Hello!
Je ne me sens décidément pas très efficace au niveau du rythme de publication XD Mais je fais de mon mieux, je vous jure que je fais de mon mieux. Et merci pour toutes vos reviews, parce qu'une fois encore je n'ai pas réussi à trouver le temps de répondre à tout le monde. J'essaye de répondre quand il y a des questions, cela dit. Et vraiment, vraiment, j'apprécie votre enthousiasme pour cette histoire.
Enjoy & Review!
"It was one thing to make a mistake; it was another thing to keep making it. I knew what happened when you let yourself get close to someone, when you started to believe they loved you: you'd be disappointed. Depend on someone, and you might as well admit you're going to be crushed, because when you really needed them, they wouldn't be there. Either that, or you'd confide in them and you added to their problems. All you ever really had was yourself, and that sort of sucked if you were less than reliable."
― Jodi Picoult, Handle With Care
C'était une chose de faire une erreur, tout à fait une autre de continuer à la répéter. Je savais ce qui arrivait lorsqu'on s'autorisait à devenir proche de quelqu'un, lorsqu'on commençait à croire qu'il nous aimait : on était déçu. Compter sur quelqu'un … Autant dire que l'on s'apprêtait à être réduit en miettes, parce que lorsqu'on aurait réellement besoin de lui, il ne serait pas là. Soit ça, soit vous vous confiez à lui et vous lui causiez davantage de problèmes. Tout ce qu'on avait vraiment, c'était nous-même et si vous étiez moins que fiable, ça craignait un peu.
― Jodi Picoult, Handle With Care
Chapitre 37 : Less than Reliable
Harry s'enfouit davantage sous les couvertures et éteignit l'alarme pour la troisième fois.
« Tu vas être en retard, Prince ! » avertit MacNair, quelque part derrière les épais rideaux qui faisaient de son lit un confortable cocon .
S'aventurer à l'extérieur lui semblait inconcevable, il manquait de courage. Ce n'était pas seulement la perspective de devoir affronter l'indifférence marquée de Snape-Prince ou les quolibets et autres 'plaisanteries' des Maraudeurs... Cela, il l'avait cherché et il l'assumait depuis une semaine avec toute la patience qu'il avait toujours employé avec les Dursley. Il tâcherait d'ignorer royalement le bout d'âme ténébreuse qui s'agitait parfois en lui. Il supporterait même les interrogations pressantes de sa mère et les sous-entendus de moins en moins subtils de Sev sur une éventuelle réconciliation avec le Professeur... Il avait mérité tout ça, c'était sa punition cosmique.
Mais sortir du lit ?
Le dortoir était glacial. Ce n'était pas la faute de Slughorn, leur Directeur de Maison faisait ce qu'il pouvait, il n'y avait pas grand chose à faire contre mère nature, même la magie avait ses limites. Les elfes entretenaient les cheminées en permanence et Flitwick était venu renforcer l'étanchéité des murs à l'aide de quelques sortilèges bien pratiques. Seulement novembre mourrait doucement, décembre arrivait à grand pas et l'hiver avec lui. Une fine pellicule de glace s'était formée à la surface du lac, rien de solide, elle se dissipait si l'on plongeait la main dans l'eau, mais les cachots étaient directement dessous et le froid se répandait.
« Je sauterai le petit-déjeuner. » répondit-il, à l'aveugle.
MacNair était peut-être déjà parti, pour ce qu'il en savait. Son monde se limitait à un mur et trois rideaux vert et argent. Des rideaux qui furent brutalement écartés, sans aucun ménagement pour ses rétines. La lumière, pourtant douce, attaqua ses yeux avec brutalité.
« Hey ! » protesta-t-il, en rabattant les couvertures sur sa tête.
« Tu as une tête atroce. » jugea Severus, sans s'encombrer de diplomatie. « Lève-toi. »
« J'ai mal dormi, je vous retrouverai en cours. » protesta-t-il.
« Combien de repas as-tu raté, ces derniers jours ? » riposta Severus, en attrapant l'épaisse couverture et en la jetant loin de lui.
Harry frissonna sous l'assaut de l'air froid.
Ce n'était pas sa faute. Les cauchemars lui coupaient l'appétit. Aux morts atroces de ses amis, avaient succédé des rêves horribles où il avait beau appeler, personne ne lui répondait jamais. Il était perdu, seul et terrifié, sans que qui que ce soit ne s'en préoccupe. Curieusement, cela le perturbait presque davantage que les nuits où il revivait le meurtre de Cédric ou celui de McGonagall.
« Dépêche-toi. » ordonna le Serpentard, une dernière fois. « Je ne serais pas en retard à cause de toi. »
Il envisagea sérieusement de l'envoyer au diable, puis se rendit compte que son ami ne cherchait qu'à l'aider et céda dans un soupir. Il plongea dans la température glaciale des dortoirs sans s'encombrer de sa robe de chambre et fouilla au pied de son lit parmi le tas d'affaires jetées en vrac à côté de la malle.
