Chapitre 37 : « Curiosity Killed The Cat »
« Non. »
« Harry… »
« C'est hors de question. »
« Je compte jusqu'à trois. »
« Vous pouvez bien compter jusqu'à cent mille si ça vous amuse, je ne bougerai pas ! »
« Trèves d'enfantillages, tu ne peux pas rester caché ici jusqu'à la fin des temps, tu as cinq secondes pour sortir ! »
« Je croyais que c'était trois ? »
Avec un grognement exaspéré, Snape ouvrit la porte de la chambre à toute volée avant d'entrer dans la pièce d'un pas décidé. Il ne put s'empêcher de lever les yeux au ciel devant le spectacle qu'offrait le garçon, ou plutôt ce qu'il pouvait en apercevoir, roulé en une boule serré dans sa couverture, caché derrière le lit.
« Ca suffit, Potter, debout, cette comédie a assez duré. Il est largement temps de montrer votre glorieuse personne à la face du monde. »
« Dites moi que j'ai rêvé, » gémit le garçon sous sa couverture « que c'était juste un abominable cauchemar ! »
« Si tu te sens suffisamment bien pour prétendre que c'est le cas, je n'y vois pas d'objection. Lupin, en revanche… » un grognement horrifié l'interrompit alors que l'amas de couverture tentait de se dissimuler sous le lit. A bout de patience, Snape leva sa baguette et visa la couverture qui s'éleva dans les airs, rapidement rattrapées par deux mains qui s'y cramponnèrent de toutes leurs forces.
« Non ! Fichez moi la paix ! »
Snape observa un moment le combat entre le morceau de tissus et l'adolescent avant de secouer la tête, amusé.
« Et si je te proposais une potion contre le mal de crâne ? »
Cette fois, une touffe de cheveux noirs émergea de l'amas de tissus, suivie d'une paire d'yeux verts rougis et cernés de noir.
« Vous feriez ça ? » demanda Harry d'une voix éraillée.
« Après que nous ayons eu une petite discussion, certainement, » répondit Snape d'un air suave. La tête disparut à nouveau.
« Je savais que c'était un piège. Vous tendez toujours des pièges. Et criez moins fort, Merlin, ma tête va exploser… »
« Je n'ai pas encore commencé à lever la voix, Potter, mais ça pourrait bien arriver si tu ne te décides pas à adopter rapidement un comportement civilisé, » répliqua Severus d'un ton chargé de menace.
« Comment est-ce que j'ai pu me mettre dans un pétrin pareil ? » gémit le garçon sans bouger d'un pouce. « C'est encore de votre faute, tout ça ! »
« Oh vraiment ? » ricana Snape. « Et puis je savoir en quoi ? »
« Je ne sais pas encore, » grinça Harry, « mais c'est toujours de votre faute, ce genre d'histoire. Est-ce qu'un oubliette serait envisageable ? » demanda-t-il soudain avec une lueur d'espoir.
« Aucune chance. Et maintenant, debout, c'est mon dernier avertissement. »
« Aucune chance non plus, » répondit Harry en s'enfouissant à nouveau sous la couverture.
La réponse fut aussi rapide que laconique ; levant sa baguette, Snape prononça l'incantation d'un ton égal :
« Aguamenti. »
Une trombe d'eau glacée se déversa sur le tas de couvertures et son occupant qui poussa un cri rauque. L'instant d'après, un chat noir trempé s'enfuit à toute allure, sifflant et crachant, et s'échappa par la porte laissée de la chambre restée ouverte, laissant un maître des potions au petit sourire satisfait. Qui avait dit que se faire obéir d'un adolescent était compliqué ? Restait maintenant à convaincre le chat de sortir de sous l'armoire, ou quelque autre endroit qu'il aurait choisi pour se cacher et exprimer son mécontentement. Mais pour cela, il avait le remède.
« Shadow, une boite de thon ? » lança-t-il à l'intention de la paire d'yeux verts furibonds qui lançaient des éclairs de sous le canapé. Un feulement mécontent lui répondit.
« Ca suffit, Harry, sors de là. Il faudra bien affronter la réalité à un moment ou à un autre. Ce n'est pas le genre de réaction auxquelles tu m'as habitué. »
La remarque sembla piquer à vif, et les yeux verts du chat disparurent, avant de réapparaître quelques secondes plus tard sur le visage du garçon, derrière le canapé. Le visage crispé, luttant visiblement contre un sérieux mal de crâne, il se laissa tomber sur les coussins.
« Je n'ai vraiment pas envie d'être courageux ce matin, mais je suppose que vous avez raison, il n'y a pas moyen d'y couper, » soupira-t-il. « Merlin, mais c'est de votre faute, pourquoi est ce que vous m'avez laissé boire comme ça ? Vous faites un fameux gardien, félicitations ! »
« Je croirais entendre Minerva, » s'indigna Snape en croisant les bras sur sa poitrine. « est-ce une manie féline de reporter sa faute sur quelqu'un d'autre, ou juste une tendance Gryffondor ? »
« Probablement une manie féline, » admit Harry en enfouissant la tête dans ses bras. « Mais vous n'aviez pas dit quelque chose a propos d'une potion, et d'un mauvais mélange avec l'alcool ? »
« Je dois admettre que l'effet était plutôt inattendu, » fit Severus. « Mais je doute que la dose d'alcool que tu as ingurgité en ma présence ait suffit à le produire. »
« Non, évidemment, » murmura le garçon. « J'ai peut-être un peu… enfin, il est possible que j'aie repris un autre verre après votre départ. Oh, Merlin, je suis désolé, c'était stupide mais j'avais besoin d'une bonne dose de courage pour revenir et… je ne sais pas ce qui m'a pris. »
« Du courage ? Et qu'est-ce qui a bien pu te laisser croire, ne serait-ce qu'un instant, qu'on pouvait trouver du courage dans l'alcool ? » s'enquit Snape.
« C'est connu, c'est un déshi… deshini… oh, je réfléchirai à ce mot quand mon cerveau sera revenu à sa place. Je voulais juste être moins angoissé. Et oui, je sais, c'était stupide et je le regrette, vous êtes content ? »
« Pas tout à fait, non, » répondit le professeur. « Mais tout d'abord, un petit déjeuner. »
« Pitié, vous êtes maître des potions, vous avez sûrement une meilleure idée que ça ? »
Les yeux verts implorants ressemblaient tellement à ceux du chat à cet instant que Snape faillit laisser échapper un sourire. Mais non, ce n'était pas le moment.
« On est d'humeur effrontée ce matin, je vois, » fit-il lentement sans bouger d'un pouce. « Un déjeuner d'abord, une potion ensuite, sur une estomac plein. La soirée d'hier a suffisamment prouvé à quel point tu était sensible aux potions. Prends une douche, habille-toi et rejoins-moi dans la salle à manger. Et sans grogner, » ajouta-t-il.
« Oui, maître, » grommela l'adolescent en se dirigeant vers la salle de bain. Snape ne put s'empêcher de lever à nouveau les yeux au ciel, sans chercher cette fois à dissimuler un léger sourire quand le garçon fut hors de vue.
La journée allait être longue, très longue… mais il était à peu près certain que son futur fils adoptif ne chercherait plus à trouver du courage dans le whiskey. En tout cas, pas aujourd'hui, et il allait avoir besoin d'une sérieuse dose de bravoure pour affronter ce qui l'attendait.
Quand Harry pénétra dans la salle à manger quelques minutes plus tard, il semblait légèrement plus détendu et réveillé, mais son regard évitait soigneusement celui du maître des potions. Sans un mot, il s'assit devant son assiette.
« Désolé, je suis sensé m'occuper du petit déjeuner… » grommela-t-il entre deux tartines.
« Je préfère mon pain non carbonisé et mon café comestible, mais j'apprécie la pensée, » répondit le professeur.
« Eh, je me suis beaucoup amélioré avec les sorts de cuisson ces derniers temps ! » protesta le garçon.
« Je n'en doute pas. Ce matin, cependant… »
Harry plongea à nouveau dans son bol. Inutile de nier que ses dons de cuisinier auraient sans doute été sensiblement affecté par ce bourdonnement dans sa tête… et d'ailleurs…
« Quelle heure est-il ? » demanda-t-il en constatant que le professeur se contentait d'une tasse de café.
« Onze heures passées, » répondit calmement Snape sans lever les yeux de son journal.
« Quoi ? Et vous m'avez laissé dormir tout ce temps ? » s'étrangla Harry.
« Après la journée, disons, émotionnellement chargée d'hier et les évènements de la fin de soirée, j'ai pensé que ce ne serait pas un mal de te laisser dormir. Et j'avoue ne m'être moi-même pas levé tôt ce matin. »
« Oh. Mais vous aviez une meilleure excuse que moi… » commença Harry avant de reposer son bol. « Dites, vous n'aviez pas parlé d'une potion ? »
Snape haussa un sourcil ironique.
« Une potions, vraiment ? Et pour quoi donc ? »
« Très drôle, » grogna Harry. « Pour mon horrible mal de crâne, mon cerveau qui semble avoir gonflé et vouloir faire imploser mon crâne, et ces coups de marteau contre mes tempes, ce serait parfait pour commencer. »
Severus rit doucement.
« Rien que cela ? Et comment diable pourrais tu avoir acquis tous ces symptômes à la fois ? »
« En buvant beaucoup trop d'alcool et une stupide potion qui n'allait pas avec, si vous voulez savoir, » brailla Harry à bout de patience. « Est-ce que je peux avoir ma potion, maintenant ? »
« Tss tss, quelle irascibilité si tôt le matin… de l'alcool, disions-nous. Quel âge au juste avez vous, M. Potter ? » s'enquit Snape sans faire un mouvement pour trouver une potion.
« Seize ans, » grommela Harry en enfouissant sa tête entre ses mains, son mal de crâne empiré par son petit éclat.
« Seize ans, » répété Severus d'une voix lente. « Suffisamment âgé, donc, pour boire du whiskey pur feu ? »
« C'est ce que je croyais, » gémit le garçon, « et je me trompais, d'accord ? je vous jure que je ne toucherai plus à cette chose immonde avant au moins ma majorité ! »
« Au moins ? Je suppose effectivement qu'un événement tel qu'un dix-septième anniversaire mériterait une bonne bouteille de whisky pur feu. Cul sec, de préférence. »
A ces mots, Harry sentit son estomac chavirer.
« Vous êtes un sadique, » répondit-il en retenant un hoquet, « je suppose que je prendrai un verre à l'occasion, pendant une soirée entre amis ou une stupide réception, mais ce ne sera pas plus d'un verre et pas avant… eh bien, le plus longtemps possible, je vous le promets ! »
Le teint légèrement vert du garçon suffit à convaincre Snape.
« Quant à un cocktail pimenté, comme les jumeaux Weasley semblent affectionner ? » demanda-t-il.
« Pitié, pitié, ne me parlez plus d'alcool pour aujourd'hui ! » fit Harry en repoussant son bol, les yeux fermés. « Je regrette, d'accord, j'ai été vraiment stupide… je ne pensais pas que ce truc était aussi fort. J'aime bien la biéraubeurre, mais ça ne m'a jamais fait cet effet là… je ne sais pas à quoi je pensais, vraiment. C'était ridicule. Oh, Merlin, j'ai été ridicule, » fit-il en posant son front sur la table.
« Et c'est encore très en dessous de la réalité, » répondit Snape en posant une potion devant lui. Harry la prit avec gratitude et l'avala d'une traite, sans grimacer.
Soulagé, il reposa le flacon et soupira.
« Mieux. Beaucoup mieux. Merci, Severus, » fit-il avec un regard reconnaissant. Mais le professeur continua de le fixer de son regard impénétrable, sans faire un geste. « Ce n'est pas tout, n'est-ce pas ? » fit-il, sentant une boule se former dans son estomac. Avait-il réellement espéré s'en tirer à si bon compte ? Avec Snape ? Grossière erreur…
« Non, ce n'est pas tout, » répondit enfin le professeur. « Je pense que plusieurs points doivent encore être discutés. Le premier étant, Harry, que je dois pouvoir te faire confiance quand je te laisse seul au Manoir. Hier, c'était un simple verre de whisky pur feu… mais qu'arrivera-t-il le jour où tu penseras avoir besoin d'une potion ? »
« Je vous la demanderai, » répondit honnêtement l'adolescent.
