Salut la compagnie !

Merci pour vos supers reviews et vous ajouts en alerts/favoris... Pour votre lecture seule, aussi, bien sûr XD Mais immeeeeeense merci aux revieweuses, qui font des merveilles avec les touches de leurs claviers ! Je tiens à féliciter les plusieurs personnes qui ont trouvé l'identité de la jeune femme aux cheveux noirs... Pour celles qui veulent encore chercher, je rappelle : même si vous n'avez pas lu les oeuvres de Tolkien, vous pouvez trouver sur l'ami Google. Il faut chercher une jeune femme au nom apparemment en -iel, aux cheveux noirs, avec une histoire liée à l'eau...

Grand merci à mes « anonymes » préférées... Kayla (très heureuse de retrouver par ici, avec tes bonnes déductions et de toujours te plaire !), Anatyl et ses délicieux compliments (je crois que tu n'auras pas besoin de te couper la main... XD), Plume qui s'inquiète pour Adèle (elle tiendra encore cinq chapitres, va !), Do et ses encouragements (dis... faut pas prendre au pied de la lettre tout ce que j'ai dit, j'ai rien contre Nirvana, bien au contraire...) et Aline qui a des doutes pas forcément infondés (et là... je viens de te mettre un doute affreux et je ricane avec un air sadique).

Petit coucou à une certaine Claire, dont j'ai fait la rencontre à la BU... Imaginez-vous, je peaufine tranquillement un chapitre pour faire une pause dans une version de latin, et la blondinette étudiante assise à côté de moi, lisant mon fichier par dessus mon épaule (indiscrète !), a une énorme exclamation de surprise. Puis un « Mais t'es Aliete ! ». Bon alors, bien sûr, j'ai eu une tête de débile pendant quelques secondes ! Une discussion remplie de Hobbits, de champignons hallucinogènes, de supers Rôdeurs et de méchant Saroumane s'en est suivie. Résultat, j'ai pas fait ma version, mais je me suis fait une nouvelle copine fan du SDA. Qui a dit que le monde des fanfictions était essentiellement virtuel ?

Un chapitre centré sur l'entourage d'Halbarad, moins sur Adèle. Je tiens juste à signaler que sous ses airs pas très important (niveau action, énigmes...) ce chapitre pose des choses extrêmement importantes pour la suite de la vie d'Adèle. Et puis, il permet de souffler un peu... J'avais envie de me concentrer sur Halbarad.

Bref, je vous souhaite une excellente lecture.

Chapitre 36, La fille de la maison

Sous son tas de couvertures, Adèle frissonna pour la énième fois, complètement gelée. Ses pieds étaient si froids que l'on aurait dit deux morceaux de glace, et elle avait impression que plus jamais elle n'allait retrouver l'usage de sa voix tant elle avait mal à la gorge. Elle avait toujours détesté l'hiver, mais là, on battait tous les records. Un rhume pareil, c'était un exploit. Elle était à la limite de la pneumonie et elle n'avait même pas de paracétamol. Ni la moindre pastille pour la gorge...

On toqua rapidement à la porte avant d'ouvrir sans son consentement, ce qui lui fit lever les yeux au ciel. Mais elle s'adoucit en voyant que ce n'était pas la soeur d'Halbarad qui venait la déranger, mais Aldren, sa jolie nièce.

— Bonjour Adèle... Vous vous sentez mieux ?

— On fait aller... répondit-elle avec difficultés, avant de tousser.

— Oh... Ma mère demande si vous désirez manger un peu. Ce serait peut-être bien d'avaler un peu de soupe.

Adèle hocha la tête avant de sourire en voyant le jeune chiot qu'elle avait emporté de son époque, bien malgré elle certes, mais de chez elle tout de même. Intrigué, il s'approcha du lit, et Adèle le souleva pour le prendre contre elle.

— Lui avez-vous trouvé un nom ? demanda Aldren.

— Toujours pas... Et toi ?

— Non plus. Il est très amusant, alors il faudrait un nom drôle, mais qui ne fasse pas idiot pour autant, déclara Aldren avec sérieux en s'asseyant sur le chaise près du lit.

La jeune fille, âgée de treize ans, semblait apprécier tenir compagnie à Adèle. L'adorable petite boule de poils noire y était pour beaucoup, sans doute, et toutes les deux s'attachaient à trouver un nom au jeune chien depuis leur rencontre. Adèle trouvait la nièce d'Halbarad charmante et très agréable. Très polie, particulièrement réservée, elle avait le charme de toute la discrétion qui manquait à la jeune femme. A cela s'ajoutait un visage délicieux et adorable, qui attendrissait Adèle jour après jour : Aldren avait des traits tout en douceur, aux rondeurs encore enfantines, encadrés par des incroyables cheveux presque noirs qui rendaient Adèle presque jalouse. Cette enfant avait des cheveux d'elfes, lisses et soyeux, au point que s'en était presque injuste.

— Nous finirons bien par trouver, soupira Aldren.

— Trouver quoi ?

Elles se tournèrent toutes les deux vers la porte, devant laquelle se trouvait Ioldren, la soeur d'Halbarad. Adèle retint un énorme soupir et lui adressa un sourire.

— Nous cherchons un nom pour le chien, répondit Aldren.

— Oh... Oui, vous finirez par trouver. Aldren, j'aimerais que tu ailles trouver Nolia, j'ai besoin qu'elle vienne chercher du linge.

Aldren sortit donc, laissant seules Ioldren et Adèle, qui eut la soudaine envie de se prétendre complètement aphone. Adèle n'appréciait pas beaucoup sa future belle-soeur, particulièrement méfiante envers elle. Belle-soeur qui ne savait toujours pas qu'elle l'était... Halbarad ne voulait pas le dire tant qu'Adèle ne serait pas rétablie, il avait été très clair à ce sujet. Enfin, non, pas clair du tout, mais catégorique... Connaissant l'honnêteté habituelle du Rôdeur et son désir d'assumer leur relation, Adèle trouvait cela suspect... Il avait vraiment eu l'air ennuyé...

Je me sens trop mal... gémit Adèle, la tête enfouie dans son oreiller.

Tu vas déjà mieux, Adèle. Il y a deux jours tu étais encore trop fiévreuse pour réussir à parler... Tu m'as fait peur, tu sais. D'ailleurs, c'est une manie chez toi, de m'inquiéter.

Je ne fais pas exprès, répondit-elle avant de se mettre à tousser. Oh j'ai la tête qui tourne...

Courage, tu iras mieux dans quelques jours, si tu te reposes. Et puis, tu es aux bons soins de ma sœur...

Oui, parlons-en. Tu m'abandonnes à la compagnie de ta famille, et tu n'es jamais là. Ils ne savent même pas qu'on est...

La main d'Halbarad vint se plaquer sur sa bouche, la surprenant par la même occasion.

Chuchote tu veux ?

Mais Halbarad...

Nous leur dirons en temps voulu, d'accord ? Je préfèrerais que ma sœur apprenne à te connaître un peu avant de leur dire quoique ce soit...

Et je peux savoir pourquoi ?

Ioldren est encore plus méfiante que moi et... Écoute, elle est très intransigeante, et je n'ai pas envie que tu aies quoique ce soit à lui prouver, alors c'est mieux qu'elle t'apprécie avant.

C'est un Balrog ta sœur ou quoi ? Halbarad, pourquoi tu fais cette tête ?

Il était vrai que le physique même laissait deviner son intransigeance, comme disait Halbarad. Ioldren était une très jolie femme, très fine, mais aux traits un peu tirés par les soucis. Son allure très digne complexait un peu Adèle, qui avait toujours l'impression d'être une enfant mal élevée. Les pommettes hautes, le sourire rare en sa présence, Ioldren n'était pas douce.

— Comment vous sentez-vous ? Je vous apporte un peu de soupe.

— Merci Ioldren.

— Aldren ne vous ennuie pas au moins ?

— Oh non, pas du tout !

— Pardonnez-moi, je vous fais parler alors que vous semblez y avoir toutes les peines du monde...

Adèle sourit, mais elle n'obtint pas de réponse. Soudain, à sa grande surprise, Ioldren ferma la porte et vint s'installer à côté d'elle.

— Adèle... J'ai bien compris que vous veniez d'extrêmement loin, Halbarad nous l'a expliqué, et que vous aviez largement pris part à cette guerre. Vous êtes chère à Aragorn, et c'est pour cela que mon frère a promis de veiller sur vous.

Elle hocha la tête, avec l'envie d'ajouter que c'était aussi parce qu'Halbarad tenait à elle.

— J'ai l'impression que vous lui êtes une amie très chère, à lui aussi, ajouta Ioldren, comme si elle lisait dans les pensées d'Adèle.

— Je crois oui.

— Vous passiez beaucoup de temps ensemble à Minas Tirith ?

— Pas tellement. Juste aux Maisons de Guérisons.

— Oui, il m'avait dit que vous l'aviez veillé et tenu compagnie... Je vous en remercie d'ailleurs, de tout mon coeur.

Et cette fois, Ioldren sourit sincèrement, et Adèle la trouva plus jolie encore. Son sourire faisait disparaître l'expression un peu hautaine de son visage, qui avait l'air bien plus doux et compréhensif.

— C'était normal.

— Non, vous ne le connaissiez pas... Vous avez fort bon coeur, Adèle. Mais pourquoi vous êtes-vous ainsi inquiété pour lui ?

— Pour Aragorn, et... Je n'aimais pas l'idée qu'un homme meurt seul, avoua Adèle, la voix toute enrouée et la gorge en feu.

— Je comprends l'affection que vous porte mon frère et Dirvel, alors. Vous devez avoir beaucoup d'amis Adèle...

Adèle sourit et haussa les épaules, ne sachant pas vraiment quoi répondre. La soeur d'Halbarad lui conseilla de manger un peu avant de se diriger vers la porte. Elle était en train de gagner la confiance de Ioldren, et c'était parfait. Elle allait soupirer de soulagement quand Ioldren se retourna et revint vers elle. Dès cet instant, Adèle comprit que tout n'allait pas être si simple. Pour se donner un peu de contenance, elle prit le bol de soupe et le porta à ses lèvres d'un air innocent.

— Adèle, vous allez trouver ma question étrange mais... Écoutez, nous sommes adultes, et je crois que nous parfaitement nous comprendre sans être maladroites l'une envers l'autre. Qu'en pensez-vous ?

Adèle affirma derrière son bol de soupe, sentant que la situation prenait un tournant qui n'allait pas du tout lui plaire.

