Pendant toute la journée, le professeur Lombrat nous fait visiter le château. Je ne sais plus où regarder tout est magnifique, qu'il s'agisse des couloirs ou des vues par les fenêtres sur le lac de Beauxbâtons. Les murs sont blancs, parcourus de dorures, et le plafond est peint de scènes mythologiques, d'une finesse inégalable. Les portes, en bois sculpté, sont dotées de poignées dorées. On se croirait dans un palais de conte de fées.
– Le château est divisé en différents Quartiers, où sont réunis les élèves selon leur école. Actuellement, nous sommes dans le Quartier des Enchantements. Maintenant, nous allons descendre au Quartier des Potions… Veuillez me suivre, s'il-vous-plaît…
Pendant ce temps, je discute du plan avec Roxanne tout en admirant le décor somptueux.
– Je vais avoir besoin d'Armand Béryl, le blond qui me draguait hier. Je dois sortir avec lui, histoire de gagner le pari avec Potter, puis je le jette tranquillement. Après, je te laisse à ta vengeance.
– Ça me va, répond-elle. Mais ne prends pas trop ton temps.
– Dès que je le revois, je m'en occupe.
Je me sens épiée. Je tourne la tête et découvre Potter, ses yeux dardés sur les miens, tentant d'attraper des bribes de conversation. Et c'est là que je remarque un détail assez insolite sur son visage.
Je n'ai jamais vu qui que ce soit avec un œil au beurre noir pareil.
-X-X-
Le lendemain, et pendant toute ma journée de cours, j'étais encore choquée, furieuse, de la demande épouvantable que mini-Potter m'avait faite la veille. Sortir avec lui ? Non mais, et puis quoi encore ? Je venais de l'entendre parier avec Barberousse, sur lequel d'entre eux se ferait un petit ami ou une petite amie. Il m'avait prise pour une idiote, et je détestais cela tout particulièrement. Mon poing sur sa figure était une réponse bien plus parlante que tout ce que j'aurais pu dire à ce moment-là.
Le soir, il y eut un dîner-spectacle spécial. Tous les élèves faisant partie de clubs pouvaient montrer leurs talents. Naturellement, je ne m'étais pas inscrite je n'aimais pas trop me faire remarquer. Au moment où le chœur de l'école passait, je me tournai vers Roxanne, assise à côté de moi, pour engager la conversation. On comptait également à notre table Perséphone et ses deux camarades de dortoir, la beauté fatale amie avec Roxanne, Psyché… pardon, Dal, et Barberousse.
– Alors comme ça, Filius Flitwick est votre professeur d'Enchantements ? lui demandai-je.
Roxanne parut étonnée.
– Oui, mais… Comment tu sais ça, Amley ?
Je ne la corrigeai pas. J'avais baissé les bras depuis longtemps.
– C'est une célébrité, lui expliquai-je. Il a écrit des livres et a participé à beaucoup de tournois. On l'étudie souvent en classe de Sortilèges et de Métamorphose.
– Tu plaisantes ? s'exclama Barberousse, en face de moi. Flitwick, une célébrité ?
« Si je te le dis, pauvre imbécile… »
– En effet, répondis-je d'une voix glaciale.
Le chœur s'arrêta de chanter, et descendit de scène sous les applaudissements des élèves. Le directeur monta, et le bruit cessa aussitôt. Personne n'avait envie d'applaudir cet homme-là.
– Merci, s'écria-t-il en français comme si c'était à lui que s'adressaient nos félicitations. Cette année, j'aurais aimé montrer à nos chers correspondants les talents de nos élèves en ce qui concerne l'art des sortilèges…
Il répéta la même chose en anglais, puis reprit en français :
– … mais, malheureusement, personne ne s'est présenté. Je sais pourtant que Mademoiselle Amélie Vermeil est très douée dans ce domaine…
Nouvelle pause pour traduire en anglais. J'étais mortifiée. C'était une blague ? Elle n'était vraiment pas drôle !
– … et je me demandais si peut-être elle accepterait de nous montrer ce qu'elle sait faire ?
Je me cramponnai à ma chaise, bien décidée à ne pas la quitter, tout en faisant vigoureusement non de la tête au directeur qui m'observait avec un sourire doucereux.
