Coucou voici l'avant dernier chapitre !

Merci à tous pour vos reviews, et à Akimitsu N pour la correction, comme toujours !

Je ne m'attarde pas ici, j'aurai plus à vous parler plus tard ;)

Bonne lecture !

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Les représentations continuèrent.

Et bien qu'Akaashi ait rechargé son téléphone depuis le soir de la Première, sa notion du temps n'avait depuis retrouvé aucune chronologie. La vie d'Akaashi était comme un rêve.

Il lui arrivait, dans les rares moments de calme et de solitude qui lui tombaient entre les mains, de soudainement réaliser - comme s'il sortait brusquement la tête de l'eau - de se dire, de se chuchoter à lui même :

- Mais si, c'est vrai…

Et voyez vous, il se serait cru fou.

Pourtant, au final ce n'était pas un bonheur fulgurant qu'il ressentait. Car de toutes façons, le bonheur ne serait-il pas qu'une illusion ? Dur sujet de philo, certes, mais réfléchissons. Ne serait-ce pas plutôt un sentiment de contentement, d'acceptation, de faire partie de quelque chose ?

Le sentiment d'être à sa place ?

Akaashi n'avait jamais ressenti ça.

Jamais.

Et si Bokuto avait encore du mal à gérer les énormes bouffées de stress qui l'envahissaient avant les représentations, et qu'il faisait de son mieux pour retenir les noms de tous les VIP qui s'asseyaient au premier rang, Akaashi était en pleine métamorphose.

Il pensait beaucoup.

Il pensait à l'enfant qu'il avait pu être, il pensait au jeune homme qu'il avait été il n'y a pas si longtemps.

Jamais. Jamais il ne s'était senti à sa place.

Jamais.

Et il n'aurait jamais cru que cela lui arriverait un jour.

Il avait fini par se dire que tout le monde faisait semblant. Qu'au fond on vivait tous avec ce sentiment un peu désagréable, de vouloir être un peu ailleurs, un peu tout le temps.

Akaashi s'était trompé.

Et il ne savait pas quoi faire de tout cet apaisement dans son coeur.

Il était plus serein que jamais. Plus naturel que jamais. Plus spontané que jamais. Il ne s'était jamais connu comme cela.
Et c'était comme si soudainement il s'était trompé toute sa vie sur la personne qu'il était. C'était comme si jusqu'à présent Akaashi n'avait vécu qu'en mode survie, et qu'aujourd'hui seulement il réalisait qu'il était un bien meilleur humain que ce qu'il aurait cru. Cela lui faisait tout bizarre.

Il ne parlait pas beaucoup.

Il réfléchissait beaucoup.

Il ne faut surtout jamais comprendre le silence comme un mal par défaut. Car si la tristesse cherche à nous isoler en nous cousant les lèvres, les plus grandes renaissances s'effectuent dans un balai muet.

La vie d'Akaashi était ainsi constituée d'échauffements, de cafés, des sourires, de baisers, de représentations une à deux fois par jour, de beaucoup de fatigue mais aussi de beaucoup de sommeil apaisé. Soudainement c'était comme si Akaashi utilisait ses journées à bon escient. C'était comme si la vie avait un sens.

Incroyable.

Et puis tout à coup, tout l'air qu'il respirait avait une nouvelle saveur, et tout les sentiments qui le parcouraient lui semblaient clairs. Et désormais chaque fois qu'il regardait Bokuto il ne comprenait plus comment il avait pu douter de ce qu'il ressentait vis à vis de lui. Akaashi avait toujours fort faim après les représentations, et tout ce qu'il mangeait lui semblait soudain plus coloré. Et même si le chemin pour rentrer à la maison ne lui semblait pas être une épreuve insurmontable, mais plutôt une étape de la journée, il était toujours très fatigué ; aussi le sommeil le trouvait vite et son lit lui semblait doux. Il n'avait plus peur avant chaque scène, cela dit il ressentait toujours les picotements d'excitation qui lui envahissaient le coeur et lui permettait de bondir devant les spectateurs. Et à la fin du spectacle, il était transpirant, le maquillage poisseux contre son visage, mais lorsqu'il s'avançait pour saluer, on le remerciait par des tonnerres d'applaudissement. Akaashi souriait.

Le plus sincèrement du monde.

Le plus naturellement du monde.

Parce qu'il avait le coeur gonflé d'amour, de fierté, de joie à ce moment là.

Et il ne pensait pas à la seconde suivante, il ne pensait pas au lendemain, il ne pensait pas à la veille ou à ce qu'il avait bien pu raté. Il était là.

C'était tout.

Et c'était assez.

