Bonsoir à tous,
Me voilà, l'impardonnable.
Mais j'avais promis de ne pas laisser cette histoire sans fin et on m'a rappelé qu'il me restait un chapitre à poster. Comme je suis une super copine, je me suis donc aussitôt employée à la tâche :P
Avec toutes mes excuses sur le temps qu'il s'est écoulé depuis mon dernier post. Pour me faire pardonner, j'ai préparé des petites scénettes de notre trois héros que je posterais à parts, de temps en temps ;)
En attendant, bonne et dernière lecture car ce sera sur ce chapitre que s'achèvera cette histoire.
- Ron ?
La voix surprise d'Hermione le figea. Il s'était attendu à Harry. Il ignorait pourquoi. C'était Harry qui l'avait invité à venir alors il avait pensé qu'Harry lui ouvrirait. Mais c'était Hermione qui se tenait devant lui, sur le palier de cette maison. Elle se redressa, glissa une mèche de ses cheveux derrière son oreille et eut un sourire hésitant.
- Harry n'est pas là, il est au ministère, murmura-t-elle presque timidement.
Il aurait dû demander à son père. Il se traita intérieurement de crétin. Puis il haussa les épaules. Il avait autant envie de voir Hermione qu'Harry. Il voulait récupérer ses amis.
- Eh bien, je peux attendre qu'il rentre.
Il sut qu'il avait été moins stupide qu'à son habitude quand elle eut un sourire plus franc et ouvrit complètement la porte pour le laisser entrer. Il sourit à son tour et pénétra dans la maison chaleureuse qui était celle d'Harry et Hermione depuis presque deux mois. Il oubliait facilement le dernier habitant de cette maison mais ce dernier se tenait sur le seuil du salon et l'accueillit froidement, avec une hostilité glacée qui le fit se figer sur le palier et il lui rendit un regard mauvais qui fit avoir un sourire arrogant à Malefoy.
- Tu veux un thé ? proposa Hermione après avoir fermé la porte d'entrée.
Il acquiesça et la regarda disparaitre dans la cuisine par la porte de gauche. Et il resta là, les bras ballants dans l'entrée, sous le regard de Drago Malefoy, lui jetant des œillades noires. Ni l'un ni l'autre ne semblait s'accommoder de ce soudain face à face.
- Je ne comprends toujours pas comment ils peuvent vivre avec un type comme toi.
- C'est marrant, ricana Malefoy avec sarcasme. Je me suis toujours demandé la même chose. A ton propos. Pendant nos années à Poudlard.
Puis il tourna les talons et se dirigea vers le fond de la maison, le salon. Ron suivit en marmonnant dans son menton et se laissa tomber mollement dans un canapé alors que Drago s'installait dignement dans son fauteuil.
- Si c'est ta façon de faire la paix, tu es nul, Weasley. Mais ça, je l'avais vu venir.
- Je viens faire la paix avec Harry et Hermione, pas devenir ami avec toi, grogna Ron avec vergue.
- Je vis avec eux, tu vas me voir souvent tu sais ? Ironisa Malefoy avec un sarcasme mordant.
- Je ne suis pas obligé de te voir. Ils peuvent revenir au terrier, tous les deux, sans toi.
L'expression de Drago devint encore plus glacée et Ronald Weasley tenta de se redresser pour garder contenance sous le regard furieusement gelé du serpent.
- Dans tes rêves.
- Ne vous disputez pas.
Le soupir d'Hermione coupa la réplique de Ron alors qu'elle déposait un plateau avec trois tasses et une théière sur la table basse.
- C'est la fouine qui …
- Ne l'appelle pas comme ça Ron, s'il te plaît, coupa Hermione avec un air peiné. Tu pourrais t'entendre avec Drago si tu faisais un effort.
- Weasley ne doit même pas connaître la signification du mot effort.
- Drago, soupira Hermione en servant les tasses avec un froncement de sourcil.
- Et je dois m'entendre avec ce type ? Pourquoi tu vis avec lui au juste ? Pire qu'un hérisson !
