Je me devais de laisser un petit mémo avant le chapitre. D'abord pour expliquer un minimum cette longue absence. J'ai commencé les Héritières quand j'étais enceinte du 2eme et que j'étais bloquée à la maison sous peine de fausse couche. Facile d'enchainer les chapitres. Puis il est né, puis il a grandi ... puis j'ai repris mon job à 100% et mon (maintenant ancien) patron n'a pas apprécié le congé parental et est passé du côté obscur. Entretemps la société dans laquelle je travaille se casse la figure ... l'ancien patron nous ayant laissé sur la paille.

3615 ma vie ... quel rapport me direz-vous ? le temps !je n'imagine pas écrire cette fiction à la va-vite, sans donner le meilleur de mes mots à chaque chapitre. J'ai commencé une fiction plus légère, chapitres courts, sans prise de tête sur bleach ... et mon envie d'écrire à nouveau est revenue.

Vive bleach et surtout vive 2 autres personnes à qui je tiens particulièrement ;

Chibi-Mu, c'est à toi que je dois aussi ce retour. En plus d'une amie véritable, même si on se voit peu, tu es ma correctrice ... et ça aide ! Merci ma grande, tu es une adorable personne avec un coeur immense comme ça !

Andromedaleslie, ben oui ma caille ... quoique je mette en ligne, tu me suis et me soutiens. Merci aussi !Bon on range les mouchoirs ...

vu le temps, éventuellement relisez le chapitre de Myrna 4, voire les 1,2,3 et 4 pour raccrocher. Oui je sais, je suis dure ...

Encore merci à tous pour votre fidélité et votre incommensurable patience ...

cassiopeeW

Deuxième partie : Devenir chevalière

Myrna – Chapitre 5

- Bonjour à toi, Mu ! Cela faisait presque une éternité !

L'homme qui se retrouvait face à lui devait être mort lors du dernier combat entre les chevaliers d'Athéna et les hommes revêtus de surplis à la solde d'Hadès. Dans ce combat sanglant, il avait entraîné avec lui un des juges des Enfers, Rhadamanthe, avant de les rejoindre au pied du mur des lamentations. Ce mur pour lequel ils avaient sacrifié leurs existences et jusqu'à la moindre parcelle de leur âme afin d'assurer pour les saints de bronze l'ouverture d'un chemin menant à Elysion.

Mu cligna des yeux comme pour s'assurer qu'il ne rêvait pas. Mais non, il était bien là, flamboyant comme le dragon des mers dont il avait revêtu les écailles marines et toujours avec cet air légèrement arrogant et totalement sûr de lui. Ses cheveux ondulaient légèrement sur le côté, augmentant encore cette impression de hauteur et de certitude absolue.

- Kanon ... Kanon, des Gémeaux. Comment est-ce possible ? Murmura Mu dans un souffle à peine audible.

Le regard d'Albérich se porta successivement sur Mu puis sur le dénommé Kanon plusieurs fois alors que les pièces du puzzle s'imbriquaient rapidement dans son esprit.

- Vous êtes celui qui avait fomenté à la fois l'éveil de Poséidon et la bataille d'Asgard, déclara-t-il en se redressant, le dos rigide.

Le regard de Kanon dévia sur la fragile silhouette d'Albérich, l'évaluant tout aussi rapidement que son vis-à-vis venait de le faire. Il lui sourit en coin avant de lui faire face.

- Absolument, Albérich, guerrier divin de Zeta et actuel Ansirik du royaume de Tyralcen.

C'est un honneur de rencontrer l'homme qui avait cru pouvoir tirer un bénéfice de mes si vils agissements.

Mu vit un muscle de la joue gauche d'Albérich tressaillir dangereusement derrière son masque jusqu'alors figé alors que Kanon croisa les bras, s'ancrant un peu plus dans le sol, sans doute dan l'attente d'une attaque physique qui ne vint pas.

Le chevalier avait le sentiment d'assister à une de ces scènes typiques de documentaires animaliers où deux fauves, l'un aussi puissant et sournois que l'autre, se défiaient ouvertement. En l'occurrence, l'image d'un cobra face à une mangouste s'imprima dans son esprit. Mais qui était qui ? Il ne voulait même pas le savoir et intervint rapidement pour éviter un conflit ouvert.

- Kanon ! Nous te pensions mort ... puisque tu n'avais pas réapparu en même temps que nous tous ...

Kanon, lui jeta un regard oblique avant de se détourner comme à regrets du guerrier divin.

- Mu, quel plaisir de te voir. Tu tiens toujours à la perfection ton rôle de modérateur, à ce que je constate. Rôle qui te sied et t'honore. Mais pour te répondre, je vous pensais tous morts et enterrés également. Quels sont les heureux élus qui sont revenus du royaume des morts ?

- Les douze chevaliers d'or et les chevaliers de bronze. Athéna elle-même et plus récemment, les guerriers divins d'Asgard. Mais je ne comprends pas, que fais-tu ici ? Pourquoi n'es-tu pas revenu en Grèce avec nous tous ?

