Et me revoici, encore. Cette fic, mon bébé, il faut que je la termine. Alors, je le ferai.
Chapitre 34
Jour Dix
District Huit
Cuty Mand, 18 ans
Début : A 8h04
Ici aussi l'air est oppressant. J'aime pas ça.
J'ai tout le temps tellement peur. J'ai peur de mourir, je veux rentrer chez moi mais je ne veux plus que personne meure. En plus, maintenant, je dors mal. Il y a mes anciens cauchemars, auxquels vient se greffer le garçon que j'ai... que j'ai...
J'ai si peur. Tellement peur. Sans arrêt. C'est comme si il y avait des insectes qui me rongeaient de l'extérieur.
C'est comme Pixie. Pixie, elle ne parle plus. Elle ne sourit plus. Elle a l'air tout le temps d'avoir froid.
Il y a que Ronan qui est encore chaud. La chaleur, c'est la vie.
Pixie est-elle déjà morte ? Et moi, alors ?
Oh, je voudrais tellement oublier. Tout oublier.
Oublier...
Je suis allongée dans notre campement, contre Ronan. Il dort mais moi pas. Je réfléchis.
Oublier...
- Passe une bonne journée, ma chérie. On se voit ce soir.
- Salut, Maman ! Je t'aime !
J'embrasse rapidement Maman, pressée de retrouver mes amies. Elle retourne à la maison, où attendent Papa, Karen ( ma petite soeur de 2 ans ) et son jumeau Zach, Mali ( c'est mon chat ). Aujourd'hui mes parents ont eu leur jour de congé, alors ils restent à la maison, et du coup ils gardent eux-mêmes Karen et Zach. Ca économise un peu d'argent, d'habitude c'est Mme Closter, notre vieille voisine, qui s'en occupe et mes parents la payent.
Je rejoins Lucy, ma meilleure amie.
Encore une journée au ciel gris. Une journée sans soucis.
Le bruit. Une explosion. Tout le monde a peur. Dans le district, c'est l'alerte maximale. Une explosion dûe au gaz, une de plus, dans une habitation. Les conduites sont mal sécurisées. Les parents viennent chercher leurs enfants, l'école est fermée pour aujourd'hui.
J'aimerais que Maman se dépêche. Il a commencé à pleuvoir. J'ai froid. Lucy est emmenée par sa maman et agite la main. Bientôt je suis la dernière. J'ai froid...
La maîtresse me regarde.
- Est-ce que tes parents arriveront bientôt ?
- Je ne sais pas. Ils étaient à la maison, aujourd'hui.
Elle me regarde, soudain horrifiée. Me prend la main et m'emmène.
- Viens, ma chérie. On va voir...
Elle se dirige vers la caserne des Pacificateurs, après avoir fermé l'école. Je la suis. Je commence à avoir peur. Elle a l'air angoissée.
Elle va leur parler. Je n'entends rien. J'aimerais que Maman vienne.
La maîtresse revient avec le Pacificateur.
- Cuty, je suis désolée...
- Venez, dit le Pacificateur.
- On va où ?
Ils m'emmènent, vers chez moi. Je suis soulagée. Je commence à être trempée.
Il y a plein de gens dans ma rue. Plein.
Le Pacificateur se fraye un passage parmi la foule. Et là...
Ma maison, explosée. Ma maison, qui brûle.
Sur une civière, un corps noirci, recouvert d'un drap. Une main avec une bague qui pend. Cette bague, je la reconnaîtrai n'importe où.
N'importe où.
- Cuty, écoute nous. Lorsque l'explosion a eu lieu, un incendie s'est déclaré. Ils n'ont pas pu sortir, surtout qu'une partie de la charpente s'était écroulée.
A côté, deux petits corps, allongés sur le trottoir. Et un autre grand corps, avec une jambe bizarrement tordue.
- Noooooooooooooooooooooooooooooooooon !
Ma voix se brise et je cours vers les corps. Ca n'est pas possible. Je sanglote à m'en arracher la gorge. J'ai si mal que je voudrais mourir. Rejoindre Papa Maman Karen Zach là où ils sont.
J'ai si mal. Je veux mourir. Laissez moi mourir !
Je ne peux pas. je ne peux pas. Je me force à bloquer ma respiration je ne sens plus la chair brûlée mais je ne peux pas m'empêcher de respirer de nouveau ils veulent m'emmener non je ne les laisserai pas non non non maman papa karen zach maman papa karen zach non non non
Noir.
