Pour vous consoler du chapitre très court d'hier, voici dès le lendemain la suite en espérant que cela vous plaise. Merci à toutes pour vos commentaires qui font chaud au coeur.
Dans ce chapitre, on retrouve Harry... Je vous souhaite une bonne lecture.
- En bas, du côté de l'aile droite, c'est Keaton, monsieur Snape, dit le pilote, tandis que le jet à la ligne élancée sortait avec grâce de la couverture nuageuse et amorçait son approche finale. Je vais passer au-dessus de la piste avant de me poser, juste pour m'assurer qu'elle est en bon état.
Severus appuya sur le bouton de l'interphone.
- Bien, Regulus, dit-il d'un air absent en observant le visage inquiet de sa femme. Qu'est ce qui ne va pas ? demanda-t-il calmement à Pearl. Je croyais t'avoir rassurée. Il n'y a rien d'illégal à faire suivre une lettre adressée à Harry Potter. Les autorités savent bien que j'ai un pouvoir de Draco pour gérer ses affaires. Je leur ai déjà remis l'enveloppe dans laquelle se trouvaient ses consignes pour qu'il puisse en retrouver la provenance. Non que cela puisse les aider, ajouta-t-il avec un petit rire. Elle porte la marque de la poste de dallas, où il paye manifestement quelqu'un qui reçoit le courrier, le retire de l'enveloppe originale et me le fait parvenir.
Connaissant ses sentiments à l'égard de tout cela, Pearl s'efforça de dissimuler son inquiétude.
- Pourquoi se donne-t-il cette peine, s'il te fait implicitement confiance ?
- Pour que je puisse librement transmettre les enveloppes à la police sans pour autant donner d'indices sur l'endroit où il se trouve. Il nous protège tous les deux. Tu vois, je respecte la loi à la lettre.
Pearl appuya la tête contre le canapé de cuir blanc incurvé qui trônait dans la cabine.
- Non, dit-elle avec un soupir amusé. Tu n'as pas dit au FBI qu'en plus de ta lettre, il y en avait une pour Harry Potter et que tu allais la lui porter.
- Sa lettre est dans une enveloppe blanche cachetée, protesta-t-il d'un ton badin. Je n'ai aucun moyen de savoir si c'est bien Draco qui l'a écrite. Pour autant que je sache, elle contient des recettes de cuisine. J'espère, poursuivit-il en feignant d'être horrifié, que tu ne voulais pas me suggérer de l'ouvrir pour en lire le contenu. Ce serait un délit. De plus, mon amour, il n'y a aucune loi qui m'oblige à prévenir les autorités chaque fois que Draco me contacte.
Inquiète mais amusée malgré elle par sa hardiesse et sa nonchalance, Pearl baissa le menton et contempla le bel homme dont elle était tombée amoureuse et qu'elle avait perdu alors qu'elle n'était qu'une petite jeune fille de bonne famille de 18 ans et que lui, qui en avait 25, était ouvrier des aciéries. En moins de 10 ans, il avait quitté l'usine et bâti son propre empire financier à force d'audace, de brio et de courage. Alors il était venu la reprendre. En dépit d'un vernis de sophistication, de ses vêtements faits sur mesure, de ses yachts et de ses avions privés, Severus aurait toujours au fond de lui la pugnacité des enfants des rues. Et elle l'aimait pour cela. Elle aimait sa force, son intrépidité, même si elle était consciente que c'était justement pour cela qu'il faisait foin des conséquences juridiques de ses actes. Il croyait en l'innocence de Draco Malfoy et c'était bien la seule chose qui justifiât ses choix. Point final. Bien que ce fut sans doute aussi futile qu'inutile, elle avait insisté pour l'accompagner cet après-midi, juste pour s'assurer qu'il ne se mouillait pas trop.
- Pourquoi souris-tu comme ça ? lui demanda-t-il.
- Parce que je t'aime, avoua-t-elle d'un air désabusé. Et toi, pourquoi souris-tu ?
- Parce que tu m'aimes, murmura-t-il tendrement en l'enlaçant et en frottant son nez dans son cou. Et, reconnut-il, à cause de ça.
De sa poche de veste, il tira la lettre que lui avait écrite Draco.
- Tu m'avais dit que ce n'était qu'une liste d'instructions concernant Harry Potter ?
- C'est bien ce qui est curieux... une liste ! Quand Draco est allé en prison, il possédait une fortune investit aux quatre coins du monde. Tu sais combien de consignes il m'a donné pour m'en occuper ?
- Non. Combien ?
- Une seule, fit-il avec un grand sourire en levant l'index. Essaye de ne pas me conduire à la faillite, m'a-t-il dit.
Pearl éclata de rire, et Severus regarda par le hublot, tandis que l'appareil descendait vers la piste, les ailes luisantes sous le soleil couchant.
- Neville est là avec la voiture, dit-il, faisant allusion à leur chauffeur qui avait pris un vol régulier pour Dallas dans la matinée et loué une voiture banale pour venir à leur rencontre.
Severus désirait que personne ne remarque leur présence ni à l'arrivée ni au départ. Ils ne pouvaient donc pas appeler un taxi de l'aérodrome, même s'il existait une compagnie à Keaton.
- Des problèmes, Neville ? demanda-t-il en se glissant à l'arrière de la voiture.
- Non, répondit ce dernier avec entrain en écrasant l'accélérateur avant de lancer le véhicule le long de la piste à la manière d'un pilote de course. Je suis arrivé ici il y a une heure et j'ai repéré la maison d'Harry Potter. Il y a une flopée de vélos d'enfants dans la cour.
Pearl serra le bras de Severus pour garder l'équilibre et roula les yeux avec une résignation amusée devant cette conduite intrépide. Pour ne plus penser aux gravillons qui jaillissaient sous leurs pneus quand ils s'engagèrent à toute allure sur la route, elle reprit la conversation qu'ils avaient eue dans l'avion.
- Quel genre d'instruction Draco t'a-t-il donnée au sujet d'Harry Potter ?
En tirant la missive pliée de la poche de son manteau, Severus jeta un coup d'oeil aux premières lignes et déclara sèchement :
- Entre autres choses, je dois prêter la plus grande attention à son apparence et déceler si il semble avoir perdu du poids ou le sommeil.
