Chapitre 36: Quand la haine prend le dessus.
Il était évident que Regulus était désolé. Il l'était toujours, quand il savait qu'il avait fait quelque chose de mal et qui déplaisait à Severus. Et jamais Severus ne lui en voulait bien longtemps. C'était au delà de ses moyens : comment aurait-il pu hurler de colère sur ce garçon sans qui il n'était rien ? Regulus était son seul ami, son seul confident, et la seule personne qui se souciait de lui. Son oncle avait beau dire, tout ce qui l'intéressait chez lui, c'était la Marque des Ténèbres qu'il recevrait, car le Maître le récompenserait d'avoir fait entrer dans le cercle des Mangemorts un serviteur aussi fidèle. Le reste avait-il de l'importance pour lui ?
Regulus était sans doute la seule personne qui donnait encore du sens à sa vie. C'était pour Regulus qu'il agissait ainsi. Le Maître, quand il serait Ministre de la Magie, exalterait les sang-pur et Regulus serait admiré, aimé de tout le monde. Les moldus disparaîtraient du pays, et en plus de venger sa mère, Severus pourrait se féliciter de faire partie de ceux qui avaient révolutionné la communauté magique. Regulus serait récompensé pour sa gentillesse. Que serait devenu le petit Severus, s'il ne l'avait pas connu ? Il se serait morfondu dans les jupes de sa tante, humilié par tous les autres enfants de son âge, et son oncle aurait eu pitié de lui, et l'aurait frappé comme son père frappait sa mère. Severus aurait alors commencé une longue descente aux enfers, puis aurait rencontré Potter, qui peut-être aurait tenté d'être son ami, et il aurait été envoyé à Gryffondor, puis tué par le Maître… Ou au contraire, Potter l'aurait expédié chez Satan encore plus rapidement, et il aurait fini par se pendre ou se tirer une balle dans la tête, comme un vulgaire moldu, s'en allant en laissant ainsi à tout le monde la preuve que Severus Rogue était bien le fils de Tobias Rogue, ce vulgaire moldu…
Mais Regulus était arrivé. Il avait été gentil avec lui. Il ne s'était pas moqué. Il avait compris ce qu'il pouvait ressentir face au drame familial auquel il avait assisté, et il était devenu son ami. Pour la première fois de sa vie, il avait eu quelqu'un à qui penser, quelqu'un d'autre que sa défunte mère. Pour la première fois de sa vie, il avait pu jouer avec quelqu'un, se créer un monde bien à eux. Plus rien n'avait été pareil. Et même si les Black étaient contre l'idée que leur fils fréquente un sang-mêlé, Regulus n'avait jamais cessé de le soutenir comme personne ne l'avait jamais soutenu hormis sa mère.
Alors comment lui en vouloir d'avoir désiré, pour une fois, penser à lui et à son propre bonheur ? Comment lui en vouloir d'avoir commis une grosse erreur en pensant bien faire ? En le regardant à contre-jour, Severus ne put lui faire le moindre reproche. Il n'y avait que deux responsables à cet écart : Potter et lui-même. Lui-même parce qu'il n'avait pas su veiller sur lui assez bien pour comprendre dès le début que Regulus était en danger. Il n'avait pas tout de suite su le remettre sur le droit chemin. Mais désormais, il lui avait prouvé qu'il était là pour lui et que plus personne ne pourrait tenter de lui faire du mal.
Et Potter parce qu'il avait tenté de l'envenimer avec des belles paroles censées le faire changer de camp. Il avait voulu le faire passer du côté des perdants. Il avait voulu lui prendre Regulus sous son nez, pour le narguer et lui dire « regarde, Servilo, ton copain maintenant c'est le mien, il ne va pas tarder à crever comme un vulgaire poisson hors de l'eau ». Mais Potter paierait pour ça. Très vite, il regretterait, et il comprendrait ce que c'était que mettre Severus Rogue en colère. Le Prince de Sang-Mêlé allait se réveiller pour ses ennemis…
-Il fallait tout de même que je te demande, Reg'. Depuis quand est-ce que tu me mentais ?
-Après les évènements du mois de mars.
Regulus avait répondu cela d'une voix lente, le regard résolument fixé sur les flammes dansantes de la cheminée de la salle commune. Severus eut l'impression qu'il parlait machinalement, sans penser, sans même chercher à se justifier, comme s'il avait décidé de tout avouer quelles qu'en soient les conséquences. Cela aurait pu l'énerver, mais Severus préféra y voir-là une preuve qu'il ne recommencerait plus, même si cela lui fit mal d'avoir été trahi pendant si longtemps.
-Et pourquoi est-ce que tu as fui, tout à l'heure ? Et comment ?
-Hilary a demandé à un voisin qu'elle connaît bien de lui prêter un peu de poudre de cheminette. Et si j'ai fui, c'est parce que j'avais peur que tu te mettes en colère.
-Tu sais bien que je suis incapable de me mettre en colère contre toi, Reg'.
-Contre moi oui, mais pas contre James Potter. Tu auras beau penser tout ce que tu veux, c'est un type bien.
Severus lui adressa un regard noir.
-Retire ce que tu viens de dire, Reg' ! Tu as vu comment il m'a amoché ? Retire immédiatement ce que tu viens de dire !
-Non. Ce qu'il a fait, il l'a fait en pensant m'aider. D'ailleurs, sa compagnie m'aurait vraiment fait du bien si tu n'avais pas été si possessif.
-C'est un reproche ? s'enquit Severus.
-Oui.
Severus fit craquer nerveusement ses doigts. A la base, c'était lui qui devait faire des reproches, pas Regulus. Surtout pas un Regulus qui venait d'avouer que depuis des mois, il avait fréquenté son pire ennemi.
-Tu me reproches de veiller sur toi, c'est ça ? maugréa-t-il.
-Non. Je te reproche de me fliquer. Regulus parlait toujours avec ce ton monocorde. Severus commença à s'en inquiéter.
-Je ne te flique pas, je prends soin de toi ! Et réveille-toi, on dirait un zombie !
-Si j'en étais un, peut-être que tu me laisserais vivre ma vie.
-Je te laisse vivre ta vie, Reg', je fais juste en sorte que…
-Que tu sois le seul à avoir mon estime, acheva Regulus. Si bien que si ça continue, tu vas la perdre.
Severus déglutit péniblement. Ce n'était pas comme ça que la polémique était censée se dérouler. Au fond, Regulus ne regrettait rien. Il acceptait juste de rompre tout lien avec Potter par lassitude de son comportement.
-Tu m'en veux ? demanda-t-il alors.
-Oui. Mais si je ne te parle plus, ça sera pire, alors quitte à être soumis à ta volonté, autant faire en sorte qu'il n'y ait pas trop de dégâts.
-Tu as oublié tout ce qu'on a vécu ensemble ?
-Je crois que c'est toi qui as oublié. Parce que si tu n'avais pas oublié, tu saurais que tu peux me faire confiance, et ce même si je fréquente James Potter. Tu saurais que dans l'urgence, il n'y aura toujours que notre amitié d'importante pour moi. Mais puisque je ne peux plus rien faire sans ton autorisation, et bien je ne ferai plus rien. Il va juste falloir que tu acceptes l'idée d'avoir fait de moi ton esclave.
-Tu n'as pas le droit de dire ça, murmura Severus en un seul souffle.
-Bien, chef. Ca ne fait qu'une interdiction de plus…
Severus poussa un juron et tapa si fort le poing contre l'accoudoir du canapé que Regulus sursauta et se recroquevilla légèrement sur lui-même.
-Qu'est-ce que je peux faire pour que tu comprennes que tout ce que je fais, je le fais pour ton bien ? lança-t-il avec désormais beaucoup plus d'agressivité. Tu crois que tu avais de l'avenir, du côté de Dumbledore ? Tu crois vraiment que le Maître t'aurait laissé en vie après ta trahison ?
-Officiellement, je ne suis pas encore son serviteur, répondit Regulus, buté.
-Tu l'as dit, officiellement tu ne l'es pas ! Mais je sais qu'il ne fait pas de cadeaux à ceux qui le lâchent en cours de route. Tu t'es engagé, Reg' !
-Non, tu m'as engagé à ma place !
Severus ouvrit de grands yeux ronds et rit devant son culot, mais son rire fut froid et menaçant.
-Tu es en train de remettre la faute sur moi, là ? questionna-t-il en le fixant d'un air mauvais. Tu es en train de me dire que si tu t'es fait aspirant, c'est à cause de moi ?
-Oui, c'est à cause de toi ! Qui m'a dit que le Maître était le meilleur parti à prendre ? Qui m'a fait ces discours comme quoi seul le Maître devait être aimé, car aimer quelqu'un par amour c'était signer son arrêt de mort ? Qui m'a dit que le Maître, c'est l'avenir ? Qui m'a fait passer ce stupide pacte à la con ?
-Je croyais que ce pacte n'avait aucune importance pour toi ? Tu me l'as dit l'année dernière !
-Oui, parce que je pensais qu'on pouvait être amis sans avoir besoin de se jurer mutuellement qu'on serait toujours là l'un pour l'autre ! Mais en fait, ce pacte, il n'a toujours été que dans un sens !
-C'est n'importe quoi !
-Non, ce n'est pas n'importe quoi ! rugit Regulus.
Désormais rouge de colère, il fit tellement de bruit que des têtes sortirent de leur dortoir pour voir ce qui se passait dans la salle commune. D'un vague signe de la main, il leur indiqua de repartir se coucher.
-L'amitié, c'est un mélange d'affection et de confiance. Toi, tu n'as que l'affection, et tu en as tellement que tu refuses de me partager. Tu penses que James Potter m'éloigne de toi, mais en fait, c'est le fait que tu penses ça qui nous éloigne. On aurait très bien pu rester aussi proches l'un de l'autre tout en ayant des amis chacun de notre côté. Mais toi tu préfères me garder pour toi tout seul, parce que tu es incapable de te faire d'autres amis.
