467

bien aife de ne donner pas loifir à Artane de fe

fortifier dans Cabira. La Reine entendant par-

ler le Roy de cette forte, luy aduoùa la vérité : &

le lendemain la Princelfe retourna à Hcraclce,

auec vn ordre fecret delà Reine , de prier Spitri-

date de diflimuler : & de luy reprefenter que

quand Araminte feroit fous la puifl'anec d'Arfa-

mone , elles empefeheroient bien qu'elle ne ftill

maltraitée. Que de plus, le rare mérite de cette

PrinceflTe , toucheroit peut-eftre à la fin le cœur

de ce Prince : & qu'en vn mot il faloit ncceiVaire-

ment, fecôtraindre &fe déguiferpour vn temps.

La Princefle Ariftée s'aquitta de fa commiilion

admirablement : car des qu'elle fut arriuée au Pa-

lais , elle enuoya quérir Spitridate : & luy dit tout

ce que Ton pouuoit dire, fur vn femblable fuiet.

Mais comme il ne pouuoit fe refoudre à feindre,

que penfezvous donc faire ? luy dit elle, la Prin?

cefle Araminte eft dans les mains d'Artane , du-

X .

rant que vous délibérez : où ie ne croy pas qu'el-

le foit mieux qu'en celles du Roy mon Père , &

que dans Heraclée, oïiiela pourray feruir. Ha, ma

chère Sœur , dit il , mon ame eft balancée entre

de grandes extremitez ! ie fçaybien qu'il faut re-

tirer Araminte, de la puiflance d'Artane : mais ie

fçay bien aufli que ie ne la dois pas deliurer, pour

la remettre en prifon. On peut choifir les mal-

heurs comme les plaifirs, reprit cette Princefle;

& ie ne voy point de comparaison à faire , entre

ceux dont il s'agit. Spitridate fut alors affez long

temps fans parler , cherchant en luy mefme s'il

n'y auoit point de milieu à prendre : mais plus il

y penfoit , moins il en pouuoit trouuer. Il euft

voulu ne manquer point de refpeft au Roy fon

Père : il euft fouhaité ne fe trouuer pas dans la

o

"J

I

r éÇ6i Le Ghanp Cyr-TS,

fafcheufc necefïïté, dede'guifcr fcs véritables fen-

vimens : il euft defiré ardemment , pouuôir ren-

dre le Royaume de Pont, àçcluy qui Pau oit per-

du : & ne gardant que çcluy dç Bithinic qui ap-

partenoitau Roy Ton Perejc'poufer la Princefle

Araminte , & la metue vn iour fur le Thrônc.

Mais il fçauoitbien qu'Arfamoneneconfentiroit

pas à vnçfemblable choie : ainfi ne (cachant que

faire, il fouffroit des maux c^ue Pon ne peut expri-

mer. Neantmoins venant a s'imaginer tout d'vn

coup ,qu'AitanccftQit en pouuoir de perfeçuter

fa Princcfle : c'efttrop ma chère Sœur , luy dit il,

c'ett trop demeurer dans l'incertitude de ce que ie

feray : puis qu'il fuffit de fçauoir qu' Araminte eft

en la puiflanec de mon Riual , pour ne délibérer

pas vn moment. Allons , plions donc trouuer le

Roy : dilotïs luy, s'il le veut, que nous n'aimons

plus: agillbns comme vn Ennemy,afin d'agir après

comme vn véritable Amant : & ne craignons pas

de nous déshonorer, par vn menfonge innocent:

