Bonjour,

Les lecteurs passent parfois d'étranges commandes … des couples auxquels je n'aurais jamais pensé ! Et c'est d'autant plus intéressant et stimulant : ) Il est évidemment assez facile de partir dans des textes loufoques ou humoristiques quand le couple choisi paraît incongru, mais le véritable défi est bien de tenter d'en faire un texte qui tienne la route …

Mais vous êtes les seuls juges du résultat, comme toujours …

Commande de : Liloune

Couple choisi : Voldemort/McGonagall

Mot choisi : Carambar

Rating : K

Disclaimer : la plupart des lieux et personnages sont la propriété de J.K. Rowling, je ne me fais donc pas d'argent avec (et en plus je réponds aux commandes gratuitement, moi la cupide de service, alors !).

Dédicace : Ma chère Liloune, quelle commande originale, et je l'avoue, incongrue, tu m'as passée là ! Je ne sais pas si tu t'attendais à un OS comique comme réponse à ta demande, mais si c'est le cas, tu risques d'être déçue, lol ! Je me suis plue à imaginer que ces deux personnages là n'étaient pas totalement incompatibles … dans une certaine mesure. Bien sûr, pas de réelle histoire d'amour là-dessous, mais … Mais un certain regard sur eux, qui, je l'espère, te paraîtra censé et, après tout, plausible : ) (en tout cas, sache que je comprendrais si ça ne te plaît pas, étant donné que j'ai toujours un peu de mal à comprendre comment on peut -sérieusement- inclure Voldy dans un « couple » !)

Bonne lecture à tous.


« Je te l'avais bien dit … »

Ce fut le jour de la bataille finale. La grande bataille comme il se plaisait déjà à l'appeler, sans en connaître l'issue pourtant. Mais il savait qu'elle serait grandiose, extraordinaire.

L'apothéose.

Pour un des camps, en tout cas. Le sien sûrement.

Après tout, pouvait-il en être autrement ?

Ce fut ce jour, donc, qu'il la remarqua. Comme pour la première fois.

Et quelque part, sans doute, s'agissait-il d'une première fois.

Voldemort prenait rarement le temps de s'attarder sur la vermine qui occupait le camp adverse. A peine prenait-il le temps de regarder ses sous-fifres, alors … Bien sûr, pour Potter, c'était différent. Potter était l'adversaire. Le sien. Le seul capable de réellement lui tenir tête.

Mais elle …

Voldemort n'aurait pas cru s'attarder un jour sur quelqu'un d'autre. Prêter une quelconque attention à une autre personne que lui, ou son grand ennemi.

Mais là …

Et pourtant elle n'avait rien de remarquable. Une vieille femme, même plus vraiment belle, fichée dans sa robe noire si terne, les cheveux gris tirés en un chignon sévère.

Elle avait l'air sévère. Peut-être était-ce ce qui avait attiré son attention, à ce moment-là ? Ses yeux … Ses yeux renvoyaient au Mage noir une colère presque insoutenable. Une rancœur tenace, une haine palpable malgré la distance qui les séparait quand il apparut devant Poudlard.

Elle lui en voulait, à l'avance. Comme tous les autres.

Alors pourquoi elle, plutôt qu'un autre ?

Pourquoi elle ?

Silhouette si frêle, presque ridicule de maigreur et de rigide fragilité, petite ombre postée devant le château, comme si elle se posait là en unique rempart aux Mangemorts.

Voldemort ne mit que quelques instants à la reconnaître, elle qui ne comptait pourtant pas. Dumbledore n'était plus. Et c'était elle à présent qui se dressait là, qui se dresserait face à lui, pour tenter de sauver ce qui pouvait encore l'être de cette école …

A quoi bon ?

C'est un sourire presque triste que Voldemort esquissa à cette pensée. Demain, à l'aube, cette bâtisse ne serait plus qu'un immense mouroir. Poudlard n'aurait plus d'école que le nom, puisque lui était là, à présent, pour mettre fin à tout ça. Plus rien ne subsisterait dans quelques heures, plus rien non plus de cette colère sourde animant les yeux gris qui le fusillaient depuis le début.