-Tais-toi, ordonna Severus.
Même si c'était Regulus qui se trouvait en face de lui, la rage commençait à l'emporter et il n'était plus certain de pouvoir se contrôler s'il jouait au petit jeu de Potter.
-Me taire ? Mais pourquoi est-ce que je me tairais ? s'exclama Regulus, qui semblait lui aussi hors de lui. C'est encore un ordre ? Je n'ai plus le droit d'exprimer ma pensée, maintenant ? D'accord, maître, je suis votre esclave, je ne dis plus rien ! Mais tant que j'y suis, autant que je reste dans mon lit pendant les cours, pour être sûr de ne sympathiser avec personne ! Et tu peux écrire ton nom sur mon front, aussi, pour être sûr que tout le monde sache à qui j'appartiens ! Tu veux que je te dise, Severus ? Pendant toute ma vie je t'ai adoré au point de boire tes paroles et croire chacun de tes mots. Mais là, franchement, tu me répugnes.
Severus encaissa le coup sans broncher mais sentit son cœur se serrer plus fort que jamais.
-C'est une façon de me dire que tu ne veux plus de moi, c'est ça ? demanda-t-il tristement.
C'était une sensation étrange. Depuis toujours il avait redouté un tel moment et pourtant, jamais il n'avait pensé que ce serait ça, être sur le point de perdre quelqu'un de si cher à son cœur. Il s'était promis de rester fort si cela devait arriver, mais il se sentait plus faible que jamais. Il s'était juré de tout faire pour arranger les choses, mais il était si découragé qu'il était incapable de se défendre. Si Regulus le laissait tomber, il n'aurait plus rien d'autre que sa haine…
-Ce n'est pas une façon de te dire que je ne veux plus de toi, mais une façon de te dire que tu as changé, Severus. Avant, j'étais un gosse qui avait besoin de se sentir aimé. Tu es apparu comme un grand-frère et tu ne me décevais jamais. Mais depuis que le Maître est rentré dans nos vies, tout s'est effondré. Tu vis avec de la haine. Tu dors avec de la haine. Tu m'aimes même avec de la haine envers ceux qui m'approchent. Tu n'es plus le même… Et moi, c'est l'autre que j'admirais.
Severus s'enfonça un peu plus dans le canapé, comme s'il avait voulu disparaître. Alors finalement, tout était de sa faute ?
-Que faut-il que je fasse pour que tu me pardonnes ? bredouilla-t-il.
Demander pardon. Ce devait être la première fois que cela lui arrivait. Ce n'était pas quelque chose qu'on lui avait appris à faire : son oncle disait plutôt qu'il valait mieux imposer son pardon par la force. Mais pas sur Regulus…
-Il n'y a rien à faire, répondit tristement celui-ci. Rien que tu sois capable de faire, en tout cas.
-Je suis prêt à tout que tu m'aimes comme avant ! promit Severus. Je te décrocherai la lune si tu en as envie !
-Ce n'est pas la lune que je veux que tu décroches, Sev'.
-Alors quoi ?
-Quitte le Seigneur des Ténèbres et redeviens celui que tu étais avant.
Severus, dont le cœur s'était empli d'espoir, laissa l'accablement l'emporter. Décrocher la lune aurait été plus facile et beaucoup moins dangereux pour lui. Il était censé recevoir sa Marque des Ténèbres l'été suivant. Le Maître comptait déjà sur lui pour augmenter ses rangs. Et même pour Regulus Black, on ne pouvait faire marche arrière quand on avait promis quelque chose au Seigneur des Ténèbres…
-Tu sais bien que ce n'est pas possible, lui dit-il, le suppliant presque de trouver autre chose. Si je le quitte, il me tue…
Regulus, sans doute parce qu'il avait espéré que peut-être, il obtiendrait une autre réponse, parut déçu. Sans un mot de plus, il se leva et dirigea ses pas vers l'escalier qui menait à son dortoir, ne lui accordant plus le moindre regard. Severus s'en voulut de faire passer le Maître avant leur amitié mais ne pouvait se résoudre à mourir. A bon quoi se réconcilier si c'était pour que la mort les sépare à nouveau, de toute manière ?
-Reg', s'il te plaît, on peut peut-être trouver un arrangement ! le rappela-t-il. Je redeviens celui que j'étais et…
-Tu ne redeviendras pas mon Severus tant que tu exécuteras les ordres de ce type, coupa sèchement Regulus. Il t'a appris à haïr au point de vouloir tuer et ça, je ne peux pas l'accepter. Mon Severus n'est pas un assassin, tu sais. Mais son Severus à lui sera une machine à tuer.
-Tu sais que je ne peux pas le quitter ! répéta impatiemment Severus.
-Quand on veut, on peut. Choisis celui que tu veux être. Dans tous les cas, moi j'ai choisi ma vie. A toi de voir si tu en feras encore partie dans le futur…
-Ca veut dire quoi, ça ?
-Ca veut dire ce que ça veut dire. Si tu quittes le Maître, on repart comme avant pour le restant de nos jours. Sinon… je ne veux plus rien avoir à faire avec toi.
Severus sut à ce moment qu'il ne plaisantait pas, et que c'était la fin de leur si belle amitié.
oOo
-Tiens, mets ça sur ton œil, dit gentiment Lily en tendant à James une pâte jaunâtre qui sentait aussi mauvais que les boules puantes qu'il adorait jeter avec Sirius quand ils étaient plus jeunes. Ca va effacer les marques et t'apaiser un peu.
James la remercia et étala avec réluctance un peu de pâte à l'aide de son doigt. Sirius fit la grimace quand l'odeur arriva à ses narines et Gwenog pouffa de rire. James leur adressa un regard noir et s'efforça de penser à l'œil au beurre noir qui aurait disparu d'ici quelques minutes.
La salle commune était presque vide. Deux cinquième année baillaient sur leurs interminables devoirs. Quand ils s'en iraient, il ne resterait plus que les septième année, qui s'étaient tous réunis autour de la cheminée quand James était rentré. Il aurait préféré ne pas faire l'objet d'une telle attention et si cela n'avait tenu qu'à lui, il serait monté directement se coucher pour se calmer, mais ses amis n'avaient pas voulu le laisser passer avant qu'il ne leur ait expliqué pourquoi un de ses yeux était noir, d'où provenaient les ecchymoses de ses bras et pourquoi il avait encore saigné du nez. Et depuis, il n'avait pas pu bouger du fauteuil, mais comme ils n'avaient pas changé d'avis, il s'était résigné à leur expliquer qu'il avait croisé Rogue dans un couloir, qu'un duel avait éclaté et qu'ils avaient tous les deux terminé dans le bureau de Rusard, qui les avait gardés si longtemps que la nuit était tombée. Personne n'avait voulu le croire pour la simple raison que Sirius avait lui aussi eu des ennuis avec le concierge –des vrais ennuis, puisqu'il avait fait perdre cinquante points à Gryffondor en s'énervant sur lui– et que jamais il ne les avait vus débarquer dans le bureau.
-Je suis certain qu'en fait, tu as croisé Rogue, l'entretien a mal tourné et vous vous êtes retrouvés je ne sais où pour terminer le duel, lança Sirius.
-Ou alors, tu as voulu réfléchir à ce qui s'était passé entre toi et Lily au bal, et…
-Je t'arrête tout de suite, Gwen, il ne s'est rien passé entre moi et Lily, coupa James.
-Moi je pense que tu es allé dans la forêt interdite et que tu es tombé sur une créature pas très sympathique, suggéra Nikita.
-Moi je crois que vous êtes tous à côté de la plaque mais que je ne peux pas vous dire ce que j'ai fait pour des raisons personnelles, conclut James. Maintenant, si vous voulez bien me laisser aller me coucher, disons que j'ai un peu la rage et il vaudrait mieux que je dorme…
Ce qui s'était passé chez Hilary avait du mal à sortir de sa tête, même si cela faisait maintenant des heures que Rogue s'en était allé. Apprendre la vérité sur ce qui s'était passé dans le dortoir des Serpentard avait déjà été suffisamment difficile, mais ce crétin de Servilo avait choisi ce moment pour régler ses comptes. Le duel avait commencé à la baguette –James avait tenu à ce que sa cousine reste en dehors de ça, surtout après s'être remémoré des souvenirs si douloureux – puis, il ne savait comment, ils en étaient venus aux mains. Après un tumulte de cris de rage, de surprise et de douleur, Rogue avait pris la fuite. Hilary s'était empressée de prendre des nouvelles de son cousin, qui avait assuré que ça allait et que c'était plutôt à lui de s'inquiéter pour elle. Elle avait répondu qu'après tant de temps, elle s'était faite à l'idée d'avoir, en une nuit, saccagé une partie de sa vie et d'elle-même.
James avait hésité à en parler à Sirius. Il l'aurait pris à part et lui aurait tout expliqué. Mais il s'était dit que si Hilary avait voulu qu'il soit au courant, elle lui aurait avoué la vérité depuis bien longtemps et que si elle s'était tue, elle devait avoir ses raisons. Mais un jour, justice serait rendue. A la fin de l'année, James aurait tous les ASPICs nécessaires pour être auror. Tous ces enfoirés seraient punis comme ils le méritaient…
-Genre tu vas dormir avec ce truc puant sur la tête ! se moqua gentiment Remus.
-Peter arrive bien à dormir dans un lit qui pue la moisissure !
-De toute façon, là n'est pas la question, intervint Lily en tendant à James un verre rempli d'eau claire et fraîche.
