Hey~
Je n'ai pas été présente ces derniers temps à cause des exams à passer. D'ailleurs je vous souhaite de bonnes vacances et pour ceux dans le même cas que moi j'espère que ça s'est bien passé :)
Precky-chan : Comme tu peux le voir le rythme s'est déjà calmé ! Je te l'accorde c'était foutrement bizarre et non aucune pitié pour Law parce que prochainement j'espère qu'on va tous se mettre à le détester :) Merci beaucoup !
Traff Lamy : Niark merci x3 (moi j'ai encore toute ma tête t'inquiète) J'espère que c'était pas traumatisant non plus XD Oh te gêne pas parce que là sur l'échelle de la folie y en a une qu'a touché le gros lot ! Quoique je les imagine bien déclencher une baston chez le psy ces deux-là.
anna: Ha ha ! Je crois que personne ne pouvait suspecter ça en même temps (moi-même je l'avais pas prévu tu vois)
Mention d'OC made in Nocturnis-Lepus ! A savoir Erin, Sorath et Jango.
Sur ce, bonne lecture !
Brain shot
Une déception. Voilà ce à quoi tout le monde croyait dans le dortoir. "Lex avait brillamment remporté son pari au prix des lèvres de sa supérieure, puis s'était fait lamentablement rétamé par son conseiller." La seule parcelle de vérité résidait dans ses bleus au visage et sur les bras. Law se disait que ç'aurait pu être pire. Une véritable catastrophe ! s'il avait été responsable des exécutions dans l'entrepôt. Là le loup lui aurait littéralement brisé les os.
Il avait passé un long moment à couvrir ses blessures pour ne pas paraître trop pitoyable et attirer les regards. Et toute la nuit durant il avait cogité dans sa couchette, ressassant des pensées de l'après-midi. Repensant à ce qu'il avait vécu dans les bras de la cyborg. Une pointe de dégoût lui tenaillait l'estomac. Qu'elle était terriblement folle il le savait, et pourtant, il avait eu l'impression de vivre leur amour même en étant entourés par la mort. Aucun d'eux n'y avait pris plaisir ça il en était sûr. Mais aucun d'eux ne s'était révolté non plus. À présent il regrettait de s'être laissé mener à la baguette par une jeune fille malade. Il avait eu son quota de déceptions et jamais de ce genre ! Law ne cessait de se dire qu'il aurait pu lâcher l'affaire depuis longtemps. D'ailleurs n'importe quel homme, même sans être médecin, aurait compris que ça ne se guérit pas.
La nuit lui avait permis de relativiser. Soit, folle à lier, mais amoureuse. Folle à lier certes, mais sienne. Folle à lier il l'admet, mais le remède à lui-même.
Il n'allait certainement pas se résoudre à l'abandonner une seconde fois ou l'éviter comme un lâche. Sa terrible Moineau avait juste mal compris le sens de Justice en voulant se l'approprier. C'était une erreur de jugement. Il n'allait même pas lui en vouloir : il n'aurait certainement pas fait mieux à sa place. De toute façon, la paix, ça n'était pas son domaine.
Le chirurgien souffla, exaspéré. Des rayons de soleil venaient directement lui brûler la rétine pour le sortir de son sommeil. Il ouvrit les paupières à contrecœur avec déjà de la colère dans les poumons, qui s'intensifia en voyant ses camarades de dortoir mettre leurs uniformes à la hâte et préparer leurs armes – même si les chargeurs étaient vides. Il sauta littéralement sur ses pieds et retourna sa couchette à la recherche de son propre uniforme. Il le retrouva. Taché de sang. Law poussa un juron. Il n'avait pas eu le temps de le nettoyer la veille et il se voyait mal débarquer ainsi parmi ses collègues tout en blanc. Il en récupéra un de rechange dans les tiroirs, froissé, et l'arrangea au mieux pour paraître soigné. Mais évidemment trois minutes ne suffirent pas à le rendre présentable. Contre toute attente ses camarades n'en profitèrent pas pour lui glisser quelques blagues licencieuses à propos de sa relation désastreuse avec la jeune cyborg. De toute façon tout le monde le voyait déjà comme l'amourette de la commandante. Des fois il se disait qu'ils n'avaient pas tort : une pacifiste n'a rien à faire avec un tueur comme lui.
Law attendit que tous se soient mis en place sur le pont pour rejoindre les rangs d'un pas lent et ennuyé. Faire des courbettes à sa propre amante le faisait se sentir comme un étranger qu'elle refoulait loin d'elle. Cette dernière arriva à grandes enjambées, assez impressionnantes pour sa petite taille. Son visage était si inexpressif qu'on la croirait entièrement faite de métal. Mais lui, il avait côtoyé chaque parcelle de chair qui la composait et pouvait aisément dire qu'elle était plus humaine que ce qu'elle tentait de faire paraître. Elle était suivie de près par son conseiller, sans surprise.
Le mink arborait une blouse neuve en accord avec les chaînes blanches qui drapaient les épaules de Moineau. Même son air hautain semblait avoir été décidé à l'avance pour imiter le visage stoïque de la cyborg. Law grogna, pris d'une pointe de jalousie. Il avait beau se dire que ce n'était que pour le décorum les deux mis côte-à-côte sortaient tout droit d'une parade. Et derrière ses airs impassibles Law l'imaginait bien se foutre de sa gueule dans sa belle tenue même pas froissée.
Ne pas croiser le regard mortel de la brune était vrai défi sachant qu'elle le fixait intensément et lorsqu'elle se mit à parler, il eut l'impression qu'elle s'adressait à lui. Uniquement à lui. Il n'avait qu'une envie : tendre les bras et attendre qu'elle s'y jette pour la réconforter. Un doux souhait que les crocs du loup menaçaient de déchirer en miettes.