Elle reposa la théière et leva les yeux vers Ron, comme si elle cherchait quoi lui répondre. Ils purent deviner les milles réponses qui traversèrent son esprit à son regard chocolat agité mais pourtant, ses lèvres n'en laissèrent passer aucune. Elle les contempla tristement. Et même Ron, aussi stupide se sentait-il parfois, comprit. Elle voulait qu'ils s'entendent parce que Ron était une part importante de son passé, Drago lui était son présent. Elle voulait que les deux s'entendent, pour ne pas se déchirer à nouveau. Ron lui avait déjà imposé un choix, qu'il avait regretté des millions de fois. Et ce jour-là, il décida qu'il avait appris de ses erreurs et qu'il ne commettrait pas cet impair une deuxième fois. Il ne voulait pas la perdre de nouveau.
- Je vais chercher du sucre, annonça-t-elle en se relevant, comme si elle se décidait à les laisser mener leur bataille futile sans s'en mêler.
Ron la regarda partir avant de se tourner vers Drago qui le fixait toujours avec impassibilité. Ron inspira profondément et fut fidèle à lui-même.
- Ok, annonça-t-il bêtement, faisant hausser un sourcil moqueur à Drago Malefoy. Drago alors ?
- Parait que t'es bon aux échecs Weasley, enchaîna Drago, le surprenant soudain.
- Ouais, pourquoi ?
- Granger me laisse gagner et Potter ne joue plus, parce que tu l'as trop souvent battu.
Alors Ron eut un sourire en coin. Ce type était toujours un glaçon, il n'avait toujours aucune expression, il était impassible et il les appelait toujours Granger, Potter et Weasley. Pourtant, Ron sourit et essaya. Pour ne pas perdre ses deux meilleurs amis.
- Ouais Drago, je suis sacrément bon aux échecs.
- Tout dans la modestie, hein Weasley ? Se moqua Malefoy en se levant pour aller chercher son jeu d'échec.
Peut-être que la seule chose qu'il fallait entre Malefoy et lui, c'était un court terrain d'entente. Il n'était pas obligé d'être son ami mais s'il trouvait un terrain d'entente, alors Ron pourrait revenir, voir Harry, Hermione et ne plus la voir peinée comme elle l'avait été. Et sa surprise quand elle revint de la cuisine, lui fit si plaisir, qu'il fut satisfait de sa décision et laissa même la main à Drago.
Harry entra et retira ses chaussures avec un soupir fatigué. Il posa les clés sur la tablette de l'entrée mais se figea en voyant Hermione arriver dans un tourbillon de tissu, un doigt sur ses lèvres pour lui imposer le silence.
- Quel accueil, marmonna Harry visiblement de mauvais poil.
Elle rit silencieusement, son regard chocolat s'illuminant et elle posa une main sur sa nuque pour déposer un baiser tendre au coin de ses lèvres. Sa chaleur et sa douceur le fit frissonner et il ne la laissa pas s'éloigner, attrapa sa taille pour la coller à son corps encore frais du dehors, l'embrassant à pleine bouche. Et la douceur d'Hermione chassa sa fatigue, sa lassitude, comme toujours. Lorsqu'il la relâcha, la chaleur de ses prunelles lorsqu'elle les plongea dans les siennes le ravit. Et son sourire alors qu'elle glissait sa main dans la sienne pour l'entraîner vers le salon le combla d'un bonheur infini. Mais il se figea sur le seuil du salon devant la scène hautement improbable qui se dévoila à ses yeux, inconscient de l'air ravi d'Hermione.
Drago était assis devant la table, penché devant un jeu d'échec, le visage dévoilant son intense réflexion alors qu'il avait posé son index sur son menton. Et face à lui, Ron Weasley. Plongé dans la même réflexion. Concentrés, calmes.
- Ron est arrivé il y a presque deux heures, souffla Hermione en serrant sa main.
Par tous les dieux du monde et de la galaxie, songea Harry. Jamais, de toute sa vie, il n'aurait imaginé ces deux-là, dans la même pièce, sans insulte.
- Ferme la bouche Potter, marmonna Drago sans le regarder avant de bouger une pièce.
- Viens t'asseoir Harry, proposa Ron en ricanant. Tu le déconcentres apparemment. Ta première erreur Drago.
