Disclaimer : Tous les personnages appartiennent à la BBC, j'ai fait de mon mieux pour ne pas les abîmer mais j'ai pas vraiment réussi. Seule l'histoire est de moi. L'univers appartient tout entier à la série Merlin.
Béta-Reader : Loonycrone, merci à elle. :)
Je m'excuse encore pour cette absence. Mais ça y est, les problèmes de santé commencent à disparaître et je récupère du temps. J'ai même presque fini le chapitre suivant ^^. Héhé. Merci à vous d'avoir patienté.
Je remercie Bernie Calling, Evig Morder, Bergonis et Angelyoru pour leur gentil commentaire.
Bonne lecture, et n'hésitez pas à commenter ! Ça fait toujours plaisir ! ;)
Le complot des Sidhes
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Le visage défait de Gwen paniqua un peu le chevalier. C'était le fait qu'Arthur se marie ? Ça … ne pouvait pas… Oh mon dieu !
- Euh … fit-il, incapable de poursuivre … tellement le contexte lui semblait irréel.
- Le mariage ? s'étrangla la métisse, qui palissait à vue d'oeil.
Léon hocha la tête.
- Uther vient de me l'apprendre … et à mon humble avis, Arthur vient de le découvrir aussi. Ça ressemble à un piège, tenta d'amoindrir Léon.
- Je … tu … tu vas, s'embrouilla-t-elle avant de soudain réagir : Ok ! Tu dois décorer un lieu. Un mariage royal doit avoir lieu dans la salle du trône. Tu peux ressortir les décorations que Morgane a fait refaire à l'occasion de son anniversaire. Les serviteurs doivent porter leur livrée officielle. Renseigne-toi auprès de la gouvernante d'Elena pour lui trouver une robe blanche appropriée. Si elle n'en a pas, il faut contacter Edith à la ville basse, c'est une bonne couturière, elle pourra nous dépanner. Peut-être que Dame Belline connaît une Dame de la cour qui aurait une robe à sa taille qu'on pourra accommoder ? Préviens le plus vite possible Berthe, la cuisinière en chef. Ce genre de banquet demande beaucoup de préparations, il va falloir lui allouer du personnel en plus. Moins on a de temps, plus il faut du personnel. On peut réquisitionner les personnes sans emploi à la ville basse. Voilà, … probablement prévoir des fleurs pour la décoration aussi. Si tu as d'autres questions, n'hésite pas, conclut la jeune femme avant de tourner les talons.
Le chevalier auburn regarda son amie d'enfance s'échapper sans opposer de résistance. Ignorant les larmes qui coulaient à présent sur les joues rondes de la métisse
- On est pas dans la merde, lâcha-t-il, rougissant après coup.
Le vocabulaire de Merlin était étrangement contagieux, se fit-il comme réflexion. Il passa la main dans les cheveux pour ramener ses mèches en arrière. Comme si cela lui permettait d'éclaircir ses pensées en même temps que son champ de vision.
Il soupira et revint sur ses pas, autant aller noter ce qu'elle venait de lui dire avant de tout oublier. Il n'aurait jamais cru … qu'elle puisse tomber amoureuse d'Arthur. Bon honnêtement, il savait que la plupart des jeunes filles nobles jouait à la chasse au prince et bien des roturières rêvaient de faire de même, mais Guenièvre ?
Combien de fois l'avait-il entendue se plaindre de l'infantilité et de l'arrogance du blond ? Il ne savait plus exactement mais le compte était très élevé.
Certes, depuis que Merlin était arrivé, le comportement du prince s'était prodigieusement amélioré, mais était-ce suffisant pour en tomber amoureuse ?
Ces pensées étaient absurdes. Cela n'avait aucun intérêt, enfin si, c'est important de comprendre les émotions que ressentent vos amis afin de pouvoir les soutenir au mieux, mais lui le chevalier, membre du conseil, élite intellectuel de Camelot, émettait des hypothèses dignes d'une midinette. Enfin, c'était son sentiment.