— Je vais être franche avec vous. J'ai bien vu la manière dont vous regardiez mon frère, et j'ai l'impression que vous l'appréciez bien plus qu'une amie le ferait.

— Ah oui ?

Minable, c'était minable. Autant se brûler la langue avec la soupe pour être complètement incapable de parler et éviter de dire des sottises plus grosses qu'elle...

— Je crois que vous avez des sentiments pour mon frère, et je me demande s'ils sont réciproques. J'espérais qu'en tant que femme, vous me le diriez.

Ioldren était redoutablement intelligente, il n'y avait pas à dire. Adèle se retrouvait en position de menteuse et de cachottière, et cela ne lui plaisait pas du tout.

— Et bien je... Je ne veux pas parler pour votre frère. C'est à lui que vous devriez parler.

— Cela veut dire que j'ai raison ?

Adèle avait envie d'étriper Halbarad. Peu importait qu'il avait des yeux gris comme des nuages avant la pluie, elle allait le tuer.

— Mère, Nolia viendra dès que possible ! dit Aldren en entrant gaiement dans la chambre.

— Pollux ! s'écria brusquement Adèle avant d'être prise d'une quinte de toux.

Les deux autres la regardèrent comme si elle avait perdu la raison, et Adèle précisa que c'était le nom qu'elle avait trouvé pour le chien. Excellente diversion, non ?

— Pollux ? C'est étrange... Mais cela lui va plutôt bien... Pourquoi Pollux ?

— Il a l'air un peu pataud comme chien, et je sais pas j'ai pensé à mon monde d'un coup et... Bref, répondit-elle avant de tousser à nouveau.

— J'aime bien, c'est drôle. Pas vrai, Pollux ?

Ioldren soupira et les laissa toutes les deux, manifestement déçue de ne pas être parvenue à lui tirer les vers du nez. Adèle soupira elle aussi, de soulagement. S'il avait été là, Halbarad aurait soupiré de soulagement lui aussi, car il venait d'être sauvé d'une mort cruelle et violente.

Mais Ioldren n'était pas dupe, et, à peine sortie de la chambre d'Adèle, elle se dirigea vers son père, qui soupira de lassitude à l'instant où il vit l'expression de sa fille.

— Père, il faut que tu parles à Halbarad.

— A quel sujet ?

— De la jeune femme qui loge chez nous.

— Et bien ? Tout les hommes de Taurdal l'ont suffisamment cherché dans la région pour que nous soyons heureux de la savoir saine et sauve dans notre maison, non ? Je t'en pensais soulagée toi aussi, d'autant que ton frère se montre bien moins soucieux depuis.

— Justement ! Père, je crois... hésita Ioldren.

— Oui ?

— Je crois qu'il a l'intention de l'épouser.

Ioldren eut un air gêné et Halbareth haussa les sourcils, avant de se replonger dans la lecture de sa lettre.

— Père !

— Que veux-tu que je te réponde Ioldren ?

— Il t'en a parlé ? s'offusqua-t-elle.

— Non, et quand bien même, il serait tout à fait légitime que je ne te dise rien des confidences de mon fils, il me semble.

— Mais... Enfin Père, cela ne te surprend pas ?

— Et pourquoi cela devrait-il me surprendre, je te prie ? répondit Halbareth, les yeux toujours rivés sur sa lettre.

— Je ne sais pas, cela devrait, c'est tout ! Mais enfin, Père ! Halbarad répond à l'appel d'Aragorn et s'en va pour défendre Minas Tirith, et il revient avec une étrangère à l'histoire très curieuse qui s'avère finalement être une probable fiancée !

— Bien des hommes trouvent leur épouse au gré de leurs voyages.

— Mais c'est différent !

— Parce qu'il s'agit de ton frère ?

— Non ! Mais Père, pourquoi ne veux-tu pas en parler avec lui ? A toi, il te répondrait.

— Halbarad viendra me parler lorsqu'il l'estimera nécessaire. Il y a longtemps que je n'interfère plus dans ses décisions, surtout de cet ordre là.

— S'il était honnête, il viendrait t'en parler. Cela veut bien dire qu'il y a un problème.

— Je ne sais pas ce qu'il en est de ton frère, mais moi j'ai bien un problème.

— Tu es malade Père ?

— Non, mais j'essaie de lire cette lettre et tu ne cesses de m'en empêcher avec tes sottises.

Ioldren tourna rageusement les talons, sous le sourire moqueur de son père. Le rire cristallin d'Aldren se fit soudainement entendre et Halbareth secoua la tête avec amusement.

— Au moins, ta fille ne se pose pas tant de questions. Elle est charmante, cette jeune Adèle.

— Tu ne l'as vue que deux fois, Père.

— Et c'est suffisant pour que je sache qu'elle me plaît. Écoute-moi bien Ioldren, nous avons offert l'hospitalité à cette jeune femme, et il n'est guère poli de ta part de douter d'elle. Si le jugement de ton frère ne te suffit pas, alors qu'il le devrait, je te rappelle qu'elle est l'amie de ton cousin, de Gandalf, et qu'elle a bénéficié de la protection du Seigneur Elrond. Si malgré tout cela tu doutes encore, c'est que tu deviens bien trop méfiante, même pour quelqu'un de notre race, dit sèchement Halbareth.

— Je ne doute pas qu'elle soit honnête et de bonne compagnie, Père. Je n'oublie pas ce qu'elle a fait ni pour la Terre du Milieu, ni pour Halbarad.

— Alors où est le problème ? demanda Halbareth, radouci.

— Je crois qu'elle n'est pas une femme pour lui.

— Et encore une fois, je crois que tu devrais faire confiance au jugement de ton frère, Ioldren.

— Et toi tu lui fais toujours confiance.

Ioldren mit sa cape et sortit, ne prêtant pas attention aux soupirs d'Halbareth. Il était trop vieux pour que ses enfants lui causent encore des soucis, ce n'était pas juste. En entendant à nouveau le rire d'Aldren, il ricana à son tour, avant de se remettre à lire.

Si Aldren riait tant, c'était à cause du brave petit Pollux, qui aurait pu faire rire une assemblée d'Elfes sans le vouloir.

— Je ne suis pas sûre qu'il serait un bon chien de garde, constata Aldren.

— Ce n'est pas sûr... Tu sais, quand les gens t'aiment beaucoup, ils peuvent faire des choses surprenantes.

— C'est vrai, mais vous devriez éviter de parler, vous n'avez déjà presque plus de voix. Je vais vous laisser, pour éviter de vous tenter.

Adèle sourit en attirant Pollux contre elle, qui se lova encore un peu plus dans les draps. Aldren éclata de rire et sortit en faisant un petit signe de la main à Adèle, qui trouvait vraiment cette jeune fille adorable. Aldren avait encore le sourire aux lèvres en passant devant son grand-père, incitant ce dernier à discuter.

— Tu as l'air de particulièrement apprécier la compagnie d'Adèle.

— Oh, elle est tellement gentille que ce serait difficile de ne pas l'aimer ! Je veux dire, elle est malade, mais elle est quand même de bonne humeur ! s'exclama Aldren.

— Elle se sent mieux, d'ailleurs ?

— Oui, j'ai l'impression. Mais elle tousse encore beaucoup... Il faut dire qu'elle avait tellement de fièvre que cela ne m'étonne pas... Je m'étonne plus de la voir en aussi bonne forme aujourd'hui, dit Aldren en prenant place près de son grand-père.

— Tiens, tiens... Ma petite-fille ferait-elle une excellente guérisseuse ?

— Ne te moque pas...

— Je ne me moque pas, ma douce.

Aldren eut l'un de ses sourires innocents qui faisaient fondre le cœur de son grand-père, et Halbareth se sentit moins vieux, tout à coup.

— Où est Mère ?

— Elle est sortie... Ne me demande pas pour quoi faire, je n'en sais rien.

— J'ai l'impression qu'elle n'aime pas beaucoup Adèle...

— Oh, ne t'occupe pas de tout cela jeune fille, tu n'y comprendrais strictement rien.

Aldren soupira et croisa les bras, un petit air boudeur sur le visage, que son grand-père s'efforça aussitôt de faire disparaître.

— Pas de cela avec moi Aldren, j'ai élevé ta mère, et crois-moi, tu ne lui arrives pas à la cheville pour ce qui est de me faire tourner en bourrique.

— J'en ai assez qu'on me traite comme un bébé, qu'on dise que je ne peux pas comprendre, répliqua Aldren, les sourcils froncés.

— Oh... Et bien promis, si un jour je comprends quelque chose aux histoires de ta mère, je t'en parlerais. Mais doué comme je suis, ce sera sûrement toi qui me les expliqueras avant.

Un peu plus de deux passèrent, et la nuit tombait sur Taurdal quand Halbarad passa la porte. Ioldren était revenue depuis un certain temps, et elle était toujours de mauvaise humeur depuis la discussion avec son père. Quant à Alegeth, le fils aîné de Ioldren, âgé d'une quizaine d'années, il était rentré lui aussi, et ne comprenait pas vraiment l'humeur de sa mère.

— Bonsoir... dit Halbarad avec hésitation, voyant que quelque chose n'allait pas.

— Alors, fils, quelles nouvelles ?

— Plutôt bonnes. Les routes sont à nouveau normalement empruntées, et la plupart des brigands sont arrêtés, bien que nous n'ayons toujours pas mis la main sur le fameux Ted que je rêve d'envoyer tout droit à Gimli comme cadeau.

— Gimli... Le Nain, fils de Gloïn ?

— Oui, Père, et très protecteur envers Adèle. A ce propos, comment va-t-elle ?

— Guérisseuse Aldren, faites donc votre rapport à votre oncle je vous prie, dit Halbareth avec une voix malicieuse.

Aldren rougit et se mit à rire, avant de donner des nouvelles d'Adèle à Halbarad.

— Je vais aller la voir.

Ioldren lança un regard insistant à son père, qui leva les yeux au ciel. Il regarda tout de même son fils s'éloigner avec un air soucieux.

