Bonjour tout le monde ! J'espère que vous avez passé de bonne fêtes de Noël et que vous êtes fin prêts pour le réveillon du Nouvel An !

Je n'aurai pas le temps de poster demain donc je le fais aujourd'hui.

Et je pense que je vais commencer à m'excuser platement de la tournure que prend cette fic...


Je suis toute seule dans cette maison au milieu de nulle part. Aussi loin que puisse porter le regard, il n'y a rien d'autre qu'une immense étendue de genêts, bruyères et ajoncs, parfois parcourue par un vent âpre et rageur. Mais cela ne me gêne pas. Il m'a fait conduire ici en me disant que je serais à l'abri, que personne ne me trouverait là et qu'il m'y rejoindrait.

J'ai de quoi m'occuper, la bibliothèque regorge de livres divers et variés mais je n'ai pas le cœur à lire. La télé jappe toute la journée en sourdine et dès que j'entends un flash info, j'ai le cœur qui défaille et le souffle me manque. Ma chair hurle à l'idée de ce qu'il est en train de subir en ce moment. Il m'a dit qu'il reviendrait et je sais qu'il le fera, il n'est pas homme à se jeter dans la gueule du loup sans avoir tout prévu. Mais cette attente me ronge d'autant plus que je ne peux rien faire. A quoi bon d'ailleurs ? Certaines personnes se doutent vaguement de mon existence, d'autres la connaissent et parmi ces dernières je pense qu'une seule sait exactement où je suis actuellement. Elle n'a rien dit à personne et je sais bien pourquoi. Mais ce que je veux, moi, c'est que l'homme qui est mien tout autant que je suis sienne me revienne entier. Ni plus, ni moins.

Alors j'attends. Depuis plusieurs semaines maintenant mais j'attends…

J'ai passé quelques jours à naviguer au radar puis je me suis reprise et j'ai organisé mes journées en balades, lectures et j'ai même commencé un petit mémoire sur la transcription du style Rococo dans les peintures de Liotard, Lancret et Nattier. Même au milieu de nulle part, j'ai une bonne connexion Internet (sécurisée paraît-il) et je peux faire des recherches des heures entières. Il me manque une bibliothèque spécialisée mais j'ai déjà de quoi dégrossir et ainsi je ne perds pas la main. Et j'ai commencé à écrire ce journal, pour ne rien oublier. Je n'ai pas envie de me retrouver à radoter devant un écran en regardant des programmes de télé-réalité. En fait, je ne l'allume que pour les infos et quelques films.

C'est arrivé. J'étais en train de farfouiller dans la cuisine, la télé en arrière-fond sonore lorsque j'ai cru entendre un nom qui m'a statufiée sur place, le cœur battant. J'ai tendu l'oreille puis me suis précipitée dans le salon.

Et j'ai vu.

Je les ai vus. Sherlock et James. Mes pires craintes, mes angoisses les plus sombres ressurgissaient avec fracas. L'un contre l'autre, le choc des titans, une bataille sans pitié. J'ai vu l'arrogance, le dédain, la malignité, la suffisance, j'ai vu deux effroyables intelligences se heurter et se déchirer à pleines dents. J'étais recroquevillée sur le canapé, pétrifiée de peur et seule une douleur subite m'a fait réaliser que je m'étais mordu les poings au sang. L'un était accusé, l'autre le témoin et je savais qu'il n'y aurait pas de survivant à cette bataille violente, pleine de rage sous-jacente et feutrée. Et puis j'ai compris tout ce qu'il avait fait, tout ce qu'on lui reprochait et j'en ai eu de telles nausées que je me suis retrouvée la tête dans la cuvette des toilettes à vomir de la bile. Je crois bien que je vomissais aussi mon dégoût de moi-même, de m'être autant voilé la face parce je continue à croire que si je l'avais vraiment voulu j'aurais tout su depuis le début. Et ce que j'essayais d'expulser aussi, c'était mon amour pour cet homme auquel, quoi qu'il ait fait, je demeurais malgré tout viscéralement attachée.