« Et s'il s'agit d'une potion dont tu sais pertinemment que je désapprouve l'usage ? »
« Je… » Harry s'interrompit. La question n'était pas stupide. « Le nom des potions ne sont pas indiquées sur les flacons, je ne pense pas que je m'y risquerai, » répondit-il.
« Je ne désespère pas qu'un jour tu parviennes à reconnaître une potion à son aspect et son odeur, » rétorqua Snape d'un ton sarcastique. « Et qu'arrivera-t-il ce jour la si tu trouves la potion dont tu as besoin ? »
« Je n'y ai jamais réfléchi, » fit Harry en secouant la tête. « La simple idée de fouiller dans vos potions est assez effrayante, en fait. Mais vraiment… je ne peux pas m'imaginer faire ça dans votre dos, surtout si je sais que vous le désapprouvez. Je ne suis pas stupide, d'accord, je sais que vous faites ce qui est le mieux pour moi. Et je sais que vous me faites confiance. J'espère juste que je ne serai jamais assez désespéré pour faire ce genre de chose… parce que pour l'instant, l'idée me paraît juste horrible. »
A nouveau, Snape hocha la tête.
« C'était ce que j'espérais entendre. Je n'ai pas l'intention de t'interdire l'accès du laboratoire ni de mes réserves, c'est bien entendu. Et je prendrai soin à l'avenir d'étiqueter correctement les potions dont tu pourrais avoir besoin en mon absence. Cependant, je veux que tu gardes à l'esprit que celles qui ne le sont pas ne te sont pas destinées, et que les apparences sont bien souvent trompeuses… et qu'une potion a l'aspect tout à fait banal peut être très dangereuse. C'est entendu ? »
Harry se trémoussa inconfortablement sur son siège.
« Professeur… je n'ai jamais eu l'intention de faire ce genre de chose. Je regrette que vous le pensiez, ce n'était vraiment pas mon intention, je veux dire… je voulais juste m'assurer que j'arrivais à boire du whisky sans m'étrangler. C'est stupide, je sais, mais je ne pensais même pas que j'étais en train de le faire en cachette quand je l'ai fait, » expliqua-t-il piteusement.
« Je l'espère, Harry, » répondit doucement Snape. « La petite scène d'hier soir a été particulièrement navrante, mais j'avoue être plus inquiet de perdre ta confiance, ou de devoir douter de toi. »
« Non, non, » fit précipitamment Harry, « il n'en est pas question, je vous le promet, je vous fait confiance et… vraiment, vous êtes la première personne à qui je viendrai parler si j'avais un problème. Ne le prenez pas comme ça, s'il vous plait… »
Snape acquiesça, visiblement satisfait.
« Entendu. Je ne veux pas que tu hésites à me demander quoique ce soit, Harry. Même si ce n'est pas réalisable, je souhaite que nous puissions en parler. »
« Merci, » répondit le garçon, « vraiment. Ca compte beaucoup pour moi. Et, heu, je ne toucherai plus au whisky, c'est certain. »
« Une bonne chose de faite, » répondit Severus avec un léger sourire. « Passons à la situation embarrassante suivante. »
« Oh Merlin, » fit Harry en cachant son visage dans ses mains. Non, décidément, il n'allait pas s'en tirer à si bon compte. Avoir un gardien avait certains inconvénients, après tout, il y a quelques mois seulement, il en aurait été quitte pour des plaisanteries amicales de la part des Gryffondor, et un éventuel sermon de McGonagall. Mais certainement pas un tête à tête qui lui donnait envie de rétrécir sur sa chaise et de disparaître dans le sol.
« Que te rappelles-tu au juste de la petite scène d'hier soir dans le bureau du directeur ? » demanda Snape, inflexible.
« Beaucoup trop, » bougonna Harry. « Rémus, principalement, et cette histoire de… hum. Bref. »
« Justement, » pointa Severus. « Aucune question à ce sujet ? »
L'adolescent releva la tête, songeur. Des questions ? Il s'était ridiculisé en prétendant être le fils de Rémus et en lui jetant toutes sortes de reproches horribles au visage. Il avait été si sûr de lui… si sûr…
« Une seconde, » fit-il en plissant le front. « Il y a quelque chose qui m'échappe. J'ai bien entendu Rémus parler à Dumbledore de son fils, dans ce bureau, et vous même avez admit qu'il en avait un ! »
« Précisément, » fit Snape.
« Mais si ce n'est pas moi, alors qui ? »
Severus resta quelques secondes à l'observer d'un air narquois.
« Tu n'en as pas la moindre idée ? Cherche un peu, » suggéra-t-il. « Qui Lupin a-t-il cherché à protéger depuis le début ? »
« Protéger ? Je ne vois pas… à part peut-être… non ! » lâcha Harry, le souffle coupé et les yeux exorbités. « Ca ne peut pas être ça ? »
« 'Ca', ou plus précisément lui, Loki, » répondit calmement le maître des potions. « Le nouveau problème favori de Lupin. »
« Vous ne voulez pas dire… Merlin, mais qu'est ce que ça signifie ? Je croyais que Loki était du côté de Voldemort ! » s'exclama Harry.
« Il l'est, » admit sombrement Severus. « Mais tu dois tout d'abord comprendre que Loki n'est pas vraiment un sorcier ordinaire… et qu'il n'a pas grandi avec son père. En réalité, il a été élevé dans des circonstances très particulières, et Lupin et lui n'ont fait connaissance que très récemment. »
« Mais je ne comprend pas, » objecta le garçon, « comment Rémus a-t-il pu abandonner son fils ? Ca ne lui ressemble tellement pas ! »
« Harry, lupin ignorait qu'il avait un fils jusqu'il y a peu de temps, » répondit doucement Snape. « Il a encore beaucoup de mal à affronter la situation. »
« Et qui est sa mère ? » demanda Harry, toujours sous le choc. Devant lui, il vit Severus se crisper imperceptiblement.
« Pour cela, tu devras demander à ton ami Lupin. Il ne m'appartient pas de parler de ses affaires. »
« C'est pourtant ce que vous êtes en train de faire, » fit remarquer le garçon.
« Après la débâcle d'hier soir, Lupin a émit le souhait que je sois le premier a te parler de cette information particulière, » réplique Severus. « Je ne peux pas dire que je ne comprends pas. »
A ces mots, Harry sentit la honte qui l'avait brièvement quitté sous le coup de l'étonnement revenir charger ses épaules.
« Oh, Merlin », fit-il en s'affaissant sur sa chaise. « C'est tout simplement horrible. J'ai été horrible. Et tout ce que j'ai dit à propos de… oh, Merlin. »
« Tu t'en souviens un peu mieux à présent ? » demanda Snape d'une voix dangereuse.
« Un peu. Je ne tiens pas franchement à creuser la question, pour tout dire, » répondit Harry.
« C'est vraiment dommage, » reprit le professeur d'une voix ferme, « car c'est pourtant ce qui va arriver. »
Harry se redressa, inquiet.
« Qu'est-ce que vous voulez dire par là ? »
« Que je ne vais pas te laisser mettre tout ceci de côté et prétendre que rien n'est arrivé ou te cacher la tête dans le sable. Tu as pris une décision hier soir, tu vas devoir en assumer les conséquences. »
La voix dangereuse du professeur le fit tressaillir.
« Et comment, exactement ? » demanda-t-il.
Lentement, Snape se leva et traversa la salle à manger pour prendre une bassine posée sur un buffet. La tenant fermement entre ses mains, il revint vers Harry et la posa sur le table, devant lui.
« De cette façon, » répondit-il calmement.
Harry sentit ses os se glacer. Non, il ne voulait pas vraiment que…
« Je dois regarder dans la pensine ? » demanda-t-il faiblement.
Sans un mot, Severus acquiesça.
« Mais je… je me souviens assez bien, je ne crois pas que ce soit utile, » se défendit-il. Sans succès.
« Je pense que si, » fit le professeur d'un ton grinçant. « Dès que tu te sentiras prêt, et en gardant à l'esprit ce que tu viens d'apprendre. »
Oh, Merlin.
« Et si je ne suis jamais prêt ? » tenta-t-il sans espoir.
« Je serai extrêmement déçu, » répondit Snape en le fixant de son regard noir et dur.
Un regard qu'Harry n'aimait pas voir sur ce visage. C'était vraiment du chantage affectif, songea-t-il. Mais cela ne lui laissait guère le choix. Soupirant, il se pencha sur la pensine et regarda avec appréhension le bureau du directeur se reformer autour de lui.
Son entrée fracassante… la façon dont il avait agressé Rémus et le visage confus de celui-ci…
« Vous allez encore discuter de moi dans mon dos, et je ne suis pas d'accord. De toute façon, tout est réglé. J'ai parlé avec Severus, et il est de mon côté, alors ce n'est pas la peine ! »
Oh-oh.
« Vous, vous êtes de mon côté, vous vous rappelez ? »
Non, il n'avait pas réellement parlé à Snape de cette façon ? Avec cet air autoritaire et sûr de lui ? Et Snape n'avait rien répondu ? et l'expression de son visage… un mélange de surprise, d'amusement, et une note certaine d'irritation.
Et tous les reproches dont il accablait Rémus qui semblait de plus en plus abattu à chaque phrase, tout en tentant de se faire entendre… et dire que pendant tout ce temps, il pensait à Loki ! Et lui qui l'accusait d'être un mauvais père, de l'avoir abandonné, de n'avoir rien fait…
« Severus est d'accord pour que je reste avec lui, » babillait-il dans la pensine, « et je ne veux pas aller autre part. Je sais que je suis un peu vieux pour vouloir des parents, mais Snape est vraiment bon à ça… C'est bizarre, hein ? Je n'aurai pas cru, moi non plus. Mais il ne me déteste plus, du moins la plupart du temps, et je suis son chat et c'est mon Homme en noir, alors c'est plus simple. C'est mon père et je l'aime vraiment. »
Oh Merlin. Oh Merlin. Il sentit son esprit se débattre contre la scène à laquelle il venait d'assister ; il n'avait pas vraiment fait ce genre de déclaration, là, au milieu du bureau du directeur, devant tout le monde ? Il n'avait pas dit ça à Severus, lui qui était si pudique avec tout ce qui concernait les sentiments ? Il n'avait pas pu… oh, non !
Et l'air absolument outré de McGongall, l'amusement du directeur, le désarroi de Rémus et la gène visible de Snape malgré ses mots… non, non, non, c'était trop, trop pathétique, trop humiliant, trop tout ! Et pourtant, il s'était senti si bien à cet instant, réconforté par les mots apaisants de Snape qui l'avait pris dans ses bras sous sa forme de chat…
Oh. Oh non. Il n'avait pas réellement… oh, si. Il avait tété les robes de Snape. De Snape. Et sa queue était subitement redevenue verte, et Severus l'avait vu… et McGonagall, et Dumbledore, et Rémus…
Cette fois, c'était sûr, il allait mourir de honte. Il pouvait se rappeler que Snape l'avait porté jusqu'aux donjons, nourri, re-transformé, avait changé ses habits en pyjamas et l'avait guidé jusqu'à son lit, où il s'était effondré lamentablement. Le professeur avait même probablement dû ajuster lui même ses couvertures, car il ne se souvenait pas de l'avoir fait… oh, Merlin.
La vision de la pensine était depuis longtemps terminé, mais Harry ne parvenait pas à se convaincre d'ouvrir à nouveau les yeux. Il sentit quelque chose de chaud poussé entre ses mains, et l'arôme puissant du café monta jusqu'à lui.
« Prends ça, et je te donnerai une autre potion, » fit Snape d'une voix douce.
Péniblement, Harry se décida à ouvrir les paupières, son regard soigneusement rivé sur la tasse. Pas question, au grand jamais, de regarder Severus en face.
« Ta journée d'aujourd'hui est libre, » continua le professeur, « mais je pense qu'il serait appréciable que tu rendes une visite à Lupin. »
Harry sentit sa gorge se serrer.
