Chapitre 36 – Je Me Souviens Que J'étais Seul Ou Presque
Itachi nous conduisit à la maison où j'appris qu'en réalité, nous venions à peine de déménager ici, à Oto, cet été. Mon frère et Naruto allaient à l'Université et c'était pour ça que j'avais dû changer de lycée. Toutes ces révélations m'avaient un peu étourdis et bouleversé mais maintenant je me reposais dans ma chambre. Une chambre que je ne connaissais pas mais qui, malgré qu'elle fût la mienne durant les trois derniers mois, ne me disait rien. Je n'avais pas de souvenir ici, aucun, même pas un seul.
Je m'installai paresseusement sur le lit, avec hésitation. Vous savez comment je me sentais ? Comme quelqu'un qui envahissait l'espace privée d'un autre. Ce n'était pas chez moi, ce n'était pas ma chambre. C'était celle du moi d'avant. Celui qui avait vécu la dernière année à ma place. C'était ce moi là à qui appartenait cet endroit. Je m'y sentais de trop… et allongé sur le dos, de longues minutes, je considérais mon état et tout ce qui s'en tirait…
Combien de temps allais-je être coincé dans ce néant ? Quand ma mémoire reviendrait-elle ? J'avais peur d'être pour toujours amnésique. Il allait bien falloir qu'un jour je reprenne ma vie en main, que malgré ça, j'aille de l'avant et que je me crée d'autres souvenirs. Ce qui m'embêtait le plus, c'était Naruto. J'étais persuadé d'avoir vécu quelque chose avec lui durant cette année. Que ce soit une chose ou une autre… Un évènement s'était produit qui nous avait rapprochés d'une certaine façon. Avant, il n'avait jamais été si proche et si préoccupé par moi. Il n'aurait jamais donné l'impression de souffrir autant simplement parce que je suis amnésique. J'étais, évidemment, trop coincé et trop timide pour aller directement lui demander, et puis il m'avait dit que ce ne serait jamais comme avant si je ne me souvenais pas de moi-même, alors je décidai que j'allais le découvrir.
Mais comment ? D'abord, il fallait que je me souvienne de cet accident. Accident de voiture ? Non, je ne crois pas… Alors, étais-je tombé sur la tête pendant un de mes cours de sport ? C'était bien moi ça, mais d'un côté cela me semblait illogique, je ne pouvais pas me blesser si durement au point d'être paralysé et amnésique, dans un simple cours de sport au lycée. Et après plusieurs suppositions comme celles-ci, j'en vins à un fait ou une hypothèse qui me laissa le sang froid.
Cet accident était l'œuvre de quelqu'un.
Je sentis des frissons me parcourir la peau et en regardant un peu partout dans cette chambre, je me demandai qui aurait bien pu faire une chose pareille. Je n'étais pas rassuré maintenant, car non seulement je ne cessais de me demander qui pourrait être l'auteur de cet accident, mais aussi, qui pouvait en vouloir autant à ma vie ? En plus, maintenant que j'avais mit le doigt là-dessus, une terrible impression de vérité me hantait. Pareil comme avec Naruto et… notre relation ambigüe.
Deux jointures cognant à ma porte me firent sursauter.
- Toc, toc ! Lança mon frère de l'autre côté.
Je me redressai dans le lit et Itachi entra sans que je n'aie eut le temps de dire quoique ce soit.
- Ça va frérot ? Demanda-t-il en me souriant.
- Hum… Ouais. Je… j'essais de me faire à cet endroit, marmonnai-je en regardant tout autour.
Itachi fit disparaître son sourire pour une minute. Il comprit silencieusement mon sentiment d'être un inconnu dans la chambre de quelqu'un d'autre. Le pire dans cette sensation, c'était que je savais que c'était moi qui y avais vécu ces derniers mois. Mais être un inconnu pour soi-même, c'était encore plus flippant et déstabilisant.
- Il fait plutôt noir ici, constata mon frère.
Je le regardai se diriger vers la fenêtre. Il se pencha et ouvrit les rideaux pour laisser entrer la lumière fade du soir. Je le remerciai faiblement même si, éclairé ou pas, je ne m'y sentais pas mieux.
Il se tourna ensuite vers moi après être retourné près de la porte.
- Comment te sens-tu ?
