Je ne vous cache pas que ce chapitre a été long et difficile à écrire ! Mais j'en suis venue à bout ! Et je ne doute pas un instant qu'encore une fois on va souhaiter ma mort X)

Merci à tous ceux et celles qui ont reviewé, à ceux qui me mettent en follow ou en favorite, ça fait toujours plaisir :D merci à Guest pour sa review, je vois que tu t'impliques bien ;)

Et merci à Pimpiericky pour sa bétalecture !

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Ça déménage !

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Chapitre 36 : parlons.

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- Je vais bien Sammy ! C'était pas la peine de saturer mon portable, ricana Dean. Je suis juste mal tombé et mon poignet n'a pas apprécié, le truc con quoi. [...] Non, c'est pas la peine de venir ! Ils m'ont plâtré le poignet et voilà, pas la peine d'en faire toute une histoire ! [...] Non Sammy, reste là-bas ! Je te connais, tu vas passer ton temps à vouloir "m'aider" et au bout d'une demi-journée j'essaierai de t'assommer avec mon plâtre ! [...] C'est ça, on se revoit dans quelques jours, passe de bonnes vacances. Non Sammy ! Ne... [...] Salut Cas'. [...] Écoute, c'est pas que je veux pas te parler mais ça fait déjà cinq minutes qu'une infirmière me menace avec une aiguille. Je te rappelle plus tard, promis.[...] Oui, avant ce soir. Juré. À tout à l'heure.[...] Moi aussi Cas', conclut Dean en rougissant.

Il raccrocha son téléphone portable et se tourna vers la seule autre personne présente dans la pièce.

- Agent spécial Henriksen, se présenta son "infirmière". J'ai plusieurs questions à vous poser concernant les événements qui se sont déroulés hier soir.

- Sans rire, se moqua Dean. Moi qui pensais que vous veniez uniquement partager vos donuts avec moi !

L'agent le regarda sombrement, son visage reflétant une désapprobation visible face à son comportement mais Dean s'en fichait. Il préférait contempler son plâtre qu'il caressait du bout des doigts avec son autre main. Son torse aussi avait été soigné et était recouvert de multiples pansements. On lui avait dit que la plupart de ses blessures se soigneraient vite et disparaîtraient à la cicatrisation, avec plus de réserve pour les endroits électrisés.

Dean s'en fichait un peu de ça, des cicatrices. Il en avait déjà un certain nombre alors une de plus... Son poignet immobilisé le gênait bien plus. Et encore, il pouvait s'estimer heureux que ce soit le gauche qui soit en rade ! C'était quand même la super poisse... Sans parler de Sammy...

- Mr. Winchester ! cria presque l'agent.

Dean sursauta en sortant de ses pensées.

- Je vais mettre votre inattention sur le compte des antidouleurs et non sur une volonté de ne pas coopérer, mais n'abusez pas de ma patience, prévint l'agent.

- Entendu mon poulet, répondit Dean avec un sourire moqueur pour cacher qu'effectivement, il était encore un peu dans le brouillard...

- Vous êtes bien conscient, j'espère, que vous et votre père avez réduit à néant une opération du bureau fédéral préparée de longue date ? Sans votre intervention, Alastair serait sous les verrous et tout son réseau serait démantelé !

- Ça, c'est pas dit, bouda Dean en grattant son plâtre.

- Comment saviez-vous qu'il allait être présent et que s'est-il passé dans la cache ?

- On sait se renseigner, nous. Et pour la cache...

Dean leva son bras plâtré devant les yeux de l'agent Henriksen.

- Ça se voit pas ? railla-t-il. On a discuté tricot tous les deux !

L'agent spécial le regarda en pinçant les lèvres, clairement agacé par les commentaires sarcastiques du jeune homme. Dean avait toujours été très doué pour énerver les gens !

- Qui était-ce au téléphone ? demanda l'agent en changeant d'angle d'attaque.

- En quoi ça vous regarde ? gronda Dean, sur la défensive.

- Ces gens - Sam et Cas', c'est bien cela ? - avaient l'air de s'inquiéter pour vous.

- Et alors ? répondit hargneusement le chasseur.

- Et alors, je doute qu'ils soient heureux de savoir que vous vous mettez autant en danger.

- C'est une menace ? se tendit immédiatement Dean.

L'agent le regarda étrangement.

- C'est un avertissement. Si vous et votre père continuez sur cette voix, vous risquez de gros ennuis et ce n'est pas le F.B.I. qu'il vous faut craindre le plus.

- On se débrouille très bien sans vous, mon père et moi !

- Ça se voit, rétorqua l'agent, exaspéré par l'entêtement du jeune homme.

