle-ci lui répondit :

- Je vais appeler les autres. Peut-être que l'un d'eux saura la convaincre ou dans le cas contraire, elle ne sera pas seule. Il faut aussi que je prévienne l'empereur, il n'est peut-être pas encore trop tard pour l'arrêter de force s'il le faut.

Rebena , QG de Carl Snow ...

Dehors, il pleuvait. Mais il pleuvait toujours de toute façon. Lorsqu'il ne pleuvait pas, une brume épaisse empêchait quiconque de se déplacer et pouvait même causer de graves accidents. Cette île perpétuellement triste avait plu à leur Empereur. C'est pour cette raison qu'il l'avait nommée Rebena, l'île des larmes.

Cependant, rares sur cette île étaient ceux qui avaient un jour vus une aussi forte tempête s'acharner ici. Peut-être était-ce un signe ? Quoi qu'il en soit, il ne pleuvait jamais sans raison apparente à Rebena. Jamais. Jamais ...

Tous savaient de quoi il en retournait. Tous se taisaient et laissaient faire, laissant ainsi l'île pleurer ...Pleurer inlassablement, couvrant ainsi les gémissements désespérés d'un barman en fin de vie, dépité et à qui la vie n'avait plus rien à offrir…

- Comment en suis-je arrivé là ? Fit-il en buvant d'une traite son verre de Rhum.

Mais il se redressa presque trop vite lorsque la porte s'ouvrit en un tintement sinistre. Un homme distingué venait d'entrer dans le bar, élégamment décoré dans un style anglais irréprochable tout de bois lustré, les murs ornés de tableaux, les coins de la pièce décorés avec de grands vases ouvragés, un lustre à l'or jauni et patiné qui les éclairaient en plein jour tant la luminosité était basse. Les canapés Chesterfield qui prenaient doucement la poussière…

Devant lui, Jerry le barman faisait mine de nettoyer les verres à la va vite de son torchon quasi immaculé. Il se tourna vers Sherry et lui dit alors :

- Hé ! S'écria-t-il à l'attention de Sherry

- Quoi ?! Qu'est-ce que tu veux ? Si ce n'est pour ne rien dire ; alors ce n'est pas la peine de m'adresser la parole !

- C'n'est pas pour moi, c'est pour lui. Dit-il en désignant l'empereur du doigt.

- Et alors ? Que veux-tu que ça me fasse ? Tu veux que je fasse quoi avec ?

- Sers-lui un verre. C'est ton job non ? ...ironisa-t-il presque en crachant son dentier.

- Mon Job ? Mon cul oui ! Je suis Sherry, la tueuse de bars. Ni plus, ni moins. Je ne vis que pour massacrer les mauvais bars et les mauvais clients.

- Dans ce cas, si tu ne vis que pour ça, alors pourquoi avoir accepté de travailler ici ?

- Il faut bien que quelqu'un te surveille. La dernière fois t'as failli faire exploser le bar avec tes sénilités.

Jerry se gratta la barbe de plusieurs jours qu'il avait la flemme de raser et répliqua :

- Je testais de nouveaux alcools. J'ai le droit.

- Je veux bien y gouter, moi, à ce fameux breuvage.

Les deux vieillards arrêtent de se disputer pour le regarder surprit. Le bleus du barman s'affranchit de lui et tout contant, tout guilleret, il lui traficota un truc suspect qu'il lui servit dans un verre qui se fendilla au contact de la mixture.

- Jerry ?

- Oui. Fit ce dernier d'une petite voix.

- Tu es certain que c'est fait avec de l'alcool tout ça ?

- C'est du cure all ! fit il tout fier. Ca soigne tout, sauf les mots du cœur.

- Ah…

Soudain, l'escargotphone sonna. L'empereur décrocha.

- Emiliae…Quelle surprise. Je ne t'ai presque pas vu à Shaobondy. Actuellement je vais plutôt bien, mais Jerry semble étrange. Il tente désespérément de me tuer. Ha ha, non, je plaisante. (les deux vieux eurent des sueurs froides. Depuis quand s'amusait il à plaisanter au juste ? ) Alors, de quoi voulait tu me parler ? Comment ? Choii ?! Alors c'est comme ça… Ce que tu dois faire ? Barbe Blanche est un ami, mais il est trop fier pour demander de l'aide. Même pour sa maladie de cœur il n'est pas venu me voir alors qu'il sait que j'aurais pu l'aider. On devrait lui filer le sacré cure all de Jerry, il irait tout droit au paradis. Ne t'énerve pas voyons ! Tu es si sérieuse… Je ne sais pas ce que je ferais sans toi pour tenir les autres en laisse…Ecoutes, laisses les faire ce qu'ils veulent et on verra. On ignore ce que compte faire la marine. Toi, tu estimes avoir fait le maximum, c'est bien. Ah… Si je compte redonner son titre de commandante à Choi ? Hmmm… Lorsque je la reverrai après la guerre. Oui, nous verrons à ce moment-là. Portes toi bien.

La communication cessa et Sherry se mit alors à philosopher sur le but même le la vie…Jerry se retrouvait réduit à boire littéralement ses paroles comme suspendu à ses lèvres ... En l'écoutant il se rendit compte qu'il avait dû louper un chapitre important de sa vie…Il continuait toujours d'attendre. Mais quoi ? Quelque chose qui le détruirait ? Le mènerait sur le chemin de la folie ou bien ...

- ... Dans la pourriture du monde. C'est à Marineford que s'écoule en ce moment même toute la misère et tout le pus du monde ... Il faut le purifier avant de songer aux choses sérieuses ...

Et puis elle disparut en courant sous la pluie. Comme un coup de vent. Un désastre manqué ... Jerry le savait maintenant ... S'il pleuvait, c'était afin de célébrer le départ de Sherry la tueuse de bars. Qui au final n'en était pas véritablement une ...

- Finalement, il était très bon ton breuvage. Avoua l'empereur. Je me sens toute chose…

- … Merci.

Le vent avait tourné. Et ce qu'il annonçait n'avait rien de bien joyeux ou de paisible ... Un immense cauchemar était sur le point de voir le jour ... Une ère non désirée qui pouvait sans peine provoquer la perte et la ruine d'un monde ...

A suivre…