« Je… je ne sais pas si c'est une bonne idée… »
« Je doute que la question se pose, » répliqua sèchement Snape. « Même si tes paroles étaient dirigées par l'alcool, tu n'en dois pas moins des excuses à Lupin. » Doucement mais fermement, il prit le menton d'Harry dans sa main pour le forcer à lever le regard. « Tu es sous ma responsabilité, et je peux comprendre tes débordements d'hier soir. Lupin, en revanche, n'a pas à tolérer ton manque de respect et de tact. »
Parce que tu es mon fils et pas le sien, lu Harry dans le regard noir du professeur. Et étrangement, cela semblait logique. Il sourit faiblement.
« J'essayerai. »
« Ca ne sera pas suffisant, » répondit Severus.
« Je… »
« Harry. Je peux accepter de ramener un adolescent ivre dans mes quartiers, mais pas que tu ne prennes pas tes responsabilités. Je me suis déjà excusé auprès de Lupin, et je n'en attends pas moins de toi. Par ailleurs, Lupin attends ta visite aujourd'hui. »
« Vous… vous êtes excusé ? Mais pourquoi ? » demanda Harry, effaré.
« Pour la mauvaise conduite et les paroles déplacées de mon fils, » répondit Severus en détachant chaque mot.
Harry sentit son estomac se tordre. Il ne méritait pas cela, pas après ce qu'il avait fait hier soir… incapable de soutenir le regard de Severus plus longtemps, il recula, et la main qui tenait sa mâchoire en fit de même, comme à regret.
« Je le ferai, » fit Harry en se levant. « Je… voudrais voir Ron et Hermione d'abord. Vous pensez que je peux monter à la Tour Gryffondor ? »
« J'imagine qu'ils sont dans le Grand Hall à l'heure qu'il est. Je dois moi-même y descendre… passe par la voie de cheminette pour te rendre dans votre salle commune, je préviendrai Minerva et tes amis que tu te trouves sur le territoire des lions, » dit Snape d'un ton dégagé.
« Très bien. A plus tard, dans ce cas, » répondit Harry. Et sans attendre de réponse, il se dirigea d'un pas vif vers la cheminée, ne s'arrêtant que quand il fut à portée d'un des confortables fauteuils pourpre de Gryffondor pour s'y effondrer.
Jamais dans sa vie ne s'était-il senti aussi profondément honteux… il s'était déjà mis dans des situations particulièrement embarrassantes auparavant, mais jamais encore à ce point, et jamais en présence de personnes qui lui voulaient autant de bien… Il avait blessé Rémus et porté atteinte à la fierté de Snape, juste quand celui-ci décidait de l'accepter comme un fils… il avait tout gâché, une fois de plus. Il faudrait bien qu'il fasse ses excuses à Rémus, et vraiment il lui tardait de le faire… mais après cela, il ne demandait qu'une seule chose : pouvoir s'enfouir au plus profond de son lit dans le dortoir de Gryffondor et ne jamais plus en émerger.
Harry broyait du noir depuis quelques minutes seulement quand le portrait s'ouvrit pour laisser place à deux visages familiers : avec un cri de joie, Hermione lui sauta au cou, suivie de Ron qui vint s'asseoir à ses côté sur un bras du fauteuil.
« Déjà de retour ? Avec toutes les rumeurs qui courent, on ne pensait pas te revoir de sitôt ! » plaisanta Ron.
« Des rumeurs ? Encore ? Comme si j'en avais besoin, » grommela Harry
« Harry, est-ce que Snape t'a vraiment enlevé pour t'emmener dans un refuge gardé par des dragons en Albanie ? » demanda Hermione de son ton le plus sérieux.
« Quoi ? Mais bien sûr que non, j'étais juste au manoir, et de mon plein gré ! Qui a inventé ces histoires ridicules ? »
« Inventé, je ne sais pas, mais je peux te dire qui les a répandues ! Malfoy a l'air d'avoir une sérieuse dent contre Snape, ces temps-ci, » répondit Ron. « Mais le principal, c'est que tu sois revenu, on a entraînement demain soir, tu te rappelles ? Les Serpentards ont monté leur équipe, et honnêtement je ne pense pas qu'ils seront difficiles à battre, mais les Serdaigle en ravanche… »
« Ron, vraiment, il y a plus important que le quidditch, » le rabroua Hermione. « Que s'est-il passé, Harry ? Je croyais que tu étais sensé rester à Poudlard sous injonction du Ministère jusqu'à nouvel ordre ! »
« Il y a eu un petit incident avec Snape et nous avons préféré rentrer quelques temps, » tenta prudemment d'expliquer Harry. « Mais nous sommes de retour pour de bon, du moins je l'espère. »
« Rien de grave ? » demanda sérieusement Hermione.
« Rien dont je ne puisse parler, non. Sauf que… » Harry soupira. S'il y avait bien deux personnes à qui il pouvait parler de sa mésaventure d'hier soir, c'était bien Ron et Hermione. « j'ai fait quelque chose d'horrible, hier. Et maintenant, je dois m'excuser auprès de Rémus et probablement de Severus aussi, quand j'en aurai fini. Croyez moi, le whisky pur feu est bien moins amusant quand on en boit seul, » fit-il amèrement.
Ron, comme il s'y attendait, éclata de rire.
« Oh, Merlin, il faut que tu me racontes ça ! Mais pas avant que j'aie appelé Fred et Georges, ils voudront tout savoir ! »
« Non, certainement pas ! Je ne sais même pas si je devrais vous raconter ça, mais… promettez moi de garder le secret, d'accord ? C'est vraiment important ! »
« Harry, si tu n'es pas sûr d'avoir le droit d'en parler, peut-être vaudrait-il mieux t'abstenir, » suggéra Hermione.
« Tu es folle ? » s'exclama Ron, « Si Harry veut en discuter avec nous, c'est qu'il a de bonnes raisons ! Et il sait très bien qu'on ne dira rien, de toute façon. On t'écoute, vieux. »
Harry soupira.
« Ce n'est pas seulement que j'ai envie d'en parler, ça pourrait être important… ça concerne Loki, et Rémus. Et le whisky, oui, » ajouta-t-il amèrement.
Il ne fallut que quelques minutes pour résumer la petite scène qui avait eu lieu dans le bureau du directeur, laissant une Hermione épouvantée et un Ron hilare.
« Oh Merlin, j'aurai voulu voir la tête de Snape quand tu lui as dit de se taire et de se contenter d'être d'accord avec toi ! » fit-il en riant.
« Ce n'est pas vraiment ce que j'ai dit, » protesta Harry, « et ce n'est pas vraiment le plus important. »
« Non, le plus important, c'est Loki, » acquiesça Hermione. « Harry, c'est horrible… et tu es sûr que Loki est du côté de Voldemort ? »
« En dehors du fait qu'il a essayé de me tuer ? » demanda le jeune homme, « Oui, Hermione, j'en suis certain, et Severus aussi. Même Rémus… il était livide quand il a su que Loki nous avait attaqué et que Snape m'avait défendu. Il s'inquiétait pour son fils, pas pour moi… c'est pour cela qu'il a remercié Severus, » réalisa-t-il soudain, « parce qu'il n'a pas tué Loki quand il en avait l'occasion ! Snape était furieux ! »
« Il y a de quoi, » renchérit Ron, « tu imagines un peu ? Le fils d'un professeur de Poudlard essaie de te tuer ! J'ai du mal à croire que quelqu'un comme Rémus ait pu laissé un de ses enfants tourner aussi mal. »
« Ce n'est pas vraiment comme ça que ça s'est passé, apparemment Rémus vient juste d'apprendre qu'il avait un fils. Et Severus a dit quelque chose d'étrange à ce sujet… » Qu'il avait joué un rôle dans sa conception, se souvint Harry. Mais ce n'était pas une chose qu'il voulait partager avec ses amis. C'était entre lui et Severus. « Peu importe, » enchaîna-t-il. « Dans tous les cas, je dois me méfier doublement de ce type, cet animagus, ou je ne sais pas quoi. Parce que Rémus ne va sûrement pas me défendre contre lui. »
« Ca doit être un dilemme horrible pour lui, » acquiesça Hermione. « Je n'ose pas imaginer ce qu'il doit ressentir, il tiens beaucoup à toi Harry… et tes accusations d'hier ont du énormément le blesser, » ajouta-t-elle d'un ton accusateur.
Comme s'il avait besoin de cela…
« Je sais, Hermione, j'ai bien l'intention d'aller lui parler. Vous avez cours avec lui, juste après, non ? Comment se passent ses cours, au fait ? »
« Plutôt bien, mais Rémus semble beaucoup moins présent qu'il ne l'était en troisième année. Je comprends mieux pourquoi, maintenant, » fit Hermione.
« Décidément, rien n'est jamais simple quand il s'agit de famille, » soupira Harry
« Oh, je trouve ça plutôt simple, moi, » répondit Ron. « Une mère trop protectrice, un père qui collectionne les objets moldus, trop de frères pour se rappeler les prénoms de tout le monde, quelques crétins prétentieux, une petite sœur incapable de décider avec quel garçon elle sort et des pull-overs hideux. Oui, plutôt simple, » fit-il avec un large sourire, faisant éclater de rire ses deux amis.
« Chez moi, ce serait plutôt des brosses à dent, des cousins horribles et des parents maniaques ! » renchérir Hermione.
« Et pour moi, un professeur de potion Serpentard et des boites de thon, mais je ne me plains pas, » fit Harry avec un sourire. Ses deux amis le regardèrent avec intensité avec de hocher la tête de concert, comme si l'idée leur paraissait soudain concevable. La conversation reprit naturellement son cours, et Harry sentit le poids de la culpabilité et de la honte s'envoler doucement au fil des plaisanteries.
« Il va falloir qu'on y aille, » lança finalement Hermione en jetant un œil à la grosse horloge qui trônait au dessus de la cheminée. « Veux-tu que l'on laisse un message de ta part au professeur Lupin ? »
Harry grogna doucement.
« Oui, dites lui que je viendrai le voir après le cours, dans son bureau. Autant s'en débarrasser le plus vite possible, je présume. »
« Sage décision. Les excuses, c'est comme les beuglantes : plus tu attends, plus ça fait mal, » énonça sagement Ron. « Oh, et tu as un paquet de chocogrenouilles qui t'attends sur ton lit. Une des filles de l'équipe qui voulait te remercier, McGonagall a vérifié, elles ne sont pas empoisonnées. »
« Formidable, » grommela Harry. « Maintenant je vais devoir faire vérifier tout ce que j'avale si ça ne vient pas des cuisines… comme si j'avais besoin d'encore plus de paranoïa. »
« Désolé, mais vois le bon côté des choses : tu reçois des chocogrenouilles ! » Avec une dernière tape sur l'épaule de la part de Ron et une dernière recommandation de prudence d'Hermione, ses deux amis quittèrent la salle commune de Gryffondor, laissant Harry seul.
Un peu trop seul, songea-t-il après quelques minutes à ruminer ses pensées. Bon sang, quand allait-il être autorisé à reprendre les cours ? Il y avait la question de ses pouvoirs, bien sûr, mais… il devrait en parler avec Severus. Sauf que pour l'instant, il souhaitait plutôt éviter le professeur… le temps que l'affaire se tasse, le temps d'y voir plus clair. Qu'il trouve un moyen de faire que Snape soit fier de lui. Evidemment, compenser la soirée d'hier n'allait pas être facile…
Tout d'abord, il devait commencer par Rémus. Mais le cours ne se finissait pas avant deux bonnes heures, et qu'était-il sensé faire en attendant ? Réviser aurait été idéal, mais toutes ses affaires et les notes d'Hermiones étaient restées en bas, avec sa malle, dans la chambre que Severus lui avait attribué. Il jeta un rapide coup d'œil à l'horloge ; il n'était pas encore très tard et Snape avait déclaré devoir discuter avec McGonagall, peut-être ne serait-il pas encore rentré ? Cela valait le coup d'essayer, décida-t-il.