- Je l'ignore, répondit Kanon en haussant les épaules avant de les rejoindre de sa démarche souple. Il y a plusieurs semaines que j'erre ici, entre ce royaume et celui de Poséidon, sans pouvoir trouver une issue. Les accès liant le royaume de Poséidon et la surface sont tous détruits, compléta-t-il en apportant la réponse à la question silencieuse de Mu. C'est en cherchant un nouvel accès que je suis tombé, c'est le cas de le dire, sur ce royaume oublié et totalement vide de tout signe de vie.

Albérich, tout en l'écoutant, faisait le tour de la vaste salle déserte. Il ne pouvait pas croire qu'il se trouvait dans ces lieux mythologiques et tellement importants pour son propre royaume et celui d'Asgard. Mais pourquoi ces lieux étaient-ils déserts ? Selon les dires des légendes les lieux auraient du grouiller de serviteurs zélés, de dieux affairés ou en goguette ou de muses marines à la fois mutines et dangereuses. Aegir lui-même ne quittait que très rarement son palais, tout comme sa femme Ran et leurs filles.

- Ils doivent avoir regagné Asgard. L'heure est grave et l'échéance sans doute plus proche que ce que nous croyions jusqu'à présent, réfléchit-il à voix haute.

Le chevalier d'or et l'ex-général des mers se retournèrent vers lui.

- Que voulez-vous dire ? Demanda Mu de sa voix douce et posée.

- Je veux parler de cette prophétie dont on a trouvé un morceau dans mes livres et de l'échéance qu'elle nous indique. Je veux parler du retour de Hel qui me paraît imminent à présent. Il n'y a qu'une raison pour laquelle Aégir quitterait son précieux royaume ; un appel d'Odin lui-même. Et Odin ne l'appellerait à ses côtés que pour une chose ... le Ragnarok.

- Le Ragnarok ? Le retour de Hel serait donc la fin du monde et votre crépuscule des dieux ?

- Je l'ignore. Si nous échouons et si elle nous bat, ce le sera sans aucun doute. Et si son retour doit se faire dans les prochains jours, elle vaincra. Nous ne sommes pas prêts.

Albérich énonça ces quelques phrases sans aucun état d'âme, sans détour et avec sa logique implacable. Kanon haussa un sourcil avant qu'un sourire ironique ne releva les commissures de ses lèvres.

- Quel dommage que nous ne nous soyons pas rencontrés plus tôt, guerrier divin. A nous deux, nous aurions pu réussir là où mes tentatives ont échoué.

- Cela va sans dire, marmonna Albérich. Vous auriez eu grand besoin de mon sens tactique et de mon intelligence.

Mu en eut un frisson dans le dos. Deux serpents comme ils avaient pu l'être à l'époque se dressant ensemble contre Athéna ... Oui, cela aurait sans doute changé le cours des évènements. Heureusement pour le monde des hommes, ils étaient revenus à de meilleurs sentiments. Kanon avait fait son mea culpa lors de la bataille contre Hadès et Albérich semblait s'être adouci au contact de la princesse Myrna. En espérant que cela dure et que leur rencontre inattendue ne réveille pas de vieux démons.

- Visiblement, tu n'as pas trouvé de sortie, Kanon. Mais as-tu trouvé quelque chose qui pourrait nous aider ?

- J'allais dans cette direction quand j'ai entendu votre fracassante arrivée. C'est l'avant-dernière que je n'ai pas encore explorée. J'espère qu'elle mènera à un chemin de retour, sinon j'ai le regret de vous informer que nous serons tous les trois bloqués dans ce royaume sans habitants, complètement coupés du monde.

Mu et Albérich levèrent instantanément les yeux vers le ciel translucide. Bloqués ici ? Ils ne pouvaient se le permettre. Aussitôt ils emboitèrent le pas à Kanon, qui s'enfonçait déjà plus profondément dans les routes du royaume nordique sous-marin.


« Année de la Montagne de Givre 999, après l'équinoxe d'automne – A Tyralcen»

- Voilà, c'est fini ! Vous avez fait preuve d'une grande bravoure durant les soins. A présent, Eir veillera sur votre guérison. Je vous donne l'onguent à étendre sur votre blessure pour accélérer sa cicatrisation.

- Merci, merci Mademoiselle. Qu'Odin vous garde !

- Je vous en prie, ne me remerciez pas ... c'est naturel.

Myrna rougit comme à chaque fois qu'un homme ou une femme se baissait pour baiser l'ourlet de sa robe avec une dévotion aussi fervente que dérangeante. Elle se redressa, murmura encore quelques paroles en langue ancienne et s'éloigna de la petite masure avec un petit signe de la main.

Le jour tombait et le vent, déjà mordant et froid pour la saison, la fit frissonner. Elle était lasse et fatiguée, mais heureuse d'avoir pu une fois encore éviter le pire à un de ces malheureux. Ses longs cheveux noirs fouettèrent son visage alors qu'elle descendait vers la grève où l'attendaient Vidar et deux de ses hommes. Il était là, parfaitement immobile et serein, comme à son habitude. A peine un signe de tête et déjà ses hommes poussèrent la frêle embarcation vers les flots tumultueux de la froide mer d'Asgard.