Plus que les raisons qui auraient pu pousser Gwen à avoir une romance avec Arthur, ce qui l'intéressait c'était la complexité des liens qui unissaient leur groupe. Parce qu'ils représentaient un groupe très particulier au coeur de Camelot, dont le centre était Merlin.
Le but de leur 'organisation' était de protéger Arthur et de l'amener à devenir le plus grand roi que Camelot ait jamais eu. Il en avait les capacités, mais elles ne s'étaient révélées qu'au contact du jeune sorcier.
C'était la raison pour laquelle bien qu'étant au centre des priorités du groupe, il n'en faisait pas intégralement partie puisqu'il était inconscient d'être au coeur de leur mission.
Merlin s'était allié Gaius, puis Guenièvre, Morgane et enfin lui-même. Si son instinct ne le trompait pas, nul doute qu'Audrey finirait par les rejoindre. Sa protégée s'était déjà retrouvée dans plusieurs histoires où son aide avait été précieuse à la bande.
Il était sûr de l'implication de Gauvain dans leur groupe en tant que membre honoraire … et probablement Lancelot aussi. Gauvain et Lancelot étaient très proches du sorcier. Peut-être pourrait-on les contacter ? Même si Merlin semblait aller mieux ce matin, il ne doutait pas que le deuil de son père était loin d'être digéré.
Peut-être devrait-il en parler à Gaius ? Le médecin était le plus à même de veiller sur le jeune homme. Encore que la métisse avait semblé encore plus maternelle hier. Il digressait … le groupe.
Gauvain et Lancelot étaient donc des membres ponctuels. Gaius était le mentor et une vraie mine de renseignements et le bras droit de Merlin. Probablement le plus actif après le brun. Ensuite c'était lui qui arrivait. Sa connaissance du secret du jeune homme permettait à Léon d'être bien plus à même d'aider efficacement.
Les deux jeunes femmes clôturaient la bande. Morgane avait l'avantage d'être intelligente et la pupille d'Uther, elle pouvait facilement détourner son attention de leurs activités. Guenièvre était tout aussi futée et sa place de Dame de compagnie lui ouvrait pas mal de portes.
Ça c'était le groupe en tant que plusieurs individus se mettant au service d'une plus grande cause. Pourtant, il y avait plus de complexité dans cette collectivité. Ils étaient plus que des collaborateurs. Une amitié profonde s'était établie entre chacun d'entre eux, bien que différente selon les cas.
Une fraternité profonde le liait avec Gwen, et le même sentiment animait Morgane et Arthur. Morganet Gwen étaient 'meilleures' amies, et il lui semblait que d'une certaine manière la même relation liait Arthur et Merlin avec un soupçon de quelque chose …indéfinissable. Lui n'avait pas d'amitié aussi profonde, même s'il l'aurait bien voulu. Il jalousait un peu cette facilité qu'ils avaient à s'ouvrir aux autres.
Léon n'avait aucun doute sur le fait qu'il était trop 'coincé' comme l'avait si gentiment souligné Dame Morgane. Il éprouvait beaucoup de difficulté à s'extérioriser de manière spontanée. Il avait pris l'habitude d'appliquer un comportement particulier à chaque situation et le fait était que côtoyer Merlin et les autres avait tendance à le déstabiliser.
Des situations inédites, comme devoir consoler quelqu'un qui vient d'apprendre la mort d'un proche, se rendre compte de l'amour que porte son amie d'enfance à son prince ou devoir organiser … un mariage parce que Morgane était profondément troublée par quoi ? Bon c'était surtout la faute d'Uther en réalité, mais tout de même ! Ce ne serait jamais arrivé avant.
La porte de ses appartements se dressa soudain devant lui, le narguant. Le chevalier soupira, ça suffisait ! Il devait se concentrer sur l'organisation … de ce mariage. Son visage défait se posa contre le bois de la porte. Il avait bien envie de cogner sa tête dessus. Dans quoi s'était-il fourré ?