L'attitude peu banale de Draco à l'égard de son ancien otage frappa aussitôt Pearl, qui s'adoucit.
- Comment peux-tu le déceler simplement en le regardant ? Tu ne sais pas à quoi il ressemblait avant de passer une semaine avec Draco.
- Je ne peux que supposer que le stress auquel Draco a été soumis a fini par le miner. Ensuite cela va beaucoup te plaire, je suis censé découvrir s'il est rejeté à cause de son homosexualité.
- En le regardant ? s'exclama Pearl, tandis que Neville ralentissait pour prendre une rue résidentielle et bordée d'arbres.
- Non, je suis censé le lui demander. C'est pourquoi je suis ravi que tu m'aies proposé de m'accompagner. Si il nie, il faut que je dise à Draco si je le crois ou non.
Pearl mit ses gants, pendant que Neville Longdubas arrêtait la voiture devant une maison d'un étage de style rustique. Des petits garçons montaient sur leur bicyclette et s'en allaient en pédalant.
- Pour être inquiet à ce point, Draco éprouve certainement des sentiments très profonds pour lui.
- Ce qu'il éprouve, c'est de la culpabilité, répliqua Severus catégorique en sortant de la voiture, et il se sent responsable. Draco a toujours pris ses responsabilités très au sérieux.
Tandis qu'ils se dirigeaient vers la maison, deux petits garçons en chaise roulante sortirent en trombe par la porte latérale et descendirent la rampe qui menait à l'allée en riant aux éclats, un jeune homme à leurs trousses.
- Rendez-moi ça !
L'enfant dénommé Seamus exécuta un demi tour fracassant en agitant un carnet à spirale pour que le jeune homme ne puisse pas l'attraper, tandis que son compagnon manoeuvrait habilement son propre fauteuil pour lui barrer le passage. Severus et Pearl s'arrêtèrent pour contempler cette joyeuse scène, pendant qu'Harry Potter essayait en vain de déjouer leur défense.
- Très bien ! s'écria Harry, les poings sur les hanches, sans s'apercevoir de la présence de ses visiteurs, vous avez gagné, petits monstres ! Pas d'interrogation demain ! Maintenant rendez-moi mon cahier de notes.
Avec un cri de triomphe Seamus le lui tendit.
- Merci, dit Harry en lui enfonçant son bonnet sur les oreilles et sur les yeux.
L'enfant le releva en riant. Harry se pencha devant l'autre petit garçon et lui remonta la fermeture éclair de sa veste sous le menton, puis ébouriffa sa tignasse brune.
- Tu as fait des progrès fabuleux pour ce qui est des manœuvres de blocage, Jimmy. Sers-t'en samedi, pendant le match, d'accord ?
- D'accord, Monsieur Potter.
Harry se retourna pour les regarder descendre l'allée et c'est alors qu'il aperçut le couple bien habillé qui se tenait sur le trottoir devant sa maison. Ils avancèrent vers lui et Harry se frotta les bras dans le vent frais en souriant poliment. Ils lui parurent vaguement familiers dans le crépuscule qui tombait.
- Monsieur Potter, dit l'homme en souriant lui aussi. Je m'appelle Severus Snape et voici ma femme, Pearl.
De près, Pearl Snape était aussi belle que son mari était beau, aussi blonde qu'il était brun, et son sourire était aussi chaleureux que le sien.
- Vous êtes seul ? demanda Severus en jetant un regard circulaire.
Harry se raidit, soudain alarmé.
- Etes-vous journalistes ? Parce que dans ce cas…
- Je suis un ami de Draco, l'interrompit-il calmement.
Le cœur d'Harry battit à tout rompre.
- Je vous en prie, fit aussitôt Harry, vacillant sous le choc, entrez.
Il les fit passer par la porte latérale, à travers la cuisine où des casseroles en cuivre pendaient au mur, avant d'arriver au salon.
- C'est très joli, dit Pearl Snape, qui se débarrassa de son manteau et contempla cette pièce spacieuse et ses meubles de rotin blanc ornés de coussins de tissus écossais bleu et vert, ses plantes vertes et ses arbres en pot dans les angles.
Harry s'efforçait de sourire, mais quand il prit le manteau de Severus, il laissa échapper avec désespoir :
- Est-ce que Draco va bien ?
- Autant que je sache, oui.
Harry se détendit un peu, mais il lui était difficile de jouer les hôtes bien élevés alors qu'il avait hâte d'apprendre la raison de cette visite.
- Désirez-vous un verre de vin ou un peu de café ? demanda-t-il par-dessus son épaule en accrochant leurs vêtements dans un placard, tandis qu'ils prenaient place sur le canapé.
- Du café, c'est parfait, dit la femme, et son mari acquiesça.
Harry prépara du café en un temps record, disposa des tasses et des soucoupes sur un plateau et revint si vite au salon que ses deux visiteurs lui sourirent, comme s'ils avaient compris son dilemme.
- J'ai quelques raisons d'être inquiet, reconnut Harry avec un rire étouffé, puis il posa le plateau devant eux et se frotta les mains sur ses cuisses. Mais je suis… Je suis très heureux que vous soyez venus. J'irais chercher le café dès qu'il sera prêt.
- Vous n'étiez pas du tout inquiet quand vous avez affronté le monde entier à la télévision et tenté, avec succès à mon avis, de le faire basculer en faveur de Draco.
Devant la chaleur de son regard et de sa voix Harry eut le sentiment d'avoir accompli quelque chose de beau et de courageux.
- J'espère que tous les amis de Draco sont du même avis.
- Draco n'a plus beaucoup d'amis, dit Severus laconiquement. Mais, ajouta-t-il avec un pauvre sourire, avec un champion tel que vous, il n'en a pas vraiment besoin.
- Depuis combien de temps le connaissez-vous ? demanda Harry en s'asseyant dans un fauteuil qui formait un angle droit avec le canapé.
- Pearl ne l'a jamais rencontré, mais je le connais depuis huit ans. Nous étions voisins à Carmel, en Californie.
Severus le regarda se pencher en avant, toute son attention rivée sur lui, et sentit que le jeune homme désirait en savoir le plus long possible.
- Nous étions aussi associés dans plusieurs affaires, poursuivit-il. Quand il est allé en prison, Draco m'a confié un pouvoir, ce qui me confère le droit et la responsabilité de conduire ses affaires financières.