& par vn deguifement que ie ne fais, que pour re-

mettre en liberté , U plus admirable Princefle du

fepiblables difeours,

Spitridate promit à la Princefle Ariftéc , d'agir

comme elle voudrait auprès du Roy

forte que fans différer dauantage , elle partit des

lelendemain auecques luy: qui ne voulut pas eftre

yifîté dans Heraclée , iufques à ce qu'il euft veu le

Roy, Comme ils arriuerent au Camp , ils y appri-

rent que cette nouuellc ayant fort érneu Arfamo-

ne , il s'eftoit encore trouué plus mal : & que de-

puis le déport delà Princefle , il auoit tefmoigné

auoir yne grande impatience de reuoir Spitrida-

te. Il ne fut donc pas plûtoft venu , que pour le

contenter on le luy dit : e fortç que y— 1 —

Livre Second; 469

qu'il entraft à l'heure mefme , il le reçeut' mal-

gré fon mal , auec quelques tefmoignages de

tendrefle. Mais après ce premier mouuement,

dont il ne fut pas le Maiftrc : reprenant vn vifage

plus ferieux & plus feuerc Spitridatc, luy dit il,

ie luis bien aife de vous pouuoir dire auparauant

qu'il m empire dauantage, que fi les Dieux difpo-

foient de moy , ie n'entens pas que vous faciez

iamais nul traité ny nulle alliance , auec ceux de

qui nous auons efté Efclaues: &que icdifpenfe

tous mes Sujets de vous reconnoiitre pour leur

Prince fi vous le faites. Seigneur, luy dit Spitrï-

date en biaifant , les Dieux vous laifîcront fans

cloute ioiiir fi long temps de vos conquêtes ,

que i'auray loifir d'apprendre plus precilément

"vos intentions. C'eft pourquoy il fuftït que vous

me faciez la grâce de me dire, ce qu'il vous plaift

que ie face présentement comme voftre Sujet

que ie fuis , fans me parler de ce que ie deurois

faire comme Roy que ie ne fuis pas. le veux , luy

refpondit il , fi mon mal dure , que vous com-

mandiez mon Armée : que vous alliez contre Ar-

tane : 3c que vous remettiez Araminte en ma pnif-

fance. Spitridate chercha alors quelques paroles

à double fens , pour fatisfaire la deliGateflc de fon

amour , & par lefquelles Arfamone qui eftoit

malade, & qui n'auoit pas la liberté d'y prendre

garde de fi prés , peuft croire qu'il vouloit luy

obeïr pun&uellement : & en effet il les imagi-

na û iuftes , que le Roy eftant fatisfait de fa

refponfe , le fit approcher & Tembraffa : en fui-

te dequoy s'eltant retiré à vne magnifique Ten-

te qu'on luy auoit préparée , il y fut vifité du

Prince Intapherne , & de tous les Officiers de

l'Armée ; car nous auons feeu depuis toutes cçs

g^"* # • • •

*70

Le Grand Cyivs,

chofes,par Spitridatc mcfme. Cependant à troî*

iours de là, les Médecins dirent à Arfamone, que

fon mal cftoit fans péril , mais qu'il ieroit allez

long : de forte que ne voulant pas perdre temps,

il donna ordre à Spitridatc de fe preparçr à partir

pour aller artieger Artane : ordonnant toutesfois

a vn de fes Lieutcnans Généraux , d'obferuer ce

Prince d'aflez prés. Ainfi Arfamone fut reporté

à Heraclée , ou la Reine Se la Prinçefle fa Fille

raccompagnèrent : carpour la Prinçefle Iftrine,

elle y cftoit demeurée , pour quelque incommo-

dité : & Spitridatc partit & prit la routa de Cabi-

ra , le Prmcc Intapherne eftant fon premier Lieu-

tenant General , auec lequel il lia vnc amitié fort

cftroite. le vous laifle donc à penfer , quelle /iir-

o-

ftre fidellc Garde , qu'il cftoit arriûé vn Chcualicr

à Heraclée, auec l'Efcu dont ic vous ay parlé : que

nous aprifmes en fuite que ce Cheualier cftoit

Spitridate : & que ce Prince auoit cfté fibîen re-

çeu du Roy fon Pcre , qu'il l'auoit fait General

cïe fon Armée. Elle fut h grande , Seigneur , que

nous fufmes très long temps fans pouuoir tef-

moigner noftreeftonnement par des paroles : la

ioye de fçauoir que Spitridate n'eftoit pas mort,

&'l'incertitude du deflein qu'il auoit en venant

contre Artane , occupoient fi fort 1-amc de la

Prinçefle Aramintc , & U partageoient de telle

forte, qu'elle ne pouuoit fe déterminer ny à s'af-

fliger, ny à fe refioiiir. Quoy qu'il en foit , Mada-

me ( luy disic, lors qu'elle commença de fe plein-

dre ) ie ne puis que ie ne fois bien aife de fçauoir

que Spitridate eft viuant : ie fuis dans les mefmes

fentimens , reprit elle , mais cela n'empefche pas

que mon ame ne foit en inquiétude ; Car enfin

\

Livre Second. 471

Arfamonc n'aura pas changé les fiens : & il fem-

t\e prcfquc indubitable, que puis que Spitridate

paroift eltre bien auecques luy,il faut qu'il ne (oit

plus ce qu'il cltoit. Ha, Madame , luy dis-ie , il ne

faut pas le condamner fans l'entendre : il y a

pourtant bien de l'apparence ,mc refpondit elle,

que ic ne me trompe pas : vneauiïi longue abfen-

ce qu'a efte la fienne, peutaifément l'auoir guery

de la paflïon qu'il auoit pour moy :& la poiïetlïon

de deux Royaumes , peut eftre facilement préfé-

rée à celle d'vnc Princeffe , qu'il y a fi long temps

que Ton n'a veuë , & qui n'a que l'inforcune en

partage. Enfin, Hefionide, fî Spitridate eft fidelle,

c'eft vn miracle : & s'il ne l'eft pas, c'eft fans doute

le plus grand malheur qui me puifle arriucr. Ainfï

ne fçachant fi ie dois faire des vœux pour luy ou

contre luy 5 ne fçachant, dis-ie, s'il vient me deli-

urer, ou me faire Va prifonniere : i'ay Pâme en vnc

inquiétude que ic ne puis vous faire conceuoir.

le fis alors tout ce qui me fut poflible , pour di-

minuer fa crainte, & pour fortifier fon efperance:

mais à vous dire levray , iepenfe qu'elles régnè-

rent fuccefliuement dans ion cœur durant plu-

sieurs iours,& qu'elle ne demeura pas bien d'ac-

cord auec elle mefme. Cependant Artane eftoit

bien empçfché : le nom de Spitridate , de qui il

fçcut le retour augmenta fa frayeur : & toute la

force de fon amour , ne l'en pût iamais garantir.

Comme il auoit de braucs gens auecques luy /ils

l'obligèrent maigre qu'il en euft , à aller au deuant

de leur ennemy , & à fe refondre de bazarder vnc

Bataille. Il s'y oppofa quelque temps: mais enfin

craignant fans doute que s'il dccouuroit toute fa

lâcheté, ils ne l'abandonnaient , il y confentit, 5c

fç refolut melmc d'y eftre. De forte que toutes

V

y

*■ r

47* L* Grand Cyhv*;

les Troupes eftant arriuées deuant les MuraiUcj

de la Ville où nous ellions, il en fit la reu eue •, &

partit fans dire adieu à la Princefle : la laiflan t foui

la garde d'vnCapitaine,qui eftoit abfolumet à luy

le ne vous diray point, Seigneur, tout ce que l J oi

lit à ce refte de guerre : mais ie vous diray feule

ment, que Spitridate vainquit : & que le lâche Ar-

tanc ayant efté engagé malgré luy à combatre,fiu

mortellement bielle, de la propre main de Spitri-

date, qui le fit fon prifonnier : ce perfide viuant

feulement autant qu'il falut pour luy auoîier la

fuppofîtion qu'il auoit faite de laLettrc de la Prin-

cefle, & de la mienne. Le débris de cette Armée

défaite , fc fauuadans la Ville où nouseftions : fi

bien que tout ce qui eftoit demeuré de Chefs s'aC-

fcmblerent, & refolurent de prendre les ordres de

la Princefle : efperantpar là faire vn Traité plus

auantageuxauec Spitridate. Tous ces Capitaines

vinrent donc en corps la trouucr dans fa Cham-

bre , où nous ne fçauions rien de ce qui eftoit ar-

riué : parce qu'Artanc auoit mené auecques luy

le Garde qui nous aduertiflbit de toutes chofes,

& qu'il auoit pery à la Bataille. D'abord qu'elle les

vit,elle ne fçauoitquc penfer de cette vifîte : mais

vn d'eux prenant la parole , Madame , luy dit il,

nous venons vous demander pardon de noftrc

rébellion paflee : nous venons vous apprendre

qu'Artane a perdu la Bataille & la vie ( car ils

auoientfçeu fa mort)& nous venons enfin pren-

dre les ordres de vous , comme de la Fille & de la

Sœur de nos Rois. Ceft donc à vous, Madame,

à nous dire ce qu'il vousplaift que nous façions:

iî vous voudrez vous rendre, ou fi vous voulez

que nous vous dépendions , contre le Prince

Spitridate , puis que lequel que vous choifilîic?

o

Liviï Secon.d,

4T?

des deux , nous fommes prefts de vous obéir,

^"ous m'aprenez tant de choies furprcnantes à la .

