Bonjour ! Et oui, c'est le week-end des maj pour moi.
Merci à tous ceux qui ont reviewé : Chevalier du catogan AlasseaBlack Echco Ag4400 Cacahute Orlane Sayan xxShimyxx Catherine Broke Caramelise narcissa potter Daisy.Z.L CFLM angel LaSilvana malilite Ocee Nikki Micky Tama
Et pour ceux qui se poseraient la question, j'ai écrit la première partie après avoir passé trois heures à corriger des examens de physique. Ceci explique sans doute cela.
Bonne Lecture !
Dans le chapitre précédent : Remus, pour s'éloigner de Rasp Hollow, s'essaye au FreeSky; Sirius mère une "intervention" auprès de Tania, avec ses parents, pour lui faire quitter ses idées religieuses; Lily et James vont à un concert et s'embrassent.
Rasp Hollow
Chapitre 36
On doit parler
J'aimerais dire que je peux regarder en arrière et que je ne regrette rien. Que j'ai fait tout ce que j'ai pu. Que ce n'est pas ma faute. Mais si James était le champion du manque de communication et avait de sacrées lacunes côté honnêteté, moi, j'étais si douée pour fermer les yeux sur ce que je ne voulais pas voir qu'il est étonnant que mes paupières n'aient pas fini par se souder.
« Fais attention, il est assez capricieux quand – » Le balai de Remus fit une embardée sur le côté, manquant de faire tomber le jeune homme qui ne dut son salut qu'à ses réflexes bien aiguisés. « ce n'est pas son propriétaire qui le monte, » termina Gin avec un sourire amusé. « Très joli, la récupération… »
Remus osa lâcher le manche d'une main pour se passer la main dans les cheveux – ils étaient collés sur son crâne et commençaient à sérieusement le démanger. Il n'aurait jamais pensé que le Freesky était un sport si physique. Et il apprenait seulement à maîtriser les bases…
« On fatigue ? » se moqua Gin en frottant le piercing qu'elle avait au-dessus de l'œil du bout du doigt. Remus lui jeta un regard noir – ce n'est pas elle qui risquait de se froisser un muscle sur le balai qu'elle montait ! Il était presque sûr de l'avoir vue jeter un sort de stabilisation sur sa monture.
« Il en faut plus que ça pour venir à bout de ma résistance, » répliqua-t-il avec orgueil en se penchant doucement en avant pour inciter le balai à avancer un peu. Il ne regagnerait pas le sol avant d'avoir réussi à faire un tout entier de terrain ou il ne s'appelait plus Remus Lupin. Voyant avec plaisir qu'il avait plus ou moins repris le contrôle, Remus donna un coup d'impulsion à son engin – trop fort, comprit-il immédiatement alors que le balai fonçait telle une fusée en direction du petit bois qui bordait le terrain abandonné. La pression de l'air contre lui était si forte qu'il devait user de toutes ses forces pour ne pas lâcher le manche et se laisser choir. Les arbres, qui étaient pourtant si petit un instant avant, devenaient de plus en plus grand à mesure que le balai prenait de la vitesse et Remus entendit vaguement quelqu'un hurler « Tourne ! » derrière lui – très loin derrière lui.
Comme s'il avait besoin qu'on lui dise ! S'écraser contre un tronc ne faisait pas partie de ce qu'il avait prévu aujourd'hui, merci. Avec autant de précaution qu'il put étant donné sa posture instable, il se pencha un peu sur le côté, changeant ainsi le poids de son corps pour inciter le balai à tourner. Trop, songea-t-il à nouveau alors que toute la vitesse linéaire du balai semblait soudain avoir été transformée en vitesse angulaire. Telle une toupie, la monture récalcitrante de Remus se mit à tournoyer sur elle-même, transformant le paysage en un ensemble de points bleus, bruns et verts indistincts, telle une aquarelle trop mouillée.
Refusant toujours d'abandonner, Remus rassembla tout ce qu'il lui restait d'énergie et se redressa, lutant comme un forcené contre la force centrifuge qui ne voulait rien d'autre que le voir faire un joli vol plané de plusieurs mètres. Il bloqua ses épaules et son bassin et aussitôt, en à peine une fraction de seconde, le balai se figea. Si vite, en fait, que le corps de Remus fut emporté par le mouvement d'inertie et continua à tourner seul. Le jeune homme entendit distinctement le crac ! qui précéda une douleur fulgurante à son bras. Il serra les dents et jura puis, aussi précautionneusement que son seul bras fonctionnel le lui permettait, complètement désorienté par son tour de manège et à moitié aveuglé par le soleil qui déclinait, il redescendit au sol et s'étala sur l'herbe, le souffle coupé.
Derrière lui, des applaudissements et des exclamations ravies raisonnèrent.
« Ouais Remus, t'es le meilleur ! » cria une voix d'homme rauque alors que son voisin s'écriait d'un ton aigu : « C'était du grand art, mec ! »
Gin atterrit à côté de lui et lui tendit la main pour l'aider à se relever. Remus secoua la tête, jugeant qu'il était préférable d'attendre que les nuages arrêtent de tourner autour de ses yeux avant (et si, entre temps, son estomac retrouvait sa place, ce ne serait pas plus mal non plus…). La jeune fille s'accroupit à côté de lui, un énorme sourire aux lèvres.
« C'était un sacré show ce que tu nous as fait là-haut, Lup-Lup. »
Remus grimaça. « Ravi d'avoir illuminé ta soirée, » grogna-t-il en fouillant sa mémoire à la recherche du sort correct pour réparer son bras cassé. C'était loin d'être sa première fracture – ce genre de désagrément venait avec la condition de Loup-garou – mais cela faisait tout de même plusieurs mois qu'il parvenait à préserver son ossature. Toujours couché au sol, il ouvrit la partie supérieure de sa robe pour attraper sa baguette dans la poche intérieure et pointa son bras abîmé pour réciter l'incantation. Ce qu'il y avait de bien à réparer soi-même ses os, c'est qu'il n'était pas difficile de viser l'endroit exact de la rupture : il suffisait de suivre le chemin laissé par la douleur.
A côté de lui, Gin émit un sifflement impressionné. « A voir toutes les simagrées que font C-Jay et Oli à chaque fois qu'ils se font une bosse, je pensais que tous les mecs étaient de vraies chochottes… »
Remus s'assit et inspira, l'air brûlant sa gorge en rentrant. « Juste ceux que tu connais, » commenta-t-il en rangeant sa baguette. Gin rigola et l'aida à se remettre sur ses pieds. Aussitôt, Franck, Oli et Iole – les trois autres coureurs – se matérialisèrent devant lui.
« C'était fantastique, Lupin ! » assura Franck de sa voix de ténor.
Remus se gratta la nuque, pas vraiment satisfait de sa prestation, lui. « Je ne suis même pas arrivé à faire un tour entier, » grommela-t-il en ramassant le balai sur le sol.