- C'est très gentil de votre part d'avoir accepté de vous occuper de tout cela, dit Harry avec amabilité, et Severus perçut pour la première fois cette chaleur unique, sans affectation, qu'il avait dû manifester à draco dans le Colorado, alors qu'il en avait tant besoin. Il doit vous aimer et vous respecter beaucoup pour vous faire une confiance aussi totale.
- Ce sont des sentiments réciproques, répondit-il gauchement en cherchant le moyen d'en venir au but de sa visite.
- Et c'est pour cela que vous êtes venus de Californie, avança Harry, parce que, étant un ami de Draco, vous vouliez me dire que vous approuviez mes propos lors de la conférence de presse ?
Severus hocha la tête, essayant de gagner du temps en s'attardant sur les détails sans importance.
- Nous ne restons à carmel que pour les vacances à présent, expliqua-t-il. Notre résidence principale se trouve à Chicago.
- Je crois que je préférerais Carmel, bien que je n'y aie jamais mis les pieds, répondit Harry en le suivant dans cette conversation banale.
- Nous habitons Chicago parce que Pearl est présidente de Nightley & Company, dont le siège social se trouve là.
- Nightley ! s'exclama Harry qui, impressionné par l'évocation de cette chaîne de grands magasins, sourit à Pearl. Je suis allé dans votre magasin de Dallas, et c'est merveilleux, fit-il sans ajouter que c'était aussi bien trop cher pour lui. Je vais chercher le café. Il doit être prêt.
Quand il eut disparu, Pearl posa la main sur la manche de son mari.
- Il sent déjà que tu n'es pas venu ici par hasard, dit-elle doucement et plus tu retardes les choses, plus il va s'inquiéter.
- Je n'ai pas vraiment hâte d'en venir au fait, reconnut Severus. J'ai fait mille cinq cents kilomètres à la requête de Draco pour lui demander tout à trac s'il est victime d'homophobie et pour lui verser un chèque. Donne-moi un moyen subtil de lui annoncer : Monsieur Potter, je vous ai apporter un chèque de vingt cinq mille dollars parce que draco a peur que vous ne soyez rejeté par toute la communauté, qu'il se sent coupable et qu'il veut vous payer un avocat pour éloigner de vous la presse et la police.
Elle allait lui suggérer un moyen de le faire avec d'avantage de tact mais avant qu'elle ait pu ouvrir la bouche, Harry revint avec une cafetière de porcelaine et remplit leurs tasses.
Severus se racla la gorge et dit d'un ton abrupt qui reflétait son malaise :
- Monsieur Potter…
- Appelez-moi Harry, s'il vous plaît, l'interrompit-il en se redressant.
- Harry, fit-il avec un sourire triste, je ne suis pas venu ici à cause de votre conférence de presse, mais parce que draco me l'a demandé.
Son visage s'illumina comme si le soleil sortait des nuages.
- Ah… Ah bon ? Vous a-t-il dit pourquoi ?
- Il veut savoir si vous êtes victime d'homophobie.
Harry savait que bien que les habitants de Keaton se doutaient qu'il avait succombé au charme de Draco, mais ils n'auraient jamais rejeté Harry quelque soit ses penchants sexuels. Mais il était tellement gêné par cette question inattendue qu'il hôcha négativement la tête avant que Pearl ne puisse venir à la rescousse.
- Severus doit vous remettre une lettre qui vous expliquera tout cela bien mieux que mon mari, dit-elle doucement.
Harry le vit plonger la main dans sa veste et en tirer une enveloppe. Il avait l'impression que le monde s'était mis à tourbillonner autour de lui quand il la saisit.
- Est-ce que cela vous ennuie si je lis cette lettre maintenant… en privé ? fit-il en tremblant.
- Pas du tout. Nous boirons notre café pendant ce temps.
Harry hocha la tête et fit volte-face. Il ouvrit vite l'enveloppe avec le pouce et sortit du salon pour gagner sa chambre, mais, la salle à manger étant plus proche, il y pénétra sans se rendre compte que ses hôtes pouvaient encore le voir. Il se blinda, s'attendant à un autre sermon condescendant de Draco sur l'absurdité puérile qu'il y aurait à accorder la moindre importance aux liens qu'ils avaient forgés dans le Colorado, mais quand il déplia les feuillets et se mit à lire, la tendresse et la joie dont son cœur explosa pansèrent toutes ses blessures. Le monde s'éloigna et il n'exista plus pour lui que ces mots incroyables et l'homme incroyable qui les lui avait écrits sans penser qu'Harry les verrait jamais…
Mon Harry adoré,
Je sais que tu ne verras jamais cette lettre, mais cela m'aide de t'écrire tous les jours. Cela me rapproche de toi. Comme tu me manques ! Tu hantes chaque heure de mon existence. J'aimerais ne jamais t'avoir rencontré. Non… Ce n'est pas ce que je veux dire ! A quoi bon vivre si je n'avais pas le souvenir de toi pour me faire sourire.
Je me demande sans cesse si tu es heureux. Je veux que tu le sois, que tu aies une belle vie. C'est pour cela que je ne pouvais pas te dire ce que tu voulais entendre quand nous étions ensemble. Je craignais que tu ne m'attendes pendant des années. Je savais bien que tu voulais que je te dise que je t'aime. Et me taire, ce fut la seule chose dénuée d'égoïsme que j'aie faite dans le Colorado. A présent, même cela, je le regrette.
Je t'aime, Harry. Je t'aime tant, bon Dieu !
Je donnerai toute ma vie pour un an avec toi. Six mois. Trois. N'importe quoi.
Tu m'as volé mon cœur en quelques jours, mon amour, mais tu m'as donné le tien. Je le sais, je le voyais dans tes yeux chaque fois que tu me regardais.
Je ne regrette plus d'avoir perdu la liberté et je ne tempête plus contre l'injustice de ces années passées en prison. Maintenant mon seul regret, c'est de ne pouvoir t'avoir près de moi. Tu es jeune, et tu m'oublieras vite, ta vie continuera. C'est exactement ainsi que cela doit être. C'est ce que tu dois faire. Je le veux, Harry.
