Chapitre 38
Bureau du Capitaine Gates, 12ème District, aux environs de 18h.
Castle et Beckett venaient d'expliquer à Gates, Talbott d'Abzac et les gars ce qu'ils supposaient des intentions de François Dauriac lors de cette soirée de St Valentin. Talbott d'Abzac avait confirmé la présence de ces objets chez lui : deux bouteilles de Champagne « Tsarine », différents écrits d'Henri de Launay, pour certains devenus quasiment illisibles avec le temps, et quelques bibelots. Il avait expliqué, comme l'avait supposé Castle, que ces objets avaient appartenu à sa belle-mère, qui les tenait elle-même de ses aïeux, mais qu'ils prenaient la poussière depuis des dizaines d'années au grenier. D'après lui, Dauriac savait qu'il avait ces objets en sa possession, puisqu'ils en avaient parlé au cours de plusieurs discussions il y avait des mois de cela, et que le grand maître lui avait même proposé de lui racheter le précieux héritage du « Princess Eugenia ». Il avait refusé, d'abord parce qu'il n'avait nullement besoin d'argent, ensuite parce qu'il savait la valeur historique de ces objets, qui avaient été transmis de génération en génération au cours des siècles. Il avait décidé d'en faire don au Musée d'Histoire américaine afin d'en faire profiter le plus grand nombre, plutôt que de les laisser croupir éternellement dans son grenier. Et justement, des archivistes viendraient de Washington dès le lendemain pour récupérer les bouteilles, bibelots et documents divers. Pour tous, il était donc désormais évident que Dauriac, certainement aidé par les membres fondateurs, avait l'intention de dérober ce qu'il considérait comme un « trésor » lors de la soirée de St Valentin, avant que ces objets ne rejoignirent le musée, et ne devinrent inaccessibles à tout jamais.
- Vous pensez vraiment que ces gens ont prévu de cambrioler ma demeure pour ces quelques vieux objets …. qui ne valent rien ? Même le Champagne doit être frelaté depuis le temps …, constata Talbott d'Abzac, qui peinait à y croire.
- Oh, mais ils n'ont pas l'intention de le boire …, répondit Castle.
- Ce ne peut pas être une coïncidence, fit remarquer Esposito.
- Non, ce n'est pas une coïncidence, ajouta Gates. Ce Dauriac prépare un mauvais coup …
- Où sont stockés les objets ? demanda Beckett.
- Dans une vieille malle, dans l'un des greniers. Mais ils ne pourront jamais y accéder … Mon grenier est une véritable forteresse, expliqua Talbott d'Abzac.
- Une forteresse ? Vous protégez votre grenier ? s'étonna Castle.
- Oui, il y a deux codes pour y accéder. Il se trouve que nous y stockons différents biens familiaux, des tableaux, des bijoux, dont nous n'avons plus l'utilité, mais qui ont une grande valeur sentimentale et financière. Alors on n'est jamais trop prudents.
- Dauriac peut-il avoir connaissance de ces codes ? demanda Ryan.
- Non. Je ne vois pas comment … Je suis le seul à les connaître, avec mon épouse. Et nous n'en avons aucune trace écrite.
- Dauriac est déjà venu chez vous ? continua Beckett, cherchant à comprendre la stratégie du grand maître.
- Oui, à plusieurs reprises pour préparer la soirée, repérer les lieux …
- Il ne repérait pas les lieux uniquement pour sa soirée …, constata Ryan.
- Vous n'êtes jamais allés au grenier avec lui ? demanda Esposito.
- Non. Il ne m'a même jamais posé de questions sur le grenier. Et puis de toute façon, je ne vais jamais au grenier …
- Est-ce que vous avez été en contact avec d'autres membres de « Plaisir masqué » ? poursuivit Castle, ne négligeant pas le fait que Dauriac n'agissait certainement pas seul.
