Δ Chapitre 37 : 11 ans plus tard – Partie 1

2014-2015

Les vieilles barques en bois transportant depuis toujours les élèves de première année se rapprochaient de plus en plus du château. Nous nous étions avancés au plus près de l'entrée de la crique souterraine cachée par un rideau de lierre, tout en prenant soin de ne pas nous exposer au moindre regard. Comme depuis onze ans, personne ne devait nous voir. Bientôt, je pus apercevoir les silhouettes des jeunes élèves et mon cœur se resserra dans ma poitrine. Elle était là. C'était évident. Les barques entrèrent les unes après les autres dans la large ouverture taillée dans le roc et je passai chaque visage au peigne fin. J'allais forcément la reconnaitre. Cependant, lorsque la dernière barque passa à travers le mur de lierre, une immense déception m'envahit.

- Je t'avais bien dit qu'ils ne l'enverraient pas à Poudlard.

Drago avait beau utiliser un ton provocateur, je savais pertinemment qu'il avait eu autant d'espoir que moi, étant donné qu'il n'avait pas lancé une seule pomme de pins en direction des élèves, comme il l'avait toujours fait depuis onze ans. Il avait bien sûr préparé son stock, comme d'habitude. Un petit monticule était en effet, symétriquement disposé à côté du rocher derrière lequel il s'était caché pour observer discrètement les nouveaux venus. Pourtant, il n'avait pour la première fois rien lancé.

- Elle doit être là, insistai-je. On ne la juste pas reconnue. Après tout, on ne sait pas à quoi elle ressemble.

J'avais imaginé pouvoir reconnaître ma fille d'un simple coup d'œil, mais cela n'avait pas été le cas.

- De beaux cheveux blonds comme les miens ne passent pas inaperçus, répondit Drago après quelques secondes.

- Elle n'avait pas les cheveux blonds quand elle est née.

- Tu as dit qu'ils pouvaient tomber et repousser d'une autre couleur ! S'exclama-t-il.

Je me retournai brusquement vers lui pour lui ordonner de baisser le ton, d'un signe précipité de la main.

- Je me contre fiche qu'on nous entende, cela fait onze ans qu'on se cache alors ça va bien maintenant !

Agacée, je lançai un caillou dans sa direction mais il l'évita habilement.

- Justement, on a attendu ce moment pendant onze ans, fis-je. Il est donc hors de question qu'on se fasse stupidement repérer maintenant. Viens, on remonte.

Drago soupira bruyamment, donna un coup de pied dans les pommes de pins qui tombèrent dans le lac et consentit à me suivre. Céleste avait onze ans et j'étais certaine que c'était à Poudlard qu'elle avait été envoyée. Après tout, je ne voyais pas pourquoi il en aurait été autrement.

Après avoir mis ce qui me semblait une éternité pour remonter jusqu'au château, Drago et moi nous glissâmes aussi discrètement que d'habitude à l'intérieur. Nous n'entrâmes évidemment pas par l'entrée principale de la grande salle, mais la contournâmes pour nous rapprocher de l'entrée des professeurs, située juste derrière leur grande table faisant face aux élèves.

- Super, chuchota Drago. Ils ont laissé la porte entre-ouverte.

Je voulu l'arrêter, mais il avait déjà passé sa tête dans l'encadrement de la porte tandis que mon cœur se soulevait. Nous n'avions jamais pris autant de risques. Habituellement, la porte restait fermée et nous y collions simplement notre oreille afin d'écouter les noms des élèves répartis. Mais cette fois, la porte était restée ouverte.

- Drago, on va te voir, soufflai-je d'une voix si basse que j'eus moi-même du mal à l'entendre.

Il ne répondit pas, se contentant de balayer mon inquiétude d'un mouvement de la main, sans quitter la grande salle des yeux. Je retins un grognement d'agacement. J'étais à la fois effrayée qu'on puisse repérer Drago et en même temps jalouse qu'il puisse voir tout ce qu'il se passait à l'intérieur de la salle.

- Il y a de la place pour nous deux tu sais, signala-t-il.

Je ne répondis pas et décidai de rester à l'abri des regards. Qu'il se fasse donc prendre, mais moi, il était hors de question que je prenne un tel risque. Si Céleste était bien là, j'aurais d'autres occasions de la voir. De nombreuses autres occasions.

J'entendis Mcgonagall faire son discours habituel de bienvenue et bientôt, les grandes portes s'ouvrirent sur les nouveaux première année. Comme d'habitude, je reconnus le son des pas hésitants et effrayés des nouveaux arrivants sur le carrelage de la grande salle. Si je me souvenais avoir moi-même été intimidée au possible en entrant dans cette salle pour la première fois, j'étais certaine que cela n'avait pas été le cas de Drago.

- Alors ? M'enquis-je à voix basse.

Drago ne répondit pas. Les pas des élèves se rapprochaient de plus en plus de nous et bientôt, ils s'arrêtèrent. Ils devaient être arrivés face au choixpeau magique.

- Drago, on va te voir là, insistai-je d'une voix crispée.

Il ne répondit toujours pas. Moi qui avais toujours eu du mal à le faire taire, voilà qu'à présent, il ne prononçait plus le moindre son. La voyait-il ? Avait-il finalement reconnu notre fille ? Un premier nom fut énoncé à voix haute et j'entendis la jeune sorcière faire quelque pas et le tabouret sur lequel elle s'assit, grincer. D'autres noms défilèrent les uns après les autres jusqu'à ce que je reconnaisse enfin l'un d'entre eux.

- James Potter.

Drago se retourna vers moi.

- Les mêmes cheveux pourris que son père, commenta-t-il à voix basse.

James Potter était là et il avait le même âge que Céleste. Nous ne nous étions donc pas trompés, c'était la bonne année ! J'adressai un regard plein d'espoir à Drago et il se détourna aussitôt de moi pour observer de nouveau la grande salle.