- Comme quelqu'un qui n'est pas à sa place, balbutiai-je.
Itachi perdit son semblant de sourire. Mais il ne dit rien. Il se contenta de soupirer tout bas, de s'approcher de me passer une main tendre dans les cheveux en chuchotant:
- Tout rentrera dans l'ordre.
Je m'étendis de nouveau sur le lit. Itachi resta quelques minutes planté là, à me regarder, puis il tourna les talons et repartit en laissant la porte de ma chambre entrouverte.
Après de longues minutes, je me redressai et fixai le tiroir de mon bureau de travaille. Pourquoi sentais-je comme une attirance vers ce tiroir ? J'avais l'impression que j'y avais laissée quelque chose là, qu'il me fallait regarder pour découvrir une vérité ou je ne sais encore. Tout mon corps me poussait à l'ouvrir et, malgré moi et ravalant ma salive, je me levai de mon lit, posai mes pieds nus par terre, et franchis les quelques pas vers mon bureau.
J'attrapai le tiroir et l'ouvris d'un coup sec.
Un petit nuage de poussière s'éleva et je regardai à l'intérieur avec une curiosité presque maladive. J'en ressortis un crayon et quelques dessins, gribouillages que je reconnus étrangement, faits de ma main. Puis, je plongeai ma main tout au fond, et mes doigts touchèrent une sorte de petit livre. Je l'attrapai et le sortis du tiroir. Après l'avoir fixé et observé dans tous les angles possibles, je fronçai les sourcils.
Un journal ?
Quelques jours se sont écoulés et je n'avais pas touché une seule fois à ce mystérieux journal. Pour tout dire, il me faisait plus peur qu'autre chose. Il ne m'appartenait pas. C'était l'autre Sasuke qui l'avait laissé dans ce tiroir, espérant le reprendre et continuer sa vie une fois rentrée. Sauf qu'il n'était jamais rentré. Il avait eut un accident et c'était moi qui étais rentré à sa place. Je me sentais toujours aussi coupable d'occuper cette chambre qui n'était pas la mienne mais bon, je dus m'habituer…
Miraculeusement, je n'eus besoin que d'une séance de rééducation avec le médecin pour pouvoir remarcher. Il me l'avait dit de toute façon, que ce n'était rien de grave et que j'allais remarcher très rapidement, et le constater par moi-même me remonta un peu le moral.
J'étais par contre un peu faible sur mes pieds et parfois j'avais des étourdissements mais une semaine passa et j'étais prêt à affronter autre chose: l'école. Il fallait bien que j'y retourne sinon j'allais avoir un trop gros retard à rattraper. Mon frère me consola en me disant que j'étais intelligent et que je n'allais pas avoir de problème mais, si je l'étais, je ne manquais pas de me rappeler que je n'avais pas seulement un petit retard insignifiant de cinq ou quatre jours. Mais bien de un an, et si un jour l'école m'eut fait peur et m'intimidait parce que j'étais timide et incapable de socialiser, maintenant, avec tout ce qui m'était arrivé, j'étais terrorisé.
Cependant le lundi 12 novembre arriva assez tôt et je me réveillai, ce matin-là, avec une migraine horrible et une nausée à en tomber par terre. Mais ce n'était que la nervosité qui me causait ça. J'avais demandé à mon frère qu'il demande à ce qu'on me change de classe et qu'on me mette un niveau plus bas, mais il m'a dit que je serais capable de continuer où j'en étais rendu avant mon accident. J'en doutais fortement, et cela ajoutait à mon stress.
Ce matin, je m'habillai normalement, espérant passer inaperçu. Itachi m'avait dit que j'avais des amis à cette école. Une certaine Karin, fille banal avec des cheveux rouges flamboyants et des lunettes, facile à reconnaître. Selon mon frère, j'aurais aussi deux autres camarades de classes avec qui j'avais tissé des liens. Un garçon du nom de Suigetsu et un autre Juugo. Je ne savais pas, au début, comment mon frère savait tout ça, et il m'avait dit que c'étaient eux qui étaient venus à l'hôpital pendant mon coma pour avoir de mes nouvelles. Cela me donna un peu de courage, sachant qu'il y avait quelqu'un qui se souciait de ma vie.