Ron bougea une pièce, ce qui irrita Drago et Harry ne put que se laisser tomber sur une chaise, stupéfait. Parce que Ron était là, de retour, à jouer avec Malefoy qu'il appelait Drago. Et le monde qui semblait incongru face à cette scène absurde sembla juste retrouver sa place pour Harry. Ron était de retour dans sa vie et avait compris. Il avait compris et il était là. Le monde était à sa place, encore imparfait, mais en bonne voie pour s'améliorer.
Il resta toute la soirée, partagea même leur repas et ne s'en alla que tard après la tombée de la nuit. Après la partie d'échec, ils avaient pu discuter. Ron était également en formation au ministère et avait intégré le département des jeux et sport magiques. Il aimait beaucoup ce métier qu'il était en train d'apprendre et souhaitait à terme être affecté sur un poste d'organisateur des championnats de quidditch.
Il les invita, tous les trois, au grand étonnement de Drago qui le lui cacha bien, à venir diner au terrier, avec toute la famille à qui ils manquaient. Le week-end suivant. Pour l'anniversaire de Ginny. Harry hésita un instant mais ne repoussa pas l'invitation. La dernière fois qu'il avait vu la jeune femme, il avait rompu avec elle à demi-mot, sans explication précise. Ils n'avaient jamais été officiellement ensemble mais à son départ, ils l'étaient pourtant plus ou moins. En tout cas ils allaient l'un vers l'autre. Et il eut un sentiment amer envers lui-même en réalisant qu'il n'avait pas fait les choses correctement. Il l'avait laissé dans le flou le plus totale sans avoir la décence de lui expliquer. Trop brisé à ce moment mais l'excuse le dégouta de lui-même.
Hermione glissa une main discrète sur sa cuisse pour ramener son attention à la conversation puis elle s'éloigna vers la cuisine. Le baiser qu'elle retint de poser sur sa tempe lui manqua tant qu'il finit par la suivre, laissant Ron avec Drago. Ron ne semblait plus se formaliser de l'air impassible du blond alors qu'ils entamaient une discussion sur le quidditch.
- Hermione, murmura Harry en arrivant dans la cuisine, la découvrant en train de ranger le plus gros.
- Il faut être honnête avec lui maintenant qu'il fait l'effort de revenir dans nos vies.
- Tu veux tout lui dire ? Nous deux ? Drago ?
Harry avait tendance à vouloir préserver ce cocon, ce qui n'appartenait qu'à eux trois, ce havre de paix qu'il aimait tant retrouver chaque soir. Et même s'il aimait sa situation actuelle, il était assez lucide pour savoir que ce serait dur à accepter pour les autres, la société. Ce n'était pas normal ce genre de chose. Les gens ne comprendraient pas car ce n'était pas une norme de vie. Pourtant il comprenait aussi qu'elle veuille le dire, à Ron. Parce qu'il était leur ami, qu'il était revenu, qu'il méritait qu'ils soient honnêtes. Et aussi parce qu'il était difficile de retenir chaque geste d'affection qui remplissait tant leur vie. Harry avait dû retenir chaque étreinte et chaque baiser qu'il aurait fait spontanément et sans y réfléchir s'il n'avait été que tous les trois. Et ça lui nouait les tripes de devoir se restreindre.
- Il finira par le découvrir. Si au moment où il le découvre, il n'est pas capable de l'accepter …
Elle soupira et finit par poser l'assiette qu'elle tenait pour se tourner vers Harry. Elle s'appuya contre le plan de travail et croisa les bras après avoir resserré son gilet comme si elle avait froid. Parce que cela faisait plusieurs heures sans contact, elle avait l'impression d'être gelée.
- Il partira de nouveau, finit Harry pour elle.
- Je n'y tiens pas. Mais il finira par savoir, quoi qu'il arrive.
- Tu as raison.
- J'ai encore l'espoir qu'il le prenne bien. J'ai toujours cru en Ron. Peut-être à tort parfois.
- Hermione.
Il soupira et vint déposer un baiser sur sa tempe. Elle ferma les yeux en accueillant sa tendresse et la chaleur de sa proximité.
- Je vais lui dire.
- Non, on va le faire tous les trois, la contredit Harry.
- Non. Je ne lui imposerais pas ça. Il fait un immense effort avec Drago et je sais que ça lui ai difficile. Il réagit toujours mieux quand il n'a pas de public. Laisse-moi faire.