Utilisant à nouveau la poudre de cheminette, il annonça sa destination. A peine les flammes vertes furent-elles apparues qu'il sentit la confirmation de ses soupçons. Severus n'était pas là ; il aurait été incapable de dire comment il le savait, mais il ne sentait pas sa présence dans les lieux. Instinct félin, supposa-t-il en passant à travers les flammes, pour être aussitôt rejeté sur le tapis du salon. Décidément, même sur les courtes distances, la voie de cheminette le détestait…
Sans prendre la peine de s'épousseter, Harry fila vers sa chambre. Et en voyant les meubles qu'il avait lui même transformé avec l'aide de Severus, le jeune homme ne put s'empêcher de sourire. Il n'y avait passé qu'une nuit pour l'instant, mais il avait déjà des souvenirs mémorables… grognant, il se précipita vers sa malle qui trônait dans coin. La plupart de ses vêtements étaient là, bien trop nombreux pour qu'il puisse tous les emporter. Severus n'y avait vraiment pas été de main morte… mais deux uniformes, quelques chemises, pulls, pantalons et sous vêtements suffiraient ; il les fourra dans un sac avec ses affaires de cours et avec un dernier regard pour la chambre, s'apprêta à tourner les talons.
Mais quelque chose n'allait pas, il pouvait le sentir… quelque chose se rapprochait, ou plutôt quelqu'un ; Severus ! Il était là, juste dehors, il en était sûr ! Pris d'une subite panique, Harry parti en courant vers la cheminée, son sac sur l'épaule. La porte s'ouvrait dans quand il lança une poignée de poudre, et il n'eut que le temps de se précipiter dans les flammes, mais non sans avoir eu le temps d'entendre le professeur l'appeler.
Le cœur battant, il grimpa quatre à quatre l'escalier qui menait au dortoir. Merlin, il était stupide… fuir devant Snape, cela ne lui ressemblait pas, ou plus en tout cas. Il savait qu'il n'avait rien à craindre, évidemment, mais l'idée d'affronter si tôt son nouveau gardien avait quelque chose d'insupportable ; un sentiment qui n'avait rien de confortable de quelque façon qu'il le prenne. Mais le pire, réalisa-t-il, était que Severus venait de le voir s'enfuir sous son nez… en matière de courage, on avait certainement déjà vu mieux.
Vaguement frustré et écœuré, Harry posa son sac près de son lit et s'y étendit, tentant vainement de penser à autre chose. Positif, il fallait penser positif… Hedwige ! Il pourrait retourner la voir dès ce soir si Ron et Hermione l'accompagnaient ! La présence de la chouette lui avait manqué au Manoir, s'il promettait à Severus de ne pas l'utiliser pour envoyer du courrier, peut-être lui permettrait-il de l'emporter la prochaine fois ?
A condition bien sûr qu'il arrive à faire face à Severus à nouveau un jour… « C'est mon père et je l'aime vraiment. » La phrase continuait de lui faire monter le rouge au front, bien qu'il ait déjà repassé la scène une dizaine de fois dans sa tête. Plus jamais, jamais de whisky pur feu…
Harry saisit un journal de quidditch qui traînait sur la table de chevet de Ron et entreprit de s'informer des dernières nouvelles des équipes. Il doutait que gagner la coupe de quidditch le fasse terriblement remonter dans l'estime de Snape, mais à cet instant, il ne rêvait de rien de mieux que de pouvoir voler pendant des heures sur son Eclair de Feu, cheveux au vent. Et surtout, le plus loin possible.
Le temps passa trop lentement, les minutes s'étirant en longueur dans le silence du dortoir, jusqu'à ce qu'enfin deux adolescents essoufflés ne pénètrent dans la chambre en courant.
« Harry, le professeur Lupin a dit qu'il t'attendait dans son bureau si tu souhaites le voir. Est-ce que tout va bien ? » demanda Hermione en tentant de reprendre sa respiration.
« Très. Je vais aller le trouver maintenant, merci Hermione, » répondit le garçon.
« Eh, vieux, tu ré-emménage ici ? » fit Ron en apercevant son sac près du lit.
« Si Snape est d'accord, oui, » répondit Harry, vaguement gêné.
« Oh, Harry… » commença Hermione. « Tu es sûr que c'est une bonne idée ? Je veux dire, non seulement pour ta sécurité mais aussi après ce qu'il s'est passé… »
« Précisément, » fit le jeune homme d'un ton ferme, « il est temps que prenne un peu d'air. Ca commence à devenir… je ne sais pas. »
« Trop de pression ? » suggéra Hermione, compatissante .
« Peut-être, oui, » admit Harry.
Ron, lui, semblait vaguement soulagé… et satisfait.
« C'est parfait, on va pouvoir mettre au point une sortie avec… » il s'interrompit sous le regard assassin d'Hermione.
« Il n'en est pas question ! Et quoiqu'il en soit, il est temps d'y aller, on va rater le cours de potions… Harry, je peux te faire confiance pour ne pas faire de bêtise ? » demanda la jeune fille d'un ton sévère.
Harry leva les yeux au ciel.
« Je vais descendre voir Rémus, c'est tout. »
« Dans ce cas là, nous t'accompagnons. Pas question de te promener seul, tu te rappelles ? »
« Très bien, alors en route, ce n'est pas le moment de vous attirer les foudres de Slughorn. Pour une fois qu'un professeur de potions nous a à la bonne… » soupira Harry.
« J'ai comme l'impression que l'ancien n'a pas grand chose contre toi ces temps-ci, pourtant, je me trompe ? » demanda Ron en riant, tandis qu'ils descendaient l'escalier.
« Jusqu'à présent, non, » acquiesça Harry, « mais après hier soir, je ne sais pas trop. »
« Je ne vois vraiment pas pourquoi tu t'en fais, Harry, » s'étonna Hermione. « De toute évidence, le professeur Snape ne t'en veux pas. Il t'a soutenu et t'a fait la morale ce matin, c'est plutôt normal… pour un parent. »
« Et comment est-ce que je suis sensé savoir ce genre de chose ? » grogna Harry. « Hermione, laisse tomber, tu veux ? c'est… compliqué. »
« Je vois ça, oui, » répondit la jeune fille d'une voix douce, serrant brièvement son bras avant de continuer sa route vers le bureau de Rémus.
Arrivés devant la porte du bureau, les trois amis se regardèrent un instant, gênés.
« Ca va aller ? » demanda Ron.
« Evidemment, » soupira Harry, agacé. Pourquoi tout le monde se sentait-il obligé de lui poser la question tous les trois pas ? « Allez-y, merci de m'avoir accompagné. Je vous vois après les cours, je suppose. »
Ses deux compagnons hochèrent la tête.
« Courage, » fit Hermione d'un ton plein de compassion en se mettant en route. Avec un dernier signe de la main, ils disparurent au bout du couloir. Harry hésita un instant, le regard fixé sur la lourde porte en bois. Elle ne lui avait jamais paru si impressionnante, avant… prenant une grande inspiration, il rassembla son courage et frappa.
« Entrez, » répondit la voix familière. Le nœud de son estomac soudain plus serré, Harry obéit.
« Ah, Harry, » fit le professeur d'une voix soulagée en le voyant entrer. Soulagée, mais néanmoins tendue, constata le garçon.
« Professeur… » commença-t-il
« Rémus, s'il te plait, » l'interrompit Lupin. « Ce formalisme n'est pas nécessaire, Harry. Assieds-toi, je t'en prie. »
« Non, je… ce n'est pas la peine. Je ne vais pas vous déranger longtemps. » Merlin, non, certainement pas. A cet instant, il pouvait comprendre le besoin qu'il avait ressenti d'une dose de courage supplémentaire. Certainement pas du whisky, en revanche.
« Tu ne me déranges pas, voyons. Tes amis m'ont dit que tu souhaitais me parler ? » l'encouragea le loup garou.
« Rémus, écoute, je suis vraiment désolé. Pour hier soir, pour tout, » commença Harry, peinant pour regarder l'homme dans les yeux. La lueur de souffrance qu'il y vit ne fit rien pour arranger les choses. Si seulement Severus avait été là pour le soutenir, comme hier…
« Je comprends, Harry, et j'apprécie tes excuses. La situation était pour le moins particulière, » fit doucement Rémus.
« Je n'aurais pas du boire, » continua Harry, de plus en plus désespéré, « et j'aurai du venir te parler de cela a un autre moment. Pas comme ça, devant tout le monde… et tout ce que je t'ai dit… c'était horrible. »
Rémus soupira.
« Je comprends ton raisonnement après la conversation que tu avais surprise, Harry. Et je peux aussi comprendre que tu te sois senti trahi par ma désertion. »
Harry sentit son cœur battre péniblement dans sa poitrine.
« Je n'avais aucun droit de t'accuser, c'était stupide et méchant, » offrit-il. « Je ne sais pas à quoi je pensais. J'y ai vraiment cru… c'était totalement ridicule. Et déplacé. »
« N'en parlons plus, » balaya Rémus. « Est-ce que Severus a eu le temps de te parler ce matin ? »
« Hum… oui. Il m'a dit pour Loki. Je suis désolé pour cela aussi, Rémus, ce doit être horrible pour toi. »
« Ce n'est pas une situation évidente, certainement, » soupira le professeur. La défaite et la fatigue étaient si évidentes sur son visage et dans la courbe de ses épaules qu'Harry sentit un élan de pitié pour le sorcier.
« Je ne pensais pas ce que j'ai dit hier, tu sais, » s'empressa-t-il de dire. « Je suis sûr que tu es un père formidable. Pour Loki, je veux dire. » Merlin, ça recommençait… Harry pouvait sentir son visage s'empourprer à nouveau. Pitié, n'importe quoi, un miracle, une attaque de Voldemort… mais que quelqu'un le sorte d'ici !
« Oh, j'en doute, » répondit Rémus d'un ton amer sans prêter attention à sa gène. « pour l'instant, il est plutôt difficile de communiquer. Il y a quelques mois encore, j'ignorais que j'avais un fils, et maintenant… je ne veux pas penser qu'il est trop tard, mais c'est très difficile. Loki n'a pas vraiment besoin de moi dans sa vie. »
« Il ne le sait peut-être simplement pas encore, » répondit Harry. Rémus sourit faiblement.
« C'est étrange, mais il est finalement assez encourageant de voir la relation que Severus et toi avez développée. Je ne te cache pas que j'étais plus que réticent au départ, mais à vous voir ensemble… je me dis que tout n'est peut-être pas impossible avec Loki. Mon propre fils me déteste, mais je ne peux pas lui en vouloir… et si le professeur Snape et toi avez pu parvenir à ce niveau d'entente, il est permis de rêver, » fit-il d'un ton songeur.
Harry resta frappé de stupeur. Rémus faisait-il allusion à la scène d'hier ? Il avait parlé de manière plutôt insolente à Snape avant de faire en public une déclaration d'amour filial sous l'emprise de l'alcool… qu'est-ce que Rémus pouvait bien trouver à envier là dedans ? Mais il se surpris à souhaiter désespérément la présence du maître des potions pour le sortir d'embarras, et la réalisation le frappa.
« Je suis sûr que ça ira, Rémus, » fit-il d'un ton qui se voulait convainquant. « Vous avez besoin de temps, c'est tout. »
« Je te trouve bien positif, pour quelqu'un qui a failli être tué par Loki, » soupira Lupin. « Harry, je ne m'excuserai jamais assez pour cela. Je n'ai aucun contrôle sur lui, mais si je parvenais à lui faire entendre raison… »
« Je sais, je sais, c'est inutile, » protesta Harry. « Et en parlant de ça… je sais que Severus est venu te parler, et… ne lui en veux pas, d'accord ? Il ne m'a pas fait boire, ni encouragé en quoique ce soit à dire tout ça. Il ne m'a rien dit sur toi ni rien. C'était moi, et rien que moi. »
Rémus hocha la tête.
« Il y a quelques temps encore, j'en aurai douté, mais j'en suis conscient à présent. Je ne doute pas que Severus n'ait rien à voir avec ta réaction, et sa visite m'a d'abord surpris, mais je peux comprendre… »
Derrière eux, la porte s'ouvrit à toute volée, les faisant sursauter. Harry sentit son cœur bondir en voyant la silhouette noire s'avancer vers eux d'un pas urgent ; Snape ! Mais la boule de panique qui commençait juste à s'effacer revint aussitôt en force. Pas maintenant. Pas avec Rémus. Pas ici.
« Severus, je parlais justement avec Harry, » le salua Rémus. Snape s'arrêta à quelques pas d'eux, son regard fiévreux passant de l'un à l'autre. Ses cheveux étaient passablement en désordre, et il tenait sa baguette à la main, visiblement prêt à entrer en action, constata Harry. Mais pour quelle raison ?
