CHAPITRE 38
OOC : Coucou à tous ! Voici un nouveau chapitre ! J'espère qu'il vous plaira ! Merci à Kuro Sha, Estela Prime et Cao dreams in books pour leurs reviews ! n'hésitez pas à en laisser un ! ça fait toujours plaisir !
Père Jean ne détestait pas Crown City.
En réalité, il appréciait cette ville. Elle était peuplée de souvenirs qui lui étaient propres et chers. Ce fut à Crown City où il avait passé ses premières vacances durant son enfance. Ce fut à Crown City où il avait rencontré ses plus proches amis.
Ce fut à Crown City où il avait pris sa décision d'entrer dans les ordres.
Père Jean ne détestait pas cette ville. Mais après de nombreux pèlerinages passés au Japon, notamment aux alentours du Mont Fuji, qu'il visitait et explorait avant de s'y recueillir et qui était devenu son petit havre de paix, il avait fini par constater qu'il se sentait plus connecté à cet endroit qu'à Crown City, aux Etats-Unis. A chaque fois qu'il prenait l'avion pour revenir dans son pays natal, il y ressentait un certain dépaysement. Un certain manque…
La pureté de l'air. Les cailloux, les roches sous ses pieds. La beauté du paysage qu'il redécouvrait avec ses quatre autres sens qui avaient compensé la perte du cinquième.
On ne pouvait pas le lui enlever.
Il attendit que les voitures s'arrêtent pour traverser. Il se rendait chez lui, comme tous les dimanches après la messe. L'avantage était que son appartement n'était pas loin de l'église. Il favorisait la marche à pied plutôt que les transports en commun. Il appréciait ces moments de solitude, de quiétude. Il pouvait demeurer seul avec lui-même, avec ses pensées.
Mais au moment où il contournait l'angle pour se diriger vers son immeuble, il devina qu'on lui barrait le chemin.
Il utilisa sa canne blanche pour éviter l'obstacle.
Sa canne lui fut brusquement arrachée des mains.
Dès l'instant où il la perdit, il se sentit mal à l'aise. Dépouillé.
A tâtons, il chercha. Mais l'obstacle avait reculé.
« …Rendez-la-moi, s'il vous plait.
Un rire lui répondit.
- Tu veux ta canne ? lui répondit une voix. File-nous ton fric sinon on te la casse.
Père Jean sentit une boule dans la gorge.
Autant ne pas insister…Il ne souhaitait pas s'attirer davantage de problème. Prudemment, il fouilla dans sa poche pour sortir son portefeuille.
Un tintement au sol. Le bruit de ses clés qui tombaient.
Il ignorait où elles étaient tombées.
- Mais je te connais, toi ! cracha la même voix. Tu es le prêtre de l'église d'à côté ?
- …Oui.
Il se mit à rire.
- Haha, excellent ! Que vas-tu faire ? Tu vas me rabâcher que mon âme doit être sauvée ? Que l'on gagne tous notre place au paradis ? Tu es vraiment naïf, mon gars ! comme tous les prêtres !
Il marqua une pause.
- Enfin…mis à part ceux qui sont aussi pourris que les racailles des rues, voire pire.
Père Jean tressaillit.
Deux fois…c'était la deuxième fois qu'une telle agression se produisait.
La deuxième fois qu'on s'en prenait à lui. Mais cette fois-ci, il était encore plus diminué.
La première remontait à…avant qu'il ne perde la vue.
Sa main tremblait tandis qu'il tendait le portefeuille à son interlocuteur.
- …rendez-moi ma canne…s'il vous plait…
Son cœur battait de plus en plus vite.
On lui arracha violemment le portefeuille de sa main.
Puis…Un bruit sourd à côté de lui.
- Tu la veux ? ramasse-la !
Sa canne…
Père Jean était sur le point de se pencher pour la chercher quand une voix les interpella.
- Tu vas la ramasser.
Père Jean se figea.
Cette voix…elle lui était plus que familière.
Une voix féminine…
- Quoi ? Tu vas me faire quoi, fliquette ?
Puis, le ton de l'agresseur changea.
Sa voix devint blanche. Il le devinait effrayé.
- Vous êtes malade !
- Ramasse !
- Ok, ok ! Abaissez ça ! ABAISSEZ CA !
- RAMASSE !
Le même mot…
Ramasse.
Sauf que la première fois, il ne s'agissait pas d'une canne. Mais de livres…
Il avait souhaité devenir écrivain…avant de devenir prêtre.
Quelques minutes après, sa canne fut à nouveau dans ses bras.
