Après avoir passé autant de temps dans la tête de Sungyeol, il est difficile pour moi d'écrire maintenant au point de vue de Myungsoo, mais j'espère que ça correspondra à vos attentes et que ça vous permettra de mieux comprendre ce personnage énigmatique!
Je vous souhaite une bonne lecture.
Chapitre I.
Ce matin-là, le reflet du soleil levant dans l'eau du fleuve me donna l'impression que je pouvais accomplir de grandes choses. C'était sûrement fortuit, cependant ça faisait du bien de sentir que mon inconscient était encore capable de positiver. Ça faisait si longtemps que ce qui m'entourait n'avait plus qu'un impact limité sur moi…
Mais après tout, ma situation n'avait pas été aussi stable depuis une éternité. Je venais de trouver du travail, j'entretenais une relation agréable avec une jeune femme et je parvenais à garder mes démons hors de ma chambre à coucher le soir.
En parlant de travail, il ne me restait plus beaucoup de temps avant d'être en retard pour mon premier jour. J'enfilai une chemise à carreaux grise sur mon marcel blanc, passai la main dans mes courts cheveux noirs et sortis de ma chambre. Dans la cuisine, j'attrapai une pomme et mordis dans la chair juteuse. Je n'avais pas réalisé, trop perdu dans mes pensées, que mon estomac réclamait son dû journalier.
Je récupérai mes clés dans le salon et quittai mon appartement après avoir vérifié que je n'avais rien oublié.
Dehors, la température était douce. Je marchai d'un pas tranquille jusqu'à mon nouveau lieu de travail en finissant ma pomme. J'étais venu signer mon contrat la veille, alors je connaissais déjà la route à suivre.
Je me surpris à songer que si je m'étais retrouvé dans la même situation quelques années plus tôt, j'aurais été pétrifié de stress et d'anxiété à l'idée de me retrouver dans un endroit inconnu avec de nouvelles personnes. Aujourd'hui, je ne pouvais pas dire que j'étais serein – j'ignorais ce sentiment, à vrai dire – mais rien de négatif ne me rongeait le cœur.
Je n'hésitai pas un instant avant de pénétrer dans le magasin. Je fis quelques pas à l'intérieur et rencontrai un jeune homme aux fins cheveux noirs et à la mine avenante.
« _Bonjour, vous êtes le nouvel employé, Kim Myungsoo, c'est ça ? Me questionna-t-il aussitôt.
_Oui, c'est moi.
_Super, on t'attendait. Moi c'est Sungjong, Lee Sungjong. Ravi de faire ta connaissance. »
Je notais qu'il avait automatiquement laissé tomber la politesse mais ne m'en offusquais pas. Ça m'était bien égal.
« _De même, répondis-je sobrement. »
Sungjong me fit un grand sourire.
« _Je vais te présenter aux autres, il n'est pas encore tout à fait l'heure d'y aller. »
Je me pliai de bonne grâce à ce qu'on pourrait appeler « les convenances sociales obligatoires », c'est-à-dire, dans cette situation, me présenter à tous mes nouveaux collègues et les écouter en faire de même. Jusqu'à ce que Sungjong me laisse avec une caissière et un livreur pour aller saluer un nouvel arrivant. Il le prit par le bras et le traîna jusqu'à nous.
« _Ah, Myungsoo, voici Sungyeol. Il a vingt-deux ans. Il est employé à temps complet.
_Oui bon ça va, tu ne vas pas lui raconter ma vie alors qu'on ne se connait pas, répliqua-t-il. »
Il était plus grand et plus mince que moi, avec des cheveux châtains ébouriffés. J'éprouvais une impression de sympathie pour lui. Il n'avait pas tort, et osait dire ce qu'il pensait. Même s'il en fallait bien plus pour décourager Sungjong, apparemment.
« _Sungyeol, voici Myungsoo. Il est là pour remplacer Howon. Il a vingt ans, reprit ce dernier, infatigable. »
Sungyeol m'observa et hocha la tête. Il nous faussa ensuite compagnie pour se rendre dans une pièce à côté.
« _Ne t'en fait pas, il est mal luné en ce moment, m'avertit-il. »
Il m'entraîna ensuite visiter mon nouveau lieu de travail avant que Sungyeol ne soit repassé devant nous.