« Je dois dire que pour un mec, c'était pas mal, » avoua Iole entre ses dents. Le complimenter semblait un processus très douloureux pour elle.
« Pas mal ?, répéta Oliver en secouant les bras dans tous les sens alors qu'il parlait. Pas mal ? Il a réussi à faire une toupie sans tomber au bout de son premier essai, Iole ! Une toupie, par Merlin ! Et il n'a même pas vomi ! »
« C'était pas vraiment prémédité… » assura Remus.
« T'en fais pas gamin, assura Franck en lui donnant une tape amicale dans le dos qui manqua de le faire tomber à genoux. Tu as un talent naturel pour ça. Il a fallu presque une semaine à Iole pour arriver à rester sur ce balai plus de trois minutes – et c'était la plus douée d'entre nous. »
Remus posa les yeux sur la jeune femme qui acquiesça d'un air contrit. Sa performance lui apparut sous un tout nouvel angle – peut-être n'était-il pas si nul qu'il l'avait crû au départ finalement ?
« Bon, c'est pas tout ça mais mes gosses m'attendent, moi, » déclara Franck en retournant vers l'entrepôt, la monture indomptable de Remus sur l'épaule. Il secoua la main en leur direction. « A demain les jeunes ! »
Remus écarquilla les yeux. « Il… Il a des enfants ? »
« Trois, » confirma Oli en commençant à s'éloigner à son tour. « Je ferais bien d'y aller aussi, Rach' va me tuer si son père rentre encore avant moi… »
« Rachel est la fille de Franck, glissa Gin à l'oreille de Remus. Et la copine d'Oli. »
« Hé, m'attendez pas surtout, bande de ploucs ! » s'écria Iole en courant en direction des deux hommes, sans s'ennuyer à leur dire au-revoir.
Gin leva les yeux au ciel. « Alors Remus, reprit-elle en marchant avec lui vers l'entrepôt. Pas trop refroidi par tes premiers essais ? »
« Tu rigoles ? » s'exclama Remus en sentant un sourire s'épanouir sur ses lèvres. « Ca fait des années que je suis convaincu que monter un balai ne sera plus jamais un challenge ! C'était génial ! »
Gin rigola en secouant la tête. « J'ai l'impression d'entendre mon frère… »
« Je ne savais même pas que c'était possible d'allier une telle puissance avec autant de précision ! Il réagit à la moindre secousse, t'as vu ça ? »
« J'ai vu, » confirma-t-elle en remettant ses bracelets en place sur son poignet. Ils arrivèrent à l'entrepôt et Remus alla récupérer son bon vieux balai qui avait été abandonné dans un coin. Il n'était pas sûr que ses muscles tiendraient le coup jusqu'à Rasp Hollow mais l'éventualité de transplaner le fatiguait d'avance. Il n'avait jamais été très bon pour ça (et d'ailleurs, il n'avait toujours pas passé son permis, se souvint-il).
« Tu veux aller boire un verre ? » proposa Gin en remettant sa veste. Remus releva les yeux et se figea, les yeux bloqués sur la silhouette qu'il avait devait lui. « Tout va bien ? »
« Tu es fan de Nihil ? » demanda-t-il d'une voix crispée alors que des images de Lily en train de vanter les milles vertus de ce groupe lui revenaient en tête. Lily l'obligeant à écouter tous leurs albums. Lily s'accrochant à son cou car il lui avait acheté un tee-shirt à l'effigie de ce groupe. Lily et lui se disputant car un de ses matchs de Flysqua tombait le soir d'un concert de ce groupe.
« Hein ? » Gin baissa les yeux sur la veste qu'elle portait. « Oh, non. J'aime bien leur logo, c'est tout, » expliqua-t-elle en montrant la rune complexe du doigt. « Je me suis toujours demandée ce que ça pouvait vouloir dire… »
« L'obsession violente, déclara Remus d'un ton morne en montrant la rune extérieure, et la musique, » indiqua-t-il en posant le doigt sur le centre de la forme. « Plus une sorte d'incantation diabolique, je crois. »
« Ouah, siffla Gin. Mignon, As du balai et intelligent. On en fait pas beaucoup des comme toi. Alors, où est la tare cachée ? »
Remus sourit d'un air avenant, montrant ses dents blanches. « Tu ne veux pas savoir… »
« Et mystérieux avec ça, ajouta la jeune fille. Oublie ma proposition, tu viens boire un verre avec moi, que tu le veuilles ou non ! »
Remus se laissa emporter. Après tout, il n'y avait pas de raison que Lily soit la seule à profiter de leur rupture…
oOoOoOoOoOo
Phin soupira et ajouta une liquette de Whisky pur feu au café qu'il préparait avant de le tendre vers Adrianno Champignard. Il tenta de ne pas paraître moralisateur – mais la tâche s'avérait ardue quand il en était réduit à servir une boisson alcoolisé au directeur du lycée de son fils avant neuf heures du matin. Celui-ci releva la tête et tenta de l'embarquer dans une conversation sur le Quidditch mais Phin avait trop d'expérience dans le domaine pour se laisser avoir et le directeur dut se rabattre sur madame Cataway – qui aurait laissé n'importe quel homme lui témoignant un tant soit peu d'intérêt lui casser les oreilles avec des sujets aussi revisités que l'injustice de la défaite de l'équipe de Quidditch de Rasp Hollow.
Phin se sentit désolé pour madame Cataway pendant un instant, alors qu'elle demandait à Champignard qui avait finalement gagné le championnat interscolaire. La pauvre, ne savait-elle pas dans quoi elle s'embarquait ? Champignard passait la moitié de l'année à se lamenter sur les prouesses insuffisantes de ses élèves, l'autre étant consacrée à hurler à qui voulait l'entendre que cette année, c'était la bonne et que le lycée allait enfin remporter le titre tant convoité. Avec les ans, Phin avait appris à ne plus s'inquiéter des obsessions de l'homme.
Il prépara encore un thé pour la vieille Erskine qui passait la moitié de la journée assise à la même table, les yeux collés à la fenêtre, pour observer les jeunes qui se donnaient rendez-vous sur la place centrale de la ville. De temps en temps, elle semblait reprendre vie et grommelait quelques propos désobligeants à l'encontre de la 'jeunesse' et de la manière dont les choses se faisaient 'de son temps'. C'était cependant une excellente cliente qui ne se mettait jamais en dette, aussi Phin fermait-il les yeux sur ces facéties.
Une fois tout le monde servit, il s'assit derrière le bar et ouvrit son journal, profitant de l'accalmie que connaissait son café le samedi matin. De nouveaux meurtres avaient été commis à Londres, encore sur des Nés-Moldus. Cela faisait un moment que cela durait; visiblement, même les meilleurs Aurors du pays ne parvenaient à mettre la main sur le criminel responsable de ces actes de violence éhontés et la piste d'une organisation commençait à voir le jour. Un œil averti aurait facilement repéré dans la Gazette que ces meurtres n'étaient pas des cas isolés mais seulement les actes les plus extrêmes commis au milieu d'une avalanche d'actions anti-Moldus qui semblait tomber sur la capitale.
