Titre Original: Never Alone, Never Again

Titre français : Plus jamais seul, plus jamais

Auteur : Bored Beyond Belief

Bêta traductrice : Essaidel

Bêta correctrice : Liselou

Chapitre traduit par : Patmolcornedrue

Rating : T

État de la fic original : Fini (42 chapitre)

État de la fic en français : 35 ; Traduit : 36, 38 à 41 ; En cours : 37, 42

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Nous avons l'accord de l'auteur

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Voilà enfin la suite

A demain pour la suite

Bonne lecture

Eni et Onarluca

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Chapitre 35 :

Sirius garda les yeux fermés tandis qu'il inspirait profondément l'air iodé.

« Tu es sûr, Sirius? Nous sommes dehors depuis une heure à présent » demanda Remus, sa voix à peine audible au-dessus de la plainte continue du petit bateau à moteur qu'ils s'étaient procurés et les vagues s'écrasant contre les bords, les balançant. Sirius acquiesça.

Comment l'expliquer pour qu'il comprenne? Que je sens Azkaban, la douleur, la folie, même dans ma forme humaine... En fait, Lunard devrait comprendre. Sirius secoua la tête distraitement. "Je suis positif. Crois-moi quand je te dis que nous sommes proches » dit Sirius, sa voix rauque d'émotion contenues. J'arrive Harry. Nous arrivons.

« Il va bientôt pleuvoir. Enchante ta robe maintenant » ordonna Remus. Sirius ouvrit les yeux pour regarder son ami. Il semble fatigué. Sa figure normalement pâle était grise de fatigue et d'inquiétude, ses yeux solennels reflétaient une inquiétude et une peur inexprimée restaient comme une entité tangible entre eux, non dite mais comprise. Est-il vivant? Sera-t-il sain d'esprit? Sommes-nous dans les temps? Les Détraqueurs ont-ils déjà changé de camp? Voldemort est-il déjà là? Sirius ensorcela sa robe docilement, bien conscient de la remarquable agilité de Remus à sentir le changement de temps, tout comme il pouvait dire infailliblement à quel moment de la journée on était sans avoir à utiliser le soleil, ou combien la pleine lune était loin. Me reconnaitras-tu, Harry?

Sirius savait que Remus le regardait avec inquiétude tandis qu'il fermait les yeux une fois de plus et inspirait profondément, levant son bras et le pointant légèrement vers la droite. Il avait enchanté son apparence après un rapide coup d'œil à son reflet dans l'eau alors qu'il était monté dans l'esquif, illuminé par l'éclairage du quai, mais il savait qu'il semblait toujours aussi désordonné. Remus ajusta la course du bateau, familier maintenant avec son mode inhabituel de navigation. La robe de Sirius qui était raide d'eau salée, séchait grâce au sort qui le protégeait de la soudaine bruine.

Heureusement, la mer orageuse se calma un peu : l'orage les dépassa, installant une épaisse couche de brouillard qui réduit la visibilité (pas qu'il n'y en eu beaucoup dans l'aurore grise) et enveloppa l'esquif, étouffant le ronronnement du moteur.

Lunard s'était remarquablement adapté à manipuler le petit bateau, à l'aise avec cette opération. Tu as été occupé pendant que j'étais loin. Evidemment, il était assez efficace pour se déplacer dans le monde Moldu, comme en témoignait sa facilité à trouver où était le quai le plus proche et à acquérir des cartes des zones côtières.

Pour Sirius, la machine sonnait comme si, à tout moment, elle allait exploser, mais Remus l'avait plusieurs fois assuré que non. Pour ce qui était des machines Moldues, Sirius était plus habitué aux grondements d'une moto, le faible grognement de pouvoirs. La frénétique et aigre source de locomotion qui les propulsait le faisait s'accrocher nerveusement aux rames du bateau, les gardant sous le siège de sécurité, sûr qu'il en aurait besoin à tout moment à présent.

Le plus subtile des picotements de magie annonça la coupure du moteur, un soudain silence, étrange, l'enveloppant finalement. Remus se tourna et commença à tirer une corde, ballottant le bateau en même temps, essayant de redémarrer le moteur. Mais Sirius sortait déjà les rames.

« T'embêtes pas, Lunard. On a déjà passé le sort anti-moldus. C'est la dernière barrière. Rien de moldu ne fonctionnera à partir de ce point. Nous devrons ramer vite. Les courants ici sont assez forts pour que ce bateau s'échoue sur la plage de l'île en quelques minutes » dit Sirius, plaçant les rames dans le petit morceau de métal de chaque côté. Il anima ses pieds comme il tira violemment, ignorant la piqure de sel sur ses mains à vif d'un voyage brutal, heureux que le bateau fasse un bond en avant.

« Sirius... »

Un souvenir longtemps enfoui ressurgit, alors qu'ils approchaient de l'île, qui lui rappela le sort anti-moldus. Il se souvint d'un jour dans Azkaban, quand un écho de voix se répercuta sur les rives escarpées et dans sa petite cellule. Pas des cris ou des sanglots... C'était une conversation. Des moldus en rade, pas encore inquiet de leur sort, plaisantant avec de fausses bravades comme ils avaient du mal à redémarrer leur moteur. Il leur fallut très peu de temps pour dériver avec seulement le son du moteur de retour à la vie comme preuve que les courants les avaient portés au-delà des barrières magiques.

Il avait entendu ça une seule fois, sous sa forme d'animagus... La plus brève, la plus merveilleuse connexion au monde extérieur qu'Azkaban n'avait jamais donné. Non. Ce n'était pas vrai. La photo de la Gazette du Sorcier de la famille Weasley l'avait été. Il ne put rire en Patmol, mais il put hurler, et pendant une précieuse heure son esprit put s'enfuir avec les infortunés moldus, son imagination les suivant tandis qu'ils retournaient au rivage, retournaient à leur vie, jusqu'à ce que les Détraqueurs prennent même ça...

« Tu écoutes ?... »

Il put sentir ça pleinement maintenant. Mort. Folie. Terreur. Chagrin. Perte. Désespoir. Echec. Nous sommes proches. Sirius s'interrogea pendant qu'il utilisait ses sens une fois encore pour diriger le bateau. C'est ça. Légèrement plus à droite. Il commença à haleter pour respirer, son dos et ses épaules brûlant d'une fatigue le menaçant de l'engloutir à tout moment. Il savait qu'il tenait grâce à l'adrénaline pure depuis un moment déjà, mais il savait aussi qu'elle le soutiendrait. Elle le devait.