- GRYFFONDOR ! S'exclama soudain le choixpeau magique.

Si les autres élèves de première année avaient poliment été applaudis suite à leur répartition, j'entendis cette fois des cris et des exclamations de joie raisonner dans toute la salle, ainsi que des mains taper frénétiquement sur les tables.

- Pfff, vraiment comme son père, grogna Drago.

- Incroyable…

Nous nous retournâmes tous deux en sursaut. Peeves l'esprit frappeur de Poudlard, nous faisait face et nous fixait avec un mélange d'appréhension et d'excitation.

- J'en étais sûr ! S'exclama-t-il d'une voix criarde tandis que je me liquéfiais sur place. Personne ne voulait croire que j'avais vu une espèce d'idiot aux cheveux peroxydés se balader dans les couloirs de l'école la nuit !

Je laissai échapper un petit rire moqueur, tout en adressant un sourire à l'esprit frappeur. Drago se retourna lentement vers moi d'un air ahuri, tandis que Peeves me dévisageait avec intérêt. Il ne devait pas être habitué à ce qu'on réagisse positivement à ses remarques. Ce n'était pas tant que je trouvais sa réflexion drôle, c'était plutôt que j'avais le devoir d'essayer de me le mettre dans la poche pour qu'il ne signale pas notre présence. Drago s'écarta quelque peu de la porte entrouverte et me toisa d'un air vexé.

- Cela te faire rire ? Non mais tu t'es vu avec tes cheveux toi, me lança-t-il.

- Et qu'est-ce qu'ils ont mes cheveux ? Répliquai-je d'un ton plus aigu que la normale.

- Tu poses vraiment la question ?

- Mais excuses-moi de ne pas passer mes journées à me regarde face à un miroir et pensant à quel point je suis belle !

- Je n'ai pas besoin de penser que je suis beau, puisque je le sais déjà.

- C'est vrai qu'avec la belle cicatrice qui te traverse le torse, on ne peut pas trouver quelqu'un de plus séduisant…

- Je te jure que si j'avais encore ma baguette, je me ferais un plaisir de redonner à tes dents leur taille normale ! C'est-à-dire jusqu'à ses genoux, précisa-t-il à l'attention de Peeves qui nous observait toujours avec un grand intérêt.

J'attrapai la première chose à ma portée, c'est-à-dire un livre et le lançai en direction de Drago avec force. Il s'écarta cependant juste à temps et le livre passa à travers l'ouverture de la porte pour atterrir dans la grande salle, au pied de la table des professeurs.

- Bien joué Hermione, commenta Drago.

Un raclement de chaise nous indiqua que mon geste n'était pas passée inaperçu. Nous n'eûmes cependant pas le temps de réagir que Peeves fonça en direction de la porte pour la traverser et hurla de rire en ramassant le livre pour le balancer encore plus loin au fond de la grande salle, sous notre regard hébété.

- Peeves ! S'écria le professeur Mcgonagall.

- Si vous saviez qui je viens de rencontrer ! S'exclama-t-il en s'envolant jusqu'aux chandelles suspendues au plafond dans lesquelles il donna des coups de pied, dans le but de les faire tomber sur les élèves.

- Peeves, ça suffit ! S'écria de nouveau Mcgonagall.

Il s'immobilisa en direction de la directrice et lui adressa un sourire ravie.

- Je vous signale chère directrice, fit-il en mimant une révérence exagérée, que j'ai trouvé le vrai coupable des pommes de pins envoyés sur les premières années !

Mon cœur loupa un battement et j'adressai à Drago un regard scandalisé. Nous avions passé onze ans à nous cacher de tout le monde et nous allions être expulsés du château sans avoir pu voir, ne serait-ce qu'une seule fois, le visage de notre fille.

- Eh bien, je t'écoute Peeves, lui répondit Mcgonagall avec une pointe d'impatience dans la voix.

L'esprit frappeur, bien qu'à l'autre bout de la salle, nous adressa un clin d'œil, explosa d'un rire perçant et fusa en direction du plancher qu'il traversa.

Mon cœur battait toujours à tout rompre lorsque le silence revint dans la grande salle. Peeves ne nous avait pas dénoncés, mais pour combien de temps ? Un nouveau nom fut prononcé à voix haute et Drago repassa sa tête à travers la petite ouverture de la porte. A chaque réponse du choixpeau magique, la salle entière applaudissait sous les trépignements d'impatience de Drago.

- Mais pourquoi ils ne les appellent plus par ordre alphabétique ! S'exclama-t-il à voix basse.

- J'ai demandé à Ted Lupin, un sixième année, de changer l'ordre des prénoms du parchemin. C'est drôle non ?

Nous nous retournâmes vers Peeves qui flottait au dessus d'un fauteuil à l'autre bout de la petite salle, un sourire malicieux accroché aux lèvres.

- Céleste Granger !

Mon cœur loupa un battement et celle fois-ci, je rejoignis Drago pour passer ma tête à travers l'encadrement de la porte. Nous observâmes silencieusement, une petite fille avancer prudemment en direction du choixpeau magique. Elle avait de long cheveux châtains foncés qui ondulaient jusqu'à ses omoplates. Elle avait le même nez en pointe que Drago, ainsi que ses yeux gris métalliques. Je me rendis compte que les chuchotements de plusieurs élèves s'échappaient du silence de la grande salle. Céleste monta la première marche, faillit trébucher, mais se rattrapa habillement au tabouret, pour finalement s'asseoir dessus. Par Merlin, elle semblait si terrorisée que je ne savais pas comment je parvenais à m'empêcher de la rejoindre pour la protéger. Je sentis la main froide de Drago se poser sur la mienne et je sus qu'il fallait que je tienne bon. C'était un moment désagréable pour n'importe quel élève, mais ce n'était rien de bien méchant. Dans cinq minutes, elle aurait déjà oublié cet instant.