« Tout va bien ? » demanda Severus en le regardant.
« Je… oui, merci. Je suis venu… oui, enfin. Je vous laisse, il faut que j'y aille, » fit-il précipitamment.
« Attends, » protesta Rémus, « c'est inutile… »
« Est-ce que cela vous ennuie si je dors dans la Tour ce soir ? » demanda Harry à Snape sans prêter attention au loup garou. Severus fronça les sourcils, mais fit un mouvement bref du menton.
« Je préviendrai Minerva. Je pense que tu as pris tes affaires avec toi ? »
Sans un mot, Harry acquiesça.
« Dans ce cas, retrouve-moi demain matin à huit heures dans la troisième salle des donjons. Nous nous exercerons sur la maîtrise des pouvoirs, » fit Snape.
« A demain, dans ce cas, » bafouilla Harry avant de se faufiler vers la porte, le regard au ras du sol. « Aurevoir, Rémus, et encore désolé. »
Sans attendre la réponse, le jeune homme changea de forme pour filer à quatre pattes à travers les couloirs, comme s'il avait le diable à ses trousses.
Et était-ce une idée, ou était-il encore une fois suivi alors qu'il se glissait le long du mur, derrière les armures, pour rejoindre la salle commune de Gryffondor ? Une respiration, des frottements discrets, il n'était pas fou ! Accélérant, c'est à bout de souffle qu'il atteignit enfin le portrait. La grosse dame le dévisagea un instant, hésitant visiblement à lui ouvrir.
« Le mot de passe ? » demanda t elle
Un feulement et un coup de griffe à quelques centimètres de la toile suffirent à la convaincre.
« Très bien, très bien, inutile d'employer ce ton ! C'est toujours pareil, avec les animagus, incapables de se montrer civilisés dès que… » le reste de son discours fut perdu pour Shadow qui escalada les escaliers pour sauter d'un bond sur son matelas, s'enfouissant sous les couvertures. A l'abri, enfin ! Seul, passablement soulagé, et légèrement malheureux… mais les émotions étaient suffisamment atténuées sous sa forme de chat pour qu'il puisse plonger rapidement dans un sommeil réparateur, peuplé de boîtes de thon et de laboratoires de potion…
Ce fut à nouveau l'arrivée de ses deux amis qui le réveilla, quelques heures plus tard.
« Debout, sac à puces ! » brailla Ron en rabattant la couverture, récoltant un miaulement de protestation. Troubler le sommeil d'un chat, c'était vraiment un crime…
« Au fait, Harry, as-tu croisé Pattenrond ? Il faut absolument que vous fassiez connaissance ! » s'exclama Hermione. « Sous cette forme je veux dire. »
Ennuyé, le chat se transforma à nouveau en adolescent.
« Vous avez déjà fini les cours ? Quelle heure est-il ? »
« Dix sept heures, » répondit Ron, « l'heure du goûter ! »
« Ron Weasley, quel âge as-tu ? » demanda Hermione en levant les yeux au ciel. « Tu n'es plus sensé prendre de goûter à ton âge, attends le dîner. »
« Et si j'ai faim ? » gémit le garçon. « Je n'ai vu marqué nulle part qu'il y avait une limite d'âge pour les quatre heures, en particulier après un cours aussi horrible ! »
« Horrible ? » demanda Harry avec intérêt. « Je croyais que Slughorn était génial ? »
« Slughorn, oui, » répondit Hermione. « mais aujourd'hui, il n'était pas seul. »
« Snape l'a rejoint, » expliqua Ron. « Et je ne sais pas ce qu'il avait, mais il était d'une humeur de chien. »
« Snape ? Il a donné un cours ? » s'exclama Harry, stupéfait.
« Pas vraiment, en réalité il s'est contenté d'enlever des points à tout le monde et de reprendre tous ceux qui ne préparaient pas parfaitement la potion que Slughorn nous avait donné à faire. C'était un véritable enfer. Slughorn d'un côté en train de donner des instructions, et Snape de l'autre en train de surveiller tout le monde, sans répit. Même les Serpentard étaient nerveux. »
« Cela dit, les Serpentards ne sont pas très amicaux envers le professeur Snape ces temps-ci, » admit Hermione avec un regard d'excuse pour Harry. « Mais Ron a raison, c'était vraiment éprouvant. Je sais que tu t'entends bien avec lui maintenant, Harry, mais il ne semble pas avoir changé en cours, et pour tout dire, je ne suis pas très pressée de le voir revenir. »
« Est-ce qu'il a fait de la magie ? » demanda Harry, songeur. Severus ne lui avait rien dit de son retour en cours… mais évidemment, il ne lui en avait pas vraiment laissé le temps.
« Je ne pense pas, non, » répondit Ron. « Mais je n'ai pas vraiment fait attention, j'étais trop occupé à essayer de ne pas me faire assassiner en plein cours. »
« Merlin, j'espère que ce n'est pas à cause de ce que j'ai dit, » fit Harry, soudain prit de culpabilité.
« Quoi, tu as menacé de faire exploser son laboratoire ? » demanda Ron, « Parce que je ne vois pas ce qui aurait pu le mettre d'aussi mauvaise humeur a part ça. »
« Non, je lui ai dit que je voulais revenir dans la Tour de Gryffondor. Il a accepté, mais il l'a peut-être mal pris. Je veux dire, j'étais sensé rester avec lui pour l'instant… »
« C'était juste une mesure de sécurité, Harry, je doute que le professeur Snape t'en veuille pour ça, » tenta de le rassurer Hermione.
« Je ne sais pas, c'est compliqué ces temps-ci. Peut-être que je n'aurai pas dû. »
« Ecoute, je t'assure que tu te fais du souci pour rien, » insista Hermione. « Je pense savoir ce qui contrariait le professeur, et ça n'avait rien à voir avec toi, je peux te l'assurer. »
« Quoi donc ? » demanda Harry, vaguement agacé que la jeune fille prétende connaître mieux que lui son homme en noir.
« Je ne tenais pas à te le dire, » hésita-t-elle un instant, « mais… je l'ai vu plusieurs fois porter sa main à son avant bras, comme s'il lui faisait mal. Je pense que Voldemort essaie de l'appeler. »
« De l'appeler ? » fit Harry, soudain au bord de la nausée. « De le torturer, plutôt ! J'aurai du le savoir… Merlin, j'espérais qu'on aurait gagné un peu de temps. Je ne pensais pas qu'il recommencerait si tôt. Il faut que j'en finisse avec ce psychopathe une bonne fois pour toute, » fit-il d'une voix sourde. Il sentit une main légère se poser sur son épaule.
« Tu n'y peux rien pour l'instant, à part reprendre des forces et te préparer, » fit doucement Hermione.
« J'ai un entraînement de prévu avec Severus demain matin. Il a dit qu'on travaillerait sur ma maîtrise… je comprends pourquoi il était si pressé à présent. Je devrais aller lui parler, j'ai été vraiment ridicule avec toute cette histoire.. »
« Honnêtement, Harry, » intervint Ron, « à ta place je le laisserai tranquille. Il était d'une humeur exécrable et connaissant Snape, je pense qu'il préfèrera être seul. A moins que tu ne tiennes vraiment à ce qu'il passe sa mauvaise humeur sur toi, bien-sûr. »
« Pas vraiment, non, » admit le jeune homme. « Je suppose que s'il a envie de me voir il viendra me trouver… » mais d'une certaine façon, cela semblait déloyal. Il secoua la tête. « Je verrai comment ça se passera demain. »
La tentation était forte de se transformer en Shadow et de courir rejoindre l'homme en noir, se blottir sur ses genoux en ronronnant pour le distraire, mais était-il vraiment le bienvenu pour l'instant ? Il n'y avait qu'un moyen de le savoir.
« Vous avez une minute ? Il faut que je vérifie quelque chose, » lança-t-il à ses amis. Sans attendre, il se dirigea vers la salle commune de Gryffondor où il fut accueilli par quelques salutations de ses camarades. Souriant et répondant rapidement aux questions et plaisanteries, Harry se rapprocha aussi vite que possible de la cheminée, jetant une poignée de poudre de cheminette. Décidément, il avait bien fait de prendre une réserve avant de partir… il sentit avant de le voir que Severus n'était pas dans ses appartements. Déçu, Harry s'apprêtait à battre en retraite quand il vit la petite silhouette d'un elfe de maison trottiner dans sa direction.
« Dobby ! Tu as vu le professeur Snape ? »
« Le professeur Snape n'est pas là, Harry Potter, » couina l'elfe, « il est dans le bureau du directeur pour une réunion avec tous les professeurs ! »
Une réunion… c'était bien sa chance.
« Est-ce que tu sais quand la réunion doit se finir ? » demanda-t-il à Dobby.
« Oh, Dobby pense qu'elle ne durera pas plus d'une heure, Albus Dumbledore a demandé aux elfes de la cuisine de lui préparer un repas particulier pour ce soir, Harry Potter ! Pour lui et le professeur Snape ! »
« Snape et Dumbledore dînent ensemble ? » s'exclama Harry, que l'idée rendait mal à l'aise.
« Oui, Harry Potter, » acquiesça Dobby avec enthousiasme. « Dobby vient juste faire le ménage et préparer la chambre d'Harry Potter, monsieur ! »
« Ma chambre ? » demanda le garçon, intrigué. « Mais elle était déjà prête ! »
« Le professeur Snape a dit à Dobby qu'il fallait de nouvelles étagères, et des couvertures de Gryffondor, Harry Potter ! Au cas où Harry Potter changerait d'avis et voudrait dormir ici ! »
Harry ne put s'empêcher de sourire. Des couvertures Gryffondor… c'était tout Severus de penser à ce genre de détail ; pour sa part, les couleurs de maison ne lui importaient guère, pas ici, mais le fait que Snape ait souhaité que la chambre soit prête pour lui, cela répondait à sa question. Il était le bienvenu, bien sûr. Même si ce soir, de toute évidence, sa présence n'était pas indispensable ; après tout Severus avait d'autres personnes sur qui se reposer, il avait tendance à l'oublier après les dernières passées en vase clos au Manoir.
Il offrit un large sourire à l'elfe qui l'observait de ses grands yeux pleins d'espoir.
« Merci beaucoup, Dobby, c'est vraiment très gentil à toi de t'en occuper. Je ne pense pas rentrer ce soir, mais un autre jour, sûrement. »
« Harry Potter peut demander tout ce qu'il veut, Dobby fait ! » couina l'elfe en battant les oreilles de plaisir.
Le jeune homme ne put retenir un sourire.
« Merci, Dobby, ça ira. Evite juste de laisser le professeur Snape s'occuper de la décoration de ma chambre, d'accord ? Je doute qu'on ait les mêmes goûts sur la question. »
« C'est promis, Harry Potter, » répondit Dobby avec le plus grand sérieux.
« A bientôt alors. Si tu as besoin de quoique ce soit, je serai à Gryffondor, tu sais où me trouver. »
« Oui, Harry Potter, monsieur ! » fit l'elfe, les yeux débordants de larmes de gratitude.
Sans plus attendre, Harry recula dans la salle commune de Gryffondor. Ce fût le cœur plus léger qu'il entama une partie de bataille explosive avec Ron, Seamus et Neville, jusqu'à ce que l'heure du repas ne sonne enfin. Pris par la discussion avec ses amis et la joie de retrouver la confortable ambiance de Gryffondor, entouré de près par ses camarades, le trajet vers le Grand Hall parut moins long et angoissant à Harry. Ce ne fut qu'en apercevant la table des professeurs et les sièges vides de Dumbledore et Severus qu'il sentit à nouveau un poids retomber sur ses épaules.
De quoi pouvaient-ils bien parler ? De lui, il y avait fort à parier… et comme d'habitude, il était tenu à l'écart. Mais non, décida-t-il en balayant l'idée, Snape et Dumbledore avaient probablement juste des choses à se dire. Comme l'avait fait remarquer Severus, il n'était pas le centre du monde, après tout.
Il ne fut néanmoins pas mécontent de quitter la salle, Ron et Hermione sur ses talons, après avoir avalé son repas aussi vite que son estomac le lui permettait. Il sentit Ron vaguement frustré de devoir abandonner sa deuxième part de gâteau à la citrouille et le regard entendu d'Hermione pesa sur lui tandis qu'ils retournaient vers la tour de Gryffondor, mais l'absence de Severus lui pesait décidément plus encore quand elle était si évidente.