Halbarad toqua à la porte avec le coeur battant, ce qu'il trouva un peu stupide. Certes il s'inquiétait pour Adèle et il avait envie de la revoir, mais ce n'était pas pour autant qu'il devait penser comme un tout jeune homme. N'entendant pas de réponses, il entra sans permission, et la scène qui s'offrit à lui l'attendrit tellement qu'il mit de côté toutes ses résolutions : Adèle lui rendait l'insouciance qui lui avait souvent manquée, et c'était tant mieux. Elle était endormie, les cheveux tout en désordre, les couvertures toutes dérangées. Il mit quelques secondes à faire abstraction de la jambe dénudée, la faute à une chemise trop courte, pour revenir au visage d'Adèle, un peu trop tendu pour quelqu'un qui se reposait. A côté d'elle, le jeune chien s'était pelotonné dans les couvertures, respirant tranquillement. Doucement, Halbarad s'approcha, replaça les couvertures et posa une main sur son front. Il fronça les sourcils en notant que la fièvre était remontée, mais encore plus lorsqu'il vit Adèle commencer à s'agiter. Elle lui avait parlé de ses cauchemars croissants, de cette immense vague qui la terrifiait. En réalité, comme il lui avait demandé, elle lui avait tout raconté : Halbarad s'était senti horriblement impuissant, et surtout complètement perdu. Il ne pouvait pas résoudre la plupart de ses problèmes, mais les cauchemars lui étaient moins hors de portée. Tendrement, il lui prit la main et la porta à ses lèvres. Peut-être ne fallait-il pas la réveiller... Mais il n'avait pas envie de l'entendre avoir peur, alors, doucement, il le fit quand même, même si elle avait besoin de se reposer. Et puis c'était aussi parce qu'il avait envie de lui parler, égoïstement. Adèle marmonna quelque chose avant d'ouvrir finalement les yeux et de sourire un peu rêveusement.

— Je ne t'ai pas vu depuis hier matin... lui reprocha-t-elle.

— J'ai beaucoup de choses à régler... Comment te sens-tu ?

— Un peu... A peu près.

— Pour quelqu'un qui s'est retrouvé inconsciente dans la neige après avoir manqué de se noyer, je trouve que tu bonne mine. Ton ami aussi, dit Halbarad en caressant la tête du chien.

— Il s'appelle Pollux, dit Adèle en prenant le chiot dans ses bras, qui la gratifia de plusieurs coups de langue. Mais ne t'inquiète pas, tu restes le premier dans mon cœur, se moqua-t-elle.

— Tu veux l'emmener à Minas Tirith ?

— Il est assez petit pour un tel voyage, non ? Il tiendrait dans un sac... Il m'apaise... Tu veux bien ?

— Tu ne comptes pas dormir avec lui, là-bas ?

— Oh non, je t'aurais toi, pour m'apaiser...

C'était quelque chose qui plaisait à Halbarad, la manière d'Adèle de ne pas cacher son bonheur et ses envies. Lorsqu'elle était malheureuse, elle le cachait comme elle le pouvait pour ne pas inquiéter ceux qui l'aimaient, mais quand elle était joyeuse, elle savait montrer qu'il ne fallait pas se soucier pour elle. Elle ne se préoccupait pas de savoir si c'était correct ou non, elle lui montrait juste qu'elle l'aimait.

— D'ailleurs, il vaudrait mieux que je l'habitue à ne pas dormir avec moi non ?

— Effectivement, je crois que ce serait mieux. Mais... Pourquoi ris-tu ?

— Parce que... répondit Adèle entre deux quintes de tous et deux éclats de rire. Parce que nous parlons de l'éducation de ce chien comme s'il était un enfant, et je ne sais pas... Je trouve ça drôle qu'on en parle à deux... Un peu comme si nous étions déjà mariés.

Halbarad sourit et déposa un léger baiser sur ses lèvres, tandis qu'Adèle passait ses bras autour de lui, oubliant la présence de Pollux, dont l'adorable frimousse émergea pour lécher le cou d'Halbarad et se dégager. Adèle éclata d'un rire un peu rocailleux, et Halbarad la suivit très vite, en songeant à quel point il avait envie de l'épouser au plus vite.

— Tu sais, je me sens de mieux en mieux... Je pourrais peut-être...

— Non. Reste au lit, nous verrons demain.

— Halbarad... Cette nuit, tu dors dans votre espèce de quartier général ?

— Oui, sans doute. Je vais rester tard avec des Rôdeurs revenus tout récemment, et je dormirais là-bas. Pourquoi ?

— Rien... Tu sais je ne dors pas très bien, ces derniers temps, j'ai un peu peur... Et je crois que si je te savais pas loin, je me sentirais mieux.

C'était encore une chose qui touchait Halbarad, de savoir qu'Adèle lui faisait une telle confiance et l'aimait au point de n'être rassurée que par lui. Mais il aurait préféré ne pas avoir à l'apaiser.

— Adèle, il ne t'arrivera rien ici. Et puis, tu as Pollux...

— Oui, j'ai Pollux. Tu... Tu pars déjà ?

— Je suis désolé Adèle, j'étais juste venu prendre quelques nouvelles...

— Oh... Alors bon courage.

— Merci, repose-toi bien.

— Je t'aime.

Halbarad en trébucha sur le tapis, provoquant un léger rire chez Adèle. Elle s'amusait à chaque fois : car à chaque fois, il était surpris par ces deux mots si francs et si tendres. Halbarad sourit, avant de grimacer en entendant Adèle tousser si fort qu'elle en effraya le pauvre Pollux.

Halbarad ferma la porte avec soin, regrettant de ne pas pouvoir rester auprès d'Adèle. Pensif, il retrouva les siens, particulièrement silencieux.

— Alors, comment l'as tu trouvée ? demanda Ioldren avec un regard insistant.

— Elle tousse encore beaucoup, mais c'est normal. Elle est un peu fiévreuse, c'est sans doute dû à la fatigue. En réalité, je lui trouve meilleure mine, tu avais tout à fait raison Aldren, répondit Halbarad avec un sourire pour sa nièce.

— Tu es particulièrement inquiet pour elle.

— Elle ne mérite pas tout ce qui lui arrive, répondit sèchement Halbarad, un peu sur la défensive.

— Bien sûr... soupira Ioldren.

— Il y a un problème ?

— Non. Veux-tu manger quelque chose avant de repartir ? Adèle a peut-être meilleure mine, mais toi, tu as la même tête que quand tu reviens de plusieurs semaines en pleine nature. Tu n'as pas faim ?

— Et bien... Si, un peu, mais je ne reste pas longtemps.

Halbarad prit place sur le banc en face de la table, les pensées encore fixées vers Adèle. L'air un peu rêveur si inhabituel à son fils n'échappa à Halbareth, qui tentait vainement d'ignorer Ioldren de son côté.

— Les enfants, allez vous coucher, ordonna-t-elle.

A cet instant, Halbarad comprit qu'il s'était fait berner, et que le piège allait se refermer sur lui.

— Pourquoi ? demanda Alegeth, qui n'avait absolument pas envie de dormir.

— Parce que j'ai besoin de parler à ton grand-père et ton oncle et que je ne vous veux pas dans les parages.

— Mais...

— Tes quinze ans ne te permettent pas encore de rester, alors file.

Alegeth s'éloigna en grognant, et Halbarad lui adressa un regard de soutien en embrassant sa nièce. Les enfants partis, il jeta le regard plus noir qu'il était possible à Ioldren, essayant de la dissuader.

— J'ai toujours détesté que tu me prennes pour une idiote, ce n'est pas aujourd'hui que je vais me laisser faire... se justifia-t-elle en posant une assiette devant lui.

— Je ne te prends pas pour une idiote.

— Tu nous caches des choses, c'est pareil selon moi.

— Je ne cache rien.

— Alors, si je te pose une question, tu me répondras honnêtement ?

— Si je n'ai pas envie de te répondre, je ne le ferais pas. Parce que je n'ai pas à le faire.

— C'est puéril.

Halbarad perdait patience. Il détestait cette manie qu'avait sa sœur de toujours penser qu'il lui en voulait, qu'il lui cachait des choses... Elle le mettait toujours dans la mauvais rôle, et cela selon lui, c'était puéril.

— Tu me fatigues, Ioldren.

— Et toi tu me déçois ! Et je suis sûre que tu déçois Père, même s'il ne dit rien.

Halbarad se retourna vers son père, qui se leva et s'assit en face de lui dans un soupir.

— As-tu quelque chose à me reprocher, Père ?

— Non, rien du tout.

— Mais Père... insista Ioldren.

— Non, je ne veux rien entendre. Je n'ai rien à te reprocher Halbarad, mais je vais t'avouer qu'à force d'entendre ta sœur me casser les oreilles, j'en viens à être intrigué moi aussi, et j'aimerais que tu nous répondes.

— J'ai l'intention d'épouser Adèle, oui. J'avais l'intention de vous le dire lorsqu'elle serait rétablie.

— Tu vois ! Je te l'avais bien dit ! dit Ioldren à son père, qui l'ignora royalement pour s'adresser à son fils.

— Tu l'épouses parce que tu en as envie, n'est-ce pas ? Ce n'est pas... Par pitié ?

— Non, pas du tout. Je veux qu'elle soit ma femme.

— Alors je suis heureux pour toi, fils. Très heureux, même. Ioldren, tu ne félicites pas ton frère ?

— Félicitations, j'espère qu'elle te rendra heureux.

— Elle le fait déjà, répondit Halbarad en serrant brièvement la main de sa soeur.

— Tant mieux... Mais avec tout cela, tu oublies de manger...

Rassuré de voir sa soeur réagir raisonnablement, Halbarad s'en voulut un peu de toute cette inquiétude. Lui qui se plaignait du manque de confiance à son égard, il s'avérait qu'il en manquait cruellement envers sa soeur.

— Mais alors... Pourquoi veux-tu la raccompagner à Minas Tirith, si tu comptes l'épouser ? Tous ces voyages sont un peu idiots... dit Ioldren en s'asseyant à côté du feu.

Le Rôdeur s'arrêta tout net de manger, se préparant mentalement à la dispute qui allait suivre. Finalement, il n'avait peut-être pas eu tort en voulant cacher ses fiançailles.

— Je t'ai déjà expliqué que je retournerais à Minas Tirith pour aider Aragorn, répondit-il calmement.

— Oui, mais tu décides de fonder une famille, c'est un peu différent... Et puis tu serais très utile dans la région, quand Aragorn décidera de réunifier son royaume !

— Non, Ioldren... Nous vivrons à Minas Tirith. Et... Nous nous marierons là-bas également.

— Tu plaisantes ?

— Ioldren... Adèle est loin des siens, et la seule famille qu'il lui reste est à Minas Tirith, comme ses plus proches amis.

— Tu sais très bien que Père l'aimera comme sa fille ! protesta-t-elle.

— Là n'est pas la question !