Myrna envisagea avec une appréhension coutumière cette nouvelle traversée, elle qui malgré toutes ses potions, ne parvenait pas à supprimer son malaise dès qu'elle quittait la terre ferme. Vidar rabattit sur sa tête sa capuche de lainage gris et l'aida à prendre place à bord avant de s'installer à ses côtés.

Un peu comme l'aurait fait un grand frère, il enroula son bras autour de ses épaules dans un geste protecteur. Il connaissait son angoisse mais ne pouvait rien faire pour elle.

- Vous ne devriez plus revenir sur cette île si cela vous pèse de trop. Tous le comprendraient. Vous avez déjà tant fait pour eux.

- Moi je ne le comprendrais pas, répondit-elle dans un filet de voix en serrant les dents. Qu'est-ce qu'un petit malaise face à une guérison et au recul de la mort ?

- Vous ne pourrez les sauver tous, Myrna.

- J'en sauverai un maximum. C'est ainsi. Inutile de nous quereller à ce sujet. J'ai pris cette décision il y a longtemps, je vous demande juste votre soutien.

Vidar prit le délicat menton de la jeune femme entre ses doigt, le relevant légèrement vers lui. Il croisa son regard d'ébène, empli à la fois de certitude et de crainte. Il se pencha vers elle et son souffle tiède passa discrètement sur sa joue pâle.

- Vous l'avez, Myrna. N'en doutez jamais. Reposez-vous à présent.

Il l'attira vers lui et elle se blottit contre sa chaleur tout en fermant les yeux. Cela faisait plus de trois mois qu'elle avait quitté le château de Tyralcen et qu'elle lui demandait de l'accompagner partout où son aide serait utile dans le royaume ilien. Depuis, ils sillonnaient successivement toutes les îles de Tyralcen en évitant les gardes d'Albérich. Les îles des enfants et des vieillards étaient les plus lointaines par rapport à leur camp de base. Elles étaient aussi celles qu'ils visitaient le plus fréquemment.

Ces visites constantes ne lui laissaient plus guère de temps pour son entraînement, qu'elle avait du commencer de nuit. Au bout de trois mois, le manque de sommeil commençait à se faire ressentir et elle dormait dès qu'elle le pouvait, notamment pendant ces périlleuses traversées. Elle savait que bientôt ils ne pourraient plus naviguer. La banquise allait recouvrir la mer d'une couche assez épaisse pour empêcher la navigation mais trop faible pour des passages à gué. Il serait alors temps de se reposer un peu et surtout de poursuivre son entraînement.

Mais cela avait-il encore un sens alors qu'elle était recherchée par les gardes et qu'elle refuserait dorénavant que ce soit Albérich qui lui servît de maître ?

Elle étouffa un sanglot et crispa ses paupières de peur que des larmes coulent le long de ses joues blêmes. Evoquer son nom était déjà trop. Comment pourrait-elle un jour espérer se retrouver face à lui alors qu'il l'avait tant déçue ?

Et elle ? Ne l'avait-elle pas déçue tout autant en s'enfuyant sans même chercher une explication ? Sans doute. Et plus encore, n'avait-elle pas déçu ses soeurs en s'enfuyant ainsi, décrétant qu'elle ne pouvait poursuivre sur cette voie alors que cette décision pouvait avoir de graves conséquences sur le royaume d'Asgard tout entier. Car elle en était certaine, tout Asgard était au courant qu'elle s'était enfuie.

- Cessez de vous torturer. C'est inutile, vous ne pouvez changer le cours des choses.

- Comment ?

« Comment savez-vous ce à quoi je pense ? Comment savez-vous que les choses ne peuvent être changées ? » ajouta-t-elle en son for intérieur.

- Je le sais. Et je pense aussi que tout finira par s'arranger, si vous le voulez vraiment.

Elle se serra d'avantage encore contre lui. De cela, elle n'était pas sûre. Elle avait encore en elle trop de colère contre Albérich. Elle avait trop attendu, comme souvent. Un peu comme elle l'avait fait avec son père, lui qui ne lui avait que trop rarement accordé de l'attention. Comme elle l'avait fait avec Hilda, qui l'avait confié à Albérich. Un choix improbable, que nombre de ses guerriers n'avaient pas compris. A présent, c'est elle qui ne comprenait plus. La migraine la menaçait à nouveau, comme à chaque fois que tout ceci tournait dans sa tête.

Vidar se pencha vers elle et elle se sentit apaisée.

- Dormez à présent. Il faut vous reposer Myrna. Vous en avez besoin.

Les deux hommes occupés à ramer et Myrna presque assoupie ne remarquèrent pas la douce aura blanche, scintillant d'un vert foncé, presque noir. Elle apaisa la mer aux alentours de l'embarcation, permettant aux deux rameurs d'accélérer l'allure et apaisa l'esprit agité de la jeune femme.


- Kanon, es-tu sûr que nous ne tournons pas en rond ? l'interrogea Mu pour la seconde fois en passant devant un temple similaire en tout point à celui devant lequel ils étaient passés deux heures et encore une heure auparavant.