- L'interrogatoire est fini ?

- Il l'est, pour le moment. Concernant votre père, il est actuellement en cellule pour entrave à la justice. Il sera libéré d'ici quelques jours, à condition qu'il se montre coopératif.

Henriksen observa l'alité avec attention, cherchant un signe de relâchement ou l'amorce d'un vrai témoignage suite à sa révélation mais rien. Le fils Winchester se contentait de serrer les dents et son poing encore valide.

- Vous êtes encore là ? grogna le blessé devant l'immobilité de l'agent.

- Je m'en vais. Bon rétablissement et... Soyez prudent.

L'agent spécial s'en alla après un dernier regard empli de compassion pour le jeune homme à peine sorti de l'adolescence qui se levait de son lit d'hôpital par la seule force de sa volonté. Il ne pouvait pas faire plus pour lui. Il avait déjà glissé sa carte avec ses coordonnés dans son portefeuille, au cas où, à côté de la photo prise en téléobjectif laissée par Alastair. Au moins le gosse allait-il être sous surveillance jusqu'à ce que le bureau en sache plus, ça le protégerait un peu.

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- Il va nous rendre fous, soupira Sam en récupérant son téléphone des mains de Castiel.

- Mais il va bien.

- J'en reviens pas qu'il refuse que je le rejoigne... dit-il en fusillant son portable des yeux comme s'il s'agissait de son frère.

- Vous allez vous revoir d'ici une semaine, lui rappela Castiel avec un sourire triste en posant une main réconfortante sur son épaule.

Sam sentit aussitôt la culpabilité peser sur ses épaules. Oui, il allait revoir Dean lui, dans sept jours il pourrait constater de visu que tout allait bien. Pas Castiel.

- Excuse-moi, je n'avais pas pensé à...

- Tu n'as pas à t'excuser Sam, le contra Castiel. Si Dean voulait qu'on se voit...

- Il trouverait un moyen, finit Sam à sa place en soupirant. Je te promets de lui filer mon ordi pour que vous puissiez vous voir.

Castiel le remercia d'un discret hochement de tête et Sam rangea enfin son portable.

Il était près de deux heures de l'après-midi, et lui et Castiel avaient passé leur matinée à se ronger les sangs pour Dean, attendant des nouvelles, quelles qu'elles soient. Puis le téléphone avait sonné et la nouvelle était tombée.

Dean allait bien.

Sam ne savait pas s'il devait s'inquiéter ou non du fait que lui et Castiel avaient tout de suite su que quelque chose n'allait pas mais, quoi qu'il en soit, Dean allait bien. Il avait un poignet cassé mais ce n'était pas gravissime, la fracture était nette et n'avait pas nécessité d'opération.

Dean était vivant.

Sam se pencha, appuya ses avant-bras sur le plan de travail de la cuisine et mit sa tête dans ses mains. A côté, la cafetière que lui et Castiel avaient régulièrement remplie puis vidée glougloutait d'une nouvelle tournée de caféine. Castiel l'éteignit pendant que Sam relâchait la pression dans un long soupir tremblant après avoir stressé si longtemps et une larme de soulagement glissa le long de sa joue.

- Je suis désolée, murmura Charlie en entrant dans la cuisine. Je sais que ce n'est pas le moment mais je m'en vais alors...

- Ça va Charlie, souffla Sam.

- Nous avons eu des nouvelles, compléta Castiel.

- Oh ! Vu que je ne baigne pas dans une mare de larmes, ça doit vouloir dire qu'elles sont bonnes, non ?

- Elles le sont, confirma Sam en sentant une nouvelle vague de soulagement l'emporter.

- Meg s'en va en même temps que moi alors...

- On arrive, indiqua Castiel.

Charlie hocha la tête et laissa les deux hommes seuls. Le plus âgé serra une dernière fois l'épaule de Sam en signe de soutien et ils allèrent tous les deux dans le hall d'entrée pour dire au-revoir aux deux filles qui passaient les fêtes du nouvel an avec leur conjoint respectif.

La maison sembla tout de suite plus vide sans elles deux. Surtout sans Meg et ses commentaires dérangeants... La fin de l'après-midi se passa dans le silence. Sam installa ses affaires dans la chambre de Charlie qui la lui avait officiellement cédée jusqu'à la fin des vacances tandis que Castiel révisait ses cours dans sa chambre. Balthazar était parti en ville et seul Gabriel se trouva un moment désœuvré jusqu'à ce qu'il se décide à s'affaler sur le canapé devant une émission de chasseurs de paranormal pas franchement très doués.

