Coucou tout le monde ! Voilà, après un certain temps d'attente, me revoilà enfin. Ce chapitre clôt la Partie II, en marquant la fin de l'ère Poudlard. Chapitre un peu spécial en ce qu'il est un chapitre d'adieu de chacun des protagonistes au château, j'espère que ça vous plaira ! Un grand grand merci à HayaDesdemona, Mimi70 et Ginny Lily pour leurs supers commentaires et leur fidélité à toute épreuve :) Bonne lecture !
Partie II Chapitre 16.
Le temps des dernières fois.
Ils n'auraient jamais cru que le temps passerait si vite. Et pourtant, le rideau tombait paresseusement sur la scène, les masques pâlissaient, les acteurs se réfugiaient en coulisses. Le théâtre fermait ses portes – pour deux mois ou pour toujours. Bal de fin d'année, remise des diplômes. Révélations de dernière minute, derniers affrontements de rivalités inter-maisons. Les cris de joies, la liberté tant espérée. Une dernière danse – la Salle sur demande ne se relèverait pas de la soirée d'adieu des Maraudeurs. On paressait sur les pelouses, à l'ombre sucrée des arbres, les pieds dans l'eau d'un lac miroir, l'infini du ciel et de l'été sous les doigts. Les fenêtres avaient été ouvertes en grand pour mieux laisser entrer le soleil de printemps, les odeurs de bonheur et d'inconscience estivale. La guerre elle-même semblait avoir déserté les esprits, et Poudlard avait des allures de jardin d'Eden. La fin d'une aventure en sept tomes. Chacun en garderait cicatrices et beaux souvenirs. Et aux pieds du mur, au bord du gouffre, ils ne pouvaient s'empêcher de regarder en arrière pour contempler la beauté de leurs années passées.
Lily errait dans la bibliothèque depuis l'aube. Désertée, l'auguste salle sentait le cuir et le vieux parchemin. Mademoiselle Pince lui avait ouvert les portes avec un sourire bienveillant – Lily Evans avait été une de ses visiteuses les plus assidue. Le silence poussiéreux avait des accents nostalgiques, et Lily marchait dans les rayonnages, caressant du bout des doigts ces livres qui lui avaient tant appris, en un dernier pèlerinage, un ultime remerciement. Ils avaient été son armure, les jours où les insultes des Serpentards se faisaient trop lourdes à porter Sang-de-bourbe. Sa fierté, lorsque grâce à ce savoir, elle surprenait ses camarades par ses connaissances. Ses meilleurs amis, lorsque ses pensées s'embrouillaient, que la colère lui montait à la gorge à l'en submerger. La bibliothèque avait été son refuge, son repaire de bête féroce ou terrifiée. Elle y avait appris l'Histoire de Poudlard par cœur, effectué son premier Patronus pour réconforter une première année larmoyante, révisé ses enchantements jusqu'à épuisement, distribué remontrances et conseils scolaires en tant que Préfète, puis Préfète-en-chef. Même les Serpents les plus venimeux n'avaient plus osé s'en prendre à elle en son domaine. Lily sourit. L'écho des rires d'élèves alanguis dans le parc montait jusqu'aux fenêtres à croisées. La jolie rousse se laissa tomber sur une chaise sans élégance. C'était fini.
Elle ne pouvait y croire. Leur rôle dans la pièce s'arrêtait là. Poudlard avait existé avant eux, et continuerait après leur départ. Cela semblait inconcevable ! Le château avait été leur maison, leur famille, leur refuge pendant presque la moitié de leur vie. Il avait abrité leurs rires et leurs larmes, leurs plus grandes craintes et leurs premiers émois. Il avait contemplé avec bienveillance se nouer les amitiés les plus fortes ou les plus destructrices, se construire les amours les plus improbables, s'épanouir leurs vies en devenir. Le château avait été l'abri de leurs premières fois. Premier baiser, premières règles, premières transgressions, premier mensonge, flirts ou bagarres. Aujourd'hui était le jour des ultimes regards, confessions ou souvenirs. Ils prendraient un dernier repas dans la Grande salle passeraient une dernière nuit dans leur dortoir, fermeraient manuels et sacs de cours, jetteraient un dernier regard aux hauts murs, monteraient à bord du Poudard express pour un dernier voyage. Un drôle de sourire flottait sur son visage, et ses yeux verts brillaient de larmes inconscientes.