Fois , dit elle, que iç ne puis pas vous refpondre

pVimprouifte fi precifément : ce qu'il y a pourtanç

*dc ccrtqin, c'eft que ie n'ay point d'autre party à

prendre que celuy du Roy mon Frère : que fes en-

ne mis font les miens : & que s'ils ne veulent pa$

nous faire iuftice, il fera plus beau de mourir cnCç

deffendant , que de (c rendre lâchement. Cepen-

dant , adioufta t'ellç eqcore , puis que de Sujets

rebelles, vous elles deuenus mesProte&eurs : ic

v r ous conjure de vouloir donner tous les ordres

t neceflaires pour la conferuation delà Ville :& de

n'entreprendre rien que ie ne le fçache: Auiïî bierç

ne iugeay-iç pas que vous puiifiez faire autre

chofe prefentcment,que vous deftendre , fi on

nous attaque. Voila donc , Seigneur , vn grand

changement en noftre fortune : nos Gardes de-

uinrent prefques nos Efçlaues : & celle que Ton

tenoit en prifon , commanda à ceux qui la te-

noient captiue. Mais pendant cela , Spitridate

nxitoit pas fans inquiétude , au milieu delà ioye

que luy donnoit la vi&oire : puis qu'il n'eftoit

pas fi absolument Maiftre de fon Armée , qu'il

peuft en faire ce qu'il vouloit. Ainfi il falut en

aparenec qu'il agilt comme yn ennemy contre la

Princefle : & en effet comme vn homme qui pre-

feroitfon amour à toutes chofes. Ilenuoyadonc

fommer la ville de fc rendre à diferetion , après la-

uoir inuctlie de toutes parts : car il ne pût faire au-

trement,parce que ce Lieutenant General qu'Ar-

famonc luy auoit donné, eftoitvncfprit feuerc 5c

i opiniaftre. De forte que lors que la Princefle fçcut

; çc que Spitridate auoit mandé ; luy qui ne fçauoit

i$que ceux entre les mains de qui elle cftoit, la

\ N

474 Le Gian s,

reconnoiflbient alors pour leur PrincefTe : clic f

venir ce Héraut en fa prefence:Etrefprit irrite ce

me clic I'auoit,ditesàvoftreMaiftre , luy ditcil*

quelesPrinccfîesde Pot n'ont point accoufturo

de receuoir des commandemens des Princes à

Bithinic,mais plûtoft de leur en faire depuis lorç

temps :& que ien'eufl'e iamais creu , que la Sa

du Prince Sinnefiseuit deu efire traitée de cette

forte, par le Prince Spitridate. Que neantmo/r

puis qu'il agit fi iniuitement, il peut s'afTurcr qu\

trouueia peut-eftre plusde difficulté à vaincre h

PrincefTe Aramintc,qu'il n'en a trouué à furmôtcr

Artane. Apres cette refponcc,lc Héraut fe retira

& la PrincefTe demeurant en liberté de fc pleindrc

auecques moy $ & bien , Hefionidc , me dit clic,

que dites vous de Spitridate ? le dis qu'il vient

vous deliurer , Madame , luy rcfpondis-ic , car ic

n'ay garde de le foupçonner de ne vouloir vous

auoir en fa puiffance, que pour vous remettre en

celle d'Arfamone. La feruitude n'eft: pourtant

gueres le chemin de la liberté, répliqua t'ellc , Se

peu d'Amants ont deliuré les Perfônncs qu'ils ont

aimées , par vne voyc fi extraordinaire. Mais,

Madame , repris-ic , que voudriez vous que fîft

Spitridate, en l'eftat où font les chofes ? ic n'en

fçay rien , me refpondit elle çn foûpirant , mais

du moins fçay-ie bien que ie ne voudrois pas que

ce fuft de fa main que ie fufle mife en la puiffance

du deftru&cur de ma Maifon. Toutcsfois Hefio-

nide, adioufta t'ellc , i'ay tort de me pleindrc de

la Fortune en cette rencontre : puis qu'au con-

traire iedois luy rendre grace,de ce que du moins

elle fait ce qu'elle peut , pour me donner fujet

d'ofter de mon cœur , l'injufte tendrefle que i'y

çonferuois pour Spitridate, quoy que Fils de l'en-

y

Livke Second;

475

ncmy déclare du Roy mon Frerc. le n'en fuis

pourtant pas encore là , ic l'aduouë auecques

lion te, pourfuiuit clic ; fi bien que tout ce que ic

puis faire pour vous, cft de connoiftre feulement

c^ue ic le dois. le n'anroisiamais fait, Seigneur, fi

ie vous redifois tout ce que dit cette Princefie en

cette rencontre : non plus que tout ce que penfa

Spitridate au retour de ce Héraut qu'il auoit en-

uoyé. Car comme il n 'auoit ofé luy faire rien

dire d'obligeant, de peur de fe rendre fufpeft : il

connut bien par fa refponfe, qu'il s'eftoit trompé,

lors qu'il auoit creu que cette Princefie le deuoit

affez bien connoiltre pour croire qu'il feignoit,

lors qu'il agiflbit auec elle comme vn ennemy.

Il eut pourtant quelque confolation, d'aprendre

que ceux qui eftoient demeurez Chefs des Trou-

pes d'Artaneluy obcïflbient: & de cequec'eftoit

directement auec elle qu'il faloit traiter. De forte

que changeant de fentimens , il tint confeil de

guerre le lendemain où il déclara , qu'il ne trou-

uoit pas glorieux d'entreprendre de forcer vne

Ville, qui n'eftoit deffenduë que par vne Prin-

cefle : fans auoir du moins fait tout ce qui feroit

po(Iible,pour l'obliger à fe rendre, auant que d'en

venir à la force. Si bien que pojir cfpargner , di-

foit il, les Troupes du Roy fon Pcrc , Se pour gar-

j der quelque bien-feance , auec vne Grande Prin-

cefle ; il eftoit refolu de luy enuoyer demander la

grâce de luy parler. La plus grande partie des

Chefs, de qui Spitridate commençoit d'eftre fort

aimé,& principalement d'Intapherne , approuue-

rent fon aduis : & il n'y eut prefques que ce Lieu- •

tenant General, dont ie vous ay défia parlé , qui

j s'y oppofa. Bien eft il vray que ce fut auec beau-

coup de violence , comme nous l'auons feeu de-

+r

47» Li Grand Cyhvs,

fui$ : mais quoy qu'il pcuft faire , comme 1 es teR

ntions des Confeils de guerre partent à la plurali-

té des voix, & que celle du General y peut beau-

coup, il fakit qu'il cédait, & que Spitridate firtec

qu'il vouloir. Il enuoya donc vne féconde fois

Vers la Priricfefle : mdis il y enuoya vn homme J

defprit, & qui luy eftoit fidellc : aiiec ordre de la

fuppliertres-humblement, qu'il peuftàuôir Thon-

heur de luy parler , auparauant que d'eftre force

de rien entreprendre fcontrfc die. Il luy fît dire

qu'il la conjuroit par la glorieufe mémoire du

Prince Sinnefis , de ne le réfufer pas : 6c de croire

qu'il eftoit toujours le mefme Spitridate quelle

auoit connu. CétEnuoyéeutcct ordre en parti-

culier : car deuânt tous fes Capitaines , ce Prince

luy commanda déparier d'vnc façon moins ten-

dre & moins obligeante. S'il euft fuiur lés mouue-

mens de fa palîïon,il n 'euft pas fongéàfa feureté,

& feroit entré dans Cabira , fanS mefme obUger la

Princeffe à luy engager fa 'èftant pas

Maiftre abfolu de Uty mefme, & n'eftant pas à pro-

pos de fe rendre fuipedl aux fiens : il fouftrît qu'on

la fuppliaften foii nom de fe donner la peine de

venir fur vne Platte-formeauancée ,qui eft à vn

codé de la Ville, & qui n'eftant pas foit haute, luy

permettoit de luy pouuoir parler fans qu'elle en

euft beaucoup d'incorfimodité. Voila donc , Sei-

gneur, l'ordre que reçeut Cet Enuoyé de Spitrida-

te, de qui Farriuce me donna vne grande confola-

tion,auiîi bien qu'à la Princefle qui cômença alors

d'efperer,qu'elles'eftoitabufée,auiugementqu'el-

le auoit fait de ce Prince. Neantmoinselle fut fi

furprile , qu'elle demanda deux heures à cclny qui

venoit de fa part pour luy refpondre : & en effet

pour prétexter la choie, elle fit aifembler tous le*

'