000

- Eh merde ! cria Dean en balançant sa chaussure à travers la pièce..

La galère. C'était la putain de galère de merde à la con ! Ça faisait depuis leur passage au casino clandestin que son père était coincé chez les flics, soit deux jours. Deux conneries de jours qu'il se démerdait comme il pouvait au motel, se faisant livrer ses repas, ne pouvant pas tellement sortir de sa chambre alors qu'il était foutrement infoutu de lacer ses rangers. Il n'avait habituellement rien contre l'idée de passer quelques jours à se légumiser devant la télé, sauf que là son père était toujours aux mains de ces enfoirés du FBI ! Il était plus que temps qu'il tente un truc pour le sortir de là ! Sauf que bon, sortir en chaussettes... Moyen quoi... Surtout question crédibilité ! Or, autant il avait fini par prendre le coup de main pour boutonner son jean - la ceinture c'était mort - autant pour les lacets, rien à faire ! Quelle merde ! Tout ça à cause de cet enfoiré psychopathe !

Dean balançait violemment son autre chaussure contre un mur quand la porte s'ouvrit. Il fusilla immédiatement l'intrus qui s'avéra être la femme de ménage.

- Pas la peine aujourd'hui, grinça-t-il.

La femme, dont le teint semblait particulièrement pâle et dont les mains tremblaient de nervosité, lança un objet qui atterrit sur le second lit de la chambre et repartit aussitôt, presque en courant. Dean fronça les sourcils en regardant le téléphone portable qui trônait désormais sur le couvre-lit.

Il sonna.

Dean hésita un moment avant de le prendre puis il vit ce qu'affichait l'écran.

Journée de merde... pensa Dean en voyant le nom d'Alastair.

- Qu'est-ce que tu m'veux enfoiré ? gronda-t-il en décrochant.

- Moi qui pensais t'avoir inculqué quelques notions de politesse, souffla la voix, aussi douceâtre que le cyanure, d'Alastair à son oreille.

Dean frissonna malgré lui en se souvenant des décharges parcourant son corps. Il frotta du pouce son torse, sentant le relief des pansements sous le tissus de son tee-shirt.

- Vous voulez quoi ? grinça-t-il en se laissant tomber sur le bord du lit.

- Tu le sais, je te veux, toi, dans ma petite "famille". Mais aujourd'hui, je souhaite surtout me rappeler à ton bon souvenir.

Dean retint difficilement l'insulte qui lui montait aux lèvres mais la lourdeur de son poignet plâtré lui rappela les dangers d'une telle action.

- Vous m'avez laissé un souvenir que je ne risque pas d'oublier de si tôt la dernière fois, rétorqua-t-il simplement.

- Il y a du mieux, fit Alastair.

Dean pouvait entendre son sourire à travers le combiné. Enfoiré...

- Va à la fenêtre, claqua soudainement la voix de son bourreau. Immédiatement.

Le jeune chasseur aurait bien aimé désobéir, malheureusement sa moelle épinière ne sembla pas être d'accord puisqu'elle court-circuita son cerveau pour le faire se lever et marcher. Il alla à la fenêtre et tira les rideaux pour voir l'extérieur.

- Il y a une voiture bleue avec un couple qui s'embrasse. Ce sont des agents du FBI.

- Pourquoi vous me dites ça ? demanda Dean en refermant le rideau.

- Ton téléphone est sur écoute, continua Alastair sans prendre en compte sa question. Jette-le dans les toilettes, envoie-moi une photo en preuve et tire la chasse-d 'eau.

Dean avait bien envie de raccrocher et de l'envoyer chier. Éventuellement, il ne serait pas non plus contre le dénoncer aux flics !

- Rappelle-toi que je sais où se trouve Sammy actuellement. Il peut lui arriver un "accident" à n'importe quel moment, dit à Alastair sur le ton de la simple conversation.

- Vous n'avez pas intérêt à toucher un seul de ses cheveux ! s'emporta aussitôt Dean.

- Ça ne tient qu'à toi. Fais ce que je te dis.

Dean obéit. Il prit son ancien portable et le noya dans les toilettes puis envoya la preuve à Alastair.

- Voilà, c'est fait, cracha-t-il.

- Bon garçon. Tu n'utiliseras que ce téléphone désormais, exclusivement. Et gade-bien en mémoire que ton cher petit frère est dans ma ligne de mire, en permanence.

Dean n'eut pas le temps de râler davantage qu'Alastair raccrocha. Non seulement il était surveillé pas le FBI, mais aussi par la mafia de ce timbré. Dean se sentait comblé de tant d'attention... Il soupira avant de regarder son portable. Pas de mouchard hein ? Pas un des fédéraux en tout cas. Il allait devoir faire attention. Pouvait-il seulement envoyer un message à son frère ou à Cas' ? Alastair savait déjà où ils se trouvaient mais ce n'était pas une raison pour lui faciliter la vie.