- Oui, cette femme, Katie Collins, à l'époque où Dauriac a voulu m'acheter les objets. Elle était avec lui, elle connaissait bien l'histoire de la confrérie, expliqua Talbott d'Abzac.
- Vous vous souvenez de quelque chose de particulier ?
- Non, nous avons simplement discuté dans mon bureau.
Un instant, ils se regardèrent tous en réfléchissant, se demandant comment Dauriac et ses amis comptaient accéder au grenier de la demeure, et comment ils pouvaient avoir eu connaissance des codes pour s'y introduire.
- On ne peut pas les arrêter avant ? Je veux dire, si on sait qu'ils vont voler ces objets ce soir … alors …, suggéra Talbott d'Abzac, l'air soucieux.
- Non, on n'a aucune preuve, répondit Beckett. Et on a besoin que tout se passe comme prévu ce soir.
- Ce n'est pas non plus comme s'ils allaient commettre un casse à un million de dollars …, constata Esposito. Je veux dire, des vieilles bouteilles, et des morceaux de papier …
- C'est un cambriolage, Lieutenant, lui fit sèchement remarquer Gates, peu importe la nature du butin.
- Et on ne sait pas jusqu'où ils sont prêts à aller pour ces vieux trucs, ajouta Ryan. Il y a quand même deux étudiants qui ont été assassinés … et on n'a toujours aucune preuve que ce ne soit pas lié à ce cambriolage.
- Il y avait aussi cette femme …, les interrompit Talbott d'Abzac en ayant l'air de réfléchir, comme si quelque chose d'important lui revenait en tête.
Tous le dévisagèrent, attendant la suite de son explication.
- Elle aussi est venue à la maison. Je ne sais plus son nom. Une amie de François Dauriac. Une jolie jeune femme …, continua Talbott d'Abzac.
- Lucile Weyburn ? suggéra Castle.
- Oui, c'est ça, répondit-il. Elle s'entend bien avec mon épouse, et elle est venue quelques fois à la maison.
- Votre femme aurait pu lui transmettre les codes d'accès ? demanda Esposito.
- Non. Non, jamais …
- Et par inadvertance ? insista Beckett.
Il réfléchit un instant, avant de répondre :
- Peut-être … Elle … Je sais que mon épouse a reçu Lucile Weyburn ce dimanche après-midi, mais je n'étais pas présent.
- Pourriez-vous joindre votre femme, Monsieur d'Abzac. Il faut qu'on en sache plus, lui demanda Gates.
- Oui, tout de suite, répondit-il, en sortant son téléphone, et s'éloignant vers le couloir.
- Je crois que Lulu Weyburn a obtenu les codes, reprit le Capitaine Gates. Quand elle était en garde-à-vue l'autre soir, et que son mari est venu la voir à minuit, elle lui a glissé quelque chose à l'oreille … Je n'ai pas pu entendre ce qu'elle disait … J'ai pensé que c'était des mots doux, quelque chose de ce genre, mais maintenant, à bien y réfléchir …
- Vous pensez qu'elle lui transmettait les codes ? demanda Beckett.
- Peut-être …Lieutenant Ryan, allez chercher immédiatement l'enregistrement vidéo de la visite de Brad Weyburn à sa femme.
- Ok, répondit Ryan, avant de filer aussitôt.
- Lulu Weyburn était en garde-à-vue. Alors si c'est elle qui détenait les codes, elle a pu vouloir les transmettre à son mari, au cas où elle ne soit pas sortie à temps pour la soirée, fit remarquer Castle.
- Oui, ça se tient … Si c'est le cas, on aura une preuve concrète pour le cambriolage, répondit Beckett.
- En tout cas, si ces gens sont capables de mettre de tels stratagèmes en œuvre pour récupérer ces vieux objets, vous ne croyez pas qu'ils auraient été capables de tuer les étudiants ? constata Esposito.
- C'est ce que je dis depuis le début, répondit Castle avec un sourire.