– Vas-y Amélie ! s'écria Perséphone, et sur le coup j'eus envie de lui fracasser une assiette sur le crâne.
– Allez Amley ! renchérit Roxanne.
Je ne bougeai toujours pas. Alors Barberousse fit la pire chose qu'elle eut pu jamais faire, celle qui me persuada que je détesterais cette fille jusqu'à la fin de mes jours. Elle dégaina sa baguette magique, la pointa sur moi et marmonna le sortilège du Lashalbask. Aussitôt, mes mains se détachèrent de la chaise et je fus projetée au sol. Je me relevai aussi vite que possible, les joues en feu, consciente que je venais de me taper la honte devant toute l'académie.
– Ah, très bien, elle se décide ! s'exclama le directeur.
Je lançai un regard noir à Barberousse qui me fit un clin d'œil amical. Cela me mit encore plus en rogne. Pourtant, cette colère se mua en frousse quand je réalisai que je devais monter sur scène et faire face à tous mes camarades.
Oh.
Mon.
Dieu.
Saleté de Barberousse !
Prudemment, je me mis en marche, jusqu'à atteindre l'estrade. Je montai les marches et arrivai à côté du directeur. Il descendit aussitôt, et me fit un signe discret pour que je parle au micro.
Bah bien sûr ! Parce que je devais faire un discours, à présent ?
Je m'en éloignai de quelques pas pour que mon intention soit claire, le cœur battant à tout rompre. J'étais stressée, honteuse. Et en plus, Armand Béryl me regardait. Je déglutis bruyamment.
Les élèves de l'orchestre se mirent à jouer, et je reconnus immédiatement la Valse des Fleurs de Tchaïkovski. Heureusement pour moi, ce morceau ne durait pas des heures.
Les premières notes, jouées par des violons, se mirent à retentir. Dépourvue d'idée, je lançai le premier sort qui me passait par la tête en murmurant :
– Kalevala !
Un tourbillon de neige sortit de ma baguette et se mit à tournoyer près de moi. Je reculai de quelques pas et enchaînai avec un sort parfaitement inutile : les papillons de lumière. Une vingtaine de petits insectes lumineux apparurent et voletèrent près du tourbillon.
Un à un, les sortilèges défilaient, formant un tableau toujours plus beau. Des hommes élégants de neige dansaient avec des femmes minces et gracieuses fabriquées dans la lumière. Quand, à la fin, ils s'éparpillèrent en gerbes d'étincelles et de flocons dorés, toute la salle applaudit et je me surpris à sourire.
Oui, j'étais contente de ce que j'avais fait.
-X-X-
Cette Amélie est étonnante. Son spectacle m'a vraiment émerveillée. Le plus incroyable, je trouve, c'est qu'elle a tout improvisé.
– C'était génial, lui dis-je dès qu'elle nous rejoint sous les applaudissements nourris des élèves et des professeurs.
Elle me lance un regard froid et impénétrable, puis se tourne vers Roxanne et rougit sous ses compliments.
Ok. Au début j'étais sympa et j'essayais de faire ami-ami avec elle. Mais là, c'est la goutte qui fait déborder le vase. Elle veut la guerre ? Elle l'aura.
OoOoO
Le lendemain, dans le Réfectoire, le professeur Smith nous fait une annonce qui nous déprime tous.
– Vous allez suivre les cours en même temps que vos camarades. Eh bien, quoi ? Je vous avais déjà prévenus ! Vous ne pensiez pas que c'étaient des menaces en l'air ?
Bref, je reste avec Psyché pendant cette journée. Nous commençons par une matière dont je n'ai jamais entendu parler : la Physique de la Magie.
– Vous n'avez pas de cours de Physique de la Magie à Poudlard ? s'exclame Psyché, franchement étonnée. Mais alors tu ne sais même pas ce qu'est la magie au niveau moléculaire ?
– Euh… non.
– Je vais t'expliquer vite-fait avant qu'on entre en cours, sinon tu ne comprendras rien. Tu as déjà entendu parler des électrons ?
Je hoche la tête tout en me demandant comment une Française ne parlant que couramment la langue de Shakespeare peut connaître ce mot en anglais.
– Les électrons tournent autour des noyaux des atomes, particules de la matière, c'est ça ? dis-je. Mais je ne vois pas le rapport.