- Gryffondor ! S'exclama finalement le choixpeau magique.

Je levai rapidement les yeux vers Drago, redoutant sa réaction, mais il souriait. Je reportai mon attention sur notre fille qui descendait du tabouret dans un silence complet. Pourquoi personne n'applaudissait ? Mon cœur se resserra dans ma poitrine et finalement, je vis James Potter se lever de la table des Gryffondor et frapper dans ses mains. Pratiquement tous les élèves de la salle se tournèrent vers lui et après quelques secondes, ils finirent par l'imiter. Un immense sentiment de soulagement et de gratitude envers James Potter me submergea. Lorsque Céleste arriva près de la table de sa maison, le fils de mes meilleurs amis lui fit de la place à côté de lui et lui donna une petite tape affectueuse dans le dos.

- Si j'apprends, qu'elle a grandi chez les Potter…

- Eh bien elle aurait grandit entouré d'amour au moins, signalai-je.

- Sans avoir aucune idée de l'importance de son sang.

- Tu n'as pas intérêt à recommencer Drago, répliquai-je sur un ton particulièrement cassant.

Nous entendîmes Peeves glousser derrière nous et je me retins de lever les yeux au ciel.

- J'imagine que je n'aurais pas le droit de l'embêter ? S'enquit l'esprit frappeur d'un air hésitant.

- Essaye un peu pour voir, gronda Drago en le fusillant du regard.

Je n'avais pas bien compris pourquoi Peeves ne nous avait pas dénoncés. Après tout cela aurait tout à fait été son genre, mais étrangement, il semblait nous apprécier. Si Drago ne se préoccupait pas plus que ça de l'esprit frappeur, moi je restais tout de même sur mes gardes. Il pouvait changer d'avis d'un moment à l'autre. Après tout, personne n'était plus imprévisible que Peeves.

- Tiens regarde, lançai-je à Drago en lui tendant un journal datant de dix ans.

Il l'attrapa avec nonchalance et lu le petit article que je lui indiquais.

« Le bureau des Aurors à présent dirigé par Harry Potter, a finalement réussi à mettre la main sur le dernier membre du Triangle du sang qui avait réussi à échapper au ministère. Pansy Parkinon sera reçue dans deux jours par le magenmagot, dont les cinquante membres seront présents, afin d'être jugée pour ses nombreux crimes. Elle est notamment coupable du meurtre de l'Auror Neville Londubat ainsi que d'Hermione Granger. Le bureau des Aurors a réussi à lui mettre la main dessus alors qu'elle tentait de retrouver Céleste Granger qui est également la fille du mage noir à la tête de cette terrible organisation. Harry Potter a cependant insisté sur le fait, que l'enfant était particulièrement bien protégée, tout en refusant de nous communiquer la moindre information supplémentaire. »

- Et alors ? Demanda Drago en relevant les yeux vers moi.

- Alors, il est impossible que ce soit chez Harry qu'elle ait grandit, cela aurait été bien trop logique. Peut-être qu'ils l'ont envoyée chez mes parents.

- N'importe quoi. Comment des moldus auraient-ils pu s'occuper d'une enfant déjà si puissante ?

Je me mordis la lèvre inférieure. Il avait raison. Si j'avais toujours attentivement suivis les cours d'histoire de la magie traitant du Triangle du sang, rien n'avait jamais été mentionné concernant notre fille, mis à part son existence.

- Elle a forcément été confiée à un sorcier particulièrement doué. Peut-être quelqu'un de proche des Potter puisque leur gamin semble la connaître, ajouta Drago. De toute façon, le meilleur moyen d'être fixé c'est de lui demander.

J'observai Drago d'un air peu assuré. Venait-il vraiment d'envisager ce que je croyais ?

- La rencontrer était quand même le but de tout ça, non ? Enchaina-t-il en me défiant du regard.

- On ne sait pas quel avis elle a sur nous… Il est possible qu'on ne lui ait raconté que des horreurs à notre sujet et apparaitre face à elle, pourrait lui faire peur.

- Donc tu proposes qu'on l'espionne discrètement pendant sept années, sans jamais lui parler ?

- Non, bien sur que non… Mais on n'est pas obligés d'aller la voir tout de suite. Elle semble si petite et si fragile…

- Ma fille n'est pas fragile ! S'exclama Drago.

- Mais on va lui faire peur ! Tu n'as jamais suivi les cours d'histoire de la magie des sixièmes et septièmes années ou quoi ?

Drago me dévisagea pendant plusieurs secondes d'un air indéchiffrable.

- Parce que toi, oui ? Finit-il par me demander. Tu es complètement secouée ma pauvre… On a Poudlard pour nous tout seul, pour faire tout ce qu'on veut et toi, tu assistes à des cours que nous avons déjà suivis lorsque nous étions élèves ici.

Au lieu de répondre, j'empoignai Drago par la manche de sa veste pour l'entrainer au premier étage du château où se déroulaient les cours d'histoire de la magie. Nous passâmes à l'intérieur des murs pour rester discrets et je finis par m'arrêter.

- Très intéressant… commenta Drago.

- Arrête de jouer à l'idiot, sifflai-je à voix basse. Passe ta tête à travers le mur, mais juste suffisamment pour que tes yeux puisse voir ce qu'il se passe. Pas plus hein.

Drago leva les yeux au ciel mais finit par s'exécuter en même temps que moi.

Il s'agissait du premier cours de l'année des septièmes années et le professeur Binns était en train d'inscrire au tableau la liste des sujets qu'ils aborderaient pendant l'année.