La jeune fille, après quelques mots d'ouverture, s'effaça vite du tableau pour laisser la parole à Sylver qui fit un énième récapitulatif de la stratégie. Law apercevait tout autour de lui des lèvres pincées, des fronts plissés, des regards inquiets. Il renifla d'un air méprisant. C'était déjà le grand moment.
Dès qu'ils eurent fini de leur incruster un plan tout tracé dans la tête et de les motiver avec des discours pacifiques à faire pâlir de jalousie un ange, des rangs de quatre se formèrent pour avancer plus efficacement. Le chirurgien en profita pour se rapprocher discrètement de la commandante en tête de ligne. Ses épaules se décontractèrent. Plus que deux rangées… songea-t-il. Ses pas furtifs trahissaient la cadence militaire. Il se dépêcha de s'immiscer entre ses camarades. Plus qu'une ! Le capitaine poussa un soupir de soulagement en distinguant son épaulière gravée entre les uniformes blancs. Il ne fit qu'une enjambée jusqu'à la rangée qui suivait de près son chef et tendit aussitôt le bras. Ses lèvres s'incurvèrent. Son dos n'était plus qu'à une poignée de centimètres ! Law accélérait le pas, sortant totalement des rangs pour raccourcir encore cette mince distance. Les hommes derrière lui poussaient de discrets murmures pour l'inciter à revenir. Il balaya les mots du revers de la main et s'élança, plus proche encore de la jeune fille retournée. Soudain son bras fut violemment tiré en arrière puis plaqué contre son propre dos. Il reconnut les griffes de Sylver lui lacérer les poignets. Le loup cria des ordres qu'il ne comprit même pas dans la précipitation et la marche vers les villes de Haldir reprit sans eux. En se débattant contre les pattes qui le tenaient fermement il réussit à apercevoir enfin le visage de Moineau. Elle avait un pli inquiet entre les sourcils et avait baissé les yeux en voyant qu'il était la cause de toute cette agitation. Lorsqu'elle repartit avec ses troupes Law cessa de se débattre. Il facilita ainsi la tâche à Sylver pour l'acculer contre un arbre, un large sourire carnivore sur son masque glacial.
-Essayez encore de l'approcher et je vous arrache les mains, menaça-t-il entre ses crocs.
Le capitaine déglutit péniblement.
-Elle a besoin de moi.
-Vous ? Et qui a été incapable de l'arrêter hier ? Hm ? Je sais pas ce qui vous a pris Trafalgar, je sais pas si vous tenez vraiment à elle, et jusqu'à ce que je le sache vous n'avez pas intérêt à l'approcher !
-Tss… Vous vous prenez pour son père ou quoi ? Réveillez-vous Sylver elle a grandi sans personne et JE l'ai recueillie !
-Alors ça explique tout ! Vous l'avez rendue totalement folle !
Il arqua un sourcil provocateur.
-Elle parlait déjà à des objets quand je l'ai trouvée, alors non, ça doit remonter à plus longtemps ! lança-t-il d'une voix mielleuse.
Les oreilles du loup se courbèrent contre son crâne. Il rangea sa paire de crocs sous ses babines. Cette posture le faisait paraître triste et mélancolique comme s'il se rappelait d'un souvenir douloureux. Sylver lâcha l'uniforme du pirate. Sa queue touffue se balançait violemment de gauche à droite – signe d'agacement.
-Vous ne serez jamais assez bien pour elle.
-Alors personne ne le sera. De toute façon ce n'est pas comme si vous acceptiez qu'elle grandisse !
-Elle mérite un alpha. Un véritable alpha, persifla-t-il. Pas une espèce de bêta pas fichu de lui faire comprendre une logique élémentaire !
Law poussa un grondement presque aussi fort que ceux du canin. Le mink aurait normalement témoigné des signes de soumission dans les oreilles et la queue mais il n'avait désormais plus aucune raison de se laisser insulter. Moineau ne tarderait pas à retrouver la mémoire et même son amant était impuissant face à sa réaction. Sylver leva la truffe en l'air dans une mimique prétentieuse que son interlocuteur prit la peine de souligner.
-Vous vous croyez mieux que tout le monde pas vrai ? Parce que vous l'avez soutenue dans son enfance ? Sauf qu'elle a la mémoire défaillante ! Ça vous met en colère et vous me tenez responsable de tous vos malheurs.
-…
-Je n'ai rien fait chien-chien. Je suis bien plus sérieux que vous ne l'imaginez avec Krys ! Et puisque les alphas sont censés protéger leur femelle, je suis pas le seul qui a foiré.
-Nous avons mené une action différente dans le but de la protéger…
-Mais elle en est toujours ressortie la plus triste, rétorqua Law. Cette fois je compte réussir. Vous pouvez continuer à nous séparer comme des gamins ça ne changera rien à ce que je projette. (Il lui lança un sourire narquois.) Lorsque j'aurais fini de la convaincre de ce qui est le mieux pour elle, j'espère que vous serez de la famille. Ce serait regrettable d'avoir à me débarrasser de sa peluche d'enfance.
Sylver plissa les paupières. Par "famille" Law entendait bien coopérer avec son équipage, une chose absolument ignoble pour une personne convaincue que les pirates représentent le vice. Mais il ne répondit rien à ses menaces. Pour lui le chirurgien de la mort n'était guère plus qu'un enfant perdu, tout comme Moineau. Il mima une approbation avec ses oreilles et recula d'un pas.
-Je ne retire rien.
-Moi non plus. Et ne me frappez plus jamais. La prochaine fois je vous rends coup pour coup.
-Bien. Les bêtas ne me font pas peur.
-Je suis alpha, chien-chien.
-Hmpf ! Vous n'avez rien d'un alpha.