— Bien sûr que si ! Les autres jeunes mariées quittent leur famille pour se rendre dans celle de leur époux ! J'imagine qu'il est dur pour la Dame Eowyn de quitter son pays natal pour se rendre en Gondor, mais elle le fait tout de même !

— Ce n'est pas la même chose...

— Oh si !

— Non, cela n'a rien à voir ! Leur histoire est différente ! Tu ne sais pas de quoi il s'agit Ioldren, tu n'as jamais quitté Taurdal !

Le regard blessé de Ioldren calma Halbarad, qui reprit aussitôt un ton plus compréhensif.

— Je veux juste dire que tu ne sais pas ce que c'est que de te retrouver loin des tiens et de ta terre. Adèle a réussi à trouver des repères à Minas Tirith, et elle a besoin d'y rester pour l'instant. Je le comprends, et je l'approuve. Je ne veux pas l'éloigner de Minas Tirith, d'accord ?

— Et les Rôdeurs se débrouillent tout seuls ? Il y a longtemps que tu ne te soucies plus de ta famille, mais tes hommes ?

— Ioldren, ne parle pas ainsi à ton frère ! intervint Halbareth.

— Mais Père, pourquoi ne dis-tu rien ? Ton fils veut s'installer à Minas Tirith !

Halbareth soupira pour la énième fois de la journée. Il était bien trop vieux pour que ses enfants lui causent de tels soucis...

— Je ne suis pas sourd, je l'ai aussi bien compris que toi.

— Et cela ne te dérange pas ?

— Il désire se marier, prendre soin de sa femme et aider Aragorn à reconstruire son royaume. J'ai toujours demandé à ton frère d'obéir à Aragorn et de l'aider quoiqu'il lui demande, et je suis heureux de voir que c'est le cas.

— Mais...

— Il n'y a pas de mais, Ioldren. Halbarad agit comme il le doit, envers son roi comme envers Adèle.

— Et elle, tu trouves qu'elle agit envers lui comme elle le devrait ?

— Je t'interdis de dire des choses pareilles ! dit Halbarad en se levant brusquement.

— Halbarad... tempéra son père.

— Non, Père, je ne suis pas d'accord ! Ecoute-moi bien Ioldren, Adèle me rend très heureux, avant même que nous soyons mariés ! Tu ne sais pas qui elle est, et tu la juges mal ! Même ta fille a fait plus d'efforts pour la connaître !

— Une bonne épouse n'éloignerait pas un homme des siens !

— Et en quoi un mari qui éloignerait sa femme de sa famille en sachant qu'elle en a plus besoin que lui serait-il meilleur ? Adèle a tout perdu Ioldren, et je veux qu'elle retrouve un peu de ce qu'elle avait ! Je peux comprendre que tu sois déçue de me voir partir, mais tu ne peux me reprocher de le faire ! Parle avec Adèle, tu comprendras !

— De toute manière, elle n'est qu'un prétexte ! Tu as toujours détesté rester près de moi !

— Ce n'est pas mon rôle ! éclata Halbarad. Mais enfin Ioldren, cesse de m'en vouloir à chaque fois que je pars !

— C'est facile pour toi, tu peux toujours partir ! Moi je suis toujours ici, moi aussi j'ai perdu beaucoup quand Alrael est mort ! Tu pars pendant presque toute l'année, tu ne passes que quelques semaines avec nous, sans te soucier de savoir si je vais bien ou non ! Cela fait des années que je veille sur Père, sans jamais rien dire, parce que je l'aime ! Mais toi, tu ne te préoccupes de rien, tu vis ta vie sans te préoccuper de savoir si la mienne me convient !

— Tu n'es pas heureuse ? demanda Halbarad, inquiet.

— Je... Si je suis heureuse. J'ai Père, et j'ai mes enfants, et je les aime. Seulement, je parle toujours aux mêmes personnes, et quand tu es là, tu ne parles jamais avec moi. J'ai l'impression que je ne compte pour toi que parce que tu sais que je veille sur Père.

— Tu sais bien que c'est faux...

— Tu ne te rends pas compte Halbarad, tu es toujours sur les routes. Oui, je sais que c'est difficile, d'être un Rôdeur. Mais tu ne sais pas combien c'est triste ici quand on y est tout le temps...

Halbarad ne sut pas quoi répondre. Il sentait qu'il n'avait pas tort, mais pas raison non plus. Lui qui aimait tant les certitudes, il ne se sentait pas très à l'aise.

— Je n'ai jamais aimé te faire de la peine Ioldren. Mais Adèle et moi irons à Minas Tirith, c'est ainsi.

— J'ai bien compris, et j'espère que tu t'y plairas. Bien... Je crois que je vais aller dormir, je suis fatiguée. De toute manière, les hommes doivent t'attendre. Bonne nuit.

Ioldren partie, Halbarad resta comme un idiot devant le feu, sous le regard de son père.

— Te voilà bien perturbé, fils.

— Tu as entendu ce qu'elle a dit aussi bien que moi.

— Oh oui... J'ai surtout entendu que j'étais un fardeau... Je ne suis pas si vieux que cela !

— Père...

— Mais oui, je sais. Halbarad, ne t'en fais pas pour ta soeur, tu sais bien comment elle est...

— J'aimerais qu'elle comprenne.

— Elle comprend, au fond d'elle, mais elle est bien trop fière pour l'avouer. Et puis, tu sais bien qu'elle s'en est toujours voulue, pour la mort de ta mère.

— Je ne lui en ai jamais voulu ! se défendit Halbarad. J'avais quinze ans Père, j'étais tout à fait capable de comprendre que ce n'était pas sa faute !

— Je sais. Mais Ioldren s'en est toujours voulue elle-même, alors comment veux-tu qu'elle puisse concevoir que tu ne lui en aies jamais voulu... Enfin... Tu sais, je me dis souvent que j'aurais dû me remarier, pour ta soeur. Elle a été seule trop souvent, pour ensuite s'occuper de moi. Elle n'a presque vécu que pour nous Halbarad... Elle n'a été mariée que pendant six ans...

— Elle aurait pu se remarier... Elle le pourrait encore.

— Notre peuple a tendance à facilement se résigner, et Ioldren en est l'exemple même. Allez, va, on t'attend... Ne t'en fais pas pour Ioldren, elle ne t'en veut déjà plus.

Halbarad hocha la tête et commença à partir, tracassé.

— Halbarad...

— Oui Père ?

— Je suis très content pour toi, vraiment. Ce sera un beau mariage.


— Pollux, non, c'est ma chaussure ! MA chaussure !

Adèle se se sentait bien mieux et elle était déterminée à sortir. Elle s'était habillée avec bonne humeur, et s'apprêtait à enfiler sa deuxième chaussure quand Pollux avait trouvé de bon goût de la lui prendre pour s'en servir comme substitut à un os en caoutchouc.

— Pollux, donne-la moi !

Lorsque enfin, elle réussit à récupérer une chaussure toute baveuse, le jeune chient s'attaqua au pied de son lit.

— Non, non, non !

Adopter un chien n'était peut-être pas la meilleure idée qu'elle ai eue ces derniers temps... Devoir sans cesse cacher les bêtises de Pollux à Ioldren devenait éreintant, et même si elle avait la complicité de la nièce d'Halbarad, cela n'allait plus durer pour longtemps... Pollux n'était pas un chiot énergique, loin de là, il était même très paresseux, mais il avait une prédisposition incroyable pour le mâchouillage.

Arrivée dans la pièce principale, elle salua tout le monde. Ioldren n'était pas là, pour son plus grand soulagement : elle se montrait froide avec elle, et cela ne lui disait rien qui vaille. Halbarad n'était pas là non plus, pour sa plus grande déception... Aldren discutait avec son frère, et leur grand-père fumait tranquillement sa pipe.

— Oh, bonjour Adèle ! Bonjour Pollux ! dit joyeusement Aldren. Avec Alegeth, on a pensé qu'un morceau de grosse corde l'occuperait, dit-elle en donnant la corde à Pollux, qui lui trouva tout de suite de l'intérêt.

— Oui, c'est efficace, répondit Adèle avec un sourire.

— Bon, Aldren, si tu veux venir avec moi, c'est maintenant, rappela Alegeth.

— Oui, je viens !

— Et où allez-vous comme cela ?

— Juste retrouver des amis, Grand-Père. Aldren ne s'en fait pas toute seule, alors...

— Hé !

— Alegeth... soupira Halbareth.

— Je plaisantais... Bon, à plus tard !

Les deux jeunes gens sortirent, laissant une Adèle très mal à l'aise avec le vieil homme. Elle n'était pas habituée à agir avec un beau-père !

— Ma fille a tendance à accaparer Aldren, qui se fait peu d'amies... Elle est beaucoup trop seule, cette petite, dit soudain Halbareth.

— Oh... Mais elle est tellement gentille qu'elle va vite y remédier. Pollux, joue avec ta corde ! s'écria-t-elle en voyant le chien tirer sur le bas du pantalon d'Halbareth. Je suis désolée...

— Ce n'est rien... Vous vouliez sortir ?

— Oui... Ioldren devenait m'accompagner jusqu'à chez Dirvel, mais... Enfin, j'irais plus tard...

— J'oubliais que vous connaissiez Dirvel. Mais vous savez, il doit être avec Halbarad, vous ne le trouverez pas chez lui.

— A vrai dire, je voulais faire la connaissance de sa femme... Merien, c'est cela ?

— Oui, une très agréable jeune femme... Je vous aurais bien accompagné, mais j'attends de la visite. Ce n'est pas loin, vous n'avez qu'à demander à quelqu'un dehors, on vous l'indiquera !

— Oui, je vais faire comme ça...

— N'ayez pas peur, personne ne vous mangera.

— Je sais... Je peux vous laisser Pollux ?

— Bien sûr. Adèle... Je trouve mon fils moins grave depuis votre retour. Votre compagnie lui réussit.

Adèle sourit avec gêne avant de mettre la cape qu'on lui avait donnée. Elle adressa timidement un signe de la main à Halbareth avant de sortir.

Il faisait très froid dehors, et de mauvais souvenirs l'envahirent aussitôt. Mais elle s'enveloppa un peu plus de sa cape et sortit, à la recherche d'une âme charitable pour lui indiquer la maison de Dirvel. Il y avaient seulement des enfants dans les environs... Enfin, peut-être sauraient-ils lui indiquer le chemin quand même.

— JE COMPTE PAS POUR DU BEURRE !