En d'autres circonstances, il aurait pu être flatté par de telles attentions. Il était vrai que Lily avait été adorable durant tout le bal, et qu'il aurait sans doute dû la remercier, voire reprendre leur conversation interrompue par la chute de Peter. Mais le bal semblait loin, même si une journée à peine s'était écoulée depuis. Il n'avait pas le cœur à essayer d'y voir clair dans celui de Lily : la jeune femme qui occupait son esprit, à cet instant, était Hilary.
-Nous disions avant que tu arrives, reprit Lily, qu'il nous manque encore deux ingrédients pour terminer le remède qui soignera Nikita. Un doigt humain, et vingt millilitres de bile de gobelin.
-Et ?
-Et ça serait bien qu'on s'en procure rapidement car avec les tout nouveaux ASPICs instaurés par le Ministère, il y a un risque que Nikita doive être en contact avec de l'eau, répondit Remus.
-Les ASPICs ? Mais on est en novembre ! s'exclama James.
-Les premières épreuves débuteront après les vacances de Noël, expliqua Remus.
-Et il faudra laisser la potion reposer quelques temps avant de pouvoir la boire, renchérit Lily. En d'autres termes, il est temps qu'on se dépêche.
-Facile à dire, mais comment voulez-vous qu'on trouve de la bile de dragon ? marmonna James. Il faudrait aller en chercher Allée des Embrumes, mais personnellement, si je peux éviter d'y mettre les pieds…
-Sirius dit que sa mère en avait toujours quelques flacons chez elle, dit Gwenog.
-Mais il est hors de question que je remette les pieds dans cette baraque, prévint Sirius.
James les dévisagea tous à tour de rôle et comprit où ils voulaient en venir.
-En gros, vous voudriez que j'aille chez Alicia Black prendre un flacon de bile de gobelin et le ramener ici ? questionna-t-il.
Il éclata de rire devant l'absurdité de leur plan.
-Ok, je suis peut-être un peu téméraire, mais pas complètement cinglé non plus ! s'exclama-t-il.
Sa remarque fit sourire certains de ses amis mais il leur fit remarquer que ce n'était pas une plaisanterie. Il n'était pas vraiment d'humeur à jouer le petit voleur dans la maison des Black.
-Quand est-ce qu'il faudrait que j'y aille ? demanda-t-il tout de même pour savoir si cela lui laissait un peu de temps pour se remettre d'aplomb.
-Ce soir.
James vit dans les yeux de Sirius qu'il ne plaisantait pas, lui non plus. Il y avait dans son regard une lueur grave qui ne permettait pas de douter que c'était ce soir ou jamais. Et devant le silence pesant qui s'était installé, James sut que tous comptaient sur lui.
-Ce soir… répéta-t-il, blasé. Et pourquoi ce soir et pas un autre soir ?
-C'est ce soir qu'a lieu le salon de la baguette magique, expliqua Sirius. Mes parents y vont tous les ans et restent toujours boire un verre chez les Malefoy après ça, donc la maison sera vide une bonne partie de la nuit. Il restera Kreattur, mais passé une certaine heure, il dort comme un loir.
-Et personne n'aurait pu me prévenir un petit peu plus tôt ? marmonna James.
-C'est paru ce matin seulement dans le journal, se défendit Sirius.
James soupira pour leur montrer que l'idée lui déplaisait.
-Et pourquoi est-ce que c'est moi qui dois y aller ? grogna-t-il. Nikita, pourquoi est-ce que tu n'y vas pas, toi ?
-Je suis collé, tu le sais très bien.
James soupira une nouvelle fois et se tourna vers Franck, mais celui-ci fit non de la tête.
-J'ai pris trop de retard dans mon boulot, s'excusa-t-il.
-Moi je veux bien t'accompagner, dit Lily. La dernière fois, on a fait une bonne équipe !
-Hors de question que tu viennes avec moi, réfuta James.
Lily parut indignée.
-Et pourquoi ? répliqua-t-elle. Je ne suis pas assez bien, c'est ça ?
-Non, mais c'est trop dangereux !
Lily leva les yeux au plafond.
-Que veux-tu qu'il m'arrive ? Que je me fasse mordre par l'elfe de maison ?
-Si les Black reviennent avant l'heure, ça va être sanglant, dit sèchement James. Tu ne viens pas, fin de la discussion !
-Mais…
-Fin de la discussion ! gronda James. Quelle heure il est ?
-Vingt-trois heures trente, répondit Hestia.
-Largement l'heure d'y aller, alors, rétorqua James en se levant.
Il se hâta dans l'escalier et se précipita dans son dortoir, puis passa rapidement sa tête sous l'eau pour retirer la pâte malodorante et toutes les traces de fatigue que son visage pouvait porter. Il nota que sa cape d'invisibilité et la carte du Maraudeur avaient déjà été déposées sur son lit : Sirius avait été persuadé qu'il accepterait, sans doute. Par précaution, James y ajouta la dague de Gryffondor. Cela pouvait toujours servir…
James n'avait aucune envie de quitter le château, mais savait que s'il ne le faisait pas, personne ne le ferait. C'était lui qui avait promis à Nikita la guérison, et il était le seul avec Sirius à être dans son élément quand le soleil s'était couché et que l'obscurité dominait aux alentours. Il connaissait un peu la grande maison des Black pour en avoir souvent entendu parler par ses parents et Sirius lui-même, et savait que les fioles interdites se trouvaient dans un tiroir de la chambre des Black. La niche de Kreattur avait été installée dans la cave, plus loin que la cuisine encore, et s'il restait silencieux, il ne serait pas repéré. Si tout se passait bien, en une heure il avait terminé et plus personne ne viendrait l'agacer avant un bon bout de temps. Il pourrait réfléchir à ce qu'il adviendrait d'Hilary : si elle rentrerait, si elle resterait pour ne pas revoir ces imbéciles de Serpentard, si elle rentrerait mais resterait au manoir…
-Je ne t'abandonnerai plus… promit-il tout bas, même s'il avait conscience qu'elle ne pourrait jamais entendre ces mots.
Il avait cru qu'elle était devenue folle. Il l'avait détestée secrètement certains soirs de l'été, au souvenir de tous les merveilleux moments qu'ils avaient passé ensemble et qui avaient semblé révolus. Au final, Rogue l'avait droguée pour l'éloigner de Regulus et ses enfoirés d'amis avaient abusé d'elle. Comment pouvaient-ils se regarder dans le miroir après ça ? James n'était même pas certain de pouvoir retenir sa haine quand il les verrait. Depuis le début, Servilo venait le provoquer sans gêne, comme s'il avait oublié ce qu'il avait fait. Aubrey Bertram… Il l'avait forcée à sortir avec elle, le menaçant de recommencer… Aubrey Bertram, une belle ordure, lui aussi. Il verrait ce qu'il en coûtait de s'en prendre aux Potter… La prochaine fois qu'il croiserait son regard, James lui ferait payer pour tout ce qu'il avait osé faire. Il n'était pas un garçon violent, mais il y avait certaines choses qu'il était incapable de supporter. Sa petite Hilary, ainsi humiliée… Heureusement que Sirius n'était pas au courant, au fond. Sirius serait encore plus en colère que lui. Il était un Black, après tout, et James savait parfaitement que quand Alicia Black s'énervait, les dégâts étaient importants. Alors si Sirius se mettait hors de lui, Aubrey Bertram pouvait d'ores et déjà préparer son testament…
James estima que finalement, c'était peut-être mieux qu'il doive se rendre à Londres avant de se coucher. La journée avait été si éprouvante qu'il n'aurait pas pu dormir et aurait de toute façon fini par se lever. Il avait une colère à évacuer avant que quelqu'un ne réalise que quelque chose n'allait pas. Londres lui permettrait de penser à autre chose, et lui offrirait le plaisir de nuire à des gens comme Rogue. En attendant mieux…
Quand il redescendit dans la salle commune, les deux cinquième année s'en étaient allés. C'était sans doute Lily et Remus qui avaient usé de leur pouvoir de préfet pour les faire disparaître. Ils s'étaient donné du mal pour rien car James ne s'arrêta même pas auprès de ses amis : d'un pas décidé, qui révélait son intention de régler le problème au plus vite, James avança en ligne droite jusqu'au portrait de la Grosse Dame, ignorant leurs conseils, protestations et mots d'encouragement. Marauder le calmerait, comme toujours. Et il ne lui restait plus qu'à prier pour qu'il ne croise pas Rogue, Bertram ou un autre sur sa route… Cette nuit serait une nuit de péchés. Il allait s'introduire dans un domicile et y voler de la bile de gobelin à deux cents gallionsles dix millilitres. S'il devait en plus casser quelques nez, ce ne serait pas un vrai problème.