Livre Second. 477*

Chcft pour tenir Confeih mais en les attendante

fut véritablement auecques moy , qu'elle prit la

refolution qu'elle vouloit fuiure. le voyois bien

dans les yeux qu'elle auoit de la ioye, de ce qu'elle

poutioit efperer que ce Prince n'eftoit pas autft

coupable qu'elle l'auoit creu:ôc i'aperceuois Qu'el-

le auoitaulfi dé l'inquiétude pout refoudre n elle

le verroit,ou ficlleneleverroitpas. La voyant

donc en cette peine , ie luy dis que ie trouuois

qu'elle auoit tort , de mettre la chofe en doute:

Ha,Hefionide, me répliqua t'elle,vous aucz grand

tort vous mefme , de croire qu'elle foit fi ailée à

déterminer : car fi Spitridatc eft deuenu vn Prince

ambitieux, qui préfère la poffdlion de deux Cou-

ronnes à mon amitic, ie ne le dois point voir, puis

que iele verrois inutilement. Mais Ci au côtraire il

cft encore tel que k Pay veu autrefois,ie ne le dois

ûoint voir, non plus : puisqu'il me feroit impoiîî-

- ble de n'eftre pas aufli pour luy , la mefme que i'e-

ftois en ce temps là. Cependant les choies n'eftant

plus aux melmes termes, ie dois changer de fenti-

mens : c'eft pourquoy Hefionide , ic penfe qu 3 à

conclurre raifonnablement : il faudroit ne voir

point Spvtridate. Toutesfois ie feus bien que fi on

' me confeille de le voir ie le verray : & que fi ie le

Voy innocent, ie ne le pourray pas haïr. S'il eft in-

nocent, Madame, luy dis ie, vous feriez iniufte de

luy ofter voftre affection: & ie trouue,de quelque

cofté que ie regarde la chofe, que vous le deuez

toufioursvoir. Car quand mefme il feroit voftre

! ennemy , en l'cftat où vous eftes réduite , il fau-

droit nccefl'airementauoir recours à fa clémence:

& s'il eft toufiours voftre Amant, il faut tout atten-

dre de fa generofité & defon amour. Enfin, Ser-

gncur,il ne me fut pas fort difficile de perfuader à

/

4^8 Le Quand C y il v s

la Princefle devoir Spitridatc : mais comme i'àt-

tendois beaucoup de cette entre- veuc,pouruoi

qu'elle fc fift en lieu où ils pûflent parler auecques

libertés ie m'auifay de dire à la Princcflc, qu'il fc

roit beaucoup mieux qu'elle vili Spitrridate au mi-

lieu d'vn Pont qui trauerfevne Riuierc, qui pallc

au pied des Murailles delà Ville. Et en eftet, après

ue la Princefle eut tenu Confeil, & que tousca

2

apitaines,qui ne prcuoyoient aucune fin heu

reufe à ce Siège , que par vne Capitulation auan-

, & qui ne voyoient nulle efpcrance de

, luv eurent confeillé de voir Spitrid*

1 T • «

tageufe

le cours

triàatc

elle fit venir celuy que ce Prince luy auoit en- I

uoyc, pour luy dire qu'elle accordoit à ion Mai- j

ftre, ce qu'il luy auoit demandé : commandant à

vn de Tes Capitaines , de i'inftruircdu lieu où elle

fouhaitoit que fe fift cette entre-veue le lende-

main au matin : & de Tordre quiydeuoit eftrc

gardé: pendant quoy il y auoit trefve entre l'Ar-

mée de Spitridatc, & les gens de guerre de \a Vil-

le. Apres que cet Enuoyéeut veu ce Pont , &

qu'il fut retourné vers (on Maiftre, quiapprouua

ce changement de lieu,& qui le fit fçauoir à la

Princefle : le refte du iour & la nuit fuiuante fu-

rent employez à préparer l'endroit où fe deuoit

faire cette entre-veuë, qui fut vne des plus belles

chofes du monde. Comme la Riuiere eft large,-

le Pont que l'on y a bafty eft fort grand & fort

fuperbe : fi bien qu'il contribuoit encore beau-

coup à la magnificence de cette aftion. Car iu-

ftement (iir l'Arcade du milieu, on drefia vne Bar-

rière qui le trauerfoit en fa largeur, que l'on cou-

urit de riches Tapis de Sidon : Sc droit au deflus,

on tendit vn grand & riche Pauillon , retrouflé

des deux codez aucc des Cordons à houpes d'or,

pour

Livré S

r • - — ^

r. 479

pour garantir la Princefle des rayons du Soleil.

l)e forte que le lendemain au matin , Spitridate

qui auoit reçeu aUecques ioye la permiffion de

voir la Princcfle, ne manqua pas , après auoir ran-

gé fes Troupes en Bataille à là veuëde la Ville;

Ôc auoir fait auancer cinq cens hommes de pied

iufques au bout de ce Pont , fuiuant ce qui auoit

eftéconuenu : de s'auancerluy meûne , fuiuyde

deux cens Cheuaux feulement. La Princefle d'au-

tre code , commanda que toutes les Murailles de

la Ville fuflent bordées de gens de guerre : & q uc

pareil nombre d'Infanterie & de Caualerie occu-

pait

Elle ne fçeut pas plu-

tort que Spitridate eftoit arriué,qu'elle partit pour

aller : mais fi belle , que i'eftoîs eftonnée de voir

nlèmble tant de beauté, & tant de mélancolie.

Comme i'auois appréhendé qu'en allant depuis

le bout de ce Pont iufques au milieu , le Soleil ne

l'incommodait , i'auois obligé Ces Femmes de la

coiffer comme lors qu'elle ail oit à la Chatte , du

temps qu'elle eftoit a Heraclée : c'eft à dire auec

quantité déplumes volantes , & vn peu eflcuées

tout à Pentour de la tefte* afin de porter ombre

fur fôn vifage. La Princeiïe eftant donc plus pa-

rée qu'elle ne penfoit l'eftre, tant fonefprit eftoit

occupé de dilierfes choies, fut au bout du Pont,

fuiuiede toutes Tes Femmes , & accompagnée dé

tous les Chefs de fes Troupes : auflî toft qu'elle

parut, Spitridate s'auança à pied , fuiuy à peu prés

d'autant de gens qu'en auoit la Princefle : Mais les

vns & les autres s'arrefterent des deux coftez , à

ditf ou douze pas delà Barrière & du Pauillon,

fous lequel la Princefle alla , & où nous fiîfmes

aufli,toutesfois vn peu derrière elle. Spitridate

âuoit^vn habillement de guerre le plus beau du

3. P^rt. H h

r 4SO

Li Gr AND C Y ,

.i_.C T» .,-.»Unrr»lif. il HUOltla ITiin

fi haute, & 'at U agreaoïe ce îum ■«. , M «- «- "- •. -

uo sian aisveû mieux. Dés qu'il apercent la Prin-

cefle , il la faliia «raflez loin , auec beaucoup de re-

fpecV & Rapprochant tous deux de la Carrière en

ipeu.. vr x j.c /i«iv Partis demeu-

SR"55ïïS3SÏ ie ly dit. fP^ridate fi E

encore vne profonde reuerence a la Princefle,

qu'elle luy rendit fort ciuilement. En fuite dc-

2ïov prenant la parole, ce n'eft pas Madame, luy

dit il, pour-venir capituler auccques vous , que

?àv demandé d'auoir l'honneur de vous parler,

mais pour venir prendre vos ordres: & pour ve-

nir vous rendre conte de mon exil I de mon ie-

tour ; & de ce que ie fais prefentement tnfin di-

3m Princefle , b ceque le Roy mon Père a fait,

"c m'a pas rendu indigne d'eftre écoute de vous

U viens F vousa P rendretoutema vie paffee .afin

d'aprendre en fuite de voftrc bouche , quelle elle

doit eftre àl' entens par-

ler ainfi, refpondit la Princefle, il me femble en ef-

fet que vous eues ce mefme , choifi par

le feu Roy mon Père , pour entrer dansfon alhan-

ce : n tendrement aime du Pnncc Sinnefis . & ,U

parfaitement eftimé de la malheureufe Arammte.