Il lui jeta un regard noir et un sourire en coin. Contre toute attente le docteur l'amusait à parler comme un père qui refuse de lâcher sa gamine de dix-huit ans. Il ne doutait pas une seconde que Sylver aurait aimé être à la place de Sirius, rien que pour se faire appeler papa… Le soldat flanqua un coup d'épaule au conseiller avant de se remettre en route. Au bruissement des feuilles derrière lui il devina qu'il allait être sous surveillance tout le long du trajet. Un soupir franchit la barrière de ses lèvres tandis qu'il arrangeait son foulard bleu chiffonné par la poigne du loup.
Retrouver les soldats ne fut pas difficile avec leurs bottes tambourinant la terre à chaque seconde à la manière d'un cortège. Moineau n'eut qu'à lever le poing en l'air pour faire cesser l'orchestre. Elle se dépêcha à l'arrière, poings sur les hanches, pour retrouver les deux hommes qui avaient regagné les rangs. Pouvoir regarder le chirurgien yeux dans les yeux sans être interrompue par Sylver la rendit confuse et soulagée. Il semblait remis. Après un bref raclement de gorge elle se dressa sur la pointe des pieds pour se rapprocher au moins de quelques centimètres des grandes oreilles de son conseiller.
-Jango et Sorath sont en position sur l'axe des trois villes, chuchota-t-elle. On n'a plus qu'à évacuer et encercler la zone de concentration. En espérant qu'ils se rendent.
-Bien. Faisons une pause pour préparer le matériel. (Il grommela en voyant que la jeune fille se remettait déjà à fixer le pirate silencieux.) Ta punition tient toujours.
Elle bouda. L'avoir enfin si près et ne même pas pouvoir lui adresser quelques mots était une véritable torture ! Elle secoua la manche du docteur.
-Arrête de jouer les chefs de meute. Je peux me débrouiller tu sais ! T'avais pas à agir violemment devant tout le monde !
-Le laisser te toucher après ça m'aurait paru encore pire que le décapiter en public.
-Sylver !
-Désolé p'tit moineau. Ta sécurité est tout ce qui m'importe, et lui, il n'amène que des problèmes.
-Pff… Pour une fois qu'il est innocent tu devrais au moins être gentil !
Le chirurgien réprima un sourire en la voyant le défendre tant bien que mal de son toutou chéri. Ça le mettait de meilleure humeur – au moins il en restait une qui serait toujours de son côté. Il se risqua à poser une main sur son épaule et s'attira presque immédiatement un grognement bestial. L'instinct animal de Sylver le poussait à couver son oisillon encore au nid, parfois excessivement. Seulement cette fois il n'osa pas aller à l'encontre du regard affectueux qu'elle leur portait tous les deux.
-Ce n'est rien Krys, assura Law en profitant de ce court instant pour lui parler.
La jeune fille fit taire les grognements du loup par une œillade faussement méchante. Elle posa ses mains de part et d'autre du visage meurtri de son amant.
-Je suis désolée. Ne…
-Ne pas t'en vouloir. Ouais. Je sais. Je t'en veux pas pour ça Moineau, t'avais pas toute ta tête. Je t'en veux d'être restée de ton côté !
-Quoi ?
-J'ai passé la nuit à penser à toi ! siffla-t-il comme une accusation. Tu trouves ça normal de me laisser m'inquiéter pendant que tu te la coules douce dans tes appart' ?!
-… hein ?
-Et maintenant je te signale qu'on va encercler une bande de pirates imprévisibles et t'es pas fichue de venir me dire un mot !
-Euh… mais… (La cyborg babilla quelques messages confus avant de parvenir à aligner une phrase.) T'es pas le seul à avoir attendu un signe ! Je… J'ai cru jusqu'à ce matin que tu me détestais…
Sylver leva les yeux au ciel. Avouer son inquiétude à un homme aussi fourbe n'était pas un bon plan ! Mais Moineau n'en avait rien à faire de cacher ses sentiments, et sans surprise sa révélation mit le baume au coeur du chirurgien et remit en marche ses hormones. Il se lécha les lèvres. Cet appétit animal qui faisait briller ses pupilles cloua la cyborg sur place. Elle ne réussit pas à reculer lorsqu'il passa ses bras autour de ses épaules décorées pour les rapprocher puis pour l'embrasser de toutes ses forces. Ses jambes se dérobèrent sous elle et elle se laissa choir contre son uniforme. Sa langue habile caressait sa bouche sans la pénétrer et c'était d'autant plus frustrant. Elle finit par lâcher prise. Law poussa un rire charmeur et se laissa aller à des touchers plus audacieux sur la commandante. Sa nuque blanche eut le privilège d'être sa première victime. Il remarqua du coin de l'œil que son papa-loup avait détourné le museau. Il soupira et termina sur un chaste baiser aux joues qui raviva leur couleur pourpre.
-J-Je t'aime ! lâcha-t-elle en remontant les épaules jusqu'au cou.
Si le chirurgien fut touché alors il ne sut absolument pas le montrer. Ses sourcils se froncèrent en une moue autoritaire.
-T'as intérêt à rester en retrait ! Si je te vois ne serait-ce qu'une seconde sur la ligne de front je te jure que je trouve le moyen de te tirer dessus avec une balle à blanc !
Elle lui rétorqua une langue pendue et sourire enfantin.
-Gamine ! Sérieusement écoute ton chien et reste en sécurité !
-Beeeuuuuh !
-Krys !
Avant même qu'il ne réplique quoi que ce soit la commandante se prit une petite claque derrière la tête et se mordit la langue par la même occasion.
-Trafalgar a raison, lança Sylver. Tu devrais rester à l'abri au cas où ça ne se passerait pas comme prévu.
-Tu m'as fait mal ! couina-t-elle sans écouter leurs revendications.
-Oh cesse de pleurnicher, tu t'en remettras ! Maintenant allez vous occuper des bombes. Tous les deux.
Ils écarquillèrent les yeux à tour de rôle et Trafalgar le premier. Le loup répondit à leurs airs étonnés par un claquement agacé et ils filèrent sans demander leur reste.