- Très bien, céda Harry après de longues minutes avant de déposer un baiser léger sur ses lèvres.
Il lui jeta un dernier regard incertain mais elle ne sembla pas changer d'avis et il tourna les talons pour quitter la cuisine. Il entendit les tasses s'entrechoquer en regagnant la table et il sourit aux deux autres hommes.
- Elle nous fait du thé, annonça-t-il. Si l'un de vous veut aller l'aider.
Harry jeta un regard en coin à Drago qui sembla comprendre puisqu'il ne bougea pas lorsque Ron se proposa et il se leva pour aller vers la cuisine. Drago le regarda disparaître avant de se tourner vers Harry en haussant légèrement un sourcil.
- Hermione veut lui dire. Elle veut être honnête.
Drago ne commenta pas et pendant un bref instant, ils se contentèrent d'écouter les murmures à peine perceptible qui venaient de la cuisine. Mais Harry finit par détourner la tête, jouant avec son verre vide qui traînait encore sur la table.
- Tu n'as pas l'air serein Potter.
- Je sais. Mais je suis content qu'il soit de retour tu sais.
- J'ai vu.
- Il nous a manqué. Même la famille Weasley commence à me manquer, les grandes réunions avec eux, la folie des fêtes, les pulls le Molly, les questions sur les moldus d'Arthur, les farces de Fred et Georges.
Il s'interrompit, la gorge nouée. Fred qui avait péri durant la dernière bataille.
- La famille Weasley me manque, finit-il par résumer.
Au début il ne s'était pas senti capable d'y retourner, d'être aussi entouré. Les Weasley étaient présents, étouffants et il n'avait pas été en état mais maintenant il allait bien, mieux, grâce à Drago et Hermione. Alors ça commençait à lui manquer. Il avait aimé la sensation de trouver une famille lui qui n'en avait jamais eu.
- Il le prendra bien.
Et Harry ne put retenir un rire léger. Parce que sortant de la bouche de Drago, avec ce ton de voix glacé et menaçant, Harry comprit que Ron n'aurait pas le choix. Drago irait sans doute le menacer voir le frapper. L'idée amusa Harry. Même si rien ne pourrait obliger Ron à accepter tout ça, cela le fit sourire. Drago semblait vouloir tout leur donner.
- C'est arrivé comme ça Ron, murmura Hermione en fixant le contenu de sa tasse, cherchant à comprendre ce que disait Harry depuis l'autre pièce sans y parvenir.
Elle se tut et but une gorgée, ayant l'impression d'avoir trop parlé. Ce qui était sans doute le cas. Elle n'osait même pas le regarder. Avait-elle trop dit, pas assez ? Allait-il partir ? Demander plus d'explication ? Elle soupira et finit par relever les yeux pour le voir. L'expression complètement choquée, il la fixait avec un air abasourdi.
- Je ne suis pas certain de comprendre ce que tu …
- Tu as tout foutu en l'air Ron.
Il eut l'air davantage choqué en entendant son vocabulaire, sa formulation et la teinte de rancœur dans sa voix alors qu'elle plongeait ses yeux dans les siens.
- Je t'ai déjà expliqué, je me suis excusé un millier de fois Hermione, je regrette tellement.
- Je sais, le coupa-t-elle avec un sourire triste. Aujourd'hui, c'est moi qui t'explique. Je t'aimais Ron.
La vérité le laissa si pantelant, qu'elle lui dise les choses si franchement, qu'il n'eut même pas l'idée de répondre à sa phrase.
- Je venais de quitter ma famille pour suivre Harry. C'est une décision qu'on avait pris tous les deux. Je t'aimais et tu t'es tourné vers moi et tu m'as demandé de choisir entre toi et Harry. Entre le combat contre Voldemort qui sauverait le monde sorcier et toi, mon premier amour. Je t'aimais Ron.
- Pourtant, tu ne m'as pas suivi, murmura tranquillement ce dernier sans la moindre rancœur.
- J'aimais mes parents. J'aimais ma famille. Et pourtant, je me suis effacé de leurs mémoires. Pour cette cause. J'ai tout sacrifié pour cette lutte Ron. Et toi, tu nous as abandonné au milieu de nulle part, sans te retourner. Mon monde qui ne tenait plus à grand-chose s'est écroulé. Et celui d'Harry aussi. Alors on s'est raccrochés l'un à l'autre parce que c'était tout ce qui nous restait.