- Ah enfin, lâcha un élève au fond de la classe. On va finalement avoir des cours intéressants cette année. Parce que franchement, on se contrefiche de la révolte des gobelins ou la guerre des géants.

Je donnai un coup de coude à Drago pour qu'il lise ce qui était inscrit sur le tableau.

1994 : Retour de Voldemort

1997 : La prise de pouvoir par Voldemort

1998 : Chute de Voldemort

2000 : Création du Triangle du sang

2004 : Bataille Triangulaire et chute du Triangle du sang

2005 : Arrestation et condamnation de Pansy Parkinson

- Je peux savoir pourquoi Pansy a une date dédiée à son nom et pas moi ? Souffla Drago à voix basse.

- Eh bien tu le sauras en suivant les cours.

Drago me tira en arrière, sortant nos visages de la classe et m'adressa un regard entendu.

- Parce que l'arrestation de Parkinson à mis un point final au Triangle du sang. Mais si cela peut te rassurer on parle de tes exploits de 2000 à 2004.

Drago ne répondit pas et repassa son visage à travers le mur pour suivre ce qu'il se passait à l'intérieur de la salle de classe. Le professeur Binns était en train d'inscrire au tableau les dates aux quelles ils s'intéresseraient à chaque chapitre du programme.

- On va parler de Céleste Granger ? Demanda soudain un élève à voix haute.

- Ce n'est pas vraiment le sujet des cours, mais on la mentionnera à quelques reprises, répondit le professeur d'une voix totalement plate.

- On va seulement la mentionner ?! S'indigna un autre élève. Franchement, elle est élève à Poudlard cette année, c'est quand même important pour nous de savoir à qui nous avons à faire.

Je rattrapai aussitôt Drago par le col de sa veste alors qu'il avait entrepris de s'élancer à l'intérieur de la classe, certainement pour s'en prendre à l'élève qui venait de parler.

- Lâche-moi, souffla-t-il à voix basse.

- Si tu n'es pas capable de te contenir…

- C'est bon, me coupa-t-il. Je suis calme ! S'exclama-t-il en levant ses bras au dessus de sa tête en signe de bonne foi.

Je le toisai pendant quelques secondes d'un air hésitant et le relâchai finalement, pour que nous puissions tout deux repasser notre tête à travers le mur.

- Je conseille aux idiots de Poufsouffle que vous êtes, d'arrêter de parler de Céleste Granger, commenta un élève de Serpentard.

Drago et moi échangeâmes un regard surpris.

- Il parait que ses parents hantent les murs du château, ajouta-t-il en faisant jouer ses sourcils.

- Absolument pas, intervint le professeur Binns d'une voix lasse. Donc, comme je le disais, nous commencerons par étudier le retour de Voldemort. Sortez vos plumes et vos parchemins.

- Tu penses que quelqu'un nous a déjà vus ? Demandai-je inquiète alors que nous traversions le château à l'intérieur des murs des couloirs.

- Bien sûr que non. Les élèves s'amusent juste à se faire peur.

- Drago, insistai-je.

- Bon d'accord, j'ai déjà lancé des craies sur des élèves qui osaient parler de notre fille, mais tout le monde a toujours pensé que c'était Peeves.

- Tu n'es vraiment pas croyable…

- Il faut bien que je m'amuse un peu.

- Nous aurions eu toute notre vie pour nous amuser, si tu ne nous avais pas tués, signalai-je avec amertume.

- Je ne t'ai pas tué.

- Ta meilleure amie l'a fait, c'est tout comme !

- Je te signale que j'ai essayé de m'en prendre à elle après que le sort t'a touché, mais Weasmoche m'a tué.

- Il t'a lancé un sort de désarmement parce que tu avais ta baguette pointée sur moi !

- Je ne t'aurais jamais fait de mal.

- De toute façon, le sort de Ron t'a tué uniquement parce que tu étais trop affaibli par le sort que tu avais toi-même lancé contre tout le monde.

- Je n'étais pas affaibli.

Je lui adressai un regard profondément agacée. Il était d'une mauvaise foi incroyable.

- Pour conclure, c'est à cause de toi que Céleste a grandi sans ses parents, donc à ta place, j'arrêterais de la ramener.

- J'ai dis que je regrettais, on ne va pas en parler pendant encore dix ans, grogna-t-il.

- Et pourquoi pas ? Tu as gâché nos vies !

Le visage de Drago s'assombri et il détourna le regard.

- Dépêche-toi un peu, je ne veux surtout pas louper le premier cours de sortilège de Céleste.

Drago accéléra le pas et comme pour le cours d'histoire de la magie, nous passâmes la tête à travers le mur le plus discrètement possible. Nous vîmes Céleste installée au deuxième rang à côté de James Potter. Si cela agaça Drago, il ne fit cependant pas le moindre commentaire à ce sujet. Le professeur Flitwick, fidèle à son programme, avait prévu de leur apprendre le sortilège de lévitation. Tous les élèves écoutaient les indications de leur professeur avec grand intérêt et finirent par sortir leur baguette. Tous, sauf notre fille.

J'eus soudain un haut le cœur. Et si le ministère l'avait jugée trop dangereuse pour avoir sa propre baguette magique ? Mais dans ce cas, que faisait-elle ici si elle n'était pas autorisée à apprendre ? James Potter réussit le sortilège du premier coup sous le regard las de Céleste. Notre fille finit cependant par lui adresser un petit sourire, plus par convenance qu'autre chose. Le professeur Flitwick passa d'élève en élève pour donner quelques conseils et s'arrêta finalement face à Céleste.

- Eh bien alors Mlle Granger, vous voulez que je vous réexplique ?

Elle se contenta de secouer la tête.

- Allez-y alors, je vous regarde, insista le professeur.