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Arthur s'était laissé tombé en arrière sur son lit en arrivant dans ses appartements. Toujours sonné par la nouvelle, il digéra lentement l'information tandis que Merlin achevait lentement ses corvées, encore engourdi par son accès de fièvre de la veille.
Une bonne demi-heure plus tard, alors que le serviteur finissait son rangement, le prince daigna enfin se relever à moitié en prenant appui sur ses coudes.
- C'est étrange, n'est-ce pas? Elena... ne pourrait pas être plus différente de Lord Godwyn, fit-il remarquer.
- Non…, reconnut le sorcier. Elle ressemble peut-être à sa mère ?
- Je ne l'ai jamais rencontrée. Elle est morte en mettant Elena au monde, pour ce que j'en sais, souligna le blond, ne pouvant s'empêcher de faire le parallèle avec sa propre mère.
- Rien n'est plus cruel que cela, déclara Merlin, sentant qu'il s,engageait sur une pente savonneuse. Pas besoin d'être un génie pour savoir qu'Arthur était persuadé d'avoir tué sa mère, alors que la vérité était loin d'être aussi simple.
- Hum, soupira le prince en se laissant retomber sur le matelas.
- Peut-être avez-vous plus en commun que vous ne croyez, tenta d'éluder le serviteur. Oh... La mauvaise haleine, par exemple ? s'amusa-t-il.
Aussitôt Arthur se releva comme un pantin à ressort qui sort de sa boîte.
- Je te demande pardon ?! s'exclama-t-il, outré.
- Les manières à table : consternantes, poursuivit Merlin, reprenant son badinage.
- Écoute-moi une minute, s'énerva le prince en se levant.
- Un excellent sens de l'humour, conclut le brun avant de faire un clin d'oeil malicieux. Non non... Vous avez raison, vous n'avez rien en commun.
Le blond comprit enfin que Merlin se moquait de lui et attrapant un coussin, il le lui lança à la figure :
- Très drôle !
- Oups, fit Merlin lorsque le coussin retomba aux pieds du roi qui venait d'entrer.
- J'ai à te parler. Seul à seul, annonça Uther en lançant un regard lourd de sens en direction du valet, qui fila sans demander son reste. Je tiens absolument à discuter... d'Elena, reprit-il. J'ai conscience que cette situation est tout-à-fait délicate.
- Il n'y a rien de délicat en elle, contredit Arthur.
- Lord Godwyn tu le sais n'est pas juste un de mes très bons amis mais... également un allié fidèle de Camelot, expliqua son père.
- Je n'ai rien contre Lord Godwyn. Je n'ai rien contre Elena ! Sauf le mariage, bouda le prince.
- Lorsque nous parlons de ton avenir Arthur il ne s'agit pas uniquement de ton bonheur personnel mais du bien-être et de la sécurité de tout Camelot, s'agaça Uther. Tu te marieras tôt ou tard mais plus important encore tu règneras sur ce royaume un jour !
- Mais je n'ai aucune inclination pour elle, aucune ! s'offusqua le blond.
- Alors je t'engage vivement à en avoir un peu, conseilla le roi. Une amitié est le minimum pour qu'un mariage de convenance se profile sous les meilleures auspices.
- De convenance ! Vous …
- Ton mariage n'est pas un acte anodin, Arthur, c'est un acte politique, et il doit être tactique !
Le prince serra les dents, et se tut. Ça ne servait à rien de discuter. Il resterait intransigeant. Le regard sévère le fixait comme pour faire entrer durablement le conseil qu'il venait de donner, et après de longues minutes, le roi prit enfin congé, laissant Arthur au bord de la nausée.
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L'appartement lumineux de la pupille d'Uther avait été agrémenté d'un fauteuil à bascule largement garni de coussins moelleux où la jeune sorcière s'était installée après que sa bonne soit venue prendre son service.
Morgane l'avait docilement laissée choisir sa tenue, l'aider à s'habiller, la coiffer, avant de la mettre devant son petit déjeuner qu'elle avait grignoté sans réussir à l'achever.