Tout ceci n'augurait rien de bon, ne pouvait s'empêcher de penser Phin en parcourant avec minutie les différents articles présentés. Le ton des journalistes était volontairement rassurant mais l'effort mis en place par la rédaction pour minimiser l'actuelle gravité de la situation lui sauta aux yeux plus d'une fois. Malgré les centaines de kilomètres le séparant de la capitale, il pouvait percevoir l'ambiance lourde et tendue qu'il y régnait. Il s'attela à la lecture de la page politique, voyant ses soupçons des derniers jours être confirmés par les nouvelles réglementations mises en place – toujours plus dures, toujours plus fermes, toujours plus obscures. Leurs libertés semblaient fondre comme neige au soleil mais le joli emballage doré que l'on présentait à ses compatriotes semblait suffire à faire écran de fumée contre les réelles motivations des politiciens du Ministère.
Phin avait trop d'expérience en politique pour ne pas voir la vérité. Cela faisait plus d'une décennie qu'il n'avait plus arpenté les couloirs du Ministère et pourtant, il pouvait presque percevoir la pression exercée sur certains de ses anciens collègues afin qu'ils changent leur baguette de main, les pots de vin qui devaient aller bon train sous la présidence de cet incapable de Truesdale et la main de fer que les vieilles familles maintenaient sur le pouvoir décisionnel de ce pays se faire de plus en plus lourde.
Il ne savait pas ce qu'il se passait à Londres exactement mais quelque chose était en train de se passer, juste sous son nez, et tout ce qui lui restait à faire était prié que les problèmes n'atteignent pas les provinces et surtout la petite ville paisible de Rasp Hollow.
Phin releva les yeux sur l'ambiance calme et détendue qui régnait dans son café – les rires qui retentissaient du côté des adolescents attablés au fond de la pièce, Champignard jamais à court de mots pour décrire les boires et déboires de ses équipes de Quidditch et de Flysqua, madame Cataway qui buvait ses moindres mots, la vieille Elskine radotant toute seule sur ses jeunes années – et un sourire éclot sur ses lèvres. Aujourd'hui plus que jamais, il savait qu'il avait bien fait d'éloigner sa famille de ce délirium qu'était devenue la capitale.
Son chemin était tout tracé pourtant. Orion – car tel était son vrai nom – avait été élevé tel un Black devait l'être, sous les vieilles coutumes et les croyances séculaires de sa famille. On l'avait gavé de sermons sur la pureté de son sang, le prestige de son nom, sa place dans la société sorcière. Il était à peine majeur quand il avait épousé Walburga – et Merlin, il en était content à l'époque ! Tout se passait selon le plan de ses parents; son entrée au Ministère avait été remarquée et avait fait des émules. Orion Black était un bon politicien – un génie en la matière, même, disaient certains – et il avait gravi les échelons de la hiérarchie à une vitesse fulgurante, renversant tous les adversaires qui se dressaient sur son chemin sans la moindre merci. On disait de lui qu'il deviendrait le plus jeune Ministre de la Magie que l'Angleterre n'avait jamais connu.
Et Walburga était enfin tombée enceinte, complétant ainsi parfaitement le tableau de la réussite totale d'Orion Black. Il n'aurait pu être plus satisfait – et rien n'y personne n'aurait pu le convaincre du contraire.
Il ne se souvenait plus de la raison exacte mais ses pas l'avaient un jour mené dans la maison des Potter, certainement afin de négocier un arrangement implicite avant le vote d'une loi qui aurait pu ralentir leur business – la Potter'cop ne serait pas devenue le mastodonte des affaires qu'elle était aujourd'hui sans quelques appuis bien placés au Ministère. Quoiqu'il en soit, il était entré dans le salon de la demeure familiale et avait surpris un tableau des plus affligeant : Will et Lony étaient lovés l'un contre l'autre dans leur fauteuil et gagatisaient comme des imbéciles devant le petit James qui venait à peine de naître, échangeant des regards emplis d'amour au-dessus de leur nourrisson qui tentait d'avaler ses propres doigts. Il avait reculé et fermé la porte, prétendant n'avoir jamais surpris une telle scène, et des éclats de rire emplis de bonheur avaient raisonné à travers le bois.
Il était rentré chez lui. Avait écouté sa femme parler des grands projets qu'elle avait pour l'enfant à naître. Il était allé travailler. Avait écouté le vieil Abraxas lui vendre les mérites d'un mariage entre son petit Lucius qui avait déjà six ans et la petite Black qui verrait bientôt le jour. Walburga avait accouché et surpris tout le monde en donnant la vie à un petit garçon. Sirius n'avait pas encore trente-six heures que déjà, il était entre les mains d'une Elfe qui s'occuperait de lui pour les années à venir. Walburga et Cygnus buvaient un thé dans la cuisine et se demandait quel effet sur le sang aurait un mariage entre Sirius et Narcissa.
Les jours avaient défilé. Il avait été travaillé. Avait menacé, oppressé, discuté, magouillé. Gagné, toujours. Était rentré chez lui et observé son enfant pleurer dans son berceau, ignoré de Walburga qui buvait tranquillement un verre de vin attablée à côté de lui. Il s'était penché et avait pris son fils dans ses bras, pour la première fois depuis sa naissance. Sirius avait ouvert les yeux et l'avait regardé, ses grands yeux dont le bleu virait au gris baignés de larmes. Il s'était calmé instantanément et avait regardé son père, de son regard si innocent, qui ne sait encore rien de la vie – et Orion aurait juré que le bébé le mettait au défi de le déposer à nouveau dans son berceau et recommencer à l'ignorer et le considérer comme un simple héritier, et non pas son fils.
Walburga avait levé les yeux vers lui et avait appelé un Elfe en lui disant qu'il n'avait pas besoin de se salir les mains à s'occuper de la marmaille. Elle avait continué à boire son verre de vin et Orion n'avait pu taire le sentiment de déchirement qui avait vrillé sa poitrine quand l'Elfe lui avait arraché l'enfant des bras. Toute la nuit, il avait été hanté par le regard bleu grisé de son fils. Son fils. Sa chair et son sang. Une émotion qu'il ne connaissait pas avait gonflé en lui, infectant son cœur froid, empoisonnant le sang pur qui courait dans ses veines, s'infiltrant dans le moindre recoin de ses pensées.
Les secondes, les minutes, les heures passaient et toujours il ne pouvait oublier ce regard. Ce besoin de protéger cette petite créature incapable de se défendre. De s'assurer que l'enfant serait toujours à l'abri et en sécurité. Qu'on prendrait soin de lui. Qu'il serait choyé, apprécié, … aimé.