— Hertil rentre à la maison maintenant et arrête de nous suivre !

— Mais je veux venir avec vous !

— Tu ne peux pas, alors rentre !

Le petit groupe d'enfants s'éloigna d'un petit garçon manifestement beaucoup plus jeune. Le petit s'assit dans la neige et se mit à bouder. Attendrie, Adèle s'éloigna.

— Bonjour... Tu ne devrais pas rester dans la neige comme cela, tu vas être malade, et crois-moi, je sais de quoi je parle.

— Au moins, quand je suis malade, on s'occupe de moi... dit le petit garçon en se levant.

— Comment t'appelles-tu ?

— Hertil et j'ai cinq ans bientôt...

— Et bien enchantée, moi je suis Adèle.

— Et qu'est-ce que tu fais ?

— Je cherche la maison de Dirvel.

— Ah mais je connais ! Ma maison est à côté ! Je peux t'emmener si tu veux ! s'exclama le petit en la tirant par la manche.

— D'accord, d'accord...

Le petit Hertil l'entraîna donc avec lui, tout en lui expliquant à quel point ses frères étaient méchants, parce que plus vieux et ne voulant pas jouer avec lui.

— Harvel a le même âge que moi, on est jumeaux... Mais il m'ennuie, parce qu'il est jaloux ! Et puis, il est pas drôle, parce qu'il reste toujours à la maison...Voilà, c'est ma maison !

— Hertil, qu'est-ce que tu fais là ? Où sont tes frères ? s'inquiéta une jeune femme en l'attirant à elle.

— Il est avec Vordruil et les autres... Ils voulaient pas de moi ! Alors j'ai expliqué à Adèle comment venir chez Dirvel, comme notre maison est à côté ! Tu as vu comme je suis gentil ?

— Oui, tu es très gentil... Alors, vous êtes Adèle, ravie de vous rencontrer.

— Mais moi aussi... Vous avez un petit garçon vraiment adorable.

— Pour l'instant... Dans peu de temps, il fera toutes les bêtises possibles au monde... soupira la jeune mère.

Elle avait les cheveux un peu plus clairs que la plupart des gens d'ici, tirant plus vers les bruns. Ils étaient un peu ondulés, lui donnant un air de grande douceur.

— HARVEL LACHE TOUT DE SUITE TON FRERE !

Une grande douceur qui cachait une bonne dose de fureur, apparemment. En l'espace de quelques secondes, elle vit la jeune femme se diriger vers Hertil et un autre de ses garçons pour les séparer et les ramener chacun par une oreille.

— Voilà ce que je vous disais...

— Combien avez-vous d'enfants ?

— Quatre... Quatre garçons. Je crois que j'assure la relève des Rôdeurs à moi toute seule... CA SUFFIT VOUS DEUX ! RENTREZ A L'INTERIEUR !

Les deux enfants rentrèrent, l'air penaud, tout en se poussant quand même...

— Et bien, vous avez du courage... nota Adèle.

— Mon époux n'est pas là en ce moment, ils en profitent. Dites-moi, on dit que vous êtes fiancée à Halbarad, c'est vrai ?

— Oui... dit Adèle en rougissant.

— Félicitations ! Vous avez bien raison, c'est un homme très bien. Bien, je vous laisse avant qu'il ne casse quelque chose... N'hésitez pas à venir me voir si vous manquez de compagnie, je serais ravie de parler un peu.

— Très bien... Mais quel est votre nom ?

— Oh oui, quelle idiote ! Je suis Eniel. Et la maison que vous cherchez est celle à gauche, là-bas... Bonne journée Adèle !

— A vous aussi, au revoir !

Un peu mal à l'aise à l'idée de débarquer ainsi chez les gens, Adèle toqua à la porte. La porte s'ouvrit doucement, et une très belle jeune femme s'y présenta.

— Bonjour... Oh, vous devez être Adèle !

— Bonjour... Je ne vous dérange pas ?

— Pas du tout ! Dirvel m'a beaucoup parlée de vous...

— Ah... Il n'a cessé de parler de vous et de votre fille aussi.

Merien leva les yeux au ciel et invita Adèle à rentrer. Elle débarrassa Adèle de son manteau et l'installa avec enthousiasme. Adèle fut d'ailleurs assez surprise, car elle trouvait Merien assez expansive pour une femme de Rôdeur. Mais ce n'était pas pour lui déplaire, bien au contraire !

— Alors vous êtes bien rétablie ?

— Oh oui, je me sens beaucoup mieux...

Merien parût inquiète et se leva brusquement en s'excusant.

— Deriel est silencieuse depuis trop longtemps... Ha ! Je vous y prends, jeune fille, à fouiller dans les placards !

Merien revint avec une adorable petite fille dans les bras, mignonne à croquer. Il fallait dire qu'elle devait sans doute tenir de sa mère, car Merien était réellement très belle. Ses longs cheveux de jais étaient aussi beaux que les cheveux presque elfiques d'Aldren, et son visage en forme de coeur devait charmer bien des hommes. Halbarad lui avait d'ailleurs dit que lorsque Dirvel avait épousé Merien, il avait été désigné comme l'homme le plus chanceux de Taurdal par les autres tant la jeune femme avait été convoitée. La petite Deriel avait hérité des beaux traits de sa mère, à quoi s'ajoutait des petites joues rebondies absolument adorables.

— Comme elle est jolie...

— Ne le dites pas trop, son père lui répète déjà bien assez... Dirvel ne voit qu'elle, précisa-t-elle.

— Et vous...

— Et moi, oui, répondit-elle en riant. Alors, vous vous plaisez, à Taurdal ?

— Oui... La famille d'Halbarad est très gentille.

— Vous vous en sortez, avec Ioldren ? Deriel, ne touche pas à cela !

— Oui, oui... Elle est très gentille...

— Vous pouvez me le dire, à moi. Halbarad a parlé à Dirvel, et Dirvel me parle à moi... Et je connais un peu Ioldren, je sais qu'elle n'est pas facile.

— Je crois qu'elle me déteste.

Merien éclata de rire et secoua la tête en replaçant sa fille sur ses genoux.

— Elle ne vous déteste pas... Ioldren est juste une femme très dure, qui a toujours trop pris sur elle. Son mari est mort alors que ses enfants étaient encore jeunes, et elle a toujours veillé sur son père. Je crois qu'elle envie juste un peu votre jeunesse et votre bonheur, mais elle ne vous déteste pas.

— Ce n'est pas l'impression que j'ai quand elle me regarde...

— Ne faites pas attention... Bientôt, elle vous aimera comme une sœur.

Adèle soupira et reporta son attention sur la petite Deriel. Une petite fille de deux ans, c'était absolument adorable, il n'y avait pas à dire.

— Elle est tellement mignonne...

— Vous aurez bientôt la vôtre...

— Moi ? Il vaut mieux attendre un peu... Pour l'instant, je n'arrive même pas à correctement m'occuper d'un chien...

— Vous dites cela maintenant, mais vous verrez...

— Vous pensez qu'Halbarad a envie d'avoir des enfants ? Je veux dire... Il aurait pu se marier avant de me rencontrer...

— Oui, il a eu des occasions, mais il ne l'a jamais fait. Mais je vous assure qu'il désire une famille.

— Quelles occasions ? demanda Adèle avec un air faussement détaché.

— Il y a quelques années, Ioldren a essayé de lui faire épouser une de ses amies. Mais cela n'a pas plu du tout à Halbarad... Elle a épousé Vordras, l'un des hommes qui vous a trouvée dans la neige.

— Oh... Mais Halbarad n'était pas du tout intéressé ?

— Du tout. Vous êtes vraiment celle qu'il lui faut, n'en doutez pas.

— Je ne peux pas m'en empêcher.

Adèle resta un moment avec Merien, et elles furent ramenées à la réalité par le retour presque inattendu de Dirvel, vers lequel la petite Deriel courut en riant.

— Oh mais qui voilà ? dit Dirvel en la soulevant du sol pour la prendre dans ses bras et l'embrasser.

Il salua Adèle, sa fille toujours pendue à son cou. La jeune femme le trouva très touchant, sous cette facette.

— Que fais-tu déjà ici ? demanda Merien en reprenant sa fille qui tendait les bras vers elle.

— Il n'y avait pas plus à faire... Enfin, rien que nous ne pouvions faire aujourd'hui. Halbarad est rentré, lui aussi.

Adèle les laissa, après avoir promis à Merien de ne pas hésiter à revenir la voir dès le lendemain. La jeune femme sourit en voyant le petit Hertil jouer dans la neige en repartant, ignorant les mises en garde de sa mère.

— Tu vas attraper froid ! Tes orteils et tes oreilles vont tomber si tu ne rentres pas ! menaça Erniel tout en adressant un clin d'oeil à Adèle.

— Mais je serais laid sans mes oreilles !

— A toi de choisir !

— Je garde mes oreiiiiiillles !

Revenue devant la maison de la famille d'Halbarad, Adèle soupira et se prépara mentalement à affronter Ioldren. Lorsqu'elle rentra à l'intérieur, elle croisa tout de suite le regard de sa future belle-soeur, aussi froid que la température extérieure.

— Nous pensions que vous vous étiez perdue...

— Oh, désolée, j'ai fait la connaissance de Merien et je n'ai pas vu le temps passer... Bonjour Halbarad.

— Bonjour Adèle.

Un regard complice échangé plus tard, Adèle se sentait déjà mieux. Elle en profita pour étudier un peu Halbarad dans sa famille. Physiquement, il ressemblait beaucoup à son père, ayant hérité beaucoup de ses traits. Les yeux gris venaient apparemment d'Halbareth eux aussi, bien qu'ils soient moins beaux que ceux de son fiancé, bien sûr. Halbarad semblait vouer un profond respect à son père, cela se voyait à la manière dont il s'adressait à lui. Halbareth de son côté avait l'air d'un père très fier, confiant en son fils, ce qu'Adèle nota avec une certaine fierté elle aussi : son futur mari était vraiment un homme bien. Elle était rassurée de voir que la relation père-fils était bonne, compensant ainsi les difficultés des relations fraternelles avec Ioldren... En effet, si Ioldren semblait elle aussi beaucoup respecter et aimer Halbarad, il y avait une certaine gêne, une distance, voire une tension très étrange, qu'Adèle était incapable de comprendre. Quant à Alegeth et Aldren, ils adoraient leur oncle, et c'était aussi évident qu'un oliphant dans un couloir.

Puis, Pollux s'avança tranquillement vers Adèle, tout doucement, provoquant le rire de la jeune femme.

