Comme ils étaient à côté l'un de l'autre, Allen s'étant approché, il n'eut pas besoin d'élever la voix. La métisse réfléchit un instant, silencieuse.
- Midi ? proposa-t-il en voyant qu'elle n'arrivait pas à se décider.
- D'accord ! Bah à toute !
Elle courut presque en cuisine pour demander quelque chose à Jerry. Elle débarqua en trombe, surprenant le cuisinier qui sursauta.
- Excuse-moi Jerry : je ne voulais pas te faire peur !
- Ne t'en fais pas Thénène ! D'ailleurs, tu vas mieux ? lui demanda-t-il.
- Oui ! Grâce à ta boisson et à Allen ! sourit la jeune fille.
- Tant mieux alors !
- D'ailleurs, tu peux m'aider ?
- Ah ? Pour quoi faire ?
- Je ne vais plus pique-niquer avec Seika mais avec Allen... Et tu connais son appétit monstre ! plaisanta Thénène. Donc il faudrait faire beaucoup plus à manger pour le midi !
- Pas de souci : je vais t'aider ! Ça me fait frémir que vous passiez du temps ensemble ! s'exclama le cuisinier.
- Bon, bah, allons-y : il nous reste à peu près une heure et demie !
Ils préparèrent alors des sandwichs pendant toute une heure. Se rendant compte que midi approchait à grands pas, Thénène laissa Jerry remplir les paniers et courut jusque sa chambre pour se changer. Il faisait très beau aujourd'hui donc elle opta pour un pantacourt noir et des sandales. Elle enfila un débardeur noir et, par-dessus, une chemise blanche à manches courtes. Elle fouilla rapidement dans sa chambre et débusqua un livre qu'elle devait faire lire au blandin et son jeu d'échecs qui se repliait en un petit coffret. Elle prit un drap blanc en guise de nappe de pique-nique pour s'asseoir sur l'herbe.
Elle mit le tout dans un petit sac à dos et se rendit dans la section scientifique pour récupérer un jeu de cartes, qu'elle obtint rapidement et rangea dans son sac. Elle retourna alors en cuisine et arriva tandis que Jerry continuait à remplir les paniers. À deux, ils finirent rapidement et Jerry lui indiqua qu'il avait mis une surprise dans l'un des paniers.
- J'ai mis des glaçons pour essayer de garder la nourriture fraîche et surtout ma surprise que vous allez A-DO-RER !
- Merci beaucoup Jerry ! Mais il est quelle heure ?
- Il est midi et quart, lui apprit-il en pointant du doigt l'horloge murale.
- MERDE ! On avait dit midi ! J'suis en retard, je dois y aller ! s'écria-t-elle.
- File mon petit papillon doré mais est-ce que tu vas pouvoir porter les quatre paniers ? Ils sont lourds quand même !
- Ne t'en fais pas ! À ce soir Jerry ! Et merci !
Elle saisit tous les paniers, deux dans chaque main, et s'en alla précipitamment. Alors qu'elle essayait de se dépêcher, elle tituba et faillit tomber : les paniers étaient vraiment lourds ! Elle fit comme elle put et arriva tout de même au point de rendez-vous, avec une bonne vingtaine de minutes de retard, essoufflée et suante.
- Désolée, désolée, désolée !
- Ne t'en fais pas ! rit Allen en la voyant. Mais pourquoi autant de paniers ?
Elle donna un petit coup sur le ventre du blandin, amusée par sa question.
- Pour satisfaire le petit trou noir qui te sert d'estomac, baka !
- Ah... mais tu n'étais pas obligée tu sais !
- Tu vas passer toute une après-midi avec moi : il faut bien que tu manges aussi et que tu passes du bon temps ! répliqua la métisse en pénétrant dans l'ascenseur avec les paniers. Allez, viens Moyashi : j'ai faim moi !
- Je m'appelle Allen ! soupira le jeune homme, agacé.
La cadette lui sourit mais ne répondit rien. Il se souvint alors de ce qu'elle lui avait dit le jour de la venue de Rarès et en fut gêné, rien que d'y penser. Dès que l'ascenseur atteignit la sortie, Allen se saisit de paniers et suivit la cadette qui avait pris la tête de la marche. Ils ne tardèrent pas à arriver au lieu souhaité : le lac que la métisse avait découvert lorsqu'elle avait entraîné Krory à l'extérieur. Le blandin trouva qu'il s'agissait d'un bel endroit, calme et paisible, par conséquent idéal pour avoir un temps de repos.
Thénène s'arrêta dans l'herbe et le maudit comprit qu'elle avait choisi où elle voulait s'installer. N'y voyant aucun inconvénient, il déposa les paniers et les ouvrit un à un jusqu'à trouver ce qu'il cherchait : une nappe de pique-nique à carreaux, rouge et blanche. Il la dressa puis s'assit avant de se tourner vers la jeune fille.
- Ah, j'avais pas pensé que Jerry aurait mis une nappe : il est génial ! dit-elle en déposant l'un après l'autre les paniers sur le bout de tissu.
Elle retira son sac de ses épaules et se laissa tomber au sol.
- Jerry nous a fait une surprise apparemment mais je ne sais pas où elle se trouve... en tout cas, commençons à manger : on verra bien après ! s'exclama-t-elle en piochant dans un panier.
- D'accord, bon appétit Thénène !
- De même Moyashi !
- C'est Allen !
Ils mangèrent tranquillement : Allen engloutissait un à un les sandwichs, les trouvant délicieux, et vidait ainsi tous les paniers.
- Je suis contente que ça te plaise : je les ai fait tout à l'heure avec Jerry, après l'entraînement !
- Ils sont excellents !
- Merci ! Tiens, je crois que j'ai trouvé la surprise de Jerry ! déclara la métisse en attrapant quelque chose au fond du panier.
Elle sortit alors un joli gâteau au chocolat, conservé sous une cloche, décoré et nappé d'un glaçage blanc. Thénène extirpa également un couteau et des serviettes en papier.
- J'adore Jerry ! Purée, il a l'air exquis ! Moyashi, t'as fini les sandwichs ?
- Arrête de m'appeler comme ça ! s'indigna le blandin. Laisse-moi une petite minute : il en reste une dizaine.