- Entre voler et tuer, il y a quand même une marge non négligeable, ajouta Beckett. L'empoisonnement indique un crime passionnel. Ils ont été tués par jalousie.
- Mais notre poussin a pu vouloir faire d'une pierre deux coups, sourit Castle, qui jusqu'au bout ne se résoudrait pas à abandonner sa théorie.
- Rien ne sert de spéculer sans preuve, les interrompit Gates, alors que Talbott d'Abzac réapparaissait sur le seuil de la porte.
Tous se tournèrent aussitôt vers lui, et il leur expliqua que son épouse et Lucile Weyburn étaient montées au grenier dimanche après-midi, afin de récupérer quelques robes et voilages anciens, toutes deux étant passionnées de mode et de haute couture. Sans entrer davantage dans les détails, il annonça, d'un air dépité, que sa femme, confiante, et ne pouvant imaginer ce qui se tramait, avait composé les codes en présence de Lucile Weyburn, et elle n'avait pas nié qu'il était possible que la jeune femme ait pu en voir l'intégralité.
Une demi-heure plus tard …
Dans la salle de travail, Castle, Beckett, les gars et le Capitaine Gates finissaient de mettre au point les derniers détails concernant la soirée sous couverture. Les images vidéo de l'entrevue entre Lulu Weyburn et son mari le soir de sa garde-à-vue avaient confirmé ce qu'ils supposaient déjà : la jeune femme connaissait les deux codes d'accès au grenier de la demeure de Talbott d'Abzac. En travaillant sur l'intensité du volume, et la réduction des bruits parasites, Tory avait réussi à leur faire entendre les quelques mots que Lulu Weyburn soufflait à l'oreille de son mari, et, comme l'avait attesté Talbott d'Abzac, il s'agissait bel et bien des chiffres et lettres servant de code d'accès au grenier. Il ne faisait donc quasiment plus aucun doute que François Dauriac s'apprêtait bien à commettre un vol en cette soirée de St Valentin, avec la complicité de certains des membres fondateurs, si ce n'était la totalité. Talbott d'Abzac avait été autorisé à regagner son domicile, en compagnie du couple d'officiers qui allaient s'occuper d'installer le poste d'observation de la soirée, et veiller à ce qu'aucune information ne filtrât d'ici là. Tout devait se dérouler comme « Plaisir masqué » l'avait prévu. Les deux officiers se chargeraient le plus discrètement possible de transférer les objets hérités du « Princess Eugenia » en lieu sûr, et de les remplacer par des bouteilles, bibelots et documents sans valeur, afin de tromper Dauriac et ses amis. Le capitaine Gates s'était chargé de contacter la brigade anti-vols qui avait décidé de ne pas envoyer d'hommes sur place afin de ne pas perturber le bon déroulement de l'enquête sous couverture, d'autant plus qu'il ne s'agissait pas non plus du casse du siècle.
Rassemblés autour de Gates, ils venaient de passer une demi-heure à revoir le moindre élément de cette infiltration au sein de la soirée libertine de Dauriac. Ryan et Esposito seraient positionnés dans une fourgonnette banalisée en lisière de forêt, à quelques centaines de mètres de chez les D'Abzac, et resteraient en contact permanent avec toutes les personnes infiltrées, aussi bien Castle et Beckett que les trois étudiants, et Monsieur et Madame Neo. Plusieurs hommes surveilleraient discrètement les accès à la propriété, ainsi que les allers et venues dans la cour et les jardins de la demeure qui serviraient de parking lors de la soirée. Les trois étudiants et les Neo avaient été briefés sur le rôle qu'ils avaient à jouer. Tous étaient rentrés se préparer sous la surveillance étroite de plusieurs officiers, qui s'occuperaient de les équiper en microphone le moment venu.
- Tous les deux, vous restez focalisés sur nos deux suspects. Le cambriolage n'est pas votre priorité, ok ? précisa le Capitaine Gates à l'intention de Castle et Beckett.