Quel sale mensonge ! Ce que je désire vraiment, c'est te revoir, te prendre dans mes bras, te faire l'amour encore et encore pour te combler pleinement et qu'il n'y ait plus de place en toi que pour moi, à jamais. Jamais je n'avais pensé avant toi que le sexe, c'était « faire l'amour ».
J'ai parfois des sueurs froides à l'idée que tu sois rejeté à cause de tes sentiments pour moi. Je pensais te demander d'épouser ta « presque fiancée » le cas échéant. J'y pensais dans le Colorado mais, Harry, je n'en avais pas envie.
Attends… Je viens de songer à une solution qui ne m'était pas encore venue à l'esprit. Je sais que je n'ai pas le droit de te demander d'affirmer tes sentiments pour moi à la face du monde, mais si tu le voulais je sais que ta famille te soutiendrait. Si tu acceptes de faire ça pour moi, j'écrirai à ma grand-mère pour tout lui expliquer. Avec un peu de chance, elle comprendra et pourra t'aider. Elle détient le contrôle du gros héritage qui aurait été le mien. Une petite part de ces biens suffira largement a t'assurer une vie descente.
Tu avais raison quand tu disais que je n'aurais pas dû fermer la porte au nez de ma famille, que je n'aurais pas dû couper les ponts. Il y a des choses que j'aurais pu dire à ma grand-mère, même après avoir quitté la maison, et qui aurait désarmé sa haine. Tu avais raison. Dans mon enfance, je l'aimais et je l'admirais. Tu avais raison pour tout et si je pouvais changer les choses, je le ferais.
J'ai finalement décidé de t'envoyer cette lettre. C'est une erreur. Je le sais mais je ne peux pas m'en empêcher.
Ton courrier est peut être surveillé. Je te ferai donc porter cette lettre plutôt que de la poster. C'est un ami qui te la remettra. Il prend des risques pour moi, comme tu l'as fait. Tu peux lui faire confiance comme à moi-même. Encore une chose avant de foncer au village pour arriver à temps pour la relève hebdomadaire du courrier : je veux que tu aies un peu d'argent pour acheter ce que tu désires ou ce dont tu auras besoin. Ce que te donnera Severus m'appartient. Il ne sert donc à rien de discuter avec lui. Il agit sur mes instructions et il les suivra à la lettre. Alors, mon amour, ne lui donne pas de fil à retordre. J'ai bien assez d'argent pour mes propres besoins.
J'aimerais avoir le temps de t'écrire une lettre plus belle ou avoir gardé l'une de celles qui t'étaient destinées. Elles étaient toutes beaucoup plus cohérentes. Je ne t'en enverrai plus. N'attends donc rien. Ecrire nous ferait espérer et rêver, et si je n'arrête pas, je vais mourir à force de te désirer.
Avant de te quitter… J'ai vu dans le journal qu'il sort un nouveau film de Costner. Si tu oses fantasmer sur Kevin après l'avoir vu, je te hanterai le reste de ton existence.
Je t'aime, Harry. Je t'ai aimé dans le Colorado. Je t'aime là où je suis. Je t'aimerai toujours. Partout.
Harry aurait voulu relire cette lettre, mais il ne parvenait pas à se concentrer à travers le torrent de larmes qui coulait de ses yeux. Les feuilles lui glissaient entre les doigts. Le visage dans les mains, il se tourna vers le mur et pleura. Il pleura de joie, de désir doux-amer et de la rageante futilité de tout cela. Il pleura de l'injustice qui avait fait de Draco un fugitif et de sa propre stupidité d'avoir quitté le Colorado.
Dans le salon, Pearl bavardait tranquillement avec Severus tout en se penchant vers la théière, mais son regard s'égara vers la salle à manger et ses yeux inquiets fixèrent le dos de cet homme en pleurs.
- Severus, regarde ! dit-elle aussitôt, puis elle se leva et se précipita vers Harry.
Elle posa les mains sur les épaules tremblantes d'Harry et lui murmura.
- Puis-je vous aider en quoi que ce soit ?
- Oui ! fit Harry d'une voix entrecoupée. Vous pouvez lire cette lettre et me dire comment quiconque a pu croire que cet homme avait tué quelqu'un !
D'un geste hésitant Pearl ramassa les feuillets éparpillés et jeta un coup d'œil à son mari, qui se tenait dans l'embrasure de la porte.
- Severus, pourquoi ne nous sers-tu pas un peu de ce vin qu'Harry nous a proposé tout à l'heure ?
Il fallut quelques minutes à Severus pour trouver le vin, dénicher un tire-bouchon et ouvrir la bouteille. Il était en train de sortir les verres du placard quand il entendit Pearl pénétrer dans la cuisine. Il jeta un coup d'œil par-dessus son épaule.
- Qu'est-ce qui ne va pas ? demanda-t-il anxieusement en observant son beau visage blême.
- Sa lettre… murmura-t-elle, les yeux brillants de larmes. Mon dieu ! Severus… C'est incroyable !
Severus en voulait contre toute raison à Draco d'avoir bouleversé sa femme. Il l'enlaça, lui prit la lettre des mains et se mit à lire, les yeux plissés. Lentement, l'agacement fit place au choc, à l'incrédulité, enfin au chagrin. Il en était à la dernière ligne quand Harry apparut dans l'embrasure de la porte. Pearl l'entendit et se retourna aussitôt, prit le mouchoir que lui tendait Severus, tandis qu'Harry essayait de sourire en essuyant ses larmes du bout de ses doigts.
- Quelle fichue soirée ! fit Severus d'une voix lourde de regret et de compassion. Je suis… désolé, Harry, conclut-il pauvrement en observant l'étrange lueur dans son regard humide. Je suis sûr que Draco ne voulait pas vous faire de la peine.
Une dernière fois, Harry considéra tout ce qu'il laisserait derrière lui s'il mettait à exécution le plan qu'il venait d'échafauder à la hâte, mais il avait déjà pris sa décision.
- Quand Draco vous contactera, dit-il alors d'une voix qu'il s'efforçait de maîtriser, voulez-vous avoir la gentillesse de lui rappeler que même si j'ai déjà été abandonné par ma véritable mère, ma nouvelle famille ne ferait jamais une chose pareille et ce quelque soit mes actes. Ils m'aiment inconditionnellement. Dites lui aussi, ajouta-t-il avec un sourire mouillé, que la seule raison qui me fera quitter Keaton, c'est lorsqu'il m'aura laissé le rejoindre dans son exil.