Néanmoins, il ne croisa personne et arriva facilement dans le parc. La lune était bien ronde. Elle serait pleine le lendemain, sûrement. Une pensée s'envola vers Remus, qui avait dû passer une mauvaise journée, lui aussi. Dumbledore l'avait interrogé au sujet de l'aconit. Il avait dû se montrer compréhensif, comme à son habitude. Dumbledore comprenait toujours. Même s'il allait coller son poing dans la face d'ange de Bertram, il comprendrait. Un grand homme, Dumbledore. Cependant, il était parfois trop gentil avec ceux qui ne le méritaient pas. Il aurait dû renvoyer Servilo dès qu'il avait appris ce qu'il avait fait pour détruire Poudlard. Et avec un peu de chance, il se serait ensuite fait buter par un auror. Ca, ç'aurait été bien…
James avait à peine refermé la grille qui marquait l'entrée de Poudlard que déjà, il s'apprêtait à transplaner. Sirius lui avait parlé d'un cul-de-sac à quelques centaines de mètres de chez lui, qui sentait fortement l'urine et qui abritait toujours quelques ivrognes trop soûls pour comprendre que des sorciers apparaissaient juste sous leurs yeux. Ce fut là que ses pieds se reposèrent et brisèrent une bouteille de bière. Un chien aboya au loin, effrayé par ce bruit soudain. L'homme qui sentait fortement l'alcool et qui dormait contre le mur ne se réveilla pas. James se pressa vers le pâté de maisons qu'il savait être celui où résidaient les Black et chercha le numéro douze, Square Grimmaurd. Il ne put s'empêcher de sourire en constatant que la porte était protégée par tout un tas de sortilèges qui la faisaient luire dans la nuit. Mais les moldus ne pouvaient s'en apercevoir à cause du sortilège qui rendait la maison invisible à leurs yeux. Ce devait sans doute être la plus grande peur d'Alicia : qu'un moldu vienne souiller sa maison par sa simple présence. Mais toutes les protections qui entouraient la maison rendaient impossible ce fait, et compliquaient énormément la tâche de tous les mages désirant y faire intrusion. James, lui, n'aurait pas ce problème : Sirius lui avait un jour clairement expliqué que ses parents avaient installé un dispositif en cas d'urgence, qui évitait d'avoir à déjouer tous les sortilèges. Il suffisait en fait de cogner trois fois contre la pierre la plus proche de la poignée en forme de serpent et la porte s'ouvrait toute seule pour quelques secondes.
Le hall d'entrée était tel qu'il l'avait imaginé : luxueux et horrible à la fois. Le style décoratif était tout le contraire de celui d'Æternum Asylus. Outre le papier peint gris aux motifs assez douteux –James crut reconnaître le corps d'une femme dont la tête avait été dévorée par un basilic– les tapis sur lesquels il marchait ressemblaient à des paillassons, mais des paillassons couleur jaune d'or. Des lampes à huile éclairaient le long couloir que terminaient un escalier sombre et ciré à la perfection et un porte-parapluie représentant une jambe de troll, tandis qu'un candélabre en forme de serpent semblait défier le lustre de la même forme. James prit bien soin de marcher sur la pointe des pieds pour ne pas réveiller les personnes dormant dans les nombreux tableaux accrochés au mur, qui représentaient d'après Sirius les plus grands de ses ancêtres.
La chambre du Gryffondor était la moins lugubre. Elle ressemblait un peu à leur dortoir de Poudlard, mais avec une tapisserie plus sombre. Ce n'était pas le cas de la chambre de Mr et Mrs Black, au dernier étage. James poussa une exclamation de surprise mêlée d'effroi en y entrant : la pièce regorgeait de magie noire. C'était à se demander comment des gens pouvaient y dormir. Le lit semblait tâché de sang –James ignorait si c'était la couette qui donnait cet effet où s'il y avait réellement du sang qui avait coulé sur la literie. Sirius lui avait parlé un jour des choses douteuses que ses parents faisaient parfois pendant leurs nuits d'amour. James préféra imaginer que ce sang ne provenaient pas de ces instants un peu particuliers…
Dans un des coins de la chambre semblait l'épier un mannequin dévêtu. James se sentit mal à l'aise en observant ses deux orbites vides et eut comme l'impression que sa lèvre se déforma en un rictus méchant. Secouant la tête pour chasser cette idée de son esprit, James dévia le regard vers le coin opposé et lui tourna le dos. Sa sensation d'insécurité n'en fut qu'amplifiée.
Sur une petite étagère était rangée une dizaine d'ouvrages dont les noms ne laissaient envisager rien de bon : Cent méthodes de torture, Mythologie et châtiments corporels, Extase et supplice… James savait que Sirius avait parfois passé d'horribles moments avec sa mère. Il lui avait parlé de punitions qu'une mère ne devrait jamais faire à l'un de ses enfants. Il n'osa même pas feuilleter ces ouvrages pour avoir une idée ce que qu'avait eu à supporter son frère de cœur.
Le mobilier était un ensemble de meubles de bois de noyer dont toutes les pointes, toutes les arêtes étaient savamment sculptées. C'était prévisible : les scènes gravées dans le bois étaient toutes assez morbides. Un instant, James imagina le visage d'Aubrey Bertram à la place de la femme empalée sur le dossier de la chaise qui faisait face à un grand miroir incrusté de pierres précieuses et qui capta rapidement toute son attention. Parce qu'il dégageait comme une force étrange ou parce qu'il semblait l'appeler, James ne put s'empêcher de s'approcher tout près de lui et de l'effleurer des doigts. Au contact du verre froid, il frissonna : le miroir vibra et l'image d'un lit d'hôpital vint remplacer son reflet. Rosanna dormait d'un sommeil agité. Elle n'était plus reconnaissable : tout son teint était désormais verdâtre et son visage s'était déformé en quelque chose d'hideux. Ses mains n'étaient plus des mains mais des pattes griffues qui pourraient déchiqueter n'importe quoi. James ne sut que c'était sa mère que parce qu'il avait conscience qu'elle était la seule à avoir jamais subi une telle transformation.
Rapidement, le spectacle fut insupportable. Le jeune homme tapa du poing contre le miroir, ne sachant pas vraiment s'il espérait le briser ou juste lui faire savoir qu'il fallait que cette image disparaisse. L'objet, comme s'il avait compris, vibra à nouveau et une autre scène apparut. Les sourcils froncés, James distingua un tapis roulé au fond d'une pièce sombre qui devait être un bureau. Un large pentacle d'invocation avait été dessiné à la craie blanche sur le sol. En son centre avait été inscrit un démon, tandis que des photos avaient été dispersées tout autour, à la pointe de chaque branche de l'étoile. Mais quand il plissa les yeux pour tenter de discerner qui seraient les prochaines victimes, James sentit une main se poser contre son épaule et enfoncer ses ongles dans sa peau. Sa cape d'invisibilité glissa à terre. Il poussa une exclamation de surprise et fit volte-face, le cœur battant à toute allure. Avec horreur, il se retrouva nez à nez avec Alicia Black, qui avait l'air particulièrement en colère. Il ne l'avait jamais vue d'aussi près mais comprit à l'instant même où leurs yeux se croisèrent l'enfer qu'avait dû vivre Sirius. Cette femme était tout simplement terrifiante, de ses pupilles menaçantes à sa grande taille, en passant par ses ongles pointus et la baguette magique qu'elle tenait dans son autre main. Sa robe était jolie, pourtant. Pour une fois, elle avait revêtu des couleurs assez neutres et claires, et son chignon serré dégageait une gorge fine et ornée de bijoux coûteux. Sans cet air de cruauté qui l'accompagnait en permanence, elle aurait pu être belle.
-Alors c'était vrai, ce qu'on m'a dit… lança-t-elle.
Sa voix était grave, presque masculine, mais James savait qu'elle faisait jouer ses cordes vocales selon l'impression qu'elle désirait donner. Il s'efforça de se calmer, peu désireux de montrer de lui l'image d'un Potter qui n'en avait que le nom.
-Qu'est-ce qu'on vous a dit ? interrogea-t-il froidement.
-Que Potter m'attendait dans ma chambre… Cela dit, je ne m'attendais pas à ce Potter-là…
Sa bouche s'étira en un rictus empli de méchanceté.
-Où sont donc tes parents, James ? nargua-t-elle. Il paraît que ton père commence à péter les plombs. Si c'est le cas, préviens-moi ! Je ne voudrais pas manquer ça !
-Mon père ne pète pas les plombs, rétorqua James, les dents serrées.
-Tais-toi, petit morveux.
James se dégagea de sa prise d'un mouvement brusque de l'épaule mais dut se rendre à l'évidence : il n'avait de toute manière aucun moyen de fuir autrement qu'en transplanant –ce qu'elle ne lui permettrait jamais de faire, puisqu'elle avait déjà sa baguette pointée sur lui. La cheminée se trouvait derrière elle, tout comme la porte. La fenêtre était trop éloignée du sol pour qu'il puisse sauter. C'était comme s'il était déjà à sa merci. Néanmoins, il n'avait pas la moindre envie de se laisser faire. Il avait déjà frappé Rogue pour s'en sortir, et s'il fallait qu'il recommence, il n'hésiterait pas. Alicia Black, sans baguette, ne devait pas valoir grand-chose face à quelqu'un armé d'une dague…
-Dis-moi, qu'est-ce que tu étais entrain de fabriquer dans ma chambre, James ?
Mrs Black, tout en parlant, s'était avancée vers lui, diminuant un peu plus la distance qui le séparait de sa baguette menaçante. James recula mais fut bloqué par un mur.
-Alors, qu'est-ce que tu faisais, Potter ? Qui t'envoie ? Ton père ? Sirius ?
-Personne ne m'envoie, répondit sèchement James. Je suis assez grand pour prendre des initiatives seul.
Mrs Black rit méchamment.
-Oui, j'ai entendu dire que l'année dernière, tu es allé jouer le héros devant le Seigneur des Ténèbres, rétorqua-t-elle. Tu devrais faire attention, James. Ce petit jeu est dangereux. Un jour, il t'arrivera un gros pépin, comme à ta mère. Je crois même que ce jour est arrivé…
Elle claqua des mains et le mannequin se réveilla. Soudainement pourvu d'une mobilité inquiétante, il se mit à avancer lourdement vers James, les bras en avant comme les revenants selon l'image que les moldus se faisaient d'eux. Même s'il ne pouvait le voir, il se dirigeait exactement dans la bonne direction. D'ici quelques secondes, il serait sur lui…
James voulut bondir de côté, mais Alicia Black dut deviner ses intentions, car elle fit glisser son lit à l'endroit même où il désirait s'en aller. Pour lui bloquer toute issue, elle se plaça elle-même de l'autre côté. Complètement encerclé, James se sentit contraint de sortir sa baguette magique, même s'il savait qu'elle ne lui serait pas d'une grande utilité face à une sorcière maîtrisant la magie noire et un mannequin ensorcelé qui, comme il le comprit en tentant de l'immobiliser, absorbait les sortilèges qu'il lui lançait sans même en subir les effets.
