Chapitre 27 – Préparation
Aliya se réveilla lentement. Cela faisait longtemps qu'elle n'avait pas aussi bien dormi. Quand sa vision se clarifia, elle aperçu le tyran en face d'elle, tout sourire.
-Bonjour, ma précieuse.
Elle sourit et lui répondit avant de se blottir.
-As-tu bien dormi ?
-Oui. Tu es vraiment très confortable.
-Je sais.
Elle leva sa tête et l'embrassa. Ce petit monde tout rose lui plaisait il fallait bien quelques moments tendres avec la vie qu'elle menait...
-Pagan…est-ce que tu es prêt à annoncer la nouvelle au peuple ?
-Non, mais je ferai comme si je l'étais.
-J'ai hâte que les travaux commencent. Tu imagines le résultat ? Ce sera tellement beau !
Pendant qu'elle décrivait sa vision, il la regardait tendrement. Remarquant une pointe d'inquiétude, elle s'arrêta.
-Qu'est ce qui ne va pas ?
-Rien, ma colombe.
-Arrête ça, je vois bien que quelque chose t'inquiète.
-…J'appréhende juste le déroulement des travaux.
-Hm…c'est vrai qu'au début, ce ne sera pas facile, mais je suis sûre que tout ira de mieux en mieux, tu verras.
Il sourit, rassurant sa colombe et l'invita à se préparer.
-Prends un bain avec moi.
-Euh…
-Tu ne veux pas ? Tu vas bientôt devenir ma femme, pourtant il faudra bien que tu te montres nue devant moi.
Sur ces mots, elle vira rouge pivoine en refusant catégoriquement. Il partit dans sa salle de bains en riant alors qu'elle se dirigeait dans la sienne…en y repensant, il n'avait pas tort…
Elle se prépara et s'habilla normalement. Rejoignant le tyran, elle lui sourit en tentant de le rassurer, puis il alla prendre la parole. Un discours long mais précis sur le projet. Alors qu'il arrivait vers la fin, Aliya tressaillit.
-…Pour résumer : oubliez les différends. Entraidez-vous. Mais surtout, faîtes-le pour faire plaisir au lieutenant Kundravati. C'est elle qui m'a donné la force d'entamer ce projet qui, de base, me tenait à cœur. Débarrassez-vous de votre haine et votre rancœur, et travaillez ensemble, pour elle. Je ne vous le demande pas en tant que roi, mais en tant qu'homme dont le seul désir est de rendre celle que j'aime heureuse. Rendez-la heureuse. Si vous acceptez cette requête, je vous serai éternellement reconnaissant.
Il se releva après s'être prosterné, puis il descendit de l'estrade, la tête baissée. Quand il la leva, sa colombe était devant lui, le fixant. Sans un mot, elle le prit dans ses bras en le félicitant pour ce qu'il venait de faire. Quelques temps plus tard, Jay envoya des soldats dans les villages pour afficher le plan détaillé du projet.
En plein après-midi, alors qu'Aliya était partie au camp, Yuma alla voir son frère.
-C'est quoi, cette histoire de rénovation ?
-C'est ce que j'ai décidé de faire.
-Tu le fais parce que tu veux le faire, ou c'est parce que ta « colombe » te l'a demandé avec ses yeux de biche ?!
-Yuma…
-Non, je ne veux même pas t'entendre ! Tu sais quoi ?! Je m'en fous ! Fais ce que tu veux, je…
Il plaqua fermement sa main sur la table, coupant sa sœur de tout élan.
-Oui, je le fais pour elle, mais aussi pour moi. J'en ai assez de me battre pour rien ! Je veux commencer ce que j'aurai dû faire il y a longtemps : m'occuper de ce pays ! Grâce à Aliya, je me reprends enfin en main et je me sens bien!
Yuma le regardait en fronçant les sourcils.
-J'ai perdu la femme que j'aimais et ma fille à cause de toute cette haine et cet égoïsme…je ne veux pas recommencer mes erreurs et perdre le bonheur à nouveau. Quoi que tu puisses faire, Yuma, tu ne m'arrêteras pas. Tu peux dire ce que tu veux de moi…mais ne blâme pas ma colombe. Tu as même intérêt à t'habituer à elle dès maintenant.
-Et pourquoi je ferais ça ?
-Parce qu'elle va bientôt devenir ta reine nous allons nous marier.
Yuma n'en cru pas ses oreilles et n'arriva pas à sortir un son de sa bouche.
-S'il te plaît, Yuma…je t'aime comme un grand frère aime sa petite sœur, et je…
-Tu ne m'as jamais aimée ainsi. Tu m'as abandonnée quand Ishwari est arrivée. La loyauté que tu lui as vouée t'a fait négliger celle que tu me devais ! Qu'est ce que tu crois que ça m'a fait à moi, ta « petite sœur » qui t'a aidé à t'asseoir sur le trône ?!