Les caisses contenant les bombes diverses avaient été déposées à l'écart. Moineau baissa la tête comme une morveuse prise en faute et s'accroupit devant un caisson en priant silencieusement pour qu'on ne les fixe pas. Trop tard. Le troupeau de marines avait déjà le regard pendu à leurs moindres gestes, si bien qu'ils ricanèrent lorsqu'elle rougit. La jeune fille sautilla sur le côté pour se cacher derrière le chirurgien.
-Qu'est-ce que tu leur as raconté hier ?
-Rien de spécial. Ton chien s'est juste interposé entre nous.
-Oh… Dommage que ce soit pire que ça.
-Hm. Mais on dirait que papa commence à m'accepter, railla-t-il.
-Pff ! Il te teste !
-Il va pas être déçu.
Elle souffla, exaspérée, et dégagea le couvercle de la grande caisse à leurs pieds. Elle déglutit aussitôt. Son ventre se tordit d'angoisse pendant que son cerveau calculait ses chances de survivre à une cargaison pareille, qui étaient au moins en dessous des vingt pour cent. Le moins qu'on puisse dire était que Sacha avait fait un excellent travail.
L'intérieur du caisson était bardé de sphères en métal, chacune enveloppée d'un anneau pourvu d'orifices et jonchée par une petite manivelle rappelant les jouets pour enfants. Lorsqu'elle se risqua à prendre une des bombes dans ses mains Moineau s'esclaffa.
-Music Box ! Hahaha !
Le chirurgien arqua un sourcil, se demandant si c'était une nouvelle crise de folie.
-Haha ! Hahaha !
-Krys-ya ? Tes voix te font des blagues maintenant ?
Il en saisit une à son tour pendant qu'elle continuait de se plier en deux comme une imbécile. En tournant la sphère il remarqua les grosses lettres blanches peintes de l'autre côté. "Music Box". Il posa un regard vaguement déçu sur la commandante roulée en boule dans l'herbe. Si le nom de la bombe se rapportait bien à cette manivelle enfantine digne d'une boîte à musique alors il n'y avait vraiment pas de quoi en rire. Il lui colla son pied dans les flancs.
-Tu sais que t'es public facile ?
-Pf… Pfouah haha haha ! Music Box !
-Oï ! Ça reste une bombe à gaz soporifique !
-Justement c'est ça le plus drôle ! (Elle s'essuya le coin de l'œil.) C'est comme si une bombe te chantait une berceuse ! "Music Box" Law ! Tu comprends pas ?
-Si, si j'ai très bien compris…
Il soupira avec lassitude. Programmer ces engins le préoccupait bien plus que son humour à deux balles, et puis il n'y avait qu'elle pour trouver ce genre de raisonnements inutiles. Le capitaine fit mine de l'ignorer et se concentra sur la minuterie centrale des bombes. Minuterie et manivelle… D'ordinaire il n'y aurait qu'un choix possible, mais visiblement la pyrotechnicienne avait été plus maligne pour prévoir d'éventuelles complications. Qui sait ? Peut-être auraient-ils à raccourcir le timing avec la manivelle.
Quand il tourna la tête pour voir ce qu'il en était du côté de Sylver, Krys avait la tête penchée par-dessus son épaule.
-Une heure, tu crois que ça suffit ? demanda-t-elle.
-Une heure et demi. On procède d'abord à une évacuation.
-Une heure vingt.
-Et qu'est-ce que ça change dix minutes ?
-Des négociations plus courtes. S'il y en a.
Il fit la moue.
-Va pour une heure vingt. Tu sais les programmer ?
-Nan…
-Viens. Je vais te montrer.
Elle se rapprocha du chirurgien, non sans un petit sourire aux lèvres, et imita geste pour geste ses doigts en train de tourner la minuterie. En réalité même sans avoir jamais touché à une bombe elle connaissait assez bien les minuteries pour en régler une. Ce n'était que le prétexte parfait pour rester collée à lui comme une moule à son rocher. Et bidouiller des bombes main dans la main avec un psychopathe c'est romantique.
Moineau posa sa bombe réglée sur "une heure vingt" au fond de la caisse et en prit une autre. De son côté Law avançait à la vitesse d'une usine. Une petite minute lui suffisait à régler plusieurs minuteries et c'était si impressionnant qu'elle se demandait s'il ne faisait pas la course. Par instinct elle se dépêcha mais c'était trop tard il commençait déjà à empiéter sur sa partie. Elle aurait été tentée de lui crier dessus si ce qu'il faisait ne l'aidait pas. Elle se pinça les lèvres, un peu honteuse.
-J'ai cru que tu faisais la compétition…
-Personne n'est aussi immature que toi.
La cyborg croisa les bras sous la poitrine en prenant un posture plus imposante.
-Je vais tout rapporter à Sylver ! Nah !
-Commence par finir ton boulot. (Il poussa quelques bombes de son côté du caisson.) Je suis tellement sympa que je t'en enlève.
-Pff… je te connais ! Tu vas me demander quoi en retour ?
-Coopération.
-Et pourquoi je devrais coopérer ? articula-t-elle lentement.
-Parce que tu as besoin de moi en vie, que j'ai besoin de toi en vie, et qu'ensemble on fait des merveilles.
-Tu plaisantes j'espère ? Ça, s'écria-t-elle en pointant du doigt les marines au repos, c'est ce qui arrive à chaque fois qu'on se croise !
-T'espérais échapper à la guerre miss ? Peine perdue.
-C'est à toi de coopérer Law. Deviens Shichibukai. Au moins on n'aura pas à se quitter encore une fois !
Il leva les yeux au ciel.
-Fais pas ta commandante toute puissante avec moi. J'ai trouvé une meilleure solution.
-Vraiment ? fit-elle d'un ton sarcastique. Excuse-moi si j'ai plus trop confiance en tes "solutions" !
-Personne n'a à quitter l'autre, personne ne meurt, et tout va pour le mieux. Est-ce que ça, ça te va petit chiot ?