Il était allé récupérer tout ce qu'il avait entreposé dans la chambre des quartiers de Snape-Prince, jusqu'aux dessins de Lily qui étaient les seules choses qu'il avait pris soin de ranger bien à plat dans sa malle. Il s'était assuré que l'homme soit en cours lorsqu'il avait pénétré dans ses appartements, surpris que le mot de passe n'ait pas encore été modifié.
Il n'avait eu aucun contact avec le Professeur depuis leur dispute. Une semaine et le Maître des Potions ne lui accordait toujours pas un seul regard. En cours, il l'ignorait totalement. Hors des cours, il ne le voyait jamais.
Ça lui manquait un peu. Beaucoup, en fait.
Piochant un uniforme qui avait l'air propre, Harry disparut dans la salle de bain et n'en émergea que quelques minutes plus tard.
Severus attendait impatiemment en caressant la tête de Sekhmet et lui jeta un regard agacé dès qu'il réapparut. Choisissant de ne pas démarrer une conversation qui finirait immanquablement en dispute, il attrapa son sac, fourra dedans les livres dont il aurait besoin pour la journée, et fit signe à son ami qu'il était prêt.
Il s'avéra qu'il ne l'était pas autant qu'il l'avait cru.
La salle commune était déserte, à l'exception de Slughorn qui était occupé à placarder un parchemin sur le panneau d'affichage. Les yeux rivés au papier, Harry laissa Severus faire la conversation et s'emparer des deux invitations que lui remit le Professeur. Encore un dîner, sans doute. Il ne s'était pas rendu aux trois derniers auxquels il avait été convié.
C'était stupide de réagir ainsi pour une bête liste, se morigéna-t-il, en laissant son ami l'entraîner vers la Grande Salle et le petit déjeuner qu'il le forcerait à avaler en entier. Il avait toujours passé les vacances de Noël à Poudlard, en quoi cette année serait-elle différente des autres ? Il rajouterait son nom à la première occasion, et ce serait ainsi. Évidemment qu'il passerait les fêtes dans le dortoir, il n'avait jamais été question du contraire.
La mélancolie lui tordit le ventre lorsque des souvenirs traîtres de Ron et d'Hermione envahirent sa tête, mais il s'efforça de les chasser en interrogeant Severus sur le contrôle qui les attendait en Métamorphose.
Passer Noël sans Ron était une idée étrange. Cela faisait bien quatre ans qu'il n'avait pas été seul pour les fêtes...
« Qu'est-ce que Lily et toi faites pour Noël ? » demanda-t-il brusquement, coupant le monologue de Severus tout en acceptant l'assiette pleine que l'autre garçon lui tendait.
Il se mit à manger, sans appétit.
« Lily rentre chez elle, bien évidemment. » répondit son ami, apparemment pas perturbé du changement de conversation. « Avec un peu de chance, Pétunia ne sera pas une totale... »
Il s'interrompit et jeta un regard coupable en direction de la table des Gryffondors. Lily ne tolérait pas qu'ils critiquent sa sœur.
« Et toi ? » pressa-t-il, curieux.
Severus le dévisagea comme s'il avait été un total crétin.
« A ton avis ? » ironisa le Serpentard.
Un sourire soulagé s'épanouit sur les lèvres du Survivant.
« Au moins, on sera ensemble. » déclara-t-il. « Ce ne sera pas si... »
« Ton père ne te laissera pas rester dans les dortoirs pour Noël. » coupa Severus, avec une telle certitude qu'Harry fronça les sourcils.
« Au cas où tu n'aurais pas remarqué, nous ne sommes pas dans les meilleurs termes. » grommela-t-il. « On n'a jamais été très proches. »
Sev leva les yeux au ciel et recommença à énumérer les points principaux sur lesquels porterait l'interrogation de la journée. Parce qu'il n'avait pas travaillé autant qu'il l'aurait dû, Harry s'appliqua à en retenir autant que possible.
Cela ne l'empêcha pas de fixer sa feuille blanche d'un mauvais œil, une demi-heure plus tard, avec l'impression désagréable d'avoir la tête vide de toute connaissance. La proximité de Dumbledore et des Maraudeurs ne l'aidait pas davantage que la diligence avec laquelle Severus s'employait à remplir parchemin sur parchemin.
Il finit par griffonner quelques réponses incomplètes à la hâte, lorsque la fin du double cours se mit à approcher dangereusement puis, libéré par la sonnerie, suivit Severus hors de la salle. Ils ne prirent pas la peine d'attendre Lily, étant donné qu'elle était quelque peu contrariée par la « plaisanterie » qu'ils avaient jouée à James et saisissait toutes les opportunités qu'elle avait pour leur rappeler qu'ils devraient être les plus matures.