« Patmol, regarde-moi... »

Sirius sentit une vague de panique quand l'inspiration suivante lui indiqua que l'odeur de l'île était passée de droite au côté gauche du bateau. Merlin, nous le passons déjà; trop rapide. Les courants sont trop rapides, pensa désespérément Sirius comme il essayait de récupérer la voix.

« Sirius, laisses-moi faire » dit Lunard, et plaça sa main sur celle de Sirius, arrêtant les rames et tirant doucement ses doigts crispés, ses yeux assombris d'inquiétude. Bien sûr. Sirius relâcha immédiatement les rames et se déplaça, se plaçant à l'arrière de l'embarcation où Remus s'était initialement placé, se sentant idiot. Quand a-t-il quitté l'arrière du bateau? Concentres-toi. J'aurais dû le laisser ramer dés le début. Sirius, idiot. Réfléchis.

La soudaine augmentation de vitesse du bateau surpris Sirius quand Lunard commença à ramer. Sirius était tellement habitué à la nature douce de Remus qu'il oubliait souvent la force renforcée du loup-garou que cet homme possédait. Regardant ses mains, Sirius remarqua que ses paumes saignaient de nouveau ; les plaies que Lunard avait récemment guéries étaient maintenant ré ouvertes, rouges contre la peau sale. Au moins ce n'est pas ma main qui tient la baguette. L'inspiration suivante apprit à Sirius que l'île était une nouvelle fois du côté droit du bateau, et Sirius sentit la panique qui avait menacé de l'envahir être réprimée. Il essuya ses mains sur sa robe, réconforté par la chaleur rayonnant du tissu, puis passa ses doigts dans ses cheveux, poussant les mèches humides loin de son visage. Mieux.

C'était bon d'aller finalement vers Harry. J'aurais dû le faire dés le départ. Ça avait été naïf de la part de Harry de penser que son témoignage aurait pu aider, et ridicule de la part de Sirius de prendre part à la quête pour la capture de Peter quand la démarche de Harry avait échoué. Putain de Dumbledore de toute façon. Sirius savait pourquoi il avait fait ça, même si ça avait été stupide rétrospectivement. C'était la haine qui l'avait conduit, l'obsession qui en était devenu une véritable quand Harry avait été arrêté. Pettigrow. Tout était à cause de Peter. Même si il avait récupéré le maudit rat et l'avait montré au monde, Fudge aurait encore trouvé un moyen de les condamner lui... et Harry.

Je t'en pris, sois vivant, Harry. Ne me laisse pas arriver trop tard. C'était plus un mantra qu'une prière. Sirius n'avait plus autant foi en Dumbledore. Comment avez-vous pu? Pourquoi lui avez vous même laissé le choix? Pour ce qu'il avait fait, Sirius avait eu beaucoup de temps pour réfléchir à ça, et certaines choses n'allaient pas. C'était la conversation. Après l'anniversaire d'Harry. Dumbledore avait donné un portoloin à Harry... et un choix. Sirius se souvenait bien combien Harry avait été secoué après leur conversation privée. Merlin. Il venait juste d'avoir quinze ans! Vous ne pouviez même pas lui laisser un jour de paix. Sirius sentit sa lèvre se lever de colère.

« Encore combien ? » Remus interrompit les pensées de Sirius. Délibérément. « Tu grognes encore. » Ah.

« Pas plus de quelques minutes » répondit Sirius, sa voix étouffée. Les vagues étaient devenues progressivement plus petites, comme l'esquif s'approchait de la rive. Un grand groupe de pierre au loin, traitre pour les plus grands navires, agissait comme un briseur de la grande houle, protégeant l'île des coups de vent les plus rudes.

« Tu sais où il est ? » demanda doucement Remus, prenant le ton de Sirius pour parler tranquillement.

« Oui » répondit Sirius. « Il est près de là où j'étais détenu. » Ça prendra plus longtemps de le trouver si ils l'ont déplacé. Temps que nous ne pouvons nous offrir. Faites qu'il soit toujours là. Remus haussa un sourcil inquisiteur, mais resta silencieux.

« Nous devrons le voir le plus tôt possible » dit Sirius, la voix calme. Les yeux de Remus fixèrent fortement Sirius. Puis, à regret, il acquiesça.

« Je pense que tu as raison. Il n'aurait jamais dû être utilisé comme distraction » dit Remus, et Sirius réalisa soudain que Remus ne faisait pas référence aux actions de Fudge contre Harry... il voulait dire Dumbledore. Lunard avait expliqué en détail tout ce qu'il avait pu glaner sur les attaques coordonnées contre le ministère qu'Arthur Weasley avait organisé.

« Si nous le récupérons... » commença Sirius.

« Quand nous le récupèrerons... » Interrompit Remus.

« Je ne le laisserais plus jamais loin de moi. Il n'ira nulle part près de Poudlard... »

« C'est peut-être un brin extrême. Que faire pour Ron et Hermione ? En plus, tu ne peux pas en faire un Hermite... » dit Remus.

« Bah. Ils pourront lui rendre visite. Il n'aime pas la notoriété de toute façon... » dit Sirius.

« ... parce que toi oui... » finit Remus.

« En plus, tu es professeur. Que peux-tu lui apprendre, d'autres que nous connaissons pas» annonça Sirius avec certitude, comme si le plan était déjà en place.

« Sirius... si tu t'en occupais, même à Poudlard, il ne serait pas en danger comme il l'est » répondit Remus, disant à voix haute la vérité qu'ils connaissaient tout les deux. C'était la vérité qui, une fois que Sirius la réalisa, le laissa sans air de choc et de déception.

Si Harry avait eu de bons tuteurs dans sa vie... si James et Lily avaient été vivant, ils n'auraient jamais permis qu'il soit en danger. Des choix? Il n'y en avait pas. Des os cassés par le quidditch, c'était une chose... Voldemort entièrement une autre. Merlin, après la première année seulement, ils l'auraient probablement scolarisé à la maison.

Bien que certaines choses auxquelles Harry avait dû faire face à Poudlard n'aient pu être prévenues, certaines auraient pu l'être. Laisser comme ça avait été, avec les Dursley comme gardiens ou même Dumbledore comme principal accompagnant, la vie d'Harry avait été mise entre les mains d'un homme qui recherchait le meilleur intérêt pour la communauté des sorciers... Pas celui d'Harry.

Sirius s'était forcé à ne pas penser à Harry ces derniers jours, et combien il devait être pire à présent. A la place, il se distrayait avec les spéculations sur le sort que Remus lui avait expliqué, reliant Snape à Harry. Mais encore une fois...ce n'est peut-être pas beaucoup mieux.