- Ok. Donc on les laisse commettre le vol ? demanda Rick.
- Oui, répondit Gates. Si on intervient à l'intérieur de la maison, ça risque de compromettre nos chances d'identifier notre assassin. Nos hommes les arrêteront à la sortie, avec le butin dans les poches.
- Et s'ils ont prévu un plan pour s'échapper ? demanda Castle.
- Quel plan, mec ? Tu crois qu'ils vont se la jouer façon Ocean's Eleven ou quoi ? lui lança Esposito, un brin sarcastique.
-De toute façon, ils ne vont voler que de la pacotille …, fit remarquer Ryan.
- Ils ne vont peut-être même rien voler du tout. Il y a des chances que Dauriac ne se laisse pas duper par ce qu'on va placer dans le grenier, constata Beckett.
- Dans tous les cas, votre priorité c'est le tueur, réaffirma Gates.
- Ce n'est quand même pas super malin de la part de Dauriac, continua Ryan. Si les gars du musée viennent récupérer les objets demain, il n'aurait fait aucun doute qu'ils avaient été dérobés par des membres de la confrérie présents au cours de cette soirée.
- Oui, mais c'est comme pour le meurtre de Victor et Aaron, répondit Castle. Comment trouver un voleur parmi deux-cent personnes sans la moindre preuve ?
- Ouais … et si les étudiants n'étaient pas morts, ajouta Esposito, personne n'aurait eu vent de leur quête de trésor.
- Et sans trace d'effraction, il aurait été difficile de prouver quoi que ce soit, constata Gates.
- En tout cas, cela prouve bien, encore une fois, que Dauriac et ses amis n'avaient aucun intérêt à commettre ces meurtres au cours de l'une de leurs soirées et de prendre le risque d'amener les flics à enquêter à la veille de leur cambriolage, fit remarquer Beckett.
- Pourtant l'un d'eux l'a fait …, nota Castle.
- Oui. Quelqu'un les a tués par jalousie, et pas pour les empêcher de fouiner, parce que c'est complètement contradictoire, expliqua Kate. Tuer les gamins pour le risque qu'ils représentent, et attirer ainsi les flics …
- Notre tueur est un jaloux maladif, ça ne fait aucun doute, ajouta Esposito.
- C'est John Silver alors, affirma Castle avec certitude.
- Peut-être bien oui, continua Kate. Les Calderon ont certainement un lien avec cette histoire de Champagne frauduleux.
- Et dans ce cas, Antonio Calderon n'avait aucun intérêt à prendre le risque que les flics enquêtent sur la confrérie, ajouta Rick.
- Pour l'instant, on ne sait pas si les Calderon sont impliqués pour le « Tsarine », donc vous surveillerez nos deux suspects sans en négliger aucun, ok ? leur fit Gates en les dévisageant l'un et l'autre.
- Ok, répondit Kate.
- Bien. Vous pensez que vous allez parvenir à gérer la situation ? continua Gates.
- Ce n'est pas la première fois qu'on enquête sous couverture, Capitaine, sourit Kate.
- Je pensais à l'ambiance libertine dans laquelle vous allez baigner ce soir … Ce n'est pas … commun, dirons-nous …, précisa Gates.
- Ça va aller …, répondit Kate avec un sourire confiant.
- Oui. On s'adapte à toutes les situations, Capitaine, ajouta Castle. Tout est question de souplesse d'esprit, et de flexibilité … Je suis flexible, et Beckett aussi. Elle est vraiment très flexible …
Le petit ton malicieux et plein de sous-entendus de Castle n'échappa pas aux gars, qui les regardèrent, Beckett et lui, avec leur sourire en coin montrant combien ils n'étaient pas dupes. Quand elle réalisa ce que Rick était en train de sous-entendre quant à sa souplesse devant le Capitaine, Kate retînt son souffle, essayant d'éviter le regard de Gates. Il avait osé lui faire son dernier compliment devant le Capitaine, mais de manière suffisamment maligne pour que Gates puisse ne pas y prêter attention.