Je le vis reculer d'un pas hésitant et ce geste n'échappa pas non plus à Drago. C'était comme si le professeur craignait quelque chose. Et soudain, sans que Céleste ne fasse le moindre mouvement, la plume s'éleva gracieusement dans les airs.

- Très bien, la félicita-t-il. C'est parfait !

Par Merlin ! Si Céleste n'avait pas de baguette magique c'était parce qu'elle n'en avait pas besoin.

J'eus l'impression de voir le torse de Drago se gonfler de fierté et nous continuâmes d'observer notre fille pendant toute l'heure.

Je m'observai depuis déjà plusieurs minutes face au miroir de la salle vide et abandonnée, dans laquelle Drago et moi avions élu domicile depuis onze ans. J'étais morte en pleine guerre. Ainsi, si mon corps semi-transparent ne suffisait pas à effrayer Céleste, mon accoutrement le ferait à coup sur. J'étais morte dans une robe déchirée et couverte de poussière. Je jetai un discret coup d'œil à Drago qui flottait en position allongée, près du plafond. Lui non plus n'était pas franchement beau à voir. Enfin si, il était beau. Il resterait éternellement beau, mais son accoutrement était pire que le mien. Le bas de sa chemise et son pantalon étaient couverts de sang. Et même si les couleurs étaient amoindries par l'effet translucide, seul un idiot n'aurait pas compris pourquoi le bas de sa tenue était aussi sombre.

- Arrête de t'angoisser ! S'exclama Drago en descendant finalement à ma rencontre.

Il s'approcha de moi et contempla notre reflet dans le miroir.

- On est parfaits. Franchement, je ne vois pas pourquoi on devrait encore se cacher d'ailleurs.

- Tu sais très bien pourquoi, répliquai-je la gorge nouée. Nous sommes dans une école remplie d'enfants et…

- Mais on est des fantômes ! Qu'est-ce qu'on risque franchement ?

- Le ministère de la magie a autorité sur nous. S'il apprend que nous avons choisi de rester ici plutôt que de passer de l'autre côté…

- Il ne pourra rien faire. C'est le lieu de notre mort.

- Et le conseil des fantômes alors ?

- Je suis Drago Malefoy ! Je me contre fou du conseil des fantômes. Ils devraient tous avoir peur de moi d'ailleurs.

- Et si Céleste ne veut pas nous parler ? Et si elle nous haïssait ?

Drago posa sa main froide sur mon épaule dans un geste réconfortant.

- Dans mon cas peut-être, avoua-t-il. Mais toi, personne ne pourrait te haïr. Elle t'aimera forcément. Tout comme je t'aime.

Je callai ma tête contre le torse de Drago dans un soupire de tristesse.

- Tu aurais fait un père génial.

- Je sais. Tu n'aurais pas dû t'enfuir du château avec Céleste ce jour-là.

Je m'écartai aussitôt de Drago.

- Franchement c'est vrai, insista-t-il. On aurait évité la bataille de Poudlard.

- Arrête de dire n'importe quoi, tu devenais un véritable monstre. Tu aurais vraiment voulu que Céleste grandisse au milieu de ça ? Tu as orchestré des meurtres, tu as même tué de ta propre main.

- Je n'ai tué personne.

- Et Blaise alors ?! M'exclamai-je vivement.

- Ah oui, c'est vrai… grogna-t-il en roulant des yeux.

- C'était ton meilleur ami.

- Mon meilleur ami qui essayait de te récupérer et de me voler ma place de père.

- N'importe quoi.

Même dans la mort, Drago restait malheureusement fidèle à lui-même. Le problème ne provenait d'ailleurs pas vraiment de ça, mais plutôt du fait que je continuais de l'aimer envers et contre tout.

Drago et moi avions décidé de passer la semaine à observer Céleste pour en apprendre le plus possible sur elle, avant d'officiellement la rencontrer. Nous avions ainsi découvert qu'elle avait souvent vu James, Albus et Lily Potter en dehors de Poudlard. Nous avions également remarqué qu'elle avait reçu des lettres tous les matins de cette première semaine. Nous supposions qu'elle en avait au moins reçue une d'Harry et Ginny, quant aux autres… Certainement de la part de la personne qui l'avait élevée. Nous eûmes également l'occasion de voir qu'elle s'était plus particulièrement liée d'amitié avec une élève de sa maison, répondant au nom de Rosalia Martin. Drago et moi étions aussitôt allés jeter un coup œil dans le dossier de l'élève en question pour en apprendre le maximum sur elle. Drago avait pratiquement explosé de joie lorsqu'il avait vu que Rosalia avait une mère au sang pure et un père issus de parents moldus. Quant à moi, je m'étais davantage intéressée au fait que la jeune sorcière avait jusqu'à cette année vécue en Australie et que ses parents avaient déménagé en Angleterre dans le seul but qu'elle intègre l'école de Poudlard. Avant d'arriver ici, elle n'avait donc peut-être jamais entendue le nom malheureusement célèbre de notre fille. Une chance.

Durant cette semaine, Drago et moi avions également assisté à tous les cours de notre fille. Sa faculté à ne pas avoir besoin de baguette magique, la rendait bien meilleure pour lancer des sorts. Le cours d'étude des moldus nous appris aussi qu'elle avait grandi chez des sorciers. Elle avait bien sûr plus de connaissances que les autres élèves en la matière, mais pas suffisamment pour y avoir passé son enfance. Si je ne savais pas encore qui l'avait élevée, je ne pouvais pas douter du fait que son foyer avait fait en sorte qu'elle connaisse le monde dont j'étais issue. La seule petite déception de Drago fut de voir que Céleste n'appréciait pas franchement les cours de vol. Mais il avait rapidement oublié ce détail lorsqu'il l'avait vu recevoir des points pour ses bonnes réponses en cours de potion.

- On ne peut pas fouiller dans ses affaires voyons ! M'exclamai-je en voyant Drago ouvrir la male de notre fille au pied de son lit.