Remus se reposa un moment pour passer sa main sur sa nuque de toute évidence pour essayer d'éviter un mal de tête avant de reprendre les rames. Il semble si fatigué. Il a l'air vieux. Tous les deux en avons l'air. Je ne veux pas qu'il voit ça. J'espère pouvoir récupérer Harry seul.

« Il y a quelques Pepper-up dans la sacoche sous tes pieds. » dit Remus. « Pourquoi tu n'en sortirais pas une paire ? » Sirius fit la grimace comme il se penchait et fouilla dans le sac, trouvant les flacons facilement.

« Qu'est-ce que tu insinues, Lunard ? Que j'en ai besoin de deux ? » grogna Sirius. Remus haussa un sourcil ironique.

« Non... que nous en avons besoin d'une chacun. Cependant, il y en a d'autres dans les sac si tu penses en avoir besoin de plus » répondit-il. Sirius plissa les yeux de contrariété tout en posant le sac et donnant un flacon à Lunard.

« Il est jeune et résistant, Sirius. Il est tellement plus fort que ce que nous aurions pu espérer » dit Remus rassurant avec de la vapeur sortant encore légèrement de ses oreilles comme il mettait le flacon de côté et reprenait les rames. Mais Sirius pouvait également voir la peur menaçante dans les yeux de Lunard et il savait qu'en privé ils partageaient les mêmes craintes. Trop long. Il a été ici pendant des semaines.

« J'ai besoin de lui » dit Sirius, incapable d'exprimer correctement le trou grandissant dans son cœur qui menaçait de le dévorer complètement s'il ne pouvait pas sauver Harry. Il ne pouvait plus imaginer un monde sans Harry dedans. Il secoua la tête et soupira. Il doutait de pouvoir faire sans lui. C'était aussi simple que ça.

« Moi aussi » répondit Lunard, ses yeux s'ombrageant comme il regardait Sirius, impliquant peut-être quelque chose de plus. Soudain, dans un son de bois égratigné sur les rochers, l'esquif s'échoua. Remus secoua la tête et sourit sinistrement, sombrement amusé par ses propres nerfs.

« Bien, donc » dit Sirius, raflant la baguette que Remus lui avait donné. « Je t'avais dit que je savais comment y arriver » plaisanta doucement Sirius en forçant ses muscles à ne pas frémir à la mémoire du froid balayant sur lui. Il dut faire une pause un moment pour se reprendre lui-même alors que tout un éventail d'émotions se déroulaient de son cœur à sa gorge, l'écrasant presque, jusqu'à ce qu'il les mette de côté. Une boite de Pandore de souvenirs qui refusaient de rester évanouis plus longtemps. Plus tard.

« Sirius... » murmura Remus. Sirius fronça les sourcils.

« Qu'est-ce que c'est ? »

« Si... si nous sommes désespérés, un essaim de Détraqueurs nous … »

« Lunard... » commença à dire Sirius. Remus souleva une main pour devancer la phrase de Sirius.

« C'est juste. Ne fais rien de stupide. Une fois que tu es hors de danger, ne t'avises pas de revenir pour moi.» déclara Lunard avec une absolue certitude. Lunard si ça en arrivait là, une fois qu'il est en sécurité, il n'y a aucune chance que je parte en te laissant derrière. Vous êtes tous les deux de ma famille. Mais je vais te laisser tes illusions pour le moment. Sirius ne dit rien, laissant à la place son air renfrogné être sa réponse. C'est perdu dans les paroles de Remus qu'il sortit du bateau.

L'île était mortellement calme. Le doux clapotis des vagues sur les rochers était étouffé par le brouillard. Sirius recula tandis que Remus tira légèrement le bateau plus haut sur la plage rocheuse, s'assurant que le courant ne l'emporterait pas au cas où ils en auraient besoin pour fuir. Le bruit de raclage résonnait dans l'immense silence. Ils suivirent la rive sans parler, Remus suivant les directives de Sirius.

Relax. Tu sais que les Détraqueurs ne peuvent pas entendre dans le sens littéral du terme. Les sorts et les barrières sont en place donc je ne pense pas que Voldemort soit arrivé. La démarche de Sirius était soutenue et confiante sur l'inégalité des rochers, en dépit de la mousse glissante. Même s'il n'était pas en grande forme, sa coordination s'était grandement améliorée depuis qu'il voyageait de cette façon.

Ses muscles s'étaient horriblement atrophiés à Azkaban, au point que Sirius s'était inquiété de ne plus jamais pouvoir serrer quelque chose fortement. L'évasion l'avait presque tué. A ce moment le courant avait entrainé sa forme Animagus hors des limites des barrières magiques. Sirius était presque en train de couler. Seule une pièce de bois flottante proche lui, lui avait sauvé la vie.

J'avais abandonné, tu vois, Sirius le savait maintenant tout en se déplaçant facilement dans la lumière grise de l'aube. C'était quelque chose que Remus n'avait jamais demandé, mais dernièrement Sirius voyait la question dans ses yeux. Je ne me suis pas ennuyé à tenter de faire de l'exercice. J'ai peu mangé. C'est pourquoi mon corps est dans un si pauvre état. Je me suis assis dans ma cellule et j'ai attendu. Attendre de mourir, attendre de voir de nouveau mes échecs, attendre...

Quand Sirius était arrivé la première fois à Azkaban, il était dans un tel mauvais état qu'il ne se rappelait pas qu'il était un animagus. Seules plusieurs années dans cet état, submergé par des frissons de fièvres, l'avaient-ils changé par inadvertance? Et c'était un tel soulagement... Quelque part, la chaude fourrure avait aidé le corps et l'âme, et la forme canine diminuait ce que les Détraqueurs étaient capable d'absorber... Mais je ne voulais pas le faire. Je me sentais mieux. Comment pouvais-je me sentir mieux quand James et Lily étaient morts?

J'aurai pu m'enfuir n'importe quand après ça. C'est ta question implicite, n'est-ce pas, Lunard? Merci de ne rien demander. Mais c'était ma faute et je méritais ce que j'avais. Les terreurs nocturnes qu'il avait devenaient pires. Les Détraqueurs avaient seulement ramené les moments les plus émotionnellement douloureux... Sa vie à Azkaban avait été presque aussi brumeuse et coupée que son temps à Poudlard. Jusqu'à maintenant.

Les souvenirs étaient de retour. Froids, sombres jours où les cris étaient presque trop. Lorsque se taper la tête contre les murs permettait un moment de paix comme un vertige l'engloutissant et changeant les cris en bourdonnements lointains. Ce n'était pas exactement comme si j'avais conservé ma santé mentale ici. Je m'en rends compte maintenant, bien que si on me l'avait demandé même quelques semaines plus tôt, j'aurais encore pensé que je l'avais. Je l'ai retrouvée, lentement.