De retour dans la tour, ses amis ne lui laissèrent cependant pas l'occasion de ruminer ses pensées : Hermione insista pour lui donner un cours privé de métamorphoses ( « Très importantes si tu veux devenir auror, Harry, sans compter que c'est la matière de McGonagall… ») jusqu'à ce que sa tête explose, après quoi Ron prit le relais avec une partie d'échec que, bien sûr, il perdit. Ainsi que les cinq suivantes. Décidément, retour triomphal ou pas, Ron n'avait pas la moindre compassion pour ses piètres talents...
La soirée se prolongea autour du feu, jusqu'à ce qu'Hermione ne se décide finalement à renvoyer tous les élèves vers leurs dortoirs et à sonner le couvre-feu.
« Hermione, il est encore tôt, » gémit Ron, plongé dans magazine de quidditch.
« Ce n'est pas ce que tu diras demain quand je devrai te tirer du lit, » riposta la jeune fille en poussant des élèves de première année récalcitrants. « Et Harry a besoin de se reposer lui aussi. »
« Eh, je ne suis pas un bébé, ça suffit ! » protesta Harry, que l'inactivité de la journée n'avait pas épuisé.
« Peut-être, mais tu as un entraînement demain matin à huit heures, » fit remarquer Hermione. « Je ne sais pas en quoi il consistera au juste, mais si j'étais toi, je ne prendrai pas le risque d'arriver avec une nuit trop courte derrière moi. »
La remarque n'était pas stupide et Harry se rendit à contrecœur à l'argument. Suivi de Ron qui baillait malgré ses protestation, il regagna son lit, un livre à la main.
« Vieux, » demanda Ron quand il furent couchés, « si tu as besoin de quoique ce soit, ou que tu as un cauchemar, ou n'importe quoi… tu n'hésites pas à me réveiller, d'accord ? Je ne suis pas Snape, mais ça n'empêche que je te connais depuis un paquet d'années maintenant, alors ne fais pas de manière. C'est compris ? »
« Entendu, » grommela Harry, vaguement gêné. Ils n'avaient jamais eu besoin de ce genre d'accord entre eux jusqu'à présent… mais peut-être après tout sa nouvelle loyauté était-elle évidente pour quelqu'un qui le connaissait aussi bien que Ron.
Songeur, il éteignit la lumière et tira les rideau de son lit. Severus était-il rentré dans ses appartements ? L'attendait-il malgré ce qu'il avait dit ? Voldemort tentait-il de l'atteindre, comme Draco l'avait prévu ?
Hanté par des pensées plus sombres qu'il ne l'aurait voulu pour son premier jour de retour à Gryffondor, il fallut plusieurs heures à Harry pour s'endormir, dans un sommeil agité.
Il n'entendit pas, cependant, les pas léger autour de son lit, ni les rideaux tirés, pas plus qu'il ne vit la silhouette mince et souple s'asseoir à ses côtés sur le lit. Une voix grave murmura un sort, et une main vint se poser sur son front.
« Dors, Harry. Ne laisse pas les ombres gâcher ton sommeil. Tu es de retour sur ton territoire, mon lion… »
Sans un bruit, Severus sorti deux fioles de ses robes et d'un mouvement de baguette, fit apparaître leur contenu dans l'estomac du garçon. Puis, tout aussi discrètement, il posa deux autres potions sur la table de chevet.
« Je suis là, Harry, à côté de toi. Dors paisiblement, maintenant. » Remettant une mèche de cheveux en place, Snape s'interrompit pour masser son avant bras douloureux.
Harry l'avait évité toute la journée, ce qui n'avait pas empêché la Marque de l'appeler, encore et encore, avec un peu plus d'intensité alors que les heures passaient. Le garçon pouvait le fuir, mais de toute évidence il souhaitait, consciemment ou pas, sa présence. Suffisamment pour l'appeler à travers le lien qui les unissait à présent, sans s'en rendre compte. Et toute la science et l'aide de Dumbledore n'avait pas été de trop pour garder l'appel de la marque à un niveau raisonnable.
Harry avait besoin de temps, il le savait… mais ils allaient devoir travailler sérieusement aux entraînements s'il voulait que le garçon maîtrise rapidement ses pouvoirs et puisse reprendre une vie normale. Une vie qui lui permettrait également d'entamer les procédures d'adoption… si tout se passait bien.
Une bouffée d'affection l'envahi alors qu'il regardait dormir Harry, apaisé par sa présence. Ces élans de tendresse ne manquaient jamais de le surprendre et de l'émerveiller ; il n'aurait jamais pensé, après la mort de Lily, pouvoir un jour ressentir ce genre d'émotion. Et ce besoin de protéger l'enfant… il secoua la tête, perplexe malgré lui. Décidément, la vie ne cessait jamais de vous jouer des tours…
Il était tard cette nuit là quand le maître des potions se faufila à nouveau dans les escaliers pour regagner son propre lit. Demain serait un nouveau jour, songea-t-il en s'étendant sur son lit. Il ignorait encore à quel point…
Le lendemain matin au petit déjeuner, Harry ne put s'empêcher de se sentir soulagé en voyant Severus à sa place, discutant avec le professeur Slughorn tout en buvant son café à petites gorgées. Leurs regards se croisèrent pendant une seconde, et le jeune homme nota l'imperceptible hochement de tête que le professeur lui adressa. Il y répondit par un rapide sourire, incapable de soutenir son regard plus longtemps. Il fût moins soulagé, en revanche, par la vue de Rémus lui aussi installé à sa place et dont le regard cherchait fébrilement le sien. Il avait déjà bien remarqué le petit manège du professeur la veille, mais l'avait délibérément évité. Aujourd'hui, en revanche, Rémus ne semblait pas disposé à se laisser ignorer…
Voyant avec quel empressement le professeur semblait tenter de finir son déjeuner, Harry en fit autant, pris d'un mauvais pressentiment. Ses craintes se trouvèrent confirmées quand il vit Rémus s'excuser auprès de McGonagall avec qui il discutait pour se diriger d'un pas vif vers la table des Gryffondors. Sans attendre, Harry se leva précipitamment, manquant de faire tomber sa chaise, sous les regards interrogatifs de Ron et Hermione. Pas assez vite, cependant, pour éviter Rémus.
« Harry, je suis content de te voir, » commença le professeur d'une voix basse. « Tu sembles bien te porter. Pourrions-nous discuter un instant ? »
« Je suis désolé, » bafouilla Harry sans oser le regarder dans les yeux, « je suis pressé. Plus tard peut-être. »
La déception était claire sur le visage de Rémus, mais il acquiesça en reculant d'un pas, piteux.
« Tu as un entraînement à préparer. Je te verrais sûrement ce soir, » fit-il.
« Sûrement, » confirma Harry, gêné. S'il ne parvenait pas à l'esquiver, en tout cas. Merlin, ne pouvait-il pas avoir un peu de répit, le temps que toute cette histoire paraisse un peu plus lointaine ?
Un regard vers l'estrade lui appris que Severus s'était levé lui aussi et s'apprêtait à sortir par la porte des professeurs. Sans plus attendre, Harry se précipita vers le couloir avec un vague mot d'au revoir pour Rémus.
Il n'eut aucun mal à trouver Snape qui l'attendait en haut des escaliers et le regardait s'approcher, son expression neutre soigneusement contrôlée. Après ces semaines passées seul en compagnie de Severus, Harry avait presque fini par oublier cette façade pourtant si caractéristique. Oh, Snape savait se cacher… mais malgré tout, le garçon avait appris à le décrypter, et il savait sans aucun doute possible qu'à cet instant, l'homme était heureux de le voir.
« T'es-tu bien reposé ? » lui demanda-t-il en guise de bienvenue, tandis qu'ils se mettaient en route vers les cachots.
« Plutôt. C'était étrange de rentrer à Gryffondor, » répondit Harry. Comme il était étrange de se retrouver aux côtés de Severus, le souvenir de la scène dans le bureau de Dumbledore encore cuisant.
« Je peux l'imaginer, » acquiesça Snape. « Ce matin, nous commencerons par travailler sur l'occlumancie, avant de tester ta maîtrise sur tes nouveaux pouvoirs. Il est urgent que tu puisses les contrôler. »
« N'est-ce pas un peu dangereux d'en parler ici ? » demanda nerveusement Harry en regardant autour de lui.
« Les élèves ne sont pas sensés se trouver dans les couloirs à cette heure-ci, » répondit froidement Severus. « Et bien entendu, nous sommes en ce moment même sous un sort de dissimulation. »
« Oh, » répondit Harry, refroidi. « et depuis quand ? »
« Depuis que tu m'as rejoins en haut des escaliers. Tu dois apprendre à sentir la magie autour de toi, Harry. C'est une partie importante de la défense, et pas seulement contre les forces du mal. Reste toujours vigilant. »
« C'est ce que dis Moody, » murmura Harry. « J'avais senti quelque chose, en réalité, mais je n'avais pas compris. Je ferais plus attention à l'avenir. »
« C'est plus difficile dans un lieu comme celui-ci où la magie est omniprésente, » admit Snape. « Mais tout sort dirigé contre toi, quel qu'il soit, a une résonance particulière. Tente de la sentir, et de l'identifier. »
Harry hocha la tête. Il y avait encore tant à apprendre… il ne lui restait qu'à espérer que Severus ne tenterait pas de lui inculquer toutes ces notions de la même manière qu'il lui avait enseigné l'occlumancie l'an dernier.
Mais ses craintes, réalisa-t-il rapidement, n'étaient pas fondées. Les leçons de l'été avaient porté et la confiance mutuelle qui s'était instauré entre eux aida grandement à la compréhension dont Harry avait besoin.
Quand Severus déclara que la séance suffirait pour la matinée, Harry se sentait épuisé et exalté ; à la fois par ses nouveaux pouvoirs et les possibilités qui s'offraient à lui. La puissance, bien sûr, mais surtout la maîtrise maintenant qu'il saisissait un peu mieux comment les canaliser… et la présence de Snape, qui le poussait, le retenait, l'encourageait tour à tour tout en gardant une attitude neutre et professorale était particulièrement réconfortante.
Ce qui rendit la fin du cours d'autant plus embarrassante au goût d'Harry. La leçon finie, Severus n'aurait plus de raison de garder son ton neutre, et peut-être souhaiterait-il comme Rémus discuter un peu plus de ses dernières frasques et de son comportement… étrangement, l'idée ne révulsait pas Harry autant que celle d'affronter Rémus, mais elle ne le réjouissait pas pour autant. Il voulait parler avec Severus… mais il ne s'en sentait pas encore capable.
Perdu dans ses pensées, il releva son regard chargé d'émotions contradictoires vers son gardien et rencontra les yeux noirs qui le dévisageaient. Toujours impénétrable, ce regard… mais avec cette note de chaleur et de calme assurance qui apaisèrent aussitôt les craintes d'Harry.
Severus, décidément, n'était pas Rémus, et une fois de plus il se surpris à penser à quel point il en était reconnaissant.
« Je te retrouves demain ici, à la même heure, » fit simplement Snape.
« D'accord, » acquiesça Harry, souhaitant stupidement être déjà à demain. Ce sentiment de puissance… ça avait quelque chose d'effrayant, bien sûr, il la maîtrisait encore tellement peu ! Mais c'était grisant, un peu comme de voler sur un balai.
« Et Harry… tu sais que tu es le bienvenu quand tu le souhaites dans mes quartiers. »
Sans attendre de réponse, Severus tourna les talons et se dirigea vers la salle de potions, ses robes virevoltant autour de lui.
Ce jour là, Harry trouva que l'après-midi, passé à réviser et préparer l'entraînement de quidditch, passa bien plus rapidement et sereinement. Et si sa première séance de quidditch avec la nouvelle équipe en tant que capitaine fut un succès, ce fût sûrement aussi grâce à ce petit goût de liberté. Sans compter, bien sûr, l'enthousiasme sans faille de ses joueurs, et le plus non négligeable qui lui conférait la nouvelle magie qu'il sentait courir sous ses doigts, électrisant l'Eclair de Feu.