- Bien, alors si tout le monde est flexible …, tout devrait bien se passer …, répondit Gates sur un ton un brin sarcastique qui en disait long sur l'interprétation qu'elle avait faite des propos de Castle.
- Oh oui …, murmura Rick avec un sourire, avant que Kate ne lui donne un léger coup de coude dans les côtes pour lui intimer d'éviter d'en rajouter.
- Monsieur et Madame Neo ont laissé de quoi faire de vous de parfaits libertins, ajouta Gates. Vous n'aurez que l'embarras du choix …
Quelques minutes plus tard …
Castle et Beckett rejoignirent la salle de travail, où les gars devaient leur apporter les différents accessoires prêtés par le couple Neo pour cette infiltration sous couverture.
- Alors je suis flexible …, soupira Kate tout en se saisissant de la liste des membres fondateurs et de leurs surnoms libertins afin de bien les avoir en mémoire au moment de la soirée.
- Tu l'es oui …, répondit-il d'une voix souriante, en s'asseyant. J'adore, tu sais quand tu lèves ta jambe et que je …,
- Castle ! l'interrompit-elle en relevant les yeux de sa feuille. Tu n'as pas besoin de me faire un dessin, je sais que je suis très souple …
- Ah tu vois ! s'exclama-t-il, tout sourire.
- Et maintenant Gates le sait aussi …, lui fit remarquer Kate.
- Elle n'a pas compris le sous-entendu …, assura Castle.
- Bien-sûr que si, affirma Kate. Elle n'est pas née de la dernière pluie …
- Ah ? Tu crois qu'elle a compris ? Trop drôle …, sourit-il.
-Je ne sais pas si tu mérites les 30 points, lui fit-elle, l'air concentrée sur sa lecture. Tu n'as pas respecté la règle du jeu. On n'avait dit pas d'allusion sexuelle.
- C'est toi qui en fais une allusion sexuelle, sourit Castle. Je n'ai rien dit de tel …
- Tu n'en pensais pas moins …
- Peut-être, mais tu n'as pas le droit de me priver de trente points. Déjà que je perds …, répondit-il avec une petite moue.
- C'est vrai, sourit Kate, contente qu'il lui rappelle qu'elle était largement en tête. Ok pour tes points …
- Donc 460 pour moi … 500 pour toi. Tu ne veux pas me donner un défi bonus pour que j'ai une chance de te rattraper ? suggéra-t-il avec son sourire charmeur.
- Un bonus ? sourit Kate, en le dévisageant. Hum … ce n'est pas dans les règles ça …
- Toi et les règles … On peut enfreindre les règles de temps en temps, mon Lieutenant ? lui fit-il remarquer, tentant de l'amadouer.
- Pourquoi te laisserais-je une chance de me rattraper alors que la victoire est presque acquise ? lui demanda-t-elle d'un air malicieux.
- Parce que … tu ne peux rien me refuser …, sourit-il, comme si cela allait suffire à la faire craquer.
- Je ne cède pas à tous tes caprices, Castle, affirma-t-elle, tout en lisant les documents, l'air désintéressée.
- Bon, parce que tu m'aimes alors … simplement …
- C'est parce que je t'aime que je veux gagner et te soumettre à tous mes désirs, répondit-elle, en relevant les yeux vers lui.
- Hum …, ça me donnerait presque envie de t'offrir la victoire, sourit-il.
- Tu vois … Tu vas adorer les délices que ta maîtresse de la St Valentin va te faire subir …
Il la regarda, l'air songeur.
- Donc, pas de bonus, Castle, conclut-elle, d'un air satisfait.
- Mais, tu sais, la victoire serait encore plus excitante si on était au coude-à-coude …, ajouta-t-il tentant le tout pour le tout pour la convaincre.
- Je suis déjà très, très excitée …, répondit-elle d'une voix suave, le regardant dans les yeux, avec ce petit sourire mutin.
