Chapitre 36 :

Hélène regarda Christopher, inconscient dans son lit d'hôpital, puis son portable. Elle était ici depuis une demi-heure et elle n'avait toujours aucune nouvelle de son mari et de ses deux filles. C'était insoutenable ! Elle avait une boule dans la gorge qui n'attendait qu'une chose, exploser en un millier de sanglots tant l'angoisse lui était insupportable.

Elle sortit dans le couloir. Voir Christopher comme ça multipliait son inquiétude. Elle s'assit sur l'une des chaises qui longeaient le couloir et regarda les allées et retours des médecins et des infirmières, espérant reconnaître le visage de l'une de ses filles ou de son mari dans le flou de personne.

Soudain, elle entendit un nom qu'elle connaissait. Holmes. Hélène tourna rapidement la tête pour voir une jeune femme, les cheveux châtains coupés en carré court, des yeux bleus, une mine inquiète. Elle n'était pas de Southport, Hélène ne l'avait jamais vu et elle était habillée beaucoup trop élégamment pour faire partie d'une petite ville. Elle venait d'une grande ville, c'était certain.

- Je m'appelle Callie Holmes, répéta-t-elle, je suis là pour voir mon frère, mon petit-frère. Je sais qu'il est danger, les informations ne parlent que de ça, s'il vous plaît, est-ce que vous savez où il est ? Je suis passée chez lui, il n'y était pas, et avec ce tueur qui rode …

- Madame, aucun monsieur Holmes n'est enregistré dans notre hôpital, nous ne pouvons rien pour vous. Veuillez-vous éloigner du comptoir maintenant. » Termina froidement l'hôtesse d'accueil.

- Vous me repoussez parce que je m'appelle Holmes c'est ça ? C'est pour ça que mon frère vivait dans cette pitoyable maison en morceaux ?! Mon petit-frère a passé sa vie à tenter d'arrêter notre … autre frère … Il s'est gâché la vie pour cela, rien ne le forçait à faire ça ! C'est quelqu'un de bon ! Et je le suis aussi ! Vous n'avez pas le droit de nous juger par rapport à notre nom de famille ou par rapport à notre frère ! Ses erreurs ne sont pas les notre ! » Hurla-t-elle en agrippant le comptoir si fort que les jointures de ses doigts devinrent blanches.

Malgré son coup de gueule, la dame de l'accueil l'ignora et s'adressa à la personne qui attendait derrière elle. La sœur de Derek la regarda, bouche bée, pendant que des larmes inondaient ses yeux bleus. Immédiatement, Hélène sauta de son siège.

- Venez mademoiselle. » Lui murmura-t-elle en lui prenant la main.

La jeune femme la regarda avec étonnement mais obéit.

- Vous n'êtes pas une infirmière. » Constata-t-elle seulement.

Hélène lui sourit et lui fit signe de s'asseoir à côté d'elle sur l'une des chaises du couloir.

- Non. Votre frère … je veux dire Derek … est avec mon mari et le shérif de la ville. Mes filles ont été enlevé il y a une heure et … je suis sans nouvelle. Mais j'ai confiance en Derek. Il va me ramener mes filles ici. Ils vont arriver très bientôt. Votre frère va arriver, il vous suffit de l'attendre.

- C'est Ben qui a enlevé vos filles n'est-ce pas ... » Murmura avec difficulté Callie Holmes.

Hélène hocha la tête et lui expliqua toute l'histoire. Du meurtre de leur troisième fille, à l'histoire d'amour de Crystal et Derek jusqu'à la découverte de la vérité et du danger qui pesait de nouveau sur la famille. Elle termina en donnant le peu d'informations qu'elle avait sur les derniers événements.

Instinctivement, Callie prit cette mère dans ses bras lorsqu'elle se mit à pleurer. Malgré tout, à chaque fois que son frère faisait souffrir des gens, elle se sentait un peu responsable. C'était son frère, les gens ne pouvaient s'empêcher de faire un lien entre elle et lui. Et alors, tout le poids des monstruosités de son frère lui tombait violemment sur les épaules.

- Vous ressemblez à votre frère, je veux dire à Derek. Vous vous sentez tous les deux coupables de ce que fait cet homme. Mais vous ne devez pas parce que vous ne l'êtes pas. Je connais assez bien Derek pour savoir qu'il n'est pas du tout comme son frère. Et quand je vous regarde, je sais immédiatement que vous n'êtes pas non plus comme lui. Vous devez vous détacher de lui. » Lui confia Hélène d'une voix douce et maternelle.

Callie lui sourit chaleureusement. Puis, soudain, des voix s'élevèrent dans le couloir, plus fortes, plus vives. Les deux femmes se levèrent immédiatement de leur chaise pour voir un petit groupe de personnes fendre la foule qui s'était agglutinée dans le couloir. Hélène laissa échappé un cri de joie qui fit sursauter sa voisine lorsqu'elle vit son mari, tenant de chaque côté de lui ses deux filles. Elle s'élança sans réfléchir pour les enlacer tous, pendant que le shérif de la ville demandait à une infirmière où se trouvait la chambre de son fils.