Un soir, après au moins un mois de représentations, Akaashi tomba sur une scène particulière.

Le théâtre se vidait petit à petit. Bokuto était dehors, car on le demandait à la sortie des coulisses. Lui aussi s'en sortait plutôt bien niveau célébrité.

Il faisait sensation, comme on dit.

Aussi Akaashi, tout seul, fut surpris de se retrouver face à face avec un Sugawara glissant doucement sa main contre la joue de Daichi, avant de l'embrasser, très, très doucement.

Il haussa les sourcils.

Akaashi n'aurait rien dit du tout, il serait parti en silence, apaisé comme il l'était toujours ces derniers temps, si il n'avait pas croisé le regard de Sugawara. Ce dernier, en le voyant, rougit.

Daichi recula.

Il y eut un instant de silence, un instant gênant.

Akaashi sourit.

- Ça me fait plaisir de voir que vous vous êtes enfin trouvés, dit-il.

Et il se surprit lui même de son éloquence. Cela le fit sourire. Comme une blague qu'il se serait faite à lui même. Mais il quitta la scène sans même attendre de réponse.

Quelques minutes plus tard, il essayait tant bien que mal de faire quelque chose de ses cheveux, assis à moitié en tailleur dans sa loge, lorsque Sugawara pointa à nouveau le bout de son nez.

Akaashi ne fut même pas surpris.

Il se doutait un peu qu'il allait venir.

Sugawara ne dit rien en entrant. Il vint s'asseoir à la place habituelle de Bokuto.

Il y eut un petit silence mat, durant lequel Akaashi continuait de se brosser les cheveux, et où Sugawara croisait les jambes avec précaution.

- On aimerait que ça ne se sache pas trop, avec Daichi, dit-il simplement.

Akaashi hocha la tête.

Sugawara et Daichi avaient beaucoup de fans. Beaucoup de fans un peu intrusifs surtout.

- Je comprends, fit-il d'un air détaché.

Il continuait d'inspecter ses cheveux dans le miroir lorsqu'il reprit :

- Tu as enfin osé lui parler, alors ?

Et il avait bien conscience de son ton un peu agaçant, un peu paternaliste. Mais pouvait-il vraiment s'en priver, après tout ce que Sugawara lui avait dit ?

Ce dernier sourit, comprenant sûrement que c'était bien fait pour lui.
Ils étaient au même niveau maintenant.

Deux artistes, deux même respects, deux même égos.

- Oui, répondit simplement Sugawara en se regardant dans le miroir.

Avez vous déjà essayé de regarder votre reflet dans les yeux ? On dit que si notre propre regard devient trop lourd à porter en moins de dix secondes, c'est qu'on a une mauvaise estime de soi. Ce soir là, Akaashi et Sugawara ne baissaient plus les yeux.

- J'ai été bête, fit alors Sugawara.

Et Akaashi se tourna vers lui.

- J'ai été bête d'attendre tout ce temps.

Et Akaashi n'osa pas demander que représentait l'éternité à laquelle il semblait faire référence.

Il se tut, attentif.

- Et je ne suis même pas heureux, souffla le plus âgé.

Et Akaashi pensa pour lui même : moi non plus.

- Mais je suis soulagé, j'ai l'impression que tout prend son sens.

Alors Akaashi répondit, muet : moi aussi.

- Seulement, reprit alors Sugawara.

Et une onde devait avoir changé dans sa voix, car Akaashi retrouva la réalité.

- J'ai l'impression d'avoir raté tellement de choses, d'avoir perdu mon temps.

Et sans savoir comment, Akaashi comprenait.

Il hocha la tête.

- Et je n'arrive pas à profiter complètement de ce qui m'arrive sans penser à tout ce que j'aurais pu avoir en plus durant toutes ces années perdues à avoir peur.

Et c'est étrange comme l'évidence nous échappe parfois. C'est étrange comme on a souvent besoin de se l'entendre dire.

Akaashi répondit, le plus sereinement du monde, puisque c'était son nouveau mot d'ordre :

- C'est peut être juste une mauvaise habitude à perdre, alors.

Sugawara leva curieusement le nez.

Quelque chose lui échappait et il en avait conscience.

- Tu as perdu ton temps à avoir peur, expliqua Akaashi. Et maintenant tu perds ton temps à ressasser. Tu oublies de profiter de ce que tu as sous les yeux. Il suffit peut être d'en prendre conscience pour justement réussir à oser aller de l'avant et profiter de ce que tu aimes.

Il y eut un petit moment de pause.

Sugawara hocha silencieusement la tête.

Akaashi rougissait un peu. Il se sentait un peu bête de lancer de grandes vérités de la sorte.