-… Oui. Mais comment tu comptes t'y prendre ? Parce qu'on est dans deux camps différents je te rappelle.
-Il suffit qu'un de nous deux lâche sa position.
-Compte pas sur moi.
-Je me doutais que tu dirais ça. Ne t'en fais pas Krys, ma méthode est plutôt efficace.
Malgré son sourire bienveillant la jeune fille resta sur ses gardes. Elle n'avait réellement pas confiance en sa façon de gérer les choses. Parce qu'il est plus intelligent qu'elle, plus malin, et surtout trop fort pour qu'elle prenne le risque de le mettre de côté. De toute façon il avait bien dit qu'il lui ferait payer sa "trahison". Moineau se tut et se remit au travail. Elle pouvait sentir le regard du chirurgien peser sur ses épaules. Law la fixait avec une grimace coupable. Certes, ça ne devait pas lui faire plaisir de la menacer de partir, mais ils n'étaient quasiment jamais sur la même longueur d'onde. En démarrant ses projets pacifiques la première personne avec qui elle aurait voulu faire la paix c'était lui. Mais elle s'en doutait déjà avant, il n'avait connu que le combat et la survie constante après avoir perdu des êtres chers. Law se croit sur une table d'opération. Il n'arrête pas de se découper et il s'imagine le droit de faire subir la même chose aux gens qu'il aime. Elle s'était souvent demandée combien de fois il s'était recousu sur cette table, où combien de fois il l'avait recousue elle. Mais ses tissus n'avaient jamais cicatrisé.
Cette conversation sur leur futur, étant un sujet sensible, avait jeté un froid. Ils finirent de programmer les bombes en silence et elle profita du passage de Sylver à côté d'eux pour le rejoindre. La jeune fille remonta un peu son corset sur sa poitrine, faisant tinter les chaînes qui se baladaient sur ses épaules. Elle croisa les bras.
-Du nouveau ?
-Rien ne bouge. Que ce soit du côté de Jango et Sorath, ou de Erin. Disons qu'ils ne s'attendent pas à nous voir débarquer.
-Tant mieux ! (Son expression se durcit.) Tu as ton pistolet ?
-Sous ma blouse, oui.
-Passe-le-moi une seconde.
Le docteur s'exécuta. Il écarta les pans de sa tenue et lui tendit l'arme blottie contre ses reins.
-Il y a un problème ?
-Non…
Moineau retira sèchement le chargeur vide et y glissa une cartouche métallique avant de tout remettre en place et lui rendre le pistolet.
-Maintenant toi et moi sommes les seuls à être véritablement armés.
-Avant de dire ça tu as vérifié son pistolet ? chuchota-t-il en soupçonnant du coin de l'œil le chirurgien qui s'était assis à l'ombre d'un arbre en attendant l'ordre de reprendre la marche. Ça ne m'étonnerait même pas qu'il t'ait volée des balles !
Elle plissa les paupières. Évidemment elle n'aurait jamais la garantie qu'il ne la trahirait pas et tout se jouait sur un peu de confiance mutuelle, mais elle se disait qu'il n'oserait pas. La trahir c'est par la même occasion déchirer sa couverture et attaquer le Gouvernement. Il ne prendrait pas le risque d'attirer autant l'attention. Mais ça n'était que son avis, et celui de Law était souvent opposé au sien, alors elle était la première à le craindre.
Malgré cette méfiance qui mettait tous ses sens en alerte elle fit un effort pour retourner le voir. Le noiraud était encore affalé par terre, sa casquette de marin couchée sur les yeux. Elle eut un micro-sourire en la soulevant. Endormi il passait pour l'homme le plus innocent du monde. Elle s'assit sur ses chevilles à côté de lui et ramena sa tête sur ses genoux. Elle rougit. Ils n'avaient jamais vraiment eu le temps de s'occuper de l'autre, et lorsqu'il avait les yeux grands ouverts, sa timidité la bloquait. Moineau profitait alors de cette sieste pour glisser ses doigts dans ses mèches rebelles – comme il ne prenait pas le temps de se coiffer – et caresser affectueusement son visage. Elle aimait bien passer son doigt sur l'arrête de son nez, continuer la course sur sa bouche et la finir sur son bouc mal taillé. Elle ne put contenir un petit rire lorsqu'il gémit et se tourna de profil.
-Law…
Elle lui secoua l'épaule jusqu'à ce qu'il ouvre les yeux. Le capitaine poussa un grognement mécontent mais ne bougea pas d'un poil.
-On va repartir, chuchota-t-elle d'un voix fluette.
Elle sentit comme un vide sur ses genoux lorsqu'il se redressa. Law se releva sans un mot à son attention. Le seul geste qu'il eut envers elle avant de partir rejoindre les rangs fut un rapide baiser sur le front. Elle souffla sans même trop savoir si elle était en colère ou épuisée par ce comportement. Moineau fit mine de ne pas le voir en passant à côté de ses soldats, pourtant elle rêverait de lui flanquer un coup d'épaule. Sylver, qui l'attendait déjà en tête, passa un bras réconfortant sur son dos. Elle lui rendit son sourire et reprit le trajet vers la ville accompagnée du tambour militaire des bottes dans la terre. Chaque pas lui enfonçait une aiguille pointue dans la poitrine, et la douceur du loup ne savait pas lui retirer cette douleur mentale. Trop de voix, d'armes et de bombes, affluaient dans son crâne. Leurs prétendues conseils la laissaient perplexe. Comme on s'y attend de la part d'artillerie ils ne réclamaient que du sang, du sang, et encore du sang pour s'abreuver. Ça la désolait que même sa propre folie ne soit pas de son côté.