— Et bien on ne peut pas dire que tu sois très énergique toi... dit-elle en s'accroupissant pour le caresser.

— Je suis sûre que c'est parce que Grand-Père a tellement joué avec lui qu'il est épuisé... chuchota Aldren en s'approchant.

La jeune fille s'éloigna lorsque Halbarad vint près d'Adèle, discrète. Adèle eut un petit sourire malicieux qui fit rire Halbarad, ce qui fit hausser les sourcils de Ioldren. Un peu à l'écart, ils parlèrent presque à voix basse.

— Merien est vraiment très gentille...

— Je te l'avais bien dit.

— Et leur petite-fille est tellement... En fait, Dirvel n'exagérait pas quand il disait à quel point elle était belle !

— Oui, c'est vrai... Et... De quoi avez-vous parlé ?

— De Dirvel et toi. Surtout de toi.

— Ah... C'est à dire ?

— Tu ne crois quand même pas que je vais te le raconter ?

Soudain, on toqua à la porte, assez brusquement. Halbarad ouvrit pour trouver Dirvel devant la porte, un peu contrarié.

— Irthas et Banhuil ont attrapé deux types... Il faut que tu viennes.

— Ils ne peuvent pas s'en charger ?

— Apparemment, ils étaient aux ordres de Saroumane.

Adèle ouvrit la bouche pour demander à Halbarad de l'accompagner, mais il refusa d'un regard. Un peu vexée, elle retourna vers Aldren et Pollux.

— Alegeth, veux-tu venir avec moi ?

Le neveu d'Halbarad n'attendait que cela, et avec un regard connaissant pour son oncle attrapa sa cape et se précipita dehors, un Halbarad amusé à sa suite. La porte se referma sous le regard furieux d'Adèle.

— Quelque chose ne va pas ? demanda Ioldren, l'air de rien.

— Tout va bien... marmonna-t-elle, les yeux toujours fixés sur la porte.

— Vous savez, vous avez connu Halbarad dans des circonstances particulières, mais il va falloir vous habituer à l'idée que comme la plupart des hommes, c'est un vrai courant d'air...

— Ce n'est pas un problème.

— A vous voir, on dirait que si...

— Absolument pas, répéta Adèle.

Le problème était plutôt qu'il ait refusé qu'elle l'accompagne alors qu'il était question de Saroumane. Si son neveu de quinze ans pouvait venir avec lui, pourquoi était-elle exclue ?

Une heure plus tard, Alegeth revint seul, après le repas, l'air déçu.

— Et bien mon garçon, pourquoi fais-tu cette tête ? demanda Halbareth.

— Je n'ai pas eu le droit de plus rester, et je ne sais même pas pourquoi.

Adèle sourit discrètement en songeant qu'il y avait tout de même une justice. Ioldren déclara soudain qu'elle allait prendre l'air.

— Tu devrais emmener Adèle avec toi, afin qu'elle découvre un peu plus Taurdal. Et puis cela vous ferait l'occasion de discuter un peu...

— Oh je ne sais pas si Adèle a envie de...

— Mais si, mais si, elle en a envie, trancha Halbareth, ne leur laissant pas le choix.

Ioldren lança un des regards les plus noirs qu'Adèle ait jamais vu à son père, et Alegeth s'éclaircit la gorge avec gêne, pressentant sans doute les tensions.

— Et bien venez, alors, dit sèchement la sœur d'Halbarad.

— Je... D'accord...

Songeant que Ioldren commençait de plus en plus à lui faire l'effet d'un Epouvantard, elle la suivit néanmoins. Elles se mirent à marcher, dans un silence de plomb. Ioldren semblait vraiment contrariée et Adèle se fit la réflexion qu'elle ressemblait assez à Halbarad, lorsque quelque chose ne lui plaisait pas et qu'il prenait son visage de Rôdeur...

— J'espère que ma présence ne vous gêne pas... tenta Adèle.

— Non, répondit Ioldren avec un ton qui laissait penser tout le contraire.

La jeune femme se retint de lever les yeux au ciel : quelque chose lui disait que Ioldren allait être beaucoup plus difficile à apprivoiser qu'Eowyn. Et ce n'était pas une perspective réellement réjouissante.

— Je n'ai jamais réellement aimé la neige... reprit Adèle. C'est froid, c'est humide, c'est le meilleur moyen de vous rendre malade... Et puis après ça fond, et il y a cette espèce de boue partout... Entre le col de Caradhras et ce qui s'est passé la dernière fois, je crois que maintenant, je la déteste.

De toute évidence, cette autre tentative était aussi ratée que les autres, Ioldren ne lui adressant qu'un hochement de tête. Soudain, elle s'arrêta et se tourna vers Adèle, les bras croisés.

— Pourquoi ne voulez-vous pas vivre à Taurdal ?

— Hein ? Euh... Pardon ?

— Vous allez vivre avec mon frère à Minas Tirith, alors que sa place est ici. J'aimerais savoir pourquoi vous vous permettez de décider ainsi de sa vie.

— Je n'ai rien décidé du tout... répondit Adèle sans comprendre. C'est Halbarad qui a dit dès le début que...

— Parce qu'il ne veut pas vous forcer à vivre ici.

— Mais...

— Vous rendez-vous compte de ce que vous faites ? Halbarad va se marier loin de sa famille, et vivre tout aussi loin d'elle.

— Moi aussi, répondit froidement Adèle, qui perdait patience.

— Vous avez choisi de vous lier à Halbarad, vous devriez assumer ce choix jusqu'au bout.

— Mais je l'assume !

— Oh je vous en prie ! Vous décidez de vous fiancer avec lui, puis vous retournez chez vous, puis vous revenez, pour le forcer à vivre dans une ville qu'il déteste...

— Je ne le force pas et Halbarad ne déteste pas Minas Tirith, siffla Adèle entre ses dents.

— Il préfère rester dans la région.

— Il vous l'a dit ?

— Je le sais. Ici, il est respecté et aimé. Ce n'est pas le cas en Gondor.

— Vous ne savez rien du Gondor.

— Je sais la réputation qu'ont les Rôdeurs en dehors de nos terres. Je connais mon frère, et je sais qu'il en a toujours souffert. Et vous, vous lui demandez de vivre au milieu d'hypocrites qui l'ont toujours méprisé.

— Stop. Personne ne méprise Halbarad en Gondor, du moins personne d'important.

Adèle tourna les talons et repartit vers la maison, furieuse. Mais c'était sans compter sur l'entêtement de Ioldren, qui n'avait rien à envier au sien.

— Les Dunedains ont besoin d'Halbarad. Sans doute au moins autant que vous avez besoin de lui. Et Halbarad a besoin de sa famille.

— Il a peut-être besoin de moi, aussi. Je ne quitterais pas Minas Tirith.

Elle savait qu'elle n'y arriverait jamais. Elle le savait. Elle ne voulait pas quitter la Cité Blanche : cela voudrait qu'il lui faudrait se séparer de ses amis, des confidences d'Eowyn, ne pas apprendre à connaître Paul... Non, elle ne voulait pas et ne pouvait pas.

— Vous êtes incroyablement égoïste.

C'était la remarque de trop, celle qui la fit sortir de ses gonds immédiatement, et qui lui fit automatiquement oublier toutes les règles de politesse qu'elle s'était pourtant promises de respecter.

— WOOOOW ! Je ne suis PAS égoïste ! Je suis peut-être colérique, impatiente, maladroite, stupide même parfois, imprudente... Mais je ne suis pas égoïste !

Ioldren semblait outrée. Tant mieux.

— Je ne suis pas égoïste ! répéta Adèle. Je fais ce que je peux avec les moyens que j'ai pour avoir une vie à peu près heureuse et normale ! J'AI TOUT PERDU D'ACCORD ? J'AI TOUT A RECONSTUIRE ! ET J'ESSAIE DE NE PAS ME PLAINDRE ! JE VEUX JUSTE ETRE HEUREUSE !

— Vous êtes...

— Impolie ? Irrespectueuse ? OUI, J'AVOUE ! Mais je ne suis pas égoïste ! Mais vous, oui, vous l'êtes ! CESSEZ DE VOULOIR DE DIRIGER LA VIE DE VOTRE FRERE !

— C'est vous qui voulez la diriger, pas moi !

— Il a choisi de vivre avec moi ! Il faut arrêter de vous prendre pour une espèce de Molly Weasley hein ! Il veut être avec moi, je ne le force pas à ce que je sache !

— A mon avis, il ne se souhaitait pas que vous lui causeriez autant de problèmes ! rétorqua Ioldren.

A cet instant, Adèle explosa littéralement. Elle ne se préoccupa pas des gens sortis de leurs maisons, attirés par le bruit, et hurla de plus belle sur Ioldren.

— C'est votre compagnie qu'il fuit, pas la mienne ! Vous savez quoi ? Il a ri quand je lui ai demandé si vous étiez une sorte de Balrog ! Cela montre bien l'image que vous donnez aux membres de votre propre famille !

— Je ne vous permets pas...

— ALORS LACHEZ-MOI LES BASKETS ESPECE DE HARPIE ! LAISSEZ-NOUS TRANQUILLES !

Furieuse, Adèle s'éloigna rapidement. Elle marchait vite, les poings serrés, prête à grogner si l'on venait l'ennuyer. Elle se sentait rejetée. Elle avait donc toujours eu raison, quand elle pensait que sa belle-famille ne l'accepterait pas. On ne voulait ni de ses problèmes, ni de son étrangeté. Elle aurait pu comprendre les réticences de sa belle-sœur... Mais dire qu'elle était égoïste... Elle ne pensait pas être quelqu'un d'égoïste.

Quoique... Au fond, peut-être que Ioldren avait raison. Peut-être que Halbarad n'avait pas tellement envie de vivre à Minas Tirith... C'était ce qu'elle voulait elle, et qu'elle lui imposait presque involontairement, parce qu'il ne voulait pas lui faire de peine.

Un peu découragée, Adèle s'assit sur un muret. Ou plus exactement, s'effondra sur un muret... A peine quelques secondes plus tard, elle éclata en sanglots. Elle devenait une vraie fontaine ambulante, ces derniers temps... Elle pleura un bon moment, jusqu'à ce qu'une main se pose sur son épaule, la faisant sursauter.

— Pardon, je ne voulais pas vous faire peur... Pourquoi pleurez-vous ainsi ? Vous allez vous rendre malade...

— Je...