- Nous sommes ses parents, bien sûr qu'on peu, se contenta-t-il de répondre.

Comme il était inutile d'essayer de le raisonner, je me laissai finalement gagner par la curiosité. Néanmoins, la male de notre fille ne renfermait que des vêtements d'hiver qu'elle n'avait pas encore rangés, quelques livres, plumes de rechanges et affaires d'école. Drago s'attaqua ensuite à la table de nuit de Céleste et leva en l'air d'un geste victorieux les lettres qu'elle avait reçues depuis qu'elle était arrivée à Poudlard.

- Ah non Drago, c'est personnel ça !

- Nous sommes ses parents, répéta-t-il.

Cette fois, je me ruai sur lui et lui arrachai les lettres des mains. Je m'envolai en direction du plafond pour les maintenir hors de sa portée, mais étrangement Drago ne me suivit pas. Il resta planté près de la table de nuit de notre fille, les bras ballants, fixant le lit à baldaquin.

- Elle nous aime, lâcha-t-il dans un souffle presque inaudible.

Je ne redescendis cependant pas. Il était possible que ce soit une manœuvre de sa part pour m'attirer en bas et il était hors de question que Drago remette les mains sur les lettres.

- Hermione vient voir, insista-t-il. Il y a une photo de nous.

- Quoi ?

Drago n'aurait jamais fait une si mauvaise blague dans le seul but de récupérer les lettres. Je descendis alors le rejoindre et fixai le point qu'il n'avait lui-même pas lâché des yeux. Sur la tête de lit, juste au dessus de l'oreiller de notre fille, était punaisée la seule photo existante de nous trois. Je me souvenais parfaitement du jour où elle avait été prise par Denis Crivey lors de mes derniers instants dans le château de Drago. Je l'avais gardée sur moi jusqu'à la fin de la bataille à Poudlard. Quelqu'un avait du la récupérer dans la poche intérieure de ma veste après ma mort.

- Elle nous aime forcément, dit Drago. Sinon elle ne l'aurait pas accrochée là, n'est-ce pas ?

Je restai totalement muette face à cette merveilleuse découverte. Drago profita de ma paralysie temporaire pour m'arracher subitement les lettres des mains. Néanmoins, je le rattrapai aussitôt par le col de sa veste, avant qu'il ne réussisse à passer à travers la fenêtre. Il laissa échapper un juron.

- Lâche-moi tout de suite ! Vociféra-t-il en se retournant vers moi. Mais par Merlin, si j'avais encore ma baguette !

- Si nous avions encore nos baguettes l'affaire aurait été réglée depuis bien longtemps, dis-je en resserrant ma prise sur lui.

- Je peux savoir ce que tu insinues ? J'étais bien plus doué que toi !

- Plus doué que moi en termes de magie noire, certainement ! Mais pour ce qui est du reste laisse-moi rire !

- Lâche-moi et on pourra en rire autant que tu veux ! Je te préviens, si…

Il ne termina pas sa phrase et laissa soudainement les lettres tomber au sol. Il m'adressa un regard interdit et je me retournai en direction de la porte d'entrée de la chambre.

Notre fille était là.

Elle nous fixait d'un air peu certain. Je relâchai aussitôt le col de la veste de Drago. J'avais envie de parler, de dire quelque chose, mais aucun mot ne me venait.

- Vous êtes drôles, dit-elle soudain en nous adressant un sourire timide.

Drago laissa échapper un son étrange. Le mélange d'un gémissement et d'un ricanement. Quant à moi, j'adressai à ma fille un sourire crispée.

- Vous êtes des fantômes de Gryffondor ? Enchaina-t-elle.

Nous restâmes une nouvelle fois, totalement et stupidement silencieux. Elle ne nous reconnaissait pas.

Après quelques secondes supplémentaires, Céleste s'approcha de nous. Nous reculâmes quelque peu, comme si nous étions effrayés et elle se baissa pour ramasser les lettres que Drago avait laissées tomber à ses pieds. Elle voulu lui tendre, mais arrêta son geste à mi-parcours.

- Mais ce sont mes lettres, commenta-t-elle en les regardant de plus près.

Elle releva des yeux surpris dans notre direction et soudain son regard se décomposa. Elle se précipita sur son lit, détacha soigneusement la photo qu'elle y avait accrochée et revint se poster face à nous. Elle leva la photo jusqu'à notre visage et nous contempla pendant de nombreuses secondes qui me parurent durer une éternité.

- Maman ? Papa ?

Je sentis les larmes me monter aux yeux, tandis que Drago hochait lentement la tête.

Céleste avança son bras dans sa direction et sa main traversa son torse. Elle bougea ses doigts à l'intérieur pendant quelques secondes et retira finalement son bras.

- J'étais sure que vous n'étiez pas qu'une rumeur ! S'exclama-t-elle en sautillant sur ses deux petites jambes. Ted m'a lui-même assuré qu'un jour, il avait entendu vos voix provenir des murs du château. Ca n'a absolument pas fait rire tatie d'ailleurs lorsqu'il a dit ça à Noel l'année dernière…

- Ted ? Tatie ? Répéta Drago avec de grands yeux ronds.

Céleste alla aussitôt fouiller dans sa male au pied de son lit et en sortit un long parchemin qu'elle nous tendit. Il s'agissait d'un arbre généalogique.

- Ted est mon cousin, on a grandi ensemble, fit Céleste en pointant son nom sur le parchemin.

Ted avait été élevé par sa grand-mère Andrometa, la sœur de Bellatrix et Narcissa, après la mort de ses parents. Céleste avait donc vécu chez sa grande tante. Comment n'avions-nous pas pu y songer une seule seconde ?...