La métisse le sortit de la cloche et découpa la pâtisserie, en huit parts égales. Elle en prit deux et les dégusta, sous le charme. Bien évidemment, Allen prit le reste et les avala en un clin d'œil.
- Jerry est un excellent cuisinier ! déclara le blandin quand il finit de manger.
Quand elle finit à son tour, Thénène le regarda et explosa de rire en saisissant une serviette.
- Qu'est-ce qui te fait rire ? s'enquit Allen, penaud.
- Tu sais pas manger !
Elle se rapprocha de lui et lui essuya le visage, amusée.
- Ah ha... merci ! dit-il en rougissant.
- T'as vraiment une gueule d'ange tu sais, lâcha-t-elle alors.
- Hmm... C'est un compliment ?
La cadette ne donna aucune réponse et reprit sa place, en bâillant.
- Ah, j'avais oublié les joies de la digestion ! Et en plus, il fait beau...
- Tu vas faire une sieste ?
- Ça ne te dérange pas ? lui demanda Thénène en le regardant.
- Au contraire, je trouve que c'est une bonne idée et je pense en faire une également !
- Bah, ça tombe bien : j'ai ce qu'il nous faut !
Elle empila les paniers en dehors de la nappe et tira de son sac le drap qu'elle avait pris.
- Il est assez grand pour nous deux !
- C'est parfait ! s'écria le blandin.
Thénène l'observa alors et se rendit compte qu'il était habillé comme d'habitude.
- Moyashi, mets-toi debout !
- Je m'appelle Allen ! grogna-t-il tout en se mettant sur ses deux pieds.
Thénène reposa sa couverture et se redressa également. Elle se mit face au garçon et posa ses mains sur ses épaules.
- Dis, tu me fais confiance ? interrogea la métisse.
- Oui, pourquoi cette question ? rétorqua le blandin, suspicieux.
- Laisse-toi faire dans ce cas !
Elle lui ébouriffa les cheveux pour le décoiffer puis elle défit un à un les boutons de sa veste et la lui retira avant de tirer sur un bout de la cravate rouge pour en défaire le nœud. Elle tira aussi la chemise du garçon de son pantalon, lui donnant un air plus décontracté.
- Pourquoi tu m'as déshabillé ? demanda Allen, perplexe.
- Parce que ta tenue était trop sérieuse et que le but de notre sortie, c'est de se détendre ! Ne t'inquiète pas, je les mets dans un panier : tes vêtements ne sont pas perdus ! expliqua la jeune fille d'un air sérieux.
- Ah, ça te gênait tant que ça ?
- Non, je voulais t'embêter aussi !
- Bah, il y a un truc qui me gêne dans ta tenue également..., dit timidement le garçon.
- Ah ? Qu'est-ce que c'est ?
- Je peux ?
- Vas-y mais fais attention avec tes mains...
Allen rit et leva les mains. Il attrapa l'élastique, qui regroupait la chevelure de la métisse en une queue de cheval depuis le début de la matinée, et le retira. Les cheveux de Thénène retombèrent d'un coup, cette dernière fixant son ami, dans l'incompréhension.
- Pourquoi tu m'as détachée les cheveux ? s'enquit-elle, curieuse.
- Parce que je te préfère avec les cheveux détachés, répondit Allen en la regardant dans les yeux.
La sœur de Seika piqua un fard, gênée.
- Bon, je vais faire ma sieste moi ! annonça-t-elle en s'allongeant, pour changer de sujet.
- Je te suis !
Allen s'allongea à son tour et attrapa le drap. Il se glissa dessous, surpris par la finesse du tissu.
- Il est tellement fin : c'est génial ! s'écria le jeune homme.
- Tout à fait : il fait beau et pas trop chaud donc un drap fin, c'est parfait ! dit la cadette en glissant à son tour sous le tissu. Euh, Moyashi ?
- Combien de fois faudra-t-il que je te répète que je m'appelle Allen !?
- Autant de fois qu'il le faudra ! rit Thénène. Euh, je peux dormir contre toi ?
- Comme cette nuit ? demanda le maudit, amusé.
- Si ça ne te gêne pas, bien entendu !
- Allez, viens !
À peine il avait fini de prononcer ces mots que Thénène était déjà installée contre son épaule. Ils reprirent la position qu'ils avaient adoptée la veille.
- Merci Moyashi ! ronronna la métisse.
- Je m'appelle Allen ! souffla ce dernier.
- Je sais !
- À ce que je vois, tu n'es plus du tout embarrassée avec moi !
- Allen, tu m'as vu pleurer et on a dormi ensemble par la suite... oui, ça reste gênant ce qu'il s'est passé hier mais je pense ne plus avoir à être dans l'embarras en ta compagnie, expliqua tranquillement la jeune fille. En général je veux dire... mais c'est certain qu'il y aura encore des moments gênants me connaissant...
- Tu vas bien mieux qu'hier aussi ! ajouta le blandin en bâillant.
- Qu'est-ce qui te fait dire ça ?
- De toute la soirée, tu ne m'avais pas appelé Moyashi et, depuis qu'on est partis, tu ne m'appelles que par ce surnom débile.
- Oui, je me sens un peu plus rassurée en fait : ça m'a fait du bien de pleurer et de discuter avec toi, autour d'une bonne tasse de thé. Et aussi, j'ai bien dormi : ça m'a aidée !
- Tant mieux !
- Oui, tant mieux...
Elle commençait à s'endormir, se trouvant des conditions favorables. Sa respiration se régula et elle se sentit flotter.
- Merci beaucoup Allen..., murmura-t-elle avant de sombrer complètement.
Thénène ne fit pas de rêve mais eut une vision qui la perturba énormément : elle vit Kanda et Rarès se battre violemment l'un contre l'autre, le brun paraissant fou de rage. La scène s'accéléra et elle vit le corps de l'ami de sa sœur passer par une fenêtre et atterrir lourdement sur le sol, quelques mètres plus bas, sur les débris de verre. Dans sa vision, Rarès était en larmes. La cadette sursauta dans les bras d'Allen qui se réveilla, en panique.
- Tout va bien Thénène ? demanda-t-il d'une voix endormie.
- Je... Oui, désolée... j'ai fait un rêve extrêmement... perturbant... mais ne t'en fais pas et rendors-toi ! débita expéditivement la métisse.
