Point de vue d'Aro:
Je devais encore subir une audience à cause d'un vampire, Joham, qui avait encore engendré une humaine. Félix nous faisait un rapport de la chasse. Forte distrayante, j'en conviens. Par chance, Démétri avait pu la dénicher et la tuer. Je savais les intentions de ce vampire qui voulait créer un ordre nouveau. Mes frères et moi, nous nous sommes concertés et nous avons pris la décision de l'arrêter et de le condamner à mort. Il menaçait l'humanité et notre existence. Caïus craignait que les Roumains se rejoignent à lui. Marcus était du même avis. Il fallait donc trouver des preuves pour les inculper, eux aussi.
Mais, je dois avouer que mon esprit était tourné vers une faible humaine remarquablement pénible quand elle se mettait en tête qu'elle n'était pas faite pour moi, qu'elle ne me méritait pas ou qu'elle voulait se suicider pour des raisons idiotes. Je suis longtemps resté auprès d'elle pour qu'elle se sente à l'aise, qu'elle reprenne de l'assurance et qu'elle aille beaucoup mieux. Je sais que j'avais fait une erreur en cachant l'existence de notre fille. Mais elle m'avait provoqué et elle recevait à présent les conséquences. J'hésitais encore à la vampiriser... La première fois que je lui en avais parlé... Son esprit m'était bloqué car l'enfant qu'elle attendait avait ce pouvoir. Il m'était impossible de savoir si elle voulait être ma femme pour l'éternité. Quand elle est apparue dans la Salle du Trône, assez remontée - je dois dire mais Ô combien séduisante quand elle était en colère -, j'avais frissonné lorsqu'elle nous avait demandé de la tuer. Oui... Moi, Aro Volturi, j'ai eu peur de perdre la vie d'une vulgaire petite humaine. Sauf qu'elle n'était pas n'importe qui... Mia cantante... J'ai dû cacher ce lien à mon épouse officielle, Sulpicia. Depuis longtemps, notre couple était sur le point de se briser... De se rompre... Et plusieurs fois j'avais pensé à nous séparer... Mais je savais que si je rompais avec Sulpicia, d'autres vampires femelles viendraient à moi pour la remplacer.
C'est la raison pour laquelle j'ai quitté - temporairement - Volterra. J'avais besoin de prendre l'air. Du recul... Mais je ne pensais pas que j'allais rencontrer mia cantante pendant mon séjour en France. J'ai longuement hésité à la vampiriser sans rien lui demander. J'admets que c'était très égoïste de ma part mais n'est-ce pas une des caractéristiques d'un vampire? Son parfum m'avait envouté... J'ai eu peur de la tuer. De succomber à la tentation. Son sang m'appelait irrésistiblement vers elle. J'avais imaginé la kidnapper sans qu'elle s'en rende compte. De l'emmener directement à Volterra et qu'elle réside pendant un moment en tant qu'humaine dans mes appartements. Je l'aurais prise maintes et maintes fois jusqu'à ce que je sois rassasié de son corps... De son parfum... Mais quand j'ai su - indirectement par elle - qu'elle était en danger, je me suis dit que cela tombait vraiment à pique... Si je me faisais passer pour un inspecteur de police, elle ne verrait que du feu et ses amies aussi.
Et c'est ainsi que notre relation a commencé... Je me suis montré gentil, affectueux et serviable... Mais mon côté sanguinaire la voulait déjà nue entre mes bras... J'ai résisté... J'ai tant résisté à l'appel de la chair... J'aurais pu la prendre dès le premier soir mais elle m'aurait mal vu par la suite... Je trouve que j'avais été patient de ce côté-là...