– Il existe deux types d'électrons : les électrons naturels et les électrons magiques. Comme tu peux t'en douter, les objets magiques sont emprunts d'électrons magiques. Et un sortilège n'est rien d'autre qu'un jet d'atomes magiques.
– Et les sorciers ont eux aussi des électrons magiques ?
– C'est pas tout à fait ça. En fait, les électrons sont produits par les cellules des sorciers et circulent un peu partout dans l'organisme, de molécule en molécule. Un certain nombre de gènes codent des molécules « magiques » mais s'il n'y en a pas assez, alors l'individu est un Cracmol.
– Les Moldus n'ont jamais remarqué qu'il y avait des électrons magiques ? je demande, un peu étonnée, et n'ayant suivi qu'à moitié son explication.
« Bien sûr que non. Ils sont trop bêtes pour cela. »
Tiens, Gondul, ça faisait longtemps ! Comment ça va, vieille branche ?
« Je me promenée. Tu te rappelles, le soir où on est arrivée, je t'avais confié qu'il y avait quelque chose de curieux dans ce château ? »
Ouais ! Alors, c'est quoi ?
« Justement, je n'en sais toujours rien. C'est extrêmement frustrant. »
Je m'en doute.
– Seuls les appareils magiques, me répond Dal en me tenant la porte pour entrer dans la salle, sorciers par exemple, peuvent capter leurs images, du fait de leur caractère magique. Les appareils moldus en sont complètement incapables.
Le prof tape dans ses mains pour que le silence revienne dans sa salle de cours et je commence à m'installer à côté de Dal. Celle-ci trempe la pointe d'une plume hors de prix dans un élégant encrier, et déplace sa main au-dessus d'un morceau de parchemin, prête à prendre note.
Je soupire. Ce cours va être difficile à vivre.
-X-X-
Deux heures après mon premier cours – Potions, vraiment moyen pour démarrer la journée si vous voulez mon avis –, Roxanne insista pour que nous allions chercher son amie Barberousse à la sortie de son cours. J'aurais mieux fait de ne pas lui dire que nous avions cours de Défenses Face à la Magie Noire avec elle je n'avais vraiment pas envie de la voir. Elle m'horripilait, c'était tout.
Nous attendîmes quelques minutes devant la salle. Roxanne me parla de sa famille, et parut désolée quand elle apprit que je n'avais pas de père.
– Tu ne sais vraiment pas qui c'est ? m'interrogea-t-elle.
– Je dois pouvoir retrouver son nom, lui expliquai-je. Ma mère a gardé des lettres de lui, je crois. Il a bien dû les signer…
– Tu les as lues, ces lettres ?
– Non ! Ça ne regarde que ma mère.
– Ça te regarde un peu toi aussi quand même, opposa Roxanne. C'est ton père, Amley, ce sont tes parents. Tu as le droit de savoir, je pense.
Je n'eus rien à lui répondre, et de toute façon la porte venait de s'ouvrir. Un flot d'élèves en sortit, les Anglais parlant avec animation de ce cours qu'ils ne suivaient pas à Poudlard. Personnellement, je les enviais. La Physique de la Magie n'était pas la matière la plus passionnante.
Une main s'accrocha au cadre de la porte, les jointures blanchies par un effort surhumain. Une autre main se planta à côté, et toutes deux tirèrent avec difficultés le corps fatigué de leur propriétaire. Barberousse, surjouant la terreur, titubante, la respiration erratique, s'approcha de Roxanne et lui agrippa les épaules. Les yeux fous, elle annonça dans un murmure :
– N'y va jamais… jamais… jamais…
– C'était si horrible que ça ? demanda Roxanne, sans se laisser démonter.
Aussitôt, Barberousse se redressa, ses yeux reprirent leur éclat un peu hautain, la force revint dans son corps.
– Nan, mais c'était rasoir. On y va ? fit-elle en se tournant vers Psyché Verdoré, qui souriait un peu en regardant sa correspondante.
Celle-ci acquiesça brièvement et entama une marche rapide dans les couloirs, vers notre salle de Défenses Face à la Magie Noire. Juste derrière, Roxanne et Barberousse discutaient tranquillement, riaient parfois. Cela me rappela douloureusement l'absence de mes trois amies, Yune, Cathy, et Violette. Elles me manquaient beaucoup.