- Non ! Je crois que tu as raison. Soit nous sommes perdus, soit tous les temples de ce royaume se ressemblent au détail près.

Kanon s'arrêta aux côtés de Mu qui était planté devant deux colonnes massives d'un bois foncé encadrant un immense portail richement orné de ferronnerie. Il toucha du bout du doigt l'une des colonnes qui s'effrita légèrement sous sa pression.

- Le bois a l'air vermoulu. Mieux vaut ne pas s'attarder.

- Rien ne nous tombera sur la tête, chevaliers. Ces temples existent depuis la nuit des temps. Ils seront encore là bien après notre mort.

Albérich passa à côté d'eux sans même leur accorder un regard, étudiant les deux routes qui s'offraient à eux. Que de temps perdu à tourner en rond ! Cela l'irritait au plus haut point. L'image fugitive du visage mince et souriant de Myrna passa dans son esprit, interrompant le fil logique de ses pensées. Il était temps de sortir de ce labyrinthe pour la rejoindre. Sans pouvoir réellement se l'expliquer, il sentait que quelque chose ne tournait pas rond à la surface et qu'il devait remonter de toute urgence.

- Albérich ? Répéta Mu, pétri de sa patience légendaire face aux errements de ses deux camarades de mauvaise fortune. A votre avis, quel chemin devons-nous suivre ?

- Nous sommes passés deux fois devant ce temple et nous avons déjà pris chacune de ces voies. Il ne reste plus qu'une possibilité. Traverser ce bâtiment.

Kanon hocha la tête devant ce raisonnement on ne pouvait plus logique et tenta de pousser les deux lourdes portes qui ne bougèrent pas d'un millimètre. Il eut un sourire cynique. Alors qu'il avait atteint une puissance considérable lors de la bataille d'Hadès, il se retrouvait incapable de pousser une banale porte.

Albérich haussa un sourcil moqueur avant de s'avancer vers le portail, son épée enflammée à la main et son cosmos froid en éveil.

- Poussez-vous ex-Général des Mers ! Je crois que vous êtes revenu d'entre les morts avec quelques aptitudes en moins.

En deux coups croisés enflammés, les deux portes volèrent en éclat, projetant vers eux une myriade de pointes affutées. Mu dressa un crystal wall pour les protéger, Kanon et lui avant de se retourner vers lui.

- Dit-il vrai ?

Kanon haussa les épaules comme si la perte de ses forces était le cadet de ses soucis.

- Effectivement. Tout du moins, est-ce vrai ici. Car je ne sais pas s'il en est de même à la surface. Je me suis éveillé dans le temple de Poséidon et j'ai tout de suite senti que le cosmos qui m'avait habité depuis ma naissance semblait être en sommeil. J'ignore s'il a totalement disparu. Mais a priori, je semble être le seul dans ce cas.

Mu hocha la tête, ne sachant trop quoi ajouter. Inutile de faire semblant de minimiser les dires de Kanon ; un chevalier sans cosmos était comme un oiseau sans aile dans le ciel ... Un poids mort. Kanon se tourna vers la porte et Albérich qui les attendait.

- Peut-être est-ce la punition des dieux pour m'être joué de l'un des leurs et avoir menacé Athéna.

- Athéna t'a pardonné, avança Mu en lui emboitant le pas.

- Elle oui ! Mais je crains que tous ne soient pas aussi charitables. Et si nous sommes tous - je suppose que les dieux ne sont pas étrangers à notre retour. Vous ne m'avez toujours pas expliqué la raison de votre présence en ces lieux.

Leurs pas résonnaient sinistrement dans l'immense hall, ponctué tous les deux mètres par une impressionnante colonnade supportant l'imposant plafond de bois sculpté sur toute sa surface. Il n'y avait aucune fenêtre dans ce hall. Des tapisseries aux couleurs dominantes rouge et noir ornaient les murs froids et humides. Des torchères étaient suspendues à chaque pilier. Au fond de ce hall long de plusieurs mètres se trouvait une nouvelle porte tout aussi imposante.

Il sembla à Mu que plus il s'en approchaient plus elle semblait s'éloigner d'eux. L'endroit était étrange. Il regarda plus attentivement les tapisseries qui défilaient devant ses yeux. Elles décrivaient tous les évènements qui amenaient les dieux et les hommes au Ragnarok ; le meurtre déguisé de Balder, la peine de sa mère qui priait Hel de le renvoyer parmi les dieux, la folle requête de Hel, la félonie de Loki et au final la perte de la lumière et la montée des forces du mal, menées par le perfide Loki, escortés de l'immense loup Fenrir et du vénéneux Jörmungand, le long serpent enserrant le monde.

Il marqua brusquement un temps d'arrêt en voyant à nouveau la tapisserie du meurtre de Balder. C'était bien la même que celle qui se trouvait quelques mètres plus bas ... mais lorsqu'il se retourna pour la chercher des yeux il retomba sur la porte qu'avait brisé Albérich.

- Comment est-ce possible ? Nous somme revenus au point de départ !