- Toi aussi dans ce cas...
Il passa une main entre les mèches noires de la jeune fille et commença à lui caresser les cheveux, sachant pertinemment que ce geste la détendait rapidement jusqu'à l'endormir. Comme il l'avait prévu, Thénène sombra de nouveau dans le sommeil. Elle eut l'impression de tomber et se réveilla sur le sol poussiéreux d'un tunnel. La cadette se releva difficilement en prenant appui sur la paroi la plus proche avant de pousser un cri de dégoût : les parois du tunnel étaient décorées d'ossements humains.
- Oh putain de merde... J'ai encore atterri là ? murmura-t-elle pour elle, se rappelant de son cauchemar dans le train.
Une intuition lui disait que tout se passerait comme l'autre fois et cette intuition s'avéra être vraie. Une flèche rouge apparut devant elle, lui indiquant le chemin. Peu confiante, elle la suivit lentement en essayant de discerner une éventuelle sortie dans ce labyrinthe sordide. Elle savait pertinemment qu'elle s'enfonçait de plus en plus dans un milieu hostile mais elle ne pouvait faire demi-tour, un mur lui bloquant l'accès et l'obligeant ainsi à avancer. Elle finit par déboucher dans une alcôve rectangulaire, éclairée par un œuf au centre de celle-ci. L'objet brillait d'un rouge inquiétant et lui permettait de mieux voir les crânes et les fémurs décorant les murs.
Bien qu'elle fût étrangement attirée par l'œuf, la métisse resta immobile, près de la paroi. La partie supérieure de la coque se fissura avant de se briser et de tomber dans la poussière. Elle respira profondément, sachant ce qui l'attendrait, et observa une fumée écarlate s'échapper de son ancienne prison. Le nuage prit rapidement la forme d'un long reptile, un dragon oriental. Elle avait conscience que ses pouvoirs ne fonctionnaient pas dans ces lieux et qu'elle était désarmée, n'ayant pas son Innocence avec elle, donc elle décida d'attendre qu'Odin apparaisse. Dès que la fumée se dissipa, le dragon sourit à la métisse, d'un air malsain.
- Odin, je ne m'attendais absolument pas à te voir ici ! déclara Thénène, ironique.
- Toujours aussi ironique à ce que je vois !
- Nan, jure !? J'avais vraiment pas remarqué, petit enfoiré !
- Tu t'amuses bien avec Seika ? demanda alors le dragon en s'enroulant autour du corps de la jeune fille.
Il remonta tout le long de la cadette, en contractant ses muscles, emprisonnant ainsi Thénène.
- Ah mais oui... Elle t'a oubliée aujourd'hui... comme toute la semaine d'ailleurs..., siffla perfidement Odin à l'oreille de la métisse.
- Et qu'est-ce que ça peut te faire ? répliqua immédiatement la cadette, blessée par sa remarque. Ça va t'apporter quoi, hein ?
- J'attends juste de te voir... craquer... de te voir t'affaiblir...
- Pour quelles raisons, salopard ?
- Pour ma vengeance ! vociféra la bête au visage de Thénène.
Elle n'aimait pas cette histoire de vengeance... Comment allait-il procéder ?
- Et comment tu comptes te venger ? s'enquit-elle en essayant de masquer sa terreur.
- Parce que tu crois vraiment que je vais te le dire ?
- Bah, on sait jamais : ta langue pourrait fourcher un jour !
- Tu diras à ta grande sœur adorée que je vous attends toutes les deux.
- Et tu nous attends où ?
- Ici même ma chère...
Il resserra sa prise et la cadette commença à avoir du mal à respirer. Progressivement, l'air vint à manquer et Thénène commença à tourner de l'œil, n'arrivant plus à assurer les échanges gazeux nécessaires à son organisme. Sous le regard sadique et malveillant d'Odin, la métisse perdit connaissance.
- Thénène ! Thénène ! Respire ! entendit-elle.
Elle reconnut difficilement la voix du blandin, voix qui lui paraissait lointaine. Respirer ? Qu'entendait-il par respirer ? La cadette sentit alors un coup dans son estomac et elle ouvrit grand la bouche, suffocante. Elle s'assit brutalement, inspirant et expirant profondément.
- Tu te réveilles enfin !
- Comment ça enfin !? s'enquit la métisse, perdue.
- Tu sais, tu marmonnes beaucoup quand tu dors... je me suis réveillé depuis un moment et tu marmonnais dans ton sommeil sauf qu'à un moment, tu as arrêté de parler. Donc j'ai cru que tu étais réveillée et je me suis relevé. J'ai vu que tu avais encore les yeux fermés mais tu avais arrêté de respirer... Je t'ai appelée et secouée mais tu ne répondais pas donc je t'ai donné un coup dans l'estomac, en espérant que tu réagisses. Dieu merci, tu t'es réveillée : je ne savais plus quoi faire ! lui expliqua Allen, assis sur les fesses, soulagé.
- Désolée Allen, vraiment ! C'était involontaire : j'ai un cauchemar dans lequel...
- Il était question d'un certain Odin et de vengeance ? interrogea innocemment le jeune homme en finissant la phrase de la métisse. D'ailleurs tu étais assez vulgaire...
- Je... Oui... et dans lequel, je finissais par étouffer...
Elle était embarrassée qu'Allen l'ait entendue parler dans son sommeil. Il remarqua sa gêne et décida de ne pas insister davantage, ne souhaitant ni se montrer indiscret ni l'importuner.
- Tout va bien maintenant, d'accord ? lui assura-t-il en lui ébouriffant les cheveux.
- Oui... merci...
- On a dormi deux heures au minimum, je pense !
- T'as bien dormi ? Je t'ai pas trop embêté ? demanda alors Thénène, timide, en rougissant un peu.
- Pas du tout : tu es un ange quand tu dors ! rit le maudit. Mais tu parles beaucoup !
- Je sais... Qu'est-ce qu'on fait maintenant ?
- Tu as pris un jeu de cartes comme je te l'avais suggéré ?
Thénène se releva et se dirigea vers son sac. Elle le vida au sol, dévoilant son jeu d'échecs, le livre et le jeu de cartes qu'elle avait emprunté. La cadette le brandit fièrement à son ami qui lui répondit par un sourire narquois.