Le lendemain, il s'était levé et sans un mot, avait pris l'enfant et transplané aussi loin qu'il avait pu de toute cette folie, de cette vie froide et dénuée de sens. Il s'était installé à Rasp Hollow, avait ouvert un petit café sans prétention et rangé ses robes aristocratiques au placard. Encore aujourd'hui, il n'était pas sûr de comprendre ce qui l'avait poussé à agir de la sorte – l'idée que son fils souffre du même destin tracé d'avance que lui, lui était intolérable. Quelque part en dessous de la couche épaisse de sa vanité et de l'insatiable ambition qui l'animait se cachait le cœur d'un père qui voulait que son fils soit heureux – et non pas juste satisfait, comme lui l'était, emprisonné dans un rôle fabriqué de toute pièce.
Il n'avait pas fallu longtemps à Walburga pour le retrouver. Elle avait mené une longue bataille pour tenter de le ramener sur la voie de la raison, avait accepté de venir vivre avec lui dans cette ville perdue au milieu de nulle part, cernée de toute part par des enfants de Moldus et leurs parents dénués de pouvoirs magiques – ah, ce qu'elle n'en avait pas été malade. Elle lui avait donné un second fils, persuadée que cela suffirait à mettre un terme à ce coup de folie. Et quand elle avait finalement compris qu'Orion – qui avait décidé de se faire appelé Phin, pour des raisons d'anonymat – ne reviendrait pas sur sa décision et ne retournerait jamais à la capitale, c'est sur les enfants qu'elle avait déversé toute sa rancœur.
Il avait fallu des années à Phin pour ouvrir les yeux mais s'il était une chose dont il restait persuadé aujourd'hui, c'est que quitter Londres avait été la bonne chose à faire. La paternité l'avait changé d'une manière si profonde et si brutale qu'il lui arrivait encore parfois d'ouvrir les yeux le matin et de se demander quand sa raison lui reviendrait.
« Bonjour Phin ! » Il releva les yeux du journal qu'il ne lisait plus depuis un moment et adressa un sourire à Lily, repoussant ses inquiétudes au fond de son esprit. Ses yeux se posèrent sur Eva qui prenait place à une table un peu plus loin et son cœur fit une embardée dans sa poitrine. Ses enfants n'étaient pas les seuls à avoir eu droit au bonheur offert par Rasp Hollow, finalement. « Les garçons sont en haut ? »
« Oui, et ils sont privés de sortie jusqu'à la fin de la semaine d'examen, » ajouta-t-il en préparant deux tasses de café, connaissant le goût des Evans sur le bout des doigts. « Même contre leur volonté, je te jure qu'ils réussiront leur année ! »
Lily rigola. « Tu sais qu'un cerveau a besoin de s'oxygéner pour travailler correctement… »
Phin haussa un sourcil, incrédule. Était-ce bien Lily Evans qui était en train de le convaincre de ne pas forcer Sirius et James à étudier ? « Ils ont droit à une sortie quotidienne, » commenta-t-il en lui tendant sa tasse fumante. « Je les accompagne faire le tour du bloc. »
Lily éclata de rire. Elle semblait particulièrement de bonne humeur, ce matin. « Tu fais un geôlier terrible… »
Il ignora le regard insistant qu'elle posait sur lui pendant un long moment. Plusieurs minutes. Quasiment. Il soupira. « Très bien, tu peux allez les voir. Une demi-heure, pas une seconde de plus. »
« Merci Phin ! » s'exclama-t-elle joyeusement en plaquant un baiser collant sur sa joue avant de se précipiter à l'étage, sa tasse de café en main. Lily n'oserait jamais commettre le sacrilège de laisser une tasse de café non bue refroidir toute seule sur le bar.
« Elle te mène par le bout du nez, » se moqua Eva en acceptant avec joie la tasse qu'il lui tendait. Phin se pencha pour lui faire la bise – ils restaient discrets sur leur couple en public, du moins jusqu'au mariage de Pétunia.
Phin redoutait la date fatidique qui approchait de plus en plus. L'ex-mari d'Eva allait revenir en ville pour l'occasion et il ne savait ce qui pourrait se passer. Au contraire de lui et sa femme remplie d'amertume envers ses choix, les Evans avaient toujours été un couple heureux et nageant dans le bonheur jusqu'au jour de l'annonce fatidique de la paternité de Lily. Marc n'avait pas vraiment laissé l'occasion à sa femme de s'expliquer et était parti sans avoir fini de crier, envoyant les papiers du divorce par la poste pour ne pas avoir à lui adresser un mot en personne. Eva n'avait jamais eu l'occasion de le revoir depuis, tout étant passé par les avocats.
Comme si elle avait pu sentir son trouble, elle posa sa main sur la sienne et lui sourit d'un air rassurant. Phin acquiesça et se releva pour se remettre au travail. Il n'avait aucune raison de s'inquiéter, Eva était très amoureuse de lui.
Tout comme elle était folle amoureuse d'Andrew le jour où elle avait failli l'épouser avant de l'abandonner sur le pas de l'autel sans un mot pour courir dans les bras de Marc…
oOoOoOoOoOo
Lily termina sa tasse de café et la posa sur la petite table de la cuisine avant de se diriger vers la chambre des garçons où elle pouvait entendre de la musique raisonner. Ouais, elle était sûre qu'ils étudiaient là dedans… Elle était à mi-chemin quand la porte s'ouvrit brusquement sur James. Il se figea en la voyant au milieu du salon et ne bougea plus, le regard fuyant, attendant visiblement qu'elle fasse quelque chose.
« James ? » Lily fronça les sourcils face à son comportement étrange. « Tout va bien ? »
« Qu'est-ce que tu fais là ? »
Okay, c'était pas du tout vexant comme réaction, ça… « Je pars si ça t'ennuie que je sois là ! » réagit-elle en faisant mine de faire demi-tour.
Il leva les yeux au ciel et la rejoignit. « Sois pas stupide, j'ai été surpris, c'est tout. J'étais sur le point d'aller prendre ma douche, en fait, » expliqua-t-il montrant son accoutrement de la main. En regardant mieux, Lily s'aperçut qu'il s'agissait de son pyjama. Evidement, comme si James pouvait porter du coton rayé en toute autre circonstance que dans son lit.
« Bien, vas-y. Je dois parler à Sirius, de toute façon. »
« Ah, ok. » Il se passa la main dans les cheveux, se dandina d'un pied sur l'autre et se racla la gorge, le tout sous le regard scrutateur de Lily qui ne comprenait pas ce qui lui prenait tout à coup. Depuis quand James était-il nerveux en sa présence ? Depuis quand était-il nerveux tout court, d'ailleurs ? « Ecoute Lily, à propos de – je crois qu'on devrait discuter de – euh, tu veux un truc à boire avant qu'on parle ? »
« Je croyais que tu allais te laver ? » Elle leva les yeux au ciel, sans chercher à analyser l'étrangeté de son comportement. Une nouvelle musique raisonna dans la chambre, faisant sursauter les deux adolescents qui grimacèrent de concert. « Vas-y et moi je vais sauver Sirius de ses goûts musicaux désastreux. »
« Et après, on parlera, » termina James. Il acquiesça, comme pour se convaincre que ce mal était nécessaire, et disparut dans la salle de bains. Lily leva les yeux au ciel et rentra dans la chambre sans prendre la peine de frapper. Elle put apercevoir le dos de Sirius alors qu'il enfilait un nouveau tee-shirt et ne put s'empêcher de rougir un peu. Y'avait pas à dire, le Quidditch musclait juste ce qu'il fallait… Entre James la veille au soir et Sirius ce matin, elle avait de quoi agrémenter ses phantasmes pour un bon moment.