Un clic s'ensuivit.
Un bruit de menottes.
Puis, exactement la même phrase.
- Vous êtes en état d'arrestation.
Père Jean ne l'aurait jamais cru.
Ici…à Crown City ?
Comment pouvait-elle être ici… ? La dernière fois qu'ils s'étaient adressés la parole, elle quittait les Etats-Unis pour l'Irak.
Après toutes ces années… ?
- …Marie ?
Le timbre de sa voix indiqua qu'elle s'était retournée vers lui.
- …Jean.
« …Je n'aurais jamais cru que je te reverrais. »
Ils étaient assis à la table d'un café. Père Jean reposa sa tasse de thé. Mais pas une seule fois n'avait-il entendu le tintement du verre de Marie contre la table. Elle n'avait pas touché le sien.
Elle lui avait offert le thé pour lui remonter le moral.
« Après tout ce temps…tu me sauves la vie. Une deuxième fois. Comme lors de notre première rencontre. »
Il tenta une plaisanterie.
« …Tu vas devoir me donner ton numéro pour que je fasse appel à tes services. »
Elle ne répondait pas.
Le silence tomba à nouveau.
Père Jean adressa un sourire tendre en direction de Marie.
« …Raconte-moi…ton parcours.
- Tu le connais déjà.
- L'armée…et tu as fait des missions intéressantes ?
Il lut un haussement d'épaule.
- …ça dépend.
Il avait l'impression de s'adresser à un mur de glace. Il faisait la discussion…et elle écoutait. Ou peut-être n'écoutait-elle pas. Il devinait qu'elle ne le regardait pas totalement.
Comme si elle l'évitait…
Dix ans…
Dix ans avaient passé…mais c'était comme s'ils s'étaient quittés hier.
- …Prêtre.
- Je sais. C'est surprenant.
- Tu as toujours été très croyant…mais je n'aurais jamais pensé au point que tu entrerais dans les ordres.
Effectivement…
Mais après sa maladie…beaucoup de gens l'avaient laissé tomber. Certains membres de sa famille…des amis de plusieurs années avaient arrêté de lui adresser la parole.
Elle aussi, était partie.
Au début…il l'avait mal pris. Après le départ de Marie, il avait pensé que le monde s'écroulait. Qu'il ne pouvait compter sur personne. Que sa maladie lui enlevait tous les gens qu'il aimait et qui auraient dû l'aimer en retour.
Qu'il était condamné…qu'il mourrait seul.
Il s'était tourné vers la religion en dernier recours.
Et il y avait trouvé un réconfort puissant, que nul autre n'aurait pu lui donner. Même pas Marie qui avait été à ses côtés durant vingt ans. Qu'il aurait épousé s'il avait été riche à l'époque.
Mais le destin en avait décidé autrement.
Et il avait survécu. Aveugle, mais vivant. Et avec du recul…il avait compris pourquoi les gens l'avaient évité.
C'était une forme de protection. Ils ne le regarderaient pas mourir. Ils ne le regarderaient pas être handicapés à vie.
- Tu n'as pas changé, déclara-t-elle après un moment d'absence.
Avait-elle changé ? En apparence ?
En tout cas, elle conservait son côté cassant professionnel.
- Merci…de m'avoir sauvé, répéta-t-il.
- Tu n'as pas à me remercier. C'était un lâche.
- Tu n'as jamais supporté l'injustice.
- C'est ce genre d'individu à qui tu rends visite en prison ?
- J'ai visité la prison, l'hôpital, le centre. Pour apporter du réconfort.
Comme lui qui en avait eu besoin.
- Tu as toujours été trop gentil.
Son ton s'était radouci.
Il se souvenait de ses paroles.
Ce qui l'avait attirée chez lui…avait été sa compassion, sa douceur, sa compréhension des autres.
Tels avaient été les mots de Marie lors de leur premier rendez-vous.
Malgré ce qui était arrivé…malgré leurs différends…
Malgré leur séparation… Il avait la sensation qu'un vide dans son cœur venait d'être comblé. Un vide dont il n'avait même pas conscience mais qui avait duré dix ans…
Il était ravi. Ravi de la retrouver.
Il n'aurait jamais cru la recroiser un jour.
Mais…aujourd'hui, ce n'était plus pareil. Il l'aimait…mais cela serait différemment.
- Tu habites ici ? demanda Père Jean.
- Non. Je suis en mission. Temporairement. Je repartirai en Irak après cela.
- Cela doit être passionnant. Tu as dû beaucoup voyager.
Il marqua une pause.