Dans l'ensemble, cette première journée s'était bien passée, je n'avais eu aucun problème à me remettre au travail après une certaine période de latence. Ce n'était pas l'effort du siècle non plus, à vrai dire.
J'eus la surprise de constater que je n'étais pas seul dans mon appartement quand je rentrai vers dix-neuf heures.
« _Oh, Jinah ! Je pensais que tu étais allée chez tes parents. Rien de grave ? M'enquis-je en voyant ma petite-amie dans le couloir.
_J'avais juste envie de rester un peu plus longtemps avec toi. Je rentrerais en fin de semaine. »
Jinah s'approcha de moi et m'enlaça. Comme d'habitude, je me contentai de la laisser faire sans lui rendre la pareille et elle s'en contenta. Elle avait compris que je ne fonctionnais pas de la même façon que les autres.
Ses longs cheveux bruns foncés étaient humides et j'en conclus qu'elle avait pris une douche. Elle ne portait qu'un short et un tee-shirt et semblait en pleine forme. Ça faisait quelques jours que nous ne nous étions pas vus. Elle travaillait comme représentante en cosmétiques dans un grand magasin de Séoul, et son appartement était plutôt éloigné du mien, même si elle dormait parfois ici.
« _Tu as faim ? S'enquit-elle avec un sourire.
_Un peu. Tu as fait quelque chose à manger ?
_Pas encore, j'attendais que tu rentres. Je vais m'y mettre. »
Je hochai la tête et elle tourna les talons en direction de la cuisine tandis que j'allais me rafraîchir dans la salle de bain. La température avait baissé mais j'avais travaillé tout l'après-midi et je me sentais en sueur.
De l'intérieur de la salle d'eau, j'entendais les bruits que faisait Jinah en cuisinant. Je m'appuyais contre le rebord de la baignoire et me passai la main sur le front. C'était toujours difficile en fin de journée, la fatigue rattrapant ma volonté.
Je secouai la tête et me relevai. Je rejoignis Jinah et l'observai s'affairer derrière les fourneaux en espérant que sa bonne humeur puisse, une fois n'est pas coutume, me toucher.
[…]
Les draps de l'autre côté du lit étaient encore tièdes quand j'ouvris les yeux. Jinah ne devait pas les avoir quittés depuis très longtemps. J'avais eu besoin de sa présence à mes côtés hier soir, et je pense qu'elle l'avait compris. Le repas, sa bonne humeur, tout ça montrait qu'elle essayait de me déchiffrer. Ça me faisait peur. Sauf quand ça me rendait service, finalement.
Je sortis du lit, prêt à affronter une nouvelle journée de travail. Après un rapide passage par la salle de bain et le frigo, je quittai l'appartement.
Il faisait encore plus chaud que la veille dehors et je ne regrettai pas de n'avoir enfilé qu'un simple tee-shirt à manches courtes et un pantalon. Le soleil tapait déjà et j'étais presque en sueur en arrivant au magasin.
Ma vision périphérique m'apprit que quelqu'un arrivait près de moi. J'ouvris la porte d'entrée et la maintint ouverte pour la personne qui me suivait. Je lui jetai un coup d'œil. Il s'agissait du jeune homme châtain que Sungjong avait tenté de me présenter hier. Sungyeol, je crois.
Il me remercie d'un signe de tête pour la porte et garda les yeux rivés sur moi. Je ne fis aucune remarque et me dirigeai vers la salle des casiers pour me changer. Le temps que je trouve le mien, que j'accroche mon badge sur le débardeur règlementaire et que je mette, Sungyeol avait terminé et était ressorti.
Je le retrouvai quelques minutes plus tard dans un grand hangar où étaient entreposées toutes les marchandises en attente. Je regardai un peu autour de moi. Il me jetait des regards furtifs, qu'il espérait sans doute discrets. Je voulus attirer son attention pour voir s'il allait me regarder dans les yeux.
« _C'est toi Sungyeol ?
_Oui. »
Ses yeux ne s'attardèrent qu'un infime instant sur moi et il retourna à sa tâche. Il était étrange, mais au moins, je n'étais pas tombé sur un bavard comme semblait l'être Sungjong.
Me souvenant des conseils de ce dernier sur ce qu'il fallait faire des commandes, je récupérai une des listes disponibles sur un carton et commençait à le vider méthodiquement pour vérifier que le contenu correspondait avec ce qui avait été requis.