Elle n'avait jamais oublié. La première chouette, et cette lettre. À aucun moment elle n'avait douté, ou cru à une blague. Depuis toujours elle savait. Sa différence, sa force. Lily Evans était une sorcière dans l'âme aussi loin que remontaient ses souvenirs. Pousser les portes de Poudlard avait été sa plus grande reconnaissance. Naïvement, elle avait espéré que ça serait facile, Severus à ses côtés. La gifle avait été amère, sous les regards condescendants des nouveaux amis de son presque frère. Ne comprenant pas comment des années d'amitiés pouvaient imploser par une simple couleur d'uniforme, elle avait dû apprendre à survivre, face aux insultes et à la fausse compassion «Tu es née-moldue, tu ne peux pas connaître ça. » Mais Alice lui avait serré la main, offert un sourire magnifique. Alors Lily avait résolu de devenir la meilleure, dans tous les domaines. Avec l'aide de cette indéfectible allée, la Née-moldue avait patiemment appris à prouver sa valeur. Rattrapant son retard culturel. Dévorant les livres, observant comportements et attitudes des Sangs Purs. Révisant avec acharnement. Passant toutes ces soirées dans l'obscure bibliothèque, lisant avidement tout ce que lui conseillait Mademoiselle Pince. Apprenant finalement à laisser aller. Parfois il fallait accepter qu'il y a des combats perdus d'avance Severus Rogue était de ceux-là. Elle en avait pourtant versé bien des larmes, la jolie Lily. Frappé maintes fois les murs dans l'espoir de les faire tomber, de renverser les barrières des préjugés, de la haine. Reproché mille fois aux Maraudeurs, et particulièrement à James, de s'en prendre injustement au réservé Serpentard. Ça n'avait servi à rien. Il y a des destinées faites uniquement pour se séparer. Telle était la teneur de son amitié avec Severus Rogue. Lily soupira. Elle avait grandi. Elle n'était plus la petite fille timide des débuts, un peu trop perdue dans ses livres et ses études. Lily n'avait plus peur, ni d'aimer ni de haïr. Un sourire inconscient étira ses lèvres roses, comme à chaque fois que l'image de James s'imposait à elle. Entre tous, il était certainement le plus beau cadeau que lui ait fait la vie. Et Lily Evans ne doutait point de s'appeler un jour Lily Potter – il y a des évidences qu'on n'explique pas. Elle embrassa du regard l'immense bibliothèque avec une infinie tendresse. Comme toute chose, il lui fallait apprendre à laisser aller. Elle n'avait pas peur de quitter le rassurant cocon de Poudlard. Elle n'était pas seule, le château lui avait donné bien des armes pour affronter les tempêtes du monde extérieur. La bibliothécaire lui offrit un dernier sourire un peu timide et Lily sortit de la pièce sans se retourner.
Il n'avait pu s'en empêcher. Une dernière fois, juste une dernière fois. Ses trois camarades avaient levé les yeux au ciel en un feint agacement. Ils comprenaient mieux quiconque la nécessité de cette dernière visite. Les vestiaires étaient sombres et tristes, en ce jour de départ. James n'aurait pas pensé ressentir le besoin de revenir en ces lieux pourtant si banals. Si on lui avait demandé où il souhaiterait passer ces derniers instants à Poudlard, il aurait spontanément répondu sur son balai, ou avec les Maraudeurs, sous la cape d'invisibilité. Pourquoi pas dans la Cabane hurlante. Mais c'est ici, sur ce banc de bois qui avait vu passer des générations de joueurs de Quidditch qu'il se retrouvait pour la dernière fois. Un sourire flottait sur son visage, et derrière ses lunettes rondes, ses yeux pétillaient des souvenirs ineffables que recelaient ces lieux. Quelques temps auparavant, si on lui avait demandé ce que représentait le Quidditch pour lui, sans doute aurait-il dramatiquement répondu toute ma vie. Mais ces derniers mois James Potter avait grandi. Le Quidditch resterait sans doute sa plus grande passion, sa fierté, son exutoire. Mais ce n'était pas la vie. Sa vie avait des yeux verts comme les champs après la pluie, des cheveux solaires, un caractère insaisissable. Sa vie avait la saveur des pleines lunes, des frissons, de l'aventure, du plaisir des règles transgressées. James Potter n'était pas un garçon à aimer la routine ou la facilité. Il avait fait sienne l'idée que tout devait se vivre à fond, ou mieux valait mourir. Moi je veux tout, tout de suite, ou bien je refuse. James riait trop fort, s'énervait trop vite, travaillait trop ou pas du tout, répondait avec insolence ou se taisait, était trop fier et peut-être trop passionné. Excessif jusqu'au bout des ongles. On ne lui avait jamais appris la demie mesure, le juste milieu. La vie de James ne pouvait se résumer à quelques hobbies, les souvenirs d'une aventure, un grand amour. L'héritier Potter était bien plus que ça.
Il ferma les yeux un instant, inspirant à pleins poumons cette douceâtre odeur de sueur, de bois et de savon. Les vestiaires recelaient parmi les plus beaux moments des ses dernières années. Comment oublier? Poursuiveur à douze ans, capitaine à quinze. Fier général en chef des armées volantes de Gryffondors. Ils avaient perdu et gagnés bien des matchs, risqué leur vie, souffert des plus atroces courbatures, vécu bien des frayeurs. Mais sous la pluie, la grêle, la neige, au cœur d'une tempête, jamais James n'avait raté un entraînement. Retenues ou promesses de Maraudeurs, rien ni personne ne l'aurait fait faillir à son devoir. Pas même Lily. Le vol était son exutoire comme sa fierté, son talent inné qui lui avait valu bien des jalousies. Et avait grandement contribué à son ego démesuré. Il étouffa un rire, bien conscient de cet aspect de sa personnalité qui en agaçait plus d'un. Oui, James Potter pouvait se montrer insupportablement arrogant. Égoïste parfois – tare habituelle d'enfant unique.