Il me femble , dis-ie , que vous eues ce Spimdatc,

qui a fouflèrt deux priions P°» r J amour ) dC f ," 1 n °^

auec vne -enerofité extrême : & qui m a donne

cent marques,d'vne affection très

dés que iene vous écoute plus, & que ie regarde

cette Barrière , & tous ces gens de guerre qui

vous enuironnent ; i'aduoue que vous ne paroii-

£ez plus à mes veux ce mefme Spitridate que ie dis:

& que ie ne vby plus en voftre perfonne que le

Blsd'Arfamonc , c'eft à dire de l'ennemy mortel

\

Livre Second; .7 4#i

du Roy mon Frcre. Ha, Madame, s'écria ce Prin

, écoutez moy donc s'il vousplaift, fi vous me

v oulez connoiltre pour ce que ie fuis : & ne regar-

dez plus ce qui pdurroit feduire voftrc raifon , &

me faire pafler dans voftre elprit , pour ce que

ie ne fuis point du tout. Fadiioiïe, Madame,pour-

fuiuit il, que fi ie n'auois pas vne violente païlîorç

))our vous , i'aurois peine à ne trouuer pas que

c Roy mon Perc a quelque raifon de vouloir

rentrer en pofleffion d'vnc Couronne , qu'on

luy auoit arrachée par force de deflus la tcfte:

mais puis qu'il ne Va pu faire , qu'en détruifant

voftre Maifon , ie le regarde malgré tous les

fentimens de l'ambition & de la Nature , comme

vn Vfurpateur de fon propre Royaume : tant

il eft vray que mon amour pour vous eft vio-

lente dans mon cœur. Vous fçauez , luy dit la

Princefle , qu'Arfamone n'en eft pas demeuré là:

& que le Royaume de Pont n 'eft pas moins fous

fa puiflance que celuy de Bithinic : de forte que

s'il a fait vne guerre iufte pour reprendre l'vn,

il en a fait vne très iniufte pour conquefter l'au-

tre, le raduoiie Madame , luy dit il , mais s'il

cftoit permis à vn Amant, de dire quelque chofe

pour exeufer fon Père , ie dirois que l'ambition

& la vangeance n'eftans gueres accouflumées

de s'enfermer dans les bornes que la raifon

& la iurtice leur preferiuent : il ne faut pas

s'éftonner fi vn Prince outragé & ambitieux,

n'a pas fait tout ce que iuftement il deuoit faire,

félon l'équité naturelle. Mais, Madame , iene

veux point approuuer vne chofe, que ie n'au-

rois iamais faite , vous aimant comme ie vous

aime : Ainfii'aduoiie donc que le Roy mon Père

a tort : qu'il mérite le nom de cruel Ennemy , Sç

Hhi,

i

Ma Le Grand , -

que ic fuis Fils d'vn vfurpateur. Mais , Madame,

fouuenez vous s'il vous plaift : que lors que 1e

commencayde vous- adorer , vous eftiez , il ic

l'ofe dire/ce que ie fuis : & que l'eftois ce que vous

eftes : puis que fi le Rov mon Père a ofte le Royau-

me de Pont à voftre Maifon,le voftre rctenoit ce-

luy de Bichinie , qui apartenoit à la mienne,

pendant ievousaimay; ie vousadoray :& t

toute

Fille d'vfurpateur que vous eftiez ( fi ie puis parler

ainfi , fans perdre le refpeû que ie vous dois ) ie

m'attacha? pour toufiours à voftre feriuce. tli

pleuft aux Dieux que les chofes en fanent encore

aux mefmes termes qu'elles eftoient : pleuftaux

Dieux , dis-ie , que ie finie encore Sujet du Roy

voftre FrereA qu'il me fuft encore permis d'e/pe-

rer,ceque i'efperois en ce temps la. Vne aujli

longue abfence que la voftre , reprit la Prince fie,

vous aura fans doute bien fait changer de fentt-

mens : car fi cela n'euft pas efté , voftre exi\ mal-

gré ma deftenceauroit elle

entendant ce reproche, luv raconta alors en peu

de mots , la caufe de fon départ de Paphlagome:

la fourbe d'Artane : fon defefpoir lors qu'il la

crovoitinfidelle : fes voyages; fon retout ; & fa

douleur d'apprendre tant de victoires obtenues

par le Roy fon Père : & de fçauoir en mefme

temps, qu'elle eftoit entre les mains de fon Ritial.

Voila donc Madame ( luv dit il à la fin de ce petit

récit) quelle a efte la vie'du malheureux Spitnda-

te : il vous a aimée, lors que le Roy voflrePere

retenoit vnRovàume,où il pouuoit prétendre

quelque part : il vous a adorée, lors qu'il vousa

crenë infidelle: il a pleuré pour les victoires du

Roy fon Pcre : il s'eft affligé de la conquefte de

. } rx i P..'\ ^W+ÂA* \tr(ire.

RO)

/ ^ /

\ /

Livre Second.' 48J

Efclaue à celle de Roy 5 & il vous adore encore,

toute iniufte & toute irritée que vous eftes con-

tre luy : Mais îufques à tel point, qu'il n'eft prêt

ques rien qu'il ne (bit capable de faire. Oiiy, Ma-

dame, pourueu que vous ne m'ordonniez pas de

tourner mes armes contre le Roy mon Père , ie

feray tout ce que vous me commanderez : & ie

ne Gjay mefmc fi vousauiez l'iniufticc de le vou-

loir abfolument , fi i'aurois afl'ez de vertu pour

vous refifter long temps. Apres cela, Madame,

fuis-ie coupable ? le prens les armes , il eft vray:

mais c'eft pour tuer Artane , & pour vous tirer

de (es mains. le les porte encore,ie Taduoiiemais

comment eufl'ay-ie pu vous parler pour iuutoir

voftre volonté , fi ie n'eufie paru cftre voftre en-

nemy ? Ainfi, Madame, eftant très malheureux, &

n'eftant point du tout coupable, vous feriez très

iniufte , fi vous changiez de fentimens pour moy.