- Comment ? S'écria Albérich de sa voix aigüe. C'est impossible !

Mais il se reprit aussitôt et se rangea vite à l'avis de Mu.

- Qu'est-ce que c'est que ce maléfice ? Grogna Kanon. Nous n'avons pas le choix, courons jusqu'à cette porte que vous défoncerez avec votre épée !

- Tout à fait d'accord !

Les trois se mirent à courir en même temps, mais ils se rendirent vite compte que cela ne servait strictement à rien. En fait ils n'avançaient pas d'un pouce. Ils s'épuisaient sans arriver au bout du hall.

- C'est inutile, lâcha Mu au bout d'un moment. Nous nous fatiguons pour rien.

- Nous devons être dans une distorsion de l'espace temps, grogna Kanon, un peu comme entre deux dimensions.

- N'est-ce pas l'une de vos attaques, à vous et à votre jumeau ? demanda Albérich en reprenant son souffle.

- C'est exact, mais sans cosmos, il est tout à fait inutile que j'essaie quoi que ce soit. Je suppose que si j'avais eu tous mes moyens, je m'en serais rendu compte plus tôt !

- Parfait ! Ironisa Albérich. Vous êtes donc inutile. Et vous ?

- Je ne sais pas si je peux sortir de là. Je n'en ai pas l'impression.

Mu se concentra et tenta de se téléporter mais se heurta à une puissante barrière qui l'en empêcha aussitôt en l'assommant légèrement. Albérich le dévisagea l'oeil critique alors que Kanon le soutenait.

- Si je comprends bien, notre situation va de mal en pis et je me retrouve coincé ici avec vous deux pour une durée indéterminée. Charmante perspective !

Kanon releva l'agression à peine voilée tout en se laissant tomber à terre devant une des tapisseries.

- Cela m'enchante autant que vous tant votre compagnie est plaisante. Ces boucles peuvent être naturelles ou être créées artificiellement comme Saga et moi-même pouvons le faire. Dorénavant, il nous est impossible de savoir à quel moment nous allons sortir de là et surtout combien de temps s'écoulera à l'extérieur de cette espace temps.

- Si je suis votre raisonnement, il peut s'écouler deux jours ici et six mois, par exemple, à Asgard ou inversement. C'est un phénomène fascinant.

- Oui.

Les deux hommes avaient fini par être d'accord sur un point.

- Nous ne pouvons rester ici, argua Mu en songeant à Hilda, Athéna et l'échéance avec Hel qui se rapprochait. Il faut trouver la solution.

- Bonne chance ! Fit Kanon en fermant les yeux et en croisant les bras derrière sa tête.

- Kanon ! Comment peux-tu être aussi léger ? S'exclama Mu. Tu m'as demandé pourquoi nous étions ici. Une terrible menace, sous les traits de Hel, la déesse des morts d'Asgard, va s'abattre d'ici quelques temps sur le monde. En commençant par Asgard. Et justement nous n'avons aucune idée du temps qui nous reste.

Albérich ne releva même pas le comportement du Gémeau et observa avec attention la moindre parcelle du temple, le moindre coin de tapisserie, les inventoriant, les décryptant, les imbriquant avec ses propres connaissances. A tout problème, il y avait une solution et foi d'Albérich, il la trouverait car évidemment il ne pouvait compter sur les deux autres !


Elle était endormie, lovée dans les fourrures et les couvertures de lainage. Son souffle redevenu régulier depuis qu'elle avait touché la terre ferme, rythmait les lents et à peine perceptibles ascensions et abaissements des peaux qu'il avait entassé quelques heures plus tôt sur elle pour la réchauffer.

Cela faisait un bon quart d'heure qu'il l'observait, installé dans un siège inconfortable et ridiculement petit pour tenir sa haute stature. Pourtant, il semblait presque minuscule à côté de ce qu'il apercevait sous cette tente, qu'il était le seul à pouvoir déjà apercevoir ... ce halo d'un vert pur qui enveloppait la jeune femme, qui réchauffait l'espace confiné, créant une ambiance irréelle.

Vidar discernait cette lumière même les yeux clos. Il la ressentait au plus profond de lui. Elle était sur le chemin de l'éveil, de la prise de conscience de son formidable potentiel. A présent, son cosmos irradiait dans son sommeil, dès qu'elle ne cherchait plus consciemment à le discerner.

Sans le savoir, elle avait choisi sa propre voie pour l'éveiller. Son cosmos, chaleureux, aimant, ne se révèlerait pas dans la fureur d'un combat mais dans l'écoute de la nature dans son ensemble, nature dont les Hommes n'étaient que de frêles participants.

A chacune de ses visites chez des malades, à chaque fois qu'elle utilisait les plantes, les choisissant, les recueillant avec soin, tant pour préserver les pieds encore en terre que les tiges, feuilles, bourgeons, ou pétales pour en extraire l'essence dont elle tirerait son remède, elle développait son cosmos.

Un mouvement sur son côté brisa la quiétude de ces instants.

- C'est l'heure de son entraînement, murmura un de ses soldats en entrant sous la tente.

- Je sais.