- Voulez-vous que je vous apporte autre chose ? De la brioche ou … ce que vous voulez ? proposa Audrey.
- Non, je n'ai pas faim, murmura la brune.
- Mais … il faut manger, pour reprendre des forces. Du porridge ? ou de la soupe ? C'est facile à manger, ça réchauffe, et on peut en manger sans faim particulière.
Morgane sourit légèrement, avant de secouer la tête.
- C'est gentil, mais je vais rester dans ce fauteuil et faire un peu de broderie, autant profiter de ce repos forcé pour m'appliquer.
- Mais … fit la servante en se tordant les doigts.
- Par contre, je prendrais volontier de la soupe ce midi, et en attendant du thé ? suggéra la pupille d'Uther.
Audrey eut un large sourire et alla lui chercher son nécessaire de broderie sur le champ. Morgane enfila un nouveau fil sur son aiguille, tandis que la protégée de Léon restait debout à ses cotés.
- Comptes-tu rester ainsi ? s'étonna Morgane, gênée.
- Le roi a demandé à ce qu'on ne vous laisse pas seule. Il est très inquiet.
La sorcière secoua la tête.
- Assied-toi au moins, fit-elle en désignant un siège.
Audrey ouvrit de grands yeux avant de s'installer avec précaution sur la chaise.
- Est-ce … Est-ce que je pourrais … vous poser une question ?
- Tu n'es pas en train de le faire ? s'amusa Morgane.
Audrey rougit et secoua la tête.
- Dame Belline m'a demandé si je pouvais l'assister pour ses lectures à la ville basse. Elle se plaint de sa vue. Mais … je suis à votre service.
- Bien sûr que tu peux, accorda Morgane, nostalgique, d'ailleurs je vous accompagnerai volontiers. Ça fait longtemps que je n'ai pas assisté à ces réunions. Quant cela a-t-il lieu ?
- La prochaine ? Demain, mais bien évidemment, j'irais la fois suivante, fit Audrey en se mordant la lèvre, un peu honteuse.
- Pourquoi donc ? Sortir prendre l'air me fera sûrement grand bien.
- Gaius a recommandé le plus grand repos.
- Je ne compte pas courir ni faire de l'exercice, juste marcher jusqu'à la ville basse, écouter une histoire, puis remonter. Je lui demanderai quand il passera.
Audrey hocha la tête, alors qu'on frappait à la porte. Elle sauta sur ses pieds, et courut ouvrir la porte pour accueillir Gwen. La jeune femme offrit un pâle sourire, et pénétra les appartements.
- Déjà levée ? Et au travail ? s'étonna-t-elle, e voyant les quelques points que Morgane avait fait en discutant avec sa servante.
- Oui, je me suis dit que m'occuper serait plus agréable que de rester au lit, répondit la pupille du roi.
- Tu as eu raison, c'est très régulier, le résultat est beaucoup plus beau que ce que tu fais habituellement, commenta machinalement la métisse, en observant de plus près l'ouvrage, cherchant à reprendre ses marques, après la nouvelle qui lui était tombé dessus comme une massue.
- Je suppose que je suis plus calme, suggéra Morgane, d'un ton las. Audrey ? Va prévenir Dame Belline que je suis d'accord et profite-en pour demander à Gaius de passer.
- Bien sûr, Dame Morgane. fit-elle avant de revenir sur ses pas. Euh … Sir Geoffrey de Monmouth … cherche quelqu'un pour l'aider à faire ses inventaires. C'est ponctuel, mais le temps qu'il forme quelqu'un … je pourrais peut-être l'aider en soirée ? tenta la jeune fille, prenant son courage à deux mains.
La sorcière la regarda un peu étonnée.
- Tu aimes faire l'inventaire ?
- Je trouve son métier intéressant, reconnut la protégée de Léon.
- Gwen peut s'occuper de moi l'après-midi et m'aider pour mon coucher, si tu peux tenir le rythme de faire les deux, je n'y vois pas d'inconvénient, proposa Morgane. Guenièvre ?