Mais James était aussi absolument grégaire. Leader naturel et charismatique, il avait découvert en première année le bonheur de vivre en groupe – en bande. L'enfant unique s'était vu donné trois frères, quatre en incluant Frank, et cela avait changé sa vie. Capitaine, Préfet, Maraudeur. Tout cela incluait le groupe, les regards, les interactions, les disputes et même les haines. En couple ou en groupe, tel était son credo. Quels qu'en soient les sacrifices. Il se souvenait, des disputes de dortoir, de son agacement de devoir suivre les règles de vivre ensemble. Et puis il avait appris, intégré, compris. Le bonheur d'être à plusieurs valait bien quelques sacrifices. Peu lui importait les ronflements de Remus, si celui-ci était là pour lui même à trois heures du matin. Et Remus avait toujours été là, pour l'aider à finir un devoir, l'écouter parler de ses histoires de cœur sans lever les yeux au ciel, recevoir ses plaintes, ses emportements contre un mauvais joueur ou une retenue injuste, ses plans machiavéliques et ses mauvaises blagues. Tout comme Peter et Sirius n'avaient jamais failli. Ils étaient une famille, et être une famille signifiait ne jamais laisser personne derrière. Quitte à recevoir un coup de dents. James ferma les yeux, les images défilant dans sa tête. La révélation de Remus, dès la première année. Et ce pacte, tacite de pouvoir un jour être à ses côtés lors des transformations. Ils avaient transgressé bien des règles, mais celles-ci avait été leur coup de maître, leur chef d'œuvre, au delà même de la géniale invention de la Carte du Maraudeur. Dérober les manuels à la Réserve et jusque dans le bureau même de McGonagall avait été la partie la plus simple du processus. Après celui, il leur avait fallu des mois de travail acharné, d'erreurs terribles et d'immenses périodes de découragement pour arriver à leur but. À la Toussaint de leur cinquième année, les Maraudeurs étaient devenus animagi non déclarés. Dumbledore avait-il su ? Rien n'était moins sûr. Mais ils avaient réussi, liés à jamais par cet immense secret qui leur aurait valu, sinon Azkaban, une exclusion certaine. James ne pouvait se départir de son sourire. Il n'était pas triste de quitter Poudlard, non. Il était de ceux qui ont la grande sagesse de se nourrir de chaque instant de bonheur sans regarder derrière. Le passé était le passé, rien ne servait de le pleurer. Au contraire, l'idée de renouveau, de l'inconnu, l'excitait au plus haut point. La volonté de se jeter à corps perdu dans la bataille le rendait fébrile. Selwin avait raison, il était né pour être Auror et servir l'Ordre. Il n'avait pas peur.
La nuit était fraîche, apaisante. Le ciel était bleu, d'un bleu sombre et profond, un voile de velours parsemé de milliers de diamants. Le besoin s'était fait pressant de revenir sur ses pas, une dernière fois. Revenir en arrière pour goûter encore une fois la saveur de la nuit depuis la tour d'Astronomie. Elle n'avait pas oublié, le jour où les masques étaient tombés. Son cœur se serra, lourd de sanglots refrénés depuis leur rupture. Heather n'avait jamais appris que les larmes apaisent, réparent, emportent dans leur flot tumultueux une bonne partie du chagrin. Pourtant jamais elle n'avait autant pleuré que cette année. Cette année qui avait tout changé. À bien y réfléchir, elle réalisait que tout avait changé le jour où elle avait fugué pour retrouver Lily et échapper à son père. Elle avait cru que ce geste ne porterait pas à conséquence, et pourtant. Cette fuite adolescente lui avait fait réaliser qu'elle était libre – l'emprise d'un homme n'est jamais aussi forte qu'on le croit, il y a toujours un moyen de sortir de la cage. Et elle avait explosé la cage. Fait voler en éclats ses croyances les plus profondes, ses préjugés, ses craintes, ses attentes, ses ambitions. Heather était devenue quelqu'un d'autre, après s'être déchirée en deux pendant bien trop longtemps. Son cœur se serra. Il en avait fallu beaucoup, pour réaliser qu'elle ne voulait pas être cette fille qu'on l'avait destinée à devenir. Du sang et des larmes. L'image de Léthée hantait toujours ses rêves, certaines nuits. Sa silhouette éthérée s'effaçait dans le gris du monde, et Heather ne pouvait que la regarder s'en aller, incapable de prononcer le moindre mot. Elle était responsable, et ne méritait aucun pardon. Mais elle allait se battre pour venger la mémoire de son amie, de cette petite sœur tant aimée. Elle était une Proskoff, jamais une Proskoff ne reculait devant l'adversité. Si elle ne menait pas à bien cette mission, jamais elle ne trouverait la paix, Heather en était persuadée.
Les étoiles se voilaient, et elle ne pouvait occulter les souvenirs de cette passion consumée. Jamais elle n'avait aimé comme elle avait aimé Owein. De toute son âme, de toutes ses forces. Et il lui manquait, affreusement. Elle n'avait rien dit bien sûr, mais même Sirius avait remarqué ses yeux rougis de larmes et ses silences. Lily l'avait serrée dans ses bras longuement ce soir là, mais qu'y pouvait-elle ? Heather les avait sciemment jetés au gouffre d'un impossible amour. Elle chassa ses sombres pensées. Ce n'est pas l'envie de penser à Owein qui l'avait menée jusqu'à la tour.
L'année finissait. Il allait lui falloir quitter l'enceinte rassurante du château et de sa famille. Car ils étaient sa famille. Lily la féroce, Alice la superbe, Frank le bienveillant, Remus le confident, Peter le débonnaire, et James le grand frère. Même Sirius, dans sa haine farouche, lui était devenu un repère. Et puis, elle repensait parfois à leurs trêves, à l'automne. Elle se souvenait des larmes du Maraudeurs, de sa douceur aussi. Peut-être ces moments de paix n'avaient fait que renforcer leur rancune réciproque, par dépit d'avoir un instant montré leur faiblesse, elle n'en savait rien. Heather soupira. Bien sûr, elle reviendrait souvent à Poudlard l'an prochain, en tant qu'apprentie de Slughorn. Mais rien ne serait plus pareil. Ni Quidditch ni dortoirs en désordre, pas de folles fêtes dans la Salle sur demande, de sorties entre amis à Pré-au-lard ni de nuits torrides dans le dortoir Serpentard. Tout ces souvenirs lui donnaient le vertige, des cours de potions aux romans lus au bord du lac, des doutes les plus atroces aux réunions de Selwin, de l'odeur d'Owein à celle des vestiaires, du calme de la bibliothèque à l'atmosphère unique de la Salle commune. L'an prochain elle ne serait plus une élève, et Merlin sait qu'il était rassurant de l'être encore, ne serait-ce que pour une nuit. Quitter Poudlard c'était quitter l'enfance, affronter le monde. Devenir Madame Malfoy. Heather savait parfaitement ce qui l'attendait dehors, et cela l'effrayait. Il était trop tard pour reculer.