Quand vous m'aurez perfuadé voftre innocence,

répliqua la Princefle en (empirant , vous n'en fe-

rez gueres plus heureux : car enfin, Spitridate , la

véritable gencrofitc ne peutfouffrir , que iecon-

ferue vne affe&ion comme celle que i'ay pour

vous , pour le Fils de lcnnemy déclaré du Roy

mon Frère. Car de grâce, iugez vn peu ie vous

prie, en quel déplorable ellat eft ce Prince : luy,

ui de deux Royaumes qu'il auoit, n'a plus qu'va

ëul Vaifleau fous la puifTance : & qui eft mefmc

encore fans doute beaucoup plus fous celle des

vents & des vagues, que fous lafîenne. Et vous

voudriez, Spitridate , que ie me rendifle fans con-

ditions :& que ie vous permifle d'efperer de me

voir vn iour ( fi Arfamone y pouuoit confentir)

monter fur le Throne de mes Pères , qui ne m'ap-

partient pas, pendant que le Roy mon Frère, à

H h iil

'484 ' 1-* Grand Cykvs,

qui il appartient , languiroit miferable & exilé 1

ha , non non , ic n'en fuis point capable : ôc ii

vous l'auez penfé , vous m'eftimez trop peu , ôc

vous ne me connoiflez point du tout. le vous

ay cftimé , ic l'aduoiie , & ie vous eftime enco-

re : & fîcemoteft mefme tropfoible pour ex-

primer mes fentimens , penfez en vn plus ten-

dre & plus obligeant pour vous fatisfaire , ïy

confens. Mais après tout , quoy que mon cœur

foit pour vous ce qu'il eftoit àHeraciée , ic ne

puis plus agir auecques vous, que comme auec le

Fils de mon Ennemy. Ceftpourquoy , Spitrida-

te , il faut faire neceïTairement de deux chofes

l'vne : ou obliger le Roy voftre Perc à fe con-

tenter du Royaume de Bithinie , &à rendre ce-

luy de Pont : ou vous refoudre à n'auoir cette

Place que par la force : ou du moins par vne

Capitulation , qui me permette d'aller où eft le

Roy mon Frère quand ie le fçauray. Car enfin

ie vous le déclare, ie ne veux point du tout que

vous me mettiez entre les mains d'Arfamone : ôc

il n'eft rien que ie ne face , plûtoft que de m'y re-

foudre, le fçav bien , adioufta t'elle, que la Reine

Arbiane,&la PrincefTe Ariftée me protegeroient:

mais ie fçay bien auffi , que toute l'Afic me pour-

roit foupçonner d'vne lafeheté ou d'vne foi-

blefle , dont ie ne fuis point capable. C'eft pour-

quoy , Spitridate , il ne faut point fonger à me

faire changer de fentimens , puis que ce feroit

inutilement : & s'il vous refte quelque fouuenir

du Prince Sinnefis qui vous a tant aimé : promet-

tez moy que vous ne me remettrez pas fous la

puiflanec d'Arfamone, en casque la Fortune me

reduife fous la voftre. le vous promets toutes cho-

fes Madame, reprit il , pourueu que vous mepro-

A

Liv

h Second.*

485

mettiez de ne haïr pointSpitridate,s'il ne peut pas

faire tout ce que vous defirerez de luy. Les Dieux

fçauent, fi i'eftois Maiftre abfolu des deux Royau-

mes dont il s'agit, fi vous n'en feriez pas l'arbitre:

& fi vous n'en difpoferiez pas absolument. le croy

mefme, adioufta t'il,que fi vous pouuiez vous pal-

fer de Couronne, ie confentirois fans murmurer,

que celle de Bithinie me fuft oftée vne féconde

fois, plûtoftquede vous déplaire: mais Madame,

les chofes n'en font pas là : le Roy mon Père les

polîede j & tout ce que ie puis eft de luy faire

parler par la Reine ma Mère , & par la Princelïe

ma Sœur : car pour moy fi ie quittois l'Armée,

ie craindrois qu'il ne me permilt pas d'y reuenir:

& qu'ainfi ie ne pufl'e plus eftre en eftat de m'atta-

cher infeparnblement à voftre fortune , comme

l'en ay le deilein : Ioint aulïi ,que ie n'y ay pas

grand crédit. Mais,Madame,ofcrois-ic vous dire,

que fi le malheureux Spitridate cftoit dans voftre

cœur comme il y pourroit eftre , vous n'agiriez

pas comme vous faites ? vous laifleriez aux:

Dieux , le foin de la corvduite des chofes: vous

attendriez du temps, le rcftabliflement du Roy

voftre Frère : & vous ne réfuteriez pas à vn Prin-

ce qui a fouffert pour vous la prifon , l'exil , &

tous les fupplices imaginables ; la confolation

de vous voir en vn lieu oîi il pourroit vous ferai r:

& où il pourroit peut-eftre vn iour vous faire paf-

fer de la Prifon fur ie Throne : & vous mettre en

eftat de redonner vne Couronne au Roy de

Pont. Ce n'eftpas, Madame, que ie ne fois relblu

de vous obeïr exactement : mais c'eft que com-

me ie preuoy bien que ie ne gagneray rien au-

près du Roy mon Père : ie preuoy bien auiii à

quelle eftrangc extrémité ieme trotmeray réduit.

H h iiij

'4*6 Le Ghanb C y a. v s,

Comme ie ne veux pas vous obliger aux chofes

impoilibles ( interrompit la Pripcefle l'efprit vn

Peu aiçry ) fi vous n'obtenez rien, ie vous rendra/

me

duira où ie voudray aller : car fi on ne le fait pas,

on m'enfeuelira fans doute fous les ruines de fes

Rampatts. Cependant pour ioiiir en repos des

conqueftes du Roy voftre Père, vous oublierez la

Princeflc Aramintc : & faifant fucceder l'ambi-

tion à l'amour , vous viurez auffi heureux, qu'elle

fera infortunée. Ha, cruelle Perfonne , luy dit i/,

ïe vousferay bien voir que iene fuis pas capable

de faire ce que vous dites: Non non , Madame,

vous ne verrez point Spitridate heureux , tant

que vous ferez infortunée : & vous ne le verrez

iamais Roy , que vous ne foyez en eftat de fouf-

frit que vous puiiïiez eftre Reine. le vous le pro-

tefte deuant les Dieux qui m'efeoutent. Mais du

moins, Madame, promettez moy que quand i'au-

ray tout abandonné pour vous , vous me permet-

trez de fuiure voftre deftin, & de ne vous quitter

iamais. La Princefle eftant touchée de ce que

Spitridate luy difoit ,&fe repentant de l'auoir af-

fligé : ie veux croire, luy dit elle,que tous vos fen-

timens font généreux : & ie veux bien mefme

vous promettre , de ne vous foupçonner iamais

légèrement. Mais accordez moy la mefme grâce;

& foyez perfuadé , qu'encore que i'agiffe comme

voftre ennemie en plufieurs çhofes , vous ferez

pourtant toufiours dans mon cœur comme vous

y auez efté , dans ie temps où vous ne vous plei-

gniez pas de moy. Neantmoins quoy que cela

foitainfi, ie nelaifle pas de vous dire , que félon

Jes apparences , nous ne nous reuerrons iamais.