La perte et la solitude l'avait accablé à partir du moment où ils l'avaient amené la première fois sur l'île. Et Sirius était descendu dans de sombres places dans son esprit, des lieux qui le faisaient encore se réveiller en criant. Je voudrais ne pas me souvenir. Mais certaines parties de lui chuchotaient des mots dans ses rêves de temps en temps. Tu ne l'as pas fait, lui rappelait la voix. Ce n'était pas de ta faute. Tu pensais que tu étais intelligent. Ce n'est pas un crime, n'est-ce pas? Sirius pouvait se réveiller confus et désorienté, parfois même appeler les noms de ses amis, comme s'il était encore dans la Tour de Gryffondor et qu'Azkaban était juste un horrible rêve.

Rétrospectivement, Sirius vint à réaliser que cette petite voix était ce qui l'avait ramené à la raison. Et en essayant d'analyser ce qu'était cette voix qui l'avait empêché de glisser dans une folie irrémédiable, il ne pouvait honnêtement le dire. Quelle réclamation avait l'innocence à faire sur le droit de lutter pour survivre? Essayer de penser de façon cohérente? Quel était le but? On ne sait jamais, chuchotait la voix de manière conspiratrice. Pour être prêt maintenant, lui disait-elle. Prêt pour quoi? Sirius ne pouvait même pas imaginer ce qu'il attendait, mais le fait qu'il fut prêt pour quelque chose aidait à nettoyer son esprit et l'empêchait de perdre ce dernier, irrévocable pas vers le complet abandon.

Il avait oscillé pendant des années entre la raison et la folie, attendant ça. Et cela était arrivé. Une raison de s'échapper. La photo d'un pathétique et satisfait petit rat galeux avec un doigt en moins, en vacances en Egypte avec une famille qui était connu pour avoir un fils qui était le meilleur ami du Garçon-qui-a-survécu.

Le souvenir des derniers mots de Peter avant qu'il ne disparaisse, le regard sur son visage assombri par le désespoir et une horreur nauséeuse étaient aussi clairement inscrits dans l'esprit de Sirius que lorsque le moment s'était présenté. Le choix avait été clair. Il quitterait Azkaban et chasserait Peter ou mourrait en essayant. Plus de doutes ou de regrets. Si c'était la dernière chose qu'il faisait, il regarderait la vie disparaitre dans les yeux de son ancien meilleur ami tout en l'étranglant. Même si briser le cou devrait aussi suffire.

Sirius avait été tellement consumé par sa propre haine brûlante que ça ne lui était même pas venu à l'esprit d'essayer de prouver son innocence. S'il avait attrapé Peter dans ces premiers jours, il l'aurait sûrement tué instantanément et aurait laissé ses restes aux vers. .

Mais le moment ne s'était jamais présenté. Après un temps, découragé par son manque de succès, il avait décidé qu'il voulait jeter un coup d'œil sur le garçon qu'était devenu Harry. Sirius était resté hors des sorts que Dumbledore avait sans aucun doute placé autour de la maison où il se souvenait que les Dursley avaient déménagé en dernier, espérant apercevoir un peu Harry dans la cour de devant.

A la place, il avait vu un garçon de treize ans, frénétique et bouleversé, tirant toutes ses affaires, montrant clairement où il ne voulait pas être mais ignorant où aller. Sirius l'avait presque approché à ce moment-là. Il n'allait certainement pas laisser Harry se balader tout seul en ville, sans protection. A la place, Harry avait accidentellement appelé le Magicobus, et l'opportunité était passée.

Mais, une autre chance s'était présenté de s'approcher de Harry. Autant il voulait que Peter meure, autant il réalisa qu'Harry méritait de connaitre la vérité. Il avait observé assez longtemps Harry pour savoir qu'il allait courir après Ron plutôt que d'aller chercher de l'aide. Les Gryffondors, tous pareils. Y-a-t-il quelque chose de mal à ça? Hum. Demandez à un Serdaigle.

Assez ironiquement, c'était la douleur amère d'Harry, gravée sur son visage, alors qu'il essayait de trouver le courage de tuer Sirius quand il avait pensé que Sirius avait trahi ses parents, qui avait ramené de force Sirius à la réalité. C'était l'une des rares fois où il avait vu Harry complètement hors de lui, et la gamme d'émotions qui avait balayé son visage le reliait à Sirius d'une manière dont il n'avait jamais rêvé. Il avait réalisé que se serait bien sa chance d'être tué juste au moment de démasquer Peter.

Depuis cette nuit, la même nuit où il avait demandé à Harry de vivre avec lui, quelque chose en lui s'était tue. A la place de ce murmure toujours présent au fond de son esprit : Tue Peter, venge James et Lily, arrête les échos des pleurs de Harry pour une mère qui ne viendra plus jamais à lui, ça avait changé. C'est mon filleul. Regarde-le, essayant si fort, si désespérément. Aide-le. Le besoin était presque primal à présent. S'il vous plait, faites qu'il ne soit pas trop tard.

Alors que Sirius approchait du plateau rocheux où la prison se situait, il put sentir ses dents claquer. Ses doigts tenant la baguette que Remus lui avait donnée semblaient étrangement gourds. Une main se posa brièvement sur son épaule lui montrant que Remus avait remarqué. Sirius se tendit au touché, puis hocha une fois la tête, le reconnaissant. Il tourna à sa gauche et commença à descendre sur de bas et larges rochers au pied des falaises qui supportaient Azkaban.

Une brève tape sur son épaule exprima la confusion de Remus. Pourquoi allons-nous par là? demandait Remus. Azkaban est bien de ce côté. Sirius leva un doigt en l'air. Attend. Tu verras.

Le faible écho annonçait la petite caverne, une petite ombre à peine visible à l'œil nu, à quelques mètres en dessous d'eux. Sirius se jeta dedans avec une légère éclaboussure. Remus le suivit agilement. Il s'agissait d'un tuyau de drainage, corrodé par le sel et le temps. Les barreaux de métal à l'entrée, corrodé et recouvert de bernacles, étaient toujours en place, mais ils furent facilement ôtés par les mains de Sirius. L'expression sur le visage de Remus indiquait à Sirius qu'il avait réalisé que c'était ainsi qu'il s'était échappé.

« Personne ne peut nous entendre ici » dit Sirius de sa voix normale, regardant Remus.

« C'est par là, pas vrai ? » demanda Remus, d'une voix terrifiée. Sirius acquiesça.