— Vous vous êtes disputée avec Ioldren, j'ai entendu... Mais ce n'est pas une raison pour vous mettre dans un tel état...

— Qui êtes-vous ?

— Je m'appelle Talwen. Je suis ravie de vous rencontrer, Adèle... Bien que je préfèrerais vous voir sans toutes ces larmes sur votre visage. Cette dispute n'en mérite pas tant...

— Je crois que je me suis mise Ioldren à dos pour un moment...

— C'est fort possible... Vous n'auriez pas dû crier ainsi.

— Je n'ai pas pu m'en empêcher... Je m'excuserais.

Talwen sourit d'un air réconfortant, et Adèle se sentit un peu stupide. Pourquoi fallait-il toujours qu'elle s'énerve ainsi ? Elle avait envie de voir Halbarad...

— Vous pensez qu'elle me pardonnera ? demanda Adèle, inquiète.

— Ioldren ? Oh, elle vous en voudra un moment. Elle est extrêmement rancunière... Mais je crois qu'au fond, elle sait qu'elle ne devrait pas se mêler ainsi de la vie de son frère. Alors oui, je crois qu'elle finira par vous pardonner.

— Et Halbarad, vous pensez qu'il va m'en vouloir ?

— Je ne pense pas... Vous n'aviez pas tous les torts, après tout.

— Mouais... Il vaudrait mieux que je lui parle avant que la harpie ne lui tombe dessus... Dites, vous savez où est l'espèce que quartier général des Rôdeurs ? Enfin là où ils se réunissent quoi...

— Je vais vous y emmener.

Adèle descendit de son muret, les larmes n'étant plus qu'un mauvais souvenir.

— Vous êtes très gentille.

Les cheveux noirs de Talwen auraient pu lui donner une allure sévère, mais le fait qu'ils soient bouclés rendaient ses traits particulièrement doux, tout comme ses yeux couleur noisette. Un regard chaleureux et un sourire compréhensif, Talwen avait tout de la main secourable. Une autre alliée dans une future croisade anti-Ioldren ?

— Vous n'appréciez pas Ioldren ? demanda Adèle, l'air de rien.

— Oh si, au contraire, c'est une très bonne amie.

Le visage d'Adèle se décompose et elle manque de trébucher dans la neige, sous les rires de Talwen, qui la retient par le bras.

— Cela ne m'empêche pas de reconnaître qu'elle agit comme une idiote parfois... Elle a tendance à vouloir tout contrôler.

— Oui, j'ai vu...

— Si vous voulez, j'essaierai de la rendre un peu plus raisonnable. Parfois, elle m'écoute.

Talwen continua de rassurer Adèle en la guidant, et elle en avait bien besoin, car elle culptabilisait beaucoup... Mais au fond, si le roi du Gondor avait su la pardonner de l'avoir traité de grand crétin... Ioldren la pardonnerait sans doute aussi ? Curieusement, elle en doutait un peu.

— Vous voyez, c'est ce bâtiment... Je vais vous laisser...

Soudain un grand cri se fit entendre, un cri de douleur, qui les fit sursauter toutes les deux.

— HALBARAD ! hurla une voix qu'elle reconnut comme celle de Dirvel.

Inquiète, Adèle sélança vers la maison, Talwen sur ses talons. A la seule idée que son fiancé soit bléssé, ou bien malade, elle avait envie de hurler elle aussi. Les deux Rôdeurs qui s'entretenaient devant la porte n'eurent que le temps de la voir passer, et absolument pas celui de l'empêcher d'entrer.

— Mais il est complètement fou ! hurla une autre voix qu'elle avait déjà entendue. J'ai mal !

Se laissant guider par les voix, Adèle ouvrit grand la porte d'une salle, malgré les protestations de Talwen. Elle se retrouva nez à nez avec quatre Rôdeurs, dont Halbarad et Dirvel, qui parurent très surpris de la voir là. Reportant son attention, elle remarqua que son cher et tendre se frottait le poing avec un air un peu douloureux. C'est alors qu'elle remarqua le prisonnier avec eux, qui apparemment, était le destinataire du coup de poing d'Halbarad. Elle eut un sursaut en le reconnaissant. C'était l'horrible Ted aux mains balladeuses !

— Mais c'est...

— Adèle, que fais-tu ici ? demanda Halbarad, de toute évidence pas très ravi de la voir.

— Je... Je voulais te voir à cause du Balrog et... Mais... Tu viens de lui mettre une droite ? dit-elle en désignant Ted.

— Quel Balrog ? demanda Dirvel.

— Rien... répondirent en même temps les deux fiancés.

— Oh, j'ai compris ! s'exclama Dirvel avant d'être pris d'un terrible fou rire.

Un fou rire stoppé par le regard noir d'Halbarad, qui se concentra à nouveau sur Adèle.

— Il y a un problème avec Ioldren ? demanda-t-il, sans faire attention.

A l'instant où les autres Rôdeurs comprirent que le Balrog était Ioldren, ils rejoignirent très vite Dirvel dans ses éclats de rire. Halbarad leva les yeux au ciel et s'avança vers Adèle, un peu fâché.

— Tu aurais dû attendre que je revienne... Tu ne devrais pas être ici, ne voulais pas que tu te vois ce... Ce brigand.

Soudain, son regard s'adoucit, avant de devenir inquiet.

— Tu as les yeux rouges... Tu as pleuré ?

— Un peu...

— Ioldren t'a faite pleurer ?

— Ben... Euh... Un peu... En quelque sorte... Mais...

— J'en ai assez maintenant... Bien, assieds-toi ici et attends quelques minutes.

Il se se retourna vers les autres, qui avaient cessé de rire, et vers Ted, qui regardait Adèle avec un air mauvais.

— Ne la regarde pas, Ted, si tu tiens à ton nez.

— Et... J'y suis ! T'es fiancé avec elle ! s'exclama Ted. Et ben... T'as vraiment des drôles de goûts toi, dit-il à Adèle.

Repensant à ce qui avait failli lui arriver en Comté, la jeune femme frissonna.

— Ted, tais-toi, intervint Dirvel.

— Ben quoi... De toute manière, vous allez me mettre en prison, je peux bien m'amuser. D'ailleurs, Adèle, tu te serais bien plus amusée avec moi, t'sais.

— Encore un mot, Ted, et plutôt que de t'emprisonner, je te fais expédier en Comté avec une petite lettre qui dirait aux Hobbits de faire de toi tout ce qu'ils voudraient, dit froidement Halbarad.

— Halbarad...

— Pas maintenant, Adèle.

— Mais...

— Pas maintenant...

N'en faisant qu'à sa tête, elle se leva et vient se placer devant Ted, qui ne trouva rien de mieux que de faire le malin en lui jetant un regard tout à fait pervers. Mais une gifle vint lui faire baisser les yeux.

— Voilà pour la Comté.

Une deuxième vint encore trouver la joue d'un Ted vraiment abasourdi.

— Et celle-là, c'est pour m'avoir manqué de respect. Et parce qu'à cause de toi, je me suis fait mal à la cheville.

Une troisième gifle aurait sans doute été donnée si Halbarad n'était pas venue retenir son bras, retenant à grand peine un sourire.

— Mais on dit jamais deux sans trois ! protesta Adèle.

— Allez, viens. Dirvel... Je te laisse t'occuper de cet agréable personnage ?

— On a l'autorisation de le frapper nous aussi s'il manque encore de respect à Adèle ?

— Oui. Tu vois Ted, tu es prévenu, alors tiens-toi tranquille. Et prends-garde, Dirvel est beaucoup moins patient que moi.

Il entraîna Adèle avec lui, qui avait bien envie de s'accrocher à son bras. Mais si c'était pour que tout Taurdal en parle dans la seconde suivante, autant éviter. Sortis du bâtiment, il s'entretint quelques minutes avec les hommes à l'extérieur, avant de retrouver Adèle.

— Halbarad...

— Oui ?

— Pourquoi as-tu frappé Ted ?

— Cela me paraît plutôt évident quand on connaît le personnage...

— Il a dit quelque chose à propos de moi ?

— Oui.

— Qu'a-t-il dit ?

— Tu n'as pas besoin de le savoir.

— Hé ! C'est de moi qu'il s'agit !

— Il a fait allusion à ce qui s'est passé en Comté et t'a décrite d'une manière particulièrement incorrecte. J'ai perdu mon sang-froid et j'ai failli lui décrocher la mâchoire.

— C'est trop mignon...

— Pardon ?

— Tu défends mon honneur, et ça me plaît beaucoup... N'empêche que tu aurais pu me laisser le gifler une troisième fois...

— Quelle était la raison de cette troisième gifle ?

— Je crois qu'elle n'avait pas vraiment de raison particulière... Attends Halbarad, tu marches trop vite pour moi !

— Excuse-moi... Bon, quelle est cette histoire avec Ioldren ?

Adèle grimaça, gênée. Comment dire avec tact à Halbarad que sa soeur était une vraie plaie ? Et comment lui dire qu'elle l'avait traitée de harpie en lui hurlant dessus ?

— Halbarad... Je suis désolée... Mais j'ai crié. Je... Elle m'a vraiment mise hors de moi et... Enfin, tu sais comment je suis... Je l'ai traité de harpie...

— De quoi ?

— D'un truc pas franchement très flatteur... Mais elle a dit que je te forçais à vivre à Minas Tirith, que j'étais égoïste alors... Ben j'ai craqué !

— Elle a dit que... Oh, elle va m'entendre.

— Mais attends... Dis, elle a un peu raison... Ou pas ?

— Elle a tort, complètement tort. Ioldren est juste... Enfin, elle est Ioldren. Je suis désolé, Adèle... Elle va te présenter des excuses.

— Je lui en présenterais aussi, tu sais... Pour lui avoir hurlé dessus comme ça... Ce serait mieux qu'on se réconcilie.

— Oui, ce serait mieux...

Ils rentrèrent donc, et Adèle était bien soulagée de savoir qu'Halbarad ne lui en voulait pas de s'être disputée avec sa soeur. Mais à la réflexion, venant de lui, cela la surprenait plutôt. Il semblait ne pas se montrer aussi objectif que d'habitude lorsque les choses touchaient Ioldren...

— Ah, vous êtes rentrée ! s'exclama Halbareth en la voyant. Je me faisais du souci... Pourquoi avoir ainsi faussé compagnie à Ioldren ?

— Alegeth, Aldren, dans vos chambres, dit Halbarad en fermant la porte.

— Mais Oncle Halbarad... protestèrent-ils d'une seule voix.