- Putain de journée, putain de vie, soupira Dean en s'allongeant sur son lit.

000

Sam regarda son portable avec tristesse. Dean n'avait répondu à aucun de ses messages la veille. Il s'inquiétait à nouveau et Castiel aussi par conséquent. Son frère les faisait vraiment tourner en bourrique. S'il n'avait pas d'excuse sur son silence radio d'ici à son retour, il allait... Il allait... Il ne savait pas ce qu'il allait faire mais Dean allait souffrir !

Le lycéen sentit son portable vibrer alors qu'il pensait aux différents châtiments qu'il pourrait infliger à son frère.

30/12/2009

Inconnu 17:15

« Hey Sammy ! J'ai eu un accident avec mon portable alors voilà mon nouveau numéro. Passe une bonne fête du nouvel an avec ton nabot petit frère !

Dean »

Sam soupira, à la fois de soulagement et de dépit. Son frère était vraiment un idiot.

- Des nouvelles ? demanda Gabriel en s'installant à côté de lui sur le canapé.

- Oui. Mon frère est un abruti blessé mais il est toujours vivant !

- Faut croire que tous les grands frères sont des crétins, ricana le blond.

- Tu penses vraiment que ce sont tous des crétins ? demanda Sam en fusillant son portable des yeux.

- Sans aucun doute Kiddo, acquiesça le blond, le regard toujours rivé sur le petit écran.

- Dean est pire qu'un crétin... soupira Sam. Il refuse de voir la vérité, sur notre père, sur notre situation. Il trouve ça normal ce qu'on vit !

- Les aînés aiment bien jouer les aveugles et nous faire croire que tout va bien quand tout va mal. Jusqu'à ce que ça nous explose à la tronche. Il nous reste plus que nos yeux pour pleurer alors.

Sam fut un peu surpris d'entendre autant d'amertume dans la voix de Gabriel. Il avait lancé la conversation autant pour vider son sac que pour en apprendre plus sur son blond aux yeux d'or et ses relations avec sa famille seulement, il ne s'était pas attendu à autant de venin. Il pensait que Gabriel allait être désagréable ou triste, pas aussi rancunier. Ça ne lui ressemblait pas.

- Tu...

- Non, le coupa brutalement Gabriel. Il n'y a rien à dire.

- Gabe...

- Tes yeux de chiot ne fonctionneront pas cette fois, tu ne sauras rien à ce sujet.

- C'était si affreux ?

Sam vit Gabriel fermer les yeux dans une grimace douloureuse, son corps se repliant automatiquement sur lui-même.

- Kiddo, arrête... Ce n'est... Arrête...

Le lycéen cessa cette tentative maladroite pour connaître la raison du conflit entre Gabriel et ses frères et passa un bras sur ses épaules pour le rapprocher de lui.

- Et maintenant tu me dragues ? ricana le blond sans résister pour autant.

- Tout à fait. Tout ça n'était qu'une tentative pour t'avoir dans mes bras, murmura-t-il tristement.

- Va falloir revoir tes méthodes Kiddo, celle-là est vraiment pas terrible. Je t'en apprendrai d'autres.

- J'ai hâte d'entendre ça.

Gabriel ne s'éloigna pas tout de suite de sa légère étreinte et s'appuya un court moment contre son torse. Sam sentit son cœur exploser. Il n'avait qu'une envie, le rapprocher davantage et poser sa joue sur les cheveux blonds. Il détestait vraiment voir Gabriel dans cet état, il craignait cependant de devoir l'y replonger pour obtenir les informations qui lui manquaient. Ça lui déchirait le cœur par avance mais il ne pouvait se résoudre à laisser Gabriel macérer dans son amertume. Quitte à devoir en subir les conséquences et se le mettre à dos ou pire, le voir fuir définitivement...

Gabriel ne resta que quelques secondes contre Sam avant de se relever, prétendant devoir préparer le repas du soir. Le lycéen le laissa partir sans protester, déjà content du petit temps qu'il avait obtenu avec celui qu'il aimait contre lui. Juste son poids sur lui, ce petit moment d'abandon en confiance totale et son cœur qui avait manqué exploser dans sa poitrine... Il ne regretterait jamais ce moment, de même qu'il était décidé à faire dire à Gabriel ce qui l'avait rendu si amer envers sa famille. Peut-être pas aujourd'hui ni demain, mais il se faisait une mission de le purger de ce poison qui lui rongeait le cœur et l'esprit. Il allait juste attendre un peu, que la situation se calme...