Sirius était profondément soulagé d'avoir pensé à remettre la grille quand il avait fui l'île à l'origine. Il se moquait à l'époque que l'endroit soit examiné, essayant de déterminer comment s'éclipser au moment du repas. Je me demande ce qu'ils ont obtenus des Détraqueurs? Si il avait laissé la grillé circulaire sur le côté, le ministère l'aurait sûrement trouvé et aurait scellé l'entrée. Mais en état, le tuyau d'écoulement oublié était une simple et facile sortie de prison. De nouveau.

« C'est marée basse » observa Lunard comme Sirius prenait la tête.

« Bien. C'est désagréable d'y nager » observa Sirius. Il ne regarda pas l'expression de son ami, cependant il soupçonnait savoir ce que c'était.

« Est-ce le seul moyen ? » demanda Remus, sa voix étrangement hésitante.

« Je ne pourrai pas passer par la porte principale, à présent, pas vrai? » essaya de s'amuser Sirius, cependant il était proche... Glisser entre les barreaux en Animagus émacié était une blague assez utile... comme il leva sa baguette et s'enfonça plus profondément dans le tuyau. Son ton ne correspondait pas à ses mots.

« Je n'ai jamais été ici avant » dit doucement Lunard. Je sais. « J'étais presque effrayé d'imaginer comment ça pourrait être » dit-il, regardant Sirius. Nous ne voulons vraiment pas parler de ça maintenant, pas vrai?

« Home sweet home » dit Sirius en se dirigeant vers le point d'origine. Il ne voulait vraiment pas parler de ça. Remus hésita.

« C'est loin ? » demanda-t-il, changeant de sujet. Sirius secoua la tête.

« Ça va. Cependant ça grimpe un peu pour atteindre les tuyaux d'égouts supérieurs. Et ça va pas sentir bon » promit-il. Remus ne répondit rien.

Ils traversèrent plusieurs niveaux de tuyaux d'égouts, glissant parfois sur un drain étroit dans le plancher et dans un réservoir mais Sirius marmonna un sort de nettoyage pour tous les deux.

« Ne vont-ils pas détecter la magie ? » marmonna Remus alarmé, alors qu'il soupirait de soulagement comme la puanteur des eaux usées était ôtée de ses vêtements et de ses chaussures.

« Non. On est en dessous des quartiers des Elfes de maison » murmura Sirius en réponse. Ils n'avaient pas besoin de s'inquiéter d'une fouille. C'était pratiquement l'heure du repas, l'expliquant à Lunard une fois qu'il réalisa l'heure qu'il était.

Azkaban n'avait pas du tout changé. Les parois rocheuses s'ornaient toujours de moisissures d'algues. Ils traversaient occasionnellement un ruisseau moussu où les eaux de pluie s'étaient écoulées depuis des décennies, son chemin gravé dans la roche. Le pavement du sol était inégal et lourd de leurs pas jusqu'à ce que Remus place un Sort de Silence sur leurs bottes. La froide et oppressante obscurité, les lointains murmures et sanglots, et l'odeur répandue de chair en putréfaction (pas celle de poisson) rendaient difficile la respiration de Sirius. Trois cellules après ton ancienne maison, avait dit Snape. Soit en vie, Harry. On est presque là.

Sirius avait déjà si froid qu'il rata presque le premier avertissement. Seul le faible écho de ses propres cris à la Cabane Hurlante quand il avait réalisé que Harry ne venait pas, l'alerta qu'un Détraqueur était proche. Les yeux de Lunard s'écarquillèrent et Sirius étouffa la lumière de sa baguette poussant Remus rudement contre le mur du corridor. Il n'avait pas le temps de penser ou de réagir, mais il put sentir qu'ils avaient presque été remarqués. Combien? Je ne peux pas le dire. Juste un, je pense. Ils doivent sentir Remus. OK. Sirius plaça sa baguette contre la tempe de Remus.

« Stupefix » dit-il doucement, et il se transforma en Patmol, essayant de son mieux de retenir Remus comme il s'écrasait sur le sol, le doux bruit sourd lui laissant savoir qu'il n'avait que partiellement réussi à le faire. Ouch. Désolé. Il frissonna, attendant le moindre frôlement de tissu et un subtil retour de la chaleur dans l'air annonçant le passage du Détraqueur. Tour d'appel. Il avait oublié que le tour d'appel prenait plus longtemps qu'une ronde chaque matin : les Détraqueurs allaient de cellule en cellule, comptabilisant les détenus. C'était une excuse pour s'approcher des prisonniers. Ça arrivait juste avant que le gruau du petit-déjeuner soit servit. Ils ne sont pas encore partis. Inconscient. J'ai presque fait capturer Lunard.

Seulement quand Sirius fut certain qu'il n'y eut plus de Détraqueurs, il osa reprendre sa forme humaine. « Enervate » dit-il puis se leva tandis que Remus tenait sa baguette prête immédiatement. « Lumos » dit Sirius, et il essaya de paraitre doux et inoffensif. Il était extrêmement facile de paraitre timide devant le visage en colère de Remus. Son visage était tendu et ses yeux brillaient de rage.

« Donne-moi une seule bonne raison pour avoir fait ça » dit Remus d'une voix calme et sinistre.

« Le Stupefix est le seul sort que je connais qui enlève tout ce qui nourrit les Détraqueurs. Enfin, une potion de Sommeil Sans Rêve aurait aussi marché, mais... peu importe » dit Sirius, s'arrêtant lui-même avant de se lancer dans une explication trop longue. Il blablatait un peu. « Ils t'ont senti, Lunard. Je ne pouvais pas risquer d'être découvert si tôt. Les émotions de Patmol sont si vagues et peu spécifiques que les Détraqueurs m'ignorent habituellement. Pas avec toi » expliqua-t-il calmement. Remus n'était pas impressionné.

« Tu aurais pu me prévenir ! » gronda-t-il alors que Sirius se dirigeait une fois encore vers l'aile qui contenait sa vieille cellule. Sirius haussa les épaules.

« Tu as eu une vie difficile, Remus. Il n'est pas question de cela. A quel point tes souvenirs de Poudlard, de tes amis, des farces que nous faisions en tant que Maraudeurs sont ils important pour toi ? Je pense que toi, plus que nous, tu chérissais ces moments, même à l'époque, car être un loup-garou est si dur pour toi. Que crois-tu que l'amitié signifie pour la plupart des prisonniers ici? Le plus récent repas des Détraqueurs est Harry, et tu sais ce qu'a été son enfance. Je suis franchement surpris qu'il puisse faire un Patronus. Il a eu si peu de moments positifs dans sa vie, et ... » Sirius dût s'arrêter, passant une main sur son visage pour se reprendre. Si proche. Nous sommes presque là, Harry. Il essayait de faire le point, pas de pleurer.