L'infirmerie était vide. Une forte odeur de menthe flottait dans l'air. Tous les lits étaient impeccablement faits au carré, tous éclatants de blancheur. Remus eut un soupir et se laissa tomber sur son lit. Ce lit, toujours le même, le plus proche de la loge de l'infirmière, qu'il avait occupé une à trois nuits par mois depuis sept ans. L'infirmerie, c'est là qu'il s'était dirigé d'instinct après le repas du soir. Une dernière part de tarte, un dernier fou rire gryffondorien, un dernier discours directorial, un dernier moment dans les odeurs de camphre et de désinfectant. Il avait appris à aimer ce lieu que d'aucun fuyait comme la peste, appris à s'y plaire et à prendre son mal en patience. Remus était de ces garçons terriblement sages pour leur âge, qui avaient compris que ce sur quoi on n'a pas de prise, il nous faut l'accepter. Il avait fallu du temps au petit garçon terrifié, bien des nuits sans dormir et de sanglots ravalés, d'imprécations rageusement jetées au ciel et de question restées sans réponse. Pourquoi lui ? Pourquoi lui et non un autre, l'avait-il mérité ? Le temps avait fini par faire son œuvre. Remus n'avait plus de haine, Remus avait grandi. Accepté qui il était, appris à tirer parti même du pire. Grâce à un amour parental inconditionnel et à l'aide inestimable du professeur Dumbledore, Remus avait appris qu'il y a du bon en toute chose, et qu'il ne tient qu'à nous de voir le verre à moitié plein. Remus Lupin était un loup-garou. Honni par la société, craint et haï. Remus était un monstre sanguinaire toute une nuit durant, chaque mois. Il n'y avait rien qu'on puisse faire contre ça. Mais Remus n'était pas seul. Des mains s'étaient spontanément tendues vers lui. Ses parents les premiers, Dumbledore par la suite. Puis ses amis. James et Sirius n'avaient jamais lâché l'affaire, dès lors que Peter avait innocemment soulevé que les loups-garous toléraient mieux les animaux que les humains. Les Maraudeurs s'étaient battus pour lui, depuis leur première année. Et de ce soutien indéfectible, Remus Lupin tirait une force immense, une gratitude infinie qui l'avait fait grandir. Autour de ce terrible secret, Remus n'avait réuni que les meilleurs. Une grande famille qu'il chérissait plus que tout au monde. Il sourit, songeant à la maternelle Lily, à Alice qui semblait toujours tout savoir sur tout le monde, à Frank, craintif mais fiable, et à Heather, féroce et fragile, qu'il avait mis un temps fou à apprivoiser. Il les aimait tous, avec une indulgence coupable souvent, leur passant leurs défauts, leurs caprices, leurs erreurs. N'avait-il pas pardonné à Sirius d'avoir attiré Rogue dans un piège, cette terrible nuit où le loup avait failli se faire meurtrier ? Oui, Remus Lupin leur aurait tout pardonné, même le pire. Car il n'avait jamais su comment leur dire à quel point il n'était rien sans eux. Ils étaient ses amis, sa famille, sa vie était liée à la leur pour l'éternité.
Des pas retentirent dans le couloir, des pas pressés qui tirèrent un sourire au lycanthrope. Il aurait reconnu l'allure décidée de l'infirmière entre mille. Combien de nuits passées sous sa garde vigilante, combien de blessures pansées, de chocolats chauds déposés sur sa table de nuit, de mains réconfortants posées sur sa joue ? Mme Pomphresh avait été sa plus précieuse alliée durant ces sept années. Repoussant les curieux, le soignant toujours au mieux, lui contant les ragots bras-cassés comme disait Peter, le traitant toujours avec compassion mais sans cette pitié qui l'horrifiait. À ceux qui la traitent de harpie, Remus rétorquait qu'elle était un pilier essentiel au bon fonctionnement de cette école. Combien de vies sauvées entre ses mains habiles ? L'infirmière lui offrit un gentil sourire, alors qu'elle aidait une élève fort pâle à s'asseoir sur un lit. Une Poufsouffe à l'air intrépide que Remus avait croisée plusieurs fois dans cette pièce. Mme Pomphresh l'appelait la plus grande fauteuse de trouble du château après les Maraudeurs, mais lui vouait une tendresse évidente. Remus adressa un petit signe de la main à sa camarade, dont les ecchymoses violacées trahissaient les propensions à la bagarre avant de s'éloigner d'un pas léger. Il savait la tempête qui les attendait à l'extérieur. Il savait que sa condition ne rendrait que plus compliquée son insertion au sein d'un monde sorcier déjà déchiré. Il savait qu'il aurait encore du temps à passer à Poudlard en tant qu'apprenti. Il savait qu'il jouerait un rôle actif dans la résistance en marche, et il désirait prendre part à cette guerre. Remus Lupin n'avait plus peur, ni de lui, ni du monde. Car il n'était pas seul.
