Chapitre N° 36
Le moment venu
Déjà une semaine que nous étions rentrés, nous avions retrouvé notre sérénité. Rosalie devenait de plus en plus impatiente, mais je voulais que tout soit réellement prêt pour la transformation d'Edward, comme une cérémonie où personne ne serait mis à l'écart, où tout le monde serait là pour l'accompagner avant sa nouvelle vie si l'on peut dire. Nessie et Rob m'aidaient car je voulais qu'ils soient heureux de ce changement, qui ne sera qu'un détail pour l'instant pour eux mais très important par la suite.
Les Quileute, qui n'étaient pas spécialement pour, avaient fini par accepter la demande d'Elisabeth et d'Edward, seul issue pour éviter le retour des Italiens, mais plus encore pour éviter que je ne sombre un jour dans la douleur de perdre à tout jamais l'élu de mon cœur.
Edward, mortel ou immortel, aurait toujours en lui la bonté de cœur qui faisait de lui ce qu'il était, cet amour ne devait pas s'arrêter, il avait su le prouver à plusieurs occasions, sans jamais prendre en considération le danger auquel il s'exposait.
Mais une chose encore me hantait: et si je n'arrivais pas à m'arrêter ? Carlisle m'avait promis d'être à mes côtés pour m'aider, les enfants passeraient les jours d'attente à son réveil chez Elisabeth, accompagnés d'Esmée. Rosalie et Emmett ne se quittaient plus depuis qu'il avait failli s'en prendre à Mike qui avait entrepris de faire du camping juste à la bordure de la propriété, au bout de deux heures il n'en pouvait plus c'était plus par le fait de l'entendre crier tout seul sous sa tente avec ses plaisirs solitaires que par l'appel du sang car Mike avait tout du garçon repoussant et négligé enfin pas propre sur lui, souvent on se demandait comment Jessica faisait pour rester avec lui. Il l'avait échappé bel grâce à l'intervention de Jasper qui lui avait mis la honte de sa vie au point où il partit sans même récupérer ses affaires, que Carlisle avait fini par déposer dans son vestiaire, il faut dire qu'il devait être comique de le voir courir nu comme un vers à travers les bois, patientant la nuit noir pour se faufiler chez lui sans être surpris dans le plus simple appareil, tel Adam mais sans Eve.
La dernière nuit de sa vie humaine, nous l'avions passé à nous aimer et à profiter l'un de l'autre, comme les dernières volontés d'un condamné, nous avions commencé dans le salon, notre chambre, la cuisine pour finir dans la piscine, je profitais de sa chaleur, de la mélodie de son cœur, qui battait de plus en plus vite sous l'effort.
« Edward, es-tu sûr de ne pas avoir de regrets ? »
« Bella, non, pourquoi en aurai-je ? Je vais être l'homme le plus comblé de la terre, après notre rencontre, notre mariage et nos enfants, nous voila enfin bientôt réunis pour l'éternité, oui, l'éternité à partager avec la plus belle femme que la terre n'ait porté, la seule qui a su faire battre mon cœur et le remplir de bonheur. Non, je ne regrette pas et je ne regretterais jamais mon choix.»
Nous nous enlaçâmes et restâmes ainsi le reste de le nuit, il ne voulait pas dormir, sachant qu'il ne pourrait pas se lever avant trois jours entiers, nous regardions nos petits qui dormaient tout deux blottis l'un contre l'autre dans le même lit. Ils avaient beaux être différents, ils n'en étaient pas moins des enfants.
Edward prit son ultime petit-déjeuner, je lui préparai ses plats préférés, tarte aux citron, brioche, café et chocolat chaud, gelée de groseille, un véritable festin auquel Jacob et Leah avaient promis de participer afin de s'assurer qu'Edward était toujours prêt à mettre un terme à son dernier souffle.
Les enfants vinrent nous rejoindre, lorsqu'ils arrivèrent, tout était prêts sur la table, il n'y avait plus qu'à tout dévorer.