- Je comprends, finit par soupirer Ron en passant sa main dans ses cheveux. Tu sais, j'ai toujours eu peur que toi et Harry, à Poudlard vous ne … Enfin, ça ne m'étonne pas vraiment en fait. C'est juste ….
- Drago, compléta Hermione avec un sourire soudain amusé.
C'était normal. Personne ne pourrait jamais comprendre Drago.
- Je t'ai dit comment il avait fini par quitter le manoir avec nous, reprit Hermione. Mais le plus étonnant, c'est qu'il a retourné sa veste. Il nous a aidés, soutenus, sauvés surtout. Alors qu'Harry et moi on était complètement anéanti par ton départ. Je crois que dès qu'on a eu confiance en lui, on s'est accroché à sa force. Une force qu'on n'avait plu.
- Aujourd'hui, vous n'avez plus besoin de lui, c'est cela que je ne comprends pas. La guerre est finie.
- Non, répondit aussitôt Hermione que cette idée horrifia. Je l'aime.
- Mais Harry…
- Harry est une part de moi, indéfectible, je ne peux plus me passer de lui. De Drago non plus. Harry pas plus que moi. On n'imagine pas notre vie sans lui Ron.
Il la regarda longuement. Parce qu'il lui semblait impossible qu'Hermione lui explique concrètement les choses. Les sentiments étaient si abstraits. Alors il laissa tomber.
- Pourquoi me dire ça maintenant ?
- Tu es notre ami. On ne veut pas se cacher de toi. On ne veut pas te perdre Ron.
- Moi non plus.
Et le sourire qu'Hermione lui renvoya à sa réponse lui fit chaud au cœur. Tout cela était incompréhensible pour lui. Mais on ne lui demandait pas de comprendre quand ou comment c'était d'arrivé. On lui demandait de tolérer, de ne pas juger ou critiquer la vie étrange de ces deux meilleurs amis. Et c'était parfaitement possible. L'étrange, il avait eu l'habitude.
- Du coup, je suppose qu'ils sont angoissés et nous attendent pour voir ma réaction ?
- Harry doit être en train de se triturer les méninges oui, s'amusa Hermione incapable de le lâcher du regard.
Ron semblait un peu sonné, légèrement ébahi encore mais il tentait de rester lui-même, de faire un trait d'humour et elle lui fut reconnaissante. C'était de ce Ron qu'elle avait besoin.
- Mais Drago ne prête pas d'importance aux opinions des autres.
- Ça ne m'étonne pas beaucoup. Un peu d'équilibre quoi. Entre un qui ressent trop et l'autre qui ne ressent rien.
Cela fit sourire Hermione. C'était un équilibre. Même si Drago ressentait des choses, Ron avait raison, l'équilibre. C'était ce qui faisait qu'aujourd'hui, ils étaient bien.
- Vous viendrez ? A l'anniversaire de Ginny ?
- Sans doute, acquiesça Hermione avec un regard pétillant.
Ron sourit et se leva en lui faisant un clin d'œil.
- Allons abréger les souffrances du survivant, ce serait dommage qu'il claque après avoir gagné la guerre.
Et Hermione rit de bon cœur en l'accompagnant.
L'anniversaire de Ginny arriva tellement vite, les surprenant dans leur nouvelle routine. Drago attendait dans salon, un rouleau de parchemin entre les mains. Ça n'avait pas été prévu pour ce soir, il était en avance mais l'idée avait jailli le lendemain de la visite de Weasley et il ne se l'ôtait plus de la tête.
Harry sortit le premier de la chambre, ajustant sa cravate avec peine et il s'immobilisa en trouvant Drago raide comme la justice, debout dans le salon, semblant l'attendre de pied ferme.
- Un problème ? Tu as changé d'avis ?
Drago failli lever les yeux au ciel. Potter semblait presque anxieux de cette soirée. Parce que beaucoup de ses amis de Poudlard s'y trouverait et la famille Weasley au grand complet. Et Drago l'avait entendu dire qu'il se sentait un peu coupable vis-à-vis de Ginny, de ne pas avoir fait les choses correctement. Il trouvait cela ridicule, Potter était enfin libre, il ne devait rien à cette petite rousse mais s'il n'en avait rien eu à faire, ce n'aurait pas été Potter après tout.