Cette dernière phrase fit l'effet d'une bombe et, dans le silence troublé, Harry vit Severus Snape passer de l'ébahissement à l'admiration, mais il sut trouver les mots qui tempéreraient son enthousiasme :
- Je ne sais absolument ni si ni quand Draco me contactera de nouveau.
Harry émit un petit rire hystérique.
- Oh si, il le fera ! Et très bientôt ! dit-il d'un ton catégorique maintenant qu'il savait que son instinct ne l'avait pas trompé et que, si il l'avait suivi, il aurait sans doute réussi à convaincre Draco de l'emmener loin du Colorado. Il vous contactera très vite parce qu'il ne supportera pas de ne pas savoir ce que j'ai dit.
Severus comprit qu'il avait sans doute raison et réprima un sourire.
- Y a-t-il autre chose que vous souhaitiez lui transmettre ?
Harry hocha solennellement la tête.
- Oui. Dites-lui qu'il a au plus… quatre semaines pour me récupérer avant que je ne prenne d'autres dispositions. Et puis…
Il hésita, gêné à l'idée d'avouer une chose aussi intime par le truchement d'un tiers, puis il songea que cela n'avait pas d'importance, du moment que Draco entendait son message.
- Dites-lui que moi aussi, je meurs sans lui, poursuivit-il d'une voix brisée, et que… que s'il ne me laisse pas venir à lui, je m'achèterai vingt-cinq mille cassettes du dernier film de Kevin Costner avec son argent et que je m'extasierai sur ce type le reste de ma vie !
- A mon avis, dit Pearl avec un rire étouffé, il va dire oui illico. Tu te souviendras de tout ce discours ou dois-je prendre des notes ? demanda-t-elle à Severus.
Celui-ci lança un regard ébahi à sa femme qui semblait à présent aussi décidée à l'impliquer dans l'existence embrouillée de Draco qu'elle l'avait été de l'en sortir deux heures plus tôt, puis il se retourna pour verser le vin.
- Je suppose que nous devons porter un toast, déclara-t-il en passant les verres. Malheureusement, l'inspiration me fait défaut sous le choc.
- Pas moi, dit Pearl, qui leva son verre en regardant Harry. A tous les gens qui aiment autant qu'Harry et moi !
Puis elle se tourna vers son mari et ajouta avec la même sérénité :
- Et aux deux hommes que nous aimons !
Harry regarda Severus sourire avec une tendresse et une fierté dénuée de toute gêne et, à ce moment-là, il tomba amoureux d'eux. Ils étaient comme Draco et lui, songea-t-il. Ils étaient amour, engagement, unité.
- Je vous en prie, restez pour le dîner. Je ne suis pas un cordon bleu, mais nous ne nous reverrons peut être jamais et j'ai trop envie d'en savoir plus sur… sur tout.
Le couple acquiesça et Severus demanda, impassible :
- Tout ? Eh bien, je suppose que je pourrais commencer par une analyse détaillée des marchés financiers mondiaux. J'ai quelques intuitions passionnantes sur les causes probables de leur déclin.
Il éclata de rire devant son air consterné.
- Nous pourrions aussi parler de Draco.
- Quelle excellente idée ! le taquina sa femme. Parle-nous du temps où vous étiez voisins.
- Je vais préparer le dîner, dit Harry qui cherchait ce qu'il pourrait bien faire pour que cela n'empiète pas trop sur la conversation.
- Non, suggéra Pearl, il n'y a qu'a envoyer Neville chercher une pizza.
- Qui est Neville ? demanda Harry en tendant la main vers le téléphone pour en commander une.
- Officiellement, c'est notre chauffeur. Officieusement, il fait partie de la famille.
Une demi-heure plus tard, ils étaient tous trois douillettement installés dans la salle à manger et Severus faisait tout son possible pour répondre à la curiosité de sa femme et d'Harry en leur donnant une version expurgée de sa vie de célibataire et de voisin de Draco, quand la sonnette retentit.
Harry, qui s'attendait à voir apparaître un chauffeur en uniforme, hautain et distingué, ouvrit la porte et se trouva nez à nez avec un géant au visage d'une laideur menaçante, un sourire charmeur aux lèvres et une boîte de pizza dans chacune de ses mains tendues.
- Venez avec nous, dit Harry en le faisant entrer. Et d'abord, vous n'étiez pas obligé de rester dans la voiture
- C'est aussi mon avis, plaisanta Neville, mais il jeta un coup d'œil à Severus pour voir si sa présence était souhaitée.
Quand Severus hocha la tête, Neville entra et retira son manteau.
- Nous mangerons ici, il y a plus de place, lança Harry par-dessus son épaule en disposant les assiettes sur la table.
- Je vais chercher le vin, annonça Pearl.
Neville Longdubas pénétra d'un pas nonchalant dans la salle à manger et enfouit les mains dans ses poches en observant le courageux jeune homme qui avait défendu Draco à la télévision. Il ressemblait plus à un étudiant un peu lunaire qu'à un instituteur avec ses cheveux bruns en bataille, ses lunettes et son teint lumineux. Il n'avait rien des playboys arrivistes pendus aux basques de Draco, et cela plut à Neville. Il jeta un regard interrogateur à Severus qui se tenait à ses côtés et qui contemplait le brun avec un petit sourire affectueux. En réponse à sa question muette son patron hocha lentement la tête, et Neville en tira une conclusion aussi évidente que satisfaisante.
- Alors vous êtes le chevalier de Draco, dit Neville à haute voix.
Harry, qui était en train de poser des serviettes à côté des assiettes, s'immobilisa et posa sur lui des yeux qui avaient la fraîcheur et la couleur de la menthe sauvage.
- C'est le plus beau compliment que l'on m'ait jamais fait, répondit-il.
Au grand étonnement d'Harry, le géant rougit jusqu'aux oreilles.
- Vous connaissez Draco, vous aussi ? demanda Harry pour le mettre à l'aise et parce qu'il avait envie d'en apprendre le plus possible.
- Et comment ! fit-il en s'asseyant, tout comme les Snape. Je pourrais même vous raconter des choses que personne ne sait, pas même Severus.
- Allez-y ! s'écria Harry avec enthousiasme.