Et peut-être aussi était un peu grâce à la présence d'une silhouette sombre dans un recoin des gradins. Une silhouette qui ressemblait étrangement à un directeur de Serpentard dissimulé aux regards non avertis, mais qu'Harry avait aussitôt repérée. Snape avait raison sur un point, constata le garçon, la magie pouvait se sentir… et cette empreinte magique là lui était particulièrement familière.
Lorsque McGonagall fut lassée de surveiller ses élèves, bien après la tombée de la nuit, toute l'équipe se décida enfin à regagner les vestiaires, épuisés mais heureux.
« La coupe est pour nous cette année, aucun doute là dessus ! » exulta Ron en rangeant son balais dans l'établi. « J'avoue que j'avais quelques doutes sur ta sélection, mais je les retire, c'est probablement la meilleure équipe que Gryffondor ait eu depuis des siècles ! »
« Les jumeaux seront tout de même difficiles à remplacer, » admit Harry à regret. Leur décision de quitter Poudlard pour démarrer leurs activités 'extra-curriculum mais extrêmement rentables', comme ils la qualifiaient eux-même, avait contrarié Harry de plus d'un point de vue. Mais il ne comprenait que trop bien leur décision, et la perspective d'aller acheter leurs produits à la prochaine sortie à Pré au lard compensait en partie ces désagréments.
Pas quand il s'agissait de quidditch, en revanche…
« Tu crois qu'on pourrait demander à Dobby de nous ramener quelque chose des cuisines ? » demanda Ron avec espoir. « Je meurs de faim, cette petite séance était très intéressante, mais ça n'empêche qu'on a raté le repas ! »
« Et cela ne doit plus se reproduire, » fit une voix faussement sévère dans leur dos.
Les deux garçons se retournèrent d'un même mouvement.
« Oh, bonsoir, Rémus, » fit Harry, embarrassé.
« Mais je suis d'accord avec monsieur Weasley, cette nouvelle équipe est excellente, » continua le professeur avec un sourire. « Excellent jeu, Harry. »
« Merci, » répondit le garçon, cherchant désespérément une issue du regard.
« Puis-je t'inviter à dîner dans mes nouveaux appartements ? Je viens juste de m'installer, mais je dois dire qu'ils sont particulièrement confortables. Comme toujours, évidemment, » ajouta le professeur de Défense.
« Merci, » répéta Harry, « mais… l'équipe m'attend pour, enfin, fêter ce premier entraînement. Traîner un peu dans la salle commune, manger des sucreries, discuter des techniques, tout ça… je suis capitaine, maintenant, alors… »
« J'ai appris ça, oui, » fit Rémus d'une voix douce. « Je comprends, bien sûr. Une autre fois, peut-être ? »
Bon sang, se dit Harry, il n'y avait donc aucun moyen d'y échapper ?
« Bien-sûr, » confirma-t-il avec un sourire crispé. « A bientôt, Rémus. »
Et sans plus attendre, il fila vers la tour de Gryffondor, laissant Ron derrière lui.
Se sentant ridicule tout autant qu'agacé, Harry se sentit obligé d'organiser rapidement la fameuse petite fête de quidditch dont il avait pris le prétexte ; de cette façon, il n'aurait menti qu'à moitié, songea-t-il. Dobby se chargea de fournir suffisamment de victuailles pour apaiser les estomacs des joueurs, ravis de l'idée.
Une fois de plus, ce fut Hermione qui dût convaincre l'ensemble de l'équipe et les autres Gryffondors qui s'étaient joints à eux de rejoindre leurs lits, avec force protestations malgré les nombreux bâillements.
Cette fois, il ne fallut pas longtemps à Harry pour s'endormir, lové au creux de son lit, mais ses rêves n'en furent pas moins agités que la veille. Pour une raison qu'il ignorait, Rémus était furieux après lui et refusait de lui parler, un nuage noir d'hostilité l'entourant. Il avait beau tenter de s'excuser, d'expliquer au professeur qu'il s'agissait d'un horrible malentendu, Rémus se changeait en loup et grognait après lui avant de s'enfuir loin au loin. Et au dessus de lui, Severus, silhouette sombre et omniprésente, regardait le loup partir en hochant la tête.
« Il a raison. Je ferais pareil si je le pouvais. »
Le désespoir gagnait Harry, qui tentait vainement de s'approcher de Snape pour chercher le réconfort de sa présence ; mais le regard dur et déçu qu'il posait sur lui le tétanisait. Puis une large panthère noire surgit de l'ombre pour bondir vers lui, s'interposant entre eux en feulant et Harry se transforma chat pour mieux affronter l'animal. Mais il se sentait si petit, si ridicule face au félin…
Quelque chose, cependant, sembla soudain changer et les nuages qui étaient restés depuis le départ de Rémus se dissipèrent, et une douce chaleur envahit l'atmosphère, éloignant les ombres qui rodaient. La panthère s'approcha, ronronnant à présent et lécha son front de chat de sa langue chaude et rappeuse. C'était bon, songea Harry, comme se retrouver au coin du feu après une marche dans la neige… et les yeux noirs qui le fixaient n'était plus si durs à présent, juste fatigués.
Doucement, la chaleur eut raison de lui et il bascula dans un sommeil sans rêve, un léger sourire aux lèvres.
Sans un bruit, Severus Snape se leva et quitta une fois de plus le dortoir, espérant que le garçon parviendrait à passer le reste de la nuit sans cauchemar.
La première chose que vit Harry le lendemain matin fut la lettre qui l'attendait, accrochée à la patte d'Hedwige. La chouette avait semblé heureuse de le revoir quand Ron et Hermione l'avaient accompagné à la volière la veille, mais cela ne l'avait pas empêché de lui reprocher à sa façon sa longue absence. Ses doigts et oreilles en portaient encore les traces…
Cette fois, la chouette semblait de meilleure humeur et se contenta de venir se percher sur son épaule, hululant doucement dans son oreille. Mal réveillé, Harry se frotta les yeux et détacha l'enveloppe avec une caresse amicale. L'écriture était familière… fronçant les sourcils, il saisit ses lunettes sur sa table de chevet et les posa sur son nez.
Rémus. Il aurait du s'en douter. Grognant, il hésita un instant… il pourrait perdre la lettre, ou juste la laisser de côté pour l'instant… pourquoi Lupin avait-il besoin d'être aussi insistant ? Soupirant, il ouvrit l'enveloppe.
« Harry, » commençait la lettre
'Je sais que les choses n'ont pas été faciles dernièrement, et crois bien que je comprends tes sentiments. Malgré tout, j'espère que tu n'oublieras pas que je suis là pour toi et à Poudlard à présent, si tu souhaites me parler. Le mot de passe pour mes quartier est Pleine Lune. N'hésite pas à l'utiliser.
Ton ami,
R.L'
Non, décidément, Rémus n'abandonnait jamais, décida Harry. Mais tout au moins ne lui proposait-il pas un nouveau rendez-vous. Du temps, songea-t-il, juste du temps… était-ce vraiment trop demander ?
Mais la séance d'entraînement de ce matin-la, malgré les remarques rassurantes de Snape, lui fit comprendre sévèrement à quel point le temps était précieux. Cette fois, Severus ne s'était pas contenté de le tester ; il l'avait poussé, encore et encore, dans toutes les directions, jusqu'à ce que ses pouvoirs volent à travers la pièce, hors de contrôle, ricochant sur les murs protégés et manquant de les détruire. Quoiqu'il essaie, quelque soit le sort, sa volonté, il semblait que sa magie finissait toujours par prendre un tournant destructeur, jaillissant violemment de sa baguette pour envahir la pièce, poissant l'atmosphère d'une énergie sombre qui donnait la chair de poule à Harry.
Si Severus avait trouvé la matinée productive, Harry, lui, était atterré. Un simple accio avait faillit arracher tout un pan de mur, et Merlin, il ne visait que la bougie sur le chandelier qui y était attaché… de toute évidence, il n'était pas prêt de retourner en cours, malgré l'optimisme de Snape. Le professeur, en réalité, avait semblé fier de lui… mais Harry ne pouvait s'empêcher de trouver un petit côté malsain à cette admiration pour ses pouvoirs, compte tenu de leur provenances. Ce n'était pas sa maîtrise, pour l'instant, qui risquait de lui valoir des louanges…
Severus abandonna le garçon devant le Grand Hall, sans se départir de la neutralité bienveillante qu'il avait adopté avec son fils adoptif depuis son départ de ses quartiers. Harry, de toute évidence, souhaitait qu'on lui laisse de l'espace ; il aurait été le dernier à le lui reprocher. Lui-même avait passé son adolescence et sa vie adulte à instaurer autour de lui un cercle de vide salutaire. Personne ne s'était soucié de le respecter, bien évidemment, pas quand ils avaient eu besoin de lui.
Mais si Harry voulait s'isoler pour réfléchir, de quelque façon que ce soit, il entendait bien lui laisser l'espace et le temps dont il avait besoin. Une fois de plus, il offrirait au garçon ce que personne ne lui avait fait la grâce de lui accorder : une vie privée.
Cela n'empêcha pas sa nouvelle Marque de l'élancer douloureusement, comme chaque fois qu'Harry le quittait. Merlin, l'adolescent était une contradiction vivante… Il fût presque soulagé quand, quelques heures plus tard, il sentit l'appel faiblir subitement.
Presque, car ce changement ne pouvait signifier qu'une chose : Harry venait de prendre sa forme d'animagus et étant donné l'heure, ses camarades ne pouvaient se trouver avec lui.
Il ne restait qu'à espérer que le garçon s'était contenté de se pelotonner devant le feu, à l'abri dans la salle commune de Gryffondor…
A l'autre bout du château, Shadow bouillait. A quoi Draco jouait-il ? Et surtout, que faisait-il dans la salle sur demande ? Le Serpentard s'imaginait peut-être être discret, mais c'était sans compter sans la présence d'un chat noir aux sens aiguisés. Il n'avait prévu que de descendre jusqu'au passage menant aux cuisines, rendre visite aux elfes et peut-être déguster une bonne gamelle de thon, quand il avait aperçu la silhouette furtive de l'adolescent à travers la fenêtre de la tour. Dans le couloir de la salle sur demande… Shadow avait attendu avec intérêt de voir le garçon réapparaître à la fenêtre suivante, mais il n'avait plus refait surface. Ce qui ne pouvait signifier qu'une seule chose : Draco se trouvait dans la salle.
Et Draco Malfoy aux commandes de la salle sur Demande semblait une extrêmement mauvaise idée à Harry… il hésita un instant. Mieux aurait valu retourner rapidement dans la tour et parler à Snape, mais la perspective de découvrir ce que Malfoy mijotait était trop tentante. Et après tout, sous cette forme, il était quasiment invisible et inattrappable… et il n'aurait peut être pas d'autre chance
Rasant les murs, Shadow se dirigea à pas feutrés vers l'escalier, se glissant silencieusement derrière les armures. D'ici, il ne pouvait plus observer le couloir et la route était encore longue… il accéléra l'allure, bien décidé à piéger le Serpentard en pleine action. Concentré sur son objectif, il faillit ne pas remarquer le son presque familier d'une respiration derrière lui, de foulées s'ajustant aux siennes… les armures se mirent à tinter dangereusement sur son passage et en dépit de son allure rapide, Shadow se sentit rapidement prit en chassé, suivi, traqué… incapable de résister, il s'élança au milieu du couloir avant de se transformer et de virer sur ses talons, baguette brandie en direction de l'endroit qu'il venait de quitter.
Rien… l'amure qui se tenait dignement contre le mur sembla lui jeter un regard dédaigneux à travers son casque, mais le couloir, lui, était désespérément vide.
Ou presque.
« Harry Potter… » fit une voix suave dans son dos.
Prit par surprise, le garçon se retourna pour faire face à son interlocuteur. Au premier regard, le jeune homme qui lui faisait face n'avait rien d'inquiétant et Harry se détendit sensiblement, abaissant sa baguette. Un second regard suffit à lui faire rectifier son jugement. Oh, certes, le sorcier lui faisait face avec toute la décontraction et le naturel du monde ; mais il semblait juste un peu trop âgé pour faire partie des élèves de Poudlard, et Harry ne pouvait pas se rappeler de l'avoir vu auparavant. Il ne portait pas non plus d'uniforme, vêtu d'une simple robe de sorcier blanche.