Et je crois bien que c'est là que j'ai basculé de l'autre côté. Pas du «mauvais» côté. Juste de l'autre côté. Tout ce qu'on m'avait appris, toutes les règles, tout ce qui fait de nous des individus aptes à vivre en société, tout cela je l'ai définitivement envoyé aux orties. Et je l'ai fait en toute connaissance de cause : je pouvais prendre la voiture et partir sans laisser d'adresse, je pouvais lui signifier que je ne voulais plus jamais entendre parler de lui mais je ne l'ai pas fait.

Parce que je l'aimais et je l'aime toujours.

Je sais bien que toute personne sensée me regardera avec horreur et dégoût ou pensera que je me raccroche désespérément à cet homme parce que, vu mon physique, je n'ai rien trouvé d'autre et que je suis débordante de reconnaissance à l'idée que l'on s'intéresse à moi. Je sais bien que pour l'immense majorité des gens, on ne peut aimer un tel homme. Je pourrais me faire passer pour une petite chose énamourée et manipulée, une petite chose stupide qui se raccroche à un semblant d'amour dispensé au compte-gouttes par un homme plus souvent absent que présent, un homme qui balaye tous ceux qui se trouvent en travers de sa route sans état d'âme aucun. Je ne tire aucune gloire d'avoir croisé son chemin et d'être restée avec lui alors qu'à en croire les journalistes, c'est un homme à n'avoir aucune attache d'aucune sorte.

Mais je suis bien là moi.

Je l'ai entendu gémir mon nom à mes oreilles, caresser ma peau, se perdre en moi, dormir totalement abandonné, tranquille et serein. Ce n'est pas qu'une question de sexe, il ne doit certes pas être le seul homme aussi doué au lit, je ne suis pas niaise au point de croire le contraire. Ce n'est pas non plus une question «d'âme-sœur» ou autre guimauverie du même genre. C'est juste lui et moi, lui et personne d'autre. Et si j'ai été révoltée par ce dont il est accusé, si cela m'a rendu physiquement malade, si je ne lui cherche ni ne lui trouve aucune excuse boiteuse, je veux juste qu'il me revienne. Il m'a dit une fois que j'étais la petite lueur qui l'empêchait de sombrer dans la folie mais je crois que je ne brille pas assez fort pour empêcher qu'elle ne l'engloutisse un jour. Mais ce jour n'est pas arrivé et tant qu'il me restera de la chair et un semblant de souffle je serai avec lui. Pas pour sauver une «âme en détresse», il y en a qui font ça très bien.

Mais juste parce que j'ai autant besoin de lui qu'il a besoin de moi.

J'ai passé les jours suivants vissée devant la télé à guetter chaque reportage, chaque flash d'info, chaque parcelle d'information le concernant. Je ne mangeais plus, je dormais à peine, c'est comme si j'étais en hibernation en attendant le verdict.

Il est tombé il y a deux jours. J'ai résisté pendant longtemps, je me suis battue contre moi-même mais la danse macabre des couteaux a recommencé.

J'ai mal. L'intérieur de mes bras ne ressemble plus à rien.

J'attends.

Et puis hier soir j'ai entendu un bruit de moteur devant la maison. Je suis descendue en vitesse de la salle-de-bains où je venais de terminer mes pansements et le temps que j'arrive en bas, la porte s'est ouverte à la volée. Je n'ai pas crié, je n'ai pas pleuré, je me suis juste ruée vers lui, sur lui. Je l'ai littéralement pris d'assaut et il a vacillé sous la violence du choc. J'étais collée contre lui comme si je voulais me glisser sous sa peau, comme si je voulais, par ma propre chaleur, lui faire réaliser que j'étais bien là, que je ne l'avais pas abandonné. Nous ne disions rien, uniquement occupés à retrouver le corps de l'autre, sa chaleur, ses volumes, toutes ces sensations qui nous avaient tellement manqué tout ce temps. Mes mains fiévreuses parcouraient ses épaules, son dos et lorsque j'ai caressé son visage, j'en ai oublié de lui cacher ce qui devait l'être. Le résultat a été immédiat : il m'a repoussée, a doucement saisi mes poignets et a tourné l'intérieur de mes bras vers lui. Je me suis figée, prête à l'affronter à ce sujet, mais il n'a rien dit. Il a juste posé sa main sur ma joue.

