CHAPITRE 37 : Maléfice

GAUNT Morfin

Ça faisait quelques jours que Morfin Gaunt avait découvert le petit jeu de sa sœur. Depuis quelques temps, elle était toujours volontaire pour aller chercher de l'eau au puits. Sur le coup, Morfin avait pensé que c'était dû à une espèce d'évolution qui aurait poussé Merope à comprendre que le fait qu'elle soit une cracmolle fasse d'elle une créature encore plus abjecte et vile qu'un elfe de maison. Mais la véritable raison n'était pas là et Morfin s'en était rendu compte, un soir, en jetant par hasard un œil par la fenêtre.

Il avait entendu les bruits des sabots avant même de voir l'animal. Au premier abord, il avait cru qu'une licorne ou qu'un centaure venait rôder dans les environs de leur modeste maison mais rapidement, il s'était rendu compte qu'il s'agissait d'un moldu monté sur une jument grise.

Il avait immédiatement compris qu'il ne s'agissait pas d'un hasard. Quatre jours durant, Morfin avait gardé un œil sur sa sœur et sur les allées et venues du jeune moldu et de sa jument. Il avait ainsi compris qu'il passait tous les jours à la même heure. Généralement, il gardait une allure régulière, soit un petit trot soutenu, et ne s'attardait même pas à regarder vers la maison. Quelques fois, il était accompagné d'un garçon aux cheveux blonds ou d'une jeune femme montée en amazone.

Merope ne semblait pas se rendre compte que le moldu ne s'intéressait pas le moins du monde à elle. Il passait simplement son chemin, cravache à la main et tête haute. Il avait probablement beaucoup d'argent et devait se croire bien au-dessus d'eux. Morfin n'aurait certainement pas voulu sa place. Il préférait, et de loin, être un sorcier pauvre plutôt qu'un moldu riche.

« Regarde-la, grogna le père un soir alors que Merope levait les yeux sur le cavalier. Elle se traînerait sous les sabots de son cheval si elle le pouvait. »

Il laissa échapper un grognement de mépris, se racla la gorge et cracha à même le sol. Pour Elvis Gaunt, Merope avait toujours été la honte de la famille, la disgrâce suprême de la descendance de Salazar Serpentard lui-même. Morfin se souvenait avec précisions de la naissance de sa sœur. Ses parents n'avaient pas été enchantés de constater qu'il s'agissait d'une fille, principalement parce que ça signifiait qu'il faudrait la marier, et peut-être, apporter une dot. Le temps passant, ils étaient allés de déception en déception. A l'image des autres membres de la famille, la pauvrette n'était pas particulièrement jolie. Elle avait beau être de sang-pur, personne ne s'attardait à la regarder ou à faire le moindre commentaire flatteur sur son apparence. La plupart du temps, les gens la regardaient avec une moue de dégoût.

Mais il en était de même pour Morfin et Elvis lui-même. Les noueux ne faisaient pas des hippogriffes, sa mère le lui avait répété des milliers de fois.

Lorsque Merope eut dix ans, ils durent tous admettre qu'elle ne développerait jamais la moindre capacité magique. Son père eut beau la pousser à prendre sa baguette en main à plusieurs reprise, jamais elle ne parvint à en tirer ne serait-ce qu'une étincelle.

Aujourd'hui, Merope avait presque dix-huit ans et n'avait toujours accompli aucun sortilège. Sa peine était perdue et, au final, elle ne valait pas mieux que le moldu dont elle s'était entichée. Mais le fait était que Elvis et Morfin avaient nourri l'espoir de la marier à un grand sorcier qui leur permettrait de redorer un peu leur blason.

Si Merope partait avec un moldu alors non seulement leur nom serait à jamais traîné dans la boue mais encore en plus, le sang de Salazar Serpentard lui-même serait corrompu. Et ça, ils ne pouvaient pas l'admettre.

Morfin mit au point son plan dans l'obscurité de la nuit, un soir, alors qu'il était lové sur sa paillasse, il était alors seul face à lui-même. Il tourna et retourna le problème dans sa tête des centaines et des centaines de fois. Lorsque, finalement, à l'aube, la solution lui vint.