Je perdis rapidement le compte du nombre de cartons et caisses que je vidais. Le plus important était de savoir que le travail avançait. Sungyeol s'en sortait bien également, les marchandises déballées s'accumulant partout autour de lui.
Quelques heures plus tard, il n'y avait plus de cartons pleins. Je partis alors dans le magasin chercher Sungjong pour lui demander ce qu'il fallait faire ensuite. Il m'avait prévenu que Sungyeol n'était pas très causant et ne m'aiderait pas dans un cas pareil. Je ne parvenais pas à savoir s'il exagérait pour le deuxième.
[…]
Ma première semaine de travail se termina sans accroc. Je discutais de temps à autre avec Sungjong, finissais souvent mes tâches en avance, et m'occupais suffisamment l'esprit pour dormir correctement quelques heures par nuit, ce qui était un énorme progrès.
Je passais la moitié de mes heures de boulot en binôme avec Sungyeol mais nous n'échangions jamais plus que le strict nécessaire. Je me sentais parfois agité en sa présence, ce que je ne pouvais expliquer de façon rationnelle. Il avait le même effet sur moi que certains de mes mauvais rêves les plus sombres.
Cependant, je ne voulais pas fuir sa compagnie car il n'y avait qu'avec lui que je pouvais travailler au calme. Les autres employés avaient tous une fâcheuse tendance à craindre les blancs et à parler de tout et de rien pour les meubler.
Sungyeol était plus taciturne que moi, si c'était possible. Quiconque venait lui demander quelque chose repartait avec l'impression de l'avoir dérangé. Il pouvait avoir l'air très agressif, s'il voulait. J'en avais été témoin une ou deux fois.
Finalement, je ne savais pas trop quoi penser de lui, et je comprenais encore moins pour quelle raison je continuais à me poser la question. Peut-être parce que c'était la première fois depuis un bon moment que quelqu'un parvenait à capter mon attention plus d'une poignée de secondes ?
Je passai le week-end avec Jinah, chez elle. Nous ne fîmes pas grand-chose, elle avait eu une semaine harassante et souhaitait avant tout se reposer. Pour ma part, les derniers jours m'avaient permis de dormir, et donc de me sentir mieux, mais je n'avais pas de meilleure idée pour nous occuper alors je suivis les siennes.
Je commençai à treize heures, aujourd'hui, mais j'étais réveillé depuis sept heures du matin. J'avais fait un peu de ménage dans l'appartement pour passer le temps, puis j'avais réorganisé le placard où je rangeais mes papiers administratifs pour y loger les bulletins de payes qui arriveraient dans les prochaines semaines.
Je quittai mon appartement en retard sur mon horaire habituel et arrivai devant le magasin à treize heures passées. Je trouvai Sungyeol torse nu dans les vestiaires, son tee-shirt à la main. Je lui adressai un signe de tête et me détournai pour me changer. À cet instant, je cru le voir vaciller dans le coin de mon champ de vision. J'entendis un léger bruit métallique, comme s'il s'était rattrapé en s'appuyant sur son casier. Lorsque je tournai la tête pour voir s'il allait bien, ce fut pour l'apercevoir quitter la pièce.
Etais-je inquiet ? Je ne ressentais rien mais mon esprit m'indiquait que je ferais mieux de le rejoindre. Je me changeai en quelques mouvements et tenta de le rejoindre.
Je le suivis jusqu'à l'entrepôt, deux pas derrière lui. Avant d'y entrer, nous croisâmes deux de nos collègues. Ils parlaient relativement fort, ce qui ne m'avait pas déranger au premier abord. En fait, ce ne fut que lorsque j'entendis Sungyeol soupirer bruyamment que mon cerveau se reconnecta vraiment à mon entourage et que j'analyse la raison de son mécontentement. Il ne savait visiblement pas faire abstraction de ce qui l'entourait.
Nous avançâmes jusqu'à notre poste de travail. Je récupérai la liste de commande du carton qu'il ouvrit et me décidai à prendre la parole.
« _Tu n'as pas l'air de les aimer beaucoup. »
J'étais incapable de décrire ce qui m'avait poussé à lui parler. Sur le moment, ça semblait être la chose à faire. J'avais banni toutes émotions depuis une éternité, il ne me restait que ces impressions fugaces qui devaient être des bribes d'instinct.