Lorsque je l'ai plus attentivement dévisagé, le froid est revenu s'installer en moi : ses yeux étaient vides, morts, deux puits insondables sans lumière aucune. J'ai muselé ma peur et mon chagrin et lui ai doucement caressé le visage.

- Que s'est-il passé ?

- Rien.

- Mais…

- Rien, m'a t-il coupé, il ne s'est rien passé.

Et il s'est éloigné. J'en aurais hurlé de rage mais je n'ai rien dit tandis qu'il se dirigeait lentement vers la salle-de-bains et s'y enfermait. Lorsqu'il en est ressorti en jean et polo noir il avait à la main ses précédentes affaires qu'il a enfournées dans un sac poubelle qu'il est allé déposer dehors. Puis il est revenu et s'est assis dans le canapé, muet et rigide.

Je n'allais pas passer la soirée à le regarder sans rien faire. Je me suis assise à ses côtés, il n'a même pas tourné la tête. Il fixait le vide, bouche close, visage de marbre. J'ai légèrement passé mes doigts dans ses cheveux et moi qui étais tellement affamée d'un contact même minuscule, je me suis bien gardée d'investir ses genoux comme je le faisais avant. Je me suis juste autorisé cette caresse légère et douce et puisqu'il ne me demandait pas de cesser, je continuais. Au bout d'un long moment, il a tourné la tête vers moi.

- Pourquoi es-tu restée ?

- Tu le sais bien.

- Tu as entendu, tu as vu…

- Je suis là. Toi aussi. Et je me fous totalement du reste.

Il a à nouveau tourné la tête et s'est tu. Je n'en pouvais plus.

- Tu as dit un jour que j'étais une petite lueur qui t'empêchait de sombrer dans la folie. Mais j'ai l'impression de ne plus briller, tes yeux sont morts et vides.

- Je ne suis pas fou Margot, du moins pas encore. Je flirte avec la frontière mais je ne l'ai pas encore franchie.

- Mais alors que s'est-il passé ? Tu me le dis ?

- Non.

- Mais pourquoi ?

- Tu n'as pas à savoir.

- Mais nous ne partageons rien !

- Pas ça !

- Et tu vas rester comme ça ? Aussi froid qu'un iceberg ?

- Je ne sais pas. Ça va passer.

- Non, ça ne va pas passer ! Ecoute-moi s'il-te-plaît, ne fais pas ça !

- Non.

- Mais merde quoi ! Je ne suis pas en cristal, je ne vais pas me briser !

- Je t'ai dit non, ne me force pas à te le répéter à nouveau.

- Si, dis-moi ce qu'il s'est passé ! Je jure que je vais te poser la question jusqu'à ce que tu cèdes !

Je m'attendais à tout sauf à ça : il a quasiment rugi puis m'a rudement attrapée par les épaules avant de me grincer à l'oreille :

- Tu veux savoir ? Et bien écoute mais ne viens pas te plaindre ensuite !

Et il a commencé à chuchoter à mon oreille. Je me décomposais au fur et à mesure, au bout d'une minute il m'a empêchée de me boucher les oreilles, au bout de deux il m'a empêchée de partir en courant et il parlait encore et encore. Lorsqu'il m'a enfin lâchée, je me suis levée d'un bond et suis partie m'enfermer dans la salle-de-bains. J'étais secouée de nausées et me suis aspergé le visage d'eau froide. J'étais en train de me sécher lorsque je l'ai entendu tambouriner à la porte. Il m'a demandé d'ouvrir, j'ai refusé. Il n'a pas insisté mais une micro-seconde plus tard, je l'ai entendu se jeter contre la porte. Au bout de quatre essais, il l'avait arrachée de ses gonds et entrait avec fracas. J'étais assise par terre, adossée au tablier de la baignoire et je l'ai regardé. Il n'a rien dit, s'est simplement assis à l'autre bout de la pièce et m'a fixée. Je ne baissais pas le regard.