Quand nous arrivâmes devant la salle de cours, les élèves entraient déjà. Nous nous dépêchâmes de les y suivre. Roxanne s'assit à côté de moi, et Ginger Enderson juste devant elle, à gauche de Psyché.
Je remarquai, surprise, qu'il y avait James Potter. Je balayai la pièce du regard : non, pourtant, pas d'Armand en vue… Que cela signifiait-il ? Je croyais que les correspondants ne devaient pas se quitter d'une semelle ?
Le professeur lança un léger sourire à mini-Potter qui répondit en hochant un peu la tête. Sur le coup, cela me parut étrange. Bien plus tard, j'appris de Roxanne qu'il était un membre de leur famille, le beau-frère de Fleur Weasley, l'une de ses tantes.
– Je suis le professeur Alias, se présenta notre professeur. J'ai décidé, pour ce cours de Défenses Face à la Magie Noire, de vous envoyer les uns les autres en duels. Anglais contre Français… Ce sera l'occasion de montrer ce que nous, nous valons, ajouta-t-il dans ma langue natale en riant.
Je grimaçai. J'étais une très mauvaise combattante, je me ferais laminer en moins de deux minutes. Le professeur Alias fit apparaître un long parchemin, et choisit un nom au hasard inscrit dessus :
– James Potter ! Pouvez-vous venir ici, s'il-vous-plaît ?
Mini-Potter se leva, fier comme un coq, et rejoignit le professeur de l'autre côté de son bureau.
– Et Amélie Vermeil, ajouta-t-il.
Comme de bien entendu, tout le monde tourna son regard vers moi comme un seul homme et put remarquer mes cheveux blancs et étranges. Je fermai les yeux, accusant le coup, puis les rouvris lentement et me levai à mon tour de ma chaise. Je rejoignis rapidement l'estrade devant le tableau noir, les joues un peu roses.
– Je vous dirai quand engager le combat. Tenez vous droit, vous montrerez l'exemple à tous vos camarades !
Je me demandai pendant un instant pourquoi il avait pris le parti de m'humilier devant tout le monde. Il savait très bien que j'étais incapable de me battre. Je compris bien vite : j'étais la seule à parler anglais.
Potter leva sa baguette, prêt à en découdre. Je frémis, et levai ma baguette à mon tour.
– Commencez !
Potter lança immédiatement un sortilège de Bloque-jambe. Je contrai en lançant un sort parfaitement au hasard, puis enchaînai avec un autre sans réfléchir.
– Rhodocrino !
Ce n'était pas un sortilège offensif : je n'en connaissais aucun. Mais le regard furieux de James Potter me laissa penser qu'il aurait préféré souffrir un peu plutôt que de se retrouver avec des cheveux roses. Cela fit justement hurler de rire Barberousse, avec quelques autres élèves.
– Tarentallegra ! s'écria-t-il, baguette pointée sur moi.
Je tentai vainement d'esquiver : mes jambes se mirent à danser malgré moi. Heureusement, j'étais habituée à lancer des sorts en me déplaçant, donc je pus lancer un nouveau :
– Ropessa!
James se retrouva affublé d'une robe rose pâle de princesse et d'un diadème en toc. A la suite de Barberousse, tout le monde se mit à rire. Furieux, il me lança quelques sortilèges très rapides et bien placés, assez impressionnants en fait… Au point que je me retrouvai bientôt à terre, la baguette loin devant moi et de la poussière plein les yeux. J'entendis la voix d'Alias demander à tous les élèves de former des groupes de deux pour se combattre les uns les autres, tandis que je me relevai difficilement. Quand je redressai la tête pour chercher ma baguette, mes yeux rencontrèrent ceux de Potter.
J'avais tort, l'autre soir, en disant que les yeux d'Armand Béryl étaient plus beaux que les siens. En réalité, ils constituaient de très bons rivaux. Ils étaient captivants. Le fin tracé marron sombre autour de sa pupille se découpait sur un iris d'un bleu pâle saisissant.
Mes yeux pleuraient toujours de la poussière dans mes yeux, et je chassai rapidement les larmes en les cueillant au bout de mes doigts. Puis je tendis ma main vers Potter, qui tenait ma baguette. Il retira aussitôt son bras.