- Je te tiens de toute manière compagnie l'après-midi, et ça ne me dérange pas de m'occuper de ton souper et de ton coucher, approuva la métisse, toujours pâle.
- Merci, rosit de plaisir Audrey avant de courir prévenir Dame Belline, comme on le lui avait demandé.
Guenièvre tira un fauteuil pour se rapprocher de Morgane qui plantait son aiguille de manière régulière en tirant bien sur le fil pour le tendre entre chaque point.
- Tu ne veux pas une couverture supplémentaire ? Il fait peut-être un peu frais, proposa-t-elle.
- Non merci, je ne suis pas en sucre, Gwen. Et toi ? Est-ce que ça va ? Tu étais malade hier ? interrogea Morgane, qui avait remarqué les traits tirés et la pâleur de sa meilleure amie.
- Non, Uther avait prévenu qu'il resterait à votre chevet et Audrey pouvait prendre le relais, alors je me suis occupée de Merlin.
Morgane sursauta, resserrant sa prise sur son ouvrage, se piquant au passage.
- Aie, fit-elle, en relevant la main, tandis que Gwen retirait la broderie pour éviter une tâche de sang.
Une pression continue de quelques minutes avec un mouchoir mit fin à la fine coulée de sang.
- Merlin ? reprit la sorcière, un peu tremblante.
- Balinor est mort, annonça la dame de compagnie. Merlin n'a pas très bien pris la nouvelle.
- Il est mort ? reprit, choquée, Morgane.
- C'est le dragon qui est venu l'annoncer il y a deux nuits.
La nuit où elle avait voulu en finir, compléta mentalement la brune. Une larme coula doucement sur sa joue. Le savait-il quand il l'avait rejetée ?
- Morgane ?
- Ce n'est rien, c'est … tellement cruel, éluda son amie.
- Bref, Léon l'a ramené chez moi dans un état catatonique, il a commencé à faire des cauchemars et à faire de la fièvre. Gaius a préféré que je continue de m'en occuper.
- Je suis navrée … tu … lui présenteras mes condoléances, buta Morgane sur les mots.
- Bien sûr, sourit tristement Gwen.
- Tu n'as pas la forme, toi, remarqua la brune.
- Ce n'est rien, réfuta la métisse, préférant ne pas aborder le sujet "Lord Godwyn est en visite/Arthur doit épouser sa fille".
- Si tu le dis, fit Morgane, suffisamment fine pour savoir que Gwen n'avait pas envie d'aborder le sujet.
- Est-ce que … le moral va mieux ? osa alors demander Guenièvre.
La sorcière la regarda un peu perdue. C'était la première fois que quelqu'un lui posait une question aussi directe sur sa tentative de suicide.
Elle-même ne se souvenait qu'à peine de cette soirée. La douleur du rejet, l'incompréhension de la réaction de Merlin et l'absurdité de la situation l'avaient plongée dans une torpeur cotonneuse et glacée.
La seule chose qui l'obsédait était la certitude d'être seule au monde et de n'avoir rien à perdre. Pourtant elle s'était rendue comme un fantôme dans la chambre de son père, recherchant sans vraiment le comprendre une aide quelconque. Et elle était venue. Son geste avait été interrompu et une bulle de chaleur l'avait enfin entourée.
Le reste était encore plus confus. Probablement à cause des potions calmantes que Gaius lui avait donné.
À l'heure actuelle, elle se rendait compte que, même si son père ne la reconnaissait pas, il avait quand même été là quand elle en avait eu besoin et ça lui réchauffait étrangement le coeur, éclairant d'un oeil nouveau le roi.
- Je me sens sereine, s'entendit-elle répondre.
Et c'était vrai, elle se sentait plus calme. Un peu comme un ressort détendu. Pourtant Guenièvre la fixait toujours d'un air grave, alors elle poursuivit.
- Je me rends compte que je me suis noyée dans un verre d'eau. J'ai été trop impulsive. J'ai la triste tendance à oublier ceux qui m'aime quand je suis blessée.