Un chat ronronnait de façon indécente sur le canapé au cramoisi terni. Alice haussa un sourcil circonspect. Elle n'avait jamais vraiment compris la fascination de ses paires pour les boules de fourrure à quatre pattes. Étendu sur le dos, étiré en un inconvenant et euphorique sommeil, le félin semblait ne pas se soucier de prendre toute la place il avait appris à se faire respecter de la majorité des élèves de la Salle Commune. Qui plus est, ce soir-là il ne risquait rien. La Salle commune était étrangement vide, soit que les élèves traînent encore pour leur dernier repas, soit qu'ils s'affairent à boucler leurs valises à force de sorts grommelés avec exaspération devant la montagne inattendue d'affaires à ramener à la maison. Alice sourit. Comme toujours, elle s'y prendrait à la dernière minute, probablement aidée par la baguette habile d'une Lily faussement agacée. Peu lui importait. Alice se moquait des convenances, riait aux nez des apparences et des règles de vie commune. Elle était franche et directe, acerbe ou moqueuse, bienveillante souvent, tigresse s'il le fallait. Alice distribuait coup de dents et coup de langue ronronnant comme une mère louve protège ses petites. Avec dignité. Et ce soir était son dernier soir à Poudlard, à la rêveuse Alice que certains disait folle. Pas folle. Juste coupée de certaines réalités matérielles et pragmatiques, les reprenait souvent Lily. Alice s'en fichait. Elle voulait bien être une douce dingue, un peu perdue dans ses livres et ses étoiles. Alice était maladroite, jamais à l'heure, peu portée sur les convenances sociales et les réalités concrètes de la vie. Mais Alice savait que vouloir c'est pouvoir et que l'impossible n'était qu'un mot forgé par les hommes pour excuser leurs échecs. Elle était fine et observatrice, la jolie Alice. Elle comprenait les gens mieux qu'ils ne se connaissaient eux-mêmes, et se moquaient souvent de ses amis aveugles et butés dans leurs obsessions idiotes. Elle avait flairé l'odeur de secret de Remus bien des années auparavant, sachant qu'il ne lui faudrait pas plus de quelques jours pour le découvrir, si elle le souhaitait réellement. Elle ne l'avait pas fait, soucieuse d'attendre qu'il se déclare par lui-même – ce qu'il avait fait de façon proprement inattendue, elle devait bien l'admettre.
Blottie dans son fauteuil favori, Alice sourit. Elle regardait la lune monter dans le ciel, drapée de nuées comme une princesse dans de la soie. Un petit pincement au cœur lui tira une grimace. C'est fou ce que cet endroit allait lui manquer. La Salle commune avait été son territoire pendant sept années. Sept longues années à se gorger de rires et de présences tièdes, d'amitiés et d'amour au delà du rationnel. Alice était un animal grégaire, de ses louves se liant pour toujours d'amour avec leur compagnon mais vivant en meute. Pour équilibrer une enfance un peu triste d'enfant unique, aurait doctement murmuré une Lily au visage grave. Ses doigts erraient avec douceur sur le velours usés par le temps. Poudlard lui avait été une maison de substitution pendant sept ans. Le temps d'étancher sa soif de connaissance, d'apprendre la vie en communauté, d'apprivoiser l'espèce humaine. Alice avait appris vite, les intrigues de cours et les embrouilles de gamins, les relations amours-haines et les sentiments feints. Le château était un grand théâtre sur les planches duquel Alice n'était restée que simple figurante. Car Alice ne mentait ni ne jouait. Alice était franche, souvent trop, sincère, spontanée à l'excès. Elle ne craignait ni les regards ni les remontrances, encore moins les ragôts. Elle aurait été un piètre agent double, comme le lui avait fait remarquer Heather un soir. Alice s'en moquait. Elle savait qui elle était, où elle allait. Et elle n'y allait pas seule. Quatre ans. Quatre années d'amour avec Frank, avec cette certitude non pas naïve mais innocente que toute relation peut être éternelle. Étrangement, nul n'avait jamais osé émettre le moindre doute sur leur couple. Moins charismatique que Lily et James, moins scandaleux que les histoires de la jolie Turner, moins explosifs que Heather et Owein, Frank et Alice n'occupaient que rarement le devant de la scène. Ils s'en moquaient. Ils étaient les racines fiables et profondes de l'amour tel que le concevait Dumbledore. L'amour qui défend, rassure, protège. Celui qui fait rempart contre le mal. Frank et Alice étaient les piliers silencieux et discrets des Gryffondors, un couple simplement royal sans qui le monde n'aurait pas tourné de la même manière.
Alice ne put retenir un petit rire. Ils avaient pourtant fait trembler les murs de Poudlard, à leurs débuts. Les colères d'Alice étaient légendaires, destructrices. Celles de Frank étaient plus froides, glaçantes de silence amer et rancunier. Il avait fallu parfois biens des missions de pourparlers menées d'une main tremblante par Evans et Lupin pour apaiser le gouffre entre les deux amants. Leurs professeurs eux-mêmes avaient parfois dû s'en mêler, tant le meoral de leur couple phare influaient sur l'humeur des Griffons. Personne n'avait jamais oublié le soir où leur directrice de Maison les avait tous deux enfermés dans sa salle de classe après les cours, pour qu'ils cessent leurs enfantillages et trouvent un terrain d'entente raisonnable. Après maintes tables renversées, plusieurs objets cassés et des hurlements à faire trembler le Baron sanglant lui-même, Alice avait craqué. Il en avait fallu du temps à Frank, pour la mettre aux pieds du mur, la fuyante Alice qui avait vainement tenté d'échapper à leur amour pendant des mois. Elle ne voulait pas, au début. Trop farouche, trop indépendante, cette passion lui faisait bien trop peur. Mais Frank était tenace, persuadé qu'il passerait sa vie avec elle, et avec personne d'autre. Alors ce soir là, au milieu des décombres de la salle de métamorphose, Frank l'avait embrassée très doucement, comme on apprivoise un animal sauvage. Alice avait pleuré avant d'éclater de rire, et lorsqu'ils avaient pris le chemin de la tour bien après le couvre-feu, même Rusard n'avait osé leur dire quoi que ce soit, tant le fauve Alice Smith ronronnait fort de plaisir.