- Tu n'as pas peur.

- Non.

- Pourquoi ?

- Je ne sais pas. C'est comme ça.

- Tu devrais pourtant.

- Peut-être.

- Sais-tu qu'on m'a suggéré de te faire disparaître, de me débarrasser de toi ?

- Et tu ne l'as pas fait. Pourquoi ?

Il a soupiré. Drôle de conversation dans un drôle d'endroit.

- Je ne peux pas. Tu es… un événement improbable, quelque chose qui ne devait pas arriver et qui pourtant est bien là. Tu ris, tu pleures, tu bavardes, tu te mets en colère, tu chantes dans la rue, tu sautes dans les flaques de pluie, tu cours derrière les pigeons, tu bois le lait à même la bouteille, tu as petit-à-petit pris place dans ma vie d'une façon telle que j'ai l'impression qu'avant toi, il n'y avait pas grand-chose. Tu m'affrontes sans peur, tu te moques de ce que je suis, tu as envahi mon espace et je suis très étonné de me rendre compte que ça ne devrait pas être et pourtant… Tu es solaire et je ne suis qu'ombre et froidure. Je ne voulais pas que l'on sache que tu es mon point faible, une paille dans l'acier et c'est pourquoi je t'ai demandé de venir ici. Tu es à l'abri parce que s'il t'était arrivé quelque chose à Londres, je n'aurais plus répondu de rien. Et tu sais comme je peux être…

J'ai hoché la tête, toujours muette. Oui, maintenant je le savais. Il a continué, je l'avais très rarement entendu parler autant. Il s'est rapproché de moi.

- Margot, je suis désolé pour ça (il a touché mes oreilles), pour ça (il a doucement passé l'index sur mes pansements), et pour ça (il posé sa main sur mon cœur).

Il m'a attirée contre lui et là j'ai pu pleurer de tout mon saoûl. Il me caressait doucement le dos et les cheveux en attendant que je me calme. J'ai essuyé mes yeux, me suis mouchée et nous sommes retournés nous asseoir dans le canapé. Je n'osais toujours pas m'installer sur ses genoux mais c'est lui qui en a pris l'initiative. Me retrouver dans cette position familière, entendre à nouveau les battements de son cœur, je n'en demandais pas plus.

- Je me demandais si tu allais rester.

- Je t'ai dit que oui.

- Mais c'était avant.

- Et alors ? Je suis toujours là.

Il a hoché la tête sans répondre puis a posé sa bouche dans mes cheveux. Un silence lourd de questions nous a enveloppés mais aucun de nous ne voulait le rompre. De toute façon, je pense que tout avait été dit du moins tout ce que nous étions en mesure d'exprimer. Le reste relevait de l'indicible et je n'avais pas envie d'y aller.

Nous nous sommes couchés peu après. Je n'avais pas la tête à d'ardentes retrouvailles et lui non plus. Je m'attendais à ce qu'il m'enlace comme à son habitude mais il est resté allongé sur le dos, les yeux grands ouverts fixant le plafond. Lorsque je lui ai demandé si ça allait, il ne m'a pas répondu et s'est tourné de l'autre côté. J'ai patienté un petit peu puis je me suis coulée contre lui, chaque pouce de mon corps épousant le sien. J'avais l'impression d'enlacer un morceau de bois tant il était crispé et tendu. J'ai mis longtemps avant de m'endormir mais lorsque j'ai sombré je suis sûre qu'il avait les yeux ouverts.