« Je peux savoir ce que tu fais ? » demanda-t-elle suffisamment fort pour couvrir la musique (quoiqu'elle doutait que cette… chose… mérite le nom de musique.)
Sirius sursauta en glapissant et se retourna pour découvrir Lily à l'entrée de la pièce. « Euh… Je m'habille ? Tu sais, les gens font ce genre de choses, le matin, dans leur chambre. »
« Je ne parle pas de ça, » assura-t-elle en traversant la pièce pour aller arrêter la phonobox – dernière née de l'industrie musicale sorcière, dont le look n'était pas sans rappeler à Lily les gramophones moldus, en version miniature. Elle se dirigea ensuite vers l'étagère de James et passa en revue ses cd avant d'en choisir un et d'aller le placer dans la stéréo. Bien malgré lui, Sirius commençait à être équipé.
Sirius poussa un long et profond soupir et se laissa tomber assis sur son lit, vaincu d'avance. « J'te jure, grogna-t-il en secouant la tête, toi et lui êtes vraiment pareils. Des fois, c'en est inquiétant ! »
« Maintenant qu'on a évité de pousser nos oreilles au suicide, » commenta Lily en s'asseyant sur une chaise de bureau – bureau qui lui était recouvert de vêtements sales, de parchemins remplis de dessins, d'esquisses et de petits mots, de papiers chiffonnés et de fioles remplies de potions disparates; bref, tout un paquet de choses qui n'auraient pas dû s'y trouver et aucun signe d'un manuel scolaire. « Comment ça s'est passé avec Tania ? »
Sirius haussa les épaules d'un air blasé. « Elle a promis de ne pas retourner à Londres. Je suppose que c'est déjà ça de pris. »
« Tu n'as quand même pas l'air rassuré, commenta Lily. Elle était si fâchée un que ça ? »
« Oh, voyons voir, marmonna Sirius d'un air faussement concentré. Je l'ai accusée d'être dans une secte et j'ai été tout balancer à ses parents avant de lui tendre une embuscade avec eux. Tu crois qu'elle pense quoi, là, exactement ? »
« Tania sait que tu te fait du souci pour elle, on s'en fait tous. »
« Elle a dit qu'elle voulait aller à l'église moldue, continua Sirius avec de la dérision teintée d'inquiétude. Lily, je te jure, j'arrive pas à comprendre ce qu'il lui arrive, elle n'est plus elle-même. C'est comme si… j'en sais rien, c'est comme si quelqu'un d'autre avait pris sa place. Elle… - le jeune homme se passa à la main dans les cheveux – elle t'a dit quelque chose ? »
« Je comptais aller lui parler aujourd'hui, assura Lily. Moi non plus je n'aime pas ce qu'il se passe. Bon, si déjà elle ne retourne plus à Londres, c'est bien, non ? Et puis, crois-moi, elle en reviendra vite de l'église moldue. »
Sirius arqua un sourcil. « T'as l'air bien sûre de toi. »
Lily sourit d'un air énigmatique. « Disons que je sais quel genre d'énergumène traîne dans le coin… »
Sirius pencha la tête vers elle, intrigué. « Tu vas souvent à l'église, toi ? »
« Moi ? rigola Lily. Non, merci. Mais j'ai dû aller me présenter au prêtre pour le mariage de Pestulia… »
Sirius ricana. « Pestulia, le grand retour… Elle m'avait presque manqué, ta frangine. Tu sais qu'elle est passée au café, l'autre jour ? Elle m'a ignoré comme si on ne s'était jamais rencontré avant. »
« Et ça a dû te manquer horriblement, supposa Lily en ne pouvant retenir un rire. Après tout, elle a un tel don pour parler de choses si intéressantes ! »
« Oh, la quintessence même de l'existentialité, oui. »
Lily le regarda d'un air éberlué et éclata de rire. Sirius bougonna. « Quoi ? Ca m'arrive d'ouvrir un livre, tu sais. »
« Oh, je vois ça, monsieur quintessence. Ce serait plus utile si tu lisais tes livres de cours plutôt que des lignes du dictionnaire pêchées au hasard. »
« Ah, ah, grommela Sirius. Tu crois peut-être que c'est facile de trouver des rimes en –us, toi ? En plus, ce fichu dictionnaire te donne les mots par leur commencement et pas leur fin. J'ai bien dû me taper une vingtaine de pages ! »
Le rire de Lily s'intensifia quand elle réalisa qu'il avait vraiment lu le dictionnaire. Puis elle plissa les yeux. « Attends un peu, toi. Pourquoi tu avais besoin de rimes en –us, exactement ? »
« Euh… »
« Sirius s'est découvert une âme de poète, » déclara James à l'entrée de la chambre, en terminant de se frotter vigoureusement les cheveux avec une serviette qu'il balança à travers la pièce sans se soucier d'où elle atterrirait. « C'est son moyen de compenser la rupture. »
Sirius donna l'impression d'avoir avalé un piment de Braxalas de travers. Lily le regarda, attendant une meilleure explication et, après quelques secondes de réflexion intense, il soupira.
« Ouais, dit-il d'un air douloureux. Je me suis mis à … à la poésie. » Lily était presque sûre qu'il aurait eu moins de mal à remettre le trophée du sportif de l'année à Peter que de prononcer ces mots.
« Oh, je suis curieuse. Qu'est-ce que tu as écrit jusqu'ici ? »
« Euh… » Sirius lança un regard incertain à James qui trouva soudain sa collection de cd très intéressante. « Des trucs… tu sais, privés. »
« Je te promets que je ne jugerai pas, insista Lily. Allez, juste un extrait. S'il te plait Sirius ! »
Le jeune homme grimaça encore. Un bruit indistinct sortit de la bouche de James, quelque chose entre un rire étouffé et une quinte de toux qu'il avait du mal à retenir.