– Je te propose un marché. Je lève le sort qui te fait pleurer, et tu sors avec moi.
– Je te propose un marché, répliquai-je aussitôt. Tu me rends ma baguette et je n'arrangerai pas ton visage à l'instant comme je l'ai fait hier.
– Tu n'oserais pas, souffla-t-il. Tu sais que j'ai eu du mal à me retenir de dire à Armand ce qui m'était arrivé à l'œil gauche…
Je me figeai.
– Si ça m'arrivait une deuxième fois, je crois que je n'essayerai même plus d'inventer des mensonges.
Je ris jaune en essayant de refouler ma panique.
– Tu as l'intention de dire que tu t'es fait frapper par une fille ? raillai-je.
– Parfois il faut savoir mettre son honneur de côté, rétorqua-t-il.
Je ne savais si cette phrase était sensée s'appliquer à lui ou à moi.
– Combien de temps ? demandai-je, les dents serrées.
– Oh, pas longtemps, répondit-il, son visage s'éclairant d'un beau sourire, comprenant qu'il avait gagné.
Je me relevai et lui arrachai ma baguette des mains. Il me lança un sortilège pour que mes yeux cessent de pleurer. Il ne perdait rien pour attendre, ce sale serpent. Ma vengeance serait terrible.
Pour commencer, trouver un moyen de rendre ses cheveux perpétuellement fuchsia. Cela me paraissait être un bon début.
-X-X-
Le soir-même, dans le Réfectoire, Potter, avec son œil au beurre noir, s'approche de ma table, fier comme un coq, Amélie Vermeil au bras. Roxanne, Judith et moi le regardons deux secondes, puis reprenons notre conversation en l'ignorant totalement. Près de nous, Armand Béryl et le brun ténébreux futur-ex-de-Roxanne discutent avec Psyché Verdoré.
– J'ai gagné le pari, Ginger, dit-il en soulevant la main d'Amélie comme si c'était un trophée. Je suis sortie avec quelqu'un avant toi. Tu te rappelles l'enjeu du pari ? Tu dois me dire ce que tu fabriquais aux Archives…
Il plaisante ou quoi ? Légèrement (très légèrement, je vous assure) paniquée, je regarde Vermeil qui a l'air dégoûtée. Le rouge de ses joues est probablement dû à la présence des deux soit disant « beaux gosses » en face de moi… ou peut-être à la honte de s'être fait avoir. Il a dû la convaincre d'une façon ou d'une autre de sortir avec lui, parce qu'elle n'en éprouve clairement aucun plaisir.
– Il se croit malin, avec son œil au beurre noir ? songe tout haut Dal.
– C'est trop tard, Potter, je lui réponds. Moi aussi, je sors déjà avec quelqu'un.
– Ah oui ? me demande-t-il d'un air narquois. Avec ton ami imaginaire, je suppose ?
– Aussi imaginaire qu'Armand Béryl peut l'être.
Silence. Amélie se crispe brusquement, Judith et Roxanne se tournent vers moi avec étonnement, Potter hausse un sourcil méprisant, et Psyché traduit à ses amis qui n'ont évidemment rien compris. Armand tourne sa tête vers moi, souriant. L'autre fait la tronche. Le brun a perdu sa longueur d'avance dans son pari.
Je me lève, fait le tour de la table et m'assois directement sur les genoux d'Armand. Il a l'air aux anges. Potter, beaucoup moins. Je lui lance un grand sourire. Armand, ce sale pervers, en profite pour tourner mon visage vers lui et m'embrasser à pleine bouche. Bon, ce n'est pas que c'est désagréable, mais ça me gêne un peu, quand même, d'embrasser un parfait inconnu. Malheureusement, je suis obligée de jouer le jeu ou bien Potter se rendra compte de la supercherie.
« Toutes ces combines, c'est tellement… »
Humain ? Je suis d'accord.
« Tu me dégoûtes. A t'abaisser à faire… ça, pour de malheureuses paroles jetées en l'air. »
Les Gryffondors ont une parole, Gondul. Nos paroles ne sont jamais « jetées en l'air » comme tu le dis si bien. Et je ne m'abaisse pas, j'enfonce Potter. Grosse nuance.