« Alors Edward, c'est le grand jour, es-tu sur de ton choix ? Ne regretteras-tu pas ces délicieux petits plats ? »
« J'adore sa cuisine mais je l'adore encore plus que tout, donc, non, mon choix est bel et bien défini, je suis prêt à devenir comme celle que j'aime et comme mes enfants, pour ne jamais les voir pleurer ma perte. »
« Les enfants, Bella, vous êtes tous d'accord ? »
« Oui, bien sûr, de toute façon papa est trop fragile pour rester humain, il finirait par se blesser. »
« Nous avons tant de choses à apprendre et si peu de temps qu'il serait regrettable de passer à côté de l'éternité. Oui l'éternité pour nous aimer et profiter de tous ces merveilleux moments à passer avec ceux qu'on aime tant. »
« Jacob, tu vois bien qu'il ne changera pas d'avis donc rangeons nous à sa volonté, il est et restera toujours notre ami quelque soient des décisions, même si elles sont contre nature. »
Il baissa la tête puis me fixa droit dans les yeux un moment et ce fut Edward qui rompit ce lourd silence qui pesait.
« Jacob, encore un peu de café ? Ou de chocolat, tu veux de la gelée sur ta brioche ? »
« Oh oui, sa gelée est excellente au moins j'en aurais plus comme ça après. »
« Ah, tu vois, il n'y a pas que de mauvais côtés. »
« Oui c'est sûr surtout avec l'appétit de loup que j'ai. »
« Eh bien, nous dirons que tu as toujours été loup depuis ta naissance alors. »
Nous nous mîmes à rire de bon cœur, Jacob était pour moi comme mon grand frère, il avait toujours été là quand j'avais besoin et moi pour lui aussi. Je voulais à tout pris garder mes amis et ma nouvelle famille, celle que j'étais devenue et celle que j'étais ne faisant qu'un sans distinction.
Une fois le petit-déjeuner terminé, les enfants habillés, nous nous rendîmes tous à la Villa blanche, Alice avait mis des fleurs et des bougies partout, Esmée et Elisabeth étaient au salon, Leah, Rosalie, Nikki et moi-même préparions de quoi manger pour ceux qui mangeaient, puis nous, les vampires, partîmes à tour de rôle pour nous nourrir également, je ne devais pas être affamée pour limiter tout risque de ne pouvoir me contrôler.
« Bella, ne t'inquiète pas tout va bien se passer, fais-moi confiance. »
« Oh, j'ai confiance en toi Alice mais c'est en moi que je doute. »
« Je serai là prés de toi Bella et Carlisle aussi. »
« Merci Jasper, je suis heureuse de pouvoir compter sur vous, vous avez toujours été de bons conseils, toujours présent quand il le fallait. »
« C'est parce que nous sommes une famille Bella, pas par le sang mais par le cœur par ce que nous sommes, tu es celle qui nous a tous réunis. »
« Alice, Nessie pense qu'Edward va bien surmonter l'appel du sang, qu'en penses-? As-tu vu des choses ? »
« Nessie a raison, il est aussi fort que toi et c'est vraiment inimaginable de voir avec quelle aisance il va se fondre dans la masse avec les humains, tout comme toi qui va pouvoir reprendre du service avec Carlisle à l'hôpital, les enfants iront bientôt à l'école eux aussi, leur croissance va bientôt se stabiliser quelques temps après votre retour de Russie. »
« De Russie ? »
« Zut, j'en ai trop dit, bon allons-y il est temps de passer aux choses actuelles. »
« Alice, combien de temps ? »
« Encore trois ans mais ne m'en demande pas plus tu sais que je ne veux pas te gâcher le plaisir de vivre des moments merveilleux, surtout que nous serons avec vous là-bas. »
Je la fixais, elle partit loin, loin devant, se stoppa se retourna et me dit:
« Alors Bella, on t'attend. »
« J'arrive mais tu ne t'en tireras pas comme ça ma belle, compte sur moi. »
Elle se mit à rire de son rire cristallin, peu de temps après j'étais arrivée dans le salon tout le monde était là, tous sauf mon père qui avait dû repartir, une alerte avait été lancée et, en tant que shérif, il ne pouvait s'absenter mais ma mère était là, elle ne comprenait pas tout et c'était préférable, au moment où j'agirais elle sera en chemin, accompagnée d'Elisabeth, Esmée et les enfants, je ne voulais pas que les cris de douleur que le venin allait produire restent dans leurs mémoires, c'était bien trop horrible, à en glacer le sang, ils seraient bien trop difficiles à oublier et à supporter.