Harry était persuadé que les Maraudeurs, avec qui elle semblait désormais entretenir des rapports semi-cordiaux, devaient subir le même traitement qu'eux. Au moins, Sev et lui ne partageaient pas de salle commune avec la lionne.
Ils s'employèrent à éviter toute rencontre malencontreuse avec les quatre Gryffondors et, mis à part pour un échange d'insultes entre deux couloirs, la journée se passa sans incident. Jusqu'au dernier cours, celui qu'Harry appréhendait particulièrement étant donné qu'il n'était pas particulièrement à l'aise à l'idée d'être ignoré une heure entière par Snape-Prince.
La salle de Défense était aussi calme que d'ordinaire, personne n'osant généralement mécontenter le Professeur. Les Maraudeurs tentaient parfois de créer un léger désordre mais malgré l'antipathie féroce qu'ils éprouvaient à l'égard de l'homme, il était évident qu'ils le craignaient. En dépit de toutes leurs affirmations du contraire.
James ne paraissait toujours pas convaincu que son intérêt pour Lily était purement platonique.
« Spero Patronum. » marmonna Severus, pour la quinzième fois en dix minutes.
Rien ne s'échappa de sa baguette.
Planté dans un coin de la large pièce, à côté de son ami, Harry le regarda faire avec un détachement quelque peu mélancolique.
Tous les élèves étaient dispersés dans la classe et s'entraînaient à produire des Patronus. Cela faisait deux séances qu'ils travaillaient là-dessus et, jusque là, seul Remus et Amy étaient parvenus à produire une brume argentée.
Aucun autre n'avait obtenu de résultat et, bien que Snape-Prince ait prévenu plusieurs fois que ce sort était parmi les plus compliqués du programme, Harry trouvait cela curieux. Il n'avait pas eu de trop grandes difficultés à apprendre le sortilège. Il fallait avouer qu'il avait eu une motivation que la plupart des adolescents présents n'avaient pas, mais quand même...
« Tu comptes essayer, à un moment donné ? » chuchota Lily.
Harry sourit à sa mère mais haussa les épaules. Bien évidemment, Snape-Prince ne lui avait donné aucune instruction précise, mais il doutait que le Professeur souhaite qu'il libère le cerf argenté alors que les Maraudeurs étaient présents. L'un d'eux aurait probablement fait le rapprochement.
« Il le maîtrise déjà. » répondit Severus, à mi-voix. « Il refuse juste de le dire. Va savoir pourquoi. »
Lily assimila les paroles de son meilleur ami puis abandonna toute tentative de jeter le sort. Elle croisa les bras devant la poitrine et dévisagea très sérieusement son fils.
« Ça a assez duré, Harry. » trancha-t-elle. « Tu vas te réconcilier avec ton père, tout de suite. Tu ne peux pas laisser ça empiéter sur ton travail scolaire, c'est tout bonnement stupide. »
Croyait-elle qu'il refusait de produire un Patronus pour ne pas attirer l'attention de Snape-Prince ? Dans un sens c'était le cas, mais...
Des exclamations à l'autre bout de la pièce l'empêchèrent de rassurer la lionne. Un nuage pratiquement compact s'échappait de la baguette de Sirius. Le Patronus n'avait pas encore de forme, mais il n'en était pas loin.
« Et maintenant je fais quoi ? » demanda son parrain, en cherchant instinctivement le Professeur des yeux.
Il luttait apparemment pour maintenir le sort.
Snape-Prince jeta un regard méprisant à la brume qui s'accumulait devant le Gryffondor et fit un geste négligent de la main.
« Si vous preniez la peine d'écouter, Black, vous sauriez que si le Patronus n'est pas corporel en quittant votre baguette, il ne le sera jamais. » rétorqua froidement le Maître des Potions. « Recommencez. Cinq points en moins pour avoir troublé la concentration de la classe. »
Une grimace colérique se vissa sur les traits de Sirius et Harry soupira, sachant d'avance comment l'affrontement allait se terminer.
« Tu dois te concentrer sur un souvenir vraiment heureux. » conseilla-t-il Severus, en se détournant de la dispute imminente.
Le Serpentard l'observa quelques secondes puis leva les yeux au ciel.
« Des exemples ? » exigea Sev, la voix lourde d'ironie.
Le coup d'œil qu'Harry jeta à Lily n'était pas innocent.
« Ceux là ne fonctionnent pas. » admit son ami, avec contrariété.
« Il suffit de trouver le bon. » jura Harry. « Après, ça devient vraiment naturel. »
« Je parie que vous n'êtes même pas capable d'en produire un ! » accusa violemment Sirius.