– Alors Potter, lui dis-je la bouche en cœur, en parvenant à m'extraire de l'étreinte du blond, que faisais-tu dans la forêt interdite ?
– On sait très bien toi et moi que je suis le premier à être sorti avec quelqu'un, gronde Potter.
– On sait très bien toi et moi que tu l'as forcée à sortir avec toi.
– Match nul, alors, conclut l'idiot de service.
Je m'apprête à riposter, quand je me fais interrompre :
« Aie au moins la bonne foi de reconnaître qu'il n'a pas tort, Gondul… »
Je t'ai demandé quelque chose ? Parfois j'ai l'impression que tu te prends pour ma conscience.
« C'est normal, il faut bien que quelqu'un tienne ce rôle vu que tu n'en as pas. »
Tu peux parler, madame la meurtrière !
D'un autre côté, elle n'a pas tort… Hmm…
– D'accord, dis-je avec force efforts. Match nul.
Amélie se retourne aussitôt vers Potter et lui colle une baffe magistrale. La plus belle baffe que j'ai jamais vue de ma vie ! Sonore, rapide, nette, qui laisse une grosse trace rouge de main sur la joue et qui fait retourner les têtes de tout le Réfectoire. Elle aurait pu s'arrêter là, mais non ! Elle prend aussi la peine de lui lancer un sort pour rosir ses cheveux. C'est la plus belle rupture à laquelle j'ai jamais assisté. Je m'apprête à la féliciter quand je la vois me lancer un regard furieux à moi aussi.
Je réalise alors que je suis toujours sur les genoux de ce type dont elle est amoureuse. S'il pouvait arrêter de jouer avec mes cheveux, d'ailleurs, ce serait bien. Il va se coincer les doigts dedans tellement ils sont emmêlés et j'aimerais bien m'épargner cette humiliation. Quoi qu'il en soit : avant, elle me détestait parce que j'avais dit du mal de ses cheveux. Maintenant, elle a une VRAIE bonne raison de me haïr.
Bienvenue dans le vaste club de mes ennemies, Vermeil.
De toute façon, je m'en fiche qu'elle soit triste ou non. Je lui ai déclaré la guerre, vous vous souvenez ? C'était la première bataille, je l'ai gagnée haut la main, et je ne compte pas m'arrêter avant… longtemps.
– C'est marrant, constate Judith en remuant sa purée du bout de sa fourchette. Au bout de trois jours, vous vous êtes chacune fait un petit ami, et moi pas.
Elle n'a pas conscience d'avoir cruellement manqué de tact, mais Roxanne et moi ne disons rien. C'est un peu compréhensible, de son point de vue. C'est elle, la fille populaire, celle qui sort avec des garçons après les avoir connus pendant trois jours ou moins. Sauf que ce coup-ci, les deux garçons cherchaient une fille assez romantique pour tomber dans le panneau et une autre avec des plans bien précis en tête pour accepter de servir à l'autre en même temps qu'elle se servirait de lui.
– Oh, ce ne sera pas pour longtemps, t'en fais pas, je lui réponds. Je te laisse le mien quand tu veux, j'ajoute en me levant pour échapper à l'étreinte insupportable d'Armand.
– Non merci. J'ai pas très envie de sortir avec quelqu'un qui a osé faire un p… euh, qui a osé être aussi collant avec toi.
Bien rattrapé. Elle n'est pas sensée être au courant du fait que les garçons ont parié, c'est un secret que m'a confié Dal. Celle-ci n'a rien remarqué et continue de manger.
– Enfin le week-end, soupire Roxanne pour relancer la conversation. Qu'est-ce qu'on fera ?
– Si tu veux, Ginger, propose ma correspondante, je t'emmène avec moi à la Vieille Ville. C'est juste à côté et c'est plutôt sympa.
– On pourra venir aussi ? demande Judith.
– Bien sûr, mais je pense que vous devrez venir avec vos correspondantes dans ce cas.
OoOoO
Mais Lumina, la correspondante de Judith, voulait y aller avec ses amis, qui étaient au moins une dizaine. Pratiquement tous avaient un correspondant… Et tous les correspondants anglais en question voulaient y aller avec leurs amis.
Résultat : le lendemain matin, dans le Hall d'Entrée, tous les sixième et septième années sans exception, toutes écoles confondues, attendaient dans le Hall.