Il est vrai que j'aurais pu tuer Sébastien par la suite mais son sang n'était pas aussi exquis que le sang d'une femme en pleine luxure. Mais je sais que si j'avais appris par Alice qu'il retenait Lys dans son appartement à Lyon, je l'aurais traqué et je lui aurais fait la même chose qu'il avait fait à Lys. En dix fois pire... Je n'aurais jamais cru que cette nouvelle m'aurait tant blessé... Il est vrai que j'aurais dû m'en inquiéter dès le départ. Sauf que mon côté vampirique me disait qu'elle allait se débrouiller. Qu'elle était grande. Qu'elle pouvait s'en sortir toute seule. Et j'avais eu la preuve! J'étais tellement fier d'elle et en même temps, j'étais meurtri car je n'avais pas su la protéger correctement. Mais quand je l'ai vu se tenir devant moi. Et qui me tenait tête. Je n'avais pas aimé... Oh non... Et je me suis dit qu'il fallait qu'elle paye... D'une façon ou d'une autre... Elle allait être punie pour m'avoir manqué de respect... Mais je ne voulais pas... Blesser la petite qui se nourrissait du corps de sa génitrice... Je voulais attendre sa vampirisation pour qu'elle sache à quel point il ne faut pas irriter un Volturi...
Je ne remercierais jamais assez Jane pour avoir provoqué l'accouchement de Lys. Cela a permis de mettre mon plan à exécution. Je ne sais pas combien de temps j'allais cacher cette nouvelle à Lys... Je sais qu'elle allait m'en vouloir mais cela ne durera pas longtemps. Juste quelques jours... Rien de plus... Cela me fit sourire. Quand j'ai annoncé la prétendue "mort" de Némésis, je me suis réjouis de la souffrance qu'elle ressentait... Elle m'avait blessé... Il était dans l'ordre des choses de lui renvoyer ce qu'elle avait lancé. Même lorsque je lui a dit que son utérus ne pouvait plus accueillir d'enfant, j'avais pris un malin plaisir d'être fier de la peine que je lui causais. Bien entendu, j'aurais pu me retenir. Ne rien lui dire. Et lui avouer que son utérus fonctionnait très bien... Mais je voulais qu'elle retienne la leçon. Qu'elle n'avait pas à me tenir tête.
Isis entra dans la Salle du Trône avec Sulpicia. Notre couple s'était renforcée après la naissance d'Isis. Sulpicia ne jurait que par son enfant tandis que Lys pleurait sa progéniture... Que c'était pathétique! Je me disais que je pouvais peut-être me débarrasser de cette humaine avant qu'elle ne me prive de son sang si succuleux... Si alléchant... Après tout, elle avait bien rempli son travail... Mais cela me gênait un peu... Je voulais prendre mon temps. Je voulais voir combien de temps elle allait encore résister à mes mensonges.
Sincèrement, je n'avais pas vraiment pensé à la tuer... Cela m'ennuyait de réfléchir à cela... Je devrais peut-être y réfléchir plus sérieusement... Je poussais un soupir... Tout en écoutant le rapport de Félix.
"_ Isis!
_ Je ne m'appelle pas Isis! Je suis Némésis! Rétorqua la fillette, fièrement."
Je redressais la tête pour regarder ma fille biologique. J'arquais un sourcil, interrogateur. Que racontait-elle? Nous l'avions toujours appelés Isis. Pas Némésis. Il est vrai que Lys aurait aimé l'appeler ainsi. Si elle savait son existence... Mais ce n'était pas le cas...
Cependant, lorsque je me suis accordé une pause dans le parc avec ma fille, j'ai eu l'impression d'être observé... J'ignore encore la personne. Mais je sentais que j'avais eu peur de sa réaction. Alors que je savais pertinemment que Lys était dans mes appartements et qu'elle n'avait pas le droit de sortir prendre l'air que ce soit sur le balcon ou dans les autres pièces du château. J'avais levé les yeux vers ce balcon... Sauf que je n'ai vu personne. Pas de Lys... Et pourtant... Mon instinct me disait qu'elle m'avait vu avec Isis...
Je chassais rapidement cette pensée de la tête... Il était vraiment temps que je me débarrasse d'elle. Lys ne m'était plus d'aucune utilité. Je pouvais en faire ce que j'en voulais... Je souhaite voir sa décadence... Me supplier de lui offrir le paradis... L'immortalité... La beauté... Je veux qu'elle s'agenouille devant moi... Et qu'elle me prie comme un dieu... Et soudain, je la prendrais une dernière fois mais c'était fois-ci... Elle n'en reviendrait pas...
"_ Ne devrais-tu pas lui dire? Demanda la voix rauque de Marcus.