Ceux qui n'étaient pas déjà en train de regarder la confrontation baissèrent leurs baguettes et se tournèrent vers le coin où les Maraudeurs étaient rassemblés.
« Croyez-vous que j'ai à me justifier devant vous ? » répliqua Snape-Prince, tout aussi brutalement. « Même un crétin fini pourrait produire un Patronus ! Peut-être serait-il temps de vous poser des questions, Black. »
Irrité, Harry s'adossa au mur. C'était un mensonge. Lorsqu'il lui avait enseigné le sort, Remus avait dit que certains sorciers ne parvenaient jamais à obtenir de résultat.
« Vous... » contre-attaqua Black.
« Professeur ? » coupa Lily, tout à fait poliment.
Snape-Prince fixa le garçon quelques secondes de trop avant de pivoter vers son élève.
« Miss Evans ? » l'encouragea le Professeur.
Remus saisit l'opportunité pour faire taire son meilleur ami d'un coup de coude bien placé, avant de secouer la tête en guise d'avertissement. James lui fit également signe de se taire, bien que très visiblement à contrecœur.
« Serait-il possible que vous démontriez le sortilège ? » demanda-t-elle, dans une grimace d'excuse. « Je crois que j'y arriverai mieux si je savais ce que je cherchais à obtenir... »
Dans le bref silence qui suivit la question de Lily, Harry réalisa le dilemme du Professeur. Il n'avait aucune idée de ce qu'était le Patronus de James mais que le sien ait la même forme que sa forme Animagus pouvait passer pour une coïncidence. Que Snape-Prince ait le même Patronus que Severus, en revanche...
Voilà pourquoi il n'avait jamais montré la biche argentée au reste de la classe. Voilà pourquoi le regard calculateur de Snape-Prince était désormais posé sur lui, mélange d'hostilité et de défi.
Les épaules du garçon se redressèrent et il fit un pas en avant. D'un geste, le Professeur l'invita à se tenir au centre du groupe.
Harry s'exécuta, un drôle de pressentiment logé au creux de l'estomac.
« Oh, bien sûr... » marmonna James à l'oreille de Peter.
Le Survivant tira de sa poche la baguette qu'il n'avait jamais sortie et se racla la gorge. Il fouilla dans son esprit à la recherche d'un souvenir heureux sans parvenir à en retenir aucun. Qu'est-ce qui le réjouissait le plus, ces temps-ci ? L'âme de Voldemort coincée dans la sienne ? Le fait qu'il soit destiné à mourir de façon imminente ? Que Snape-Prince le déteste ? Que son père le déteste ?
Il avait décidément l'embarras du choix...
Il s'accrocha à l'idée que lorsque tout serait terminé, il pourrait retrouver Ron, Hermione et Sirius. Sa véritable famille qui l'accueillerait à bras ouverts... Il imagina le contentement, le bonheur qu'il éprouverait à reprendre la vie qu'il avait laissée derrière...
« Spero Patronum. »
L'incantation résonna dans la pièce silencieuse. Il eut l'impression qu'elle rebondît sur les grosses pierres qui formaient les murs pour mieux revenir le narguer.
Rien ne s'échappa de sa baguette. Pas même de la brume.
Quelques gloussements moqueurs le tirèrent de son état de stupéfaction. Pour la première fois depuis le début de la semaine et sa dispute avec Snape-Prince, il ne se sentait plus coupé de la réalité.
Depuis qu'il avait réussi à maîtriser le sort, il n'avait jamais, jamais eu de mal à conjurer le grand cerf argenté. L'animal était une constante, une protection et un réconfort auquel il n'était pas prêt à renoncer qu'importe combien James s'était avéré décevant.
« Silence ! » tonna Snape-Prince, en traversant la maigre distance qui le séparait du Survivant. « Si vous tentez de m'humilier... »
La menace murmurée importait peu à Harry. Il s'en moquait tout autant que des problèmes entre eux ou des visages réjouis des Maraudeurs.
« Ça ne fonctionne pas. » lâcha-t-il, avec inquiétude. « Je n'ai même pas senti la magie... Je... »
Le Professeur étudia son expression puis fronça les sourcils.
« Réessaye. » ordonna sèchement l'homme.
Ravalant l'angoisse qu'il éprouvait en permanence, il ferma les yeux et chercha un meilleur souvenir. Il le trouva en la personne de Lily. Combien il avait été heureux de pouvoir la connaître, la façon dont elle parvenait à le rassurer d'un sourire...
« Spero Patronum. »
Les mots quittèrent ses lèvres sans qu'il ne s'en rende compte et il rouvrit immédiatement les yeux. Une brume légère demeura en suspension devant sa baguette quelques instants avant de s'effacer lentement. Aucun cerf ne gambadait dans la pièce.
Il tourna la tête vers Snape-Prince, si vite qu'un nerf claqua à l'arrière de sa nuque.