La lumière dorée du soleil d'automne venait caresser les vitres, et éclaboussait le visage de Morfin. Il était encore très tôt et, plus loin, son père et sa sœur étaient encore profondément plongés dans le sommeil. Il s'était arrangé la veille pour que les rideaux ne soient pas tout à fait tirés et que la lumière matinale ne vienne réveiller que lui.

Il s'étira, s'assura qu'il avait bien sa baguette sur lui et quitta la maison sur la pointe des pieds. Le jeune moldu avait coutume de se rendre de bonne heure à la rivière où il s'entraînait à l'escrime avec son compagnon aux cheveux blonds.

Morfin se dissimula derrière le tronc d'un arbre afin de ne pas être vu des deux jeunes gens mais ils étaient tellement absorbés par leur jeu qu'il aurait très bien pu se trouver tout à côté d'eux sans qu'ils ne le remarquent. Il les étudia durant ce qui lui sembla une éternité. D'un certain point de vue, il devait avouer que sa sœur avait plutôt bon goût. Le garçon était un beau jeune homme au visage bien fait, à la chevelure sombre et épaisse, élancé, grand, et bien habillé. Une lueur de malice et d'intelligence brillait dans son regard.

Morfin, quelque part, était jaloux, lui dont les yeux divergeaient tellement que jamais personne ne savait s'il regardait les choses en face ou non.

Mais il n'en restait pas moins un moldu et ça, pour un membre d'une famille de sangs-purs, descendants de Salazar Serpentard lui-même, c'était inacceptable. Les quelques doutes qu'il avait ressenti quant à ce qu'il allait faire se dissipèrent immédiatement. Non, Morfin Gaunt ne pouvait pas laisser son nom s'avilir dans le sang des moldus. Il ne pouvait permettre une telle mésalliance et laisser se gâcher la future descendance. Mieux valait que la lignée s'éteigne là.

Il prit une grande inspiration, se lécha les lèvres et, pour se donner du courage, songea à tous ces petits nés-moldus qui ne devraient jamais fouler le sol de la bicoque dans laquelle il vivait en compagnie de son père et de sa sœur.

Morfin Gaunt bondit de derrière son arbre et poussa un hurlement terrifiant. Les deux duellistes cessèrent immédiatement leurs passes d'arme pour se tourner vers lui. Leurs visages ruisselaient de sueur malgré la fraîcheur de l'air ambiante. Tous deux avaient les yeux écarquillés par la surprise. Le garçon aux cheveux blonds baissa son fleuret et ouvrit la bouche, certainement dans le but de demander ce qui était en train de se passer ou qui était cet individu à la triste mine qui déboulait vers eux, brandissant un morceau de bois comme s'il s'agissait d'un revolver.

Morfin ne lui laissa pas l'occasion de produire le moindre son. Du bout de sa baguette, un éclair verdâtre jaillit et le frappa en plein front. Le jeune homme fut projeté en arrière, lâcha son fleuret et s'écrasa dans l'herbe humide de ce début d'automne. Son visage tout entier était couvert de pustules purulentes.

Le second garçon, le cher élu de sa sœur, se mit en position de combat, épée levée et regard braqué sur lui. Si Morfin devait en arriver aux mains avec lui alors il y avait fort à parier qu'il perdrait en un clin d'œil. Mais qu'à cela ne tienne, il n'avait absolument pas besoin de s'approcher autant. Un simple maléfice suffit, touchant le jeune homme en pleine poitrine. Immédiatement, celui-ci serra les bras sur son estomac, poussant d'affreux cris de douleur. Sa voix était rendue rauque par la souffrance tandis que des flots de limaces gluantes glissaient d'entre ses lèvres dans deux douloureux hoquets.

Morfin éclata de rire, leva les bras au ciel et effectua une rapide danse de la victoire avant de déguerpir, la joie au cœur, et la poitrine gonflée par la sensation d'avoir bien agi.


Indice pour le personnage du chapitre 38 : bien qu'il soit lui-même de sang-pur, c'est un grand ami des moldus. Membre de l'Ordre du Phénix et ce depuis sa création, c'est un homme reconnu pour sa justesse et son caractère parfois quelque peu cocasse.