Longdubas se servit une part de pizza, réfléchit un instant et dit :
- Voilà ! Un soir, Severus avait un invité surprise et il m'a envoyé chez Draco parce que nous n'avions plus de vodka. Il était environ minuit et il y avait de la lumière chez Draco, mais personne ne vint ouvrir la porte. J'entendais sa voix et celles de femmes derrière la maison. Alors j'ai fait le tour et il était là, au bord de sa piscine en smoking. Il devait sortir d'une soirée.
Fasciné, Harry posa son menton sur son poing.
- Que faisait-il ? demanda-t-il, tandis que Longdubas mordait dans sa pizza.
- Il pestait, dit Neville succinctement.
- Contre qui ?
- Les trois femmes nues qui étaient dans sa piscine. C'était des admiratrices qui avaient trouvé son adresse et s'étaient figurées qu'il se joindrait à elles pour faire une petite orgie !
- Longdubas ! gronda Severus.
- Non, c'est une histoire correcte, Severus. Harry ne sera pas jaloux, n'est ce pas ? fit-il hésitant.
Harry hocha la tête en riant. Draco l'aimait. Maintenant il le savait. Il n'y avait rien dont il pu être jaloux.
- J'en étais sûr, déclara Neville en jetant un regard satisfait à ses patrons. De toute façon, Harry, poursuivit-il, Draco était fou furieux et je vais vous dire une chose que vous ne savez peut être pas… Derrière son apparence calme et froide, ce type a un caractère incroyable ! Puisqu'elles ne voulaient pas sortir comme il le leur avait ordonné, il m'a demandé de les jeter dehors, et c'est exactement ce que j'ai fait. Il s'est avancé dans la piscine tout habillé et une nana d'une vingtaine d'années a roulé à mes pieds nue comme un ver. Puis Draco est parti avec une fille sous chaque bras.
Harry s'efforçait de ne pas avoir l'air choqué.
- Qu'en avez-vous fait ?
- Ce que Draco m'a demandé. Il était tellement furibard qu'il ne voulait pas les laisser se rhabiller. Nous les avons trimbalé jusqu'à leur voiture. Elles hurlaient, protestaient, réclamaient leurs vêtements. J'ai ouvert grand la portière, mis le contact et la première. « Prenez le volant et allez vous écraser où vous voulez, leur a-t-il dit, mais foutez-moi le camp d'ici et ne revenez jamais ! »
Pearl et Harry échangèrent un regard satisfait, approuvant manifestement la moralité de Draco.
- Tu ne m'avais jamais raconté ça, dit Severus en fronçant les sourcils d'un air perplexe.
- J'ai bien essayé mais la femme que vous receviez ce soir là essayait de vous déshabiller. Alors j'ai laissé la vodka sur le bar et je suis allé me coucher.
Harry porta délicatement son regard amusé sur la pizza, Pearl appuya le menton sur ses poings serrés et observa son mari avec des yeux rieurs et Severus jeta un regard de glace au chauffeur qui venait de gaffer et qui levait les mains au ciel.
- Pearl en sourit, Severus. Elle sait bien qu'à cette époque là, vous ignoriez que vous étiez marié avec elle !
Harry s'étrangla.
- Tu ferais mieux de t'expliquer là-dessus, dit Severus avec irritation, avant qu'Harry ne croie que Draco a remis son avenir entre les mains d'un imbécile.
- Je pensais que tout le monde connaissait cette histoire. C'était dans tous les journaux, déclara Neville. Voyez-vous, enchaîna-t-il devant la mine interdite d'Harry, Severus et Pearl se sont mariés et ont divorcé quand Pearl n'avait que dix huit ans. Personne ne le savait, pas même moi. Et douze ans plus tard, Pearl a découvert qu'ils avaient pris un avocat bidon et que le divorce n'avait jamais été réellement prononcé. Elle l'a invité à déjeuner, ils ont bavardé après toutes ces années et elle lui a annoncé la nouvelle. Severus était furieux, c'était quelque chose ! Pearl était déjà fiancée à un autre et ils devaient tous trois donner une conférence de presse, avoir l'air aimables, et Severus essayait de faire passer ça pour une bonne blague…
- Je connais cette histoire, l'interrompit Harry pour qui tout devenait clair. C'est pour cela que ce soir, quand je vous ai vu, vous ne m'avez pas semblé inconnus. J'ai vu cette conférence de presse !
Puis il tourna un regard intrigué vers Severus Snape.
- Je me souviens que vous plaisantiez avec le fiancé de Pearl de cette histoire de fous et que vous sembliez très amis. Et puis… quelques jours plus tard, vous… vous l'avez frappé ! N'est-ce pas ? Il y avait une photo de la bagarre dans les journaux.
- Cela dit, nous sommes très bon amis à présent, dit Severus en souriant un peu d'un air pensif.
Ils ne se séparèrent qu'après onze heures, à contre cœur. Harry s'excusa et alla chercher quelque chose dans sa chambre. Quand il revint avec le pull vert et le pantalon qu'il avait porté pour rentrer du Colorado, Neville Longdubas était déjà parti faire chauffer le moteur. Severus et Pearl attendaient devant la porte.
Sa femme lui ayant demandé de dire deux mots à Harry en privé, Severus lui sourit et lui dit au revoir.
- J'attendrai avec Neville dans la voiture que vous vous soyez dit adieu.
Harry lui serra la main avec émotion et Severus se surpris à éprouver une peur féroce pour lui et pour Draco.
- Si cela doit vous rassurer, ajouta-t-il contre toute raison, mon groupe possède une agence d'enquête internationale et, depuis trois semaines, je leur ai demandé d'enquêter sur tous ceux qui avaient travaillés à Dallas pour le film de Draco.
- Mais pourquoi ne l'avez-vous pas fait plus tôt ? fit Harry au lieu de s'en réjouir. Je suis désolé, s'excusa-t-il aussitôt, je suis grossier et ingrat.
Severus lui sourit et opina du chef en admirant la dévotion que le jeune homme avait pour Draco.