- Une partie de poker, ça te dit ?
- Qu'est-ce qu'on met en jeu ? interrogea la métisse en s'asseyant face à son ami.
Elle avait déjà sorti les cartes du paquet et commençait à les mélanger avant de les tendre au blandin. Celui-ci avait réfléchi et s'était rappelé d'un service que la cadette lui avait rendu, alors qu'ils ne se connaissaient pas réellement.
- Un massage ? proposa-t-il.
- Sérieusement ? fit Thénène, en levant un sourcil.
- Tu es une excellente masseuse et je ne suis pas mauvais non plus donc tout le monde y gagne !
Il mélangea à son tour les cartes et les distribua entre lui et la jeune fille qui souriait, amusée.
- Ok, ok, si je gagne : tu me masses mais si tu gagnes : je te masse ! s'exclama la métisse en attrapant ses cartes. J'ai hâte de voir si tu es doué !
- J'ai le sentiment que tu ne verras pas mon talent de si tôt et que tu m'offriras un de tes merveilleux massages ! répliqua le maudit avec un immense sourire.
La cadette ressentit alors une aura particulièrement sombre se dégager du blandin, ce qui l'étonna sur le coup. Mais elle décida de ne pas prendre en compte ce fait étrange et de se concentrer pleinement dans la partie.
Elle n'avait pas prévu de perdre à chaque partie qu'ils jouaient. Allen affichait toujours un magnifique sourire, même en la battant à plat de couture. Elle demanda une dernière partie, désireuse de gagner au moins une fois, question de fierté. Mais encore une fois, le blandin remporta haut la main la partie.
- J'abandonne ! déclara-t-elle, rageuse.
Elle lança ses cartes, ce qui fit rire Allen.
- On dirait bien que tu me dois un petit massage ! dit-il, railleur.
- Et t'es fier hein... Bon mets-toi sur le ventre...
- Oui, très !
Il défit les boutons de sa chemise et la retira.
- Ah, tu enlèves ta chemise ? questionna brutalement la cadette alors qu'il mettait son vêtement à côté.
- Oui, ça te pose un problème ? Si c'est le cas, je peux la remettre : ça ne me dérange pas !
- Ah t'en fais pas, c'est comme tu veux !
Torse nu, il s'allongea sur le ventre, croisant ses bras sous sa tête. Il attendit quelques secondes avant de sentir la cadette s'asseoir sur son bassin, en se craquant les doigts. Thénène posa ensuite ses mains sur le dos du garçon et se mit au travail. Le massage vigoureux et appliqué qu'elle offrait au jeune homme le détendit. Il soupira, satisfait, et se laissa aller pendant une dizaine de minutes. La métisse finit par s'arrête, au grand damne du blandin.
- Tu peux continuer un peu, s'il te plaît ?
- Non, gloussa Thénène.
Elle s'allongea sur Allen, qui sursauta, surpris par ce geste. Elle cala sa tête sur l'omoplate du garçon et posa ses mains sur les hanches de son matelas improvisé, qui rougit à ce contact.
- Tu aimes mes massages à ce que je vois, chuchota-t-elle à son oreille, malicieuse.
- Ils sont excellents !
- Moyashi, je sais que tu as triché.
- Je m'appelle Allen ! Ah, tu l'as su quand ?
- Dès notre première partie.
- Mais on en a fait une dizaine ! Sachant que je trichais, tu aurais pu m'être fin au jeu, pourquoi tu as continué à jouer dans ce cas ? s'indigna le maudit, ne comprenant pas la décision de sa camarade.
- Le côté obscur de ta personne est très bien enfoui sous ta gentillesse et ta politesse Moyashi. Je trouve qu'il est à son maximum quand tu joues au poker et que cet aspect surprenant de ta personnalité te rend d'autant plus charmant, se justifia Thénène en se redressant.
Même s'il ne la voyait pas, il devina aisément son sourire et l'air amusé qu'elle affichait, ce qui le gêna encore plus. La cadette se releva complètement et s'empara de son coffret, en l'ouvrant. Elle prépara les pièces de jeu en sifflotant.
- Tu sais jouer aux échecs ?
- Oui mais je ne joue pas souvent.
- Une partie, ça te tente ? suggéra Thénène en finissant de disposer les pièces du jeu.
- Pourquoi pas !
Allen se mit debout et récupéra sa chemise. La métisse attendait patiemment son adversaire en l'observant attentivement. Elle l'admira enfiler une à une les manches de son vêtement. Pendant que le blandin refermait les boutons de sa chemise de haut en bas, elle laissa ses yeux glisser sur son torse. Trouvant son amie bien silencieuse, le jeune homme la regarda et capta alors son regard. Il rougit un peu en voyant les yeux de Thénène briller d'une lueur vive. La cadette planta ensuite son regard dans celui d'Allen, ne se cachant absolument pas.
- C'est assez perturbant... tu peux arrêter de me fixer comme ça, s'il te plaît ?
- Non, désolée.
- Pourquoi ?
- On m'a appris que ce qui était beau était fait pour être regardé.
- Et qu'est-ce que tu trouves beau ?
- Toi, répondit la métisse sans hésiter.
Le jeune homme vit bien qu'elle ne plaisantait pas et en fut embarrassé. Pour tout dire, il ne se trouvait pas forcément beau, avec sa chevelure blanche qui le vieillissait, son imposante cicatrice sur le visage. Et son bras rouge le complexait physiquement. Que Thénène affirme qu'il était beau le gênait.
- Euh... je ne le suis pas..., murmura-t-il, morose.
- Tu sais Moyashi, ce que tu dis ne concorde vraiment pas avec ce que tu me montres : tu es beau.
- ... C'est Allen...
- Bon, je vois bien que t'es gêné et t'es bien mignon quand t'es embarrassé ! se moqua affectueusement la métisse. Mais viens : on va jouer un peu !
L'invitant ainsi à penser à autre chose, le maudit s'assit face à la jeune fille et ils purent jouer tranquillement. Allen était étonné : Thénène jouait très bien aux échecs, il perdit toutes leurs parties. Mais ce qui surprit encore plus le garçon, ce fut la grande concentration dont faisait preuve Thénène, contrastant énormément avec son habituelle attitude relâchée. La cadette s'était rattachée les cheveux en une queue de cheval basse, pour avoir une meilleure visibilité.