Je descendis en tenant bien la rampe de l'escalier et une fois en bas, je constatai que mon frère était déjà parti. Il allait à l'université, maintenant, et il faudrait bien vite que je m'y fasse. Ce n'était pas facile après tout, non? Un an s'était écoulé en un clignement d'œil. Je voyais ma vie partir, s'envoler comme de la fumée et ça, c'était avant que je ne me rende compte qu'elle s'était déjà envolée avant que je n'aie ouvert les yeux.
Sortant dehors, j'aperçus Deidara, le petit frère de Naruto. Itachi m'avait aussi dit que Deidara était un ami à moi depuis l'année dernière. Je savais qu'il y avait des choses qu'on ne me disait pas, car Deidara comme Itachi comme Naruto semblaient tous plus souffrants les uns que les autres et je savais pertinemment que cela avait un lien avec mon accident. Ils affichaient toujours des têtes d'enterrement et quand je demandais ce qui n'allait pas, ils me montraient un sourire terriblement faux en me disant « Non ce n'est rien, ne t'inquiète pas ». Comment ne pas m'inquiéter ? Je me réveille un beau jour, avec la mémoire de partie. On m'apprend que j'ai eut un accident – et encore là, on ne me dit même pas quel genre d'accident, quelle en était la réelle cause – et en plus, une année entière de ma vie m'a échappée. Comment devais-je me sentir, quand on me disait des trucs comme ça ? Ne pas m'inquiéter ? Ne pas me poser des questions ?
C'était en partie les raisons qui faisaient que depuis mon réveil, je n'étais pas d'humeur très joviale bien que je m'efforce de paraître heureux avec ceux que j'aimais.
Deidara me souriait quand je m'avançai vers lui. Visiblement, il m'attendait puisqu'il était appuyé contre le mur. Le sac sur le dos, il s'exclama:
- Prêt ?
J'haussai les épaules et nous commençâmes à marcher.
- C'est p-parce qu'il le faut… murmurai-je timidement.
- Je sais que ce n'est pas facile. Mais tu as des amis.
- Ça aussi, c'est encore nouveau pour moi.
- Sasuke tu n'avais jamais eut d'amis avant ?
Je secouai la tête.
- Non, jamais…
- Mais tu sais, moi non plus. Enfin, si, mais j'ai décidé de les laisser et de ne plus en avoir.
Stupéfait, je tournai la tête en sa direction. Tout en mettant un pied devant l'autre, Deidara regardait droit devant lui, et en le regardant, je me rendis compte que nous jouions inconsciemment à un de mes jeux préférés lorsque j'étais gamin: sauter les lignes du trottoir.
Je reposai mon regard devant moi.
- Je suis désolé, Deidara.
- Hein ? Mais pourquoi Sasuke ?
- J'ai… la désagréable impression que… que toi et moi avions un lien très fort mais que… J'ai tout oublié… Tu es pratiquement un inconnu pour moi, maintenant.
Deidara parut blessé par mes mots. Il me regarda un petit moment puis détourna le regard. Je me sentis rejeté.
- Ce n'est rien. Je comprends. Et ce n'est pas de ta faute.
- Alors qui est le fautif ?
- Pardon ? Lâcha-t-il.
- Il doit bien y avoir un fautif. À chaque fois que je dis que je me sens désolé d'avoir oublié tout, vous me dites que ce n'est pas de ma faute. Alors à qui est-ce ?
- P-Personne ! S'empressa-t-il de répondre rapidement certes pas assez pour que je ne sente pas cette étrange nervosité dans sa voix.
Je n'insistai cependant pas. Je restai silencieux jusqu'à ce que nous fussions rendus au lycée. Devant celui-ci, je crus me rappeler de quelques détails. À ma pensée, un visage se matérialisa. Un visage de fille. Des traits ronds et fins à la fois. Un adorable nez rose et des yeux émeraude, de longs cils et des cheveux de la couleur des cerisiers.
Fermant les yeux, j'essayai de me remémorer. Ce souvenir semblait bondir en moi et je tentai de l'attraper en plein vol…
Je tournai la page de mon journal pour continuer d'écrire sur la suivante, mais une jeune fille venait d'arriver près de moi. Je levai les yeux vers elle. Elle portait des vêtements entièrement roses, avec les cheveux en prime de la même couleur. Elle souriait et me faisait un signe de main.