Sans ouvrir les yeux, Vidar utilisa le même ton et lui fit signe de sortir. L'homme se retira respectueusement, habitué aux phrases laconiques de son maître lorsqu'il était seul ou lorsqu'il était avec la princesse guérisseuse, comme elle se faisait à présent appeler par les humbles gens des environs.

Vidar soupira à l'idée de la déranger dans son sommeil mais les évènements jouaient contre eux, le forçant à forcer l'éveil naturel de son cosmos. Elle devait encore s'endurcir sur les plans physique et psychique. Sans une parfaite maîtrise de son corps et de son mental, sans une résistance hors normes à la douleur, aux privations et au froid, elle ne parviendrait pas à utiliser ses pleines capacités à l'heure dite. Ce diable d'Albérich avait au moins compris cela.

Penser à cet avorton arrogant l'irrita au plus haut point, à tel point d'ailleurs qu'il sentit toute son énergie refluer dans ses yeux. Il les ouvrit et vit son reflet dans le miroir de la jeune femme, posé sur la petite malle qui contenait ses affaires. Un regard vide, d'où les pupilles et les iris avaient disparu, laissant la place à un vide crépusculaire, noir comme l'espace, marbré de stries d'un vert soutenu et d'un argent pur.

- Vidar ?

La voix fluette et encore ensommeillée de Myrna lui fit reprendre ses esprits. Il vit le vide s'effacer et ses iris reprendre leur couleur et leur chaleur originels. Se détournant de son image, il lui fit face en souriant.

- Il est temps d'y aller, jeune Myrna. Vos opposants du jour vous attendent. Ne tardez pas, ajouta-t-il en sortant de la tente.

Elle acquiesça silencieusement tout regardant le pan d'épaisse toile se refermer sur les flambeaux brûlant à l'extérieur de la tente, dans le petit camp. La neige était arrivée et ne cesserait de tomber durant de longs mois. L'hiver était précoce pour ce domaine insulaire, normalement protégé des trop grandes rigueurs hivernales par l'océan. Mais là, il lui semblait être revenue quelques années en arrière, au sein de son pays rude et glacé, mais qu'elle aimait encore tant.

Les images successives d'Albérich puis de Vidar traversèrent son esprit. Qui étaient-ils l'un et l'autre ? D'Albérich, elle pensait tout connaître à présent ... le côté obscur, qu'elle avait dans un premier temps accepté et le côté clair, qu'elle avait découvert sous la froide carapace.

Pourtant, alors qu'elle le connaissait, et connaître était rassurant, elle s'était irrémédiablement éloignée de lui ... le quittant pour suivre un inconnu, qui malgré les mois qui passaient, restait une parfaite énigme pour elle.

Vidar était peu loquace, c'était bien peu de le dire, même ses hommes s'en plaignaient plus ou mois ouvertement. Mais il était efficace. Il savait toujours quand il leur fallait quitter les grèves pour embarquer sur les frêles esquifs relayant les îles et quand il fallait quitter les îles pour regagner le camp. Ce camp, qui malgré sa taille imposante, savait par elle ne savait quelle magie, rester parfaitement invisible aux yeux des nombreux soldats d'Albérich qui sillonnaient la région sans relâche. C'était comme si les masures, les tentes, les feux disparaissaient dans l'épaisse végétation.

Qui était-il ? Pas un simple villageois vaguement révolutionnaire et idéaliste. Non. Elle pressentait autre chose. De plus vague, de plus grand, de plus dangereux peut-être aussi. Dans tous les cas, il s'avérait aussi efficace que son prédécesseur pour lui enseigner les arts de la guerre qu'elle abhorrait tant. Illyana aurait été ravie, Lydwina en aurait tiré des grands avantages pour Odalwar, mais elle, qu'en ferait-elle ?

Ce n'était pas son choix, ce n'était pas sa vie ni son envie. Son combat, c'était la vie ... sauver le plus de vies possible parce qu'à ses yeux, toutes avaient leur importance et leur rôle à jour dans le grand cycle de la Vie, justement.

- Myrna ...

La voix de Vidar la ramena à la réalité des choses. Une dizaine d'hommes, armés jusqu'aux dents, l'attendaient de pied ferme pour en découdre, jusqu'au premier sang ... qu'elle s'empresserait de soigner tout en s'excusant comme hier, avant-hier et les jours précédents. Elle chaussa ses hautes bottes de cuir et boucla sa ceinture avant de se résigner à sortir. Bon gré mal gré, elle était fille d'Odalwar, pays des guerriers les plus rustres et farouches et elle se devait de faire honneur, sinon à ce fier pays, à ses soeurs qui souffraient et subissaient le même sort qu'elle.

- Vous cherchez toujours ?

- C'est toujours mieux que de rester adossé contre ce mur les bras croisés !

La voix acide d'Albérich répondant vertement à la remarque ironique de Kanon irrita Mu, pourtant habituellement d'un calme olympien en toute circonstance. Mais, par Athéna, s'il devait passer le reste de sa vie coincé entre ces deux là, il commettrait un meurtre, cela il en était certain !