Les jambes croisées, elle avait un coude sur son genou, sa tête dans sa main. Elle penchait un peu la tête mais, malgré ça, Allen put clairement distinguer ses yeux plissés et son nez froncé. De sa main libre, elle jouait parfois avec une de ses mèches, l'enroulant autour de son doigt. Le jeune homme se dit que cet air concentré lui allait bien.
- Moyashi, arrête de me regarder et joue, marmonna soudainement Thénène en le relevant la tête pour le voir.
Entendre la voix de la jeune fille le tira de ses réflexions et, confus, il reprit leur partie.
- Je sais que tu vas gagner dans tous les cas, déclara Allen en déplaçant son cavalier.
- Merci Moyashi : échec et mat !
- C'était couru d'avance un peu... tu joues depuis quand aux échecs ?
- Depuis petite ! C'est mon père qui m'a appris à jouer et on faisait au minimum deux parties par jour ! révéla fièrement la jeune fille. Pour que je m'améliore, disait-il. Et deux parties à n'importe quel moment de la journée.
- C'était très gentil de sa part !
- Ouais... Il m'a appris plein d'autres petites choses aussi mais c'est surtout lui qui m'avait donné goût à la musique et à la danse... Grâce à lui, j'ai su maîtriser plusieurs instruments comme le violon, le piano, la flûte... la guitare également...
- Si ça te manque, pourquoi tu ne reprends pas ? demanda Allen, ayant remarqué sa nostalgie.
- C'est beaucoup plus... complexe au fond de moi Allen. Si je joue d'un instrument, je sais que je vais me rappeler de tout ce qu'il m'a appris pour après me remémorer tout ce qu'on a fait ensemble, tous les bons moments qu'on a passés ensemble et je vais me mettre à déprimer et à pleurer... je me suis toujours pas remise de sa mort en vérité, j'ai toujours pas fait mon deuil...
Le blandin vit bien que les yeux de la jeune fille commençaient à briller et se releva immédiatement avant de lui tendre la main.
- Rentrons, il commence à se faire tard ! dit-il doucement avec un sourire amical.
Elle opina en saisissant la main d'Allen et se releva à son tour. Elle le remercia intérieurement d'avoir changé de sujet. Ils rangèrent rapidement le bazar qu'ils avaient mis. Le maudit se rhabilla et, pendant qu'il boutonnait sa veste, Thénène lui enfila sa cravate et lui refit le nœud. Face à face, très proches l'un de l'autre, le jeune homme fut troublé par cette proximité soudaine. Dès qu'elle finit, elle s'écarta en souriant puis s'empara de son sac à dos et de deux paniers.
Comprenant qu'elle n'attendait que lui pour partir, Allen attrapa les paniers restants et prit place aux côtés de Thénène. Ils se mirent en route, aussi calmement qu'à l'allée, reposés, dans un silence apaisant. Ce n'est qu'une fois de retour à la Congrégation que Thénène remercia le garçon.
- Merci Allen : j'ai passé une après-midi géniale, j'ai vraiment apprécié de passer du temps avec toi ! Si c'était à refaire, je n'hésiterais pas ! dit-elle tendrement.
- C'est normal ! Je suis content que tu te sois amusée et, moi aussi, j'ai passé un bon moment avec toi !
- Et je pense que tu es d'accord avec moi si j'affirme qu'on a le temps avant d'aborder certains sujets...
- Totalement...
En sortant de l'ascenseur, elle posa les paniers au sol et passa ses bras autour du cou d'Allen. Elle serra contre lui pendant quelques secondes avant de se détacher et lui sourire joyeusement. Il n'avait pas réagi, décontenancé par ce geste inattendu, et encore moins lorsque Thénène lui donna un petit bisou sur la joue. Il sut qu'il piqua un fard mais ne put rien y faire.
- Encore merci ! Tiens d'ailleurs, faut que tu lises ce livre ! annonça la jeune fille en lui tendant ledit livre.
- R-R-Rassure-toi, c'est normal ! balbutia-t-il. Je le lirai et te donnerai mon avis d-dès que je l'aurai terminé !
- J'adore te voir rougir ! s'exclama Thénène en se mettant à rire.
- Mais !
- WAAAAAAAAAAAAALKER ! J'VAIS T'ARRACHER LES COUILLES ! hurla Seika, furieuse, un carnet à dessin à la main.
- Hâte de voir le spectacle ! commenta Lavi, derrière la jeune femme.
Après le départ de Thénène lors de l'entraînement, Seika était restée en compagnie de Rarès mais elle avait senti que ce dernier était bizarrement distant. Elle n'en tint pas rigueur pendant qu'ils s'exerçaient mais comptait bien lui en toucher deux mots au moment du repas. À l'heure du déjeuner, en passant prendre son plateau, elle avait salué comme à son habitude Jerry qui engagea alors la discussion avec elle.
- Tiens, bonjour Seika !
- Bonjour Jerry ! répondit-elle, joyeusement.
- Thénène se sent mieux depuis hier ?
- Comment ça ?
- Tu ne savais pas ? rétorqua-t-il, outré.
- Je savais pas quoi ? demanda-t-elle, passablement agacée.
- Thénène a pleuré hier soir et est venue me voir en cuisine, en compagnie d'Allen, pour réclamer une bonne tisane. Après la leur avoir préparé, mon petit Allen a IN-SIS-TÉ pour que je les laisse seuls tous les deux, lui apprit le cuisinier. Bon, ils n'ont rien volé dans la cuisine : tout était en ordre ce matin ! Mais je me demande bien de quoi ils ont bien pu s'entretenir pour qu'il faille que je m'en aille...
- Tu... tu plaisantes là ?
- Absolument pas ! D'ailleurs, les deux pique-niquent ensemble aujourd'hui !
- Si c'est une blague, elle est vraiment pas drôle ! insista Seika.
- Je ne te mens pas : Thénène est venue me voir ce matin, exprès pour préparer leur repas ! Tu ne savais pas !?
- ... Merci Jerry...