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Dean s'était finalement décidé à envoyer un message à son frère et un autre à Castiel. De toute façon, le premier l'obligerait à lui donner son nouveau numéro dès son retour et il se voyait mal couper toutes les communications avec le second. Ils ne se parlaient peut-être plus beaucoup, mais le peu qu'ils échangeaient lui était nécessaire.

Dean passa les jours suivants à attendre le retour de son père au motel, ayant une petite pensée pour Sam le jour du nouvel an, ce dernier devait bien s'amuser chez Balthazar. Lui se contenta de regarder un top 20 idiot en buvant une bière, s'imaginant ce qu'auraient pu être ses retrouvailles avec Castiel. Peut-être que si son père n'avait pas été si réticent à laisser partir Sam, si Sam ne l'avait pas surpris par sa demande lâchée sans avertissement, s'ils étaient allés chez Bobby plutôt qu'à San Francisco, s'il n'avait pas craint la réaction de son père face à une demande pareille, si et si... Si les filles en avaient, elles pisseraient debout aussi... Dean savait qu'il n'aurait pas lâché son père, pas quand sa confiance et sa fierté envers son aîné ne tenaient qu'à un fil. D'ailleurs, le jeune chasseur s'inquiétait un peu de sa réaction en voyant son plâtre mais, hé ! C'était aussi une belle blessure de guerre ! Ou une preuve de faiblesse... Dans tous les cas, même si sa main dominante n'était pas touchée et qu'il pouvait toujours tirer avec son arme, il pouvait faire une croix sur les futures chasses. Ça n'allait pas l'aider à obtenir les faveurs de son père...

Ce dernier ne rentra au motel que le deux janvier. Il fut d'une humeur de chien après avoir été gardé en cellule si longtemps et s'il s'inquiéta de la santé de Dean, il grinça tout de même des dents en voyant son poignet. Dean lui assura que tout ça était provisoire, que dans un mois il serait libre mais ça ne sembla pas le réjouir pour autant. Plusieurs bouteilles d'alcool rendirent l'âme cette nuit-là. Le lendemain, ils allèrent ensemble chercher Sam à l'aéroport.

Son frère ne put s'empêcher de s'inquiéter pour lui et Dean râla beaucoup pour ça, même s'il avait le cœur sincèrement réchauffé par tant d'attention. En revanche, il ne fallut pas plus de dix minutes pour que Sam et John s'engueulent sous les yeux lassés de Dean. Le soir-même, tandis que leur père partait faire sa tournée quotidienne des bars, son petit frère s'excusa de cet éclat en prêtant son ordinateur à son aîné qui appela aussitôt son amant.

Les quelques secondes d'attente durant lesquelles le logiciel appelait son correspondant lui parurent être des heures.

- Castiel, souffla le chasseur en redécouvrant enfin le visage de son amant.

- Dean.

Le bleu et le vert se rencontrèrent et se perdirent l'un dans l'autre. Dean en eut presque le souffle coupé, ne se souvenant pas d'une autre fois où il aurait autant pu espérer croiser ce regard absolu et captivant. C'était une sensation étrange que de se plonger dans le regard de Castiel, c'était comme rentrer à la maison, quel que soit l'endroit où il se trouvait. Dean en voulut plus soudain, beaucoup plus.

- Tu as passé de bonnes fêtes ? demanda-t-il, souhaitant entendre la voix rauque de son amant.

- Tu n'étais pas là, dit Castiel comme si c'était la réponse à tout et Dean frémit sous cette voix.

- Et comme tu vois, ça ne m'a pas porté chance, dit-il en ricanant.

Dean montra son plâtre à la webcam sous les yeux inquiets et sévères de Castiel

- Cas', commença le châtain avec hésitation.

- Oui ?

- Tu m'en veux ? Pour les fêtes et... Et les vacances et les autres jours...

Le jeune chasseur vit son amant se passer une main sur le visage en soupirant. Pas vraiment un bon signe.

- Je ne sais pas Dean, souffla-t-il finalement, le regardant droit dans les yeux avec ses iris trop bleus. Je ne pense pas t'en vouloir mais je... Tu me manques vraiment Dean.

- Moi aussi Cas', répondit le jeune chasseur, la gorge serrée.

- Alors pourquoi n'es-tu pas venu ?

- Je... Ne pouvais pas.

- Sam a réussi lui et tu es... Tu...

- Je suis majeur, je sais, murmura Dean. Papa ne peut me forcer à rien.