- Es-tu allée au Mont Fuji ? C'est magnifique, là-bas.
- Je n'en doute pas. Mais je n'ai pas encore eu l'occasion.
Un bruit de mouvement.
Il comprit qu'elle consultait sa montre.
- Je dois partir…je ne veux pas te retenir davantage.
Il y eut comme un regret dans son ton.
- Puisque tu es dans les environs, proposa-t-il instantanément, on pourrait sortir un soir. Prendre un verre. Que tu me racontes tout en détail.
- …je doute que cela soit une bonne idée.
- Marie.
Je ne t'en veux plus, pensa-t-il.
A quoi bon ? S'il lui en voulait, il ne serait pas heureux. Mais peu importe ce qu'il lui dirait, les mots qu'il utiliserait pour la rassurer…cela n'effacerait aucunement l'expression de Marie.
Cet air triste sur son visage…cette culpabilité qui la poursuivait…
Il n'avait pas besoin d'être aveugle pour le voir.
Marie était sur le point de s'éloigner.
Mais il l'entendit s'arrêter.
- …Pourquoi tu ne prends pas un chien ? Au lieu d'une canne. Il serait beaucoup plus fiable. Et il te défendrait.
- Oh…je n'y ai jamais pensé. Avant…j'aurais souhaité un animal mais…est-ce une bonne idée maintenant ?
- C'est une idée. Il existe des chiens d'aveugle.
- Je ne sais pas si je saurais m'en occuper.
- Tu pourrais…tu t'occupes des criminels en perdition. Un animal ne devrait pas te poser de soucis.
Sur ces mots, elle s'éloigna.
Père Jean gardait sa tasse de thé encore chaude proche de lui.
Un chien…
L'aiderait-elle à le choisir ? Avec lui ?
Il secoua la tête.
Sûrement pas.
« …comment te sens-tu ? »
Le jour venait à peine de se lever sur Caminus. Night était réveillée depuis longtemps. Dans la cuisine aménagée, la fembot orange buvait son energon quand Kat la rejoignit. La cyclope s'assit en face d'elle. Son expression corporelle indiquait son inquiétude à l'égard de son amie.
Night n'eut pas la force de feindre.
- …Pas très bien.
- Je comprends.
Kat attrapa son propre cube. Timidement, elle l'interrogea.
- …Tu lui as reparlé ?
- Non. Je ne vois pas l'intérêt. Quand il est en colère, il ne faut pas lui adresser la parole.
Il était capable de l'ignorer pendant plusieurs jours.
Elle le connaissait assez pour s'attendre à cette éventualité.
- Je suis sûre qu'il a dit ça sous le coup de la colère.
- Mes parents m'ont abandonnée dans une poubelle. Je doute qu'il y avait seulement de la colère.
Elle se prit le visage dans les mains.
Elle repensa à l'expression de Htab…
Sa mère qu'elle recherchait.
Sa mère pour qui elle avait souhaité se rendre aux Cités de cristal.
Et qui l'avait abandonnée dans une poubelle.
Peu importe les raisons…
- S'ils m'avaient aimée, ils n'auraient jamais fait cela.
- Ils avaient peut-être de gros problèmes.
- Et j'en faisais partie, apparemment.
- Night.
Pour régler un problème…il fallait s'en débarrasser. Kat se rapprocha d'elle.
Son interlocutrice lui adressa un regard fatigué, avant de baisser la tête tandis que la main de Kat attrapa la sienne, leurs doigts entrelacés.
Night réagit à peine, même si elle lui rendit brièvement l'étreinte.
- Ce n'était pas ta faute.
- Je n'ai jamais dit que c'était de ma faute. C'est juste que…cela me dégoûte. Savoir que…je n'étais pas désirée…
Qu'elle avait été une erreur.
Ou pire.
- Maman a peut-être raison, soupira Night. Je devrais arrêter de chercher. Et rentrer.
- Tu as une famille, Night. On se moque bien que tes parents soient adoptifs ou naturels. Tu as Fracture…tu as le dépôt…
Les mots suivants lui apportèrent une brève chaleur dans son spark.
- …Et tu m'as moi.
Night resserra son étreinte.
- Je sais…
Night décida de changer de sujet. Après tout…il valait mieux ne pas poursuivre et la stresser davantage.
- …J'écris un roman, lui déclara Kat.
Elle se retourna vers elle. Sur le coup, elle ne s'y attendait pas. Night lui adressa un sourire intéressé.
- Vraiment, ma belle ?
- Vraiment.
- Et…cela parle de quoi ?