Blottie dans son fauteuil rouge, Alice avait un regard très serein, les yeux perdus dans les vagues de la nuit. Bien sûr, Poudlard lui manquerait. Mais la vie, la vraie, les attendait dehors, et elle mourrait d'impatience de courir au devant de l'univers. Elle n'avait pas peur.
Le silence du dortoir le glaçait autant que celui d'un tombeau. Jamais en sept ans cette pièce n'avait été aussi parfaitement ordonnée. Aussi tristement vide. Ils avaient soigneusement fait leurs valises, prenant garde à ne rien oublier, ni chaussettes ni posters, encore moins bonbons ou souvenirs dérobés à une éventuelle victime serpentarde. Il s'était lui-même enorgueilli d'avoir conservé nombres de trophées pris à leurs adversaires ancestraux. Leurs valises étaient pleines de bazar et leurs têtes de souvenirs. Son cœur, d'émotions contradictoires. Sirius Black passa par habitude une main dans ses cheveux en bataille. De ce qu'il en savait, la pièce ne différait pas réellement de tous les autres dortoirs gryffondors. Cinq lits aux rideaux rouges disposés en cercle dans une chaleureuse pièce avec vue sur le parc. Des croisées aux fenêtres, et un panorama vertigineux. La pièce était douillette, particulièrement accueillante. A la seconde où il en avait poussé la porte, sept ans auparavant, il avait su que cette chambre serait plus la sienne que ne l'avait jamais été celle qu'il occupait au square Grimaurd. Et rien ne l'avait jamais détrompé.
Il avait aimé y inventer les farces les plus odieuses – donc les plus drôles –, y engloutir les sucreries les plus savoureuses à en avoir mal au ventre le lendemain – une tellement bonne excuse pour ne pas aller en cours de potions –, y conspirer des heures durant jusqu'à l'aube, mettant au point les plans les plus machiavéliques – dont certains n'avaient encore jamais été appliqués –, y cracher les plus infâmes injures contre « les Sangs-purs, leurs doctrines et leur stupidité de consanguins », y réfléchir à tous les moyens possibles et imaginables d'aider Remus après lui avoir fait avouer son terrible secret. Ce à quoi ils étaient parvenus avec brio et beaucoup de classe, ne put-il s'empêcher de penser en souriant avec morgue. Un rire fier le secoua un instant en songeant qu'ils avaient tous trois enfreint bien des règles, mais celle-ci était la plus grave, en se faisant Animagii au nez et à la barbe de Dumbledore en personne ! Sans parler de la Carte du Maraudeur. Sirius en était particulièrement fier, car il en était l'initiateur. Il se souvenait parfaitement des regards sceptiques de ses trois camarades, le soir où il avait proposé de créer une carte exhaustive et interactive de Poudlard, capable de déceler et de tracer toute vie, de percer tous les masques, tous les passages secrets. Remus avait haussé les épaules en décrétant avec fermeté que c'était impossible. Peter s'était tu, comme souvent, pour laisser à James l'occasion de se prononcer. Cornedrue avait haussé un sourcil moqueur, mettant au défi son presque frère de trouver les sortilèges et enchantements adéquats. Sirius Black n'avait jamais perdu un défi, et toutes les semaines qui suivirent, il fréquenta assidûment la Bibliothèque, et plus particulièrement la Réserve, tantôt sous le couvert de la cape d'invisibilité, tantôt grâce à une autorisation professorale contrefaite. Peter s'était moqué de lui, l'accusant de draguer la bibliothécaire ou quelque innocente Serdaigle au sein de ce temple du savoir. Ce à quoi Black avait ironiquement rétorqué qu'il n'avait pas besoin de draguer une Serdaigle pour en obtenir ce qu'il voulait - un sourire, quelques mots glissés dans un manuel et deux trois regards insistants étaient amplement suffisants. Il sourit. Cela n'avait pas été aussi facile avec la jolie Leanne. Quitter Poudlard c'était aussi dire au revoir à la douce sixième année. Oh bien sûr, ils n'étaient pas à proprement parler un couple. Il aimait chez elle sa féroce indépendance, son ironie mordante et ses crises de jalousie inavouée. Ainsi que la courbe de ses hanches, se dit-il avec un de ses sourires qu'on a à évoquer une pâtisserie particulièrement savoureuse. Une goûteuse sucrerie, une sympathique distraction. Rien de plus.
Sirius Black n'était pas du genre qui tombe passionnément amoureux. Il n'aimait de l'amour que ses fièvres, son éphémère, pas ses douceurs et ses tendres habitudes. De ce fait il avait fait couler bien des larmes, ne cherchant pas à faire mal, simplement à se faire du bien. Égocentrisme aveugle à la douleur qu'il avait pu causer chez ces jolies filles abandonnées pour d'autres. Il avait un constant besoin de distraction - ses préférés étant tout ce qui incluait une bande de Serpentards à ridiculiser et des règles à enfreindre. Sirius Black était égoïste, souvent. Hautain, bien plus qu'il ne voulait l'entendre. Insupportablement arrogant, beau et talentueux – dans tous les domaines, se vantait-il souvent. Il aimait prouver qu'il était le meilleur, et le rappeler aux Serpentards était son sport favori, tant pis si cela entraînait bien des retenues.
