Chapitre 37 : Cinquante ans plus tôt.
Le soir de l'arrestation, dans la salle commune, Harry et Ron réfléchissaient. Toute l'école était déjà au courant, et les spéculations allaient bon train.
« Hagrid nous a plusieurs fois juré son innocence, dit Harry. Hier, ils nous a même fait venir exprès. C'est pas une attitude de coupable, ça…
- C'est sûr, mais tu as entendu ce qu'a dit le ministre. Selon lui, Hagrid n'a pas voulu faire de mal à qui que ce soit, c'est juste qu'il a été négligent et qu'il y a donc eu des accidents.
- Ouais, mais lui-même affirme le contraire, et Brûlopot est convaincu que ce n'est pas une acromentule qui a fait le coup. Et même si Hagrid a déjà élevé une acromentule, il n'a jamais élevé de serpent.
- Et le dragon de l'année dernière ?
- C'est pas pareil. Et puis c'était une première pour lui. »
Ron hocha la tête.
« J'veux dire, reprit Harry, il y a quand même plein de trucs qui collent pas là-dedans… Tiens, j'y repense : Brûlopot a plusieurs fois répété que ça devait être un serpent d'assez petite taille.
- Et ?
- Et réfléchit : Hagrid ne s'intéresse qu'à des monstres encore plus grand que lui.
- C'est vrai ! s'écria Ron.
- Enfin tu vois bien : dans cette histoire, il y a tout un tas de choses bizarres. C'est pas clair.
- Il faudrait qu'on en apprenne plus, mais comment ? À qui est-ce qu'on pourrait aller poser des questions ?
- L'idéal, ce serait de poser des questions à quelqu'un qui était là il y a cinquante ans, un témoin de la première affaire.
- Ben à part Tom Jedusor…
- Pas la peine : il est convaincu que Hagrid est le coupable.
- On pourrait éventuellement lui poser d'autres questions, l'air de rien, et… Qu'est-ce que t'as ? »
Harry s'était soudainement figé, comme perdu dans une intense réflexion.
« Attends voir, dit-il après un a parlé de la mort d'une fille, il y a cinquante ans, et Hagrid a dit l'autre jour qu'elle s'appelait Mimi.
- Eh bien ? demanda Ron, qui ne comprenait pas où il voulait en venir.
- Ben, imagine que cette fille, ce soit Mimi Geignarde. »
Harry et Ron étaient arrivés dans les toilettes abandonnés.
« La porte est verrouillée, évidemment, annonça Harry. Mais la dernière fois, mon sort à suffit. »
Il lança son sortilège, et la porte se déverrouilla. Harry soupira : il avait eu peur un instant que depuis la dernière fois, McGonagall ait fait renforcer la sécurité.
Ils entrèrent.
« Mimi ? demanda Harry à haute voix. Tu es là ?
- Ohé ! ajouta Ron. »
Il ne se passa tout d'abord rien, puis une voix résonna dans toute la pièce.
« Qu'est-ce que vous me voulez ? Vous venez vous moquer de moi, c'est ça ?
- Non, heu, on a simplement quelques questions, dit Harry.
- On voulait savoir comment tu étais morte, dit Ron. »
Le fantôme de Mimi Geignarde surgit alors de nulle part, et vint se placer devant eux, avec un air méfiant.
« Comment ça ? demanda-t-elle.
- Ben, on s'intéresse à toi, dit Ron avec un peu de mauvaise foi. On voulait en savoir plus, parce que comme tu sors jamais trop d'ici, on te connaît pas vraiment. »
La flatterie fonctionna à merveille.
« Ah oui ? C'est gentil, ça », dit-elle dans un sourire.
Harry et Ron lui sourirent à leur tour, espérant qu'elle ne fasse pas une crise de paranoïa avant qu'elle n'ait fini de leur dire ce qu'ils voulaient savoir. Ils avaient un peu honte de cette hypocrisie, mais la fin justifie les moyens, et il fallait absolument trouver le moyen de sortir Hagrid de cette situation.
« Alors, dis-nous tout, reprit Harry. Comment ça s'est passé ? Et d'abord, c'était quand ?
- Eh bien, cela fait cinquante ans cette année, je crois. »
Harry et Ron se regardèrent. Visiblement, il s'agissait bien d'elle.
« Mais j'aurais du mal à vous expliquer précisément, je n'ai rien vu.
- Essaye au moins, dit Ron.
- Bon, d'accord. Ça s'est passé ici, dans ces toilettes. Olive Hornby s'était encore une fois moqué de moi, et j'étais venu me réfugier ici pour pleurer…
- Et ensuite ? souffla Ron.