Depuis le début … La clé était là. Un flash se fit dans l'esprit du Mage noir. Cela remontait à si longtemps, pourtant, mais rien n'avait changé. Ce regard plein de colère et de rancœur qui le fixait était exactement le même qu'autrefois.

Le même éclat …

La même volonté …

Et ce soupçon de fierté.

Cette même haine …

Patinée de ces regrets …

… Quand alors elle lui avait murmuré :

« Je n'aurais pas cru ça de toi, Tom. »

Lui dirait-elle ces mêmes mots, aujourd'hui ? Sans doute. Depuis qu'elle l'avait surpris, elle la première, pauvre hasard, plongeant dans les méandres irrésistibles de la magie noire, il n'avait fait que glisser un peu plus chaque jour dans l'abyme de ce que sa sévère morale à elle appellerait sans doute « la mauvaise pente ».

Elle était là, fatiguée et abîmée par les décennies qui s'étaient écoulées. Elle était là, fragilisée de cette guerre dans laquelle elle était entraînée, elle qui n'avait rien demandé, mais qui sans doute aurait pu dire à celui que tout le monde redoutait : « Je te l'avais bien dit, Tom. »

Voldemort ferma les yeux, savourant avec un masochisme presque assumé cette voix qui sortirait de ces lèvres pincées, ce ton un peu rude qui lui soufflerait, comme venant d'une mère réprimandant son enfant le plus dissipé : « Je te l'avais bien dit, Tom, que tout ça finirait mal. »

Minerva. En fait Voldemort ne l'a trouvait pas enlaidie par les années. Mais plus sévère encore qu'avant. Plus butée aussi, semblait-il. Il frémit.

L'homme à qui elle tenait le plus était mort. Pour une fois, Voldemort n'y était -presque- pour rien. Mais sans doute cela expliquait-il ce reproche qui émanait d'elle, silhouette sombre se fondant dans la triste muraille du château. Elle lui en voulait.

A mort sans aucun doute.

Et pourtant, Voldemort soupçonnait que cette femme aurait pu lui en vouloir avec la même force s'il avait ne serait-ce que voler un carambar à un plus petit que lui. La morale et le sérieux de Minerva McGonagall n'avaient d'égal que la cruauté de Tom Elvis Jedusor.

Déjà alors, quand Poudlard était leur école à eux, il trouvait celle jeune femme trop sérieuse. Comment le temps aurait-il pu effacer ça ?

Il eut presque un regret en songeant qu'avec l'aube demain disparaitrait ce regard sombre, plein de reproches, plein de ces reproches qu'il avait pourtant ce soir tant de plaisir à recevoir.

Cette femme avait du caractère, une personnalité assez rare et forte pour lui tenir tête sans un mot, à distance telle que les sorts pouvaient disparaître dans le vent avant même de toucher leur cible.

Il l'entendait encore, ce regret et ce reproche dans la voix, quand elle avait murmuré son nom.

« Tom … »

Le dirait-elle encore aujourd'hui ? Verrait-elle encore sous le monstre le jeune homme qu'elle avait connu ?

Voldemort aurait été prêt à jurer que oui. Les mères, comme les maîtresses d'école, n'oublient jamais les enfants qui les déçoivent. Minerva semblait à elle seule incarner toutes ces femmes.

Et Voldemort était ce jour-là pire qu'un enfant qui a déçu.

Il était un adulte jamais repenti.

C'est avec un sourire cette fois réellement triste qu'il leva lentement sa baguette pour la pointer vers sa dernière part d'humanité. La femme ne cilla pas quand elle aperçut le rayon vert courir vers elle.

Comme l'autre ce jour-là, elle avait compris que quand on fait le choix d'une vie sans regret, il faut faire table rase du passé.

« Je te l'avais bien dit, Tom, que tout ça finirait mal. »