- Vous êtes très inquiet, pas grossier. Draco avait payé une agence dont la réputation valait celle de la nôtre pour faire exactement le même travail avant son procès et ils n'ont rien trouvé de tangible. Alors il m'a dit qu'il n'avait pas besoin de mon aide pour autre chose que la tâche qu'il m'avait confiée, et qu'il ne la désirait pas. Comme son orgueil en avait déjà pris un sacré coup, j'ai accédé à sa requête et je l'ai laissé faire.
- Vos enquêteurs…, fit Harry avec anxiété, saisissant une pointe d'encouragement dans sa voix, ont découvert un élément nouveau n'est-ce pas ?
Après avoir hésité, Severus songea qu'il n'y avait rien de mal à le lui dire, puisqu'Harry avait décidé de partager l'exil de Draco.
- Cela concerne en partie Theodore Nott, commença-t-il.
- C'est Theodore Nott qui l'a tuée ? l'interrompit Harry.
- Je n'ai pas dit ça, fit Severus avec fermeté. S'il y avait la moindre preuve, je ne serais pas ici, je ferais exploser la nouvelle dans tous les medias pour faire bouger les autorités.
- Alors, qu'avez-vous découvert ?
- Nous avons appris que Nott a vraisemblablement menti à la barre des témoins. Au cours du procès, il a déclaré que sa liaison avec Pansy Parkinson durait depuis des mois et qu'ils étaient « follement amoureux l'un de l'autre ». La vérité, c'est qu'il avait une autre liaison.
- Qui était-ce ? s'enquit Harry, haletant. C'est peut-être elle qui a interverti les balles, pour peu qu'elle ait été jalouse de Theodore et de Pansy.
- Nous l'ignorons. Tout ce que nous savons, c'est que deux semaines avant le meurtre, un groom a entendu une voix de femme dans la suite de Nott, tard le soir, alors qu'il apportait du champagne. Le même groom venait d'apporter le dîner chez Draco, et c'est Pansy qui lui a ouvert la porte. Elle n'était donc pas dans la chambre de Nott. De toute façon, je ne pense pas que ce soit une femme qui ait changé les balles. A mon avis, c'était Nott.
- Pourquoi le pensez-vous ?
- Sans doute parce que Draco a toujours cru qu'il était mêlé à cette histoire et que ça a déteint sur moi, reconnut Severus en soupirant. En fait Pansy n'aurait pas pu faire vivre Nott et elle-même sur un grand pied, à moins qu'elle ne continue de travailler et n'obtienne une grosse pension alimentaire des tribunaux californiens. Or elle n'était appréciée du public que sous la direction de Draco et à partir du moment où la presse aurait eu vent de sa trahison, sa popularité au cinéma, et ses gains, auraient chuté. Maintenant que nous savons que Nott avait une autre liaison en même temps, cela infirme le témoignage où il se déclarait fou d'elle. Son attrait était surtout financier et, comme elle avait ruiné son avenir en se faisant pincer en sa compagnie dans la suite de Draco, il a décidé de se débarrasser d'elle. Il est aussi possible qu'il n'ait jamais eu l'intention de l'épouser. Il l'aurait tuée parce qu'elle le harcelait. Qui sait ? De plus, Nott était le seul qui puisse physiquement contrôler ce revolver pendant le tournage de la scène. Même si Draco n'avait pas modifié le scénario de sorte que ce soit Nott, non Pansy, qui tire le premier, Nott était assez fort pour s'assurer que l'arme était pointée sur elle, pas sur lui, quand le coup partirait.
Cette conversation macabre et ce qu'elle impliquait firent frissonner Harry.
- Draco est-il au courant ?
- Oui.
- Qu'en dit-il ? Est-il curieux ou content ?
- Content ? répéta Severus avec un rire amer. Si vous aviez été condamné pour un crime qu'un autre aurait commis et que vous étiez totalement impuissant à faire bouger les choses, seriez-vous content d'apprendre que la personne que vous méprisez le plus au monde est sans doute la cause de tous vos malheurs ? Et puis il y a des complications, ajouta-t-il. Nous avons aussi eu des renseignements sur d'autres gens qui se trouvaient également sur le plateau à Dallas.
- Quel genre de renseignements ?
- D'abord, Angelina Johnson avait eu une liaison avec Nott des années auparavant. C'était fini entre eux, paraît-il. Pourtant elle était encore assez jalouse de Pansy pour aller raconter, une fois les remous déclenchés par le procès apaisés, qu'elle était ravie de la mort de celle-ci. Peut-être était-elle assez jalouse pour l'avoir provoquée. Et puis il y a Luna Lovegood, que l'on a dû bourrer de médicaments l'année qui a suivi le meurtre, réaction un peu excessive pour une spectatrice innocente. Colin Crivey, l'assistant-réalisateur du film, a mis aussi beaucoup de temps à s'en remettre, bien que tous le monde connaisse ses sentiments pour Nott. Voilà, conclut-il d'un air sombre, des indices nouveaux qui accusent tout le monde en même temps et sont donc complètement inutilisables.
- Oh, pas nécessairement. On pourrait demander à la police, au procureur général ou à celui qui s'occupe de ces affaires là, quel qu'il soit, de vérifier ces nouveaux éléments.
- Les autorités ont décidé que Draco était coupable, l'ont arrêté et traduit en justice. Je suis navré de vous ôter vos illusions, mais ils seront les derniers à souhaiter rouvrir le dossier, ce qui les ferait passer pour des imbéciles. Si nous trouvons une preuve irréfutable de la culpabilité de Nott ou d'un autre, je l'apporterai aux avocats de Draco et aux médias avant de la transmettre aux autorités qui tenteraient d'étouffer l'affaire. Le problème, c'est que nous avons peu de chances de découvrir autre chose. Nous avons déjà épuisé toutes les pistes en cherchant la femme avec laquelle se trouvait Nott. Nott a nié son existence, prétendant que le groom s'était trompé et que, s'il avait entendu une voix, ce devait être la télévision.
Severus baissa le ton comme si cela devait atténuer le coup qu'il allait lui porter.
- Draco comprend très bien tout cela. Il sait qu'il y a quatre-vingt-dix-neuf chances sur cent que Nott soit le meurtrier, mais il sait aussi que le système judiciaire ne remuera pas le petit doigt, à moins que lui ou moi, nous lui apportions une preuve à cent pour cent et je crains que ce soit impossible. Il est important que vous le compreniez vous aussi, Harry. Je ne vous ai dit cela que parce que vous êtes décidé à le rejoindre, et je pense que cela pourrait vous aider, si jamais vous veniez à douter de son innocence.