- Je ne sais pas : j'avais des larmes plein les yeux, j'essayais de les essuyer, et tout à coup j'ai senti une horrible douleur au mollet, comme si il était transpercé par des milliers d'aiguilles en même temps. La douleur est ensuite remontée dans toute la jambe, et d'un coup je ne sentais plus rien : j'étais morte.
- Et pourquoi es-tu devenu un fantôme ? demanda Harry, soudainement prit d'une réelle curiosité.
- On dit toujours que ceux qui restent sur Terre sous la forme de fantôme sont ceux qui ont des regrets. Moi, mon regret c'était de ne pas avoir rendu la monnaie de sa pièce à Olive Hornby. D'autant plus que c'était un peu de sa faute si j'étais morte. Alors je suis revenu en fantôme, et je l'ai poursuivi partout où elle allait pour lui pourrir la vie comme elle elle avait pourri la mienne depuis mes premiers jours à Poudlard. Et puis quand elle a fini par se suicider, je suis revenu ici, là où je suis morte, et je n'en ai plus bougé.
Harry et Ron eurent l'impression de prendre une douche froide.
« Suicidé ? demanda Ron dans un couinement.
- Oui. J'ai rendu sa vie aussi insupportable que la mienne, et un jour elle s'est pendue. Elle n'a eu que ce qu'elle méritait. »
Ron jeta un regard horrifié à Harry.
Lorsque les garçons sortirent des toilettes abandonnés, le bilan était mitigé : il n'avait rien appris de nouveau, si ce n'est que Mimi Geignarde avait manifestement été tué exactement de la même manière que les deux nouvelles victimes.
Ils décidèrent alors d'aller voir celui qui avait tout l'air d'être leur allier : Brûlopot.
Le bureau du professeur était un étrange capharnaüm. Sur certaines étagères, s'alignaient des dizaines de bocaux rempli d'un liquide translucide et contenant chacun le corps d'une créature rare et stupéfiante. Sur d'autres étagères, c'était des créatures empaillées qui semblaient épier les visiteurs tant ils paraissaient vivant.
Harry et Ron s'était assis sur de petits tabourets, face au bureau du professeur. Les tabourets étaient recouverts de peau de bête.
« Alors, les enfants, qu'est-ce qui vous amène ?
- C'est à propos de l'arrestation de Hagrid, annonça Harry.
- Ah, oui, triste histoire, regretta Brûlopot. Vous avez dû apprendre tout cela par les rumeurs, j'imagine. »
Pas exactement, pensa Harry. Il ne parvint pas à s'empêcher de sourire à cette idée, mais reprit immédiatement une mine grave.
« On est convaincu de l'innocence de Hagrid, monsieur, reprit-il.
- Mais moi aussi, les enfants, moi aussi. Comme j'ai déjà essayé de l'expliquer au ministre, ce qui a attaqué ces deux malheureux élèves, c'est une sorte de serpent, pas une acromentule. Et puis je vais être franc, mais il n'y aucune preuve de la culpabilité de Rubeus, cette fois.
- Comment ça, cette fois ? s'étonna Ron. Il y avait des preuves la dernière fois ?
- Je n'étais pas encore entré à Poudlard, mais cela avait l'air clair, oui. C'était un accident, évidemment, et ce pauvre Rubeus n'est pas un meurtrier, mais à l'époque on en avait conclu après coup que la morsure pouvait tout à fait correspondre à une jeune acromentule, et il faut se rappeler qu'il n'y a pas eu d'autres attaques après la fuite de, comment déjà ? Euh… Aragog. Enfin, c'est du passé, et Rubeus a été pardonné… Mais cette fois, je pense qu'on essaye de mettre sur son dos des attaques dont il n'est nullement responsable. »
Il fit une pause pour toussoter.
« Il n'y a aucune preuve, je vous le disais : il n'a été arrêté que sur la base de soupçons, que parce qu'il y a des similitudes entre cette affaire et celle d'il y a cinquante ans. Mais sinon, il n'y a rien.
- Vous pouvez faire quelque chose pour l'innocenter ? demanda Harry.
- Je ferais tout mon possible. D'ailleurs, j'ai déjà prévu de témoigner en ce sens lors du procès. Le professeur Dumbledore aussi.
- Quand aura lieu le procès ? demanda Harry.
- Je n'en sais rien. Le ministre veut attendre un peu. Il n'est pas complétement idiot, et sait que cette affaire est encore trop fraîche dans l'esprit des gens, et qu'un procès ne peut donc pas se dérouler dans de bonnes conditions pour le moment. Il y aurait un déchaînement de passions là où seule la raison doit intervenir. »
Il se gratta négligemment la pommette droite.
« Et puis sait-on jamais. Il pourrait y avoir une nouvelle attaque d'ici, ce qui jetterait un doute sur la culpabilité de Hagrid. »