- Que s'est-il passé ? tenta la métisse.
Morgane se figea, se sentant idiote, soudainement. Tout ça parce qu'un garçon ne l'aimait pas ? Son visage se fendit soudain, et elle éclata en sanglot.
- Il ne m'aime pas, tu sais … souffla-t-elle, secouée de larmes.
- Oh Morgane ! enlaça la métisse. Je ne crois pas que ce soit si simple …
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Elena était avachie dans un fauteuil, regardant sa gouvernante achever de vider leur malle.
- On va devoir souper avec eux ? soupira la jeune fille qui ne rêvait que de retirer sa robe qui l'entravait.
- Non, votre père ira souper seul avec le roi, j'ai argué que vous seriez fatiguée.
- Oh merci ! s,enthousiasma la jeune fille qui sauta au coup de Grunhilda.
- Ça suffit, laissez-moi tranquille ! se dégagea la vieille femme. J'ai dit que vous deviez vous reposer, pas m'assommer !
- Vous voulez que je dorme ? soupira la jeune princesse, tout de suite moins enthousiaste.
- Vous pourriez lire ? J'ai pris ces livres, proposa la gouvernante.
- De l'histoire, de la rhétorique et de la poésie, grimaça Elena.
- Et ceci … ?
- Un livre de mathématique ! s'éclaira le visage de la jeune fille, ça au moins c'est plus intéressant.
La blonde se jeta sur son lit, avec l'ouvrage et se mit à tourner les pages avec satisfaction.
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La chaleur ambiante de la pièce le rendait presque malade, mais Berthe était tellement contente qu'il soit venu lui demander de préparer le buffet de mariage, qu'il n'arrivait pas à mettre fin à la conversation.
Il avait d'abord été se renseigner pour la robe auprès de la gouvernante qui avait fait une grimace très élaborée indiquant que la garde-robe de la jeune femme était loin de pouvoir aider. Du coup il avait prit les mensurations, et demandant de l'aide à Dame Belline, elle lui avait fourni une robe blanche à la coupe très simple, et lui avait conseillé de la confier à Edith à la ville basse, qui serait plus à même d'améliorer le modèle.
Sa course s'était poursuivi avec l'étape aux cuisines, mais sa liste était loin d'être finie et il commençait à se demander comment échapper à la femme aux formes généreuses.
La porte s'ouvrit alors et Audrey entra avec son lourd plateau.
- Mais elle n'a rien mangé ! s'écria la cuisinière, déçue, en voyant le plateau revenir plein.
- Dame Morgane n'a pas très faim, mais elle a mangé toute la soupe et un peu de pain.
- C'est déjà pas mal, commenta Sir Léon.
Audrey lui sourit, contente de sa maîtresse et d'avoir réussi à la faire manger plus qu'au matin.
- Je voulais vous prévenir que c'est Dame Guenièvre qui s'occupera du souper, ce soir. Je vais aider Sir Geoffrey pour l'inventaire.
- Décidément ! soupira la cuisinière. Dans ce cas, apporte-lui cet encas, il a encore oublié de venir manger.
- Bien sûr, sourit la servante.
- Je vais en profiter pour t'accompagner, je dois te demander quelques renseignements pour la décoration de la salle de fête, profita Léon, bondissant sur l'occasion de s'échapper.
- La salle de fête ? s'étonna la jeune fille.
- Pour le mariage du prince avec la princesse Elena, se réjouit Berthe, retournant à son livre de recette, je suis en train de faire le menu. Et puis on lance les marinades.
Penchée sur son livre, elle ne remarqua pas le profond étonnement de la servante qui leva les yeux vers le chevalier en recherche de réponse. Celui-ci fit un signe vers la porte pour lui indiquer qu'il lui expliquerait hors de portée des oreilles indiscrètes.
- Merci encore, Berthe ! fit le chevalier, tandis qu'Audrey prenait le plateau pour le bibliothécaire.
Il lui ouvrit la porte, la laissant manipuler avec aisance le lourd objet.