Aucun des élèves ne devait comprendre la scène à laquelle ils étaient en train d'assister. Échouer à démontrer un sortilège ne justifiait pas le désespoir profond qu'Harry sentait se propager à chacun de ses traits.
En ce qui le concernait, c'était la goutte de trop.
Il avait atteint le bout de la ligne, du rouleau et de ses forces.
Ce que Snape-Prince dut clairement percevoir parce que la main du Professeur s'abattit sur son épaule, sans douceur mais sans brutalité non plus. L'homme était dans son espace personnel mais, loin de s'en plaindre, Harry trouvait sa présence rassurante.
« Sélectionne un autre souvenir. » ordonna le Mangemort, assez bas pour que personne d'autre n'entende. Il aurait aussi bien pu se mettre à hurler, le monde n'avait plus aucun intérêt pour le garçon s'il ne parvenait plus à produire son Patronus. « Occlude si cela peut t'aider. Choisis-en un assez fort. Trouve un fil conducteur. »
Remus n'avait jamais expliqué les choses de cette manière mais Harry tenta de lui obéir néanmoins. La main du Professeur l'ancrait à la réalité aussi bien, réalisa-t-il, qu'au cœur du problème.
S'il y avait eu énormément de mauvais côtés à leur déracinement imprévu, il y en avait aussi eu de bons. Lily, Severus, l'anonymat relatif qui lui avait ôté le 'poids' de n'être que le Survivant... Et, il ne fallait pas se leurrer : Snape-Prince.
Curieusement, ce fut sur les moments anodins que l'esprit d'Harry se porta, encerclant les autres souvenirs de murs enflammés. Un repas partagé en toute simplicité, un échange au coin du feu, une parole de réconfort, une domesticité qu'il n'avait jamais connue auparavant...
Son cœur se gonfla d'un amour filial qu'il n'avait jamais réellement eu l'occasion d'éprouver et il laissa, pour une fois, ses sentiments l'emporter sur la méfiance et le pessimisme.
Il n'eut même pas besoin de prononcer la formule.
Il rouvrit les yeux, peu surpris de voir une forme corporelle émerger devant lui.
Les hoquets de surprise et d'admiration de ses camarades lui passèrent au-dessus.
Sa main s'abaissa brusquement lorsqu'il réalisa que ce n'était pas le cerf familier qui s'était coulé hors de sa baguette mais tout à fait autre chose.
Sans comprendre, il fixa le sombral argenté qui s'ébrouait placidement. La créature étendit ses ailes spectrale, les replia, fit quelques pas puis se retourna vers lui comme pour attendre un ordre.
Harry était trop choqué pour bouger.
Son Patronus était devenu une incarnation de la malchance, un symbole de mort.
Cet élément surpassait même son incompréhension quant à la métamorphose du cerf...
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Les doigts de Severus se crispèrent sur l'épaule du garçon lorsque la créature glissa du bout de sa baguette. Il avait anticipé le cerf pratiquement légendaire au sein du corps professoral et se retrouvait face à un sombral.
Il n'avait jamais aimé ces créatures.
D'un autre côté, il n'avait jamais aimé le Patronus de Potter non plus.
Le Survivant sursauta légèrement sous sa main, sans doute surpris de ce qui était advenu de son cerf. Parmi les exclamations surprises et les questions quant à la nature de l'animal, son geste passa inaperçu.
« Sombral. » murmura l'une des Gryffondors, en réponse à l'interrogation de Lestrange.
Et le nom se propagea comme une traînée de poudre. Il n'était pas certain de combien de ses cinquième année pouvaient apercevoir ces créatures mais il aurait parié pouvoir les compter sur les doigts d'une main. Tous sauraient désormais à quoi ils ressemblaient.
Aucun ne soupçonnait les implications de ce Patronus.
Severus ne parvenait pas à lâcher le gamin, tout comme le gamin ne semblait pas pouvoir détacher les yeux de l'animal.
Les maigres filaments de colère qu'il nourrissait encore à l'égard d'Harry fondirent comme neige au soleil. Il avait observé le garçon se refermer sur lui-même pendant une semaine, sauter plus de repas qu'il était raisonnable et se perdre de plus en plus dans ses pensées... Seule sa fierté lui avait interdit de faire le premier pas vers l'adolescent.
Sa fierté et cet instinct de préservation dont il ne serait jamais capable de se débarrasser. Le gamin l'avait par deux fois rejeté, l'avait physiquement repoussé... Avec le recul, il avait réalisé qu'il n'y avait rien eu d'étonnant à ce comportement. Harry était comme un animal sauvage qui se laissait apprivoiser. Il n'avait jamais eu d'autorité constante et ce genre de déclaration d'indépendance n'avait rien de surprenant.