Seika se dépêcha de rejoindre la table où étaient assis ses amis, perturbée. Elle déposa brutalement son plateau, intriguant ses camarades.
- Un problème Seika ? s'enquit Lenalee.
Elle leur rapporta sa conversation avec le cuisinier, sur les nerfs.
- J'me sens tellement conne putain... et j'vais éclater la gueule de cette putain de pousse de soja !
- Pourquoi ça ?
- Bordel Lavi, il est avec ma sœur : je sais pas ce qu'ils font !
- Tout ça, c'est de ma faute... et de la tienne également, intervint enfin Rarès.
- Qu'est-ce que tu racontes encore toi ? répliqua Seika, sur la défensive.
- J'ai tout fait pour te garder avec moi pendant cette semaine... et ça a bien fonctionné donc c'est de ma faute si Thénène s'est sentie délaissée. Mais tu es tout aussi fautive voire plus que moi Seika : Thénène se plaignait sans cesse de ton manque d'attention mais tu l'ignorais... Pourquoi je voulais que tu restes avec elle pendant l'entrainement à ton avis ?
- Tu racontes n'importe quoi...
- Il a raison Hikari, lâcha froidement le kendoka.
En voyant les regards gênés que lui lançaient ses camarades, elle comprit qu'ils étaient de cet avis et prit conscience de sa culpabilité. Seika était vraiment un boulet, incroyable...
- Je... putain, j'suis la pire sœur au monde...
- Mais non ! Ça arrive de faire des erreurs !
- Merci Lenalee... mais non : j'en fais un peu trop avec Titi quand même...
- C'est pas faux, dit l'apprenti Bookman.
- Bon, j'vais aller la chercher et on va discuter ! se décida la japonaise en se mettant debout.
Immédiatement, Rarès lui attrapa le poignet, dans le but de la retenir.
- Seika, c'est une mauvaise idée : laisse-la tranquille.
- Et pourquoi donc, Rarès ?
- Réfléchis un peu, répondit Lavi à la place du brun. Si elle est sortie aujourd'hui, c'est pour prendre l'air et s'éloigner un peu de... tout ça.
- Je suis du même avis que Lavi : il vaut vraiment mieux la laisser tranquille... enfin les laisser tranquilles, finit la chinoise. Tu lui parleras à ton retour !
- Oui, à son retour : prends-la à part et excuse-toi ! répéta Rarès.
Devant l'obstination de ses amis, l'aînée se rassit à contrecœur. L'appétit lui manqua et elle se dépêcha de sortir de table. Elle s'était enfermée dans sa chambre toute l'après-midi, refusant d'ouvrir la porte même à Rarès. Elle avait fait les travaux comme elle l'avait voulu la veille et avait terminé tôt. Elle rangea alors son matériel d'art avant de s'affaler sur son lit, abattue.
Elle n'arrivait pas à croire que sa cadette avait pleuré, par sa faute surtout. Pourquoi ne réussissait-elle pas à tenir cette putain de promesse qu'elle s'était faite à la mort de leur mère ? Pourquoi ne réussissait-elle pas à continuellement faire sourire sa cadette, son soleil ? Un soleil, ça ne pouvait pas être triste... non ?
Elle soupira et s'assit, réfléchissant à ce qu'elle pourrait faire pour se rattraper. Lui parler ? Seika n'était pas réellement douée avec les mots... Il valait mieux trouver autre chose. Le dessin ? Pourquoi pas. Elle saisit son carnet à dessin et prit une feuille vierge. Que pouvait-elle dessiner pour montrer qu'elle s'excusait ? Elle fouilla alors dans sa mémoire, notamment sur les moments passés avec sa sœur, à savoir des millions.
Le souvenir de leur réconciliation récente, pleurant dans les bras l'une de l'autre, s'imposa dans son esprit. Elle n'avait pas vu la scène de l'extérieur donc elle s'attela à l'imaginer. Malgré le fait qu'elle ne soit pas vraiment une adepte des autoportraits, elle se représenta larmoyante et serrant sa cadette contre elle. La japonaise décida de laisser le dessin en noir et blanc puis le fixa, peu sûre d'elle, se demandant s'il était vraiment réaliste. Il s'agissait d'un gros plan sur elles, Thénène allongée sur elle, le fond quasiment inexistant.
Elle ajouta un petit cœur rouge dans un coin, au bas du dessin. Ne sachant pas s'il était réussi, elle sortit de la chambre et se rendit dans le petit salon, où elle trouva tous ses amis réunis.
- Dites, vous en pensez quoi ? demanda-t-elle en leur montrant son travail.
- Oh c'est adorable ! s'exclama Lenalee. Tu vas le lui offrir ?
- Euh... ouais...
- C'est votre dispute de la dernière fois non ?
- Exaa le lapin...
- Dispute ? Vous vous êtes disputées ? s'étonna Rarès en faisant les gros yeux.
Lavi et Lenalee lui racontèrent ce qu'il s'était passé alors que Seika rougissait de honte.
- Alors là... j'suis sans voix...
- J'ai encore honte de ce que j'ai dit..., balbutia la japonaise en cachant son visage derrière son carnet.
- Et ce dessin représente le moment de votre réconciliation, c'est ça ? l'interrogea Rarès.
- Oui... c'est un peu pour dire que... j'veux bien qu'on se réconcilie encore une fois de cette façon..., avoua timidement l'aînée.
- Hikari, tu dégoûtes.
- N'écoute pas Kanda : c'est vraiment touchant ! déclara la sœur de Komui. Ça lui plaira !
- J'espère...
- Mais si, t'inquiète pas ! la rassurèrent le roux et le brun.
- D'ailleurs, je pense qu'ils ne vont pas tarder à rentrer ! ajouta Lavi. Il est l'heure de manger !
- Possible ! acquiesça Rarès.
- Je vais demander à la section scientifique dans ce cas !
- Je t'accompagne : j'ai envie de voir la réaction de Thénène ! dit Lenalee, excitée.
- On vient nous aussi ! décidèrent Lavi et Rarès, amusés.
- Vous faites pitié, marmonna Kanda. J'dois aller Komui : il m'a convoqué, j'pense que c'est pour une nouvelle mission.