- Il n'est pas tout à fait fini…dit Kat. Je viens de le commencer…je t'en parlerais quand il sera un peu plus avancé.
- Oh. Et je ne peux pas avoir un aperçu ?
Kat détourna la tête.
Elle paraissait…gênée.
- Tu rirais bien.
- Je te promets que non.
Soudain, elles furent interrompues par un bruit à la porte.
Kat et Night s'échangèrent un regard avant de se lever pour ouvrir.
Une fembot blanche apparut sur le seuil de la porte. Night ne la reconnut pas immédiatement jusqu'à ce qu'elle croise ses optiques pâles.
Elle tiqua.
- …Je vous reconnais, fit Night.
La victime de Xedgar…
La fembot lui adressa un bref sourire fatigué.
- C'est l'un des voisins qui m'a indiquée où vous vous trouviez.
Elle fit un pas vers elles, la reconnaissance évidente dans ses optiques. L'instant d'après, elle s'inclina.
- Vous deux...Je souhaitais vous remercier. Pour votre aide. Pour ne pas m'avoir vendue à Xedgar. Pour m'avoir sauvée.
Elles furent légèrement surprises. Elle ne s'attendait pas à ce que cette personne les remercie.
- …C'est normal, dit Kat.
- Il y avait une prime sur ma tête. Peu de gens se seraient interposés entre ce monstre et moi. Sans vous, je serais morte.
Elle avait la couleur bleue des Autobots, malgré la pâleur de ses optiques.
Mais ce n'était pas un sujet qu'elle aimait aborder. Elle penserait que cela serait impoli, de lui demander à quelle faction elle appartenait.
La fembot ne cessait pas de sourire. Elle paraissait beaucoup plus mûre, beaucoup plus âgée qu'elles.
- Contente de vous avoir rendue ce service. Et...peu importe ce que vous avez fait, vous ne méritez pas d'être tuée par un chasseur de primes pour de l'argent.
Ils étaient des assassins, après tout.
- Laissez-moi vous remercier...comment vous appelez-vous, au fait?
Night et Kat se présentèrent successivement.
- Night.
- Kat.
Night remarqua que l'attention de la fembot était surtout focalisée sur elle. Elle vit Kat se tendre légèrement, sans montrer plus. L'inconnue opina du chef, avant d'ouvrir son châssis.
Elle en sortit deux clés. Deux clés bleuâtres, translucides, qu'elle leur tendit.
Night et Kat les fixèrent, sans rien dire.
Pourquoi ? Qu'est-ce qu'elles devaient faire avec cela ?
- Votre cadeau. Je suis de passage à Caminus. J'ai une résidence aux Cités de Cristal, dit la fembot. Si vous vous y rendez et que vous cherchez un endroit pour dormir, n'hésitez pas. Cela sera ma façon de vous remercier.
- Heu…c'est gentil mais…
Les Cités de Cristal…une résidence…
- ...Vous n'habitez pas ici, n'est-ce pas? fit la fembot.
- Non...on habite ailleurs.
Elle ne pouvait pas tomber au pire moment. Si elle les avait remerciées quelques jours plus tôt…elles auraient accepté sans hésiter.
Mais maintenant…elles rentreraient sur Terre et sur Cybertron respectivement. Night suivrait sa mère adoptive…
Et elle arrêterait de rechercher des personnes qui n'en valaient pas la peine. Sa mère le lui interdirait de toute façon.
A quoi bon se rendre aux Cités de Cristal ? Même si le mot résidence lui éclaira les optiques durant quelques secondes. Kat répétait que ceux qui étaient assez riches possédaient des résidences magnifiques.
Si cette fembot en possédait une, elle devait en faire partie.
Quelle plaie...
- …On repart bientôt, lui déclara Night.
La fembot eut l'air légèrement déçu. Pourtant, elle leur glissa les clés dans les mains.
- Gardez-les malgré tout. Au cas où vous auriez envie de passer des vacances.
- Des vacances…aux Cités de cristal…
- Vous y êtes déjà allées?
Elles secouèrent la tête.
- cela vaut le coup d'oeil.
Peut-être…elles n'en doutaient pas.
Mais si elles pouvaient s'y rendre... cela ne serait pas avant longtemps.
La fembot s'inclina avant de tourner les talons. Elle leur adressa un coup d'oeil par-dessus l'épaule avant de partir. Mais avant qu'elle ne disparaisse complètement, Night l'interpella.
Elle connaissait leurs noms.
- Madame…comment vous appelez-vous ? lui demanda Night.
- Bathoria.