Ha, Madame, dit Spitridate,ce que vous me dites

Livre Second./ 487

cft d cruel, qu'il s'en faut peu que pour vous mon-

ilrer que ic ne vous abandonneray de ma vie , ie

ne pafle de voftre cotte ; & ne tourne mes armes

«contre ceux que ie commande. le n'ay pas l'efprit

il violent que vous l'auez, reprit elle , & comme

ie ne pretens pas faire rien indigne de moy, ie ne

voudrois pas auffi que vous fifliez rien indigne de

vous. C'eit pourquoy fans nous pleindre plus lôg

temps inutilement,adjou(U t'elle en foûpirant,re-

tirez vous Spitridate : enuoyez vers Arfamone,

pour tafeher de l'amener à la raifon : reprefentez

luy par ceux quiluy parleront , que pour confer*

uer en paix le Royaume de Bithinie qui luy apar-

tient , il doit rendre ecluy de Pont qui ne luy

apartient pas : & faites enfin tout ce que vous

pourrez pour voftre fatisfafrionôc pour la mien-

ne. Mais fi vous ne pouuez fléchir Arfamone,fou-

uenez vous du moins de meconferuer la liberté»

fi vous me voulez conferuer la vie. Spitridate

eftoit fi touché des paroles delà Princeflc , qu'il

nepouuoit prefques luyrefpondre :quoy Mada-

me, dit il, vous voulez défia m'abandonner ! La

bien-feance le veut , refpondit elle , & il luy faut

obeïr. Mais encore vne fois , Spitridate, ie veux

mourir libre : & encore vne fois Madame , inter-

rompit il, ic veux mourir voftre Efclauc. Cen'eft

point aux heureux , reprit elle, à defircr la mort:

ce n'eft point en effet aux infortunes, répliqua t'i!,

à defirer la vie : c'eft pourquoy, Madame, fi iene

gagne rien ny fur l'efprit du Roy mon Pcre , ny

• fur le voftre : quand ie vous auray remife en li-

berté, ie ne regarderay plus que le Tombeau.

Comme voftre vie m'eft & me ièra toufiours chè-

re , refpondit elle, ie veux que vous la conferuiez:

guiis enepre vne fois , Spitridate, retirez vous : &

488 Le Grand Cyrvs,

dites à vos Capitaines, ce que ie diray au x mi

ic veux dire que vous ne pouuezrefpondre a

propofitions que ie vous fais , fans auoir cnuoyad

vers le Roy voltrc Père. Vous auez l'efprit fi libre.

Madame , interrompit il , qu'il eft ailé de voie

que voftre cœur n'eft guère engagé : Vous auez

l'ame fi grande , refpondit elle , que ce reproche

.n'eft pas digne de vous. Mais, Spitridate, ic vous

le pardonne : & ie veux bien mefme que vousne 1

croyiez pasdemoy, ce que vous faites fcmblant

d'en croire. En diiànt cela,elle luy fit la reuerenec,

& le força de fe retirer : après auoir arrefté enfem-

ble , que la trefve dureroit , iufques à la refpon(c

d'Arfamone. Pour moyie ne vy iamais rien de

plus touchant, que cette feparation : Spitridate

deuint pafle,comme s'il euft deû mourir:& la Prin-

cciïc malgré fon grand coeur, parut fi mélancoli-

que en cet inftant , qu'elle euft pu confolct ce

Prince, s'il euft eftécapabe de bien remarquer les

mouuemcns de fon vifage. Il la fuiuit des yeux le

plus loin qu'il put : mais il eftoit fi interdit , qu'il

ne fçauoit fans doute ce qu'il voyoit. Comme la

Princefle eut fait trois ou quatre pas, ie m'appro-

chay de la Barrière fans qu'il y prift garde,iu/ques

à ce que luy parlant il me reconnut. Seigneur, luy

dis-ie, la Fortune offre vne grande matière d'e-

xercice à vortre gencrofité : & cette mefme For-

tune, refpondit il, en donne vne bien ample à la

bonté d'Hefionide , qui me peut vtilement pro-

téger auprès de la diuine Araminte. le le fera?

Seigneur, luy dis-ie en me retirant,mais faites auiîï

tout ce que vous deuez. Cela fut dit fi bas & ff

vifte , qu à peine quel qu'vne des filles de la Prin-

cefTe, s'en pût elle aperceuoir:& vn momet après

me remettant à fuiure les autres , nous retournât

1

Live.e Second.

489

tries a la Ville 5 où nous ne fufmes pas fi toft

entrées , que Spitridate ne pouuant plus voir

la Princefie , remonta à cheual , & fe retira

vers les fiens. 11 dit àfes Capitaines , ce qu'elle '

luy auoit ordonné de leur dire : & fans perdre

temps , il en choifit vn appelle Democlide , pour

renuoyer vers Arfamone. Comme cet homme

a aflbrément beaucoup d'efprit , & qu'il auoit

vnc amitié très grande pour ce Prince , il ne

pouuoit pas mieux choifir : il luy raconta donc

toute fa vie , afin de l'obliger à entrer mieux

dans Ces fentimens : Il le chargea d'vne Lettre,

pour la Reine fa Merc , & d'vne autre pour la

Princefie fa Sœur : il écriuit mefme au Roy fon

Perc , auec toute la foumiffion imaginable : &il

n'oublia rien , de tout ce qu'il creut capable de

le porter à fe contenter d'auoir reconquis fon

Royaume , fans vouloir vfurper celuy d'vn au-

tre. Tout ce que la Politique a de plus fin & de

plus adroit,luy pafia dans l'efprit,pour en inftruirt

Democlide: afin de perfuader à Arfamone, qu'il

R

ue

d'en auoir deux en guerre. Mais durant que Spi-

tridate dépefehoit ce Capitaine, la Princefie s'af-

fligeoit, au lieu de fe confoler : Sç elle euft pref-

ques bien fouhaité pour fon repos,qu'il ne luy euft

pas parlé fi obligeammet qu'il auoit fait. Il y auoit

pourtant des inltans, 011 elle eftoit bien aife de ne

s'eftre pas trompée en fon choix : & de n'eftre

pas obligée de fe repentir, d'auoir aimé Spitrida-

te. Ces moments de confolation,cftoient neant-

moins bien rares : car quand elle venoit à con-

fiderer l'eftat prefent de fa fortune , & qu'elle

jettoit les yeux fur Taduenir relie n'y voyoit que

deschpfes fifdçheufes, que l'efperance nouait

«490 Le Ghand Cyrv^,

gueres de part en fon ame,nô plus qn en celle è

ce Prince : qui depuis le départ de DemocIide,dt

meura dans vue inquiétude inconceuable:6c daa

vne crainte continuelle, de n'obtenir rien d'Aï-

famone. En effet fon apprehenfion n'eftoit pu

fans fondement : car quoy que la Reine Ôc la Pr»

cette Ariftée pûiTcnt dire au nouueau .Roy de I

think qui Ce portoit beaucoup mieux,eJles ne ç

rent lettéchir. Ces excellentes Perfonnes luy A

rent parler en fuite, par tous ceux en qui elles fa-

uoient qu'il auoit quelque créance , mais ce fut

encore inutilement. Democlide employa toute

fon éloquence à luy faire valoir la Politique dont

Spitridate l'auoit inttruit , fans rien obtenir non

plus que les autres : la Princefl'c Ariftée fe fcruJt

mefme de les larmes fans aucun effet : ôc Ar famo-

ne dit totafiours , à ceux qui luy propo/ërent de

rendre genereulëment le Royaume de Pont à

luy à qui il apartenoit : quand moy & les miens

aurons polfcdé cette Couronne aufti long temps

que le Père & PAyeulduRoy de Pont ontpofle-

dé celle de Bithinie : il y aura peut-eftre quelque

iuftice à ceux qui viuront alors , d'en demander

Ja reftitution : bien que ie l'aye acquife par des

voyes plus légitimes & plus honnorables , que

PAyeul de ce Prince n'auoit vfurpé la noftre.