Sugawara ne répondit pas, mais demanda simplement :

- Vous allez annoncer à tout le monde que vous êtes ensemble, Bokuto et toi ?

Akaashi resta muet.

Il haussa les épaules.

- Je ne sais pas.

Parce qu'évidemment que Sugawara avait compris la nature de la relation entre Akaashi et Bokuto.

Il glissa une mèche derrière son oreille.

- On verra bien, répondit-il.

Et Sugawara baissa les yeux un instant, avant de se tourner à nouveau vers son reflet :

- J'aimerais bien savoir penser comme ça.

Et Akaashi se dit juste : moi aussi, j'aurais pensé ça avant.

Parfois les personnes que l'on admire sont encore plus admirables lorsque l'on réalise qu'on les a devancées en certains points. Parfois l'admiration béate devient encore plus viscérale lorsqu'elle se transforme en une affection bien plus sincère, construite sur un désir à la fois d'apprendre à l'autre tout comme de lui ressembler.

Lorsqu'Akaashi retrouva Bokuto devant le théâtre quelques minutes plus tard, il ne lui parla pas de Sugawara, mais une énième brûlure en lui était apaisée.

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Plus les semaines passaient, plus Tsukishima avait, lors du speech de motivation du début de journée, de unes de journaux à montrer.

- "Yamaguchi Tadashi", s'exclama-t-il une fois, toute la fierté du monde dans la voix.

Il lisait un article d'un magazine artistique.

- "Les plus hipsters le connaîtrons peut être déjà sur Twitter et Instagram", récita-t-il. "Mais serait-il devenu la révélation de cette décennie ? Impossible à dire pour l'instant, mais il semble aujourd'hui évident que Wild!, le petit nouveau plein de génie et charismatique de la scène londonienne, n'est pas prêt de se faire oublier. Car si cette comédie musicale sortie i peine une poignée de semaine fait déjà couler de l'encre, son écriture inattendue et son équilibre entre émotions et moral (pas si enfantine qu'elle n'en a l'air) nous délivre un spectacle non seulement magnifique, mais aussi dont le scénario pourrait bien devenir un classique des musicals britanniques. De quoi rivaliser avec les grandes nouveautés du moment à Broadway !"

Et si Yamaguchi rougissait comme un fou, et si tous applaudissaient, et si Tsukishima rayonnait d'une manière dont on ne l'aurait jamais cru capable, la vérité était qu'on n'arrêtait plus les articles. Ils fleurissaient partout. Et personne ne s'attendait à ça.

La troupe en parlait, un jeudi matin, lors des étirements.

- Comment ça, vous ne vous attendiez pas à ce qu'on réussisse si bien ? lança Tsukishima à travers la salle.

Il venait de lever le nez de son ordinateur.

Il y eut un petit silence.

Evidemment que Tsukishima avait tout calculé. Il savait dans quoi il se lançait. La sûreté du visionnaire fait aussi son malheur : seul Tsukishima n'arrivait pas à s'envoler de joie au dessus du sol tant il était époustouflé par sa propre réussite.

Bien sûr. Après tout, il savait déjà qu'il allait réussir.

Akaashi n'avait rien dit. Bokuto et lui s'étaient échangé un regard juste entre eux, dans leur bulle.

Cela dit, tout cela pris une ampleur différente lorsque, un soir, Akaashi se mit à chercher son nom sur Google. Oh, il l'avait fait par curiosité, pour rigoler, sans vraiment trop savoir ce qu'il cherchait. Il ne s'attendait en tout cas pas à tomber sur une bonne dizaine d'articles soit entièrement consacrés à son niveau de danse classique ou le mentionnant simplement dans le cadre d'une review de Wild!. Il avait fini par se perdre, la soirée durant, à lire les avis des autres sur lui.

Et si désormais les représentations faisaient salles pleines, non plus seulement de journalistes ou d'invités mais aussi de spectateurs curieux attirés par tout ce bouche à oreille qui se construisaient autour de la pièce, tous étaient encore chanceux de rester suffisamment dans l'ombre pour que les reviews à leur sujets restent uniquement positives.

Les métaphores grandioses et les adjectifs miraculeux qualifiaient presque Akaashi de génie, de prodige. Cela dit, plein de sa nouvelle sagesse, ce dernier savait sourire, flatté, tout en gardant les pieds sur Terre.

Wild! était en train de devenir à la mode en ce moment. Ils avaient de la chance. Pour l'instant quelques précurseurs clamaient sa grandeur, mais Akaashi, éduqué pour la critique, savait bien que dès que la pièce deviendrait vraiment connue, les méchancetés tomberaient. Et c'était seulement dans dix, vingt ans, qu'on pourrait dire avec justesse, si Akaashi était un produit de la grâce divine ou simplement un enfant de la hype du moment.