« Toi aussi tu dois savoir ce qu'il a écrit puisque t'es au courant ! » déclara Lily à l'intention de James dont l'air amusé fana immédiatement. Décidément, elle n'était pas décidée à les laisser s'en sortir avec leur mensonge pitoyable, aujourd'hui. « Ou peut-être que je devrais fouiller ce tas de parchemin ? » proposa Lily en montrant les boules de papier froissé sur le bureau. « Ce sont tes brouillons ? »
James et Sirius échangèrent un regard paniqué. « Non ! » s'écria Sirius en se remettant debout. « D'accord, je vais te réciter un morceau de la poésie que j'ai écrite. » Lily le fixa d'un air intéressé. « D'accord. Hum... Voilà. Oh, Tania, quand tu me fais des choses comme ça… Euh… »
« Je me sens comme un prisonnier privé de chocolat ! » collabora James pour tenter de sauver son ami du naufrage. « Et aussi sûr que Black est mon nom et mon prénom Sirius… »
« Je… Je reste persuadé que nous pourrons trouver un consensus ! » s'exclama Sirius d'un air ravi. « Tu es aussi essentielle à mon cœur »
« Que des pancakes à du beurre ! » compléta James, ravi. Les deux autres le fixèrent avec ahurissement. « Quoi ? J'ai faim ! »
« Ok, ok, j'abandonne, » se résigna Lily en secouant la tête. Elle n'était pas sûre de vouloir savoir ce qu'ils préparaient, de toute façon. Avec Sirius et James – et Remus, aussi, à bien y réfléchir – moins on en savait, moins on avait de risque de se faire punir avec eux.
« Je vais préparer le petit dej' pendant que vous… euh, discutez, » déclara Sirius en jetant un coup d'œil amusé à James qui répondit par un grognement. « Faites pas de bêtises en mon absence, les enfants. »
Dès qu'il fut sorti de la pièce, emportant avec lui les morceaux de parchemins qui parsemaient le bureau, Lily alla s'asseoir à côté de James sur son lit et glissa sa main dans celle du jeune homme. Il sentait bon le savon et le shampooing. Les yeux de James restèrent fixés sur leurs mains entrelacées.
« Euh, Lily… A propos de - »
« J'ai gagné, » s'exclama Lily d'un air extatique. Il releva les yeux sur elle, prit au dépourvu par le sourire étincelant qu'elle affichait. « Le concours, pour le Floor-On-Rock Festival. J'ai gagné les trois entrées gratuites ! »
James fronça les sourcils, perdu. « Attends, le concours de la radio ? » Lily acquiesça d'un air amusé et James éclata de rire. « Celui où il fallait citer nos raisons de vouloir y aller ? » Lily hocha à nouveau la tête. « On parle bien de l'histoire où on s'est rencontré par hasard au festival pendant un concert de WitchCraft et où on a découvert qu'on était des jumeaux que nos parents avaient séparés à la naissance grâce à nos goûts musicaux incroyablement proches ? Ce concours ? »
James et Lily éclatèrent de rire ensemble. « Merlin, c'est fou ce qu'on peut faire gober aux gens, quand même ! » murmura la jeune fille en secouant la tête. « Mais, reprit-elle plus sérieusement. Il y a un problème. On a reçu trois places. »
« Et alors ? » demanda James en essayant de ne pas se tourner vers elle. Il ne voulait pas lui montrer qu'il était en fait soulagé qu'ils n'aient pas à passer quatre jours en tête-à-tête. « On n'a qu'à emmener quelqu'un avec nous. »
« Oui mais qui ? » questionna Lily. « Si on demande à Sirius, Tania ne me parlera plus jamais. Et si je demande à Tania, Peter ne voudra plus me voir. Et si on demande à Peter, Tania et Sirius pourraient bien décider de s'unir contre moi.»
« Je ne vois qu'une solution alors, » commenta James d'un air inspiré. « Il faut demander à Lupin. »
Lily le frappa sur l'épaule avec le poing. « Oh oui, je suis certaine que Remus sera enchanté de passer le week-end entre toi et moi, » grinça-t-elle, pas amusée du tout.
« Ah, » soupira James en se laissant tomber en arrière sur le lit. « Je suppose qu'on n'a pas le choix dans ce cas. Je vais demander à mes parents si on ne peut pas avoir quelques places en plus. Ils en ont sûrement en réserve. »
Lily tourna la tête vers lui, éberluée. « Attends, tes parents sont impliqués dans ça aussi ? » James acquiesça en regardant son plafond sur lequel un poster de Nihil était collé. « Est-ce qu'il y a un seul évènement majeur dans lequel ils ne sont pas impliqués ? »
James releva légèrement la tête pour la dévisager puis se laissa retomber sur le matelas. « Considérant que la Potter'Corp est propriétaire du seul magazine de rock sorcier et que le Rock-On-Floor Festival est le seul festival de rock sorcier, ça me parait difficile qu'ils ne soient pas impliqués. »
Lily souffla en secouant la tête. « Incroyable, murmura-t-elle. Parfois, j'ai l'impression que tes parents sont les chefs d'une sorte de mafia ou quelque chose.»
« Juste d'un empire financier, » corrigea James en s'appuyant sur les coudes. « Va falloir que je réfléchisse à quelque chose à leur donner en échange, par contre. »
« Tiens-moi au courant, d'accord ? » déclara Lily en se penchant vers lui. James la regarda s'approcher, curieux de ce qu'elle allait faire. « Je peux pas rester ici plus longtemps, faut que j'aille bosser. » Il acquiesça à demi et elle l'embrassa sur la joue. Il souffla, n'osant pas s'appesantir sur la parcelle de déception au milieu de son soulagement. « Et essaye d'étudier un peu, tu veux. Phin voudrait vraiment que tu réussisses tes examens, » ajouta-t-elle, son visage juste au dessus du sien, en le regardant dans les yeux. Elle semblait incertaine de la marche à suivre.
James déglutit et acquiesça. Il ne pensait plus vraiment clair, à vrai dire. Lily était bien trop proche de lui. D'un geste hésitant, elle toucha ses cheveux humides et se rapprocha à nouveau. James déglutit. Elle était vraiment trop proche, comme ça, à le regarder avec cette lueur décidée dans les yeux. Cette fois, c'est sur les lèvres qu'elle l'embrassa.
Comme électrocuté, James recula. « Lily, à propos de ça justement, je - »
« Ce n'est pas à propos de passer ou non à l'année supérieure, » continua-t-elle, si proche que James pouvait deviner qu'elle avait utilisé un dentifrice à la fraise ce matin. « On sait tous que tu réussiras, monsieur Poudlard. » Elle posa à nouveau sa bouche contre la sienne. « Mais ce serait tellement mieux de réussir, » dit-elle encore en l'embrassant une nouvelle fois. « Avec de bonnes notes, » termina-t-elle avec un dernier baiser qui dura plus longtemps que tous les précédents réunis.
James tenta de résister. Vraiment. Il avait ignoré la pointe de déception à la fin de chacun des baisers précédents, frustrés qu'ils ne soient qu'une simple pression contre ses lèvres et ne durent pas plus longtemps. Il avait combattu son envie de l'embrasser pour la faire taire quand elle disait des choses si stupides – parler de l'école le week-end, non mais vraiment. Il n'avait même pas tendu la main pour remettre ses cheveux roux qui pendaient autour de son visage en place. Mais quand elle ferma les yeux et se perdit contre sa bouche, il n'eut plus le choix.