Moi-même ça me faisait mal, me torturait mais c'était un passage obligé, inévitable, trois longues journées de souffrance pour que le venin agisse, le feu, la brûlure si intense qui emplirait son corps pour lui prendre son dernier souffle, son dernier battement. Ensuite viendrait un long apprentissage de la maitrise de soit, de la soif, du contrôle de ses gestes et mouvements. La chasse, un véritable instinct de survie, et l'acceptation de ce nouveau départ.
Je ne cessais de retourner tout cela en boucle toute la journée, la dernière de sa vie, pour basculer dans l'éternité à jamais. Edward profita pleinement de ces moments, il se mit au piano et nous joua une mélodie si belle que tout le monde resta sans voix à l'écouter, le temps avait fait une pause, puis il se leva s'avança vers moi et grimpa sur les premières marches pour remercier nos amis et familles, il embrassa les enfants et Elisabeth qui avait la larme à l'œil, mais le sourire confiant, puis elle partit avec son petit groupe afin de les éloigner le plus possible.
« Je tiens à vous remercier pour tous ces merveilleux moments passés et vous promets de bientôt en avoir de nouveaux avec vous. Il est temps pour moi de me préparer pour mon éternité.»
Il se retourna, me prit par la taille, m'embrassa et nous pénétrâmes dans le bureau suivi de Jasper, Alice et Carlisle.
« Viens t'installer ici, Edward. »
Il s'allongea sur le lit, nos mains liées, j'avais toujours ma boule à l'estomac, il me souriait pour me rassurer, alors que j'allais le faire souffrir atrocement.
« Bella, ma chérie, je suis prêt à te rejoindre pour l'éternité, n'ait pas de crainte, écoute ton cœur, il est toujours là même s'il ne bat plus. »
Je l'embrassai une dernière fois, pris une grande inspiration pour me redonner du courage et enfonçai mes dents dans son cou, là où le sang était le plus rapide à prendre la direction de son cœur, il serra ma main de toutes ses forces, son souffle était haletant, il retenait ses cris de douleur un instant puis ils finirent par s'échapper de plus en plus fort. Je n'avais encore jamais goûter le sang humain et je compris vite pourquoi il était si difficile de s'arrêter, il était si doux, si parfumé, sa chaleur m'emplissait entièrement, je ne pensais plus à rien d'autre qu'à cette odeur, ce goût si délicat. Carlisle posa sa main sur mon épaule et, instinctivement, je lâchai mon emprise, mon venin était déjà en train d'opérer, j'eus un moment de frayeur, j'aurais été capable de le vider entièrement tellement j'étais envoûtée par cette soif.
Jasper envoyait des ondes d'appaisement qui agissaient bien plus sur moi que sur Edward, Carlise et Alice sanglaient ses bras et jambes pour éviter toute chute, son visage angélique se vrillait sous la douleur, si je l'avais pu, j'aurais vidé toutes les larmes de mon cœur pour effacer sa douleur.
Je ne pouvais rien faire pour l'aider à part être là, lui parler, le rassurer, lui expliquer comment allait être son réveil, que ses sens seraient décuplés, vision, ouïe, odorat, le reste il le savait déjà il n'aurait que la chasse à découvrir.
Je passais ainsi les trois longs jours à ses côtés, Carlisle passait de temps en temps afin de voir où en était le processus, il semblait satisfait et serein, chose qui me rassurait, les cris s'était arrêtés, son cœur battait de moins en moins vite mais il battait encore, ses membres se raidissaient les uns après les autres, ses muscles se durcissaient, sa peau devenait plus claire il n'avait presque plus son joli teint hâlé de notre séjour, mais il était toujours aussi beau, ses traits si fins s'affinaient encore plus, se sont ses yeux Emeraudes qui me manqueront le plus.