Akaashi en vint à se demander s'il y avait des critiques sur Bokuto. Il s'interdit de chercher. Ce n'était pas à lui de savoir en premier. Cela dit, force était de constater qu'il n'y avait pour l'instant rien sur leur duo.

Cela fit un peu de peine à Akaashi.

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Un soir, toute la Troupe était étalée sur une série de couvertures et de coussins, à même le sol, juste devant la télé.

- J'adore, ça fait tellement cozy ! s'exclama Oikawa en s'asseyant, un plateau plein de verre et de sirops différents dans les mains.

- Ça fait trop pyjama party, commenta alors Kenma en retour.

Il était tout emmitouflé dans une grosse couverture qu'il avait rabattu sur sa tête.

Il souriait. Et bien que ses examens de fin d'années approchaient à grands pas, l'anxieux Kenma dégageait un sentiment bien plus serein. Il avait trouvé un professeur pour parrainer un de ses projets, un souci qui l'inquiétait beaucoup, et dont Akaashi avait eu vent un soir auprès d'Oikawa et Bokuto. Cependant, lorsqu'il l'avait annoncé, quelques jours plus tôt, seul Kuroo ne semblait pas être au courant de ce problème.

- Tu auras pu m'en parler quand même, avait-il dit.

Kenma avait baissé les yeux.

Il avait l'air sincèrement honteux.

Plus tard, Akaashi et lui avaient échangé un regard, et le danseur classique, d'un mouvement de tête vers Kuroo, l'avait incité à simplement lui parler.

Kenma avait haussé les épaules, démuni.

Akaashi avait eu un peu de peine pour lui.

Ce soir là, cependant, un seul manquait à l'appel.

Kuroo.

- Il me dit qu'il arrive, fit Kenma en agitant son téléphone.

Oikawa releva fièrement la tête.

- Ouais, bah il a intérêt à se dépêcher, sinon je vais manger toutes les mini-quiches avant même qu'il soit rentré ! grogna-t-il.

Alors Akaashi et Bokuto se mirent à rigoler. A glousser comme des pintades, même. Kenma pouffa doucement. Iwaizumi répliqua, l'air tout à fait sûr de lui :

- Bah moi je dis, il avait qu'à arriver à l'heure, il était prévenu !

Et sur ce, tout à fait confiant, il tendit le bras et engouffra deux des fameuses mini-quiches dans sa bouche avec un sourire de délectation.

Bokuto laissa échapper une grande exclamation. Akaashi et Kenma mirent une main devant leurs bouches.

- Trop bon ! commenta Iwaizumi, l'air un peu moqueur.

Et si tous l'observèrent encore un instant avec un regard choqué, Oikawa se mit vite à l'imiter.

- J'avoue ! fit-il en mâchant. Marre d'attendre !

Et comme Akaashi, Kenma et Bokuto rigolaient, ils suivirent le mouvement, un peu hors la loi.

Et ainsi, lorsque Kuroo rentra, - enfin ! - il jeta son sac par terre, s'écrasa à côté de Kenma et s'égosilla :

- Quoi ?! Vous avez mangé toutes mes mini-quiches ?!

Tout le monde explosa de rire. Et même si dans le fond, Oikawa s'exclamait qu'il s'agissait de ses mini-quiches à lui puisque c'est lui qui les avait repérés au supermarché, Kenma tendit son poing fermé vers Kuroo en disant, tout doucement :

- Tiens, je t'en ai gardé deux. J'ai dû les cacher parce qu'avec les autres, hein…

Il laissa traîner sa phrase, et Akaashi avait sincèrement cru voir une grande émotion passer dans les yeux de Kuroo malgré le dérisoire de la situation. Cela le fit sourire. C'était bête, mais c'était mignon.

- Oh non, merci Kenma, fit-il en en prenant une dans la main de son ami.

Il se ressaisit rapidement, et répliqua, en se tournant vers Oikawa et Iwaizumi :

- On voit tout de suite à qui on peut faire confiance ici !

Et si Oikawa s'apprêtait à répliquer, ce fut Iwaizumi qui lâcha, l'air tranquille :

- Je ne vois pas de quoi tu parles !

Et tout le monde se mit à rigoler.

Kuroo refusa une des gourmandises que lui avait gardé Kenma en lui disant de la manger lui même, aussi terminèrent-ils leur apéritif tous les deux, à se sourire bêtement.