James rendit les armes et passa ses mains dans les cheveux de Lily pour l'attirer plus près et la retenir où elle était, savourant le baiser qu'ils partageaient. Ce n'était qu'un baiser, après tout. Ils pourraient bien discuter plus tard. Et puis, se dit-il en approfondissant leur embrassade, Lily elle-même avait hésité avant de l'embrasser. Elle ne s'était pas jetée sur lui comme si elle pensait qu'ils étaient ensemble ou quelque chose – non, elle s'était penchée pour lui faire la bise et puisqu'il était irrésistible, elle avait cédé. Ne lui avait-elle pas avoué des mois plus tôt qu'elle était incapable de résister à un garçon quand il avait les cheveux mouillés ?
James étendit son second bras pour lui toucher le dos, toujours perdu au milieu de ce baiser chaud et humide qu'ils partageaient. Elle était trop loin de lui, songea-t-il soudain en réalisant qu'elle était à moitié couchée à côté de lui. Il se décala et, prenant appui sur un bras et une jambe, bascula pour qu'elle se retrouve couchée sur le lit, lui au-dessus d'elle. Jamais il ne quitta ses lèvres durant toute la manœuvre. Contrairement à elle, il se reposa sur son corps, veillant à ne pas se montrer trop lourd.
Cette nouvelle position donnait à leur baiser un tout nouveau degré d'intimité qui prit Lily par surprise. Elle se recula, le souffle court, les paupières battant rapidement. Elle n'avait pas l'air d'être sûre que ce soit une bonne idée. Sans lui laisser le temps de décider si elle aimait ça ou pas, James recommença à l'embrasser, avec plus de ferveur. Elle se laissa aller sous lui, agrippa son épaule, passa sa main dans ses cheveux. A bout de souffle, il finit par quitter sa bouche et enfouit ses lèvres dans le cou de Lily, lui arrachant un gémissement appréciateur.
« Hé, les gars, vous- »
Sirius se figea à l'entrée de la chambre, un verre de jus d'orange en main et les yeux exorbités. James et Lily sursautèrent face à l'interruption soudaine – James sentit le menton pointu de Lily s'enfoncer dans son crâne plus qu'il n'entendit son cri de douleur et déjà, elle le repoussait loin d'elle et se remettait debout alors qu'il tentait encore de reprendre ses esprits, assis dans son lit. Il traina volontairement, refusant de réaliser la connerie qu'il venait de faire – encore – ou de voir le regard de Sirius. Il n'osait pas non plus regarder Lily.
« Faut – faut vraiment que je file, » déclara-t-elle. Au dernier moment, elle se retourna vers James qui n'eut d'autre choix que d'affronter la vue d'une Lily échevelée aux joues toutes rouges et d'accepter le fait que, oui, c'était bien avec Lily qu'il était sur ce lit une minute plus tôt. « Oh, il te faut un costume moldu pour le mariage de Pétunia ! »
« Hein ? » demanda James, très intelligemment. Il avait un peu de mal à reconnecter ses neurones. « Je dois me déguiser en moldu ? »
« Non, tiqua Lily avec agacement. Un costume veston-cravate-pantalon. Pas de robe de sorcier, elle ne te laisserait pas entrer. »
« Je dois aller au mariage de Pétunia ? » réalisa James. Il cligna des yeux et avisa que Sirius était toujours figé, la main sur la porte, les yeux fixés, incrédules, sur James.
« Il me faut bien un cavalier ! » répliqua Lily. Elle lui envoya un baiser volant, jeta un coup d'œil nerveux à Sirius et disparut de l'appartement.
James se racla la gorge. « J'ai jamais dit que j'étais d'accord pour ça, moi… » râla-t-il en se levant. Il fit semblant de ne pas sentir le regard de son cousin et ami sur lui et alla changer de musique, le ton répétitif des différents morceaux de cet album commençant à l'ennuyer.
« C'est ta nouvelle façon de ne pas sortir avec elle, ça ? » demanda Sirius en se mettant à boire le verre qu'il avait en main. Il tourna au vert et recracha tout le jus sur le sol, toussant et crachant à s'en arracher les poumons, tout en s'insultant vertement.
James haussa un sourcil. « Tu avais mis du poivre dans mon verre ? » supposa-t-il. Il ne s'étonnait même plus, à vrai dire. Sirius avait un véritable don pour tomber dans des pièges qu'il avait lui-même mis au point, même les plus simples.
« Je pensais, » reprit Sirius après s'être raclé la gorge une dernière fois, « que tu devais lui dire que le baiser de hier soir ne signifiait rien ? »
« J'ai essayé ! » assura James en refermant si brusquement la pochette d'un cd qu'elle se fendilla.
« Et ? Vous avez fini par vous embrasser passionnément sur le lit parce que ? »
« C'est une démone, » répliqua James. « C'est la seule explication possible. » Sirius parut sceptique. « Non, vraiment. J'ai jamais vu une fille capable de me manipuler comme ça avant. C'est comme si elle avait un truc secret pour mettre mon cerveau en pause quand elle est là. »
Sirius rigola en levant les yeux au ciel. « Et donc ? Tu sors avec elle ? »
« Non ! » James fronça les sourcils et repensa à la manière dont elle s'était comportée ce matin. « Mais… je ne peux pas juré qu'elle ne sort pas avec moi. »
Sirius soupira. « Prends mon conseil, vieux. Tire cette situation au clair avant que ça dérape. Tu ne veux pas avoir un Lily Evans en colère sur le dos, crois-moi. » Avec un geste mélodramatique, Sirius se laissa tomber sur la chaise du bureau… et il but une autre gorgée de jus d'orange.
Il toussait encore – et James se roulait presque par terre tant il riait de l'imbécilité de son ami – quand la porte d'entrée s'ouvrit et que des voix raisonnèrent dans l'entrée.
« -se réunir derrière un homme puissant qui semble tirer toutes les ficelles. Une sale histoire, vraiment, » disait la voix d'une femme, suivie de peu par Phin. Une voix que James reconnaîtrait entre milles. Il se rua hors de la chambre.
« Maman ? » s'exclama-t-il en dévisageant la nouvelle venue. Elle était habillée de manière décontractée, une simple robe de sorcière et ses cheveux ramenés en un chignon à l'arrière de son crâne c'est à peine si on pouvait distinguer une trace de maquillage autour de ses yeux. En d'autres termes, ce n'était pas un déplacement professionnel qui l'amenait dans la région. Était-elle … venue lui rendre visite ?
« Oh, James. Tu es là, » déclara-t-elle comme si elle ne s'attendait pas à sa présence. Malgré lui, James sentit son estomac se tordre. Non, visiblement, elle n'était pas venue le voir. « Et bien, ne reste pas là. Viens me dire bonjour ! »
Comme un automate, il s'exécuta et lui alla lui faire la bise, trop choqué de sa présence ici pour envisager de désobéir.