Il haussa les épaules et je me contentai de cette réponse. Nous nous reconcentrâmes sur nos tâches respectives. Je me désintéressais de tout le reste pour être le plus efficace possible, si bien que lorsque sa voix troubla soudain le calme, je fus presque surpris.
« _L'être humain ne mérite pas d'être aimé. »
Hors contexte, sa phrase avait plusieurs sens. Voulait-il me donner une raison de son comportement envers nos collègues ? S'incluait-il dans cette brutale affirmation ? Je voulus connaître la réponse à ces interrogations. Je relevai la tête de mon carton pour le regarder.
« _Te considères-tu comme tel ? »
Il n'eut pas un instant d'hésitation avant de me faire connaître son opinion.
« _Bien plus que les autres. »
Oh.
« _Tu n'es pas le seul. »
Etais-ce un moyen de le rassurer ? Je n'en avais aucune idée. Toujours est-il que notre brève tentative de conversation s'acheva là.
Le soir, je retrouvai Jinah chez moi. Elle ne cacha pas sa surprise lorsque je l'enlaçai, une fraction de seconde. Elle ne fit pourtant aucun commentaire. Je ne ressentis rien de concret, même si les gens ne considèrent pas les sentiments comme quelque chose de concret habituellement. C'était de cette manière que je faisais la distinction entre les sentiments qui viennent du cœur, tels que l'amour, la joie, l'envie, et les impressions de sentiments, quand le contexte m'indiquait que j'aurais dû ressentir quelque chose.
Jinah évoquait pour moi une forme de stabilité, de normalité, et aussi de complémentarité. Sa présence ne me faisait pas de bien mais son absence me rendait nerveux. Je savais depuis longtemps ce qui se tramait derrière tout ça. Je n'avais simplement aucune envie que les choses changent.
Rendue radieuse par mon geste de la veille, elle décida de m'accompagner au travail le midi. Elle garda ma main dans la sienne durant le trajet, tout en babillant sur des sujets de filles, pour lesquels je n'avais pas grande considération.
Elle me prit dans ses bras devant le magasin, pour me dire au revoir. La tête plongée dans ses cheveux bruns qui sentaient le soleil et le shampoing, mes bras passés autour de sa taille fine, je sentais son cœur battre contre mon torse. Des flashs de mémoire passèrent derrière mes paupières closes. Quelque chose de doux enserra mon cœur, et je souris sans pouvoir m'en empêcher. Jinah me serra plus fort contre elle et l'impression disparu. Elle était beaucoup plus douce.
Je vis Sungyeol arriver et passer près de nous.
« _Je vais y aller Jinah, on se voit ce soir ?
_Travaille-bien, je vais y retourner aussi.
_Fais attention à toi. »
Elle pencha la tête sur le côté ce qui amena un autre flash dans ma mémoire. Je l'aurais repoussé si j'en avais eu le courage. C'était agréable avant d'être douloureux, la prise de conscience venait toujours après.
Elle passa sa main sur ma joue et parti dans une envolée de cheveux bruns. Je rejoignis rapidement l'intérieur du magasin.
Je fus distrait tout l'après-midi, l'esprit concentré sur mes deux flashs et sur l'étrange comportement de Sungyeol qui semblait capable de se blesser avec n'importe quel objet passant à sa portée. Il grimaça longuement après s'être cogné le coude contre une étagère, et j'entendis un juron plus tard dans l'après-midi, sans savoir à quoi il était dû.
Je m'interrogeai également sur nos paroles de la veille. C'est là que la connexion se fit dans ma tête. Sungyeol ne cessait pas de me jeter des regards quand il pensait que je ne le voyais pas. Il était visiblement intrigué par moi. Et j'avais été exactement pareil, à une époque, alors que je n'avais pas encore passé un certain cap de maîtrise de mon corps et de mon esprit.
Était-il passé par les mêmes épreuves que moi ? Souffrait-il ? Je supposai qu'il ne parvenait pas à oublier le reste du monde, quand bien même il le voulait sûrement du plus profond de son cœur.
Comme vous avez pu le constater, ce chapitre est plus long que ce que je fais habituellement, alors la suite mettra sans doute plus d'une semaine à arriver. Tout dépendra de mon inspiration pour la produire.
J'espère que vous avez aimé, laissez-moi une review si c'est le cas. ;)
Bye !