Et ce ne fut que lorsqu'Oikawa voulut choisir un DVD à regarder, hésitant péniblement entre La Reine des Neiges ou Les Gardiens de la Galaxie, que Kuroo éleva la voix.

- Au fait ! fit-il.

Tout le monde se tourna vers lui.

Il n'était pas tard, mais Akaashi commençait déjà à s'avachir contre Bokuto, à moitié endormi. Ses yeux lui piquaient et il n'y avait rien pour l'inquiéter et le garder froidement éveillé.

- Il faut que je vous dise, lâchait Kuroo.

Akaashi se fit violence et se redressa.

Il était évident que Kuroo essayait de faire passer son annonce comme un fait sans importance, mais la façon dont il torturait ses doigts les uns contre les autres et son sourire difficilement contenu le trahissaient sans vergogne.

Kenma tourna la tête vers lui.

Il avait l'air très curieux. Comme s'il s'attendait à quelque chose en particulier.

- Oui ? ft-il.

Et il glissa presque distraitement ses doigts contre l'avant-bras de Kuroo.

Se dernier baissa très vite les yeux. Kenma sursauta un peu et retira sa main en pinçant les lèvres.

- En fait, reprit Kuroo d'un air moins assuré. Je rentre tard ce soir…

Oikawa posa sa tête entre ses mains.

- Ça, on l'a remarqué ! lança-t-il en rigolant.

Kuroo roula des yeux en souriant.

- C'est parce que j'ai eu le gars de la dernière fois, à qui j'avais parlé le soir de la Première de Bokuto et Akaashi, au téléphone…

Il jeta un coup d'oeil appuyé aux deux amis qu'il mentionnait.

Akaashi était intrigué. Cela le fit se redresser encore plus. Bokuto à côté de lui faisait de même.

D'un seul coup, la machine à laver qui tournait en fond sonore depuis un bon moment cessa de ronronner et il n'y eut plus un bruit dans l'appartement.

Akaashi vit Kuroo déglutir.

- C'est lui qui m'a appelé, pas moi, pensa-t-il important de préciser.

Et Akaashi souriait, parce que ça y est, lui aussi voyait où on voulait en venir. Dans son dos, Oikawa faisait de même. Iwaizumi et Bokuto restait béats.

- Il m'a demandé de passer à leur agence, ce soir, continua Kuroo.

Et Kenma à côté de lui s'offusqua dans un murmure.

- Depuis quand tu sais ça ?

Kuroo répondit en le regardant dans les yeux :

- Une semaine.

Kenma ne répondit rien. Comment aurait-il pu ? C'était lui le spécialiste des secrets. Et un petit pincement au coeur sembla lui faire comprendre qu'effectivement, les cachotteries font mal de la part de ceux qu'on aime.

- Donc tu as été les voir, pressa cependant Iwaizumi depuis son trône de coussins à droite de la télé.

Il fronçait les sourcils, sérieux. Kuroo inspira.

- Oui, affirma-t-il dûrement.

Puis d'un seul coup, il plaqua ses mains l'une contre l'autre, et sembla prendre une grosse dose de courage.

Il lâcha tout :

- Oui, affirma-t-il. Et il m'ont dit qu'ils étaient prêts à me signer un contrat, et qu'en gros je gagnerai vraiment pas beaucoup au début mais que si je réussissai à me créer une communauté genre sur Youtube et tout, eh ben je pourrais bien devenir célèbre puisqu'ils seraient derrière moi pour financer ma pub !

Il avait parlé très vite, mais très clairement.

Un instant de silence minime passa.

Akaashi entendait son propre coeur battre dans sa poitrine. Il ne savait pas s'il était justifié pour lui de sourire ou pas, mais il éclatait quand même d'enthousiasme. Il avait fait tant de peine à Kuroo par le passé, et aujourd'hui, c'était un tout petit peu grâce à lui si Kuroo avait pu rencontrer son producteur !

Il sourit de toutes ses dents.

Oikawa se leva derrière lui.

Akaashi l'entendit piétiner.

- Mais… commença-t-il.

Tout le monde retint un peu son souffle.

Oikawa piétina de nouveau.

- Mais, reprit-il. Truc. De. Ouf, lâcha-t-il enfin.

Akaashi fit volte-face. Oikawa ouvrait de grands yeux.

Et il suffit de cela pour que Kuroo se mette à rire.

Rire, rire, rire !

De ces éclats un peu tremblants, de ces éclats qui ont peur mais qui cachent un grand espoir qu'on avait un peu perdu.

- Comme tu dis ! répliqua-t-il entre deux éclats.

- Mais alors, tu leur as dit quoi ? s'exclama alors Kenma, qui ne levait jamais la voix.