Chère Céleste,

Nous avons eu le plaisir d'apprendre que tu avais été reçue à Gryffondor. Ginny se joint à moi pour te souhaiter d'y passer autant de bons moments que nous, lorsque nous étions à Poudlard.

Nous savons que ta célébrité n'est pas aussi facile à vivre que celle de James, mais nous sommes persuadés que tu sauras toucher le cœur de tout le monde.

Nous contons sur toi pour empêcher James de faire trop de bêtises et si tu as besoin de quoi que ce soit, n'hésite pas à nous écrire.

Nous t'embrassons affectueusement,

Harry et Ginny

Nous eûmes à peine le temps de finir de lire la lettre d'Harry et Ginny, que Céleste nous en fourra une nouvelle entre les mains.

Ma chérie,

J'espère que cette rentrée s'est bien passée et que Poudlard est à la hauteur de tes espérances. N'oublie pas que comme Ted, tu es capable de plus de choses que les autres. Certains cours seront donc beaucoup plus faciles pour toi, mais reste humble. C'est important. Et n'entraine surtout pas James dans tes bêtises !

Je t'embrasse très fort, tu me manques déjà

Tatie

- Du coup, qui est-ce qui fait des bêtises ? Toi ou James Potter ? S'enquit Drago alors que Céleste nous fourrait déjà autre chose dans les mains.

- C'est James, répliqua-t-elle sans la moindre once d'hésitation.

- Et qu'entend Andromeda par le fait que Ted sait lui aussi faire plus de choses que les autres ? Poursuivit-t-il.

- Il est métamorphomage, intervins-je. Ses cheveux ont changé de couleur dès le jour de sa naissance. Tu l'as déjà vu, c'est un élève de sixième année qui a les cheveux bleus.

- Oh, c'est lui !

Céleste tenta de tirer sur le bras de Drago, pour récupérer son attention, mais elle passa au travers. Elle laissa échapper un petit rire surpris, puis insista pour que nous regardions le parchemin qu'elle nous avait tendu. Il s'agissait d'un dessin qu'elle avait fait, représentant visiblement sa famille, puisque l'un des personnages avait les cheveux bleus.

- Vous êtes là, insista-t-elle en montrant deux silhouettes assises sur des nuages.

- Pourquoi est-ce que j'ai une tête bizarre ? Commenta Drago à la limite de la vexation.

- Elle n'est pas bizarre, elle est en triangle, répliqua Céleste en levant les yeux au ciel. Tu aimes bien les triangles non ? A chaque fois que Tatie parle de toi, elle parle aussi de triangles.

Drago avala difficilement sa salive, mais Céleste passait déjà à autre chose. Elle avait visiblement entrepris de nous montrer chaque chose qui lui tenait à cœur. Comme si elle voulait qu'on sache tout d'elle et qu'on rattrape le temps perdu.

- Et ça, c'est ma baguette, signala-t-elle en l'agitant sous notre nez.

- Houlà, doucement, dis-je en me protégeant le visage à l'aide de mes mains.

Céleste laissa échapper un petit rire et nous observa d'un air émerveillé.

- Mais vous êtes des fantômes, vous ne risquez rien, dit-elle en souriant.

Elle n'avait pas tord, mais des réflexes de ce genre étaient difficile à oublier, même après onze ans.

- Elle est en bois d'acacia, avec une plume de Phoenix. Elle fait vingt-six centimètres, poursuivit Céleste en la tenant précautionneusement entre ses mains.

- Les baguettes en bois d'acacia sont très difficiles à utiliser, commenta Drago. Elles choisissent toujours des sorciers doués.

La réflexion de Drago sembla particulièrement plaire à Céleste.

- Mais je croyais que tu n'avais pas besoin de baguette ? Poursuivit-il. On t'a vue en classe et tu ne l'avais pas.

- Vous m'avez vu en classe ? Répéta-t-elle surprise.

- On a suivi tous tes cours de la semaine, répondis-je en souriant.

Céleste semblait cette fois au comble du bonheur. Néanmoins, elle se reprit rapidement.

- En fait, j'arrive au même résultat avec ou sans baguette, donc je me suis dis, que je n'avais pas besoin de m'en encombrer.

Drago attrapa la baguette de Céleste et l'observa de si près que son nez passa au travers, faisant de nouveau rire Céleste.

- Tu vas mettre des crottes de nez dessus, fit-elle.

- Drago Malefoy, n'a pas de crottes de nez, répliqua Drago en se redressant pour se donner une contenance. Mais si tu veux mon avis, tu devrais quand même l'utiliser. La baguette qui t'a choisie est très puissante. Tu es en première année, donc tu utilises des sorts simples qui ne nécessitent pas encore de grandes capacités magiques, mais plus tu grandiras et plus cette baguette pourrait être incroyable entre tes mains. Elle renforcera ta magie à coup sûr ! Les plus de Phoenix offre en plus, un très large éventail de capacités magiques. Ce n'est vraiment pas négligeable.

Céleste semblait boire les paroles de son père et ce spectacle m'attendrit au possible.

- Et il faut que tu apprennes dès maintenant à utiliser ta magie avec ta baguette, insista-t-il.

- D'accord. Je prendrais ma baguette à partir de maintenant.

Drago ne masqua pas sa surprise d'être parvenu à convaincre Céleste en à peine une minute.

- Tatie dit toujours qu'il faut attentivement écouter les personnes qui ne sont pas d'accord avec nous, expliqua Céleste. Elle dit que les sorciers persuadés d'avoir raison et qui n'écoutent pas les autres, peuvent-être dangereux. Je ne veux pas être dangereuse.

- Quoi ? Parvins à articuler Drago en fronçant les sourcils.

- Elle dit que c'est pour ça que tu es devenu comme ça… Parce que tu étais tellement sûr d'avoir raison, que tu n'as même pas écouté maman.