Il passa à côté de Callie Holmes sans même la voir, trop préoccupé par l'état de son fils. Derek lui, la vit immédiatement. Il ne vit même qu'elle. Mais il ne fit pas un pas vers elle. Il devait lui dire. Lui dire que leur frère était mort. Sous ses yeux. Et qu'à cet instant, il s'était souvenu de leur enfance joyeuse, avant la morts de leurs parents, quand ils allaient tous les trois se baigner au lac et qu'ils riaient aux éclats. Quand Ben le portait et le jetait dans l'eau en imitant la voix d'un pirate et qu'il criait « Au requin gamin ! ». Quand il se faisait mal et que Callie criait sur Ben pendant que ce dernier le soignait. Ben avait été un grand frère extraordinaire durant son enfance. Et maintenant, il était mort. Les horreurs qu'il avait commises ne s'effaçaient pas pour autant, mais le gamin qu'il avait été, l'extraordinaire grand frère qu'il avait été, ne s'effaçait pas non plus …

Callie le fixa par dessus les corps entrelacés de la dernière famille que son frère avait fait souffrir. Il ne bougeait pas. Alors, doucement, elle commença à avancer mais Derek se détourna et commença à s'enfuir. Elle s'arrêta, sous le choc. Pourquoi son frère fuyait ? Que c'était-il passé ? Elle voulut lui courir après mais elle fut devancée par l'une des filles qui venaient d'être sauvée des mains de Ben. Les infirmières tentèrent de l'arrêter, car elle saignait vraiment beaucoup. Le visage, les bras, les poignets, les chevilles, presque toutes les parties de son corps étaient marqués de coups, de blessures, de sang. Elle portait une robe qui avait dû être belle autrefois, sans les tâches de sang et de terre et les trous dont elle était maculée. Et elle avait d'étrange cheveux blancs.

- Derek ! Je t'en pris ! Attends ! Ne pars pas ! » Hurla-t-elle.

Au plus grand étonnement de Callie, Derek s'arrêta, sans pour autant se retourner. Elle aussi s'arrêta, à bonne distance de la scène, pour ne pas gênée.

- Tu dois aller te faire soigner Crystal. » Lâcha Derek d'une voix étrange.

- Viens avec moi. » Le supplia-t-elle en faisant un pas vers lui.

Derek ne bougea pas. Alors elle avança encore jusqu'à coller son corps contre le dos de Derek.

- Je suis désolée, pleura-t-elle, tellement désolée. Je sais que c'était ton frère …

- Tu ne comprends pas. » Murmura-t-il en se retournant.

Il la regarda longuement et avança une main tremblante jusqu'à son visage. Alors qu'il allait la toucher, il laissa sa main retomber le long de son corps. C'est à ce moment là que Callie se rendit compte qu'il pleurait.

- C'est de ma faute. J'aurai dû voir qu'il avait changé, qu'il allait mal tourné. J'aurai dû l'arrêter, il y a bien longtemps. Tu sais, je l'ai retrouvé plusieurs fois, je lui ai parlé plusieurs fois. J'ai toujours su où il était, ce qu'il faisait, mais je n'ai jamais rien fait pour l'arrêter en réalité. J'aurai pu prévenir la police, j'aurai dû le faire. Mais je n'ai rien fais. Ta sœur est morte. Et tu as failli mourir ce soir. Je n'ai pas tiré. J'ai été lâche du début à la fin. J'ai failli te tuer ! Et en même temps, j'ai failli le tuer ! Et aujourd'hui il est mort parce que je suis stupidement tombé amoureux de toi et qu'il a su qu'il avait loupé deux sœurs ! Il n'aurait pas dû mourir ! Il n'aurait jamais dû te connaître comme je n'aurai jamais dû te connaître ! Sans toi, mon frère serait toujours en vie, ton père ne l'aurait pas tué ! » Cracha-t-il avec haine.

Callie vit la fille tanguer sous le choc. Des larmes se mirent à dévaler ses joues et tout son corps à trembler. Derek pleurait et tremblait lui aussi. Son regard était dur, plein de haine et il la fixait sans ciller, cette fille qu'il avait aimé. Callie savait qu'il l'avait réellement aimé, parce que la mère lui avait raconter leur histoire. Et elle savait aussi qu'il l'aimait toujours. Mais Ben était mort, elle venait de le comprendre. Et Derek était dévasté pour cette mort …

- Alors c'est comme ça que tu me vois …, bégaya la fille, comme la cause de la mort de ton frère. Tu me prends pour responsable … Et bien sache que ce n'est pas moi la responsable, ni toi, mais bien lui ! C'était un monstre ! Il a tué ma sœur ! Il a bien failli tué Céleste ! Il m'a battu, il m'a frappé, si fort … Il m'a complètement détruite et pourtant je suis là, comme une conne, à te courir après, parce que je suis tellement conne, que je t'aime ! Depuis la primaire je me suis attachée à personne, parce que ça servait à rien, parce que je savais que j'allais partir et perdre mes amis ! Pour la première fois, je me suis attachée à quelqu'un, je me suis attachée à toi, parce que j'étais persuadée que je ne te perdrai pas … Mais je suis qu'une gamine hein ! Une pauvre fille de dix-sept ans encore au lycée alors que toi, tu es un adulte de vingt-quatre ans ! Tu t'es bien amusé j'espère avec la pauvre conne que je suis ! Je croyais que tu n'étais pas comme ton frère … Mais en fait c'est de famille, vous aimez faire du mal aux gens … Vous aimez les détruire ... »

Callie sauta entre son frère et la fille qu'elle ne connaissait pas encore et les sépara de son corps. Elle savait que la fille ne comptait pas le frapper, de toute façon, elle n'en avait sûrement pas la force. Mais elle se méfiait de la colère de son frère. Soudain, alors qu'elle allait parler, Callie vit du coin de l'œil la fille tanguer. Elle eut tout juste le temps de tendre les bras vers elle avant qu'elle ne s'effondre.

- Derek ! Aide-moi à la porter ! » Lui ordonna Callie en soutenant comme elle le pouvait l'adolescente.

- Je suis désolé Callie. Ne sais pas pourquoi tu es là. Mais si c'est pour me voir, tu peux repartir. Parce que je m'en vais moi aussi. » Déclara son frère avant de la laisser en plan dans le hall de l'hôpital.