- Je ne te demande pas de tout quitter, je ne te demande rien d'ailleurs, jamais. Mais je regrette que tu n'aies pas été là...

Dean fut piégé par les saphirs autant accusateurs que déçus de son amant. Il serra les poings, se sentant d'un coup déçu de lui-même aussi. C'était l'effet Castiel. Il avait envie de le faire sourire et de le rendre fier mais Dean était réaliste, rien de ce qu'il avait fait dernièrement ne méritait de quelconques applaudissements et son bras n'en était que la manifestation physique. Les mensonges... Ils étaient devenus comme une seconde nature pour lui. Il mentait sur son identité dans certaines affaires avec son père, avait menti durant un long moment à Castiel et maintenant il s'apprêtait à mentir à tout le monde concernant Alastair, leur rencontre, son poignet, ses exigences...

Pourtant, il y avait une chose sur laquelle il ne mentait pas :

- Je t'aime Cas', se sentit-il obligé de souffler alors que les feux de la déception continuaient de briller dans les yeux de son amant.

L'étudiant le regarda un peu surpris par cette soudaine confession mais son regard se radoucit. Dean put enfin se rassurer et sourire en plongeant dans les yeux de son amant.

000

Ce fut un mois de janvier froid et pluvieux que Sam vécut en compagnie de son frère. Les cours avaient rapidement repris ainsi que les déménagements incessants, à la différence que Dean n'était plus d'une grande aide pour rien et passait ses journées à broyer du noir affalé dans le lit du motel à regarder la télé pendant que leur père avait repris son enquête, plus déterminé que jamais. Son frère aîné ne s'animait que le soir quand il revenait des cours et passait son temps... A le faire chier, il n'y avait pas d'autres mots. Dean devait probablement ruminer toute la journée les conneries qu'il allait lui sortir et lui faire durant le soir... Alors certes, Sam était heureux de passer du temps avec son frère, mais parfois, trop c'était trop ! Il était même obligé de faire ses devoirs au lycée pour avoir un lieu calme dans lequel il pouvait se concentrer suffisamment.

Malgré tout, il était heureux d'avoir son frère avec lui le soir, de regarder des films à ses côtés, de savoir qu'il dormait en même temps que lui, en sécurité. Même si Dean savait un peu trop bien jouer au con pour sa santé mentale et qu'il était parfois d'une humeur de dogue, c'était bien de passer les soirées à deux.

L'autre bon point de ce début d'année, c'était que Charlie avait eu raison, son écharpe vert et argent lui attirait effectivement la sympathie quand il arrivait dans un nouveau lycée ! Mais ça ne changeait rien au fait qu'il continuait de changer de lycées et donc de camarades de classe toutes les semaines. Il avait cependant rapidement repris contact avec Gabriel, reprenant par la même occasion sa campagne de séduction ainsi que celle pour connaître toute la vérité sur sa famille et la raison de son éloignement. Bon, c'était un peu moins facile de draguer Gabriel quand son frère l'observait avec la discrétion d'un hippopotame dans une mare aux canards et ça ne facilitait pas non plus les opérations pour tirer les vers du nez du blond ! Et pas question de contacter Gabriel au lycée, s'il se faisait surprendre il allait avoir la honte de sa vie, quand bien même il partirait loin du bahut quelques jours plus tard !

Ceci expliqua sûrement pourquoi Sam fut soulagé quand on enleva son plâtre à son frère début février. Les séances de rééducation ne pouvant se faire chez un kiné pour des raisons évidentes, Dean dut se contenter d'exercices à faire seul ou avec Sam. Bien évidemment, dès qu'il n'eut plus cette horrible chose autour du bras, il se dépêcha de rejoindre John dans son travail et ses recherches au déplaisir évident de son frère.

D'accord, avoir Dean sur le dos tous les soirs n'était pas de tout repos, mais au moins il était là ! C'était comme s'il revenait en arrière, à l'époque où ils vivaient quasiment seuls tous les deux dans la maison de Sioux Falls ! Ou même quand ils vivaient à côté de Tulsa. Alors certes, ça l'ennuyait dans ses projets avec Gabriel, mais c'était le genre d'ennuis qu'il aurait aimé avoir plus souvent, davantage que celui de se retrouver seul en tout cas, davantage que l'inquiétude qui lui tordait le ventre en se demandant s'il n'allait pas retrouver son frère à l'hôpital.

Cela dit, la question ne se posait même pas. Dean avait rejoint John dans ses recherches vengeresses et il n'y avait pas de discussion possible... Sam essayait d'en faire son deuil, sans grand succès.

- Tu te prends le chou Kiddo, soupira Gabriel un soir.