Drago se tourna vers moi, le regard grave. Visiblement, Céleste était au courant de déjà beaucoup de choses malgré son jeune âge.

- Je sais que tu voulais bien faire, ajouta-t-elle, parce que tu avais peur pour la population sorcière. Tu avais peur qu'on soit trop faibles pour contrer d'autres futurs mages noirs. Tatie dit que tu as laissé la peur t'envahir.

C'était merveilleusement bien résumé. Bien entendu, la réalité était un peu plus compliquée que ça. Mais c'était plutôt bien résumé pour une enfant. Pour l'enfant du monstre qu'était devenu Drago durant son existence. Andromeda avait fait en sorte de dire la vérité à Céleste tout en ne ternissant pas totalement l'image de son père. Et pour ça, je lui en serais à jamais reconnaissante.

Durant les mois qui suivirent, Céleste nous rejoignit en secret dès qu'elle avait un moment de libre. Elle nous raconta avec entrain tous les souvenirs importants de sa vie. Elle nous parla longuement de son enfance dans sa famille adoptive. Ted Lupin avait été davantage un frère, qu'un simple cousin. Nous prîmes également la mesure de l'incroyable dévouement d'Andromeda. Elle avait réussi à élever et gérer deux enfants avec des capacités magiques plus élevées que la normale.

- Une fois je lui ai cassé le bras, avoua Céleste d'une petite voix. Ted s'était encore transformé en quelqu'un d'autre et je ne l'ai même pas reconnu. Il ressemblait à un monstre avec ses grandes oreilles poilues. Du coup, je l'ai repoussé contre le mur de ma chambre, un peu trop fort et il s'est cassé le bras. Tatie était en colère… Nous avons été punis pendant deux jours.

Céleste nous parla également des enfants d'Harry et Ginny. Si elle adorait Lily et Albus, elle nous avoua ne pas trop aimer James. Elle le trouvait prétentieux et idiot. Information qui sembla particulièrement satisfaire Drago. Elle précisa cependant, qu'il avait tout de même de gentilles intentions à son égard de temps en temps, comme lors de son premier jour à Poudlard où il avait été le premier à l'applaudir pour son entrée à Gryffondor.

- Mais je suis sûr que c'est ses parents qui lui ont demandé de faire ça, précisa-t-elle.

Elle nous raconta également qu'elle avait passé beaucoup de temps chez la famille Potter, au même titre que Ted qui n'était autre que le filleul d'Harry. Drago et moi finîmes par comprendre le contenu des lettres d'Harry et d'Andromeda aux sujets des bêtises de James et notre fille. Ils se chamaillaient tellement que de petits accidents arrivaient forcément.

- Vous vous rendez compte ?! Insista-t-elle. James et moi avons du passer l'après-midi à chercher une sauterelle dans le jardin de Ron. Tout ça parce que James m'avait poussé alors que je caressais le chien de Lavande. J'avais six ans, je n'arrivais pas encore à tout contrôler. Enfin heureusement que j'ai changé le chien en sauterelle et pas en dragon… Vous imaginez ?

Oui. On imaginait parfaitement…

Elle nous parla également longuement des magnifiques cheveux de Victoire Weasley. Visiblement, notre fille admirait beaucoup sa beauté. Et même si Drago, lui répéta qu'elle n'avait rien à lui envier, Victoire avait tout de même du sang de Vélane dans les veines… Et il était impossible de lutter contre ça.

- D'ailleurs, je crois que Ted aime un peu trop Victoire. Cet été il a passé son temps avec elle alors qu'il m'avait promis de m'apprendre des nouveaux sorts. Il devient vraiment bête !

Un soir Céleste nous ouvrit complètement son cœur. Elle partagea avec nous sa douleur de ne pas avoir grandi avec ses parents. Le plus dur en l'écoutant, était de ne pas avoir eu la capacité de la sérer dans nos bras. Notre état de fantôme nous avais permis d'avoir la chance de la rencontrer, mais nous n'étions finalement là qu'à moitié. Nous n'avions pas la capacité physique d'essuyer ses larmes. Elle nous parla également des méchancetés auxquelles elle avait malheureusement du faire face de temps en temps. « Ton père est un meurtrier », « Ton père était pire que Voldemort » « Ta mère était aussi folle que lui ». C'était véritablement déchirant d'entendre tout ça et de pas pouvoir répondre quoique ce soit de valable.

- Tatie disait que c'était des sorciers idiots et faibles pour oser dire ça à une enfant. Elle disait aussi qu'ils se contentaient tous de répéter les idioties qu'ils entendaient, sans s'intéresser à l'histoire en entière. Tatie dit qu'avant de juger quelqu'un, il faut s'intéresser à tous les faits l'entourant.

Andromeda avait réellement été merveilleuse pour notre fille.

Céleste nous expliqua aussi que deux fois par an, elle devait se rendre au ministère pour une évaluation de ses capacités physiques, magiques, mais aussi mentales. Si elle croyait qu'ils voulaient simplement suivre son avancement, Drago et moi savions bien que c'était uniquement pour vérifier qu'elle ne risquait pas de devenir dangereuse.

Elle nous parla également de ses grands parents moldus. Mes parents. Andromeda avait fait en sorte que Céleste les voit assez régulièrement. Ils l'avaient emmenée plusieurs fois en France pour des vacances, toujours accompagnés d'Andromeda. Céleste adorait la cuisine française mais un peu moins les habitants qu'elle trouvait trop imbus d'eux-mêmes. Elle raconta à Drago que mes parents étaient dentistes et qu'elle trouvait ça très drôle.

- Papi aime bien s'occuper de mes dents, alors parfois, je m'abime une dent exprès pour qu'il puisse la soigner.

Céleste avait vraiment toujours été entourée d'amour et ce, depuis son plus jeune âge.