- Le prince Arthur va épouser la princesse ? Vraiment ? s'enquit-elle, ne pouvant y croire.
- Guenièvre ne vous a rien dit ? grimaça-t-il.
- Non, mais j'ai été envoyée en courses à plusieurs reprises, reconnut Audrey. C'est tellement triste !
- Pour Gwen ? comprit le chevalier.
- Ce n'est pas ce que j'ai dit, se raidit la jeune fille, pensant à tort qu'elle venait de trahir de le secret d'une de ses maîtresses.
- C'est ce que j'ai cru comprendre quand je lui ai annoncé. J'ignorais … soupira-t-il, toujours attristé d'avoir causé de la peine à son amie d'enfance.
Audrey le regarda avec admiration, sentant l'empathie sous-jacente dans le commentaire. Elle lui sourit doucement.
- Je suis sûre qu'elle sait que vous ne vouliez pas la blesser. Cette situation était … à prévoir, malheureusement. Le prince ne peut épouser qu'une princesse, n'est-ce pas ? Pour des raisons politiques, il est nécessaire de renforcer les liens avec les alliés. C'est ce que les livres d'histoire de Sir Geoffrey montrent en tout cas.
- Certes, soupira le chevalier. Plus on monte dans les classes sociales, plus les contraintes de ce genre s'imposent, remarqua-t-il, pensant à leur propre situation.
- Je suis sûre que le prince ne se laissera pas faire, Il n'y a qu'à voir la façon dont il l'observe. Vous avez vu au bal d'anniversaire de Morgane ?
Léon la fixa et sourit, avant de lancer son interrogatoire sur la décoration qu'il devait mettre en place. La journée se terminait dans quelques heures et il lui restait encore beaucoup de travail.
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La nuit était effectivement très vite tombée, et presque l'entièreté de Camelot dormait à présent à l'exception de quelques serviteurs zélés, comme Merlin ou Audrey.
La princesse invitée dormait déjà, bien que son sommeil soit loin d'être paisible. Grimaçante, la jeune fille se tordait dans tous les sens. La gouvernante arriva bien vite à ses cotés, rassurante.
- Là là, ma chère enfant... Bientôt tout cela sera oublié, allons.
Elle sortit une poudre d'une petite bourse et la jeta sur la jeune fille faisant apparaître la tête d'un sidhe à la place de son visage. Aussitôt Elena se calma et reprit un sommeil régulier.
La vieille femme hocha la tête, satisfaite. Elle attrapa un châle et se glissa hors des appartements, sortant discrètement du château pour rejoindre le lac d'Avalon. Elle traversa le bois en soufflant, gênée par sa corpulence, mais parvint sans autre problème la rive.
Après quelques secondes où elle reprit son souffle, Grunhilda prononça la vieille formule runique qui lui permettait d'entrer en contact avec le monde des sidhes qui se mirent à apparaître à la surface de l'eau, tandis que son apparence changeait, sa peau se couvrant de pustules.
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Loin de se douter de la menace qui planait de nouveau sur la tête d'Arthur, son serviteur revenait auprès de Gaius après une journée teintée de tristesse et de fausse joie.
Arthur avait fait de son mieux pour ne pas se comporter comme le prince arrogant et désordonné qu'il pouvait être, mais il avait eu des difficultés à garder sa joie de vivre après l'allocution paternelle. Merlin avait tenté de le dérider, forçant le trait, ayant la tête ailleurs. Il avait évité autant que possible l'aile où se trouvaient les appartements de Morgane et Audrey.
Chaque fois qu'il passait près de l'escalier en colimaçon qui menait à sa chambre, il sentait le poids de la culpabilité remonter à la surface. Être occupé l'empêchait de penser à la déclaration de Morgane, à son effroi, à son geste, et la terrible nouvelle que Kilg' lui avait apporté. Chaque fois qu'il pensait à cette soirée, la bile lui remontait dans le gosier.
Il entra sans prendre la peine de frapper à la porte comme à son habitude. Gaius releva aussitôt la tête, soucieux de prendre des nouvelles de son protégé.