- C'est mon frère, je m'en ferai toujours pour lui.

- Pourquoi ? C'est bien lui qui te laisse de côté pour être avec votre père ! Lâche l'affaire et passe à autre chose.

- Je ne peux pas. Peu importe, malgré tous ses défauts j'aime mon frère, soupira Sam. Il peut me faire du tort, je vais lui en vouloir, lui crier dessus, ruminer, mais je garderai toujours en mémoire tout ce qu'il a fait pour moi et les bons moments passés ensemble. Tu n'en as pas gardé avec les tiens ?

- J'ai tout effacé. Ça ne compensera jamais ce qu'ils ont... Ce qu'il s'est passé, grinça Gabriel en détournant la tête.

- Une fois, Dean m'a emmené manger une glace, se lança Sam d'une voix lente, voyant là une belle occasion de faire parler le blond. Papa nous avait laissés au motel et on ne devait pas sortir mais je crois que Dean en avait assez de me voir bouder alors... Alors il m'a emmené dans un petit parc et j'ai goûté ma première glace italienne.

- Je saurai qu'on peut t'amadouer avec une glace maintenant, tenta de plaisanter Gabriel.

- Quand je tombais et que je m'écorchais, je me souviens que c'était toujours lui qui me soignait. Il me barbouillait toujours avec le mercurochrome et ça me faisait rire.

- Kiddo... soupira Gabriel.

- C'est lui qui m'a appris à faire du vélo. Encore une fois, papa n'avait jamais le temps ou ce n'était jamais le moment. Lors d'un de nos déménagements, nous avons trouvé des vélos qui devaient appartenir aux anciens habitants. Dean m'a donné le rose et en a ricané pendant des mois. C'est quand même grâce à ça que j'ai appris à faire du vélo.

- Ce que tu fais est inutile, ça ne fonctionnera pas sur moi, dit Gabriel en secouant la tête.

- Tu veux dire que tu n'as aucun souvenir joyeux avec tes frères ?

- Ça n'équilibrera jamais...

- Ce n'est pas ce que je te demande Gabe, le contra Sam. Tu ne te souviens de rien de sympa ? Sérieusement ?

Sam vit le visage de Gabriel se figer et ses lèvres se réduire à une fine ligne. Tout son corps était visiblement tendu, à tel point qu'il tremblait par endroit. Le lycéen songea à abandonner en découvrant l'état de nerfs dans lequel cette discussion mettait celui qu'il aimait. Son cœur se serrait en pensant à tout ce que Gabriel devait contenir en lui pour se fermer ainsi. Il regrettait de ne pas être à ses côtés pour le serrer à nouveau contre lui. Ça avait eu l'air de fonctionner la dernière fois.

- Quand j'avais été sage, Mickael me donnait une glace s'il faisait beau et un chocolat ou un bonbon le reste du temps.

Sam sursauta, surpris d'entendre la voix de Gabriel.

- Il me donnait des cookies aussi quand je ramenais des bonnes notes, ce qui n'était pas si courant, ricana amèrement Gabriel.

- Dean se contentait de m'ébouriffer et me laissait choisir le programme télé, avoua le plus jeune pour l'encourager.

- C'est pas si mal. La télé, c'était maman qui décidait, toujours, mais Luc avait réussi à récupérer un vieux poste et parfois, il voulait bien que je regarde des trucs avec lui. C'était bien mieux que les informations ou les "feux de l'amour" que maman adorait et puis il avait toujours un paquet de pop-corn sucré prêt à être chauffé au micro-onde.

- Et avec Raphaël ?

- Il faisait les meilleurs milkshakes à la vanille qui soit. Généralement, il en faisait quand il devait me garder et qu'il voulait que je lui fiche la paix. Mais moi ça m'allait.

- Gabe, tu les aimes encore, lui dit doucement Sam en songeant qu'il comprenait bien mieux l'addiction de son ami au sucre.

- Ça ne les excuse en rien ! Bien au contraire, c'est pire à cause de ça ! ragea-t-il, les larmes aux yeux.

- Dis-moi Gabriel, dis-moi pourquoi tu leur en veux tant. Je veux comprendre, le supplia presque Sam.

De l'autre côté de l'écran, il voyait Gabriel lutter avec lui-même avant de finalement laisser sa tête retomber entre ses mains. Sam entendit le reste lui être raconté d'une voix étouffée.

- Ils m'ont enfermé dans ce centre pour me « soigner » seulement... En réalité ils voulaient juste se débarrasser de moi. Ils parlaient de moi dans mon dos, cherchant sûrement à savoir ce qu'ils allaient pouvoir faire du « boulet » que j'étais. Une fois, Luc m'a dit qu'il comptait parler du divorce alors.. Je suis parti, je voulais savoir. J'ai su...