Cela faisait des heures qu'ils avaient franchi la porte de cette salle et qu'ils se retrouvaient entre ces quatre murs, puisque de bien entendu, ils s'étaient rendu compte qu'ils ne pouvaient ni traverser cette pièce ni même aller en arrière. Kanon s'était adossé à un mur, se lançant dans un commentaire aussi futile qu'absurde de la tapisserie située en face de lui ... scène où Loki, déguisé, guidait la main armée d'une flèche et de gui du dieu aveugle vers la fin funeste de Balder.

Commentaire qui ne laissa pas Albérich indifférent, qui étaya sa thèse du complot absolument génial d'une dizaine d'autres exemples du genre dans la mythologie asgardienne pour finir sur la conclusion que les Asgardiens seraient toujours bien supérieurs que les Grecs.

La chose en entraînant une autre, Kanon et lui se lancèrent dans une étude comparative des pires protagonistes des deux mythologies. Mu en frisait la migraine et commençait à croire que s'il voulait sortir non seulement vivant mais aussi sain d'esprit de ce guêpier, il lui faudrait se débrouiller seul.

Il avait observé un détail ; ils restaient coincés entre deux tableaux ... la tapisserie représentant le dieu aveugle guidé par la main de Loki d'une part et le même dieu aveugle guidé par Balder, son jeune frère, lors d'une promenade à forêt d'autre part. Deux forêts, un dieu aveugle, trois protagonistes, deux guides, le bien et le mal, l'ombre et la lumière ... cela ne pouvait être une simple coïncidence.

Ils étaient trois ... L'ombre et la lumière, les guides et l'aveugle dans la forêt. Cela non plus ne pouvait être une coïncidence. Quelque part, ils étaient ces trois là.

- C'est une épreuve, conclut-il à haute voix tout en s'approchant de la tapisserie critiquée par Kanon, réduisant les deux autres au silence par ces quatre mots.

Albérich, jusqu'alors planté devant le général des mers, se redressa et le rejoignit.

- Expliquez-vous ! Le somma-t-il d'un ton dur.

Mu, tout à sa concentration, ne releva pas son ton péremptoire.

- L'ombre et la lumière, le guide, l'aveugle ... le choix entre l'une ou l'autre des voies qui s'offrent à nous ... Quelqu'un, je ne sais pas qui, cherche à nous tester ...

- Les dieux sans doute, marmonna Albérich. Nous sommes trois, mais qui est qui ?

- Je suppose qu'il ne sera pas permis de se tromper, avança Mu. Les dieux ne sont guère charitables quant il s'agit de perdre à leurs petits jeux.

- Très juste ! Souligna Kanon, les yeux toujours fermés. Regardez-moi ! Une petite machination et hop, privé de dessert ... enfin de cosmos ...

Mu soupira discrètement devant le ton boudeur seyant si peu à ce chevalier. Il devait se sentir frustré au plus haut point pour réagir de façon aussi enfantine.

- Vous êtes Höd, vous êtes l'aveugle, décréta Albérich en observant Kanon, qui tressaillit autant que s'il avait été insulté avant de se redresser de toute sa stature.

- Plaît-il ?

- Inutile de monter sur vos grands chevaux, fit Albérich, pince sans rire. Vous n'avez plus de cosmos. C'est comme si vous étiez aveugle, amputé ou muet. J'avoue une préférence pour ce dernier mode de ...

- Albérich ! Le coupa Mu au comble de l'exaspération. Poursuivons notre raisonnement, je pense que nous sommes dans le vrai.

- Nous avons l'aveugle, il ne fait aucun doute qu'aux yeux du plus grand nombre, vous représentez la lumière ... Balder.

- Et vous Loki je suppose, grogna Kanon, toujours vexé qu'Albérich lui répète sans cesse, son absence de cosmos.

- A mon sens, il y a deux possibilités. Dans cette tapisserie, je serai la forêt qui protège et qui entoure la scène où Balder guide son frère, Höd. Dans l'autre, je serai plus vraisemblablement Loki guidant la main de l'aveugle pour détruire le rayonnant et aimé Balder.

- Les esprits de la Nature ? L'interrogea Mu.

- Oui. Nous avons un choix à faire.

Les trois hommes scrutèrent la moindre parcelle des deux tapisseries à la recherche du moindre indice pouvant les mettre sur la voie. Mu observa les portes ... celles qu'Albérich avait défoncé pour entrer, celles qui semblaient inaccessibles. Revenir en arrière ou aller de l'avant ? Il observa les portes intactes ... elles représentaient l'avenir. L'avenir inconnu, clos et incertain mais sans doute promesse de jours meilleurs.

Kanon et Albérich suivirent son regard. Albérich réfléchissait à toute vitesse. Son peuple, ses dieux, bien que sachant qu'ils allaient vers le Ragnarök ne se dérobaient pas à leurs devoirs, répondant à une fatalité ancrée au plus profond d'eux-mêmes.