Le coeur d'Akaashi battait dans sa poitrine.

Il n'en revenait pas. Il était sincèrement heureux pour ce Kuroo qui lui avait mené la vie dure depuis le tout début. Il n'en revenait pas de sa propre excitation non plus !

A côté de lui, Bokuto avait la bouche grande ouverte, l'air choqué, comme s'il voulait dire quelque chose mais qu'on ne lui en laissait pas l'occasion.

- J'ai dit, reprenait Kuroo.

Il bredouilla un instant puis reprit, avec une grande inspiration :

- J'ai dit oui, évidemment ! Comme si j'allais dire non !

Et à cette réponse pourtant si simple, toute la troupe au grand complet explosa de joie et commença à se jeter les uns sur les autres. Oikawa bondit sur ses pieds, tira Iwaizumi à sa hauteur. Bokuto, ne disant jamais non à une explosion d'énergie, se retrouva à danser sur les coussins étalés par terre, Akaashi au bout du bras. Et Kuroo qui se levait tout juste échangea un regard avec Kenma, qui lui sourit si grand, si fort, que ni l'un ni l'autre ne chercha de prétexte avant de se jeter dans les bras l'un de l'autre.

Akaashi riait, riait, parce que Bokuto le faisait valser terriblement mal, et aussi parce que merde, Iwaizumi souriait, Oikawa dansait, Bokuto était là près de lui, Kenma ouvrait un peu son coeur, et finalement Kuroo avait trouvé sa voie.

Et ce ne fut que quelques minutes plus tard, une fois tout le monde calmé, à nouveau écrasés par terre, qu'Oikawa leva la voix :

- Bon.

Il semblait prendre une grande décision.

- Rien que pour toi, Kuroo, déclara-t-il.

Et Kuroo leva le nez. Kenma était recroquevillé juste à côté de lui.

- Rien que pour toi, répéta-t-il. Je vais me lever, laisser mon beau Iwaizumi ici…

Il se tourna vers ce dernier, qui sourit doucement en lui posant un bisou dans le cou.

- ...Tout ça pour aller dans la cuisine qui pue encore la friture d'hier et te mettre des nouvelles mini-quiches au four, tout ça parce que tu l'as bien mérité !

Et sans même avoir à se concerter, toute la troupe se mit à applaudir et à s'écrier dans des hurlements de joies et d'encouragements. Et Oikawa, fier d'être au coeur de l'attention, se leva, et salua bien bas son assemblée.

Et pourtant, finalement, après un long débat, Kuroo finit par rejeter toutes les propositions de films d'Oikawa et choisit de regarder le dernier film de Star Wars en streaming. Et même si Bokuto râla au début, et même si Kenma menaçait de voler la télécommande, et même si Kuroo insistait qu'il s'agissait du meilleur film de l'année, au final personne ne s'intéressa au film et tout le monde continua de parler de la nouvelle vie de Kuroo et des aventures de tout un chacun durant toute la soirée.

Sur le coup de minuit, tous partirent se coucher. Sauf Oikawa qui n'était pas fatigué, et Iwaizumi, par solidarité.

Dormir chez la Troupe n'était plus une exception désormais. Aussi Akaashi se permettait d'ouvrir l'armoire de Bokuto pour y piocher un pyjama.

Il l'enfila tandis que ce dernier était dans la salle de bain, et il se glissa avec joie sous les couvertures. Il se serait presque endormi dans la seconde, si Bokuto n'avait pas surgi l'instant suivant, comme une bourrasque dans la pièce.

Il fit du bazar pendant quelques minutes, cherchant et farfouillant pour son pyjama préféré. Akaashi se roula encore plus en boule, serra les couvertures contre lui.

- Akaashi ! appela Bokuto depuis sa penderie.

L'intéressé grogna un peu, la tête lourde.

- Quoi ? fit-il en glissant sa main sous sa tête.

Et Bokuto s'avança vers le lit et tira d'un grand geste la couverture hors du lit.

Akaashi cria en s'agitant :

- Non ! fit-il. Non, pourquoi tu fais ça ?

Et dans sa stupeur première, il réalisa que sa réaction était stupide, alors il se mit à rire.

- Pourquoi tu fais ça ? redemanda-t-il en se rasseyant convenablement.

Quand allait-on le laisser dormir ?

Bokuto s'exclama :

- Ah !

Et il pointa le torse d'Akaashi. Ce dernier baissa la tête, lourd d'incompréhension.

- J'en étais sûr, tu m'as pris mon t-shirt avec les chiens déguisés en père Noël ! accusa-t-il.