— Ne discutez pas.

L'air sévère de leur oncle sembla convaincre les deux jeune gens, qui s'éloignèrent, la tête basse, cherchant visiblement s'ils avaient fait une bêtise. Ioldren se tenait près de la cheminée, les bras croisés, l'air incertain. Adèle prit Pollux dans ses bras pour se donner un peu plus d'assurance.

— Et bien Halbarad, tu m'as l'air mauvaise humeur...

— Je le suis, Père, et je le serais tant que Ioldren continuera à se mêler de ce qui ne la regarde pas.

Halbareth sembla porter tout le poids du monde sur ses épaules, d'un seul coup, et s'avachit dans son fauteuil. Il attira un tabouret à lui et étendit ses longues jambes dessus, avant de demander à Adèle de lui passer sa pipe, posée sur le meuble derrière elle.

— Père, tu fumes trop.

Ce à quoi Halbareth répondit par un joli nuage de fumée. Serrant Pollux contre elle, qui se mit à la lui lécher le visage, Adèle s'assit sur le banc, un peu inquiète.

— Qu'as-tu encore à me reprocher, Halbarad ?

— Oh je t'en prie... Je sais très bien ce que tu as dit à Adèle. Que tu me le dises à moi, passe encore... Mais que tu ailles lui faire de la peine, je... Je te pensais plus compréhensive ! Tu sais pourtant ce que c'est, que de perdre ceux qu'on aime !

— Ce n'est tout de même pas de ma faute si ta fiancée ne trouve pas ta famille assez bien pour la connaître ! Nous serions volontiers une nouvelle famille pour elle !

— Ce n'est pas vraiment flagrant ! Tu fais une adorable belle-soeur ! s'exclama ironiquement Halbarad.

Sentant le ton monter, Adèle se tourna vers Halbareth, qui semblait désespéré. Il la regarda d'un air impuissant, et de son côté, le brave petit Pollux gémit en se pelotonnant sur la jeune femme.

— Elle m'a crié dessus, Halbarad ! Elle aurait pu ameuter tout Taurdal ! Cela ne te fait rien, qu'elle manque de respect à ta soeur ?

— Elle est prête à te faire des excuses ! Peux-tu en dire autant ?

— Des excuses pour avoir dit la vérité ?

— Quelle vérité ? J'en ai assez Ioldren, vraiment ! Nous tournons en rond ! Je veux bien essayer de comprendre, mais ne me prends pas pour un idiot !

— C'est toi qui nous prend pour des idiots ! Tu te fiances avec une femme qui n'est pas pour toi et...

— Pardon ? De quel droit te permets-tu de dire des choses pareilles ?

— Parce que je te connais, et que je doute qu'elle soit pour toi ! Tu l'épouses parce qu'elle est une amie d'Aragorn, et que tu prends trop à coeur ton rôle de la protéger ! Au fond de toi, tu ne l'aimes pas, je le sais ! Tu t'en ais convaincu, c'est tout !

Adèle eut un hoquet de surprise. Son futur beau-père lui, s'étouffa littéralement avec la fumée de sa pipe et toussa violemment.

— Et bien il faut croire que tu ne me connais pas, Ioldren. J'aime sincèrement Adèle, et elle est ce qui m'est arrivé de mieux depuis un bon moment.

Ioldren parût vouloir s'excuser, mais, comme prise d'un sursaut de fierté, elle ne dit rien et s'éclipsa. Halbarad se tourna vers son père, qui se remettait à peine de son étouffement surprise.

— Père, nous repartirons à Minas Tirith d'ici deux jours. Tout est à peu près en ordre à Taurdal, et Dirvel saura se débrouiller.

— Comme tu veux, fils. Tu as raison de te presser, maintenant que la neige a commencé à fondre. Vous serez mariés au printemps, c'est très bien. Je ne vous l'ai pas dit, mais vous avez ma bénédiction.

— Merci, Père.

— Mais tu vas me faire une faveur avant de partir. J'exige que tu sois réconcilié avec ta soeur au moment où tu partiras. Je ne tolèrerais pas que mes enfants soient en froid, surtout s'ils sont amenés à ne pas se revoir avant longtemps.

— Très bien, je lui parlerais...

— Et montre-toi un peu conciliant, veux-tu ? Ne sois pas si dur avec elle...

— J'y ferais attention... Adèle, rassure-moi, tu n'as pas cru à ce qu'a dit Ioldren, n'est-ce pas ? Elle ne le pensait pas vraiment, tu sais...

Adèle l'avait pourtant envisagé, pendant quelques secondes. Elle avait très bien imaginé que le Rôdeur ne veuille l'épouser que pour rendre service. Mais elle s'était vite reprise : on avait rarement entendu une idée aussi sotte...

— Non... Je sais très bien qu'il faudrait être fou pour vouloir vivre avec moi sans m'aimer, répondit-elle avec un sourire. Et si tu veux rester encore un peu ici... Je peux attendre, pour rentrer à Minas Tirith.

— Nous rentrerons dans deux jours, c'est mieux, et j'avais prévu de ne plus tarder. De toute manière, il vaut mieux partir avant que ton cher Pollux devienne un monstre... Ce chiot grandit vraiment vite, tu sais.

— Mais il est encore tout, tout petit... Quoique c'est vrai, plus aussi petit que quand je l'ai trouvé... Tu as raison...

— J'en connais qui vont être heureux de te revoir...

— Moi aussi je suis impatiente de les retrouver. Je regrette de ne pas avoir pu dire correctement au revoir aux Hobbits, d'ailleurs.

— Je leur ai fait envoyer un message qui va les rassurer sur ton état... Ne t'inquiète pas.

Adèle lui sourit, confiante, et surtout, d'un air très amoureux. Halbarad répondit tout aussi tendrement, oubliant la présence de son père, qui fut amusé de voir son fils aussi adouci. Ioldren avait tort, Adèle était celle qui fallait à son fils.

Halbarad passa la soirée avec sa famille et Adèle, contrairement aux autres jours, ne souhaitant pas l'abandonner après toute cette tension. La jeune femme eut l'occasion de voir à quel point, sous ses airs de Rôdeur solitaire, il était doué avec une famille. Les enfants de Ioldren semblaient lui vouer une affection sans bornes, et Adèle, repensant aux paroles de sa future belle-soeur, s'en voulut encore de le séparer des siens.

Bien vite, tout le monde se coucha, et ils ne restèrent plus que tous les deux. Enfin, tous les trois avec Pollux, qui semblait très drôle de mordiller les pieds d'Halbarad.

— Tu veux vraiment le ramener ? demanda-t-il en repoussant encore le chiot.

— Bien sûr ! s'écria-t-elle, outrée. C'est mon Rantanplan !

— Pardon ?

— Tu demanderas à Legolas et Gimli... répondit-elle en riant.

Halbarad haussa les épaules avant de passer une main dans sa nuque, visiblement fatigué de tous les problèmes qui étaient venus l'accabler ces derniers temps.

— Je crois que je vais aller dormir... Et bien, quel est cet air déçu ?

— Je n'ai pas très envie de dormir, moi...

— Toujours tes cauchemars ?

— Oui... dit Adèle en se rapprochant de lui.

— C'est peut-être le fait d'avoir manqué de te noyer qui te provoque ces mauvais rêves... C'est sans doute temporaire. Tout ira mieux bientôt...

— Je sais... Mais tu sais, je n'ai pas eu le temps de te raconter mais, il m'est arrivée quelque chose d'étrange...

Elle lui raconta donc sa rencontre avec la jeune femme si étrange, aux cheveux noirs et humides, qui avait l'air tellement triste. Mais Halbarad ne parût pas particulièrement inquiet.

— Tu étais presque en train de mourir de froid... Tu as songé à quelque chose d'étrange, mais ce n'est rien...

— Tu dis toujours que ce n'est rien...

— Parce que je refuse de te laisser dire que tu es étrange.

Adèle sourit et l'embrassa, touchée. Mais le baiser fut vite interrompu par Pollux, qui trouvait toujours autant de charme aux bottes d'Halbarad.

— Tu tiens vraiment à...

— Oui. Dis... Jure-moi que tu ne m'en voudras jamais. De vouloir vivre à Minas Tirith.

— Je ne t'en voudrais jamais. Tu as quitté ta terre, moi la mienne. Tu commences quelque chose de nouveau, et moi aussi. Construire quelque chose avec toi à Minas Tirith, c'est infiniment mieux que de continuer ici. N'en doute pas.

— Mais...

— Je t'ai déjà dit de me faire confiance. Cesse donc de toujours compliquer les choses et de croire que tu es une source de problèmes. La vie qui nous attend me plaît.

— Quelle vie ? Selon toi ?

— Une vie pleine de surprises, c'est certain, répondit-il en riant.

— Sérieusement...

— Adèle, même l'idée d'avoir un chien mordillant mes bottes pour une dizaine d'années à venir ne me déplaît pas, parce que je sais que cela te fait rire... Alors s'il te plaît, ne doute pas de ma détermination.


Ouh... Long chapitre... Centré sur des questions familiales... Vous connaissez un peu mieux ma version d'Halbarad, comme ça.

Pollux réserve une surprise de taille, au sen propre... Pauvre Halbarad, je vous le dis.

Eniel représente Roselia001, parce qu'elle adore les petits enfants et que je sais qu'elle trouvera Hertil trop mignon (et aussi parce qu'elle kiffe les Dunedains XD)... Et puis parce que le personnage a été un peu influencé par un mix Vanora et Enora, de sa fiction Te repousser pour mieux t'aimer, qui devrait plaire à pas mal d'entre vous. J'échange pas mal de MP avec cette fanfictionneuse, et je l'apprécie beaucoup, c'est une chic fille... Plein de bisous Roselia, pense à publier la suite de ta fic, je me languis...

Talwen, c'est Maman Bouba. Pourquoi ? Parce que j'ai d'elle l'image d'une personne toujours prête à réconforter mes personnages, capable de les prendre dans es bras. Douce et compréhensive. Et puis elle aime les Rôdeurs ( qui sont trop « classes »), et en plus elle se posait des tas de questions sur Ioldren... Maman Bouba me suite depuis le quatrième chapitre je crois, et elle fait partie de ces personnes qui m'ont vraiment boostée au début. Alors... Merci =) En espérant continuer à parler musique avec toi, ô fan de Malicorne !

Je vous fais plein de bisous, et puis...

Gardez la pêche ! (ça faisait un moment hein ?)