Mais l'engrenage avait déjà été enclenché et Severus n'avait jamais été très doué pour admettre ses faiblesses. Il avait naïvement pensé que le gamin reviendrait vers lui après un jour ou deux. Découvrir ses appartements libres de toute marque de son passage avait été un choc et, il devait l'avouer, avait frappé un mauvais coup au cœur. Il s'était pourtant entêté dans son silence, certain que le garçon finirait par revenir de lui-même.
Mais voilà que le cerf était devenu un sombral et, s'il n'était pas certain de ce que cela signifiait, il était clair qu'il ne pouvait s'offrir le luxe d'attendre que l'adolescent gagne en maturité.
Il était urgent qu'ils aient une discussion et ils ne pouvaient faire ça devant tant de témoins. Il adopta donc la seule solution logique et congédia le reste de la classe.
Le sombral disparut bien avant que le dernier élève ne passe le pas de la porte mais ça n'empêcha pas le garçon de continuer à regarder dans le vide d'un œil morne. Lorsque son double quitta finalement la salle de classe après avoir tenté, sans succès, d'attirer discrètement l'attention d'Harry, Severus se décida à lâcher le gamin pour aller fermer la porte et s'assurer de quelques sortilèges que leur conversation demeurerait secrète.
« Recommence. » exigea-t-il, dès qu'il fut certain que personne ne pourrait les entendre.
Les yeux du Survivant se tournèrent vers lui, mornes.
« Spero Patronum. » lança le garçon, sans même prendre la peine d'y réfléchir plus d'une seconde.
Le sombral atterrit élégamment entre eux. Tout naturellement.
La question restait la même : pourquoi ?
« Est-ce que c'est à cause de l'horcruxe ? » demanda soudain Harry, d'un ton résigné. « Est-ce que c'est son Patronus ? »
Severus fronça les sourcils.
« Ne sois pas ridicule, les Mangemorts n'ont pas de Patronus. Le Seigneur des Ténèbres en aurait encore moins usage. » répliqua-t-il, tout en réfléchissant.
« Il faut bien qu'il appartienne à quelqu'un. » grinça l'adolescent. « Parce qu'il est clair qu'il n'est pas à moi. Spero Patronum. »
Un deuxième sombral apparut à côté du premier. Les deux créatures s'observèrent avec désintérêt.
« Évidemment qu'il t'appartient. » contra Severus. Une idée lui vint. « A quoi pensais-tu ? »
« Mon Patronus est un cerf. » protesta Harry, en faisant disparaître les animaux d'un coup de baguette agacé.
« Les Patronus changent. » cingla-t-il avec exaspération.
Le regard du gamin se braqua sur lui. Les yeux écarquillés et la soudaine tension dans les épaules de l'adolescent l'exhortèrent au calme. Le but n'était pas d'augmenter davantage l'antagonisme qui s'était installé entre eux.
« Les Patronus représentent à la fois la personnalité d'un sorcier mais également les sentiments projetés dans le sortilège. Il est courant qu'un Patronus prenne une forme associée à un être cher, si cette personne est à l'origine des souvenirs utilisés pour le créer. » expliqua-t-il, réprimant son agacement. Si le gamin avait écouté ses cours au lieu de rêvasser... « Il arrive qu'un Patronus change de forme lorsqu'un bouleversement émotionnel se produit. »
Comme, par exemple, lorsqu'on était renvoyé dans un passé qui gommait tous nos repères...
Harry fronça les sourcils, peinant visiblement à le croire.
« Mais pourquoi un sombral ? » insista le Survivant, avant de faire apparaître à nouveau la créature.
Sans doute espérait-il que le cerf soit revenu...
« A toi de me le dire. » rétorqua Severus.
Il priait pour que la créature ne signifie pas que le seul espoir du gamin était la mort. Il ne parviendrait jamais à gérer un adolescent suicidaire... Il était suffisamment compliqué de s'occuper d'un Gryffondor...
« A quoi pensais-tu ? » pressa-t-il. « De quel souvenir t'es-tu servi pour le faire apparaître ? »
En quoi cette fois-ci différait-elle des dizaines de fois où il avait jeté le sort ?
Harry baissa les yeux et fixa les dalles inégales avec application.
« Je pensais à... » hésita le gamin. « A... »
Tout excepté une corde, un saut en chute libre de la tour d'Astronomie ou une dague trop aiguisée...
« Eh bien ? » aboya-t-il, aussi impatient qu'anxieux.
« A vous. » termina le garçon.
Harry risqua un coup d'œil vers lui puis se remit à observer le sol.
Severus ne s'y attendait pas et, dans sa stupéfaction, sa première réaction fut d'étudier la créature fantomatique, certain d'avoir mal entendu. Puis il éprouva un immense soulagement. Le sombral ne représentait rien d'autre que l'image que le gamin avait de lui. Il ne voulait pas s'appesantir sur les ramifications de ce choix là.