Oubli. Ca fait du bien l'oubli.
J'ouvre les yeux en hurlant.
District Deux
Merinda Warrior, 18 ans
Début : A 8h07
Nous voici dans des ruines, d'une ville moderne cette fois. Nous avons dressé notre campement dans un immeuble, près de la brume et du pont. Je suis de garde, à côté de moi Nickolas dort paisiblement. Je me sens très fatiguée, un peu somnolente, mais je garde les yeux ouverts. Ces derniers temps, je me sens si fatiguée...
Etrange comme je tiens à lui. Comme à la prunelle de mes yeux. Mais viendra un moment où il faudra choisir. Ce sera soit lui, soit moi. Mais pas nous deux. Et ça me déchire, ça me fend le coeur. Ca me fait mal de l'intérieur. C'est comme des charbons ardents. Tout semble me souffler " Bientôt il faudra faire ton choix, Merinda ". Mais qu'est-ce que le plus important, sa vie ou la mienne ?Je ne sais pas, je ne sais plus. Suis-je assez altruiste pour lui permettre de vivre ? Ou suis-je égoïste ?
Il est si paisible lorsqu'il dort. Je l'aime tellement. Il est tout mon univers en ce moment. C'est si horrible que ce soient les Jeux qui nous aient rapprochés.
Soudain, un cri perçant retentit. Un tribut. Je me lève d'un bond. Mais pas de coup de canon. Nickolas se réveille.
C'est alors qu'un bruit titanesque retentit, tout près de nous : un mur est en train d'émerger du sol, coupant notre secteur du monde. Il se dresse rapidement jusqu'à se perdre dans les nuages.
Nous sommes coincés. Probablement avec les autres tributs.
La dernière phase des Jeux vient de commencer. Curieusement, je suis un peu soulagée. Bientôt, mon dilemme prendra fin.
Soudain, je suis prise d'une forte nausée. Je tombe à quatre pas, et commence à vomir mes tripes et boyaux.
- M-Merinda ? C-Ca va ? me demande Nickolas, visiblement paniquée.
Mon estomac finit de se retourner et je m'assois, pantelante, un vilain goût dans la bouche.
- Oui... je souffle. Oui, ça va.
- T-tu es sûre ? T-tu es malade ? On a m-mangé un-un truc qui-qui passe pas ?
- Je... Non. Non...
Soudain me voici prise d'un doute affreux. Mais est-ce possible ?
- Nickolas, je... Je crois que...
- Qu-quoi ?
- Mais ce n'est pas possible...
Je me rappelle alors de ce que m'avait une fois dit ma mère : " Quand je t'ai eu, j'ai eu les signes de grossesse très tôt : fatigue, somnolence, et violentes nausées qui me vidaient l'estomac... en moins de 10 jours. "
Un parachute argenté me tire de ma perplexité. Il contient un seul mot : Teste.
J'ouvre le paquet, la gorge nouée. Un test de grossesse.
-Nickolas.
Il a l'air perdu. Si perdu.
- Nickolas. Je... dois tester. Je crois que...
Il se resaissit :
- N-non. P-pas po-possible.
Je sens les larmes monter.
- Il n'y a qu'un seul moyen de le savoir.
Le test est positif. Lorsque je vais l'annoncer à Nickolas, il blêmit.
- N-non... N-nous ne l'avons f-fait qu'une fois...
- Mais sans protection.
La sentence est tombée. Désormais je sais que je n'ai pas le choix. Nickolas va mourir. Soit je ferai tout pour survivre et protéger ce petit être qui est en moi, soit il me forcera à gagner. Pas d'alternative.
Le dilemme est tranchée. Je suis juste choquée. Incapable de penser. De réfléchir.
Je suis enceinte.
District Trois
Pixie Hollow, 13 ans
Début : A 8h09
Le cri de Cuty nous réveille. Je peine à m'extraire des limbes bienveillantes qui m'hébergeaient. Retour à la réalité, Pixie. Fin de l'oubli.
- Cuty ! Que se passe-t-il ?
Ronan est paniqué. Cuty sanglote franchement. Impossible de la calmer. Etrange comme je me sens détachée du désespoir de Ronan démuni. Si démuni. Comme moi quand Jarek m'a... m'a...
Non. Ce n'est pas le moment.
- Maman... Papa... Karen... Zach... elle répète en sanglotant, comme une litanie.
Ronan blêmit. Il paraît comprendre, tout d'un coup, et commence à lui chuchoter des mots, pour la calmer. Elle sanglote toujours, en proie à un désespoir qui me fend le coeur.