- Ah oui, excitée comment ? sourit-il, un brin émoustillé par les allusions coquines de sa femme.
- Bon ! lança Ryan, en passant la porte avec un petit carton dans les bras, interrompant les regards langoureux que se lançaient ses amis. Voilà vos accessoires libertins !
- Vous n'allez pas regretter votre soirée ! s'exclama Esposito, qui le suivait de près, alors que Ryan posait le carton sur la table.
Castle et Beckett se levèrent pour jeter un œil au contenu du carton, alors que Ryan leur expliquait que Monsieur et Madame Neo avaient sorti ces quelques accessoires de leur placard, et que cela ferait bien l'affaire.
- Alors, vous avez ces jolis masques de … c'est quoi … ? fit Ryan d'un air incrédule, en exhibant deux loups décorés de petites plumes jaunes vif.
- Un canari ? suggéra Beckett.
- Pas moyen que je sois un canari ce soir …, annonça aussitôt Castle.
- Le jaune t'irait à ravir pourtant, fit remarquer Esposito avec un sourire moqueur.
- Oui, et Beckett pourrait t'appeler Titi, ce serait une couverture parfaite, ajouta Ryan, taquin, alors que Kate se retenait de rire, n'imaginant pas vraiment en effet son mari sous les traits d'un canari.
- Est-ce que j'ai l'air d'un titi, les gars ? s'offusqua Castle, en se saisissant du masque pour le scruter de plus près.
- Essaye le pour qu'on se fasse une idée …, rigola Esposito.
- Hors de question … Je ne mettrai pas de masque de Titi … ou de canari jaune … Je suis un Grosminet moi …, affirma Rick, catégorique.
- Un Grosminet ? Sérieusement ? lui lança Kate, en riant, alors que Ryan pouffait de rire lui-aussi.
- En plus, jaune c'est la couleur de l'adultère …, ajouta Castle.
- Justement, c'est parfait pour une soirée libertine …, fit remarquer Esposito.
- Bon, les gars, on oublie le jaune, on ne va pas y passer la nuit, reprit Kate avec sérieux. Qu'est-ce que vous nous proposez d'autre ?
- Ça, répondit Ryan, en leur montrant deux nouveaux masques, recouverts d'un duvet beige, avec deux petites oreilles pointues.
- C'est quoi comme animal ? Des loups ? demanda Castle, perplexe, observant les masques.
- Ce ne seraient pas plutôt des coyotes ? suggéra Ryan, alors que Beckett ne pouvait s'empêcher de sourire devant les mines de ses coéquipiers.
- Des coyotes, mec ? lui lança Esposito d'un air narquois. Tu crois vraiment que des gens auraient eu l'idée de créer des masques de coyotes pour une soirée libertine ?
- Pourquoi pas ? Il y a plus de deux cent invités dans ces soirées, le stock d'animaux érotiques n'est pas inépuisable, expliqua Ryan.
- Ce ne sont pas des coyotes, c'est des renards …, affirma Castle. Ça se voit aux oreilles …
- Des fennecs non ? proposa Ryan, en retournant le masque dans tous les sens comme pour mieux le détailler.
- Les gars …, soupira Kate. On élimine … Si on n'est même pas capable d'identifier ces masques, on oublie.
- Il va bien falloir vous décider, fit remarquer Esposito.
- De toute façon, il ne reste plus que ceux-là, constata Ryan en leur montrant deux masques décorés de jolies plumes, mêlant leurs teintes blanches, opalines et ivoire.
- Ce sont des cygnes, constata Kate, avec un sourire, séduite.
- Des cygnes …fit Rick, songeur.
- C'est sûr que le vilain petit canard t'irait mieux que le cygne, lui lança Esposito.
- Très drôle .., bougonna Rick, visiblement peu emballé.
- Qu'est-ce qui ne te plaît pas cette fois ? lui fit Kate en soupirant.