« Ce Patronus est tout aussi fonctionnel que l'ancien. » déclara-t-il, dans un grognement embarrassé.
« Je ne peux pas récupérer le vieux, alors ? » s'enquit nerveusement Harry.
Le sombral était une victoire supplémentaire sur James mais en dépit de cela, il regretta de devoir répondre par la négative. Il devinait ce que le cerf signifiait pour le gamin. Néanmoins, il peinait à comprendre comment il avait pu devenir le souvenir heureux derrière un Patronus... Quand à le rester ? L'idée était ridicule. Une fois rentrés chez eux...
« Je l'ignore. » trancha-t-il. « Cela n'a, de toute manière, que peu d'importance. »
Le regard incrédule de l'adolescent traduisait clairement son désaccord mais l'expression de Severus prévint toute protestation.
« Ne crois-tu pas que cette mascarade n'a que trop duré ? » attaqua-t-il. « J'espérais que tu aurais l'intelligence de venir présenter tes excuses de toi-même, cependant, il est évident que j'ai surestimé ton bon sens. »
Harry gigota, mal à l'aise, mais persista à garder les yeux rivés au sol.
« Il est poli de regarder les gens en face lorsqu'ils s'adressent à toi. » grinça-t-il. « Ta harpie de tante ne t'a donc vraiment rien appris ? »
« Ça ne fait que les énerver davantage. » murmura le gamin, en se forçant à croiser son regard. « Il vaut mieux faire semblant de ne pas exister. »
Il se souvint d'un temps où baisser les yeux devant Tobias avait été une nécessité de survie. Si l'on faisait exception du Seigneur des Ténèbres, cela faisait longtemps qu'il n'avait pas eu à feindre ce genre de soumission.
« Quel est le pire que je puisse te faire ? » demanda-t-il, réprimant un soupir.
« Me... tuer ? » plaisanta le garçon.
A moitié, malheureusement.
« Penses-tu vraiment que je serais capable de t'assassiner de sang-froid ? » rétorqua-t-il, agacé.
Harry secoua la tête.
« Vous ne pourriez pas même si vous vouliez. » répondit le gamin. « Le serment inviolable... »
« Oh, et je suppose que dans ton esprit étriqué, ce serment est la seule raison pour laquelle je ne t'ai pas déjà empoisonné ? » coupa-t-il, sans parvenir à réprimer un mouvement de colère.
Peut-être était-il également vexé, voire blessé.
L'adolescent haussa les épaules.
« Je ne pense pas que vous tueriez qui que ce soit de sang-froid mais... Vous ne m'aimez pas, ce n'est pas un secret. » décréta le Survivant. « Et pour couronner le tout, je vous ai déçu, alors... »
Il laissa sa phrase en suspens comme si la conclusion était forcément logique.
Et brusquement la lumière se fit dans la tête de Severus.
« Est-ce là la raison de ton comportement ces derniers jours ? » releva-t-il, sans même s'étonner. « Je t'ai dit que tu m'avais déçu donc tu m'as repoussé parce que... Je ne trouve même pas d'explication à une telle bêtise. »
Pourtant la réponse était là, gravée sur les traits du gamin.
« Oh, je vois. » reprit-il. « Tu m'as repoussé avant que je te repousse. Abandonne avant d'être abandonné. Rejette avant d'être rejeté. Vas-tu vivre ainsi toute ta vie, Harry ? »
« Ce n'est pas comme si elle allait être longue de toute manière ! » s'énerva le garçon, sans pour autant démentir ses affirmations.
« N'élève plus la voix contre moi. » gronda-t-il. « Il y a déjà cinq chaudrons qui n'attendent que toi dans mon laboratoire, ne m'oblige pas à doubler la punition. »
L'adolescent se balançait inconsciemment d'un pied sur l'autre. Aurait-il été assis, Severus n'avait aucun doute que le garçon se serait déjà recroquevillé sur lui-même. En l'occurrence, le Gryffondor semblait hésiter à se ruer sur la porte et la liberté qui l'attendait derrière.
« Quel est le pire que je puisse te faire ? » répéta-t-il.
Il fallait que le gamin comprenne. Ils étaient condamnés l'un à l'autre tant que la situation ne serait pas réglée et il n'avait jamais été homme à négliger ses responsabilités.
Harry détourna la tête, la mâchoire contractée.
« Pas te tuer. » déduisit Severus, calmement. « Tu ne crains personne, n'est-ce pas ? Ce qui est, d'ailleurs, une attitude stupide mais ce n'est pas le propos. As-tu cru que j'allais te laisser livré à ton sort parce que tu m'avais déçu sur un tout petit point ? »
Le garçon croisa prudemment son regard, boucliers levés au maximum. Il pouvait presque voir les flammes danser dans ses pupilles.