Je souris maladroitement en pointant la place libre à ma gauche. C'était ce qu'elle attendait, non ?
- Assieds-toi là, dis-je.
- Merci !
Elle prit sa place et déposa son sac – ROSE – par terre entre nos sièges. Puis elle releva la tête et les bras pour venir attacher sa crinière bien haute sur son crâne. Le visage dégagé, je pus ainsi voir qu'elle était jolie. Mais n'allez pas vous imaginez des trucs: j'étais toujours gay et amoureux de Naruto !
Je souris et me remis à écrire mais je n'avais pas inscrit un mot qu'elle commença la conversation.
- Je suis nouvelle ici, dit-elle. Je m'appelle Sakura. Sakura Haruno.
Je tournai la tête de nouveau.
- Enchanté, moi c'est Sasuke.
- C'est un beau nom !
- Euh… M-merci.
- Tu peux me parler de l'école ?
Je relevai la tête – que j'avais inconsciemment baissée. Elle fixait Kakashi Hatake qui lui écrivait les notes de cours au tableau. Il était à peine 8h15, le cours n'était pas encore commencé et je soupirai à voir toutes ces notions… Sakura me ramena à elle et je me rendis compte – avec un petit sourire timide – que je m'étais une fois de plus perdu dans mes pensées.
- Il est sexy le prof, dit-elle avant que je n'aie le temps de répondre à sa première question.
- M-mais, il a 35 ans… dis-je, un peu intimidé par cette phrase si naturelle dans sa bouche.
Elle rigola et se tourna vers moi. Un sourire de prédateur était suspendu à ses lèvres.
- Oui, je m'en doutais bien. Mais tu sais, Sasuke, continua-t-elle. J'aime les hommes plus vieux.
- P-pourquoi ?
Elle se pencha pour me confier un secret.
- Tu crois que j'irais me donner à un immature de 15 ans ? Sans te vexer, poursuivit-elle en attrapant affectueusement mon poignet.
- Je vois…
- Tu vois ? Répéta-t-elle.
- En faite je te comprends, repris-je.
Elle afficha un air surpris. Mes joues s'empourprèrent et mon cœur reprit de vitesse. Sakura était curieuse de savoir pourquoi je prétendais "comprendre". Elle me fixait, avide de connaître mon secret, souriant d'une façon étrange. Je me penchai pour lui dire, même si j'étais un peu hésitant, mais de toute façon, à qui allait-elle répéter cela après ? Elle était nouvelle… Et sans trop savoir pour quelle raison précise, j'avais envie de lui dire, de me libérer enfin de ce fardeau…
Je me penchai mais la cloche retentit et je sursautai.
- Hey, rigola-t-elle tout bas. Qu'allais-tu me dire à l'instant ?
Son sourire me fit un effet bizarre. Je n'avais jamais eut d'amis… et pourtant j'avais l'impression d'être déjà complice avec elle, de la même façon dont je l'étais avec Itachi.
Les derniers élèves – qui déambulaient encore dans le corridor – entrèrent et prirent place alors que Kakashi Hatake ferma la porte.
Je me tournai vers Sakura.
- Je… Je te le dirai plus tard.
- Plus tard, promis, hein ? Répéta-t-elle avec un sourire amusé et chaleureux et je restai là à la regarder les yeux grands ouverts, acquiesçant lentement.
Je n'y croyais pas: quelqu'un était venu me parler… J'avais l'habitude d'être rejeté et toujours seul. Aujourd'hui, quelqu'un me voyait enfin. Je n'étais plus invisible !
Mon cœur battait d'une façon que je ne connaissais pas. Pas d'embarras, pas de gêne… Juste de soulagement… ou simplement parce que j'étais heureux et rassuré de ne pas être totalement seul finalement.
- Oh wow, Sasuke ! C'est qui lui, ce mec hyper canon ? s'écria une voix et je sursautai en me retournant.