Mais prefentement il eft iufte , que ceux qui ont

fait fi long temps porter des Chaines aux autres,

en portent auifi à leur tour: afin d'aprendre par

leur propre expérience, quel malheur eft la ferui-

tude. Ceft pourquoy ie veux que Spitridate

m'aide à prendre la Ville où eft laPrincefle Ara-

minte : autrement ie luy feray connoiftre , que CG

luy qui n'a pas le cœur d'vn Roy, ne fera jamais

monSuccefleur ;&le traitant enEfclàue , ie luy

Livré Second: 491

donncray mcfmc Prifon qu'à cette Princeffe qu'il

li l aime plus que fa propre gloire. Democlide qui

en auoit eu ordre de Spitridate, le fit fouuenit

que lors qu'il auoit parlé au Prince fon fils dans

fon Vaiffeauaufortird'Heraclée , il luy auoit dit

qu'il ne s'oppoferoit point à fon mariage auec

cette Princeffe : iem'enfouujens bjen,ditil,mais

lors que ie luy dis cela, c'eftoit à condition qu'il

iroit a la tefte d'vne Armée m'efpargncr la peine

de conquérir deux Royaumes. Mais puis qu'il ne

l'a pas tait , dites luy que comme en ce temps là

il euit elle honteux à la Princeffe Araminte , d'ef-

poufer le filsd'vn Efclaue: il feroit auiourd'huy

honteux, au Prince Spitridate , d'époufer la Sœur

d Vn Viurpateur vaincu , & l 'Efclaue d'Arfamone,

comme elle la fera bien toft. C'eft pourquoy di-

tes luy de ma part, que dans peu de iours ie feray

au Camp : & que pour luy efpargner la douleur

d'enchaîner de fa main celle qu'il préfère à deux

Couronnes; il n'entreprenne rien contre Cabira

que ie n'y fois. Dites luy enfin , qu'il fonge à fc

vaincre foy mcfmc: ou autrement il connoiftra

à l'es dcfpens, quelle différence il yad'vn Sceptre

à des fers, le vouslaiffe à iuger, Seigneur , auec

quelle douleur Democlide fe chargea de cette

refponfe : la Reine écriuit au Prince fon Fils

pour le confoler, & la Princeffe Ariftée fit la

mefme chofe. Mais Dieux, que ces confolations

furent inutiles , & qu'il fentit viuement cette

affli&ion ! Democlide fçent en partant d'Hera-

clce,qu'Arfamone auoit enuoyé ordre à ce Lieu-

tenant General de Spitridate auquel il fe fioit, '

clel'obferuer foigneufement : & i'ay fçeu depuis

par ce mefme Democlide , que le dei'efpoir de

Spitridate fut fi grand ,lors qu'il aprit la cruelle

.

491 Le G^ANb Cykv£

rcfponfc du Roy ion Perc, qu'il pcnfa en expiref

de douleur. Il voulut pourtant la fçauoir préci-

sément telle qu'elle eftoit : & quoy que Democli-

de euft bien voulu Tadoucir , il n'ofa pourtant le

faire : parce que le Roy luy auoit parlé deuant

tant de monde i que Spitridatcnepouuant man-

quer de la fçauoir par ailleurs , il euft eu fujet de

fe pleindre , s'il ne luy euft pas dit la vérité : puis

que c'cftoit precifcment fur cette refponfe , qu'il

deuôit former toutes les refolutions. Quoy , dit

il après auoir tout entendu , le Roy mon Père

prétend que la Princeflc Araminte foit Ton E(-

claue , & qu'vne perfonne illuftre qui mérite cent

Couronnes porte des fers ! ha, non non, Spitri-

date n'y confentira pas . du moins n'oubliera t'il

rien pour tâcher de deliurer cette incomparab/c

& malheureufe Princefle. N'admirez vous pas

Democlide, adiouftoit il, l'eftrangeaueuglement

des hommes? le Roy mon Père a paflé toute fa

vie à fe pleindre d'vn Vfurpatcur : & il le deuient

luy mefme , feulement pour me rendre malheu-

reux. Il ne veut auoir plufieurs Couronnes , que

pour me mettre en eftat de n'en point auoir: en-

fin iln'eft Roy, qu'afin que ie ne le fois pas : luy

qui pouuoit s'il vouloit, acquérir vne gloire im-

mortelle, & me rendre le plus heureux d'entre les

hommes , au lieu qu'il me va rendre le plus infor-

tuné. Car Democlide , auoir conquis deux

Royaumes 5 ne garder que ecluy qui luy appar-

tient ; rendre rautre genereufement j & me

donricrla Princefle Araminte + feroit vne chofe

dont tous les Siècles parlefoient auec admira-

tion. Cependant il ne le Veut pas :& il me force

enfin d'abandonner fes interefts , bien qu'il foit

mon Perc &moi* Roy -, de luy defobeïr ouuertc-

\

ment

LivfcE Second; 493

plus malheureux Prince du mode. Mais,Seigneur,

ce qu'il y eut de mcrueilleux dans les pleintes de

Spitrid?te,à ce que me dit depuis Democlide,fut

que l'ambition n'efbranla iamais fon amour:&quc

l'amour auffi ne le fit iamais emporter aux excès

contre le Roy fon Père. De forte queeonferuant

la raifon, malgré la violence de fa douleur : il fon-

gea promptement à chercher les voyes de deli-

urer la PrinceiT^, puis qu'il ne pouuoit faire autre

chofe : Et d'autant plus que le lendemain il eut vn

nouuel aduis delaPrinceiïc Ariftée fa Sœur, qui

luy apprenoit que dans peu de ioursle Roy par*

tiroit , pour fe rendre dans fon Armée. Il s'ap-

percent mefme que Tordre qu'auoit reçeu ce

Lieutenant General de prendre garde à luy, eftoit

.obferué foigneufement : Mais quoy qu'il peuft

faire , comme Spitridate eftoit adoré des Chefs

& des Soldats , il ne laifla pas de venir à bout de

fon deflfein. Pour ne perdre point de temps , Spi-

tridate cnuoya dire publiquement à la Princefle,

ue le Roy fon Père n'auoit point encore refpon-

u à fes propositions :& que dans peu deioursil

viendroit luy mefme luy faire fçauoir fa refponfe.

Cependant après auoirinftruit Dcmoclide de ce

qu'il auoit à faire , ôcaduiféenfemble par quelle

Voye il pourroitdeliurerla Princeffe : il luy com-

manda d'entrer dans la Ville déguifé en Paifan.

Comme la trefve duroit encore , il ne luy fut

pas difficile de le faire : &dés qu'il y fut, il vint

au Chafteau demander à parler à moy , ce qui

luy fut accordé. Il me donna vn Billet de Spi-

tridate , qui me difoit feulement , que ic creuf-

fe tout ce que Democlide me diroit : fi bien que

luy donnant vnc audience particulière , il m'aprit

P44 ï-fe Grand Cy&vs,

le peu de fuccés de fon voyage ; le defefpoir de