-Alors dis-moi, Potter, qu'est-ce que tu cherchais dans ma chambre ? C'est la dernière chance que je te donne, mon petit, prévint Mrs Black d'une voix mielleuse. Si tu ne réponds pas, je vais être obligé d'employer contre toi quelques unes des méthodes que renferment ces livres…
Elle désigna d'un signe de la tête les ouvrages de la bibliothèque.
-Cher Sirius a dû t'en parler, non ? railla-t-elle. Il en a testé pas mal…
-Il ne m'en a jamais parlé, répliqua James, un sourire narquois aux lèvres. A croire que ça ne faisait pas si mal que ça…
C'était un mensonge, bien entendu, mais elle ne pouvait pas le deviner. Sirius était de toute façon très discret sur les châtiments que lui avait infligé sa mère. James se demandait même si les Maraudeurs et les Black eux-mêmes n'étaient pas les seuls au courant.
-Dans ce cas je vais me servir des mêmes méthodes de torture, et tu me donneras ton avis… murmura Alicia Black d'une voix doucereuse. A moins bien sûr que tu m'expliques ce que tu fabriquais dans ma chambre…
-Votre fils m'avait parlé de votre miroir magique, mentit James. J'ai voulu voir ma mère et celui qui avait commandité son agression, c'est tout.
Mrs Black haussa les sourcils, sceptique.
-Vraiment ? demanda-t-elle. Et comment est-ce possible, puisque nous avons déniché ce fabuleux miroir cet été, et que Sirius n'a pas remis les pieds ici depuis l'été d'avant ?
-Je ne crois pas avoir précisé de quel fils il s'agissait, répondit James du tac au tac.
-Regulus ne t'aurait jamais parlé de ce qui se trouve dans ma chambre, Potter.
-Regulus a simplement voulu me narguer en me disant qu'il avait vu dans quel état était ma mère.
Alicia Black sembla fière de son dernier fils.
-Dans ce cas, si tu venais juste pour cette histoire de démon, je vais te conduire directement chez le propriétaire de cette charmante bête, minauda-t-elle.
Elle claqua des mains et James n'eut pas le temps de réagir : persuadé qu'elle allait faire apparaître des cordes autour de ses poignets, il ne vit pas le mannequin lui bondir dessus pour le maintenir fermement, l'empêchant d'esquisser le moindre mouvement avec ses bras. Sa baguette magique tomba mais Alicia la déposa dans sa poche.
-Je ne suis quand même pas si méchante, ironisa-t-elle.
Puis, elle l'empoigna par les vêtements et éleva sa baguette. Une seconde plus tard, James reconnaissait cette étrange sensation qui accompagnait les fois où il transplanait.
Il n'était jamais venu dans cette grande demeure dans laquelle elle l'avait conduit, mais son cœur fit un bond dans sa poitrine quand elle appela d'une voix enjouée quelqu'un qu'il ne connaissait que trop bien. D'une démarche hésitante, Philip Rush descendit l'escalier en spirale en face d'eux et s'arrêta net en distinguant qui elle lui avait amené. Un sourire mauvais assombrit alors son visage.
-James ! s'exclama-t-il.
Il franchit les quelques marches qui les séparaient en une seule grande enjambée et les rejoignit dans ce qui devait être son salon. James refusa de laisser son regard quitter cet homme qui avait détruit la vie de sa mère mais pouvait discerner du coin de l'œil un long fauteuil de cuir. Un instant, il se demanda si Rosanna s'y était déjà assise à l'époque où elle avait fait semblant de vivre une belle histoire d'amour avec lui.
-Alicia, quel plaisir me fais-tu là ! jubila-t-il. Comment vas-tu, James ?
La petite caresse qu'il fit à sa joue réveilla en James une violence qui ne lui était pas habituelle. Maintenu trop fermement par le mannequin, il ne put bouger mais sentit son sang bouillir dans ses veines. Une envie de tout casser l'anima et il se débattit de toutes ses forces, mais un cri de rage sortit de sa gorge quand il constata que ce n'était pas suffisant pour se libérer. Il adressa alors à Rush le regard le plus menaçant qu'il pouvait, comme une promesse de vengeance. Sa mère à l'hôpital à cause de cet homme qui se tenait devant lui. Sa mère transformée en monstre à cause de cet homme qui se tenait devant lui. Tout ce qui s'était passé en mars à cause de cet homme qui se tenait devant lui…
-Pourquoi est-ce que vous faites tout ça ? demanda James avec hargne.
Il voulut paraître fort mais sa voix trembla de rage et de chagrin. Rush eut un petit sourire attendri.
-Merci de me l'avoir amené, Alicia, dit-il seulement.
Il glissa ses mains dans les poches de James et en ressortit sa dague et sa baguette.
-Oh, la dague de ce bon vieux Godric… murmura-t-il.
Un vieil elfe de maison accourut et vint le débarrasser de ces objets.
-Monte les dans le bureau, Tètdeuf, ordonna Rush.
L'elfe disparut aussitôt.
-J'ai pensé que tu serais content de l'avoir chez toi, expliqua Alicia Black. Vois-tu, je l'ai trouvé dans ma chambre en train d'observer ton bureau à travers mon miroir. Je me suis dit que s'il voulait en savoir plus sur ce qui était arrivé à sa mère, autant le mener directement chez toi…
-Tu as bien fait, assura chaleureusement Rush. Je te remercie.
Mrs Black claqua des doigts et le mannequin relâcha sa prise. James se retint de bondir sur Rush uniquement parce qu'il était désarmé et que ç'aurait été stupide de sa part de tenter quelque chose avant d'avoir récupéré de quoi se défendre. Il regarda la mère de Sirius s'en aller avec son soldat de plastique comme elle était arrivée, par transplanage, puis se retrouva seul avec celui qui devait désormais être son pire ennemi. Celui-ci lui fit signe de le suivre. James obéit, poussé par la pensée que puisqu'ils montaient, ils se rapprochaient de sa baguette magique. Il eut néanmoins l'impression de rêver : il suivait les pas de celui qui avait lancé un démon sur sa mère, en toute liberté, au beau milieu de sa grande demeure dans laquelle devait encore être dessiné le pentacle d'invocation de la créature qui avait attaqué Rosanna.
-Alors comme ça tu voudrais en savoir plus sur toute cette affaire ? lui demanda Rush.
Il poussa une porte et tous deux entrèrent dans la pièce que James avait découverte quelques minutes plus tôt. Le pentacle était là, juste sous ses yeux, entre Rush et le tapis roulé contre un mur. Un bureau le surplombait, avec sa chaise roulante. Des photos de Rosanna y étaient posées, comme si Rush les avait admirées avant que Mrs Black ne l'appelle.
-Elles sont belles, n'est-ce pas ? dit tristement l'homme quand il suivit le regard de James. Je les avais prises à l'époque où ta mère et moi étions… enfin ça n'a pas d'importance.
James déglutit avec peine. Malgré lui, ses yeux le picotèrent et s'humidifièrent. Sa mère, sur ces clichés, était toujours belle et souriante. Son visage était celui qui avait bercé ses nuits d'enfance. Même si elle jouait la comédie, elle paraissait heureuse. Mais rien ne serait plus jamais comme à cette époque. Cette beauté ne serait plus visible que sur des photographies usées, cette gentillesse ne serait plus qu'un souvenir. Ils oublieraient le son pur de son rire, la douceur de sa voix. Tout ne serait plus qu'une pâle imitation de la réalité…
-Pourquoi est-ce que vous avez fait ça ? redemanda James avec agressivité.
Rush, à cet instant, ne parut pas plus inhumain que n'importe qui. Son visage était juste triste, comme s'il regrettait d'avoir eu à le faire. Il parut même sur le point de le serrer contre lui. James l'aurait repoussé s'il l'avait fait : les remords ne faisaient pas tout. Même s'il regrettait, ce qu'il avait fait était monstrueux et il le haïrait pour toujours.
-Tu sais, on fait parfois des choses que l'on n'a pas envie de faire, James, avoua Rush. Ta mère m'a humilié, tu le sais, ça ? Elle m'a humilié et il fallait que je me venge. Son sort n'est que la monnaie de sa pièce.
-Vous êtes monstrueux, méprisa James. Mon père aurait dû vous tuer il y a bien longtemps ! Je vous jure que quand il apprendra la vérité…
-Il la connaît déjà, la vérité, coupa Rush. Il sait que ma fille Sarah a falsifié tous les remèdes que les guérisseurs de Ste-Mangouste avaient préparé pour tenter de la sauver ! C'est pour cela que je dois agir vite : il sait déjà tout ! Sarah s'est enfuie, mais il va tenter de m'atteindre moi ! Mais je l'attendrai avant, crois-moi !
James fronça les sourcils. Rush se déplaça pour le laisser admirer la totalité du pentacle. Il semblait beaucoup plus grand vu de près que dans le miroir de Mrs Black, et il put discerner les visages qui encerclaient le petit démon dessiné à la craie. Son cœur s'arrêta alors de battre : les prochaines victimes ne seraient autres que son père, Bruce, Cristopher, Joshua et John. Son père et le restant de ses oncles…
-Vous comptez lancer le démon sur eux ? questionna-t-il d'une voix mal assurée.
Rush inclina légèrement la tête de côté et eut un air désolé.