Il ne savait quoi dire, et baissa les yeux. Alors qu'elle le mitraillait de reproches, il s'avança vers elle. Puis sans un mot, il la serra dans ses bras.
-Je suis désolé, petite sœur. Je sais que ces mots ne répareront rien, mais je te promets que je serai là, maintenant.
-…Tu mens…
-Non. Assieds-toi et écoute-moi. S'il te plaît.
Serrant les dents, elle s'affala sur le canapé, attendant que son frère s'exprime. Son visage se décrispa un peu à mesure qu'elle entendait ce qu'il avait à dire. A sa grande surprise, elle commença à penser que cette « colombe » n'était peut-être pas si néfaste qu'elle le pensait.
-C'est ce qu'elle m'a proposé pour toi. Elle pensait que ça te ferait plaisir.
-Hm…
-Elle te respecte beaucoup, tu sais. Elle me dit souvent qu'elle aimerait être plus proche de toi.
Yuma réfléchit un moment.
-Tu as vraiment l'air de l'aimer…Moi qui pensais que tu serais incapable d'avoir des sentiments pour quelqu'un d'autre après ce qu'il s'est passé…
-Je le pensais aussi.
-Au moins, tu es moins exécrable à voir qu'à cette époque.
Il lâcha un rire discret, puis regarda de nouveau sa sœur.
-…Laisse-moi réfléchir un peu. Où est ta « colombe » ?
-Elle a dit qu'elle allait au camp pour l'après-midi.
Sans un mot, elle se leva et se dirigea vers la porte.
-Yuma…merci.
-Hm…
Elle partit en direction du camp. Trouvant la jeune femme, elle s'en approcha.
-Hey…
-Ah…bonjour, Chef.
La jeune lieutenant se tourna vers elle, intimidée.
-J'ai à te parler.
-D'accord…
Elles s'éloignèrent un peu. Yuma s'adossa à une paroi et croisa les bras.
-Je viens de parler à Pagan. Tu vas lui faire perdre un paquet d'argent avec tout ça.
-Oui, je sais…je vais l'aider, même s'il ne veut pas.
-Comment ?
-Pour me remercier pour ce que j'ai fait au Mexique, M. Velasquez m'a donné un milliard de roupies Kyratis.
-Ouah…tu as dû faire pas mal de choses.
Elle lui raconta le séjour avec de plus en plus d'entrain, mais à la fin, elle se calma devant l'air impassible de son interlocuteur.
-Hum…en gros, voilà comment ça s'est passé.
-Je vois. Pas mal du tout.
-Ah…merci, Chef.
-…C'est quoi, ce sourire stupide ?
-Désolée, je…
-Peu importe…Pagan m'a parlé de ce que tu voulais faire.
-Ah oui ? Qu'est ce que vous en pensez, alors ?
-Je dois avouer que ça me plais bien. Ceci dit, ça m'étonne que tu n'ais pas voulu te débarrasser des champs de pavots…
-J'ai conscience que c'est un produit important, ici…ça m'embête un peu, mais je ne peux pas faire ça disparaître…
-Je vois. C'est ce qu'il m'a dit aussi.
Pendant un moment, aucune ne parla. Aliya se sentait mal à l'aise face à sa supérieure, qui la fixait.
-Chef…
-Est-ce que tu es sûre de vouloir te marier avec lui ?
-Hein ? Je…
-Vous avez quinze ans de différence, pourtant.
-Ce que je ressens pour lui et mon désir d'être à ses côtés sont si forts que ça me suffit. Un point positif est qu'il n'aura pas à s'embêter pour le cadeau de mariage…la rénovation du pays était la plus belle chose qu'il puisse me faire.
-Je vois. Bon, écoute-moi bien, je ne le dirais qu'une seule fois.
Elle s'approcha de la jeune femme, qui restait immobile malgré sa peur.
-Malgré ce que j'ai pensé, je dois dire que tu m'impressionnes. La gringalette qui devient lieutenant, qui nous retire une belle épine du pied en s'occupant du Sentier d'Or et ses têtes pensantes et qui rend mon frère « heureux », ça fait beaucoup. Force est de constater que tu sais te servir de ta force. Ce n'est pas comme si je t'aimais, mais je te déteste largement moins qu'Ishwari. J'ai pris beaucoup de temps à réaliser que Pagan restera comme il est, mais il faut bien que je m'y fasse un jour la rancœur, c'est épuisant, à force. Tout ça pour dire que tu ne le rends pas plus faible, ce que j'apprécie. Alors…merci.