« Qu'est-ce que tu fais là ? » demanda le jeune homme. Il fronça les sourcils en voyant les cernes qui entouraient les yeux de sa mère elle paraissait épuisée. « Tu vas bien ? Papa va bien ? »
Elle sembla surprise de son inquiétude. C'est vrai qu'il n'avait pas vraiment agi comme un fils aimant ou concerné, ces derniers temps. « Qu'est-ce que tu racontes ? Bien sûr qu'on va bien. Pourquoi n'irait-on pas bien ? »
« Euh… » James fut pris au dépourvu. « J'en sais rien. Toi, ici… »
« Je suis venue rendre visite à Orion. J'ai une affaire à discuter avec lui, » éluda-t-elle en désignant le père de Sirius qui était encore derrière elle. « Oh, bonjour Sirius, » salua-t-elle le jeune homme qui sortait de la chambre en fixant son verre de jus d'orange d'un air particulièrement revêche.
« Bonjour madame Potter, » débita Sirius sans lui jeter un coup d'œil. Il semblait penser que quitter le verre des yeux une seconde lui ferait oublier son contenu et le pousserait à y goûter une troisième fois.
« J'allais justement t'envoyer un hibou, » déclara James en se poussant pour laisser les deux adultes rentrer.
« De quoi as-tu besoin ? » demanda-t-elle, immédiatement.
James ne fit pas semblant d'être choqué de son manque de foi. Même si leurs relations s'étaient un peu adoucies après qu'il ait décidé de quitter Londres de son propre chef – ce que ses parents avaient pris pour une décision mature –, il était encore à des lieues d'avoir retrouvé sa relation d'antan avec eux.
« Tu ne pourrais pas me donner quelques places pour le Rock-On-Floor ? »
Elle l'observa pendant un long moment, silencieuse. Il ne dit rien, sachant que plus il tenterait de la convaincre, plus elle se braquerait.
« As-tu fait quelque chose pour mériter ces places ? » demanda-t-elle.
Il s'y était attendu, aussi réagit-il immédiatement. « Je n'ai pas eu une seule retenue au cours du dernier mois ! »
Quelque part dans une autre pièce, il entendit Phin rigoler.
« Ce n'est pas quelque chose dont il faut être fier, jeune homme ! C'est juste normal. »
« Mais… »
« Tu n'as pas des examens cette semaine ? » interrogea sa mère en le regardant de cet air sévère qui le faisait toujours se sentir comme un petit garçon en faute, mais qu'il avait si souvent bravé ces derniers temps.
James fut surpris qu'elle soit au courant de son horaire. « Euh, si mais… »
« Et pourquoi n'es-tu pas en train d'étudier ? »
« Je sais déjà tout ! » répliqua-t-il avec ennui. « Tu verrais cette école, c'est vraiment une blague. Qu'est-ce que tu veux que je fasse pour mériter les places ? »
« Tu auras une place pour chaque Optimal ramené, » finit-elle par déclarer après un long moment de réflexion. « Ca ne peut pas te faire de mal de travailler un peu. »
« Oh, si ce n'est que ça, » accepta James avec un haussement d'épaule. Il pourrait facilement en avoir deux ou trois en se forçant un peu.
« Et tu en auras une de mois pour chaque Acceptable ou Piètre, évidemment. »
Il soupira profondément. Il savait que c'était bien trop beau pour être un vrai. « Je vas étudier… » grommela-t-il en se trainant vers la chambre. Il s'installa sur la chaise de bureau et observa avec ennui tout ce qui en couvrait la surface puis, d'un grand mouvement du bras, débarrassa la surface en faisant tout tomber par terre. Il savait qu'il y avait du bois quelque part en dessous du désordre…
Quand Sirius revint dans la piève en maugréant, un plateau de nourriture en main, James en était à la septième page de son manuel d'Histoire de la magie. Et il avait déjà envie de se pendre. Dire qu'il avait crû être définitivement débarrassé de ce cours après sa Buse…
« Qu'est-ce que tu fais ? » demanda Sirius en l'observant comme s'il avait perdu la tête.
« J'étudie, » confirma James d'un ton fatidique. Il attrapa une viennoiserie sur le plateau de Sirius.
« Pourquoi tu fais un truc pareil ? » s'exclama Sirius d'un ton frisant l'horreur.
« Pour Lily, » grogna James et si Sirius pouffa, il eut la décence de ne pas faire de commentaire.
« Ils m'ont cheté aur de la cousine ! » continua de parler Sirius tout en petit-déjeunant. « Ils ont même cheté un chort de chilence chur la porte ! Une affair' profechionnelle, ils ont dit ! »
« Peut-être que ma mère veut racheter le Get Out, » rigola James en entreprenant de compter le nombre de fois que le mot 'Gobelin' apparaissait sur la page.
Sirius avala ce qu'il avait en bouche. « Moi je dis, c'est louche ça. » James ne répondit rien. « T'étudies pour de vrai ? » réalisa-t-il alors. James acquiesça. « Bon, ben je vais continuer le chant d'accueil pour les rescapés de Poudlard, alors. J'ai toujours pas trouvé ma rime en –us, moi. »
James releva la tête. Il regarda Sirius. Il regarda son manuel d'Histoire. Puis à nouveau Sirius. « Je ne pense pas qu'on va arriver à caser consensus… »
Quand Phin eut fini de discuter avec Lony, vingt minutes plus tard, il fut ravi de découvrir James et Sirius tous deux profondément concentrés dans leurs parchemins et leurs dictionnaires.
oOoOoOoOoOo
Lily s'arrêta devant la petite maison blanche qui faisait le coin entre la rue des Mestrillades et l'avenue du Partage. Elle n'était venue que quelque fois dans cette maison, par le passé. C'était il y a un an seulement, mais cela ressemblait à une éternité. Tout avait tellement changé depuis…
Inspirant profondément, elle s'avança dans la petite allée fleurie où, assez ironiquement, les pétunias commençaient à faner, et elle toqua à la porte. Son cœur battait dans sa poitrine et elle dut rassembler tout son courage pour regarder Judith quand celle-ci vint ouvrir.
« Lily ? Mais qu'est-ce que tu- ? » Avec un coup d'œil par-dessus son épaule, Judith sortit de la maison pour parler à Lily sous le porche. « Tu ne devrais pas être ici, tu le sais ! »
« Je sais. Je voudrais seulement… »
« C'est à cause de cette histoire de baiser ? Je t'ai dit, James m'a dit que vous n'étiez pas ensemble ! Vois ça avec lui si ça te pose un problème, » déclara la jeune fille.
Lily grimaça. Elle avait momentanément oublié ce qu'il s'était passé entre Jame et Judith Eloy.
« Non, » affirma-t-elle en se redressant. Merlin, elle n'avait jamais été aussi stressée à l'idée de faire quelque chose. Mais elle devait le faire. Il était plus que temps. « Je ne suis pas venue pour me disputer avec toi. »
Judith la regarda de travers, attendant la suite. Lily serra les poings et planta son regard dans celui de son ainée avant de débiter dans un souffle : « Je suis venue parler avec ton frère. »