-Une chose en engendre une autre, James. Je ne fais pas ça pour vous nuire mais pour faire plaisir à Rosanna. Elle sera heureuse de vous retrouver… Vous serez tous des démons mais serez à nouveau réunis dans l'au-delà qui vous servira de logis…
-Vous êtes complètement cinglé… murmura James. Je ne vous laisserai pas faire !
-C'est trop tard, James. J'ai invoqué le démon dans la soirée. La route qui sépare son monde et le nôtre est longue mais demain soir –ou plutôt devrais-je dire ce soir–, il sera prêt à contaminer ton père et les autres ! Rosanna retrouvera ceux qu'elle aime, elle sera heureuse, mais plus jamais je n'aurai à affronter son regard, tu comprends ? Si tu es amoureux comme je le crois, tu comprends…
-Non, je ne comprends pas, dédaigna James. Ce n'est pas parce qu'on aime quelqu'un que tout nous est permis.
-Elle me détruisait ! gronda Rush.
James sursauta par son soudain excès de colère mais ne se laissa pas démonter. Aussi étrange cela puisse-t-il être, il avait le sentiment d'être le plus fort, car il avait reçu de sa mère ce que Rush n'avait jamais pu obtenir d'elle.
-Ce n'était pas une raison pour la détruire en retour, dit-il, et encore moins pour détruire ses proches…
-Ses proches me narguaient autant qu'elle, répondit Rush. Vous tous, les Potter, vous me narguiez car vous viviez auprès d'elle tous les jours et elle vous aimait. Mais ne t'inquiète pas, James, pour vous ça ne sera pas douloureux. Je crois que ça brûle, au début, mais…
-Fermez-la ! gronda James.
Sur un coup de tête, il sauta à l'intérieur du pentacle et effaça avec son pied tout ce qu'il put effacer. Rush le poussa violemment pour l'en empêcher, mais trop tard : les lignes du pentacle étaient rompues.
-Petit con ! siffla-t-il entre ses dents.
James, étourdi par le choc et la douleur –sa tête avait heurté un tiroir entrouvert et une bosse commençait déjà à se former à l'arrière de son crâne– parvint à rouler de côté pour éviter d'être atteint par le sortilège mortel qu'on lui lançait. A l'aide du bureau, il se releva lourdement : un autre flash vert passa à quelques centimètres de ses oreilles.
-Tu crois que ça va l'empêcher de les avoir, tes oncles ? rétorqua Rush. Ca ne va rien changer à ce qui est prévu pour ce soir !
-Mais au moins le démon ne sera plus sous votre contrôle, lança James.
Pour échapper un troisième sortilège, il dut plonger sous le bureau. Quand il s'agrippa à un tiroir pour se redresser, celui-ci s'ouvrit. James retrouva avec soulagement sa baguette magique et la dague de Gryffondor.
-Expelliarmus ! cria-t-il
Rush fut si surpris qu'il ne put éviter le sortilège. Sa baguette lui échappa des mains alors qu'il était propulsé contre le mur. Le choc fut brutal et l'assomma à moitié, puis il retomba mollement au sol, non loin d'un coupe-papier déjà tâché de sang.
-Des démons, il y en a des centaines, parvint-il à articuler. Je ne m'arrêterai pas tant que je n'aurai pas à mon service une armée de petits Potter verts et griffus… Ce démon-là où un autre, peu m'importe…
James, dans un élan de rage, s'avança vers lui et le frappa au flanc avec la pointe de son pied. Son gémissement de douleur l'apaisa, mais James préféra détruire complètement le pentacle avant de s'en aller. Il passa devant le bureau, rassembla les photos de sa mère et se pressa vers la porte, mais une douleur fulgurante l'immobilisa sur place avant de le faire tomber à genoux. Il lâcha tout ce qu'il avait dans les mains alors qu'une plainte s'échappait de sa bouche : Rush avait réussi à s'emparer du coupe-papier et le lui avait lancé dans le mollet, où il s'était planté comme une flèche dans sa cible.
-Tu pensais m'avoir si facilement ? railla-t-il. A ton avis, pourquoi ton père attend-il avant de venir me voir ? Lui, au moins, il sait ce dont je suis capable !
James ne répondit pas. Il retira le coupe-papier de la même manière que Peter avait retiré celui de Feodossi de la plaie de Gwenog, fit abstraction de son sang et de sa douleur, puis tenta de se remettre debout mais il chancela, pris d'un haut-le-cœur, et retomba lourdement face contre le plancher que du sang qui n'était pas le sien avait déjà taché.
-Vous avez tué quelqu'un dans cette pièce ? questionna-t-il entre deux spasmes douloureux.
-Neil Peterson.
Avec horreur, James vit que Rush se relevait bien plus aisément que lui. Il récupéra sa baguette magique et ricana méchamment. Son regard se dirigea vers les traces de craie, seuls éléments restants de son pentacle, puis vers le mollet ensanglanté de James.
-Qu'est-ce que Neil avait fait pour que vous le tuiez ? demanda celui-ci pour se donner du temps.
-Trop de bêtises pour que je le tolère, dit seulement Rush.
Il commença à s'avancer lentement vers lui.
-C'est lui qui avait drogué Lily, cet été ? questionna James.
-Oui. Première bêtise : prendre du F7V3 au lieu du F9V9. Je voulais qu'elle tue tout ce qui bouge. Ca fait partie de ma vengeance : faire souffrir ceux qui m'ont fait souffrir.
-Vous êtes un malade, rétorqua James.
Il saisit sa baguette et se traîna jusqu'à une chaise sur laquelle il prit appui pour se relever.
-Tu sais que la dague a coûté une petite fortune à Alicia Black ? fit remarquer Rush. Le petit Regulus va avoir des ennuis, ce soir… Quelle nuit, décidément !
-Taisez-vous ! ordonna James. L'aconit dans le verre de Peter, c'était vous, aussi ?
-Hum hum. Enfin, c'était Neil. Deuxième bêtise. Je voulais qu'il empoisonne un de tes amis. Evidemment, il a empoisonné le seul que je voulais garder bien vivant…
-Et pourquoi ? Qu'est-ce que vous lui voulez, à Peter ?
-Tu poses trop de questions. Il est largement temps que tu crèves !
Alors qu'il élevait sa baguette magique pour prononcer la formule fatale, il y eut un craquement inattendu qui les fit sursauter tous les deux. James ferma les yeux de lassitude et d'horreur en constatant que c'était Hilary qui venait de transplaner dans le bureau de Rush.
-Laissez-le ! ordonna-t-elle. Laissez-le ou je vous jure que je vous explose le crâne !
Rush ricana et pointa sa baguette magique droit sur elle.
-Je ne savais pas que tu me faciliterais la tâche à ce point, James ! minauda-t-il. Je ne comptais pas me débarrasser de vous avant quelques semaines, vous savez !
-Ne criez pas victoire trop vite, menaça Hilary. Je vous jure que…
-Que quoi ? coupa Rush avec amusement. Expelliarmus !
Ce fut au tour d'Hilary d'être projetée contre le mur. Rush s'avança lentement vers son corps inanimé et sembla se faire son propre avis sur son physique. Plus que tout autre chose, ce fut ce qui fit réagir James. Oubliant toute blessure et refoulant toute sa douleur, il se précipita au secours de sa cousine, chancelant mais sûr de lui quand il le poussa loin d'elle.
-Vous ne la toucherez pas ! rugit-il.
Tous deux tombèrent au sol et roulèrent l'un contre l'autre, puis Rush l'immobilisa sur le dos, les mains autour de sa gorge. James sentit son souffle se couper.
-Laissez-le… dit faiblement Hilary.
-Je t'avais dit de ne pas me sous-estimer, Potter… dit méchamment Rush.
Il resserra un peu plus sa prise. Ses yeux étincelaient d'une lueur de démence. James sentit les battements de son cœur redoubler de vitesse, tambourinant à ses tympans. Il ne parvenait plus à respirer. Si seulement il avait pu atteindre le coupe-papier qui était là, à un ou deux centimètres de ses doigts…
Avec l'énergie du désespoir, son bras s'étira assez pour s'en emparer et, poussé par un désir d'en finir, James le planta dans le dos de Rush. Le hurlement de douleur qu'il poussa fut insupportable, mais il frappa une seconde fois, puis une troisième, jusqu'à ce que son agresseur relâche sa prise et tombe mollement sur le côté. Le sang qui s'écoula de ses plaies forma une marre qui s'étendit jusqu'à lui. Horrifié, James se remit debout et s'en éloigna, le corps tremblant et la gorge douloureuse. Quand il réalisa qu'il tenait toujours le coupe-papier dégoulinant, il le jeta vers Rush et eut envie de vomir tout ce qu'il avait dans le ventre : l'homme était pris de spasmes et se vidait lentement de son sang alors que petit à petit, il s'en allait vers la mort. Ses yeux roulèrent dans leurs orbites et il se mit à baver, mais James ne fut répugné que par son propre geste. Comme si plus rien n'existait hormis ce corps que la vie abandonnait, il tomba à genoux, le visage caché derrière ses mains tremblantes. Il fallait faire face à la réalité : il avait tué un homme.
-Oh mon Dieu… murmura-t-il, écœuré. Oh mon Dieu…
Choqué par ce qu'il avait osé faire, il se mordit le poing pour s'empêcher de hurler et de laisser un sanglot éclater, mais cela ne l'apaisa pas. Rush ne bougeait plus. James pouvait presque sentir l'odeur qui emplirait la maison quand sa dépouille commencerait à pourrir, et cela le répugnait. L'odeur de la mort qui le suivrait partout, qui l'empêcherait de vivre…
Hilary remua faiblement, quelque part dans son dos. Il avait tenu sa promesse : il ne l'avait pas abandonnée. Mais à quel prix avait-il fait cela ? Il était devenu un meurtrier…
-James, on s'en va, supplia-t-elle à voix basse. S'il te plaît, ramène-nous…
-Oui, ma puce… lui promit James.