« Ce que j'essaye de dire est que si Harry est un repas, tu es un festin. Je n'ai jamais compris comment les Détraqueurs communiquaient, mais, crois-moi si je te dis que si l'un d'eux t'avait senti, alors beaucoup plus auraient suivi » expliqua Sirius alors qu'il tournait à un coin, et commençait à faire de grands pas rapides.

Il avait essayé de minuter parfaitement leur fuite. La pré-aube était le seul moment de la journée où les 'étoiles étaient alignées', pour ainsi dire. Les Elfes de maison étaient occupés, les Détraqueurs s'étaient retirés Merlin sait où, et les prisonniers étaient trop sonnés pour être conscient de leur environnement.

Sirius se souvenait bien de la dernière fois où il s'était échappé. Certains prisonniers l'avaient remarqué comme il marchait, faible, dans le corridor, utilisant plus de pas qu'il n'avait d'années. Certains hurlèrent après lui l'incorporant à leurs visions cauchemardesques, pendant que d'autres le suppliaient de les prendre avec lui, de les sauver... Il avait suscité une frénésie dans la prison, mais la distraction s'était révélée utile à la fin. Toutes ces émotions avaient occupé les Détraqueurs pendant des heures, temps dont Sirius avait eu besoin pour savoir comment s'échapper.

Mais il avait oublié que le tour d'appel prenait plus de temps que leurs rondes normales. Comment ai-je pu oublier un tel détail? Chaque matin, ils avaient l'habitude d'entrer dans sa cellule et de s'agenouiller à côté de lui, respirant sa joie, caressant sa face tendrement, essayant de le plonger dans la folie... Leur visage... Sirius se secoua fortement. Ce n'est pas le moment pour ça. Et alors, ton timing était un peu limite. On s'est arrangé.

Ils entrèrent dans le secteur intermédiaire de la prison. Heureusement, il était assez tôt, et la plupart des prisonniers étaient soit inconscients, soit ils essayaient encore de se remettre du tour d'appel. Des corps déchainés et hagards étaient enterrés sous les fines couvertures, essayant désespérément d'échapper aux Détraqueurs, ou tapis dans un coin à se balancer, tandis que des gémissements ponctuaient le calme de l'aube.

Azkaban même était bâtie dans la pierre de l'île, enfouit de telle sorte que seul le haut de la plupart des cellules était visible à l'œil nu à partir de la rive. Chaque cellule avait un petit trou prés du plafond permettant la circulation d'air. La pluie tombait souvent par là avec les dures tempêtes d'hiver, maintenant les cellules froides et humides.

Il était rare, en effet, que le soleil soit là assez longtemps pour permettre à un petit rayon de lumière de traverser le trou de la cellule de Sirius. Ça arrivait seulement au coucher du soleil, quelques fois dans l'année, et ne durait que quelques minutes avant que le soleil ne plonge dans l'océan. Sirius attendait ça chaque jour, espérant que les nuages et le brouillard se soient dissipés, attendant juste un morceau de chaleur et de lumière se reflétant sur sa main alors qu'il la tendait désespérément au dessus de sa tête pour le toucher.

Il put entendre la forte respiration de Remus tandis qu'ils passaient des hommes et des femmes, les yeux aveugles à tout, à part à leurs démons intérieurs. Ironiquement, les cris n'étaient pas aussi importants dans les cellules extérieures. Les prisonniers d'Azkaban étaient détenus suivant leurs condamnations. Les plus hautes (et les plus lumineuses) des cellules contenaient ceux qui avaient seulement une courte peine. Chaque fois que les journalistes venaient sur l'île, c'était les prisonniers qu'ils étaient autorisés à voir.

Il était impossible de mal se conduire autour des Détraqueurs. Plus vous étiez enragé, plus ils pouvaient profiter de vous. Si vous résistiez c'était que vous aviez encore de l'espoir pour quelque chose de mieux. Mais ça ne signifiait pas qu'il n'y avait pas un système de punitions et de récompenses en place. Il y en avait. Mais il n'était pas appliqué par les Détraqueurs, du moins pas intentionnellement. Les punitions étaient distribuées par le Ministère.

En général, ça arrivait quand les prisonniers se plaignaient des conditions inhumaines dans le monde extérieur, ou quand des membres de la famille d'un être aimé qui était prisonnier essayaient de se battre pour un meilleur environnement de vie ou plus de privilèges. En règle générale, ceux qui se plaignaient (ou qui étaient écoutés tout du moins) obtenaient quelques mois ou années. En représailles, le Ministère réassignait leurs cellules dans l'aile des 'perpétuités'. Le plus profond dans une falaise rocheuse où un homme eu voyagé pour se rendre à sa cellule, le plus long de sa vie. Les quartiers des Elfes de maison, avait découvert Sirius, étaient juste au dessus où résidaient les 'perpétuités'. Là où était la cellule de Sirius.

L'acoustique d'Azkaban semblait presque conçu comme un gigantesque amplificateur de son. Toutes les surfaces rocheuses faisaient écho aux voix avec facilité, collectant le maelström de chocs et de sons discordants, et les envoyant vers le bas, à travers les couloirs, pour reprendre dans les chambres les plus basses, là où les 'perpétuités' étaient détenus. Les voix des damnés. Quand il soufflait, le vent et le battement des vagues s'ajoutaient à cette cacophonie. Parfois, je pensais presque que c'était beau, se souvint Sirius, puis il trembla. J'aurais pu faire sans ce souvenir. La plus grande ironie d'Azkaban était que, si la propre expérience d'un détenu ne le rendait pas fou, celle des autres le pouvait.

La plupart des détenus 'réaffectés' craquaient au bout de quelques mois. Sirius avait vu beaucoup de sorciers et sorcières aller et venir. Il les avait entendus perdre le contact avec la réalité, les uns après les autres. C'est là qu'ils ont affecté Harry.

Remus resta heureusement silencieux pendant qu'ils descendaient, et Sirius résista à l'envie de se retourner et d'expliquer que ce n'était pas aussi terrible que ça en avait l'air. Ça l'était, bien sûr. C'était même pire. Mais pour une inexplicable raison, il se sentait embarrassé et honteux que Remus puisse voir cet endroit, ce que sa vie avait été pendant plus d'une décennie.