J'étais à mon casier en train d'y ranger mes choses. Sakura avait vraiment l'allure d'une fille digne d'un film d'ado. En la regardant, même, j'étais intimidé: jupe très – et j'insistai sur le mot – courte, débardeur décolleté où on voyait un peu trop de son… buste, disons le comme ça, et le maquillage osé. Ses bras nus et ses jambes également à découvert étaient très provocateurs et je me sentais presqu'embarrassé de parler avec elle…
Pour l'instant, je me concentrai sur ce qu'elle venait juste de dire et tournai la tête dans la direction qu'elle regardait. Je roulai des yeux.
- Tu parles du grand brun, là-bas ?
- Oui ! Nom de Dieu, quelle bombe !
- C'est mon frangin, dis-je en m'appuyant sur le casier voisin.
Sakura s'appuya à côté de moi et nous nous mîmes à discuter.
- Ton frangin ? s'étonna-t-elle. Eh ben, c'est vrai qu'il te ressemble à bien le regarder.
- On me le dit souvent, dis-je en baissant la tête, jouant avec le coin de mon livre de français.
Mes pieds étaient collés l'un contre l'autre. Sakura était une fille intéressante, je me demandais pourquoi elle perdait son temps avec moi.
- Oh regarde, celui-là il est pas mal hein ?
Lorsque je relevai les yeux, je crus laisser tomber tout ce que j'avais dans les mains: Naruto venait d'arriver auprès de mon frère et de leur petite bande. Il était en short, en camisole et en sueur… Même après ses entraînements, il était toujours aussi magnifique !
- Tu vois le roux qui vient de se joindre à eux ? Continua Sakura mais je ne l'entendais que d'une oreille. Eh bien, c'est mon frère.
Mon frère en avait de la chance d'être avec lui 24 heures sur 24… Je donnerais n'importe quoi pour que ce sourire si naturel me soit destiné.
- Il s'appelle Sasori et il a 17 ans.
J'entendais sa voix d'ici. Il rigolait avec ses amis, juste de l'autre côté du corridor. Sa voix qui me hantait, qui me possédait.
- Dis donc, Sasuke, tu m'écoutes ?
Le dernier mot me tira de mes rêveries et je tournai la tête vers ma nouvelle amie. J'avais sans doute l'étoffe d'un parfait idiot à ce moment-là, mais j'avais surtout les joues rouges.
- Q-quoi ?
Sakura me fixa quelques secondes. Je n'aurais pu dire avec exactitude ce qu'elle cherchait tant dans mon regard, mais ça me faisait un peu flipper car j'avais la désagréable impression qu'elle devinait le plus profondément caché de mes secrets. Comme si dans mes yeux, étaient inscrits chacun des mots que j'écrivais dans mon journal.
- Oh je vois, souffla-t-elle sur un ton curieux.
- Qu'est-ce que tu voix, exactement ? répétai-je tout bas.
Je m'empressai de lui tourner le dos pour finir de ranger mes cahiers. La journée touchait à sa fin encore, et je n'avais pas pu déjeuner avec Naruto aujourd'hui. Il avait eut un entraînement. J'étais déçu, mais après tout, et j'en avais conscience, Naruto avait une vie bien chargée dans laquelle je ne figurais pas.
Je soupirai tristement.
- Sasuke ? Insista Sakura. Je crois avoir deviné.
- T'as le béguin pour mon frère ? Dis-je pour changer de sujet. C-Ce n'est pas grave, il n'a pas de petite amie, alors fonce !
- Je ne te parle pas de moi, s'exclama-t-elle.
- A-Ah bon ?
Je la regardai. Elle soupira en roulant ses émeraudes.
- Ne fais pas l'idiot.
- Je ne vois pas de quoi tu veux parler…
Du coin de l'œil, je vis Naruto me faire un signe de la main alors qu'il tournait les talons pour partir avec ses amis. Je crus que mon cœur s'était arrêté. Mon visage changea du tout au tout et devint rouge pivoine. J'aurais pu m'évanouir, à ce moment précis. Il… m'avait… salué !
- Hé oh, la terre appelle Sasuke ! Rigola Sakura en claquant des doigts devant mon visage. Je suis nouvelle et on ne se connait que depuis aujourd'hui, mais même moi, une pure inconnue, peut le dire avec certitude, tu… es… dingue… de… ce… mec ! Continua-t-elle en séparant chaque syllabe.
- Mais non, soufflai-je en retournant à mon rangement. Je ne suis pas gay, de toute façon…
- Ça, c'est comme dire que la couleur de mes cheveux est discrète !