Malgré tous les tremblements de son corps, il la porta jusqu'au salon, dans lequel ils trouvèrent facilement une cheminée en ivoire. James stupéfixa l'elfe de maison qui tenta de les retenir et entra dans l'âtre. Il prononça clairement le premier endroit qui lui traversa l'esprit et endura le tourbillon qui accrut son mal-être. Quand ses pieds se posèrent sur le sol de la salle commune de Gryffondor, Hilary avait repris assez de forces pour marcher toute seule. Il la lâcha et vomit dans le foyer de la cheminée.
-Merde, James ! s'écria Sirius en se précipitant vers lui.
L'agitation qui naquit parut irréelle. James avait l'impression que rien n'existait vraiment, au fond, comme si ce qui se passait n'était qu'un mauvais rêve sans fin. Tout était tellement invraisemblable ! D'abord, Peter qui était né d'un inceste, puis Hilary qui avait été violée, puis Rogue qu'il avait frappé, puis le meurtre de Rush… Tout s'effondrait. Il n'avait pas vécu ça, c'était impossible. Il rêvait. Oui, il ne pouvait que rêver…
Mais l'étreinte de Sirius fut bien réelle. Les consolations d'Hilary furent bien réelles. Tout était réel, mais tout était abominable. Il fallait qu'il se réveille. C'était juste un rêve abominable…
-James, il va falloir que tu calmes, dit gentiment Hilary. James, tu m'entends ? Tu m'écoutes ? Ce n'est rien, ça va passer !
-Faut que je voie Dumbledore, arriva-t-il à dire.
-Non, d'abord tu vas venir t'asseoir pour te détendre, lui intima Hilary. Quelqu'un, un verre d'eau pour lui ! lança-t-elle.
James se redressa et respira profondément pour faire passer son envie de rendre à nouveau. Si son corps tremblait toujours, il put faire face à ses amis qui n'avaient pas bougé de la salle commune depuis son départ. Il eut envie d'effacer leurs visages interloqués et terrifiés à la fois. Envie de faire marche arrière…
-James, qu'est-ce qui s'est passé ? demanda Sirius, en pleine panique. Tu es tombé sur ma mère, c'est ça ? Pourquoi est-ce que tu as du sang sur toi ? Elle t'a fait quelque chose ?
Comme James ne daigna pas répondre, Lily lui tendit le verre d'eau qu'Hilary avait réclamé.
-Tiens, bois ça, lui dit-elle gentiment. Je ne sais pas ce qui s'est passé, mais c'est fini.
-Faut que je voie Dumbledore, répéta James.
-Tu iras le voir demain, assura Hilary. Là, tu es en état de choc.
-Qu'est-ce qui s'est passé ? l'interrogea Remus. Hilary, tu sembles savoir ce qui s'est passé !
-Je ne sais pas ce que vous étiez censés faire, mais ça a mal tourné, répondit-elle seulement. Bois, James !
Mais James préféra se renverser le verre sur la tête. L'eau froide qui coula sur son visage et son gros effort de volonté lui remirent les idées en place. Il se laissa tomber dans le fauteuil le plus proche, fit signe à Sirius qu'il n'avait plus besoin de le tenir et se frotta les yeux pour achever son dur retour à la réalité.
-Je suis tombé sur ta mère, expliqua-t-il.
-C'est elle qui t'a fait ça ? s'exclama aussitôt Sirius. Qu'est-ce qu'elle t'a fait ?
-Elle ne m'a rien fait. Elle m'a conduit chez Rush.
James respira profondément : son estomac se serrait à nouveau et lui donnait des nausées à la simple pensée du cadavre qu'il avait sur les bras.
-Là, tout a commencé à partir en vrille. Il m'a montré des photos de ma mère, puis le pentacle d'invocation, et… et je l'ai tué…
Il se remit à trembler, les yeux remplis de larmes. Il était devenu un assassin…
-C'était un accident ! lança Hilary. James, tu ne pouvais pas faire autrement !
-J'aurais pu me débattre et…
-Il t'étranglait ! s'exclama Hilary. Hey, arrête de remettre la faute sur toi, ok ? C'était soit lui, soit toi !
-Tu as tué Rush ? bredouilla Sirius, ébahi.
Il semblait être le seul à ne pas avoir perdu l'usage de la parole suite à cette révélation.
-Wow, vacherie ! pesta-t-il. Il était en train de t'étrangler ?
-Oui, parce qu'il l'avait empêché de me tuer, répondit Hilary à sa la place de son cousin. Alors James, tu vas te calmer, car c'était de la légitime défense !
-Et donc c'était Rush qui avait lancé cette créature sur ta mère ? s'enquit Lily.
James hocha la tête.
-Alors tu ne devrais pas te faire du mal comme ça, lui dit-elle. Je comprends que tu ne te sentes pas bien, mais pense à tout ce qu'il avait fait avant toi, à tous les innocents qu'il avait tués !
-Ecoutez, il faut vraiment que j'aille voir Dumbledore, déclara-t-il en se levant.
La démarche rapide mais mal assurée, il se dirigea vers le portrait de la Grosse Dame. Il se souvint qu'il l'avait fait une heure plus tôt, peut-être moins. A ce moment déjà, il avait la tête pleine de tourments. C'était la nuit de tous les maux, visiblement…
-Mais James ! le rappela Hilary. Tu te défendais !
-Ca ne te vient pas l'idée qu'il y a peut-être autre chose que ce meurtre ? gronda James. Il s'agit de sauver la famille, tu peux comprendre, ça ?
-Le mot de passe, c'est Patacitrouille ! prévint Remus alors qu'il s'en allait.
Il se mit à courir dès qu'il atteignit le couloir. Déjà désert avant son départ, il ne fut pas étonné de n'entendre aucun autre bruit que ses pas martelant le sol et son souffle irrégulier qui se répercutait contre les murs. Il ignorait si Dumbledore dormait à une heure si avancée de la nuit mais ne chercha pas à la savoir. Il ne s'arrêta que devant la gargouille qui marquait l'entrée de son bureau, où il donna le mot de passe entre deux souffles. Le passage se dévoila.
Il s'avéra que Dumbledore ne s'était pas encore couché et que malgré l'heure si tardive, il l'accueillit avec cette attention toute particulière qui le caractérisait quand il lui rendait visite à des moments inattendus. Cette fois, il sembla plus inquiet qu'à l'ordinaire, mais James devina que c'était dû à ses vêtements encore tâchés de sang et son visage qui portait toujours les marques de son duel avec Rogue.
-Nom d'un phénix, James, qu'as-tu encore fait ? s'enquit-il, les sourcils froncés. Assieds-toi, je t'en prie !
Sa longue course à travers les couloirs lui avait au moins permis d'évacuer ses nausées et les tremblements de son corps : il se sentait désormais enclin à raconter tout dans les moindres détails car son esprit était redevenu parfaitement clair.
-Avez-vous eu des nouvelles de mon père ou de mes oncles, aujourd'hui ? commença-t-il par demander.
Dumbledore fit non de la tête et l'interrogea du regard.
-Y aurait-il un problème, James ? questionna-t-il devant son silence. Tu sembles perturbé… Et d'où provient ce sang sur tes vêtements ?
-C'est celui de Philip Rush, répondit James, le regard perdu dans le vide.
Pour éviter les questions, il décida de lui expliquer tout ce qui s'était passé depuis son départ pour la maison des Black, en révélant tout sur la potion que Lily préparait pour Nikita. Dumbledore l'écouta jusqu'à la fin sans l'interrompre. Il ne sembla pas en colère.
-J'ignore ce qui s'est passé pour ta famille, dit-il en toute honnêteté. Mais si Philip Rush a dit vrai, à cette heure-ci, le démon qu'il a invoqué doit déjà être lancé sur tes oncles ou ton père…
-Je sais, murmura James.
Il avait espéré que Dumbledore fasse quelque chose. Qu'il tente de les prévenir ou de stopper la créature, il n'en savait rien, mais il s'était attendu à ce qu'il ne reste pas tranquillement assis dans son fauteuil, de l'autre côté du bureau. Mais peut-être qu'au fond, tout ce qu'il avait espéré depuis le début de la journée était resté un simple espoir. Rien ne s'était passé comme prévu.
-Cela dit, il faut toujours croire à un miracle, James, souffla Dumbledore. Le professeur Œdya pourra te l'assurer.
-Il y a longtemps que j'ai cessé de croire aux miracles, professeur, avoua James avec rancœur. Si les miracles existaient, mon frère jumeau ne serait pas mort et ma mère serait actuellement en train de rêver paisiblement dans son lit, aux côtés de mon père.
-Pourtant, l'espoir est et a toujours été une grande force.
-Je suis d'accord avec ça. Mais il ne faut pas confondre espoir et naïveté. Un démon a été lancé sur mon père et mes oncles. Y a-t-il un moyen de combattre un démon ?
Dumbledore haussa les épaules.
-Théoriquement, non. Mais la théorie ne fait pas tout…
-La sagesse non plus, répliqua froidement James. Je pensais que vous feriez autre chose que discuter tranquillement, mais puisque visiblement je m'étais trompé, autant que je rentre à la tour des Gryffondor. Bonne nuit, professeur.
Dumbledore ne chercha pas à le retenir.
-Tu en parleras avec le professeur Œdya, James, lança-t-il seulement avant que celui-ci ne referme la porte derrière lui. Et si jamais tu as besoin de parler pour retirer de ton cœur une partie du poids de ce lourd cadavre, je suis là…
James leva les yeux au plafond, et dévala l'escalier avec le sentiment d'avoir été trahi. Dumbledore n'avait même pas tenté de contacter son père. A croire qu'il s'en fichait complètement…
Mais tout s'était détraqué, de toute manière. Personne n'agissait comme il était censé agir. Pourquoi le sort s'amusait-il à jouer ainsi avec lui ?
