Quand James, Sirius, Remus et Peter arrivèrent devant les cachots aux alentours de dix huit heures, après avoir longuement traîné des pieds en chemin, Severus était déjà là, depuis un certain temps apparemment, étant donné qu'il était tranquillement installé contre le mur, son devoir de Défense contre les forces du mal sur les genoux.

- Eh bien Snivellus, tu es bien ponctuel ! Rien de mieux à faire de ta vie que d'attendre une retenue ?

- Ta gueule Black ! Rien de mieux à faire de la tienne que me pourrir la mienne ?

- Mhh, laisse-moi réfléchir… nan.

- Sirius, je voudrais pas te déprimer mais on est partis pour au moins deux heures confinés tous dans la même pièce alors si tu pouvais au moins attendre la première demie-heure avant de nous sortir ton répertoire de remarques Siriussienne…

Ça c'était du Remus tout craché, toujours un commentaire plein de sagesse en réserve… qui n'avait malheureusement pas grande influence sur Sirius…

- Mais j'y peux rien, moi, si Snape m'inspire.

- Et moi j'y peux rien si Black m'horripile.

Ce fut le moment que choisit le professeur Slughorn pour entrer en scène

- Holà, jeune gens, on se calme. Avez-vous déjà oublié pourquoi vous étiez là ?

Et sous les yeux ébahis de Severus, les Maraudeurs entamèrent avec une synchronisation parfaite ce qui semblait être un rituel.

- Bonjour professeur ! Non, nous n'avons pas oublié et nous sommes sincèrement repentants ! Alors ne soyez pas trop dur avec nous !

- Et bien, je crois comprendre pourquoi le professeur McGonagall a refusé de s'occuper de vous. Il semblerait de plus que vous ayez déjà une retenue avec elle demain soir.

- En fait, intervint James, nous avons une retenue tous les soirs jusqu'à jeudi prochain…

- Belle performance. Venant de vous, ça ne m'étonne pas plus que ça, mais vous, Severus, vous êtes pourtant sérieux d'habitude !

Le ricanement de Sirius à l'énoncé de ce constat fut loin d'être discret. Severus lui lança un regard noir mais ne jugea pas utile de répondre.

- Bon, Rusard vous a déjà renseigné sur la tâche que vous devez mener à bien ce soir, nous allons pouvoir commencer. Vous n'avez qu'à vous occuper chacun d'une étagère différente en notant ce qu'elle contient.

Pleins d'une bonne volonté apparente, les Maraudeurs rentrèrent dans le cachot à la suite de Slughorn et précédant un Severus qui avait tout l'air de se demander ce que diable il avait pu faire pour mériter ça…


Au bout d'un quart d'heure à observer un dur labeur qui se déroulait pour le moins silencieusement, le professeur Slughorn se dit que puisque tout se passait bien, il pouvait aller se dégourdir les jambes. Rester assis est mauvais pour les articulations, paraît-il. Il leur donna donc comme consigne de continuer ainsi jusqu'à vingt-deux heures, ajoutant qu'il reviendrait à ce moment là pour voir si le travail avait été effectué correctement (« D'accord, Professeur ! A tout à l'heure, Professeur ») puis il partit rejoindre son bureau où il pourrait trouver des fauteuils bien plus confortables.

Grossière erreur. Il faut dire à sa décharge que le professeur Slughorn n'avait pas affaire aux Maraudeurs aussi souvent que le professeur McGonagall, qui elle, n'aurait jamais commis l'imprudence de les laisser seuls dans une salle. Qui plus est tous ensemble. Qui plus est avec Severus Snape…

- Le professeur est parti

Plus personne pour nous surveiller

Allons-nous rester ici

Ou alors nous évader ?

- Laisse-moi te dire, Black, que tu n'étais sûrement pas poète dans une vie antérieure.