Même pendant un moment de désespoir, il avait songé à un Sort de Mémoire, cependant, bien sûr, il n'en avait jamais utilisé sur Lunard. Sa peau brûlait, comme si ses plaies et ses puces étaient encore présents sur sa robe. Ses jointures étaient douloureuses à cause du froid, et il se retrouva à mettre ses mains sous ses bras pour les réchauffer, même si ses vêtements étaient chauds.

« Respires, Sirius » murmura Remus, de façon à peine audible, arrêtant les pensées de Sirius et le regardant. Il sursauta. Ça va. Je suis calme. Pourquoi dit-il ça, de toute façon ? Parfois, il semblait que Lunard pouvait lire ses pensées. Il ne peut sûrement pas, pas vrai? Je n'étais pas sérieux pour le Sort de Mémoire, ajouta-il, juste au cas où.

« Quoi ? » murmura fortement Sirius avec difficulté. Il trouvait ça un peu dur de prendre de grandes inspirations.

« Je peux t'entendre hyper ventiler » répondit Remus, luttant pour ajouter de la légèreté à sa voix. Sirius augmenta le rythme, son sang battait à ses oreilles comme il se précipitait, son inquiétude pour Harry grandissante et gardant ses propres démons intérieurs silencieux pour la plupart. Pour l'instant. Chaque pas semblait presser contre sa peau, la pression augmentant jusqu'à sembler presque insupportable.

Depuis qu'ils étaient entrés dans les plus bas niveaux, Sirius tremblait sérieusement. Son cœur palpitait dans sa poitrine, et il sentait sa tête étrangement vide. C'était encore relativement calme, considérant l'heure. Assez calme, du moins, pour entendre de l'eau goutter dans des flaques sur le sol. Les voix derrières les murs n'avaient pas encore commencé à appeler des noms ou à demander grâce. Pas encore.

Sirius s'arrêta devant son ancienne cellule, regardant à droite et à gauche, donnant juste un coup d'œil curieux pour remarquer que c'était resté exactement comme ça avait été lors de son évasion, en laissant la porte de la cellule partiellement ouverte. Trois cellules de la sienne... Quel côté?

« Harry ? » demanda-t-il hésitant. Droite. Essaie à droite, d'abord, pensa-t-il et il compta rapidement trois cellules, utilisant sa baguette pour illuminer les coins et le lit. Vide. Lunard s'était figé un instant en regardant dans la vieille cellule de Sirius, aux lignes gravées dans la roche qui comptaient les jours pendant des années, avant de finalement abandonner d'essayer de trouver combien de temps ça représentait. La toile du matelas avait été retirée, laissant la cellule aussi désolée et impersonnelle que quand il y vivait, avec seulement les petites tâches sur la roche, là où il se cognait la tête occasionnellement. Se mordant les lèvres, Remus détourna les yeux, évitant soigneusement de regarder vers Sirius. Pour cela, Sirius lui en était reconnaissant. Il se sentait mal.

« Tu l'as trouvé ? » murmura Lunard, sa voix tremblante et rauque d'émotion.

« Non » répondit Sirius.

« Ici, idiots » appela une voix basse dans les ténèbres. Trois cellules à gauche de celle de Sirius, donc. Cependant, la voix était rauque et à peine audible, Sirius sut que c'était la voix d'Harry. Il se rua dans la cellule dès que Remus ouvrit la porte avec sa baguette.

« Harry! Snape, où est Harry ? Comment va-t-il ? Il va bien ? » demanda Sirius alors qu'il s'agenouillait près du lit, tournant le visage d'Harry vers lui. Des yeux verts, flous et ternes, clignèrent en réponse. Sa peau était d'un blanc grisâtre et sale. Ses cheveux normalement incontrôlables pendaient à plat contre son crâne, gras et éteints. Entre ses cheveux et le ricanement, Sirius dût réprimer un frisson : Snape se manifestait trop physiquement dans la peau d'Harry.

« Vous permettez ? » grogna la voix d'Harry avec ennuie, et immédiatement, Remus et Sirius firent estomper leur baguette gardant une faible lueur. Harry toussa faiblement, répandant du sang au coin de sa bouche. Les yeux de Sirius s'agrandirent d'horreur pendant que Lunard essuyait tendrement le sang avec l'ourlet de sa robe.

La peau d'Harry était étirée sur ses os, ses pommettes seyantes, creusant une légère ombre au-dessus de sa mâchoire. Il semblait ne plus y avoir de chair sur lui, nul part. Sa tête paraissait trop grande pour son corps, disproportionnée. De sombres ecchymoses violacées ombrageaient le dessous de chacun de ses yeux, et ses lèvres étaient teintées de bleu. Ses dents apparurent teintées de rouge sang. Il avait des difficultés à respirer.

Remus bougea le premier, rassemblant la fine couverture qu'Harry avait sous lui et la drapant autour de lui.

« Bien. La couverture a un charme » murmura Remus en approbation, puis s'agenouillant à côté de lui. « Severus, quel est l'état d'Harry ? » demanda-t-il. Sirius put seulement regarder comme Harry restait inerte dans la couverture, sa tête roulant d'un côté à l'autre. Seuls ses yeux, louchant alors que Snape essayait de suivre les mouvements de Sirius et Lunard, donnaient l'indice qu'Harry était toujours vivant.

« Pas bon. Qu'est-ce qui vous a pris si longtemps? J'aurai dû vous faire une carte » gronda Snape avant de tousser de nouveau faiblement. Remus le redressa un peu, ce qui sembla lui faciliter la respiration.

« Le blesserons-nous si on le transporte ? » demanda Sirius, horrifié par l'état dans lequel était Harry alors qu'il avait essayé de s'y préparer. Comme pour les sarcasmes de Snape... L'homme était insupportable, même presque mort. Ne pense pas à ça!

Snape secoua la tête d'Harry faiblement. Remus acquiesça de satisfaction et souleva précautionneusement Harry dans ses bras.

« Lunard... » dit Sirius, hésitant un moment. Remus s'arrêta. « Laisse-moi le porter » Remus fronça les sourcils.

« Non, tu es déjà épuisé. C'est plus sensé que ce soit moi » argumenta Lunard. Sirius se racla la gorge, mal à l'aise, ignorant le regard mortifié sur le visage d'Harry à ce que Sirius avait suggéré.

« Oui, mais comment est ton Patronus ces temps-ci? » demanda Sirius, et il croisa les bras, ses yeux hantés disant ce qu'il avait tu. Il doutait être capable d'en faire un lui-même. Les yeux de Remus s'écarquillèrent mais il n'hésita pas tandis qu'il s'approchait et plaçait tendrement Harry dans les bras de Sirius.