Mais ce qui mis réellement le Gryffondor sur ses gardes fut le regard que le jeune homme lui adressait. Ses yeux noisettes avaient un éclat glacé et animal qui se retrouvait dans toute l'expression de son visage. Globalement, le garçon semblait… féroce. Il n'y avait tout simplement pas d'autre mot, songea Harry. Féroce, et prêt à bondir.
Une pensée qui lui vint une seconde trop tard. Sans se départir de son calme, le jeune homme lui adressa un rapide sourire qui rappela à Harry le rictus d'un animal sauvage, avant de s'élancer vers lui dans un tourbillon de blanc.
Un pas plus loin, le sorcier laissa place à un énorme loup gris semblant sorti tout droit des bouches de l'enfer et qui fonçait sur sa proie, toutes dents dehors.
Loki, réalisa Harry en une fraction de seconde, c'est Loki et il est là pour moi !
Les réflexes jouant, il pointa aussitôt sa baguette sur l'animal avant de se raviser : il ne pouvait pas faire cela, Loki, le fils de Rémus, ses pouvoirs ; il risquait de le tuer !
L'instant d'hésitation profita au loup qui bondit de toute sa puissance, visant le sorcier à la gorge. Ses pattes avant touchèrent les épaules du garçon qui bascula en arrière sous le choc, et Loki gronda de triomphe, ses crocs acérés cherchant leur cible.
Mais les mâchoires du loup ne rencontrèrent que le vide, de même que ses pattes tandis qu'il touchait enfin le sol sans sa proie, subitement envolée.
Les yeux brillants de surprise et de fureur, Loki se redressa sur ses pattes. Devant lui, deux yeux verts bien trop intelligents pour être ceux d'un chats l'affrontèrent, le temps d'une seconde.
Le loup retroussa ses babines dans ce qui ressemblait à un sourire, avant de bondir à nouveau sur le chat noir qui le défiait, à quelques pas de là.
Le félin ne perdit rien pour attendre : prenant ses pattes à son cou, Shadow fila dans la seule direction qui lui était possible, sans se préoccuper de sa destination. Fuir, il devait fuir, se mettre en sécurité et trouver quelqu'un qui pourrait neutraliser Loki sans danger ! Si seulement Rémus avait été là, si seulement il n'avait pas été aussi stupide…
Derrière lui le loup, bien plus grand et puissant que lui, gagnait à chaque seconde du terrain, profitant de la large piste que lui offrait le couloir. Désespéré, Shadow chercha du regard un moyen de gagner du temps… les armures ! Il pouvait se faufiler contre les murs, mais Loki, lui, serait trop gros !
Bifurquant brusquement, le chat se jeta littéralement derrière les armures, filant à fond de train en rasant le mur. Comme il s'y était attendu, Loki, obsédé par sa proie, se heurta aux amures de fer, mais sans pour autant perdre de terrain. Il courrait aux côtés du chat, lançant à chaque fois qu'il en avait l'opportunité un coup de dent en direction du félin.
Personne ne semblait se décider à venir à son secours, et Shadow se sentait de plus en plus désespéré alors que les dents du loup frôlaient ses flancs, ne le manquant à chaque fois que de quelques millimètres. Il allait finir par l'atteindre, c'était inéluctable… concentré sur sa trajectoire, jetant toutes ses forces dans sa course, Harry faillit ne pas entendre la première armure tomber, obligeant Loki à s'écarter. Bénissant la relique qui venait de lui concéder une seconde d'avance, il redoubla d'effort, et entendit cette fois clairement le loup glapir quand une seconde armure s'abattit sur lui avec une précision infaillible, offrant à nouveau quelques foulées d'avance au Gryffondor.
Mais ce n'était pas assez, réalisa Shadow en atteignant un nouveau coude du couloir. Devant lui, les murs étaient nus, sans armure… sans protection pour un chat. Loki l'avait probablement aussi réalisé, car il entendit le loup pousser un grognement de triomphe dans son dos. Trop près, bien trop près !
Refusant de se juger perdu, le souffle court, Shadow tenta de rassembler ses forces. Ses dernières forces probablement, songeait-il en fouillant sans espoir du regard les portes fermées et le couloir qui n'en finissait pas de tourner.
« Par ici ! » souffla une voix.
La voix avait quelque chose de désagréablement familier, mais Harry ne perdit pas de temps à l'analyser ; il y avait quelqu'un dans les parages, et quelqu'un qui voulait lui venir en aide !
Sans hésiter une seconde, il se précipita dans la pièce qui venait de s'ouvrir sur sa gauche et entendit avec un soulagement délirant la lourde porte se refermer derrière lui. Sauvé ! il était sauvé !
Mais son exaltation fut de courte durée. A peine s'était-il arrêté au milieu de la petite pièce sans meuble qu'il sentit le sol se dérober sous ses pieds, l'entraînant dans une longue chute amortie, à sa fin, par un sort de rembourrage.
Et décidément, songea amèrement Harry, il y avait bien une chose de vraie concernant les chats : ils retombaient toujours sur leurs pattes. Et sains et saufs… du moins jusqu'ici.
Autour de lui, le fond du piège était rond et ne faisait guère plus d'un mètre de diamètre ; Shadow leva la tête pour constater qu'il venait de subir une chute d'un bonne dizaine de mètres, et fût surpris de ne pas se sentir plus endolori par la chute. Se sentant plus vulnérable que jamais, Harry reprit forme humaine et tâta la paroi des mains. Totalement lisse, et suintant de magie, sûrement destinée à empêcher toute évasion… il grogna. Comment avait-il pu tomber dans un piège aussi évident ?
En haut, il pouvait entendre deux personnes discuter à voix basse, visiblement contrariées. Au bout de quelques instants, le visage de Loki apparut, la frustration peinte sur ses traits fins. Car si Harry ne pouvait s'échapper, réalisa celui-ci, Loki ne pouvait pas plus l'atteindre… du moins pas s'il voulait pouvoir s'enfuir après avoir réglé son sort. Il sourit. Tel était pris qui croyait prendre ! les deux sorciers se dévisagèrent, dans un moment qui parut durer une éternité.
Les cheveux de Loki brillaient dans la lumière, tellement clair qu'ils en paraissaient blancs. Ou gris, songea Harry. Il était difficile de croire que ce visage ferme et sans expression appartenait au fils de Rémus. Bien qu'en y faisant attention… c'était bien les yeux de Rémus, et son front, une certaine forme de visage, quelque chose de sa bouche… non, c'était autre chose, décida Harry. On aurait dit Rémus après le passage d'un détraqueur, et dont on aurait remplacé l'âme par celle d'un animal hostile. Il n'y avait là rien de la bonté ni de la calme sérénité du professeur. Rien que du calcul, et une froideur glacée qui fit frissonner Harry à dix mètres de distance.
Le visage recula et disparut de la vue d'Harry avec un dernier sourire inquiétant, et la porte se referma à nouveau, ne laissant que l'écho de pas de course au loin. Il fallut moins d'une minute, cependant, pour que la porte en bois ne se réouvre avec fracas et qu'un autre visage, bien différent celui la, n'apparaisse par le trou de la trappe .
« Harry ? Tout va bien ? »
Severus, réalisa le garçon. Severus… relachant un souffle qui n'avait pas réalisé avoir tenu, il sourit. Cette fois, il était sauvé.
« Bien, je n'irai pas jusque là, mais en un seul morceau, » répondit-il.
Il y eut un soupir de soulagement audible, avant que Snape ne se reprenne et ne se redresse, le toisant de toute sa hauteur et de celle du tunnel, les bras croisés sur sa poitrine.
« Un seul morceau, vraiment ? Il me semble pourtant que quelqu'un a rapporté avoir retrouvé ton cerveau dans la salle commune de Gryffondor, » fit lentement le maître des potions.
« Ah, ah, très drôle, » répondit Harry, gêné et vaguement claustrophobe tout à coup. « Vous avez l'intention de m'aider à remonter ou vous comptez juste me faire la morale de là haut ? Parce que si c'est le cas, je préfère vous prévenir qu'on a un loup-garou en liberté dans le collège ! »
« Je penchais pour la deuxième solution, en réalité, » fit Snape sans bouger d'un centimètre. « Quant au loup en question, il n'est plus dans le collège. Il a réussi à quitter les terres de Poudlard. »
« Quoi ? Comment ? Et comment est-ce que vous le savez ? » s'exclama Harry, soulagé malgré lui.
« Malheureusement, de source sûre, à savoir par monsieur Malfoy, » soupira Snape, avant de finalement se décider à lever sa baguette. Une échelle de corde apparut le long de la trappe et Harry s'empressa de grimper, soulagé de se retrouver dans un espace dont il ne pouvait pas faire le tour en un pas.
« Malfoy ? » demanda Harry en s'époussetant, tout en s'approchant aussi près que possible de Severus. « C'est après lui que j'étais, je l'ai vu rentrer dans la Salle sur Demande, ou presque… mais je n'ai pas pu arriver jusque là, j'ai rencontré Loki avant ça. »
« Oh, il est certain que tu lui as considérablement facilité la tache, » fit amèrement Severus. « Il me semblait pourtant que j'avais ta parole de ne pas te déplacer seul. »
« Je regrette, Severus, » répondit sincèrement Harry. « C'était vraiment un mauvais concours de circonstances, je n'aurai jamais imaginé… Merlin, je n'arrive pas à croire que je lui ait échappé, il m'a poursuivi dans les couloirs sous sa forme de loup, et moi sous celle de Shadow, je n'arrivais pas à le distancer, s'il n'y avait pas eu les armures je n'aurai jamais pu gagner les quelques mètres qui m'ont permis de rentrer dans la salle… ce qui n'empêche que je ne sais toujours pas qui m'a dit d'y rentrer, j'étais trop préoccupé à sauver ma peau pour remercier mon 'sauveur'… d'ailleurs, je n'arrive toujours pas à savoir s'il cherchait à me sauver ou à faciliter la tache de Loki, » fit Harry d'un ton songeur.
« Tu devras me répéter tout cela de façon plus détaillée et cohérente, mais quant à ta dernière question, je pense qu'il ne sera pas difficile d'avoir la réponse, » Une main sur l'épaule d'Harry, Snape sorti de la pièce où le chat avait trouvé refuge.
A peine avait-il franchit le seuil qu'Harry fit un bond en arrière, sa baguette à la main. Devant lui se tenait un autre sorcier, dont le visage, cette fois-ci, était loin de lui être inconnu. Mais pâle, plus pâle qu'il ne l'avait jamais vu, et passablement défait…
Sa présence ne sembla pas étonner Severus qui fit un pas vers lui, sans lâcher Harry.
« N'est ce pas, monsieur Malfoy ? »
Et voilà enfin le nouveau chapitre de Shadow ! Plus d'un mois après le dernier, j'ai honte, je ferai en sorte que ça ne se reproduise pas… sachez quand même qu'une des raisons de ce retard est le fait que j'aie terminé mon autre fic, The Strange Journey, que vous trouverez aussi sur ou sur mon live journal !
Autre précision : J'ai traduis un nouveau chapitre d'Une année sans pareille d'Aspen in The Sunlight, il paraitra dans les prochains jours, je ne peux que vous conseiller cette excellente histoire qui a inspiré Shadow ! Tapez simplement le titre sur google, ou allez voir sur mon LJ pour trouver le lien !
Concernant Shadow à présent… un peu d'action, enfin me direz vous ;-) Vous retrouverez Draco dans le prochain chapitre, ainsi bien sûr que Rémus, et tous vos héros préférés !
Un gros merci à Pacha qui a betaé ce chapitre malgré tous les tourments du monde, et merci par avance à Dalou qui du coup corrigera si elle le veut bien après coup, vu que je suis déjà tellement en retard que je vais tenter la publication sans beta-fautes ;-) Pas bien, je sais ! Mais ce chapitre me brûle le clavier !
Voilou, comme toujours un gros merci pour vos reviews, qui me font bien avancer dans l'écriture ! Et n'hésitez pas à me faire partager vos théories, idées, etc, qui inspirent souvent certains aspects de Shadow ( à rebours, parfois ! ) !
Et puis comme d'hab plus d'infos sur mon lj adoré dont l'adresse est, je pense, indiquée dans mon profil ;-)