Son corps entier était maintenant un champ de petites aiguilles, si bien qu'elle craignait de blesser ses camarades. L'expression désorientée de son visage jurait avec celle, sûre, de tous ceux sous son commandement. Elle se sentait un peu ridicule à vrai dire dans ses atours de haut-gradée. Et lorsqu'ils purent apercevoir le toit des premiers bâtiments sa honte était à son comble. Elle se réfugia dans un regard de bête affectueuse. Le loup lui frotta gentiment la tête.
-Ne te tracasse pas, tout est sous contrôle. On va commencer à évacuer les quartiers aux alentours pour que personne ne soit pris dans le combat.
-Je viens avec vous !
-Non toi tu restes avec l'arrière.
Elle fit la grimace, contrariée.
Tu vas le laisser te donner des ordres ? C'est un chien ! Tu es sa maîtresse !
-Non… recommence pas…
-Krys, obéis. Tu participeras aux négociations si tu veux.
Pff ! Rends-toi un peu utile ferraille !
Un crissement terrible résonna dans sa tête. Elle eut l'impression qu'on lui perforait le tympan. De peur que ça ne recommence elle n'hésita pas à une seconde à bousculer le mink pour aller s'emparer de force de la caisse contenant les bombes "Music Box". La charge étant bien trop lourde pour ses muscles elle s'écroula avec le caisson.
Pitoyable…
Moineau renifla face contre terre, hésitant à se relever ou à rester comme ça un peu plus longtemps pour échapper aux remarques des marines sur son corps pas à la hauteur de son grade. Elle sentit une main lui presser l'épaule et crut que c'était celle de ce pauvre Sylver, mais elle n'avait pas de fourrure. Les tatouages sur les phalanges la rassurèrent. Elle releva le menton vers ses yeux gris et ne dit rien lorsqu'il porta la caisse à sa place. Le chirurgien se pinça les lèvres.
-Faites l'évacuation Sylver. On s'occupe des bombes.
Le loup parut sur le point de refuser avant de finalement hocher la tête, non sans lui cracher quelques menaces à la figure.
Tandis qu'une bonne partie du groupe se dirigeait vers les quartiers résidentiels Law et Moineau filèrent directement à la zone où les pirates étaient censés se trouver. C'était une grande auberge barricadée et sans aucun doute occupée contre l'avis des propriétaires. Lentement ils n'entendirent plus le brouhaha des rues : l'évacuation avait commencé. Et leurs ennemis ne tarderaient pas à le remarquer. La cyborg attendit qu'il rouvre la caisse. Elle prit une bombe dans chaque main et se servit de son pied métallique comme d'un ressort pour se donner de l'élan. Déposer les armes au pied des lampadaires qui couraient le quartier fut assez rapide et elle s'étonna de ne rencontrer aucune difficulté. Même si ces pirates ne les avaient pas vus faire, elle croyait au moins en voir un dehors. Mais tout était calme et silencieux.
Elle s'assit sur la caisse, désormais vide.
-Ils ne réagissent pas. C'est étrange. Pourtant ils devaient bien se douter qu'on était là !
-Tu devrais être contente qu'on nous ait pas déjà tiré dessus, rétorqua-t-il.
-C'est pas plus rassurant…
-De toute façon les bombes vont se déclencher, et Jango et Sorath sont en position pour retrouver les rescapés, s'il y en a.
-T'as pas compris Law. Il n'y aura pas de négociations ! On va devoir les capturer de force, voilà ce que ça veut dire ! Ils n'ont pas peur. Ils n'ont même pas peur… J-Je pense qu'ils se sentent protégés ! s'alarma-t-elle. Et s'ils savaient ? Pour les pistolets vides…
Moineau blêmit. Quant au chirurgien son expression resta la même. Figée.
-Tu psychotes pour rien. Ce sont des alliés de supernovas, ils sont juste trop prétentieux pour se montrer. Retourne avec Sylver. Je m'occupe de les surveiller.
Il lui frotta doucement le cuir chevelu et porta sa main biomécanique à ses lèvres.
-On se retrouve vite petit chiot. Allez, va.
Elle lui rendit un câlin douillet avant de s'élancer dans les rues et disparaître de son champ de vision au tournant. Le capitaine afficha un air peiné jusqu'à être sûr qu'elle était bien partie, et là, il écarta ses doigts, paume tendue vers le ciel. Une des bombes grises qu'ils avaient déposées au pied des lampadaires et maisons tomba au creux de sa main. Il tourna la manivelle de sorte à raccourcir le timing programmé et remit l'engin à sa place. Un soupir franchit la barrière de ses lèvres. La confiance de Moineau lui mettait un poids sur le coeur, mais pas assez lourd pour le faire regretter.
Lorsque celle-ci revint il put clairement sentir quelques kilos s'empiler sur sa conscience. Toujours pas assez. Law avait choisi de ne rien lâcher. Il devait le faire jusqu'au bout sinon elle serait condamnée à être une marionnette toute sa vie, et entraîner ses deux pantins dans sa chute. De plus il ne pouvait plus prétendre désormais être son seul protecteur – Sylver remplissait très bien cette tâche malheureusement. Alors avant que toute affection ne disparaisse il se devait de faire valoir sa position auprès d'elle.
Moineau fit poster des marines une vingtaine de mètres tout autour de l'auberge. Ses pas martelaient le sol à grands coups. Elle paraissait de plus en plus contrariée par la situation. Son front se rida un peu plus. Elle fronça aussi les sourcils, croisa les bras sous la poitrine et jeta un regard impatient à son conseiller.
-Ils se foutent de moi, pas vrai ?
-Hum… J'imagine qu'ils savent que tu es pacifiste… que tu n'attaqueras pas…
Le loup s'étrangla un peu. Il tira machinalement sur le col de sa chemise pour se rafraîchir.
-Et puis il y a toujours les bombes de gaz soporifique…
-Pourquoi personne me prend au sérieux !? rugit-elle. Si ça avait été quelqu'un d'autre on n'aurait même pas attendu pour les fusiller ! Ils ont tous de la chance d'être tombés sur moi !