- Je vais chercher de l'eau, j'annonce dans l'indifférence générale.
Je n'arrive pas à rester, c'est plus que ce que je peux endurer.
Je sors, tout est calme. Je sais où chercher de l'eau : il y a une espèce de mare dans un trou dans la route défoncée.
Tant de désespoir autour de moi. Je suis en train de lâcher prise et je le sais. Je le sais, Dieu, mais je ne fais rien pour l'empêcher. Je me sens perdue, je me sens désespérée.
Je m'accroupis, remplit ma gourde, lorsque le froid d'une lame se pose contre ma nuque. Je cesse de respirer. Je suis acculée.
Et je m'en fiche. La mort me paraît presque douce de là où je suis. Je sens le souffle plein d'exultation de quelqu'un contre ma nuque. Je ne bouge pas. J'attends.
- Quelle belle prise, commente mon attaquant, et je reconnais la voix de la fille du Quatre. Je crois que tu vas mourir ce soir.
- Je m'en fiche, j'articule péniblement. Tue-moi.
Je laisse planer le silence, et ajoute, la voix brisée :
- Rapidement...
- Oh. Tu veux mourir ? demande la fille, et je la sens déconcertée.
- Je n'en peux plus... j'avoue, et je me rends compte que je pleure.
Elle se resaissit.
- Je ne pense pas t'accorder une mort rapide, fait-elle pensivement. Non, te démembrer peu à peu serait tellement mieux... Tellement mieux... Couper tes doigts et tes orteils, puis tes mains et tes pieds, puis tes jambes et tes bras... Doucement...
Je me mets à trembler et une terreur irraisonnée m'emplit. Je veux mourir, mais je ne veux plus souffrir. Plus jamais. Je voudrais mourir doucement comme on s'endort. Pas de ma propre main, mais doucement.
- S'il te plait... je murmure.
- Il existe un compromis. Si tu fais ce que je te dis, je t'achèverai rapidement, d'accord ?
Je serai prête à accepter n'importe quoi.
- Quoi ?
- Tu vas t'arranger pour que je sois celle qui tue tes pathétiques amis. Je te tuerai d'abord, sans souffrance, et je ne dirai pas que c'est toi qui les a trahi. Je les tuerai eux aussi doucement...
Trahir Cuty et Ronan, si bons pour moi ? Pas moyen.
Mais je repense à la douleur qui m'attend si je refuse. Le dilemme est vite réglé.
Mes lèvres s'entreouvrent et c'est dans un souffle que je réponds :
- Que dois-je faire ?
District Six
Penny Fordy, 16 ans
Début : A 17h10
Pas de morts aujourd'hui, malgré le cri animal de ce matin. J'ai récupéré, et même reçu un cadeau de sponsors bienveillants : une belle épée. Elle s'ajuste parfaitement à ma main et je n'ai aucune difficulté à la manier. Je suis parée, à présent.
Je peux le faire. Je peux sortir de l'arène. Il suffit que je laisse les trois Carrières s'entretuer, et que j'attende que les autres de l'alliance se séparent pour ne pas avoir à s'entretuer, et je peux les éliminer un par un. Je suis un peu dégoûtée de moi-même, par cette façon de penser, mais je n'ai pas le choix. Instinct de survie avant tout. J'ai perdu mon humanité dans ces Jeux, alors quitte à aller jusqu'au bout, j'y vais. Je suis damnée de toute manière, n'est-ce pas ? Tu ne tueras point. Et bien, j'ai tué et je suis prête à recommencer. Pour survivre.
Bel animal qu'est l'humain, hein ? Je me sens sale, répugnante.
Mais j'irai jusqu'au bout. Et si je meurs...
Et bien, si je meurs, je m'épargnerai des années de culpabilité.
Mais la culpabilité est un bien maigre prix par rapport au plaisir de sentir l'air entrer et sortir de mes poumons, de sentir mon coeur battre.
Mon choix est déjà fait, il n'y a pas de questions à se poser.
Demain, quand le soleil se lèvera, Penny Fordy sortira de sa cachette.
Il est temps que les Jeux se finissent, je n'en peux plus.
La victoire aura un goût amer, je le sais. Et la défaite, un goût de sang.
Avant d'écrire ce chapitre, j'ai vérifié sur Internet, et il est effectivement possible que les premiers symptômes de la grossesse apparaissent au bout de 10 jours...
J'espère que ce chapitre vous a plu !