- Drago ? Insista Harry en ajustant sa chemise.
Il était beau Potter, quand il prenait la peine de prendre soin de lui. Vêtu d'une chemise et d'un pantalon noir simple mais chic, il avait une allure et une prestance qu'on ne lui trouvait pas tous les jours. Mais il n'était pas parvenu à dompter sa chevelure. Granger arriva derrière lui, dans le couloir, vêtu d'une petite robe bleue ciel, aux fines bretelles qui mettaient en valeur ses épaules, avec un décolleté rond et sage. Ses jambes étaient nues jusqu'à mi cuisse et Drago se surprit à devoir se retenir de relever cette robe et d'arracher la chemise de Potter. Il perdait de plus en plus son contrôle. Alors il retint un soupir et regarda Granger s'arrêter à son tour pour les observer.
- Un problème ?
Alors seulement Drago leva la main qui tenait le parchemin pour le leur montrer.
- Oh déjà ? S'étonna Granger.
- Déjà quoi ?
Potter pigerait toujours moins vite que Granger et cela amuserait toujours intérieurement Drago qui se contenta de le dévisager longuement.
- Oh ! Tu veux faire ça maintenant ?
- De préférence.
Au son de sa voix, Hermione sourit et alla vers le buffet pour en sortir un encrier et une plume tandis qu'Harry s'asseyait tranquillement. Et Drago déroula devant eux le parchemin.
C'était après avoir annoncé cela à Ron. Drago avait réalisé que rien ne les liait officiellement. Si demain, il devait mourir ou disparaître, Potter et Granger serait chassé de cette maison et cette idée l'avait horrifié. Car c'était la leur. A eux trois, et il voulait que ce soit vrai dans tous les sens possible. Alors il avait émis l'idée d'un contrat. Et Potter et Granger, bien que surpris, avait fini par donner leur accord. Après tout, c'était lui qui était dans la justice magique. Sans doute ne s'y attendaient-ils pas aussi vite, ni dans cette situation. C'était un peu comme un mariage, il aurait sans doute pu organiser une soirée, un dîner, un truc romantique. Leur faire tout un tintouin. Mais il n'y avait même pas pensé et n'aurait pas su par où commencer.
Il les vit échanger un regard et un sourire alors qu'ils lisaient consciencieusement ce que Drago avait rédigé et il aurait voulu tout savoir de leurs pensées à cet instant. Parce que dans un silence tranquille, Hermione attrapa la plume et apposa son nom juste à côté de celui de Drago qui avait déjà mis le sien. Potter lui, releva les yeux vers lui et planta ses yeux dans ceux de Drago.
- Tu ne te rends sans doute pas compte mais ça fait carrément penser aux contrats de mariage moldus.
- Cesse de raconter n'importe quoi Potter.
Et Potter signa. Drago fut grandement satisfait. Parce qu'ils étaient à lui. Liés à lui de façon irrémédiable. Le parchemin était ensorcelé et ils ressentirent tous une sensation de picotement étrange quand Potter reposa la plume.
- Drago ?
- Contrat magique, se contenta de dire celui-ci. Tout ce qui est à l'un est à l'autre maintenant. Ça nous lie.
Puis il replia le parchemin et le glissa à l'intérieur de sa veste avec un sourire presque vicieux. Ils étaient à lui. Et bordel, ça faisait un bien fou.
- On pourrait acheter des alliances, ça ferait vraiment mariage.
- Arrête de dire des âneries Potter et allons-y, nous allons être en retard.
Et ce dernier rit en prenant la main d'Hermione pour se mettre en route. Et ce fut simplement fait. Comme si c'était un détail sans importance. Et ça l'était en fait. Ce n'était qu'une officialisation. Ils se sentaient déjà lié et relié de toutes les façons possibles.
Retrouver la famille Weasley fut presque naturel. Comme s'ils ne les avaient jamais quittés. L'angoisse d'Harry se dissipa quelques minutes après leurs arrivées. Drago fut accueillis assez froidement, Molly accepta de lui serrer la main, Arthur tapota maladroitement son épaule mais le blond s'éloigna poliment et se contenta de hocher la tête. Mais à leur grande surprise, il n'était pas le seul ex-serpentard de la fête car Blaise Zabini ne tarda pas à s'approcher de lui. Et la situation se décanta. Tout fut plus simple.