_ Je trouve que c'est une juste punition. Elle souffre. Elle ne tardera pas à mourir. Peu de mère aime vivre après la perte de son enfant..., fit Caïus. Après tout, elle n'a eu que ce qu'elle méritait.
_ Je pense que je vais m'accorder un instant de répit, déclarais-je en me levant.
_ Toi tu as une idée derrière la tête."
J'esquissais un sombre sourire à mon plus jeune frère. Il crut comprendre ce que je comptais faire mais il n'émit rien. Je l'en remerciais silencieusement car je savais que s'il avait dit quelque chose. Marcus se serait interposé pour ne pas que je vide Lys de son sang... Car il l'appréciait... Et Elyn aussi. Tant pis... C'était mia cantante. Je fais ce que je veux d'elle.
Quand j'entrais dans mes appartements, je fus envahi par son odeur si tendre... Si sensuelle que je me retenais d'accourir vers elle pour la déshabiller... Les rayons de la pleine lune éclairaient la chambre. Je refermais la porte et ce fut à ce moment que je trouvais que la pièce était étrangement silencieuse. Je me pétrifiais. Quelque chose clochait. Quelque chose n'allait vraiment pas... Je me retournais pour étudier plus consciencieusement la pièce. Pas de battement de cœur... Je fronçais les sourcils... Qu'est-ce que... Je me précipitais vers la salle de bain. Personne. Ma bibliothèque personnel. Non plus. Mon bureau privatif? Pas là non plus... Où était-elle passée?
"_ Lys? Soufflais-je. Tu veux jouer à cache-cache?"
Ce jeu aurait pu m'exciter si j'entendais les battements de son cœur. Je m'y serais pris au jeu... Mais, pour le moment, je sentais une pression pesée sur mes épaules. Je percevais mes lèvres tremblées... Très légèrement.
"_ Lys? Je vais te trouver... Et tu ne pourras pas m'échapper..."
Pas un rire silencieux... Pas un froissement de vêtement dû à un mouvement... Rien... C'est comme si elle avait disparu de la surface de la terre. M'avait-elle abandonné? Je me surpris à me mordre les lèvres. Cela faisait longtemps que je n'avais pas fait ce genre de réaction. Surtout dans ce contexte-ci. Je tournais lentement sur moi-même. Contemplant, un peu perdu, ma chambre sans... Mon rayon de soleil... Je... N'aurais... Jamais pensé... D'elle... De cette façon. J'étais sous le choc... Je n'osais pas bouger... Je voulais qu'elle réapparaisse. Qu'elle ouvre la porte et qu'elle me dise: "Pardonne-moi, Aro... Mais j'avais faim et je voulais aller dans les cuisines... Sauf que je me suis perdue. Et puis, je ne voulais pas te déranger... Alors..." Je la prendrais dans mes bras et je lui ferais l'amour avec amour et passion. Comme nous l'avions fait dans le manoir en France... Comme nous l'avions fait ici... Je ne la quitterais plus...
Aucuns bruits de pas... Ni de battements de cœur dans le couloir...
Je me rendis compte alors que la clé qui verrouillait la porte fenêtre était absente... Étrange... Je me dirigeais lentement vers l'ouverture. Quand ma main poussa sur la poignée pour ouvrir la fenêtre, je ne pus l'ouvrir. La tension montait d'un cran. Mes mains tremblaient par la peur... De quoi avais-je peur? De me rendre compte qu'elle m'avait abandonné? Qu'elle me laissait seul avec mes démons intérieurs? Je tirais violemment la porte qui se brisa sous la force de mon geste. Son odeur était là... Bien présente. J'observais le parc.
Aucun mouvement à l'horizon. Aucun battement de cœur.
Soudain, mon regard fut attiré par une forme blanche qui gisait sur le sol. Immobile. Ses bras étaient écartés comme si on l'avait crucifié. Son regard était paisible et pâle. Mais ses yeux... Ses yeux si expressifs d'habitude étaient vide de vie... Je ne pus retenir plus longtemps mes tremblements. Je glissais sur le sol. Incapable de descendre pour vérifier son identité. Si c'était bien... Lys... Non... Non... Non... Elle ne devait pas mourir... Elle ne devait pas mourir... Je me mordais l'avant-bras pour éviter de hurler. Personne devait savoir que je souffrais. Personne devait me voir dans cet état... Ce serait mal vu... Tellement mal vu... Par le clan et pour les vampires de l'extérieur...