« Adorable » croassa Snape rauquement alors qu'ils se retiraient rapidement par les couloirs les plus bas d'où ils arrivaient.

« Es-tu en contact avec Harry ? » demanda Lunard doucement. Il ouvrait le chemin, la baguette levée et prête. Les prisonniers avaient commencé à prendre conscience que quelque chose... de vivant... passait près de leur cellule.

« Non » dit la voix d'Harry faiblement. Snape s'éclaircit la gorge et essaya encore. « Non. Pas depuis quelques jours maintenant. Le seul moment où il est conscient est quand il est coincé dans une vision, et malheureusement je n'ai pas la force de maintenir le lien. » Sirius put entendre la propre peur de Snape se refléter dans sa réponse clinique, et réalisa que d'une manière ou d'une autre, Snape était la principale raison d'Harry d'être toujours vivant.

« Attendez ! Ne me laissez pas! S'il vous plait ne me laissez pas ici! » cria une voix depuis l'obscurité. L'emprise de Remus sur sa baguette se resserra et il regarda autour de lui, en alerte.

« Je ne pense pas que les Détraqueurs entendent comme nous, Lunard. En plus, un peu d'émotions les tiendront occupés » dit Sirius rassurant.

« Oui, mais les Mangemorts si » railla doucement Snape. Sirius se renfrogna. Ne me porte pas la poisse.

« Froid... il fait si froid. S'il vous plait, revenez » cria une autre voix tristement.

« Est-il... » commença à demander Sirius calmement à Snape après un moment de silence, puis il ne put finir sa phrase. « Harry est-il...? » essaya-t-il encore.

« Idiot ? Fou? Je ne pense pas. Il a juste... plus rien » répondit Snape en réfléchissant, le sarcasme manquant dans sa voix, le faisant paraitre plus comme un Harry normal. C'était dur. Sirius voulait tant s'assurer qu'Harry allait bien, mais il ne pouvait pas. Les mêmes peurs subsistèrent. Voir Harry n'avait rien fait pour le rassurer.

Et que ce soit Snape qui ait aidé Harry, avec Sirius qui devait interagir, rendait ça encore plus dur. Le visage d'Harry n'était pas fait pour contenir autant d'amertume... pas vrai? demanda une voix au fond de l'esprit de Sirius. N'a-t-il pas le droit d'être amer? En colère? Injustement emprisonné, faussement accusé.

Sirius le lâcha presque de surprise quand Snape haleta de douleur, sa main se pressant brusquement sur son front (le front de Harry). Snape frémit, et sa respiration devint un court halètement tandis que ses yeux roulaient.

« Ça, c'est pas bon » dit Lunard sinistre, ses yeux écarquillés. Sirius acquiesça et en un accord silencieux, ils commencèrent à courir. Merlin merci, Snape est inconscient, pensa Sirius. Il rapprocha le corps d'Harry et courut avec tout ce qu'il avait.

Ils sprintèrent à travers des passages glissants avec seulement la faible lumière de leur baguette pour les diriger. Il était clair par la douleur de la cicatrice d'Harry que Voldemort arrivait. Remus ouvrait la voie, ses naturelles grandes enjambées le portant de plus en plus en avant. Sirius détestait perdre de vue Lunard, mais même si Harry avait été en excellent état, il n'était pas en grande forme. En plus, essaya-t-il de se rassurer, les ennuis seront soit devant soit derrière nous. Il n'y avait pas d'autres intersections jusqu'à ce qu'ils soient plus profondément dans le quartier des Elfes de maison.

Le froid écrasant qui commença à la base de son cou et balaya brusquement tout son corps était beaucoup plus fort qu'auparavant. Plus d'un... Venant de derrière.

« Demi-tour, Sirius! Nous sommes bloqués ! » cria Remus de l'avant, et soudain Sirius put voir que l'obscurité qu'éclairait la baguette de Remus semblait grouiller et pulser à cause de l'ombre des capes des Détraqueurs. Ils sont justes devant lui. La lumière de Remus vacilla et la faible lueur blanche indiqua que Remus créait son Patronus.

« Ne vas pas si près, Lunard ! » hurla Sirius. Il essayait de réévaluer leurs options. Quelles options?! Nous sommes piégés ! Ironiquement, aucune voix ne fit écho dans sa tête tandis qu'il avançait pour rejoindre Remus. Mieux vaut deux qu'un, mais sa conscience des frissons d'Harry augmenta comme il approcha de la mêlée d'ombre et de lumière. Remus était capable de distraire les Détraqueurs, mais son Patronus n'était pas assez fort pour bannir un si grand nombre.

Remus échangea un bref regard avec Sirius, puis regarda par dessus son épaule, ses yeux s'écarquillant à la vue des Détraqueurs derrière eux.

« Maintenant est un bon moment pour voir si tu peux faire un Patronus » dit Lunard même s'il venait d'en invoquer un autre lui-même.

Il y en a trop, pensa désespérément Sirius, serrant Harry alors qu'il commençait à penser à courir, forçant le passage. Mais à présent l'effet cumulé des Détraqueurs de devant et de derrière commençait à prendre leur tribut. La respiration rapide d'Harry emplissait ses oreilles, et des mains sales et squelettiques cherchaient à saisir sa robe. Ils me connaissent, pensa-t-il follement. Ils essayaient d'attraper aussi bien ses bras que le corps d'Harry. Pense au sourire d'Harry. Tu te souviens comment il avait l'habitude de rire? Je ne l'ai entendu que peu de fois, mais... Pourquoi pas comment tu t'es senti quand il a dit 'oui' pour vivre avec toi?

« Expecto Patronum... Expecto Patronum... » dit Sirius faiblement, portant toujours Harry, quand il vit Remus tomber sur les genoux, la lueur de son propre Patronus diminuant à chaque instant.

« Non ! » hurla Sirius, désespérant de trouver un signe de Lunard alors que la grouillante masse de Détraqueurs commençait à l'entourer. Il bondit en avant, essayant de passer en force pour rejoindre Lunard, les poussant... Mais chaque poussée était plus faible que la précédente, et bientôt son murmure, « Expecto Patronum » ne fut plus qu'un susurrement. Il tomba sur les genoux.

Alors que le dernier Patronus de Lunard disparaissait dans l'obscurité, tout ce qui resta fut le déclin, des bruits de respiration et des saisissements par des mains mortes. Sirius se pencha afin de bloquer la vue d'Harry, essayant de le protéger de son corps jusqu'au bout.

« Non » murmura-t-il tandis qu'il essayait de couvrir Harry avec sa robe. « Laissez-le. Ne le touchez pas... » Puis il n'y eu plus rien.

À suivre.