Pour autant, si l'aîné des Black était un sale gosse, il n'était pas dépourvu de qualité. Sirius protégeait sa famille, au détriment des règles, des convenances et du sens commun souvent. Il lui arrivait bien souvent d'agir de façon inconsidérée, et peut-être même par pure méchanceté – n'avait-il pas manqué de faire tuer Rogue par Lupin, ce soir de pleine lune où il lui avait dit de pénétrer dans la Cabane hurlante ? Mais il n'en demeurait pas moins capable d'agir pour ce qu'il croyait juste. Black protégerait ses proches jusqu'à la mort sans ciller, nul ne pouvait en douter. Et si son engagement dans la Résistance avait d'abord été initié par une rébellion primaire vis-à-vis de sa famille, acte enfantin s'il en est, cet engagement s'était plus profond, plus réfléchi au fil des ans. Il est des causes qui valent la peine qu'on meure pour elle, avait-il dit un jour avec un sérieux inhabituel. Ce jour-là, même Peter n'avait pas osé se moquer de son ami.
Sirius avait changé, en sept ans. Appris la gravité que requièrent certaines situations. Appris à faire confiance aux gens, peu à peu. Il ne l'avait jamais regretté. A Poudlard, il avait trouvé une famille. Et cette famille ne perdrait rien de son unité une fois les grandes portes franchies sans un regard en arrière. Sirius Black n'était pas de ceux qui regrettent, il irait de l'avant quoi qu'il arrive. La vie s'étendait à leurs pieds, et avec elle, la guerre. Son regard se posa sur le plafond jadis immaculé. Comme un chien fou, il trépignait d'impatience à l'idée de quitter enfin l'étouffante enceinte du château. Mais au fond de lui, bien des angoisses meublaient ses nuits. Sirius Black ne parlait que peu de lui, ne se confiant qu'à demi mot, masquant ses plus sombres terreurs sous un voile de froide arrogance ou de colère sans fondement.
Sirius Black avait peur. Non pas de la guerre et de ses horreurs, ni même de la mort ou de perdre ceux qu'il aimait. Non, l'aîné des Black était terrorisé à l'idée de brandir sa baguette face à son petit frère, un jour ou l'autre. Car il n'en doutait pas. Si le sang des Black était, comme sa mère le répétait à l'envie, quasiment royal, il était le héros d'une tragédie à la grecque qui ne pourrait finir que dans une sanglante lutte fratricide. Depuis bien des semaines, cette question hantait ses rêves. Tomberait-il un jour sous la baguette d'un membre de sa propre famille ?
Les elfes de maison l'avaient toujours reconnu, quelque soit la forme qu'il prenne pour se glisser subrepticement aux cuisines. Peter leur offrit un petit sourire de remerciement alors qu'un elfe aux oreilles démesurées déposait devant lui un plateau à l'apparence savoureuse. Le Gryffondor huma avec un plaisir déjà teinté de nostalgie le chocolat fumant que personne ne savait faire aussi bien que Loury, la petite elfe muette aux yeux brillants. Autour de la tasse il découvrit des pâtes d'amande enchantées d'inspiration animales et regarda avec une fascination enfantine les éléphants trottiner sur une soucoupe sous le regard indifférent d'un chat roulé en boule dans un coin. Les confiseries l'avaient toujours fasciné, déjà enfant il préférait les regarder s'ébattre joyeusement que les manger. Il sourit, pensant à James et Sirius qui n'avaient jamais eu ce genre de scrupule, et attrapa délicatement un tigre qui feula d'indignation, avant de se laisser manger avec résignation. La pâte d'amande avait des arômes de fleurs d'oranger et de rose, Peter ferma les yeux. Poudlard allait lui manquer, beaucoup. Il n'avait absolument aucune envie de retourner chez ses parents. Une grimace déforma son visage habituellement rieur. Ce n'était qu'un secret de polichinelle, mais Peter avait toujours tenu à maintenir les apparences. Il avait honte de sa famille au moins autant que Sirius, mais lui n'avait pas pu transformer cette humiliation en colère. Simplement en crainte frissonnante et en insomnies anxieuses. Les Maraudeurs seuls connaissaient l'entièreté du problème. Des coups aux hurlements, de la dépression maternelle à l'alcoolisme héréditaire, des supplications d'enfant aux heures cachées sous le lit. Aux yeux de beaucoup de gens, Peter était quelqu'un de joyeux et léger, naïf et presque obéissant. Mais le garçon au visage débonnaire et aux blagues souvent pas drôle était plus que ça. Seulement, on lui avait dit un jour, mieux vaut en rire qu'en pleurer. Alors, bon gré mal gré, Peter riait.
Il acheva son chocolat à petites gorgées, savourant ce dernier instant. Pour une fois, il avait ressenti le besoin de faire les choses seul, lui qui ne savaient vivre au dehors du groupe, continuellement accroché à ses amis comme si sa vie en dépendait. Il avait appris à ses dépends qu'être seul, c'est être faible, et dès le premier jour, en posant le pied dans le dortoir qui serait le leur pour sept longues années, il avait remis entre les mains de ses amis tout ce qu'il était. La vie sans eux n'était que crainte et humiliation, échecs et violences. Alors qu'en tant que Maraudeur, Peter avait réussi. Et cela lui réchauffait le cœur d'une gratitude immense, que ses amis aient toujours été là pour lui, pour l'aider, le tirer vers le haut. Il avait une vie à Poudlard. Une vie dont il était fier. Il repensa à la jolie brune qui l'avait accompagné au bal de St Valentin, à ses joues rosies de timidité, aux regards appréciatifs de Sirius lorsqu'il les avait regardé quitté le bal pour un endroit plus intime. Il se rappela leurs dizaines d'escapades nocturnes, la carte du Maraudeur qui les rendait tous puissants. Il se souvint des fous rires en cours de potion, des heures de retenues où même séparés, ils arrivaient à communiquer grâce aux miroirs à double-sens. Peter aimait sa vie à Poudlard, et n'avait aucune envie de la quitter. Le monde extérieur l'effrayait plus qu'il ne pouvait le dire. Mais là où iraient ses amis, il suivrait sans hésiter, le sourire aux lèvres et l'envie de dérider chaque visage qu'il rencontrerait.