"_ C'est ce que maman voulait... Vous priver d'elle pour que vous tirez les conclusions de vos erreurs. Vous n'avez eu que ce que vous méritez. Vous ne lui aurez pas menti. Elle serait encore en vie à cette heure-ci. Cessez de vous dire que vous êtes blessé, meurtri, souffrant par la mort de votre bien-aimée... Car vous ne lui avez jamais montré votre véritable visage. Votre ambition, votre orgueil, vos mensonges, et vos manipulations l'ont tué. Ne vous étonnez pas si elle gît sur le sol, là,... Son sang, si délicieux, perd lentement de sa saveur... Quel gâchis!
_ C'est toi qui la poussé à se suicider? Sifflais-je furieux en me mettant debout."
Ma fille esquissa un sourire froid. Sans sentiment. Était-elle triste pour sa mère biologique? Car je ne voyais aucun signe de tristesse. De faiblesse.
"_ Vous. Rien que vous. Je n'ai pas eu à faire grand chose. Juste de lui dire qu'il fallait qu'elle soit sur le balcon au crépuscule. Ce qu'elle a fait. Et la vérité lui a été révélée. Elle n'a pas pu lutter."
J'émis un grognement sonore. Grave tout en me relevant. Je n'aurais jamais imaginé... Qu'elle aurait pu faire ça à cette âge-là... Je voulais la tuer... Si elle n'avait pas dit à Lys de... Venir sur le balcon... Elle serait encore vivante... Je me dirigeais dangereusement vers elle. Je devais la faire taire... La tuer...
"_ Oh... Non... Je crains que cela ne soit pas possible. Votre famille tient à moi. Imaginez la haine que vous allez créer une fois que vous m'aurez tué... Votre épouse ne vous pardonnera pas. Athénodora non plus... Si vous me tuez... Vous allez apprendre à connaître ce qu'est la solitude."
Je m'immobilisais. Je pouvais faire comme j'avais fait à Didyme. La tuer dans un coin. Sans que personne ne sache ce qui s'était passé. J'inventerais les coupables. Soit les Roumains, soit Joham. Et nous nous en débarrasserons de ces vermines en même que ma fille. Isis se détourna de moi, lentement, elle allait quitter mes appartements.
"_ Le jugement a été rendu. Et vous avez perdu, Père. Souffrez maintenant. Et en silence."
Quand la porte fut correctement fermée, je rejoignis le cadavre encore tiède de mia cantante en bas. Je la pris dans mes bras. Doucement. Tendrement. Un filament de sang coulait sur la commissure de ses lèvres. Je me penchais vers sa bouche et l'embrassais... Mais maintenant que sa chaleur était parti... Le baiser n'était plus le même... Il n'avait plus la même intensité, la même saveur... Je fermais les paupières... J'avais vu, ressenti la même douleur quand j'avais effleuré la main de Marcus quand il avait perdu Didyme... Là... C'était la même chose... Je ressentais un immense vide... Un manque... Un néant que je ne pourrais plus le comblé... J'avais perdu... Je l'avais perdu...
Comment ai-je pu être aussi aveugle? Pourquoi n'ai-je pas compris l'attirance sincère... Entre nous? Pourquoi... Pourquoi a-t-il fallu que je tire les ficelles alors que j'aurais pu lui laisser les commandements de notre relation? Et dire que je voulais me débarrasser d'elle... Je n'avais jamais pensé que les liens entre cantante et vampire pouvaient être aussi forts. Aussi destructeurs... Car je l'admets... La perte de Lys... Me bouleverse... Bien plus que je ne l'aurais imaginé...
"Souffrez maintenant. Et en silence..."
Ce sont des mots si tendre de la part d'une fille à son père... Si tendre et si affectueux...
J'espère que vous avez aimé la fiction. Maintenant c'est la fin. Mais quelle fin! Dis donc! N'oubliez pas de laisser votre avis!
Bonne lecture! ^^