Un étrange sourire naquit sur les lèvres de Sirius puis il se mit à chantonner d'une voix désagréablement stridente :

- Snape est un abruti aux cheveux gras

Personne n'aimerait être dans son cas

Quand on le croise dans les couloirs

Il risque de lui arriver des déboires.

Le ricanement de Peter fut encore moins apprécié que le poème de Sirius.

- Qu'est-ce qu'il y a, Pettigrew ? Toi aussi tu voudrais qu'on te compose un poème ? t'aurais peut-être l'impression de te sentir important ?

- Fous-lui la paix ! S'énervèrent James et Sirius de concert.

- Ce n'est pas moi qui…

- SILENCE ! S'écria un Remus pour le moins exaspéré. Retournez travailler qu'on puisse espérer terminer un jour !

Etrangement, personne n'osa aller à l'encontre de cet ordre…

Et la paix régna sur les cachots pendant au moins une minute. Minute pendant laquelle chacun se fixa consciencieusement d'un regard noir.

Finalement, avec un dernier regard méprisant et un grognement dédaigneux, Sirius et James jugèrent bon d'écouter Remus.

C'est ainsi que Snape put assister à une scène qui aurait paru étrange à qui ne côtoyait pas les maraudeurs quotidiennement. Ce qui était son cas, bien entendu.

Sans un regard de connivence, sans même une parole, chacun d'eux se dirigea vers une armoire - la même - et commença une tâche qu'on aurait pu croire lui avoir été assignée à l'avance.

Il aurait été logique dans ces conditions que le travail soit effectué quatre fois plus vite, et donc terminé quatre fois plus tôt. Mais c'était sans compter l'incroyable capacité de Sirius et James à perdre du temps en futilités…

- Oh ! Regarde, James !

Ledit James tourna rapidement la tête vers ce qui se trouvait dans la main de Sirius, à savoir une racine de Mandragore.

- Elle te ressemble trait pour trait, le matin au réveil.

- Mouarf, très drôle. Observe plutôt ce magnifique couteau en argent qui pourrait malencontreusement rencontrer ton cou.

Sirius le fixa, outré.

- James ! Si tu continues tes menaces, je vais être obligé de mettre Lily au courant…

- Non !! Pas ça !!!

- Merlin, faites-les taire !

- Mais Snivellus ! Faut pas être jaloux comme ça. On ne t'oublie pas ! Regarde ce crapaud coincé dans ce bocal et flottant dans le formol. Il a le même regard que toi.

Severus avait tout l'air de se retenir de lui faire bouffer le crapaud en question, mais il faut croire que Sirius n'avait pas bien saisi car il continua sur sa lancée.

- Et puis avec tout ce qu'on trouve ici, tu pourrais peut être te fabriquer un shampoing.

- Black, encore une seule remarque comme celle-ci, et je t'assure que tu ne pourras pas tenir de plume dans ta main avant un certain temps.

- James ! Prend ma défense ! Il me menace !

- Tu crois qu'on devrait prévenir Lily ?

- Vite, Peter ! Va la chercher ! Tu es notre seul espoir !

Severus, qui avait la tête de quelqu'un ayant dépassé ses limites depuis un certain temps, allait lancer une remarque bien sentie quand Remus jugea à nouveau nécessaire d'intervenir.

- James ! Sirius ! Foutez-lui la paix et bossez un peu. Je n'ai pas l'intention de tout faire tout seul !

- Merci de prendre ma défense, Lupin. Seulement, tu vois, je ne t'ai rien demandé.

- J'en avais juste marre de les entendre, en fait…

-Attention !! s'écria Sirius tout en sautant sur Remus.

- Mais qu'est-ce que tu fous, Pad !

- Hum, rien, c'est juste que je me suis dit… tu regardais pas ce que tu faisais et qui sait ce qu'on peut trouver ici, il y a plein de trucs dangereux !

- N'essaye pas d'être subtil, Black, tout le monde a vu que ce que Lupin a failli toucher était du tue-loup. Ça serait dommage hein ? Qui sait ce que ça aurait pu lui faire ?