Sam sentit sa gorge se serrer en entendant le ricanement amer de Gabriel.

- As-tu la moindre idée de l'effet que ça fait de découvrir qu'on est qu'un paquet non seulement inutile mais en plus encombrant pour sa famille ? Mes parents ne se disputaient pas ma garde, c'était plutôt qui aurait le plus d'arguments pour me refiler à l'autre. Et mes frères ? Ceux qui soi-disant tiennent à moi, cherchaient tout autant la moindre excuse pour ne pas avoir à me gérer. Parce que vois-tu, même majeur et ayant prouvé que je pouvais me démerder seul, je n'étais pour eux qu'un gosse irresponsable. Luc m'a... Merde ! s'emportant Gabriel essuyant rageusement ses yeux. Luc m'a traité de déchet, Mickael a clairement dit que j'étais un fardeau encombrant et Raphaël semblait tout à fait d'accord avec tout le monde alors désolé, mais l'amour fraternel, filial, les bons sentiments et tout ça, je n'y crois plus une seule seconde ! Et le fait que je sois encore assez con pour les aimer est juste la preuve qu'ils ont raison sur au moins un point, je suis vraiment un abruti !

Sam déglutit péniblement devant tant de rage. Il ne savait absolument pas quoi dire après de telles révélations. Ça lui semblait tellement... Énorme.

Gabriel fit le choix de la réponse pour lui en coupant purement et simplement la communication. Le lycéen se sentit soulagé malgré lui de cette action. Il se sentait assez coupable comme ça sans avoir à s'enfoncer en s'excusant maladroitement devant Gabriel. Certes, il avait sa réponse, il savait ce qui avait déclenché la rupture entre le fugueur et sa famille mais c'était tellement... Énorme ! Expliquer tout ça à Castiel allait être une sacrée affaire mais très franchement, il avait l'impression d'avoir eu la partie la plus facile. Castiel allait ensuite devoir demander des explications aux frères Speight et ça... Sam était plus qu'heureux de ne pas avoir à le gérer !

Il rangea son ordinateur et s'allongea sur son lit, pensif. Il ne connaissait qu'une version de l'histoire, celle de Gabriel, mais elle lui semblait tellement improbable. Comment imaginer que Mickael, qu'il avait vu faire des dizaines de kilomètres pour récupérer son petit frère, s'en serait débarrassé aussi facilement ? Sam ne connaissait pas les autres, il ne les avait jamais vus, mais ça lui semblait tout aussi invraisemblable.

Quelque chose ne collait pas...

Sam passa la soirée à réfléchir là-dessus tout en se demandant comme il allait bien pouvoir raconter ça à Castiel. Il alla dans une supérette éloignée pour se prendre une salade bio et un soda light. Il se dirigeait vers la caisse quand il se sentit happer par quelqu'un et entraîné dans un coin sans caméra de la supérette. Il eut à peine le temps de protester qu'il se retrouva avec une plaque d'agent fédéral sous le nez.

- Agent spécial Henriksen. J'ai très peu de temps pour vous expliquer alors je vais être bref. Votre frère est actuellement dans les ennuis jusqu'au cou. Je ne sais pas ce qu'il vous a raconté concernant son poignet, mais c'est Alastair qui le lui a brisé. Nous avions mis votre frère sur écoute pour connaître leur marché et savoir ce qu'Alastair lui voulait mais ce dernier nous a devancés et il est désormais sur un numéro protégé. Dès que vous en aurez l'occasion, installez cette carte dans le téléphone de votre frère, exigea l'agent en mettant une puce dans la main d'un Sam secoué. Allez-vous régulièrement sur un site internet sur lequel nous pourrions communiquer discrètement ?

- Heu... Je...

- Votre frère est sérieusement en danger ! Nous savons qu'il a gardé contact avec Alastair et qu'il ne nous parlera pas, pour vous protéger. Le FBI prend de gros risques en vous contactant ainsi, pour lui comme pour vous et notre enquête, une adresse, vite !

Sam bredouilla rapidement le nom de la chaîne de cuisine de Gabriel. Il reçut un bref hochement de tête en réponse et l'agent disparut par la porte de service, laissant un Sam seul et choqué, coincé entre les œufs et le lait au fond du magasin.

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A suivre...

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Pour ceux qui se poseraient des questions sur : pourquoi Alastair et pas un autre ? La réponse est simple : la torture, Lucifer était déjà pris et j'avais de bonnes raisons de ne pas prendre quelqu'un d'autre ;)