Je tournai mes pupilles vers elle. Elle souriait. J'étais découvert. Mon secret n'était plus un secret. Et comme pour l'afficher encore plus, mon journal, qui était en équilibre sur la tablette de mon casier, tomba et s'écrasa par terre, s'ouvrant sur la deuxième page: hier soir.
Sakura, intriguée, se pencha, le ramassa et se releva, les yeux rivés sur mes phrases. Je ne pouvais pas être plus écarlate.
- Je ne peux toujours pas y croire ! Naruto et moi avons fait le chemin du retour ensemble ! J'étais si timide et stressé que…, lit-elle.
- Tu te permets ! m'écriai-je, rouge de honte en reprenant mon journal si important, l'arrêtant dans sa lecture. C'est ma vie privée !
Je le mis dans mon sac et refermai rapidement la fermeture en faisant bien attention de ne pas me coincer l'écharpe comme hier.
Elle ricana et je grognai: comment pouvait-elle s'incruster comme ça dans mon intimité ?
Elle se pencha et me confia un secret, tout bas dans l'oreille:
- J'ai deux billets pour la partie de basket de ce soir, dit-elle. Tu voudrais venir voir ton beau chevalier sur le terrain ? Il doit être torride au jeu, en action… Tu vois ce que je veux dire !
Mes yeux s'écarquillèrent et je devins cramoisi.
- T'es pas nette ! m'écriai-je. Comment peux-tu dire des choses si …
- Très peu catholique ? continua-t-elle à ma place.
Elle rigola.
- Mais voyons, Sasuke, nous ne sommes plus à l'âge de pierre. Ce n'est plus un secret que les hommes et les femmes ont envie de faire des choses comme ça. Enfin, moi j'aimerais bien avoir un de ces beaux joueurs de basket dans mon lit !
Elle pouvait bien plaisanter, moi je lui trouvais un air… de prédateur. On aurait dit qu'elle voulait se les faire un après l'autre. J'avais des frissons partout sur mon corps.
Je sentis quelqu'un me secouer et aussi brutalement cette image fût apparue à mon esprit, je sortis de cette sorte de transe. Ces flash back n'étaient pas seulement des images, c'était comme un film que je venais de voir, comme si j'étais retourné dans le passé et que je venais de revivre ces scènes. Et mon sourire ne pouvait pas être aussi grand. Et si j'avais l'impression d'omettre un détail important, pour le moment, il me laissait indifférent et je m'empressai de me tourner vers Deidara.
- Deidara ! M'exclamai-je, les yeux pétillants.
Il partagea mon excitation.
- Un souvenir t'es venu ?
- Oui !
Il se mit à sautiller en criant des : « c'est génial ! ». Nous nous empressâmes de traverser la rue et rejoindre le lycée. Une fois que j'atteignis la grille, je pris la main de mon « ami » et me précipitai vers les portes du lycée. Quelque chose clochait. Quelque chose n'était pas comme dans mon souvenir, mais je ne me demandais pas quoi, je me tournai plutôt vers Deidara après avoir couru quelques mètres.
Essoufflé comme moi, il demanda, impatient:
- Alors ? Tu t'es souvenu de quoi ?
Un petit nuage de fumée blanche sortit de ma bouche quand je parlai:
- Itachi s'est trompé quand il m'a parlé de mes amis du lycée.
Je tournai les yeux vers le bâtiment. Bien qu'il me semblât étrangement différent que dans mon souvenir, je ne pus m'empêcher de laisser ma joie et mon bonheur me posséder. Je fixai longuement les élèves qui entraient dans l'école, tous prêts pour la première journée de la semaine. Mon cœur battait la chamade et mon sourire était réel aujourd'hui, et surtout en ce moment, quand je déclarai, plein de fierté:
- La fille dont Itachi m'a parlé, qui est ma seule amie ici dans cette école, elle ne s'appelle pas Karin. Je me souviens maintenant ! Elle s'appelle Sakura ! Vite, viens, il faut que je la retrouve ! Elle doit être inquiète à mon sujet !
Je lui attrapai la main et, sans lui laisser le temps de penser ou de réagir, je l'entraînai dans le lycée et à travers les corridors.
Ma mémoire ne pouvait pas me tromper.