Il s'en alla en premier, laissant le reste du groupe derrière. Alors qu'ils arrivaient dans la section scientifique, le kendoka s'en allait d'un air qui paraissait satisfait, attisant la curiosité de ses amis.
- Tiens Seika ! Komui t'attend ! lui apprit Johnny en la voyant arriver.
Elle rejoignit alors le bureau du Superviseur qui refusait de signer des papiers, malgré l'insistance de Reever.
- Tiens Seika ! s'écria-t-il, enjoué. Tu tombes bien !
- Johnny m'a dit que tu m'attendais, qu'est-ce qu'il y a ?
- Demain matin, tu pars en mission avec Kanda ! Nos Finders nous ont signalé une activité suspecte donc il faudrait que vous alliez vérifier voire récupérer l'Innocence à l'origine de tout ça !
La japonaise se trouva bien embêtée : elle comptait rester avec sa cadette toute la journée demain.
- Euh... quelqu'un d'autre ne peut pas faire équipe avec Kanda sur cette mission ? demanda-t-elle.
- Tu t'entends bien mieux avec lui que les autres Exorcistes et vous formez un excellent duo à ce qu'on m'a dit. Donc tu comprends mon choix : cette mission sera vite bouclée ! se justifia le chinois.
- Je vois... bon bah, j'accepte...
- Merci Seika !
- Euh, dis. Tu sais si Thénène et Allen sont rentrés ?
- D'après les caméras, ils sont dans l'ascenseur : ils vont arriver sous peu !
- Merci !
Seika s'en alla rapidement, se dirigeant vers l'ascenseur, ses amis sur les talons. En arrivant, elle vit de loin Thénène prendre le blandin dans ses bras puis déposer un bisou sur sa joue avant de lui donner un livre, souriante. La japonaise eut un pincement au cœur, se rendant compte que les cajoleries de sa cadette lui manquaient. Elle s'avança vers le duo, prête à commettre un homicide volontaire.
- WAAAAAAAAAAAAALKER ! J'VAIS T'ARRACHER LES COUILLES ! hurla Seika, furieuse.
- Hâte de voir le spectacle ! commenta Lavi, derrière la jeune femme.
- Ah... euh... B-Bonjour S-Seika...
- Seika bordel, c'est quoi le problème ?
- Comme ça, Monsiiiiieur Allen Walker t'invite à un pique-nique ? Et avant ça, vous discutez SEULS, en pleine NUIT, dans la cuisine de Jerry ?
- Parce que t'es décommandée à la dernière minute, que j'étais pas bien hier soir et que t'étais absente donc il a essayé de m'aider ? siffla froidement Thénène, les bras croisés.
- Pourquoi t'es pas venue me voir putain ? s'indigna l'aînée.
- Tu me connais Seika. Et range ta fierté mal placée avant que tu ne dises quelque chose que tu pourras regretter par la suite.
Quelque peu démasquée par sa cadette, la colère qu'avait affiché la japonaise s'évapora et laissa place à de la vulnérabilité et à de la culpabilité.
- Je... Thénène, tu veux bien qu'on parle ?
- Après avoir mangé, s'il te plaît.
La métisse passa devant son aînée et se dirigea vers la cafétéria. Ses amis suivirent le mouvement. Le blandin et elle déposèrent les paniers en cuisine, en remerciant Jerry de leur avoir préparé leur repas. Ils allèrent se servir et s'assirent avec leurs amis, qui avaient déjà commencé à se restaurer. Seika jouait avec sa nourriture, stressée. Thénène finit son repas et vit que Rarès encourageait la japonaise à manger, qui n'avalait rien.
La métisse se leva et alla se placer derrière son aînée.
- Pourquoi tu stresses ? s'enquit-elle, en plantant son index entre les omoplates de la japonaise.
- Euh... je... ne t'en fais pas...
Thénène savait pertinemment que Seika stressait pour la conversation qu'elles auraient. Elle s'installa à ses côtés et saisit ses couverts. Elle attrapa avec la nourriture et la plaça devant la bouche de la japonaise.
- Ouvre, ordonna-t-elle.
Seika rougit mais s'exécuta et Thénène la nourrit, comme une mère le faisait avec son enfant.
- Hikari, tu es de plus en plus pathétique.
- Bakanda, je te prierai de bien vouloir fermer ta grande gueule efféminée avant que j'te la casse en deux, menaça la métisse, taciturne.
- Ah ouais ? J'aimerais bien voir ça, déclara le kendoka en se mettant debout.
Thénène se releva et se craqua les doigts. Elle s'apprêtait à monter sur la table pour rejoindre Kanda lorsque Seika l'attrapa par le bras, en lui jetant un regard suppliant.
- Thénène, j'aimerais te parler, susurra-t-elle alors.
- Remercie-la Kanda, sinon je t'aurais défoncé sur place, gronda la métisse. Tu sais très bien que j'ai horreur que tu dévalorises ce qu'elle fait.
- Tch.
Thénène, déjà debout, tira sur le bras de son aînée, qui se leva et la suivit. Lui tenant la main, la cadette les guida jusque la chambre de la japonaise, dans laquelle elles entrèrent sans ménagement. Seika cherchait son dessin pendant que la métisse s'installait sur le lit.
- Alors ? demanda nonchalamment Thénène en regardant sa sœur.
- Je... Tiens, je t'ai fait... un dessin..., chuchota Seika en s'asseyant près de sa cadette.
Elle lui tendit son carnet et baissa les yeux. Elle ne vit pas la métisse qui écarquilla les yeux ainsi que sa lèvre tremblotante.
- Je suis désolée Thénène... je ne voulais pas t'oublier comme ça... je ne pensais pas que tu le vivrais aussi mal... je suis désolée...
Seika se mit à pleurer à chaudes larmes, surprenant la cadette.
- Mais, pourquoi tu pleures ? s'enquit Thénène, étonnée.
- Parce que je suis la pire sœur au monde... j'arrive à pas te faire sourire tout le temps... alors que je m'étais promis... depuis la mort de Maman... de ne plus jamais te laisser pleurer... mais je ne fais que ça..., se confessa difficilement Seika. Je suis vraiment stupide...