- Merlin ! Tu rentres tard.
- Arthur n'était pas d'humeur à rester seul. Vous savez ce qu'Uther a décidé ?
- J'en ai entendu parler. L'organisation du mariage prend de l'ampleur au sein du château. C'est un vrai branle-bas de combat dans les couloirs.
- J'espère que Guenièvre ne l'a pas appris par hasard, fit le jeune homme.
- Je suis sûre qu'elle saura faire face, Merlin. Et toi ? Est-ce que ça va ?
- Oui, je ne dois pas épouser une princesse, moi, voulut éluder le sorcier.
- Merlin …
- J'ai peur … de la rencontrer. C'est de ma faute si elle … s'interrompit le plus jeune.
- Ce n'est pas de ta faute, … rassura le vieil homme. Je pensais …
- Je ne veux pas y penser, conclut Merlin, en prenant une cuillère et commençant à manger doucement.
- Merlin … je me disais, tu pourrais peut-être demander un congé, aller voir ta mère, proposa le médecin.
- Mmhm.
- Tu ne peux pas éviter le sujet en permanence … s'inquiéta Gaius.
- Il est mort et on ne peut rien y faire. Arthur a besoin de moi, répondit Merlin, avant de se lever. Je suis fatigué, je vais me coucher.
- Merlin !
- C'est trop dur, Gaius, fit le jeune homme au bord des larmes, avant de refermer la porte de sa chambre.
Gaius soupira. C'était déjà un début.
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Au lac d'Avalon, le roi des sidhes venait d'apparaître devant la gouvernante.
- J'espère très sincèrement que tu m'apportes d'excellentes nouvelles !
- Les pères ont décidé de célébrer le mariage ! se rengorgea la créature.
- Nous avons attendu vraiment très très longtemps ce moment... se félicita le sidhe.
- Ce n'est qu'une simple question de jours désormais, votre gracieuse Majesté. votre patience est récompensée aujourd'hui, votre honorable Majesté.
- Qu'en est-il de la fille ? interrogea-t-il.
- Elle est loin de se douter qu'une de nos fées a trouvé refuge en elle ! Une fée qui attend d'apparaître… reconnut Grunhilda.
- Mais cela ne saurait en aucun cas se produire avant que son mariage avec Arthur ne soit enfin célébré ! rappela sèchement le souverain à la peau bleue.
- Alors ça sera bientôt chose faite c'est une promesse ! Et c'est ainsi que votre désir le plus cher sera exaucé : voir enfin l'un des vôtres agir au sein de Camelot... C'est un Sidhe qui sera Reine ! promit la gouvernante d'Elena.
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La soirée s'était terminée avec un bon verre d'eau de vie et dans la bonne humeur, aussi il s'expliqua pas pourquoi, une fois Godwyn parti, il s'était relevé et dirigé comme par réflexe vers les appartements de sa fille.
Il frappa doucement à la porte, ignorant si oui ou non elle dormait. Poussant la porte, il entra dans une chambre où la nuit était déjà bien installée. Dans le grand lit, la silhouette fragile de Morgane se dessinait. Il s'approcha, vérifiant qu'elle dormait.
Un soulagement se répandit en lui lorsqu'enfin il constata la respiration régulière de la sorcière. Quelques larmes coulèrent le long de ses joues.
- Je suis désolé, tellement désolé.
Il avança la main vers une mèche qui se promenait sur la joue de la jeune fille, avant de retenir son geste puis d'enfin se décider à la remettre en place derrière son oreille, avant de sortir aussi discrètement qu'il était entré.
Morgane ouvrit alors les yeux, laissant glisser une larme à son tour. Pourquoi agissait-il ainsi ? Ces élans les plus tendres se faisaient toujours dans l'ombre… Le comportement d'Uther ne faisait que la désarçonner.
À suivre
Voilà, j'espère que ça vous a plu. Vous êtes libres de commenter ou pas. Cela dit, ça me ferait plaisir.
À la semaine prochaine.