« T'abandonner. » continua-t-il tranquillement. « Voilà ce dont tu te méfies tant. Tu crains que je t'abandonne. »
« Tout le monde m'abandonne. » siffla Harry, en guise de réponse.
« Et pour anticiper cette douleur là, tu abandonnes le premier. » résuma-t-il. « Je peux comprendre. J'approuverai probablement en d'autres circonstances. »
C'était sincère. C'était, après tout, ce que lui avait toujours fait. Cependant, ce n'était pas comme s'il avait encore ce luxe là. Le destin avait choisi pour lui.
« Ce n'est plus une solution. » reprit-il. « Tu dois me faire confiance. Tu dois me faire confiance pour ne pas t'abandonner. Je ne sais pas quand nous pourrons partir d'ici. Je ne sais pas si nous pourrons partir d'ici. Tu ne peux pas vivre perpétuellement en attendant que je me lasse de toi et je ne peux pas vivre perpétuellement en surveillant chacune de mes paroles. »
La respiration du gamin se fit plus rapide. On aurait dit un lapin pris par les phares d'une voiture.
Ce n'était pas la meilleure approche, réalisa-t-il, mais il n'en connaissait pas d'autres.
« Je ne peux pas. » souffla Harry, avec un regret évident. « C'est... Je ne peux pas. »
« Tu le dois. » trancha-t-il. « Au moins jusqu'à ce que nous puissions retourner chez nous. »
Le garçon ferma les yeux.
« C'est le 'jusqu'à' qui me pose problème. » avoua le Survivant. « Je ne suis pas sûr de pouvoir faire du 'jusqu'à'. Je ne suis pas un Serpentard. »
Cela restait à déterminer mais Severus ne discuta pas.
« Non, tu es un Gryffondor. » admit-il. « Et un Gryffondor se doit de faire preuve de courage. »
« Cliché. » jugea le gamin, dans un sourire qui n'atteignit pas son regard.
« Cliché. » approuva-t-il, en s'autorisant à se détendre légèrement.
« Si je ne suis pas censé partir quand vous êtes déçu... Quand est-ce que je dois le faire ? » demanda nerveusement l'adolescent.
« Jamais. » soupira Severus. « C'est le principe d'avoir un adulte. Même lorsqu'il est totalement furieux, il ne s'en va pas. »
Tout ça était, bien entendu, très théorique pour lui. L'expérience la plus proche qu'il avait d'un adulte, rien qu'à lui, était Dumbledore et leurs relations étaient teintées de rancœur et d'un ressentiment certain. Ça n'empêchait qu'il appréciait le vieil homme et aurait probablement fait n'importe quoi pour le satisfaire.
Sa loyauté, une fois accordée, était féroce.
« D'accord. » lâcha Harry, avec incertitude. « Et vous pouvez faire ça ? Être furieux et ne pas partir ? Jamais partir ? »
Il pouvait essayer mais essayer ne serait pas suffisant pour le garçon. Néanmoins, il ne voulait pas non plus mentir.
« Jamais est un adverbe un peu trop définitif à mon goût. » offrit-il franchement. « Je ne suis pas ta meilleure option, cependant je m'efforcerai de l'être tant que nous n'aurons pas regagné notre époque. »
Là, il pourrait assassiner Pétunia et s'arranger pour que le gamin obtienne des tuteurs bien plus compétents. Molly et Arthur, par exemple.
« Je suppose qu'on peut tenter le coup. » hésita le garçon.
Severus se passa une main sur le visage. Il avait l'impression qu'un poids venait de s'envoler de ses épaules uniquement pour être remplacé par un autre, bien plus lourd.
« Donc... Vous n'êtes plus déçu ? » demanda Harry. « Je veux dire, c'est fini ? Enfin... »
« Les gens se déçoivent à longueur de journée. » marmonna-t-il, avec lassitude. « Si cela devait perdurer à chaque faute, personne n'adresserait plus la parole à personne. »
Le Survivant parut soulagé.
« J'ai entraînement. » annonça-t-il. « Il faut que... »
« Reviens directement dans nos appartements après la séance. » coupa-t-il sévèrement. « Ces chaudrons ne vont pas se laver tout seul. Et rapporte toutes tes affaires, crétin. »
L'insulte fit sourire l'adolescent à pleines dents et le gamin cessa finalement de se dandiner d'un pied sur l'autre pour se diriger vers la porte. La main de Severus se tendit de son propre chef tandis qu'il passait près de lui. Il serra brièvement son épaule dans un geste d'affection qui était déjà énorme pour lui.
Cet idiot lui avait manqué...
Il n'était pas prêt au cognard qui le percuta au niveau du torse et chercha à l'étouffer en serrant ses bras autour de lui. Il ne repoussa pas l'étreinte pour autant.
Il supposait qu'ils en avaient autant besoin l'un que l'autre.