- Pour toi, c'est parfait le cygne, aussi gracieux que toi …
- Et flexible …, marmonna Esposito, avec un petit rictus malicieux.
Kate le regarda sévèrement, si bien que son collègue ravala aussitôt son sourire.
- Mais pour moi, ce n'est pas très viril …, constata Rick, en scrutant le masque.
- Tu ne vas pas là-bas pour être viril, Castle, répondit Kate. On s'en fiche … Et puis c'est magnifique un cygne. Ça a quelque chose de royal …
- C'est vrai ? demanda Rick, soudain davantage intéressé.
- Tu parles … Royal … Il ne te manque plus que le tutu et les ballerines mon pote, rigola Esposito, entraînant Ryan avec lui, alors que Castle les dévisageait avec une petite moue.
- Bon, Castle, je te laisse le choix, soupira Kate. Titi, le fennec-coyote …. ou ce superbe cygne blanc ?
- Le choix est vite fait, constata Rick, dépité.
- Ok. On sera Monsieur et Madame Cygne, sourit Kate, en prenant les deux masques.
- Vous n'essayez pas ?
- On ne va pas vous faire ce plaisir les gars, répondit Beckett. On essayera à la maison.
- Il y a autre chose, continua Ryan. Il faut que vous choisissiez un de ces rubans de tissu et que vous le portiez toute la soirée, de manière bien visible sur votre poitrine.
Il exhiba devant eux des rubans colorés.
- Qu'est-ce que c'est ? demanda Castle.
- Alors, si j'ai bien tout compris : le rose, ça veut dire que vous êtes ouverts aux relations … euh … gay …
- Ok …, répondit Kate, avec un petit sourire.
- Le rouge, simplement ouvert aux relations hétérosexuelles. Et le vert … c'est …
- Ouvert à toute proposition …, conclut Kate.
- Comment tu sais ça ? lui lança Rick, en la regardant avec étonnement et suspicion.
- Je l'ai déduit, Castle, sourit Kate. Qu'est-ce que tu vas imaginer …
- Bien-sûr, vous pouvez en prendre plusieurs et changer au cours de la soirée selon vos désirs …, ajouta Ryan, avec un petit sourire taquin.
Castle et Beckett le dévisagèrent tous deux, l'air plutôt désappointés, alors que ce qu'ils allaient vivre commençait à se concrétiser réellement dans leur tête.
- Il n'y a pas un ruban qui veut dire : « On n'est ouverts à personne » ? demanda Rick, avec une petite moue.
- Nan, mec, répondit Esposito. Tu es vachement romantique, mais c'est une soirée libertine ! Le but c'est de s'ouvrir aux autres …
- On va prendre le rouge, ok Castle ? répondit Kate, avec un sourire.
- Evidemment …, soupira-t-il, alors que Ryan leur tendait les deux rubans.
- Attend, Ryan, ils n'ont pas plutôt dit que c'était le rose pour les relations hétéro ? lança Esposito, très sérieusement.
- Le rose ? fit son coéquipier, faisant mine de réfléchir. J'ai un doute, maintenant que tu le dis …
- Bon, les gars, arrêtez votre cinéma, leur asséna Beckett, alors que tous les deux pouffaient de rire. C'est le rose ou c'est le rouge ?
- Rose, répondit Esposito, avec son petit sourire malicieux, qui ne trompa personne.
- Rouge, répondit Ryan.
- Je comprends pourquoi, on m'a toujours dit de me méfier des latinos … Faux-frère, lui lança Castle, alors qu'Esposito ricanait.
- Il y autre chose ou c'est bon ? demanda Beckett.
- C'est tout. Tenue de soirée exigée bien-sûr …, ajouta Ryan. Ah … et les Neo vont ont noté quelques petites choses à savoir, ici.
- Merci, répondit Kate alors que Ryan lui tendait un bout de papier. On lira ça tout à l'heure. On va rentrer se préparer.