- Tu l'avais vu et tu n'as rien dit ! S'énerva immédiatement James. Alors qu'il t'a aidé hier !

- On se calme ! Je n'avais pas besoin de le dire, je savais très bien que Black finirait par le voir et sauter partout comme le dément qu'il est.

Sirius le fixa, des étoiles dans les yeux.

- Alors tu me fais confiance ?! J'en suis tellement ému !

- Crève… fut la seule chose qui lui fut répondue.

Voyant que les autres commençait à les regarder bizarrement – même pour se moquer, ce n'était pas vraiment le genre de Sirius de dire des choses comme ça à Snape – il décida de retourner à sa tâche.

Cette bonne résolution ne dura cependant qu'un instant. Sirius étant ce qu'il était, c'est-à-dire plein d'imagination, il avait vite trouvé une nouvelle idée pour passer le temps.

Il se mit donc à lancer sur Snape les yeux d'anguilles qu'il venait de trouver dans un bocal.

James trouva cette idée parfaitement divertissante, Peter n'en pouvait plus d'admiration devant l'audace de Sirius, Remus l'ignorer fermement et Rogue était sur le point d'exploser. Ne pouvait-il donc pas finir cette retenue dans le calme puis aller ce coucher ? Pourquoi fallait-il que ce crétin soit toujours là !? Depuis un certain temps, il avait la nette impression qu'il était partout et ça l'empêchait légèrement de respirer. Il se força à rester le plus calme possible, puis se retourna lentement et le fixa avec un regard oh combien menaçant. Celui qui voulait dire « je te conseille d'arrêter ça immédiatement si tu ne tiens pas à le regretter toute ta vie »

Sirius, guère impressionné, eut un immense sourire, puis chuchota à son ami :

- Moony, je crois que Snivellus est en train de me lancer une malédiction.

- Eh bien laisse le faire !

- Mais, mais… Moony, je ne veux pas mourir moi !

- Oui c'est vrai, ce serait dommage, intervint James. Snape serait bien embêté !

Sirius et Severus tournèrent la tête si rapidement vers lui qu'ils en eurent le tournis.

- QUOI ? s'écrièrent-ils d'une même voix.

- Bah oui, qui d'autre que toi serait assez stupide pour se jeter dans une bagarre sans même savoir qui se bat, et ensuite remarquer que c'est son pire ennemi !

- Qui d'autre ? Euh, toi Prongs.

- Un point pour lui ! Intervinrent Peter et Remus


Severus avait vraiment eu sa dose. Il avait du supporter tour à tour les remarques désagréables, les remarques très transparente de Black sur ces stupides lettres, les démonstrations d'amitiés entre quatre abrutis et la chute d'une armoire pleine. Il fut donc grandement soulagé quand il entendit le professeur revenir.

- Oh professeur, vous êtes déjà là… On s'amusait bien…

Décidément, Black avait un véritable don pour les remarques exaspérantes.

- Oui, c'est vrai. Snape avait même commencé à se confier à nous !

Potter aussi d'ailleurs…

- On peut revenir demain si vous voulez !

Fais nous plaisir, Pettigrew, ferme-là.

- Bon, on va y aller professeur. Bonne soirée.

Merci Lupin…

C'est ainsi que cet étrange rassemblement se sépara enfin, pour rejoindre chacun son dortoir en aspirant retrouver un endroit où l'autre ne se trouverait pas.

Mais auparavant, Sirius décida d'intervenir une dernière fois. Histoire que ce soit lui qui mette le point final à cette soirée riche en rebondissement.

- Post Scriptum, Snape ! N'oublie pas d'écrire une lettre de remerciement, on a quand même eu une retenue par ta faute !

Euh… Est-ce qu'il venait vraiment de dire ça ? A en juger par le regard des autres et le « compte là-dessus » de Snape, il l'avait vraiment dit…