Thénène, touchée par cet aveu, ne dit rien pendant quelques instants, laissant les hoquets de Seika briser le silence. Une larme s'échappa de son œil, qu'elle effaça rapidement. Elle prit son aînée dans ses bras, en souriant tendrement, et s'allongea sur le lit. Seika finit allongée sur elle, la tête dans son cou. Après avoir éteint la lumière, les plongeant dans le noir, la métisse les couvrit avec la couverture de la japonaise avant de lui caresser les cheveux et le dos, pour la calmer.
- Seika... arrête de pleurer, d'accord ? Tout va bien : certes j'étais blessée mais tu me connais... Je t'en veux pas, enfin si un tout petit peu, mais pas autant que tu le penses...
- Mais non, ça va pas bien : j'te fais pleurer ! J'suis stupide !
- Rien que de savoir que tu t'étais promis une telle chose me fait vraiment plaisir Seika ! lui avoua Thénène. Juste, merci...
Seika continua de pleurer pendant une dizaine de minutes avant de se calmer et d'essuyer ses larmes avec son T-shirt. Elle se redressa et se déshabilla, restant simplement en sous-vêtements, puis se réinstalla sur Thénène qui avait retiré sa chemise et son pantalon, gardant son débardeur. La japonaise replongea son nez dans le cou de sa cadette, en lui retirant au passage l'élastique de ses cheveux.
- Pourquoi t'as fait ça ?
- Je te préfère avec les cheveux lâchés, minauda l'aînée en se blottissant encore plus contre sa sœur.
Elle se tut un moment avant de reprendre :
- Je pars en mission demain. Avec Kanda. Désolée, je comptais passer la journée avec toi.
- C'est pas ta faute, déstresse. On verra à ton retour.
Seika, quelque peu soulagée, inspira profondément, s'imprégnant du parfum de sa cadette. Mais elle décela, derrière l'odeur de vanille et d'hibiscus de Thénène, un parfum assez... masculin.
- Thénène ?
- C'est bien, tu connais mon prénom ! ironisa la métisse.
- Tu sens l'homme, dit placidement Seika en ignorant la remarque de sa sœur.
- A-Ah bon ?
La japonaise, au ton peu confiant de sa cadette, se redressa et alluma la lumière. À califourchon sur Thénène, elle vit que celle-ci rougissait progressivement, en regardant ailleurs.
- Théééééééééénèèèèèèèèèèèèèène...
- Hmm, oui ?
- Il s'est passé quoi avec Allen ?
La métisse s'empourpra davantage, commençant à jouer avec ses mains.
- Euh, depuis le début, à savoir hier, ou seulement aujourd'hui ?
- Parce qu'il s'est passé quelque chose hier ? gronda Seika.
- Attends, tu pars en mission demain... tu veux vraiment que je t'en parle ce soir ? lui demanda alors Thénène, en la regardant dans les yeux.
Il s'agissait du seul moment exclusif qu'elles passaient ensemble depuis une semaine et le lendemain, l'aînée partait pour une durée indéterminée. Cette dernière comprit que la cadette voulait profiter ce moment rien qu'à elles et était du même avis.
- Thénène, à mon retour de mission, tu me racontes tout, d en passant par X et Y, d'accord ?
- Tout ? Genre tout ?
- Oui tout !
- Ok ok, concéda la métisse, en se détendant un peu.
- Par contre, j'ai une question hyper importante.
- J'écoute !
- Qu'est-ce que tu ressens pour Allen ? demanda Seika en se penchant sur la métisse, plaçant ses mains de part et d'autre du visage de la cadette.
Thénène piqua violemment un fard mais ne répondit pas.
- Et toi, tu ressens quoi pour Rarès ? s'enquit Thénène, détournant ainsi le sujet
- Bah, c'est mon meilleur ami ! rétorqua la japonaise, choquée par la question.
- Et pour Kanda alors ?
Ce fut au tour de Seika de rougir furieusement.
- B-Baka Gaki, tu m'as pas répondu !
- Et je ne compte pas te répondre, pas ce soir en tout cas.
- Pourquoi ? s'étonna l'aînée.
- Parce que je ne sais pas justement, révéla la métisse, un peu embarrassée.
- Comment ça tu sais pas !?
- Bah, je sais pas, je sais pas : c'est tout !
- Arrête, j'suis sûre que t'as déjà une idée !
- Bah... je l'aime bien : c'est mon ami... Je trouve, personnellement, qu'on s'entend bien lui et moi...
- Ah ha et tu penses tomber amoureuse ?
Thénène garda le silence, agaçant son aînée.
- Mais parleeeeeeeuh ! Je veux savoir !
- Je t'ai dit que je savais pas !
- Menteuse ! insista la japonaise.
La métisse, gênée par la situation, cherchait une échappatoire. Ses yeux tombèrent sur la poitrine de Seika et une idée germa dans son esprit. Elle attrapa les seins de son aînée et les tripota. Seika poussa un cri de surprise et retira les mains de Thénène. Elle se cacha la poitrine en rougissant.
- Bordel, c'est quoi ton souci !? Depuis quand tu tripotes les seins maintenant ? C'est MON rôle habituellement ! s'écria la japonaise.
- Mon problème, c'est toi : tu me fais chier avec tes questions à la noix ! J'ai envie de dormir !
- T'as qu'à répondre clairement : ce que j'te demande n'est pas hyper compliqué ! Et surveille ton langage aussi !
- Continue à me poser des questions débiles et j'te mets des mains toute la nuit ! menaça Thénène en éteignant la lumière.
Seika décida de se taire, ne souhaitant pas recevoir de coups de la part de la cadette. Quand Thénène mettait des mains, elle ne rigolait pas, n'y allant pas de main morte. Elle se rallongea sur la métisse qui déposa ses mains sur les fesses de Seika.
- Titi, enlève tes mains ! s'indigna l'aînée.
Thénène pinça le postérieur de la japonaise, qui sursauta en poussant un petit cri.
- J'te connais : ce n'est qu'une mesure de sécurité, marmonna la métisse en s'endormant.
- T'es vraiment une sadique...
- Bonne nuit mon Kaka boudin !
- Thénène !
Seika reçut un coup sur la fesse droite et comprit que Thénène ne rigolait vraiment pas.
- Putain, ça fait mal !
- Arrête de parler sinon j't'en mets une autre !
- Ok ok, bonne nuit mon Titi d'amour de ma vie !