Oui, ils allaient passer au rouge puis au marron doré parfois plus noir lorsque la soif se fera ressentir, pour moi ce passage avait été moins visible vu que j'avais déjà les yeux couleur chocolat.
« Bella, va faire un tour, je te remplace si tu veux, vas voir les enfants ça te changera un peu les idées, il y en a encore pour dix bonnes heures. »
« C'est gentil, Alice, mais je préfère rester, les enfants doivent être à la Push avec Nikki et Seth, ils devaient rejoindre mon père à la pêche. »
« Comme tu veux, je te comprends, lorsque Jasper était à sa place, j'étais comme toi, incapable de le quitter un instant et, pourtant, nous ne nous étions encore jamais rencontré mais je savais que c'était avec lui que je voudrais passer l'éternité, je l'avais vu, nous n'avons pas l'imprégnation comme les loups mais ça y ressemble beaucoup. »
« Oui, c'est vrai que nos liens sont fort, et tant mieux car il va nous falloir affronter Tanya et ses sœurs, mais avec Rosalie nous saurons les remettre à leur place. »
« Oui je l'ai déjà vu, mais elles comprendront vite. Nessie va s'en charger c'est qu'elle a du caractère cette petite, on se demande duquel de vous deux elle tient le plus ? »
« Effectivement, je ne pourrais pas te dire, je suis aussi jalouse qu'Edward a pu l'être en voyant d'autres hommes me tourner autour. Alors comme ça, Nessie va s'occuper du cas Tanya, j'ai hâte de voir ça. »
« Oui, je te laisserai découvrir le reste, bon, je te laisse avant que je ne fasse plus de révélation. »
« Alice et pour la Russie ? »
« Bella n'insiste pas, tu verras par toi-même. »
Elle partit, je me rentrouvais derechef seule avec Edward, toujours à lutter, il semblait paisible, son cœur avait encore des râtés, son souffle était presque inexistant, son réveil était pour bientôt. Carlisle était encore à l'hôpital, j'étais seule dans la villa, mon angoisse montait, j'avais peur de ne pas être à la hauteur, de ne pas être assez forte pour le calmer. Je comptais sur le don d'Alice pour qu'elle revienne et vite, je me mis appeler quelqu'un allait bien finir par arriver, les minutes me parurent des heures, je devais me ressaisir et réfléchir, s'ils m'ont laissée seule c'est que j étais capable de maitriser Edward bien que la force des nouveaux nés, peut-être que mon bouclier suffira. Son dernier battement retentit, son dernier souffle, ses bras bougèrent, son visage était calme, son sourire angélique était encore plus charmeur qu'avant, je ne pus résister, je collais mes lèvres sur les siennes comme dans les contes de fées, j'étais la princesse qui d'un baiser réveillait son bien-aimé, ses bras m'encerclèrent il n'eut aucun mal à défaire ses liens, il resserra son étreinte et notre baiser fut merveilleux, fougueux, envoûtant et dura un long moment aucun de nous ne désirait rompre ce délicieux instant.
« Qu'elle accueille Madame Masen, si l'éternité commence ainsi, je suis donc arrivé au paradis. »
A ce moment, Rosalie suivi d'Emmett entrèrent en fracas, affolés par mes appels qu'ils avaient perçus, lorsqu'Emmett se rendit compte que tout allait bien, il éclata de rire.
« Eh bien ! Vous aviez besoin de chandelles, c'est pour cela que tu nous as appelé Bella ! Veux-tu faire de nouvelles expériences Vampirique avec témoins ? »
Rosalie lui mit un coup de coude dans les côtes pour le faire taire, ce qui déclencha un fou rire communicatif. Alice et Jasper arrivèrent à leur tour, et nous convièrent pour une bonne partie de chasse, Edward devait ressentir une brûlure due à la soif, et il était important qu'il s'alimente au plus vite.