Aliya écarquilla les yeux avant de sourire quelques secondes plus tard.
-De rien, Chef.
-Par contre, ça veut dire que j'aurai peut-être moins de travail à cause de tout ça…
-Ne vous inquiétez pas, le monde regorge de prisonniers. Vous aurez tout le loisir de vous « amuser » avec eux. M. DePleur pourra vous aider.
Yuma eut un sourire en coin, puis lui demanda de lui faire voir la bague que son frère lui avait offerte. Elle lui montra non sans fierté. La sœur du tyran s'en alla ensuite pour retourner à Durgesh, disant qu'elle viendrait dîner avec eux ce soir. Aliya retourna auprès de ses mentors.
-Alors ? Qu'est ce qu'elle te voulait ?
-Ah…elle souhaitait juste parler un peu.
-Allez, quoi, dis-nous !
Elle rit en les traitants de commères, puis leur raconta brièvement. Ils acquiescèrent, puis se concentrèrent sur la disposition des soldats pour les deux premières semaines de travaux. Quelques temps plus tard, elle revint au palais. Pagan l'attendait avec sa sœur. Alors qu'elle s'approchait, elle salua le dictateur, qui ne lui laissa pas finir sa phrase et l'embrassa chaleureusement. Yuma roula des yeux devant la scène. Face à la surprise de sa colombe, il pencha la tête.
-…Peut-être était-ce trop enjoué ?
-Ah…non, non, c'était très bien ! Mais…
Elle se pencha pour regarder Yuma, qui avait un sourcil levé. Pagan sourit.
-Allez, mesdemoiselles, rentrons ! Ma colombe, va donc te reposer un peu et te préparer pour ce soir.
-D'accord.
Elle partit.
-…Quel grand romantique…
-Toujours, ma sœur, toujours ! Tu as vu à quel point elle était gênée ? J'adore la voir comme ça !
-Je ne te savais pas sadique dans ce domaine-là.
-Il en faut bien, un peu…
Elle leva un sourcil alors que son frère souriait avec malice. Il lui proposa de rentrer et prendre un verre.
Pendant ce temps, Aliya rejoint Sati.
-Ah, ma chérie ! Comment s'est passé ton après-midi ?
-Bien, on a réussi à organiser les deux premières semaines de travaux. Je suis contente.
-Merveilleux !
-J'espère sincèrement que tout va bien se passer.
-Il n'y a pas de raison que cela se passe mal. Ne t'inquiète pas.
Elles se mirent à parler de tout et de rien avant et pendant que la jeune femme se préparait. Après le dîner, elle alla prendre l'air dans le jardin alors que Pagan parlait avec sa sœur. Elle tremblota un peu, puis entendit des pas s'avancer vers elle.
-Ah, tu es là. Que fais-tu ?
-Rien, je voulais juste regarder le ciel d'ici. Où est Chef Yuma ?
-Elle est partie.
Il lui proposa de rentrer. Alors qu'elle s'installait dans le lit, il se déshabilla…devant elle.
-…Mais qu'est ce que tu fabriques ?!
-Au cas où tu ne l'aurais pas remarqué, ma chère, je ne suis pas en pyjama, moi.
-Tu pourrais au moins te déshabiller dans ta salle de bains !
-Mais je voulais simplement t'offrir un beau spectacle…
Il ricana. Aliya voulut lui envoyer quelque chose au visage, mais elle n'y arriva pas et ses mimiques firent rire le tyran.
-Je reviens, ma douce !
-Mouais…
Il partit, s'absentant pendant près de vingt minutes.
-…C'est fait exprès ?
-Quoi donc ?
-Ton peignoir mal attaché.
-Tu veux en voir plus ?
-Non.
Il s'approcha d'elle et l'ouvrit. Elle cacha ses yeux.
-Pagan ! Arrête ça !
Il éclata de rire et s'habilla pour se coucher. Quand il arriva, elle se coucha dos à lui et éteignit sa lumière en lui souhaitant bonne nuit.
-Oh, ma colombe, ne boude pas, je t'en prie…
Il se colla à elle et se mit à embrasser son cou. Elle se retourna.
-…Pourquoi tu fais toujours tout pour me gêner ?
-Parce que j'adore te voir dans cet état…c'est tellement mignon !
-Hm…
-Je ne te cache pas que c'est aussi excitant…
-Quoi ?!
-Bonne nuit, ma colombe, je t'aime !
Il la serra dans ses bras en riant. Plus tard, Aliya le regardait dormir. Elle avait hâte de commencer les travaux, et elle avait la ferme intention d'aider du mieux qu'elle pouvait.