La table était installée dans le grand jardin et Ginny était déjà entourée de beaucoup de gens. En voyant Harry, elle se figea un instant. Il fit un sourire contrit et elle finit par faire un geste de la main avec une expression soulagée, heureuse. Il sut qu'il discuterait avec elle, qu'il mettrait les choses au clair, mais aujourd'hui, c'était sa journée alors il la laissa savourer. Et il rejoignit Ron un peu plus loin alors qu'Hermione discutait déjà à bâton rompus avec Luna. Et la soirée se déroula dans cette ambiance gaie, amusée.
Harry entama même une partie amicale de quidditch un peu à l'écart avec Ron, Charlie et Bill. Ils ne volèrent pas haut et ce fut court mais il retrouva plaisir à voler sur un balai, insouciant. Ils n'atterrirent que lorsque la nuit commença à tomber et que Molly indiqua que s'ils voulaient manger, les plats étaient sur le buffet. Harry alla ranger les balais, laissant les trois Weasley s'éloigner d'un pas rapide, gourmands. Il rejoignait la petite foule et se figea en contemplant la scène.
Ce fut à cet instant qu'Harry se rendit compte. Il réalisa, comme cela, d'un coup, que ses plaies n'étaient plus douloureuses. Que ses blessures de guerre semblaient complètement anesthésiées, sur le point de se refermer, qu'elles s'apaisaient grâce au remède le plus naturel du monde. Et son regard se leva, trouva Drago et Hermione qui discutait à voix basse un peu plus loin. Et une fois le choc passé, il réalisé enfin qu'il avait réussi, que c'en était vraiment fini. Il se rendit compte qu'il était heureux. Et putain, c'était bon.
Hermione riait, à grands éclats, sa main sur le bras d'Harry qui souriait plus que largement. Ils étaient entourés de plusieurs amis. Ils riaient. Chose qui avait semblé impossible quelques mois avant. Un peu à l'écart, Drago Malefoy les observait de loin, se tenant droit et fier, impeccable dans son costume gris, le visage neutre. Il observait la scène d'un regard impassible, se tenant les mains dans le bas du dos, son regard gris suivant les faits et geste des deux héros.
Hermione répondit quelque chose qui fit rire Harry, ce dernier passa un bras autour de la taille d'Hermione et l'attira à lui. Son rire s'éteignit doucement, il baissa la tête et vint poser un baiser tendre et délicat sur les lèvres d'Hermione qui caressa sa joue. Lorsqu'il releva la tête, elle sourit, ses yeux pétillaient de bonheur. Leurs regards se posèrent d'un même mouvement sur Drago, toujours à l'écart qui ne broncha pas quand Harry lui adressa un sourire radieux avant de se tourner vers quelqu'un qui réclamait son attention.
Le regard gris acier, froid, détailla alors Hermione qui posa ses doigts sur sa bouche avant de la remettre à plat pour souffler dessus, lui envoyant un baiser. Drago resta impassible, pas une once de son être ne bougea pourtant Hermione rit doucement. Et le serpentard ne put s'empêcher de penser qu'elle avait su détecter le frisson imperceptible qui l'avait secoué, parcouru. Il avait l'impression qu'elle saurait toujours lire sous ce masque qu'il affichait. Comme si elle avait le don de percevoir tous ces émois intérieurs. Elle lui adressa un dernier sourire avant de poser une bise sur la joue d'Harry et de s'éloigner pour rejoindre Luna un peu plus loin.
Drago était loin, impassible mais intérieurement, il était serein, calme, apaisé. Parce qu'ils étaient à lui. Tous les deux. Personne ne savait et ça lui convenait. Parce que dans l'intimité, il savait qu'ils seraient toujours à lui. Ils pouvaient bien s'afficher tous les deux mais lui connaissait l'unique vérité qui comptait. Harry et Hermione étaient à lui. Et ce simple état de fait lui amenait une sensation inconnue de sa prime jeunesse, l'euphorie accompagnée de bonheur.