La Grande Salle bruissait des conversations et des rires propres à tout petit-déjeuner. Le départ était imminent, et le discours de Dumbledore avait secoué les cœurs. À la table Gryffondor, l'émotion était palpable. Les Maraudeurs avaient fait un discours étonnamment sage pour mettre au défi quiconque de les égaler. Lily s'était étonnée de les voir se conduire aussi bien, et James lui avait fait un clin d'oeil plein de sous-entendus. « Aujourd'hui, ce n'est pas à nous d'occuper le devant de la scène, Lily-jolie. » Heather sirotait un Earl grey les yeux perdus vers la table des Serpentards, indifférente à l'agitation manifeste de Frank à sa droite. La grande horloge sonna gravement la demie de neuf heures, et déjà les Préfets tapaient dans leurs mains pour rassembler leurs ouailles, les enjoignant à se regrouper avec leurs valises dans le hall pour se préparer à prendre place dans les calèches. Lily s'apprêtait à faire de même quand Sirius et James la saisirent chacun par un bras pour l'en empêcher. « Un petit instant, rien qu'un petit instant. » lui chuchota Remus avec un sourire. Alors Frank Londubat, les mains moites mais le visage décidé se leva, et sa voix magiquement amplifié résonna sous le plafond magique. Heather ouvrit de grands yeux stupéfaits, alors que les Maraudeurs souriaient de toutes leurs dents et qu'Alice le regardait sans comprendre.
- Veuillez me pardonner, mais il me faut demander quelque chose, et il n'y a plus bel endroit pour le faire qu'ici, à cette table, dans cette Salle où je t'ai vue la première fois.
Ses yeux s'étaient plongé dans ceux, interrogateurs, d'Alice. Sa voix ne tremblait pas, basse et grave, et chacun s'était tu comme pressentant la solennité de l'instant. À la table des professeurs, Selwin souriait, et Dumbledore n'avait jamais paru aussi heureux, picorant des bonbons au citron comme s'il assistait à un merveilleux film.
- Alice, la vraie vie nous attend dehors. Ce ne sera pas facile, nous le savons tous les deux. Certains devoirs ne peuvent être ignorés, et nous nous jetons peut-être dans la gueule du loup. Je sais que nous prendrons nos responsabilités, je nous fais confiance. Et je sais aussi que j'ai passé les six dernières années à t'aimer follement, et que je compte continuer toute ma vie. Alors je prends mes responsabilités, parce qu'il m'est intolérable que les réalités quotidiennes doivent nous séparer.
Alice sembla suffoquer. Elle qui contrôlait toujours tout avec le sourire semblait perdre pieds, les joues rouges et le cœur prêt à exploser. Là, au centre de la Grande Salle, sous les regards de tout Poudlard, Frank Londubat s'agenouilla devant la jolie Gryffondor aux cheveux courts.
- Alice Smith, veux-tu m'épouser ?
Le silence n'avait jamais été aussi pesant qu'à cet instant. Tremblante, Alice paraissait sur le point de fondre en larmes, et Lily dut la pousser de la main pour la faire réagir. « Go, Al'. »
- Oui, Frank, oui.
Une immense clameur s'éleva de toute part, et le plafond magique lui-même s'illumina d'un soleil ravi. Minerva McGonagall tamponnait fort peu discrètement un mouchoir en dentelle sous ses yeux d'une main, tout en agitant sa baguette de l'autre. Un nuage de pétales de roses enveloppa les nouveaux fiancés qui s'embrassait sous les hourras de la foule. Même certains Serpentards se joignirent aux applaudissements euphoriques des élèves. Hystériques, Sirius et James agitèrent leurs baguettes, et l'ultime œuvre des Maraudeurs apparut sous les yeux émerveillés des élèves comme des professeurs. Flamboyant et majestueux, un lion immense se matérialisa à partir du feu des torches environnantes, dont les flammèches roussirent les chevelures de quelques élèves indignés, avant de pousser un rugissement de joie fière qui résonna sous le plafond. Derrière lui apparurent, tels de magnifiques Patronus faits d'argents, une foule d'animaux gambadant joyeusement. Venaient en premier un cerf et sa biche bondissant par dessus les tables, suivi d'un loup jappant de plaisir avec un grand chien. Sous le plafond apparurent alors un couple d'aigle immense, dont l'un portait sur son dos un rat fébrile de bonheur. Enfin, fermant la marche en solitaire, apparut un lynx fier marchant d'un pas souple, ronronnant de plaisir en se frottant à certains élèves, laissant derrière lui des filaments d'argents.
Sous le plafond apparurent alors quelques mots, simples mais parfaitement justes.
Merci Poudlard, nous ne t'oublierons pas.
Tadaaaam ! Voilà, j'ai hâte de savoir ce que vous avez pensé de ce chapitre !
Les animaux de la fin, je suppose que vous avez deviné... La biche c'est Lily, les aigles Frank & Alice, et le lynx, Heather.
A très vite dans les reviews j'espère :D
La suite mettra un peu de temps je le crains, je dois d'abord parvenir à faire un plan un tant soit peu précis de la Partie III à venir. Mais je ne lambinerai pas, promis.
Toute à vous,
Hélène.