Elle serra les poings et se mit à tourner en rond, tête basse, tandis que le docteur soupirait bruyamment. Dans la Marine personne n'aurait été plus compréhensif qu'elle envers des criminels c'était sûr. Et pourtant il n'oserait pas dire que c'était une "chance" car visiblement elle perdait déjà en amabilité. Le regard moqueur du chirurgien semblait dire la même chose. Il s'approcha d'elle d'une démarche féline et interrompit son manège.
-Ça t'arrive de réfléchir ?
-Toi la ferme !
Il fit mine de grimacer.
-Krys-ya ne crois pas si bien connaître les gens. Personne ne va se montrer reconnaissant sous prétexte que d'autres leur auraient tiré une balle.
-Et ? Autre chose à dire monsieur ?
-Tu devrais aller patienter ailleurs. Si tu perds ton calme imagine ce que c'est pour tes soldats.
-Merci du conseil ! répondit-elle d'une voix sarcastique.
La commandante esquissa un large sourire avant d'agripper le pistolet à sa ceinture et tirer dans une fenêtre. Le verre éclata dans un bruit de fin du monde surplombant le silence. Law eut tout juste le temps de lui retirer son arme avant qu'elle ne recharge. Des dizaines d'yeux l'accusaient de ce carnage.
-Nan mais t'es pas bien ?! s'écria-t-il.
-Quoi ?
-Moineau c'est la dernière fois qu'on te donne une arme à feu ! renchérit Sylver. Ça je peux te le garantir !
Le loup l'arracha à la poigne du capitaine pour la serrer contre lui, très inquiet malgré le ton autoritaire qu'il avait pris. Law fut surpris par la douceur avec laquelle le prédateur parvenait à la bercer dans ses bras en lui léchant affectueusement les joues – la cyborg ressemblait à une petite fille, blottie dans sa fourrure. Mais cette image ne dura pas.
Les soldats jusqu'alors immobiles comme des figurines crispèrent les doigts sur leurs fusils : il y avait du mouvement dans le bâtiment. La balle de Krys semblait les avoir forcés à se déplacer. Law fit le décompte dans sa tête. Il devait leur rester vingt minutes à tenir, tout au plus, avant que les bombes ne se déclenchent. Et quinze avant la sienne…
Quand il détourna les yeux la jeune fille était encore pelotonnée dans la blouse blanche de Sylver. Il effectua un rapide calcul. Il y avait trop de chances qu'elle fasse une crise ou une overdose dans cette situation et ils n'avaient pas de quoi gérer ses états d'âme. Même si ce fut à contrecœur il préféra la laisser dans un cocon de fourrure, si au moins c'était la seule chose capable de la calmer. Le mink hocha la tête dans sa direction : mieux valait effectivement la mettre à l'écart.
Seize minutes…
Il prit place aux côté des marines. Jamais il ne l'aurait cru si on lui avait dit qu'un jour il se tiendrait côte-à-côte avec des mouettes. Pire encore, dans un de leurs uniformes. Cet assaut qui représentait peu pour lui était la première manœuvre concrète de Moineau et ses idées pacifistes. Si elle réussissait brillamment la capture ennemie une place lui était garantie à un grade plus élevé, sans compter l'appui de gens renommés.
Douze minutes…
Un tournant qui marquerait sa vie se jouait ici et maintenant. Une vie plus juste l'attendait. Elle sera si influente que plus personne – pas même lui – ne pourra lui reprocher d'être folle. Law compta cinq minutes de moins pour en arriver au nouveau timing. Ça faisait sept minutes.
Moineau avait toujours le nez enfoui dans la poitrine de Sylver. On aurait cru voir un bébé kangourou dans la poche de sa mère. Même si elle avait tiré sans raison et risqué de blesser quelqu'un elle ne semblait pas vraiment culpabiliser, pas plus que son papa-loup qui contre toute attente ne lui balançait pas un discours sur la paix ni ne la sermonnait. La balle avait cassé l'illusion d'une armée marine faible et indulgente, et pour ça on pouvait bien la pardonner d'avoir été inconsciente.
Le compte à rebours trafiqué se rapprochant de la fin, Law fit se succéder les changements de poste afin que tout le monde reçoive un masque à gaz. Il en ramena deux au docteur et à la jeune fille. Ce dernier les saisit avec méfiance. Il couvait encore son oisillon dans le nid imaginaire de ses bras. Les masques disposaient de languettes ajustables de sorte à ce qu'il puisse y rentrer son museau. Il vérifia que les filtres à air fonctionnaient bien avant de donner le second à Krys qui se débrouilla moins bien pour l'enfiler. Le chirurgien s'accroupit et l'aida à mettre son visage sous l'élastique. Une vibration fit trembler le masque lorsqu'elle se mit à respirer à l'intérieur.
-C'est normal ? s'écria-t-elle affolée.
-Ne t'en fais pas, ça fonctionne très bien, lui assura le loup.
Elle acquiesça, néanmoins toujours inquiétée par le bruit lourd. Ses doigts se crispèrent sur les pattes griffues. Tous ses sens lui criaient de s'enfuir mais elle ne pouvait se résoudre à tous les abandonner.
Et si les bombes ne s'activaient pas ?
Et si les pirates avaient l'avantage ?
Moineau se voyait déjà morte, éventrée sans pitié par un homme qui lui, n'en avait rien à foutre de ses idées. Et contre toute attente ça ne surprenait personne de voir ses entrailles se déverser sur le sol déjà rougi du sang des marines. Comme si tout le monde savait que c'était perdu d'avance. Elle en vint à se demander si quelqu'un y avait cru. Quelqu'un avait-il jamais cru qu'une fille malade de corps et d'esprit puisse accomplir quelque chose dans sa vie ?
Elle se secoua la tête sous son masque. Laisser ses démons l'envahir n'aiderait personne. La cyborg cessa de se cacher derrière la blouse du loup et trottina jusqu'aux bords du périmètre fixé par les corps des soldats.