Kanon était plus partagé. Il connaissait le passé, ses errements et ses erreurs, ses doutes et ses triomphes, ses faiblesses et ses repentirs mais toujours avec son flamboyant cosmos solidement ancré en lui, le transcendant dans les moments les plus durs. Pour lui, le passé avait quelque chose de rassurant. L'avenir ? Sans cosmos, coincé entre ce pays déserté et le royaume détruit de Poséidon. Quel avenir ?

- C'est la seconde, symbole d'avenir même si nous en connaissons déjà la fin, choisit Kanon.

Mu acquiesça, suivi par Albérich et tous trois se plantèrent devant la tapisserie en question.

- Et maintenant ? Murmura Mu.

- Je ne sais ...

« pas » allait ajouter Albérich alors qu'un arc et une flèche argentés richement ouvragés apparurent devant lui. Il s'en empara et vit le fragile rameau de gui entortillé autour de la pointe.

- Je crois que les dieux viennent de nous répondre. A priori, une reconstitution s'impose ! Ironisa-t-il tout en se lamentant intérieurement sur cette perte de temps.

- Si je comprends bien, résuma Kanon pour lever tout doute, je vais pointer et tirer cette flèche à l'aveugle, guidé par votre main sur Mu en le prenant vaguement pour votre dieu Balder ?

- C'est cela même mais ...

Il n'eut une nouvelle fois pas le temps de finir sa phrase. Leurs armures respectives disparurent comme par enchantement, les laissant revêtus de leurs tenues habituelles. Kanon regarda Mu, puis la flèche et secoua la tête en s'éloignant de l'arme.

-Hors de question ! Lui tirer dessus avec l'armure du Bélier était déjà risqué mais là c'est du suicide Mu !

Mu serra les dents mais lui sourit sereinement.

- J'ai confiance en toi et en Albérich. J'ai confiance dans les dieux du peuple qui m'a adopté.

Albérich tenait toujours l'arme et la scrutait sous tous ses angles. Elle était d'un matériau à la fois léger et cristallin mais qui paraissait aussi d'une extrême robustesse. La corde était tendue à l'extrême pour permettre un décocher net et rapide. La flèche était du même matériau et la pointe d'un cristal finement taillé. Des motifs runiques, richement ouvragés, courraient sur toute la longueur de l'arc. Des pierres brillantes, rubis et diamants, s'incrustaient au centre des entrelacs et arabesques. La voix de Kanon le sortit de sa concentration.

- Non !

- Il n'y a pas des dizaines de solutions, Général, il n'y en a même que deux. Soit, nous vous écoutons, nous agissons comme des couards et nous restons ad vitam aertenam ici. Soit, nous faisons ce que tous attendent de nous et nous sortons d'ici, morts ou vifs mais au moins aurons-nous agi ! Dois-je vous rappeler qu'à chaque minutes que nous passons ici il peut se passer plusieurs jours à la surface ?

Kanon en avait parfaitement conscience mais Mu en agneau sacrificiel lui rappelait un peu trop de mauvais souvenirs. Pourtant avaient-ils vraiment le choix ?

- Nous le l'avons jamais en Asgard, le rassura Mu en lui posant une main sur l'épaule. C'est une mentalité, un état de fait qu'il faut accepter pour avancer. J'ai confiance en toi ... comme durant la bataille contre Hadès, comme devant le Mur des Lamentations. Avec ou sans cosmos, ajouta-t-il en voyant Kanon ouvrir la bouche, j'ai confiance en toi.

Kanon ne put que hocher la tête. Il arracha l'un des bandages qui lui enserrait le biceps et le noua autour de sa tête, à hauteur de ses yeux.

- Ainsi, l'illusion sera parfaite. S'il arrive quoi que ce soit à Mu, avec ou sans cosmos, je vous tuerai, décréta-t-il en se portant aux côtés d'Albérich.

Mu se posta dans le milieu du hall, devant les portes. Il ouvrit les bras, comme l'avait fait le dieu Balder lorsque les autres dieux s'amusaient à lui lancer toute sorte d'objets et plantes pour constater qu'il était protégé. Une seule plante, jugée tellement inoffensive que personne n'avait jugé utile de lui faire prêter serment, l'avait tué. Cette petite pousse était celle du gui, ce minuscule arbrisseau enroulé autour de la flèche, tenue à la fois par le dieu aveugle et par Loki le rusé ... avec Kanon dans le rôle d'Höd et Albérich dans celui de Loki.

L'arc était bandé et la flèche prête à fondre sur le coeur de Mu. En ces instants à la fois courts et tellement longs pour les trois protagonistes, chacun espérait qu'ils allaient sortir de là vivants.

Albérich décala le bras de Kanon sur la gauche et sa main lâcha le bras de Kanon, lui signifiant que l'axe était bon, droit vers le coeur. Kanon, une goutte se sueur coulant le long de sa nuque, écarta les doigts, relâchant la flèche qui transperça les airs en sifflant. Elle fondit sur Mu dans un sifflement aigu et tout disparut dans une lumière aveuglante, accompagnée d'un sifflement qui les assourdit avant de les faire tomber au sol inconscients.


Alors, honnêtement, donnez-moi votre avis ... c'est bon, passable ou franchement mauvais ?

à bientôt