Harry rejeta cette logique fataliste de toute son énergie.
- Je ne cesserai jamais d'espérer. Je prierai, j'espérerai, je harcèlerai Dieu jusqu'à ce que votre enquête aboutisse à la preuve dont vous avez besoin.
Il semblait prêt à affronter le monde entier pour Draco, et Severus l'attira contre lui pour le serrer un bref instant dans ses bras.
- Draco a enfin eu de la chance le jour où il vous a rencontré, dit-il tendrement. Allez-y, priez, ajouta-t-il. Nous en aurons besoin.
Il plongea la main dans sa poche, en tira un stylo et une carte de visite, au dos de laquelle il inscrivit deux numéros de téléphone et une adresse.
- Ce sont nos numéros personnels à Chicago et à Carmel. Si vous n'arrivez pas à nous joindre, appelez ma secrétaire à ce numéro. Je lui donnerai des instructions pour que vous puissiez nous contacter n'importe où. Au dos, c'est notre adresse de Chicago. J'étais aussi censé vous remettre ce chèque de Draco.
- Dans sa lettre, il m'en indique l'objet. Je n'en aurai pas besoin.
- Je suis désolé, dit doucement Severus, de ne rien pouvoir faire de plus. Sincèrement désolé pour Draco et pour vous.
- Vous avez été merveilleux. Merci de m'avoir dit tout ça.
Quand Severus rejoignit Neville dans la voiture, Harry tendit à Pearl les vêtements qu'il avait rapportés du Colorado.
- Certaines raisons me laisse à penser que vous pourriez reconnaître ceci.
- Gardez-les, répondit Pearl, pour les souvenirs qui y sont attachés.
Inconsciemment Harry les serra contre sa poitrine d'un geste protecteur.
- Merci.
- Je pense comme vous que Draco contactera Severus très bientôt, dit Pearl en ravalant la boule que l'émotion avait fait naître dans sa gorge, mais êtes-vous absolument certain de vouloir vous lancer dans cette aventure ? Vous allez sûrement enfreindre une loi. On vous pourchassera tous les deux. Si vous avez de la chance, vous passerez le reste de votre existence à vous cacher.
- Dites-moi une chose, répondit Harry en soutenant son regard sans ciller. Si c'était Severus qui était loin, tout seul, et qui vous aimait, si c'était Severus qui vous avait écrit la lettre que vous avez lue ce soir, que feriez-vous ? Honnêtement, ajouta-t-il en songeant que sa nouvelle amie ne lui dirait peut être pas le fond de sa pensée.
Pearl poussa un soupir haletant et serra Harry dans ses bras.
- Je prendrais le premier moyen de transport qui me conduirait jusqu'à lui.
Du porche, Harry leur fit un signe de la main, puis il rentra et prit la lettre de Draco. Il s'assit dans un fauteuil, la relut, et les mots le réchauffèrent, le firent tressaillir et renforcèrent son courage.
Je t'aime, Harry. Je t'aime tant, bon Dieu ! Je donnerai toute ma vie pour un an avec toi. Six mois. Trois. N'importe quoi. Jamais je n'avais pensé avant toi que le sexe, c'était « faire l'amour ». Ecrire nous ferait espérer et rêver, et si je n'arrête pas, je vais mourir à force de te désirer.
Harry songea à ses dernières paroles dans le Colorado, à son amusement condescendant quand il lui avait avoué qu'il l'aimait : « Tu ne m'aimes pas, Harry. Tu es naïf et inexpérimenté, et tu ne sais pas distinguer entre une relation sexuelle réussie et le vrai amour. Maintenant sois gentil et rentre chez toi. » Et il les compara à la vérité de sa lettre : « Je t'aime, Harry. Je t'aimais dans le Colorado, je t'aime là où je suis. Je t'aimerai toujours. Partout. »
Devant une telle contradiction Harry hocha la tête, éberlué.
- Pas étonnant que tu aies remporté un Oscar ! murmura-t-il tendrement.
Harry se leva et éteignit la lumière de la salle à manger, mais il emporta sa lettre dans sa chambre pour la relire.
- Appelle moi, Draco, lui ordonna-t-il au fond de son cœur, et sors-nous de ce désastre. Appelle-moi vite, mon amour.
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Dans la maison voisine, les sœurs Maxime veillaient exceptionnellement tard, elles aussi.
- Elle a dit qu'on la prévienne, dit Athénaïs Maxime à sa jumelle rétive. Mademoiselle Weasley nous a demandé de l'appeler à Dallas à n'importe quelle heure, si nous remarquions la présence d'étrangers ou quoi que ce soit d'anormal autour de la maison d'Harry Potter. Maintenant donne-moi le numéro d'immatriculation de la voiture qui est restée garée la moitié de la soirée pour que je puisse le lui transmettre.
- Mais Athénaïs ! protesta Olympe en cachant le papier derrière son dos. Nous ne devrions pas espionner Harry, même pour le FBI.
- Nous n'espionnons pas ! lança Athénaïs en arrachant le papier des mains de sa sœur. Nous l'aidons à protéger Harry de ce… de ce monstre barbare qui l'a enlevé. De lui et de ses sales films ! ajouta-t-elle en décrochant le téléphone.
- Ils ne sont pas sales ! Ce sont de bons films et je crois que Draco Malfoy est innocent ! Comme Harry. Il me l'a dit la semaine dernière et il l'a déclaré à la télévision. Il ne lui a fait aucun mal et je ne vois donc pas pourquoi il le ferait maintenant. Si tu veux mon avis, lui confia Olympe, Harry est amoureux de lui.
Athénaïs cessa d'appuyer sur les touches pour appeler Dallas en PCV.
- Eh bien si il l'est, déclara-t-elle d'un air dégoûté, c'est qu'il est aussi bêtement romantique que toi. Il se languira de ce bon à rien, de cette vedette de cinéma, tout comme tu t'es languie de ce crétin de Rubeus Hagrid qui ne vaut même pas une heure de ton temps et ne l'a jamais valu !
A suivre…
Alors, ça vous a plu ? Je l'espère. La suite arrivera assez vite je pense mais d'ici là, dites moi ce que vous en avez pensé ! Bises