Et Akaashi releva la tête, bouche-bée, plongea son regard dans celui de Bokuto et ils restèrent un instant comme ça, à ne rien dire. Puis Akaashi explosa de rire.

- Oh ! s'exclama-t-il en se roulant à nouveau en boule, sans couverture puisque Bokuto en tenait le coin dans son poing. Laisse moi tranquille, prend en un autre ! chougna-t-il en faisant mine de fermer les yeux.

- Hors de question ! répliqua Bokuto.

Et il commença à prendre toute la couverture dans ses bras.

- Qu'est-ce que tu fais ? gloussa Akaashi en se redressant sur un coude.

- Je vais mourir de froid si tu refuses de me laisser mon t-shirt, alors je me garde toute la couverture !

Et sur ce, devant l'expression de surprise d'Akaashi, il s'assit de son côté du lit, balança son t-shirt de la journée, et s'engouffra sous la couette qu'il gardait juste pour lui, vêtu seulement de son boxer.

Akaashi ne savait pas quoi dire.

Il se mit à rire en le poussant sur le côté.

- Allez, allez, fit-il, tu vas pas avoir froid, on est au mois de juin !

Et Bokuto passa sa tête au travers des couvertures, lança un regard amusé à Akaashi et tendit son bras vers l'extérieur.

Il éteignit la lumière, et dans le noir de la pièce, il lâcha :

- Bonne nuit, Akaashi.

Et le silence s'installa.

Akaashi attendit un instant. Puis deux.

- Hey ? fit-il dans un souffle.

On ne lui répondit pas.

- Tu vas pas me laisser comme ça, quand même ?

Silence.

Akaashi soupira.

Sérieusement ?

Il attrapa l'énorme paquet que formait Bokuto enroulé dans sa couette et commença à le secouer.

- Bokuto, Bokuto, répéta Akaashi juste pour l'embêter.

Sa vision s'était accommodée à l'obscurité, aussi percevait-il avec une aisance relative le visage de Bokuto surgir depuis une faille de sa carapace moelleuse.

- Alors ? dit-il seulement.

Akaashi continuait de tirer sur tous les bouts de couverture qu'il trouvait mais la main de Bokuto surgissait toujours pour les remettre en place.

- Alors quoi ? répliqua Akaashi.

Il tentait désormais de chatouiller Bokuto à travers la couette mais c'était à cent pour cent inefficace étant donné la protection de couette qu'il avait en sa possession.

- Alors tu me rends mon t-shirt ? gloussa Bokuto.

Et Akaashi ne voyait même plus son visage.

Il soupira, pour faire comme s'il ne rigolait pas.

Finalement, Bokuto avait raison, il commençait à avoir un peu froid sans couverture. Sans doute était-ce la fatigue.

- Bon, fit-il d'un ton faussement lassé.

La masse que représentait Bokuto se retourna et Akaashi aperçu les yeux brillants de Bokuto le fixer.

- Mais vraiment, tu me saoules, souffla Akaashi en souriant.

Il se redressa, se mit à genoux, et à moitié plié en deux par le sommeil, il s'extirpa de son t-shirt dans le strip tease le moins sexy du monde.

Frissonnant un peu, il roula en boule le fameux trésor, juste pour embêter Bokuto lorsqu'il devrait le déplier dans le noir, et se laissa retomber comme une masse morte tout contre Bokuto.

- Rends moi mon bout de couverture, imposa-t-il en tirant sur un bord.

Et comme il relevait les yeux, il remarqua le regard gloussant de Bokuto, qui en profita pour tendre le bras et enrouler Akaashi avec lui dans sa grotte chaleureuse.

Evidemment, Akaashi se mit à rigoler, et évidemment, Bokuto aussi.

Et lorsque, pris dans son engouement, Bokuto se mit à entraîner Akaashi dans une roulade sur le côté, le coeur d'Akaashi faillit bien surgir hors de sa poitrine lorsque ce dernier les stoppa tout juste de tomber du lit en écrasant sa main contre le sol dans un énorme "BOOM".

Dans la pièce d'à côté, la voix de Kuroo se fit entendre :

- Eh oh ! lançait-il. Arrêtez votre bordel, là !

Alors Akaashi et Bokuto explosèrent de rire, mais très très silencieusement.

Akaashi posa son doigt contre ses lèvres, mais plus il faisait "chuut", plus Bokuto l'imitait bêtement, et au final ils se faisaient encore plus rire mutuellement.

Finalement, à force de rire et de se contorsionner pour revenir à une place suffisamment loin des bords du lit, ils finirent par se calmer une seconde, et à se croiser, perdu dans le regard de l'autre.

Akaashi aurait été prêt à rire, mais Bokuto ne riait plus de son côté, alors il se contenta de sourire, un peu pris au dépourvu.