-Où en est le décompte ? demanda-t-elle en gardant les yeux rivés droit devant.
-Cinq minu…
L'homme fut coupé par un claquement métallique suivi d'un bruit de souffle. Un bombe s'était déclenchée. Moineau arqua les sourcils et fit un pas en arrière.
-Qu'est-ce que ça veut dire ?! hurla-t-elle, déconcertant un peu plus les marines.
Le gaz commençait déjà à former un petit nuage près du bâtiment ennemi. Personne ne put lui répondre, mais tous savaient ce que ça signifiait. Ils activèrent leur masque d'un même mouvement, elle y compris. Son regard se projeta sur la fenêtre qu'elle avait brisée d'un coup de feu. Celle-ci n'allait pas tarder à laisser la brume la pénétrer et assoupir ses occupants. Krys empoigna sa dague.
-Maintenant qu'ils savent ce qu'on leur réserve ils vont fuir !
Le chirurgien acquiesça d'un hochement de tête et s'élança avec elle. Au cas où il s'agirait d'un problème de programmation ils récupérèrent les bombes inactivées. La brune ignora bien les avertissements du loup, impuissant face à l'excitation du combat, et jeta une bombe sur la fenêtre brisée avant de sauter elle-même à l'intérieur. Elle atterrit roulée en boule sur le plancher, la paume droite transpercée par des bouts de verre – elle n'avait même pas pensé à utiliser sa prothèse biomécanique comme protection. Un cri retentit dans le masque mais la douleur fut vite annihilée par une peur sans nom lorsqu'elle vit la dizaine d'hommes armés jusqu'aux dents qui la fixaient, prêts à la déchiqueter en une seconde. Moineau hurla plus fort en brandissant vainement sa dague. Elle reculait tant bien que mal sur sa mains valide mais ça n'était pas assez pour couvrir la distance entre elle et ses futurs meurtriers. Elle se fit assez vite une raison : elle s'apprêtait à mourir sans avoir jamais rien accompli.
Néanmoins la jeune fille n'eut pas le temps de voir un couteau se poser sous sa gorge. Des pattes velues l'agrippèrent pour la traîner dans un coin tandis qu'un soldat armé seulement de ses poings dévastait tout sur son passage. Elle en resta bouche bée en découvrant les visages de Law et Sylver, accompagnés d'autres marines venus en renfort malgré leurs chargeurs vides.
Elle se recroquevilla sous le bruit des coups jusqu'à finir en position fœtale contre le mur. Les balles devenaient presque indissociables des lames tranchantes des épées, et le sol, il tremblait, se couvrait lentement de corps. Elle eut un frisson d'effroi. Étaient-ils morts ? Une part d'elle en avait envie. Une autre, pas plus courageuse, lui criait encore de fuir.
Moineau serra le pommeau de sa dague pour se donner un pauvre sentiment de sécurité et rampa se mettre à l'abri derrière un comptoir. Une explosion retentit tout à coup. Ou plutôt de minuscules explosions simultanées, qui ensemble produisaient un capharnaüm extraordinaire et la sensation de vivre une tempête. Cette fois-ci ce fut plus qu'une petite fumée qui pénétra le bâtiment. Il y avait tellement de gaz qu'elle n'arrivait plus à distinguer le loup et le chirurgien dans toute cette masse informe qui se répandait comme une traînée de poudre. La cyborg se sentit oppressée dans son masque. Elle se dit que c'était sûrement les filtres à air qui mettaient un peu de temps à s'activer, mais voir les muscles bandés se renfoncer dans la chair des pirates jusqu'à ce que ceux-ci tombent dans un sommeil forcé la déstabilisait. Comme si elle était la prochaine victime du fléau qu'elle avait organisé.
Les combats n'avaient plus lieu d'être, les soldats prenaient leurs menottes, et pourtant elle se sentait elle aussi défaillir. La jeune fille, paniquée, donna un coup sur le masque à gaz puis ne cessa de tambouriner faiblement dessus en comprenant que ses paupières s'alourdissaient. L'angoisse faisait de la bouillie de ses intestins. Elle donnait en vain des coups de pied dans le meuble pour attirer l'attention. Ses bras commençaient à retomber le long de son corps quand enfin un homme tituba vers elle. Il semblait lui aussi sur le point de s'endormir et tenait un pistolet dans la main droite. Du fait de son état de somnolence Moineau comprit trop tard que c'était loin d'être un homme de loi. Il fallut un canon pointé sur son crâne pour la faire gémir et pleurer l'instant fatidique avec ses dernière forces.
Si tu meurs, tous tes projets, tout ça, c'est mort avec toi. Tu le sais ?
-Je ne peux rien faire… sanglota-t-elle comme des supplices à son agresseur.
C'est pas prêt de changer. Ta Paix on l'emmerde tous !
-J'ai fait ce que j'ai pu…
C'était pas assez !
La détonation lui éclata les tympans et stoppa net ses battements de coeur. Moineau avait la bouche grande ouverte. Un goût de fer, amer, baignait sur sa langue. Elle ne parvenait pas à croire qu'elle était encore consciente. Le pirate gisait couvert de sang à ses pieds, un brun et un loup le surplombant, tous les deux en état de choc. Ils la fixaient. Pour l'un le visage terrifié, l'autre les oreilles couchées en arrière. Alors qu'elle voulait crier victoire et se réjouir elle se découvrit soudain une profonde douleur à la tête. Krys suivit leurs regards et leva la main vers son propre visage qu'elle explora de toute part comme pour s'assurer qu'il ne lui manquait pas un bout de peau. De ses tissus intacts elle remonta vers l'œil droit. Un frisson lui mordit le ventre : le sang trempait sa joue. Un peu plus haut encore…
Et elle poussa un cri d'horreur en constatant que son orbite était vide et qu'elle plongeait les doigts dans un trou béant, humide et poisseux.