James n'avait même pas envie de retourner dans sa salle commune. Ses amis étaient sûrement en train de débattre sur ses actes. Avait-il bien fait de tuer Rush ? Etait-il devenu un assassin parmi tant d'autres ? Ils devaient s'en poser, des questions. Et quand ils ne s'en poseraient plus, ils s'en poseraient encore, sur Hilary. Pourquoi était-elle partie ? Pourquoi était-elle revenue ? Comment avait-elle fait pour savoir qu'il était chez Rush ? Puis, le sujet dévierait vers Rogue. Pourquoi l'avait-il droguée ? Pourquoi tenait-il tant à Regulus ? Jusqu'où était-il prêt à aller pour le protéger ?
-Tu ne devrais pas te promener tout seul dans les couloirs à cette heure-ci de la nuit, Potter…
James quitta ses pensées et nota qu'il était arrivé dans la tour d'astronomie. Il ne savait ni comment il y était arrivé ni comment Rogue l'avait suivi sans qu'il s'en rendre compte, mais toujours était-il qu'ils étaient là, tous les deux, face à face en haut de ce qui devait être la plus haute tour de Poudlard. La lune était si brillante qu'ils pouvaient se voir sans souci. James s'aperçut que le visage de Rogue était déformé par ce qui devait être de la rage, ou peut-être de la haine. Cela ne l'inquiéta pas : depuis des années ils se haïssaient. Un peu plus, un peu moins, il n'était plus à cela près et avait surtout d'autres soucis en tête.
-Tu devrais retourner te coucher, Servilo. Tes jambes doivent être fatiguées après tous ces escaliers…
-Qu'est-ce que tu comptes faire, ici ? rétorqua Rogue. Te suicider ?
-Tu aimerais bien, hein ? dit seulement James sans la moindre colère. Ca te permettrait d'imposer ta petite loi sans personne pour s'élever au-dessus de toi…
-Ca me permettrait surtout de savoir que tu ne tenteras plus de rallier Regulus à ta cause.
-De toute façon, après ce qui est arrivé, ça m'étonnerait qu'il tente encore de me revoir.
-Ah ouais ? Et bien dis-toi qu'après ce qui est arrivé, il refuse de me parler, annonça Rogue. Alors je peux te promettre que tu vas payer…
James pouffa d'un rire sans joie.
-Tu comptes me tuer ici, et faire croire à mon suicide ? demanda-t-il.
-Ca serait une bonne idée. Mais personnellement, je préfère te voir souffrir et t'éteindre tout doucement, dans l'agonie la plus totale.
James soupira et alla s'accouder contre les murailles de la tour pour admirer le paysage nocturne. C'était fou comme c'était beau, Poudlard, quand la lune éclairait ainsi le lac et que les étoiles venaient s'y refléter. Si Lily voulait bien sortir avec un tueur, il l'emmènerait à cet endroit quelques temps avant la pleine lune. Ce serait merveilleux.
-Sais-tu faire autre chose que tuer, Rogue ? demanda-t-il, las de recevoir toujours ces menaces qu'il ne mettait jamais à exécution. Je crois que c'est ça que Regulus te reproche. Etre devenu un parfait petit mangemort qui ne sait plus que le sens des termes « tuer » et « détruire ».
-C'est ce qui fait la différence entre toi et moi, rétorqua Rogue. Moi je suis prêt à tuer pour ceux que j'aime. Toi, tu es prêt à mourir pour eux. Inutile de préciser qui vivra le plus vieux.
-Tu n'as jamais eu aussi tort qu'à cet instant.
C'était justement qu'il avait fait pour sauver Hilary. Il avait tué. Il avait tué un enfoiré, certes, mais il avait tout de même ôté la vie d'une personne. Au final, ils se ressemblaient, désormais… Y avait-il une justice ?
-Je voulais que tu saches que je te hais comme je n'ai haï qu'une seule autre personne dans ma vie, confessa Rogue, la baguette brandie. Tu es le seul homme à avoir réussi à égaler mon père.
-Du moment que ce n'est pas ton oncle que j'égale, lança James.
Il ne le regardait pas. Il n'avait même pas sorti sa propre baguette magique. C'était étrange. James savait que cette fois, Rogue ne plaisantait pas et qu'il avait vraiment l'intention de le tuer s'il le pouvait, mais la vue qu'il avait sur le parc l'importait beaucoup plus. C'était tout simplement beau. Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas vu quelque chose d'aussi magnifique. Le cadavre de Rush était loin de tout cela. Il aurait pu rester des heures ainsi appuyé sur la pierre froide, à contempler les merveilles de la nature. Cela faisait du bien, après toutes les horreurs de la guerre. C'était apaisant. Pourquoi Rogue ne s'en rendait-il pas compte ? Etait-ce lui qui s'était déconnecté de la réalité pour ne pas faire face à ses propres actes ?
-Je t'avais dit que tu te noierais dans ton sang, Potter, rappela le Serpentard. Tu t'en souviens ?
-Ouais, je me souviens, répondit seulement James. Mais à ta place, j'éviterais de faire ça. As-tu déjà tué ?
-Peut-être.
-Alors peut-être que tu sais ce que c'est que d'avoir du sang sur les mains et de ne pas pouvoir l'enlever…
-Ne fais pas comme si toi, tu le savais, dit Rogue.
James ne chercha pas à lui répondre. Un hibou était passé devant la lune : il se demanda si le démon en avait fait de même, quelque part plus au sud du pays. C'était une nuit horrible, mais elle serait bientôt terminée. Il fallait qu'il se reprenne. Il s'était promis de ne pas aller à l'encontre de son destin. Son destin voulait-il qu'il meure là, sur cette tour, tué par un Rogue consumé par une haine qui n'avait pas de sens ?
-Tu m'excuseras, dit-il en délaissant le superbe spectacle nocturne, mais j'ai du sommeil à rattraper.
Il passa devant le Serpentard et s'engouffra dans l'escalier en spirale. Rogue le suivit et l'apostropha quelques marches plus bas. James se retourna vers lui avec lassitude. Sa baguette magique était pointée droit vers son cœur.
-Je n'ai plus qu'une chose à te dire, Potter. Sectumsempra !
Un flash de lumière rouge l'éblouit et le frappa en pleine poitrine. James en eut le souffle coupé mais n'eut pas le temps de s'en inquiéter : de petites coupures vinrent lui entailler la peau des bras, du visage puis du reste de son corps. Avec effroi, il vit son propre sang jaillir entre douleur et stupéfaction, puis ses forces l'abandonnèrent. Incapable de lutter contre la centaine de lames de rasoirs invisibles qui lui sectionnaient le corps, il se sentit tomber en arrière puis glisser et rouler de marche en marche. Quand la chute cessa, il comprit qu'il était arrivé tout en bas de l'escalier. Il tenta d'appeler à l'aide mais aucun son ne sortit de sa bouche. Son sang commença à couler au sol, comme celui de Rush un peu plus tôt. Le visage de Rogue apparut au-dessus de lui : une expression de sombre satisfaction y était inscrite. Ce fut tout ce qu'il vit avant que ses paupières se referment. Dans un dernier effort, il songea que finalement, mourir de la main de Rogue était bel et bien ce que son destin avait choisi.
Désolée pour cette mise à jour un peu tardive, mais je n'étais pas chez moi aujourd'hui et je l'avais complètement oublié, donc c'est avec empressement que je remédie à ce problème avant mon départ demain matin pour St-Malo.
Semaine de vacances pour moi, mais qui a été très chargée: dur dur de se limiter à 2 pages word quand on a une rédaction à faire en français et qu'on a l'habitude d'écrire des chapitres qui en font 15, voire 16. Alors bon, j'avoue que je suis aussi sortie en ville, au concert de Diam's (à tous ceux qui hésitent à aller la voir sur scène: c'étai absolument génial, foncez pendant qu'il reste des places!), chez des amis. et toutes ces sorties ajoutées au boulot, beh ça fait un chapitre qui rame. Mais j'ai bien l'intention d'accélérer un peu l'allure la semaine prochaine: de toute façon, chez ma grand-mère, il n'y aura pas grand-chose d'autre à faire!
Alors, le prochain chapitre sera posté dimanche: le 37, Dangereuse pleine lune. Extrait ci-après:
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-Vous semblez très perturbée, Lyudmila… nota le professeur Œdya. Y a-t-il quelque chose qui ne va pas ?
-Vous devez bien le savoir vous, ce qui ne va pas, marmonna la jeune soviétique.
Elle porta à ses lèvres la tasse de thé bouillant que lui avait préparé le professeur. Elle n'était même pas certaine que ce fût réellement du thé. A vrai dire, elle était presque sûre que ce n'en était pas, mais c'était bon. Ce que lui donnait à boire le professeur Œdya quand elle l'invitait dans son bureau –un bureau tout coloré de vert, qui ressemblait étrangement à une forêt– était toujours délicieux. Ce devait être un mélange de plantes fraîchement cueillies, dont les arômes s'harmonisaient si bien que seul un expert pouvait savoir quelle fleur mettre avec quelle autre. Mais si le professeur Œdya n'était un pas une experte en botanique, alors personne ne l'était. Il suffisait d'assister à ses cours : personne ne nierait qu'elle savait de quoi elle parlait. Elle en savait même plus que ce qu'un homme pouvait savoir. Toutes les deux se ressemblaient, d'une certaine façon, et c'était en partie pourquoi Lyudmila aimait tant les cours de botanique.
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Sur ce, je vais m'en aller faire ma valise... Je vous souhaite à tous une très bonne semaine!