Une expression débile passa alors par l'esprit d'Akaashi, "femme qui rit, à moitié dans ton lit", mais il songea que Bokuto était déjà tout entier dans son lit et que le fait qu'il ne rie plus voulait dire quelque chose.

Ainsi, comme Akaashi était un peu bouche bée, et comme ni l'un ni l'autre ne trouvait comment se sortir de ce silence, Akaashi s'avança, un peu fébrile, et embrassa le nez de Bokuto, très vite, comme s'il faisait une bêtise.

Bokuto fit de grands yeux, alors Akaashi sourit, et comme Bokuto s'avançait, Akaashi fit mine de se retourner pour se sauver.

C'était sans compter sur l'esprit de compétition de Bokuto, qui lui glissa les bras autour de la taille et l'attira contre lui. Akaashi rigola, se faufila comme il put à travers les bras de Bokuto et se retourna pour à nouveau lui faire face. Bokuto l'embrassa immédiatement. Alors Akaashi, qui n'était pas à plaindre, l'embrassa en retour.

Il n'en fallut pas longtemps pour que la fatigue d'Akaashi se fasse oublier, et que les baisers soient au fur et à mesure un peu plus erratiques, et un peu plus affamés.

Et si les mains d'Akaashi, sans vraiment réfléchir, se glissaient des cheveux de Bokuto à son cou puis à ses épaules, les caresses de ce dernier contre son dos, son ventre et qui, à l'occasion, frisaient la ceinture de son jogging, ne manquaient pas de le faire frissonner de tout son saoul.

Soudain Akaashi se sentait complètement partir, en complet laissé-allé entre les mains de Bokuto qui semblait le toucher comme s'il était la chose la plus précieuse à ses yeux. Et une sorte de lumière, de soleil brûlant, s'élevait au rythme haché de sa respiration tout au fond de ses entrailles, très, très bas.

Et Akaashi, qui finalement tenait toujours bêtement le t-shirt de Bokuto entre ses mains, finit par lâcher le vêtement désormais inutile au moment où Bokuto s'écarta, un seconde, pour déposer un minuscule baiser contre sa mâchoire.

Etrangement, cela fit rire Akaashi. Tout doucement. Et il sentit le sourire de Bokuto contre sa peau lorsque ce dernier descendait, et embrassait son cou, sa clavicule. Akaashi glissait alors ses jambes contre celles de Bokuto, et ses mains dans son dos, contre ses côtes.

Et si le souffle d'Akaashi était un peu saccadé, que son coeur battait n'importe comment tandis qu'il arrêtait tout simplement de se demander ce qu'il était en train de faire, et qu'il avait quand même du mal à penser, une seule idée lui parcourut très vite l'esprit : "Qui aurait cru que tu serais ici, il y a un an de ça ?"

Et ce n'était même pas une pensée angoissée, ou déçue. C'était un fait. Et cela le fit sourire. Alors comme il réalisait la folie de la situation avec une bouffée acide d'adrénaline dans le coeur, dans les reins, et plus bas encore, il se pencha et ramena Bokuto à lui, avant de l'embrasser avec toute la fougue qu'il éprouvait pour lui. Bokuto lui rendit frèlement son baiser, et entre deux souffles, entre deux caresses contre son ventre, contre son dos, il glissa très très doucement, et très très précautionneusement, le bout de ses doigts sous la frontière de son pantalon.

Il y eut un minuscule instant de vide. Bokuto cessa d'embrasser Akaashi pour le regarder, pour plonger son regard dans le sien.

Akaashi ne dit rien du tout.

Son coeur terriblement fébrile se souleva alors face à sa propre déraison, sa propre folie. Et le soleil au fond de son corps gronda furieusement lorsqu'il embrassa à nouveau Bokuto, et guida, un peu tremblant, la main de ce dernier un peu plus bas qu'elle ne l'aurait sans doute osé sans lui.

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Alors ? Qu'en avez vous pensé ?

Que pensez vous de l'évolution de Suga ? Que dire de l'état d'esprit actuel d'Akaashi ? Et de la réussite de Yamaguchi ? Vous avez aimé la petite soirée chez la Troupe ? Malgré le vol des mini quiche ? XD Et pour les grandes nouvelles de Kuroo et Kenma ?
Enfin : qu'est-ce que vous pensez de ce passage dans le lit de Bokuto ? ;)

Vous savez quoi, je n'en dis pas plus, et je vous retrouve directement pour le dernier chapitre ! ;)

A tout de suite !

Je rappelle aux anonymes que je leur réponds sur le blog de la fic ;)